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Full text of "La très joyeuse, plaisante et récréative histoire du gentil seigneur de Bayart"

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Hte  JII\F.11SK.  l'IAiSANTE  CT  «lîCllKVTIVK 

HISTOIRE 

GEMiL  SEIGNEUR 

DE    BAYART 

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LA  TRÈS  JOYEUSE,  PLAISANTE  ET  RÉCRÉATIVE 


HISTOIRE 


DU 


GENTIL  SEIGNEUR  DE  BAYART 


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IMPRIMERIE  GOUVERNEUR,  G.  DAUPELEY 


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TRÈS  JOYEUSE,  PLAISANTE  ET  RÉCRÉATIVE 

HISTOIRE 

DU 

GENTIL  SEIGNEUR 

DE    BAYART 

COMPOSÉE   PAR   LE  LOYAL   SERVITEUR, 
PUBLIÉE    POUR     LA     SOCIÉTÉ    UE     l'hISTOIRE    DE     FRANCE 

Par  m.  J.  ROMAN 


À  PARIS 

LIBRAIRIE   RENOUARD 

HENRI  LOONES,  SUCCESSEUR 

LIBRAIRE    DE    LA    SOCIÉTÉ    DE     l'hISTOIRE    DE    FRANGE 

RUE   DE  TOURNON,   V9  6 

M  BGGG  LXXYIH 


'(|20FEB.1940 

\    OFQIIFORO 


EXTRAIT   DU   RÈGLEMENT. 

A&T.  44.  —  Le  Conseil  désigne  les  ouvrages  à  publier,  et 
choisit  les  personnes  les  plus  capables  d'en  préparer  et  d'en 
suivre  la  publication. 

Il  nomme,  pour  chaque  ouvrage  à  publier,  un  Commissaire 
responsable,  chargé  d'en  surveiller  l'exécution. 

Le  nom  de  l'éditeur  sera  placé  à  la  tête  de  chaque  volume. 

Aucun  volume  ne  pourra  paraître  sous  le  nom  de  la  Société 
sans  Tautorisation  du  Conseil,  et  s'il  n'est  accompagné  d'une 
déclaration  du  Commissaire  responsable,  portant  que  le  travail 
lui  a  paru  mériter  d'être  publié. 


Le  Commissaire  responsable  soussigné  déclare  que  Védition 

de  Lk  TRÈS  JOYEUSE,  PLAISANTE  ET  RéCRBATIVB   HISTOIRE  DU   GB!fTIL 

SEIGNEUR  DE  Batart,  préparée  par  M.  Roman,    lui  a  paru 
digne  d'être  publiée  par  la  SociÉTé  de  l'Histoire  de  Frange. 

Fait  à  Paris  y  le  45  octobre  4878. 

Signé  Ludovic  LALANNE. 


Certifié, 

Le  Secrétaire  de  la  Société  de  THistoire  de  France, 

J.    DESNOYERS. 


PREFACE 


Pierre  Terrail  *,  seigneur  de  Bayart*,  surnommé  le  che- 
valier sans  peur  et  sans  reproche,  naquit  au  château  de 
Bayart,  dans  la  vallée  du  Graisivaudan,  entre  les  années 
1473  et  1475^,  d*une  famille  assez  ancienne,  mais  qui  doit  à 
lui  seul  sa  véritable  illustration.  Entré  comme  page  à  la 
cour  du  duc  de  Savoie,  grâce  à  la  recommandation  de  son 
oncle  Laurent  Alleman,  évêque  de  Grenoble,  il  passa  ensuite 
à  celle  de  Charles  VIII.  D'un  courage  à  toute  épreuve,  d*une 
surprenante  habileté  à  manœuvrer  le  cheval  et  à  manier  les 
armes,  il  ne  tarda  pas  à  figurer  au  premier  rang  parmi  las 

i .  Et  non  du  Terrail  comme  on  Ta  souvent  écrit  à  tort. 

2.  La  vraie  orthographe  de  ce  nom  devrait  être  fiayard;  c'est 
ainsi  qu'il  se  trouve  écrit  dans  les  titres  les  plus  anciens  {loeus 
dictus  de  Bayardo  1404  et  1413)  qui  font  mention  du  ch&teau 
d'où  la  branche  aînée  de  la  famille  Terrail  tirait  son  nom  ;  et  depuis 
lors  jusqu'à  nos  jours  cette  orthographe  n'a  pas  varié.  Les  contem- 
porains du  bon  chevalier  récrivaient  tantôt  Bayard  comme  5ym- 
phorien  Champier,  tantôt  Bayart  comme  le  Loyal  Serviteur.  Si  noua 
avons  adopté  l'orthographe  de  Bayart  c'est  pour  nous  conformer  à 
celle  que  notre  héros  a  consacrée  lui-même  en  signant  toujours 
ainsi. 

3.  Le  Loyal  Serviteur  dit  en  termes  exprès  que  Bayart  était  sur 
la  dix-huitième  année  de  son  aage  lorsqu'il  accompagna  Charles  YIII 
à  Lyon  et  prit  part  au  pas  d'armes  du  sire  de  Vauldray.  Cet  évé- 
nement eut  lieu  en  1490.  Champier  écrit  de  son  côté  :  a  Annos 
quadraginta  octo  natus  hoc  flebili  indignoque  vulnere  diem 
obiit  9  {Compendiosa  illustrissimi  Bayardi  vita,  fol.  2).  Ces  rensei- 
gnements rendent  la  date  de  sa  naissance  à  peu  près  certaine  à 
un  an  ou  deux  près. 

a 


îj  PRÉFACE. 

chevaliers  de  l'entourage  du  roi ,  où  l'on  comptait  cepen- 
dant tant  d'illustre  noblesse  et  de  vaillants  capitaines.  Il 
prit  part  à  toutes  les  guerres  d'Italie,  combattit  tour  à  tour 
les  Espagnols,  les  Allemands,  les  Italiens,  les  Anglais,  et 
préserva  la  France  d'une  invasion  germanique  par  son 
illustre  défense  de  Mézières.  Il  servit  sous  trois  rois, 
et  fut  distingué  de  chacun  d'eux;  mais,  conmae  il  était 
trop  fier  pour  s'abaisser  au  métier  de  courtisan,  il  vit  ses 
plus  belles  actions  rester  sans  récompense  et  c'est  à  peine 
si,  après  trente  ans  d'une  vie  héroïque,  il  put  devenir  lieu- 
tenant du  gouverneur  delà  province  de  Dauphiné,  chevalier 
de  Saint-Michel  et  capitaine  de  cent  hommes  d'armes  S  bien 
faibles  honneurs  si  on  les  compare  aux  services  rendus.  Enfin 
il  fut  mortellement  frappé  dans  la  retraite  de  Biagrassa 
(80  avril  1524),  en  cherchant  à  sauver  les  débris  de  l'armée 
de  Bonnivet  ;  il  était  âgé  de  cinquante  ans  environ.  Sa  mort 
est  une  page  d'histoire  admirable  qu'on  ne  peut  relire  sans 
être  attendri. 

L'héroïque  simplicité  de  cette  belle  vie  ne  suffirait  pas  à 
expliquer  seule  l'immense  renommée  dont  le  nom  de  Bayart 
est  entouré  depuis  trois  cents  ans  ;  elle  est  due  aux  qualités 
mêmes  de  l'homme,  bien  plus  qu'aux  événements  auxquels 
il  se  trouva  mêlé. 

Le  courage,  la  libéralité,  le  désintéressement,  l'indépen- 
dance, la  loyauté  sont  des  vertus  estimées  en  tout  pays, 
mais  peut-être  plus  particulièrement  dans  le  nôtre ,  et  c'est 
parce  que  Bayart  les  possédait  à  un  degré  éminent,  qu'il 
a  dû  d'être  bien  vite  connu  et  apprécié  et  de  devenir,  à 
juste  titre,  le  type  le  plus  populaire  de  l'honneur  et  de  la 
chevalerie. 

1.  Bayart  fut  promu  à  la  Ueutenance  du  Dauphiné  le  20  jan- 
vier 1515,  il  fut  fait  chevalier  de  Saint-Michel  en  1521  et  reçut  en 
4522  le  commandement  de  cent  lances  fournies. 


PRÉFACE.  iij 

Brantôme,  qui,  sans  être  son  contemporain,  avait 
connu  plusieurs  de  ses  compagnons  d'armes,  nous  a  laissé 
de  lui  un  portrait  pris  sur  le  vif  ;  il  nous  le  fera  connaître 
en  quelques  lignes  aussi  bien  et  mieux  peut-être  que  ne 
pourrait  le  faire  une  longue  étude.  Après  avoir  constaté  que 
Bayart  n'exerça  jamais  de  grandes  charges  et  eut  peu  de 
part  aux  largesses  royales,  il  ajoute  :  «  Aucuns  ont  dict 
qu'il  n'avoit  esté  jamais  ambitieux  de  telles  charges  et  que 
de  son  naturel  il  aimoit  mieux  estre  capitaine  et  soldat  d'ad- 
venture  et  aller  à  toutes  hurtes  et  adventures  de  la  guerre 
ou  il  lui  plairoit  et  s'enfoncer  aux  dangers,  que  d'estre  con- 
trainct  par  ime  si  grande  charge  et  gêné  en  sa  liberté  à  ne 

combatre  et  mener  les  mains  quand  il  vouloit Bien 

avoit-il  cet  heur  qu'oncques  général  d'armée  de  son  temps 
ne  ât  voyages,  entreprinses  ou  conquestes  qu'il  ne  fallust 
toujours  avoir  M^  de  Bayard  avec  lui,  car  sans  lui  la  partie 
estoit  manquée,  et  tousjours  ses  advis  et  conseils  en  guerre 
estoient  suivis  plus  tost  que  les  autres  ;  par  ainsy  l'honneur 
lui  estoit  très-grand,  voire  plus,  si  on  le  veut  quasi  bien 
prendre,  pour  ne  commander  pas  une  armée,  mais  pour 
commander  au  général,  c'est  à  dire  que  le  général  se  gou- 
vemoit  totalement  par  son  advis...  A  ceux  qui  l'ont  vea 
j'ay  ouy  dire  que  c'estoit  l'homme  du  monde  qui  disoit  et 
rencontroit  le  mieux,  toujours  joyeux  à  la  guerre,  causoit 
avec  ses  compaignons  de  si  bonne  grâce  qu'ils  en  oublioient 
toute  fatigue,  tout  mal  et  tout  danger.  H  estoit  de  moyenne 
taille,  mais  très  belle  et  fort  droicte  et  fort  dispote,  bon 
homme  de  cheval,  bon  homme  de  pied.  Que  luy  restoitr-ilî 
H  estoit  un  peu  bizarre  et  haut  à  la  main  quand  il  falloit  et 
alloit  du  sien  ^  » 

Brantôme  effleure  à  peine  le  portrait  physique  de  Bayart, 

i.  Brantôme.  Edition  de  la  Soc.  de  l'bigt.  de  France.  Vol.  II, 
p.  382. 


iv  PRÉFACE. 

mais  Symphorien  Champier,  son  historien  et  son  allié,  nous 
le  représente  ainsi  :  «  Bayardus  statura  erat  excelsa,  colore 

candido,  corpore  macileto,   oculis  nigris  vegetisque 

Blandus,  hilaris,  non  elatus  sed  modestus^  »  La  plupart  des 
portraits  de  Bayart  sont  apocryphes  ;  trois  seulement  parais- 
sent contemporains  de  leur  modèle  et  présentent  un  carac- 
tère suffisant  d'authenticité  ;  ce  sont  :  1°  le  buste  en  marbre 
qui  orne  son  cénotaphe  dans  l'église  de  Saint-André  à  Gre- 
noble, œuvre  d'un  rare  mérite  due  au  ciseau  d'un  sculpteur 
habile  de  l'école  française  ;  2°  un  dessin  au  crayon  acquis  il 
y  a  peu  d'années  à  Paris  par  M.  H.  Gariel,  bibliothécaire 
de  Grenoble,  et  placé  aujourd'hui  dans  la  galerie  de  por- 
traits dauphinois  créée  par  ses  soins  dans  le  musée  de  cette 
ville  ;  3®  une  peinture  sur  bois  d'une  exécution  médiocre, 
mais  paraissant  ancienne,  conservée  au  château  d'Uriage, 
aujourd'hui  propriété  de  M.  le  comte  de  Saint-Ferréol, 
jadis  possédé  par  la  famille  Alleman,  étroitement  alliée  à 
celle  de  Terrail.  Dans  tous  ces  portraits,  Bayart  a  le  visage 
doux,  imberbe  et  allongé  ;  ses  cheveux,  coupés  carrément 
sur  le  firont,  retombent  de  chaque  côté  jusqu'au-dessous  des 
oreilles  ;  il  porte  au  cou  le  collier  de  l'ordre  de  Saint-Michel. 
Le  portrait  du  château  d'Uriage  est  signé  des  initiales 
J.  D.  M. 

La  vie  de  Bayart  a  été  écrite  par  trois  de  ses  contem- 
porains dont  l'un  était  son  serviteur,  l'autre  son  allié; 
le  troisième,  conseiller  au  parlement  de  Grenoble,  l'avait 
intimement  connu.  Ces  trois  ouvrages,  qui  se  complètent  et 
se  contrôlent  mutuellement,  sont  également  dignes  de 
créance.  Parlons  d'abord  des  deux  derniers.  Celui  de  Sym- 

1.  S.  Champier.  Compendiosa  illustrissimi  Bayardi  vita,  fol.  2. 
Cet  opuscule  de  quatre  feuillets  se  trouve  en  général  joint  à 
l'ouvrage  de  Champier  :  les  Gestes  de  Bayard,  dont  nous  parlerons 
ci-après,  et  sur  le  titre  on  voit  Bayart  représenté  à  cheval. 


PRÉFACE.  V 

phorien  Champier,  que  Ton  a  cru  jusqu'ici  le  premier  en  date, 
est  intitulé  :  Les  gestes ^  ensemble  la  vie  du  preulœ  che^ 
valier  Bayardy  avec  sa  généalogie j  comparaisons  aiUœ 
anciens  preulœ  chevaliers,  etc.  *.  Champier  avait  épousé 
Marguerite  Terrail  de  Bemin,  cousine  de  Bayart,  et  cette 
alliance  lui  avait  permis  de  voir  de  près  à  plusieurs  reprises 
le  bon  chevalier  et  de  le  recevoir  même  à  sa  table,  comme  il 
ne  manque  pas  d'en  tirer  vanité.  Mais  il  n'était  pas  homme 
de  guerre  ;  il  était  médecin  érudit  et  écrivain  disert,  c'est 
dire  que  son  histoire  pàche  par  la  pauvreté  des  renseignements 
en  ce  qui  concerne  les  exploits  militaires  de  Bayart  ;  aussi, 
pour  allonger  son  mince  volume,  n'a-t-il  pas  manqué,  en 
exagérant  encore  les  défauts  de  son  époque,  d'y  joindre  des 
comparaisons  avec  les  héros  de  l'antiquité  et  les  preux  du 
moyen  âge,  la  biographie  des  compagnons  d'armes  de  son 
héros,  des  pièces  de  vers  latins  et  français,  autant  de  hors- 
d'œuvre  inutiles ,  qui  ne  nous  apprennent  rien  de  nouveau. 
Là  même  où  il  raconte  les  hauts  faits  de  Bayart,  on  sent 
qu'il  parle  seulement  par  ouï-dire  et  sa  phrase  emphatique 
et  de  mauvais  goût  est  très-éloignée  de  la  simplicité  du  vrai 
style  historique. 

Aymar  du  Rivail  (ou  plutôt  Aymar  Rival),  conseiller  au 
parlement  de  Grenoble,  a  introduit  dans  son  histoire  des 
Allobroges  un  résumé  très-exact  et  très-circonstancié  de  la 
vie  de  Bayart*.  L'auteur,  né  vers  1490,  mort  en  1557, 
avait  habité  l'Italie  pendant  plusieurs  années,  précisément 
au  moment  où  Bayart  y  acquit  le  plus  de  .gloire  ;  sans  doute 
il  l'y  avait  connu  et  avait  été  admis  dans  son  intimité  en 

1.  A  Lyon,  par  Gilbert  de  Villiers.  1525,  pet.  in-4%  88  ff.  Cet 
ouvrage  a  eu  plusieurs  éditions  au  xvr  siècle. 

2.  Son  ouvrage  intitulé  :  Aymari  Rivallii,  Delphinatis,  De  Allô* 
hrogibus,  libri  twvem,  conservé  en  manuscrit  à  la  Biblioth.  nation., 
a  été  imprimé  seulement  en  1844  par  les  soins  de  M.  A.  de  Terre- 
basse  (Vienne,  in-8*). 


yj  PRÉFACE. 

qualité  de  compatriote,  car  nous  le  voyons,  après  son 
retour  en  Dauphiné,  lorsqu'il  eut  été  nommé  conseiller  au 
parlement  de  Grenoble  (1®"^  septembre  1521),  paraître  comme 
témoin  dans  l'acte  de  l'acquisition  faite  par  Bayart  des 
terres  de  Grignon  et  de  Saint-Maximin  *  et  dans  le  contrat 
de  mariage  de  sa  flUe  naturelle  ^.  Bien  placé  par  ses  rela- 
tions et  sa  haute  position  dans  la  magistrature  pour  con- 
naître l'histoire  de  son  temps,  il  doit  faire  autorité  en  ce  qui 
concerne  les  faits  contemporains,  de  plusieurs  desquels  il 
avait  été  témoin  oculaire.  C'est  ainsi  qu'il  nous  donne  sur  le 
séjour  de  Bayart  en  Dauphiné  (1521-1523)  ;  sur  la  destruc- 
tion qu'il  y  fit  d'une  troupe  de  bandits  qui,  sous  les  ordres 
d'un  chef  nommé  Mocton,  désolait  la  province  ;  sur  ses  rela- 
tions avec  le  connétable  de  Bourbon  et  sur  la  disgrâce  qui 
en  fut  la  conséquence,  des  détails  très-circonstanciés,  évi- 
demment véridiques,  et  que  l'on  chercherait  vainement  ail- 
leurs. Aussi  avons-nous  souvent  cité  cet  ouvrage  qui  s'arrête 
à  l'année  1535. 

L'histoire  de  Bayart  par  le  Loyal  serviteur,  que  nous 
rééditons  aujourd'hui',  est  une  lecture  des  plus  attrayantes; 


1.  1521,  31  octobre. 

2.  1525,  24  août.  Bayart  avait  eu  cette  fille  nommée  Jeanne, 
d'une  Italienne  de  noble  race,  Barbe  de  Tresca  :  on  ignore  quelles 
circonstances  rempôchèrent  d'épouser  cette  femme.  Il  la  tit  éle- 
ver en  Dauphiné,  la  dota,  et  ce  furent  les  frères  du  bon  chevalier 
qui  la  marièrent  après  la  mort  de  son  père. 

3.  L'édition  originale  est  d'une  extrême  rareté;  elle  contient 
102  ff.  in-4®,  est  intitulée  :  La  très-joyeuse,  plaisante  et  récréative 
histoire  composée  par  le  Loyal  Serviteur,  des  faiz,  gestes,  triumphes 
et  prouesses  du  bon  chevalier  sans  paour  et  sam  reprouche  le  gentil 
seigneur  de  Bayart,  dont  humaines  louenges  sont  espandues  par 
toute  la  chrestienté  :  de  plusieurs  autres  bons,  vaillans  et  vertueux 
capitaines  qui  ont  esté  de  son  temps.  Ensemble  les  guerres,  batailles, 
rencontres  et  cusaulx  qui  de  son  vivant  sont  survenues  tant  en 
France,  Espaigne  que  Ytalie,  et  porte  à  la  dernière  page  la  mention 


PRÉTAŒ.  yij 

elle  joint  toutrintérêt  d'un  roman  de  capfe«td'épèeà  1*^0- 

titude  de  Thistoire  :  il  se  dégage  de  ces  pages  pleines  i  ià 

fois  de  finesse  ei  de-  naïveté,  comme  des  meilleures  œuvres 

littéraires  du  xvi®  siècle,  un  charmfe  exquis  ;  on  croit  y  sentir 

palpiter  lecœur  lui-même  du  bon  chevalier  v  Lô  stylé  est  simple,' 

le  récit  attachant  ;  ^on  n'y  sent  nulle  part  la  recherche  ni  le 

travail,  et  l'historien  a  atteint  sans  peihe,  et  pour  ainsi  dire 

en  se  jouant,  le  oomble  de  l'art  qui  consiste  k  nous  &ir^  vivi« 

dans  l'intimité  de  son  héros,  à  nous  le  foire  connaître  et 

aimer,  plutôt  qu'à  suivre  avec  une  précision  académique  le 

rigoureux  enchaîn^oaent  des  faits.  On- ne  trouve  dans  ce 

livre  ni  parallèles  ambitieux,  ni  remplissage  inutile,  et  l'a^k- 

teur  ne  s'assujditit  même  pas  à  tout  raiconter  ^  On  a  depuld 

tenté  bien  des  fôis  d'écrire  la  vie  de  Bayart,  mais  les  -mo^ 

demes  sont  toajoiirs Testés  bien  au-dessou^du  vieux  chroni- 
queur qu'il»  prétendaient  remplacer  *.  : 

suivante  :  NouveUemenl  imprimé  à  Paris  par  Nicolaà  GouUau  pmur 
Galliot  du  Pré,  marchant  libraire  juré  de  l'Université  dudit  lieu.  Et 
fut  achevé  d'imprimer  le  XVlïhjour  de  se^temfyre  l'an  mil  cinq  cens 
vingt  et  sept.  Brunet  «ignalcj  Pc^istence  d^ln  splefndide  exemplaire 
sur  vélin  de  ceUle  édition^  exemplaire  déoôré  de  pe£xi tores,,  parmi 
lesquelles  devait  se  trouver  probablement  le  portrait  de  Bayart. 
Ge  précieux  volume4Rait  en  1820  dans  la  bibliothèque  d'un 
amateur  allemand. 

1 .  Le  mérite  de  rhistoire  de  Bayart  avait  été  reconnu  dès  le 
xvi«  siècle  :  voici  ce  qu'en  dit  Brantôme  :  «  Qui  en  voudra  plus 
scavoir  lise  son  roman  qui  est  un  au^si-  beau  livre  qu'on  sçÀuroit 
voir  et  que  la  noblesse  et  jeunesse  devroient  autant  lire...  Qai  eu 
voudra  voir  la  preuve  lise  le  vieux  roman,  mais  tout  roman  qu'il 
est  ne  parle  point  mal  et  en  aussi  bons  mots  et  termes  qu'il  ^t 
possible.  Il  y  en  a  deux,  ajoute-t*il  en  faisant  allusion  au  livre  de 
Ghampier  dont  nous  avons  parlé  plus  haut,  mais  le  plus  grand  est 
le  plus  beau.  »  (Vol.  H,  p.  38^86.) 

2.  On  peut  voir  dans  le  toiHiilX  (p.  285-287)  du  Catalogue  deâ 
imprimés  de  la  Bibliothèque  nationale,  et  dans  la  Biographie 
du  Dauphiné,  par  A.  Rochas  (Paris,  1856.  T.  H,  p.  448),  la  liste 
des  ouvrages  consacrés  à  la  vie  de  Bayart. 


Viij  PRÉFACE. 

...L'-autaur  compatriote  de  Bayart,  son  compagnon  d'armés 
4fLQ6  ee&  guerres  delà  les  monts,  peu1>-etre  son  secrétaire,  et 
certaû^ement  attaché  à  sa  famille,  ravaitintimemeniconnu. 
Sa  bonne  foi  est  entière,  et  si  on  le  voit  s'étendre  parfois  avec 
trop  de  complaisance  sur  les  événements  dont  il  fut  témoin 
oculaire,  il  passe  souvent  aous  silence  ceux  auxquels  il 
n'assistait  pas,  ou  du  moins  il  les  raconte  brièvement  et 
8^08  insister^.  Il  tenait,  certainement  de  Bayart  lui-même 
le  réoit  de  ses  premières  années  et  les  a  résumées  en 
quelques  chapitre  <^rmant6.  Dans  la  Icxigue  série  des 
guerres  qui  suivent^  il  passe  rapidement  d'un  sujet  à  un 
autre,  racontant  ce  qu'il  trouve  de  plus  digne  de  remarque 
et  ce  qu'il  croit,  de  plus  capable  d'intéresser  son  lecteur  ; 
une  anecdote,  la  récit  d'une  aventure,  lui  ^fournissent  sou- 
vent la  matière. d'un  chapitre,  tandis  qu'il  omet  des  sièges, 
des  batailles  et  consacre  à  peine  quelques  pages  à  l'his- 
toire générale.  L'intérêt  du  récit  est  tel  que  le  lecteur  n'est 
pas  choqué  de  ce  manque  de  proportions  entre  les  diverses 
iwirties  de  l'ouvrage.  J'ai  eu  Tpcc^siôn  de  constater  plus 
d'une  fois,  au  cours  des  recherches,  qpe  j'ai  dû  faire  pour 
préparer  cettenouvelle  édition,  combien  on  doit  peu  suspec- 

:  i.  On  ne  saurait  dduter  que  le  Loyal  Serviteur  ait  été  acteur 
dans  la  plupart  des  événements  qu'il  raconte  ;  il  suffit  de  lire  les 
descriptions  très'^xaeies  des  environs  de  Padoue  et  de  Vérone 
(ohap.  XXX  et  suiv.),da  bizarre  habillement  des  cavaliers  croates 
(Ch..XL),  etc.,  pour  être  convaincu  ^e  Fauteur  a  vu  ce  dont  il 
parle.  A  la  page  144,  après  avoir  raconté  le  suj^lice  infligé  à  deux 
nobles  Vénitiens,  il  ajoute  :  a€ela  me  semUa  une  grande  cruauté  », 
réflexion  qui  ne  peut  venir  que  d'an  témoin  oculaire.  Pendant  la 
dernière  année  de  la  vie  de  son  maître,  il  dut  au  contraire  rester 
en  Dauphiné;  le  récit  de  la  dernière  campagne  de  Bayart  est 
écourté  et  celui  de  sa  mort  n'est  pas  digne  de  la  plume  qui  traça 
les  belles  pages  qui  piécèdent;  c'aai  peut^tre  le  seul  passage  où  le 
style  du  Loyal  Serviteur  devienne  emphatique  et  déclamatoire. 
G*e8t  dans  les  Décades  de  G.  du  Bellay  qu'il  ■  faut  lire  le  récit  do 
la  mort  du  chevalier  sans  peur  et  sans  reproche. 


PRÉFACE.  ix 

ter  la  véracité  du  Loyal  Serviteur  :  certains  faits  qui  me 
paraissaient  douteux  se  sont  trouvés  confirmés  par  la 
découverte  de  documents  nouveaux  ^  ;  les  personnages  mis 

• 

en  scène  par  Thistorien  ne  sont  pas  destinés  à  servir  d'orne- 
ment à  son  récit  et  à  le  rendre  plus  dramatique  ;  tous,  même 
les  plus  obscurs,  ont  existé  et  étaient  bien  en  effet  là  où  il 
les  place  au  moment  où  il  nou3  les  présente';  enfin,  on  ne 
s'aperçoit  pas  qu'il  ait  cherché  à  altérer  la  vérité  pour 
complaire  à  quelque  puissant  personnage,  comme  Tout  fait 
tant  de  chroniqueurs  de  son  temps. 

Nous  devons  maintenant  aborder  un  problème  qui  a  été 
plusieurs  fois  posé  et  n'est  pas  encore  résolu  ;  quel  est  l'écrir- 
vain  qui  se  cache  sous  le  pseudonyme  de  Loyal  Serviteur? 

Le  P.  Lelong  a  certainement  recueilli  une  tradition 
ancienne  lorsqu'il  écrit  :  «  L'auteur  contemporain  qui  s'ap- 
pelle le  Loyal  Serviteur,  était  son  secrétaire.  Il  aurait  pu  se 
nommer,  si  l'on  ne  considère  que  son  histoire  qui  est  assez 
agréable  et  bien  narrée,  mais  il  paraît  qu'il  n'a  pas  osé  le 
fedre  à  cause  qu'il  parle  avec  liberté  des  grands  de  son 
temps  ^.  >  L'abbé  Ladvocat,  auteur  d'un  Dictionnaire  his^ 
tOiHque  qui  a  joui  d'une  grande  vogue  au  siècle  dernier,  est 
plus  explicite  :  «  Symphorien  Champier,  dilr-il,  en  a  écrit  la 
vie  aussi  bien  que  Jacques  de  Mailles,  mais  cette  dernière 
est  plus  curieuse  et  plus  intéressante^.  »  M.  A.  de  Terre- 

1.  Entre  autres,  je  citerai  le  récit  du  siège  de  Mézières  qui  con- 
corde par£Biitement  avec  les  lettres  inédites  et  contemporaines  que 
Ton  trouvera  à  l'appendice. 

2.  C'est  en  compulsant  les  volumes  de  quittances  originales  con* 
serves  à  la  Bibl.  nation,  que  j'ai  retrouvé  la  plupart  des  person- 
nages cités  par  le  Loyal  Serviteur  :  ces  documents  m'ont  été  d'un 
grand  secours  pour  rédiger  les  notes  biographiques  dont  j'ai  accony 
pagné  le  texte. 

3.  Bibliothèque  historique  de  la  France,  tome  III,  n*  31864. 

4.  2«  édition,  Paris,  1760,  au  mot  Bayard,  La  phrase  que  nous 
avons  citée  ne  figure  pas  dans  la  première  édition  de  ce  diction- 


X  PRÉFACE. 

basse,  auteur  d'une  estimable  vie  de  Bayart  qui  a  eu  plu- 
sieurs éditions  S  se  contente  d'écrire  dans  son  introduction  : 
«  Si  Ton  s'ea  rapporte  à  une  note  d'une  yi6ill#écriture  appo- 
sée sur  le  titre  d'un  exemplaire  de  Téttifif  originale  de 
l'bistoire  de  Bayart,  le  Loyal  Senriteor  serait  un  gentil- 
homme du  Graisivaudan  nommé  Jacques  de  Mailles,  qui 
aurait  exercé  plus  tard  la  pro&fision  de  notaire  et  reçu  en 
cette  qualité  le  contrat  de  mariage  de  la  fille  de  Bayart  avec 
le  sire  de  Bocsozel  le  24  août  1525,  un  an  après  la  mort  de 
Bayart.  »  Où  se  trouvait  cet  exemplaire  si  précieux?  M.  de 
Terrebasse  néglige  de  nous  l'apprendre,  et  malgré  mes 
recherches  en  France  et  à  l'étranger,  je  n'ai  pu  le  retrouver. 
Au  reste  j'ai  tout  lieu  de  penser  que  M.  de  Terrebasse 
n'avait  pas  eu  entre  les  mains  le  volume  dont  il  parle,  mais 
qu'il  en  avait  pris  l'indication  dans  le  catalogue  alphabé- 
tique de  l'ancien  fonds  de  la  Bibliothèque  Mazarine.  Il  avait 
signalé  en  effet,  il  y  a  bien  des  années,  à  M.  Ludovic 
Lalanne,  duquel  je  tiens  ce  renseignement,  l'existence  de  la 
mention  suivante  répétée  deux  fois  dans  ce  catalogue  aux 
articles  Bayard  et  Mailles  :  «  Histoire  du  chevalier 
Bayardy  par  Jacques  de  Mailles.  Paris,  in-é^ y  parche^ 
min.  >  Cette  indication,  déjà  fort  précieuse,  est  confirmée 
et  complétée  dans  le  catalogue  méthodique,  demeuré  inconnu 

naire  (1752)  ;  et  dans  la  troisième,  qui  est  de  1777,  on  a  remplacé  le 
nom  de  Jacques  de  Mailles  par  la  vague  appellation  de  un  de 
ses  secrétaires,  Gorrozet  (d'après  un  dire  de  M.  de  Terrebasse 
dans  la  première  édition  de  son  Histoire  de  Bayart)^  aurait  nommé 
Tauteur  Jacques  de  Meun;  comme  cette  note  de  M.  de  Terrebasse 
n'est  pas  suivie  de  l'indication  du  volume  de  Gorrozet  d'où  il  a 
extrait  cette  citation,  j'ai  dû  renoncer  à  feuilleter,  inutilement 
peut-être,  les  35  ouvrages  de  cet  auteur  pour  rechercher  ce  passage 
où  évidemment  Meun  n'est  qu'une  faute  d'impression,  pour 
Mailles. 

1.  La  première  est  de  Ladvocat.  Paris,  1828.  La  dernière  de  Sa- 
vigne.  Vienne,  1870,  in-8*. 


PRÉFACE.  XJ 

à  M.  de  Terrebasse  ;  on  y  lit  sous  le  numéro  17515  A  : 
«  U Histoire  récréative  du  chevalier  Bayard,  par 
Jacques  de  Mailles^  gentilhomme.  Paris,  1514,  tn-4®, 
parchemin.  »  La  date  de  1514  est  certainement  une  faute 
de  copie  ;  Bayart  mourut  en  1524  seulement,  et  il  est  impro- 
bable qu'on  ait  songé  de  son  vivant  à  écrire  son  histoire , 
surtout  en  1514,  où  il  n'avait  pas  accompli  ses  hauts  faits 
les  plus  éclatants.  Le  volume  ayant  disparu  de  la  biblio- 
thèque, il  subsistera  toujours  une  grande  incertitude  relati- 
vement à  sa  date  véritable,  toutefois  je  pense  qu'au  lieu  de 
1514  c'est  1524  qu'Q  faut  lire. 

S'agit- il  d'une  histoire  de  Bayart  demeurée  jusqu'à 
présent  inconnue  aux  bibliographes  et  différente  de  celle 
qui  porte  le  nom  du  Loyal  Serviteur  ?  Je  ne  le  crois  pas  : 
le  rédacteur  du  catalogue  n'a  certainement  pas  reproduit 
intégralement  le  titre  du  livre  qu'il  avait  sous  les  yeux, 
et  suivant  son  habitude  il  s'est  contenté  d'en  donner  un 
extrait  sommaire  :  mais,  on  le  renar^piera,  les  mots  sail- 
lants :  Histoire  récréative  se  retnwfmt  à  la  fois  sur  le 
catalogue  et  sur  le  titre  de  l'édition  de  1527. 

Cette  édition  de  1527  est-elle  la  première  et  la  seule 
ancienne?  La  date  de  1524  donnée  par  le  catalogue  de  la 
Mazarine  est -elle  une  erreur?  Le  nom  de  Jacques  de 
Mailles  qui  se  lit  dans  ce  catalogue  est-il  dû  à  quelque 
annotation  manuscrite?  Doit-on  penser  au  contraire  qu'il  a 
existé  de  V Histoire  de  Bayart  une  première  édition  de 
1524  aujourd'hui  perdue,  sur  le  titre  de  laquelle  se  trouvait 
le  nom  de  l'auteur?  Autant  que  l'on  peut  se  prononcer  sur 
une  question  aussi  délicate,  je  crois  qu'il  a  dû  y  avoir  en 
1524  une  première  édition  de  V Histoire  de  Bayart  portant 
le  nom  de  l'auteur  retranché  dans  l'édition  suivante. 

En  effet  le  rédacteur  du  catalogue  de  la  Bibliothèque 
Mazarine  n'eût  pas  fait  deux  articles  distincts  aux  noms 


xij  PRÉFACE. 

Bayard  et  Mailles  si  ce  dernier  lui  eût  été  fourni  seulement 
par  une  annotation  manuscrite,  et  il  n'aurait  pas  fait  suivre 
le  nom  de  Jacques  de  Mailles  de  la  mention  de  gentilhomme 
(mention  incomplète,  il  devait  y  avoir  gentilhomme  daur- 
phinois)j  s'il  ne  l'avait  pas  lue  imprimée  sur  le  titre  de 
l'ouvrage. 

Il  est  évident  du  reste  pour  qui  a  lu  les  Gestes  de  Bayard 
par  Champier  et  Y  Histoire  de  Bayart  par  le  Loyal  Servi- 
teur, que  l'un  de  ces  deux  ouvrages  a  servi  de  modèle  à 
l'autre.  Or  il  me  paraît  infiniment  plus  probable  que  l'imi- 
tateur soit  celui  qui  raconte  des  événements  auxquels  il 
n'assista  pas,  et  non  le  témoin  oculaire  narrant  simplement 
ce  qu'il  a  vu  :  s'il  y  a  eu  un  plagiat,  c'est  Champier  que  je 
n'hésiterais  pas  à  en  croire  l'auteur.  La  première  édition  des 
Gestes  de  Bayard  par  Champier  étant  de  1525,  il  y  a 
donc  eu  une  édition  de  l'Histoire  du  Loyal  Serviteur  impri- 
mée antérieurement,  c'estr-à-dire  en  1524,  année  même  de  la 
mort  de  Bayart.  Nous  sommes  ainsi  nécessairement  ramenés 
à  cette  date  de  1524  que  nous  proposons  de  lire  au  lieu  de 
celle  de  1514  sur  le  catalogue  de  la  Bibliothèque  Mazarine. 

Tous  les  bibliophiles  savent  du  reste  que  la  disparition 
totale  et  sans  cause  apparente  d'une  édition  dont  l'existence 
est  absolument  certaine,  n'est  pas  un  fait  aussi  rare  qu'on 
pourrait  le  croire.  Plusieurs  livres  bien  connus  ont  été  ainsi 
détruits  sans  laisser  d'autre  trace  qu'une  simple  mention 
dans  un  bibliographe  ou  dans  un  catalogue  ;  d'autres  exis- 
tent seulement  à  l'état  d'exemplaires  uniques  ^ 

1.  C'est  ainsi  par  exemple  que  les  premières  éditions  des 
Œuvres  de  Mellin  de  Saint^ellais  (Lyon,  1547),  et  du  Cymbalum 
mundi,  de  Bonaventure  Desperiers  (Paris,  1537),  ne  sont  plus 
connues  que  par  un  seul  exemplaire.  C'est  ainsi  encore  que 
la  traduction  de  la  Théhdide,  par  Pierre  Corneille,  imprimée  en 
1672,  a  totalement  disparu.  Saint-Gellais,  Desperiers  et  Corneille 
étaient  cependant  des  personnages  autrement  considérables  que 


PRÉFACE.  xiij 

Nous  pouvons  donc  a£Snner  qu'une  ancienne  tradition 
désigne  Jacques  de  Mailles  comme  l'auteur  anonjone  de 
V Histoire  de  Bayart  :  il  est  en  outre  permis  de  conjecturer 
que  l'édition  de  1527,  considérée  jusqu'ici  connue  la  pre- 
mière, a  été  précédée  trois  ans  auparavant  par  une  édition 
portant  le  nom  de  l'auteur,  de  ce  même  Jacques  de  Mailles. 

Mais  il  n'est  pas  sufiSsant  de  connaître  le  nom  de  Jacques 
de  Mailles,  il  importe  de  retrouver  des  traces  certaines  de 
ce  personnage  et  de  sa  famille,  de  savoir  s'il  a  été  contem- 
porain de  Bayart,  attaché  à  sa  personne,  en  un  mot  s'il  a 
pu  écrire  l'ouvrage  qui  lui  est  attribué. 

Dans  cette  recherche  j'ai  été  plus  heureux  que  je  ne  l'es- 
pérais tout  d'abord  ;  j'ai  rencontré  en  effet  le  nom  de  Jacques 
de  Mailles  dans  la  montre  de  la  compagnie  de  Bayart  faite 
à  Cassano  en  1523.  Deux  ans  plus  tard,  c'est-à-dire  un  an 
environ  après  la  mort  de  Bayart,  le  même  Jacques  de 
Mailles,  qui  avait  quitté  les  champs  de  bataille  pour  le  ca- 
binet de  tabellion,  nous  apparaît  rédigeant  le  contrat  de 
mariage  de  Jeanne  Terrail,  fille  naturelle  du  bon  chevalier, 
avec  François  de  Bocsozel,  s'  du  Châtelart,  en  présence  et 
avec  l'assentiment  des  frères  du  capitaine  défunte  II  est 
donc  acquis  désormais  que  Jacques  de  Mailles  a  existé,  a  été 
attaché  à  la  personne  de  Bayart  et,  après  sa  mort,  a  été 
l'homme  d'affaires  de  sa  famille.  Dès  lors,  les  affirmations 

Jacques  de  Mailles,  et  leurs  ouvrages,  bien  plus  répandus  que  le 
sien,  devaient  être  plus  difficilement  détruits.  On  pourrait  mul- 
tiplier ces  exemples. 

1.  On  trouvera  ces  deux  documents  dans  l'appendice.  M.  de  Ter- 
rebasse,  qui  a  publié  un  extrait  de  la  montre  de  compagnie  de  Bayart, 
ne  s'est  point  aperçu  de  l'existence  du  nom  de  Jacques  de  Mailles 
au  milieu  de  ceux  des  archers  de  cette  compagnie  et  ne  Ta  pas  si- 
gnalé. De  môme  M.  Morin-Pons,  en  publiant  le  contrat  de  ma- 
riage de  Jeanne  Terrail,  ne  parait  pas  avoir  entrevu  Tintérôt  que 
présentait  le  nom  du  notaire  qui  Ta  rédigé. 


xiv  PRÉFACE. 

du  P.  Lelong  et  de  l'abbé  Ladvocàt,  aussi  bien  que  les  men- 
tions des  cataloga€0  de  la  Bibliothèque  Mazarine,  paraissent 
non-seulement  possibles,  mais  vraisemblables.  Personne 
n'ignore  en  effet  que  jusqu'au  siècle  dernier  les  capitaines 
ne  se  faisaient  aucun  scrupule  de  faire  inscrire  à  l'eSectif 
de  leur  compagnie  leurs  secrétaires  et  même  leurs  valets 
pour  les  faire  participer  à  la  distribution  de  la  solde.  H  est 
permis  de  supposer  que  Jacques  de  Mailles  resta  attaché  à  la 
famille  de  Bayart  et  que  ce  fut  à  l'instigation  des  frères  et 
de  la  ôUe  du  chevalier  sans  peur  et  sans  reproche  qu'il 
entreprit  de  composer  l'histoire  de  leur  illustre  parent*. 

J'ai  pu  me  procurer  des  renseignements  assez  nombreux 
sur  la  famille  de  Mailles  et  retrouver  le  nom  de  plusieurs  de 
ses  membres.  Cette  famille  avait  donné  son  nom  à  une  mai- 
son forte  située  dans  le  mandement  de  Morestel  ;  elle  était 
ancienne,  puisque  nous  trouvons  un  Richard  de  Mailles  {de 
Malles  et  de  Malliis)  dès  1219.  Plusieurs  de  ses  membres 
versèrent  leur  sang  sur  les  champs  de  bataille,  d'autres 
furent  châtelains  et  baillis  delphinaux.  Au  xv«  siècle,  ils 
étaient  tombés  dans  l'indigence  et  cherchaient  néanmoins  à  se 
faire  maintenir  dans  leur  noblesse.  Au  xvr  siècle  ils  embras- 
sèrent le  protestantisme  et  la  famille  s'éteignit  en  la  personne 
de  Claude  de  Mailles,  maintenu  dans  la  noblesse  en  1581  ^ 


1.  J'ai  dit  plus  haut  que  le  portrait  de  Bayart  conservé  au  châ- 
teau d'Uriage  portait  les  initiales  J.  D.  M.  :  ce  sont  précisément 
celles  de  Jacques  de  Mailles.  Le  Loyal  Serviteur  était-il  à  la  fois 
écrivain,  soldat,  peintre  et  notaire  ?  Ce  portrait  de  Bayart  est-il, 
soit  de  sa  main,  soit  de  celle  d'un  des  membres  de  sa  famille,  ou 
bien  n'y  a-t-il  dans  ces  initiales  qu'une  simple  coïncidence  ? 

2.  Yoici  la  liste  des  membres  de  la  famille  de  Mailles  que  j'ai 
pu  retrouver  ;  elle  est  tirée  des  archives  de  l'Isère,  de  celles  de  la 
Drôme,  de  Guy  Allard  et  de  V Inventaire  des  archives  des  dauphins^ 
publié  par  l'abbé  Chevalier. 

Richard  fait  hommage  au  dauphin,  1219. 


PRÉFACE.  XV 

L*édition  de  1527  de  l'Histoire  de  Bayart  est,  ainsi  que  je 
l'ai  dit,  d'une  extrêae  rareté  et  elle  n'a  jamais  été  exacte- 
ment reproduite.  Théodore  Grodefroy  en  a  donné  au  com- 
mencement du  XYif  siècle^  une  réimpression,  expurgée  et 
habillée  à  la  moderne,  dans  laquelle  il  a  supprimé  de  nom- 
breux passages,  et  ajouté  quelques  notes  d'un  médiocre  inté- 
rêt. Elle  a  servi  de  guide  et  de  modèle  à  toutes  celles  qui 
l'ont  suivie;  la  première  en  date  est  due  à  Louis  Yidel, 
qui  l'a  augmentée  des  commentaires  du  président  Expilly 
et  de  quelques  notes  de  sa  façon '.  Les  commentaires  ont 
une  certaine  valeur  :  on  y  trouve  imprimée  pour  la  première 
fois  la  belle  lettre  de  Bayart  à  l'évêque  de  Grenoble,  dans 
laquelle  il  raconte  la  bataille  de  Ravenne  et  la  mort  de 
Gaston  de  Foix^.  Les  annotations  de  Videl  paraissent  avoir 
eu  pour  but  principal  de  publier  quelques  pièces  fabriquées 
à  plaisir  par  le  président  Salvaing  de  Boissieu  pour  rehausser 
la  douteuse  illustration  de  sa  maison. 

Hugues,  châtelain  de  Briançon,  puis  d'Avalon  (1230-1259),  fait 
hom.,  1266. 

Guillaume  fait  hom.,  1286. 

Oberjon,  tué  à  la  bataille  de  Varey,  1325. 

Richard,  mari  d'Ambroisine  de  Morestel,  fait  hom.,  1345. 

Guigonne  Barrai,  veuve  de  Henri  de  Mailles,  fait  hom.  au  nom 
de  ses  fils,  1365. 

Jean  habite  AUevard  vers  1400. 

Berjon,  Jean,  Richard  et  Pierre,  ses  fils,  se  livraient  à  des  actes 
mercenaires  et  rustiques  en  1458. 

Aymon,  habitant  Eybens,  était  dans  le  même  cas  en  1448. 

Jacques,  archer  et  secrétaire  de  Bayart,  puis  notaire,  1523- 
1527. 

Jean,  en  son  nom  et  en  celui  de  200  habitants  de  l'Albenc,  signe 
entre  les  mains  d'un  notaire  de  Grenoble  une  profession  de  foi 
protestante,  1561. 

Claude  est  maintenu  dans  sa  noblesse,  1581. 

1.  Paris,  1616  et  1619,  in.4v 

2.  Grenoble,  Jean  Nicolas,  1650,  in-8<».  Autre  édition  de  1659. 

3.  On  trouvera  cette  lettre  à  l'appendice. 


XVJ  PRÉFACE. 

Depuis  un  siècle  Y  Histoire  de  Bayart  a  été  réimprimée 
dans  les  grandes  collections  de  mémoires,  d'abord  dans  la 
Collection  universelle  des  Mémoires  particuliers  relon 
tifs  à  l'histoire  de  France  (Londres  et  Paris,  1786  et 
suiv.,  in-8o),  où  elle  figure  au  tome  XIV,  puis  dans  les 
collections  Petitot-Montmerqué  et  Michaud-Poujoulat,  dans 
la  Bibliothèque  choisie  de  M.  Laurentie  (1829,  in-12),  et 
enfin  dans  le  Panthéon  littéraire.  Mais  là,  pas  plus  que 
dans  les  éditions  du  xvn*  siècle ,  le  texte  primitif  n'a  été 
fidèlement  reproduit,  et  il  y  est  peu  ou  point  accompagné  de 
notes. 

J'ai  essayé  de  faire  mieux  que  mes  devanciers  :  tout  en 
m'attachant  à  reproduire  avec  une  scrupuleuse  exactitude 
le  texte  original,  j'ai  cherché  à  édaircir  les  passages  qui 
demandaient  une  explication  et  à  compléter  le  récit  du 
Loyal  Serviteur  par  des  extraits  de  divers  auteurs  français 
et  étrangers  du  xvf  siècle  qui  ont  parlé  de  Bayart.  De 
plus,  j'ai  réuni  dans  un  appendice  tout  ce  que  l'on  con- 
naît de  la  correspondance  de  Bayart,  un  certain  nombre 
de  lettres,  la  plupart  inédites,  de  ses  contemporains,  dans 
lesquelles  il  est  question  de  sa  personne ,  et  enfin  quel- 
ques documents  relatifs  à  lui  ou  à  sa  famille.  On  trouvera 
également  à  la  fin  du  volume  un  index  et  un  glossaire.  Je 
terminerai  en  disant  que  ma  tâche  m'a  été  rendue  facile  par 
la  bienveillance  que  j'ai  rencontrée  partout  autour  de  moi 
et  par  les  conseils  de  M.  Ludovic  Lalanne,  que  la  Société 
m'avait  donné  pour  mon  commissaire  responsable. 

J.  Roman. 


LA  TRÈS  JOYEUSE  ET  TRÈS  PLAISANTE 


HISTOIRE 


DU 


GENTIL  SEIGNEUR  DE  BAYART 


PROLOGUE  DE  L'ACTEUR 


Pour  ce  qu'il  est  moult  difBcille,  sans  la  grâce  de 
Dieu,  en  ce  mortel  estre,  complaire  à  tout  le  monde, 
et  que  les  hommes  coustumiers  d'escripre  hystoires  et 
cronicques  font  voulentiers  leur  adresse  à  aucun 
notable  personnage,  je,  qui,  sans  autrement  me  nom- 
mer, ay  en^ris  de  mettre  en  avant  les  faicts  et  gestes 
du  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche  le  sei- 
gneur de  Bayart,  et  parmy  ses  excellentes  œuvres  y 
comprendre  plusieurs  autres  vertueux  personnages, 
me  suis  advisé,  à  ce  qu'il  ne  feust  murmuré  cy-après 
contre  moy  n'avoir  bien  et  justement  fait  mon  devoir 
particulier  en  laissant  l'ung  pour  prendre  l'autre, 

1 


2  HISTOIRE  DE  BAYART 

attribuer  ceste  mienne  rudde  hystoire  aux  trois  estatz 
du  très  excellent,  très  puissant  et  très  renommé 
royaulme  de  France  ;  car,  pour  au  vray  amplifier  les 
perfections  d'ung  homme,  ne  Fay  peu  faire  autre- 
ment, considéré  que  sans  grâce  infuse  du  Sainct- 
Ësperit,  depuis  l'incarnation  de  nostre  sauveur  et 
rédempteur  Jésuchrist,  ne  s'est  trouvé  en  cronicque 
ou  hystoire,  prince,  gentilhomme  ne  autre,  de  quel- 
que condition  qu'il  ait  esté,  qui  plus  furieusement 
entre  les  cruelz,  plus  doulcement  entre  les  humbles, 
ne  -plus  humainement  entre  les  petis  ait  vescu,  que  le 
bon  chevalier  dont  la  présente  hystoire  est  commen- 
cée. Et  combien  que  de  tout  temps  op  ceste  douce 
contrée  de  France  la  grâce  de  Nostre  Seigneur  s'est  si 
grandement  espandue  que  peu  de  deffault  y  survient 
quant  aux  nécessitez  du  corps,  qui  est  une  manne 
quant  à  ceste  vie  mondaine,  ung  autre  inconvénient  à 
ceste  occasion  y  survient,  c'est  que  la  grande  ayse 
que  grans,  moyens  et  petis  y  soustiennent,  les  mect 
en  telle  oysiveté  qu'ilz  ne  se  peuvent  contenir  du  péché 
d'envye,  en  blasmant  aucunes  fois  à  tort  et  sans  cause 
les  imiocens,  et  en  détenant  caché  les  mérites, 
prouesses  et  honneurs  des  vertueux.  Si  s'en  trou- 
verra-il  peu  qui  sceussent  ou  ayent  voulu  dire 
chose  contre  l'honneur  d'icelluy  bon  chevalier,  s'ilz 
ne  l'ont  dit  à  l'emblée  ;  car  en  iceulx  trois  estatz  s'est 
si  vertueusement  gouverné  qu'il  en  aura,  quant  à 
Dieu,  sa  grâce,  et  quant  au  monde,  verdoyante  et 
immortelle  couronne  de  laurier,  pour  ce  que  touchant 
l'église  ne  s'en  est  jamais  trouvé  ung  plus  obéissant, 
quant  à  Testât  de  noblesse  ung  plus  deffensible,  et  à 
Testât  de  labour  ung  plus  piteux  ne  secourable. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR. 


CHAPITRE  PREMIER. 

Comment  le  seigneur  de  Bayarty  père  du  bon  ehevor 
lier  sans  paour  et  sans  reproche^  eut  vouloir  de 
sçavoir  de  ses  ei^f/ns  de  quel  estât  Hz  voulaient 
estre. 

Au  pays  de  Daulphiné  que  possède  présentement  le 
roy  de  France,  et  ont  fait  ses  prédécesseurs,  depuis 
sept  ou  huyt  vingtz  ans  que  ung  Daulphin  YmbertS 
qui  fut  le  derrenier,  leur  en  fist  don,  y  a  plusieurs 
bonnes  et  grosses  maisons  de  gentilzhonunes,  et  dont 
il  est  sorty  tant  de  vertueux  et  nobles  chevaliers  que  le 
bruyt  en  court  par  toute  la  chrestienté  ;  en  sorte  que 
tout  ainsi  que  Tescarlate  passe  en  couleur  toutes 
autres  tainctures  de  draps,  sans  blasmer  la  noblesse 
d'autre  région,  les  Daulphinois  sont  appeliez  par  tous 
ceulx  qui  en  ont  congnoissance,  Tescarlate  des  gentilz- 
hommes  de  France'.  Entre  lesquelles  maisons  est  celle 
de  Bayart,  de  ancienne  et  noble  extraction,  etbjjMi 


1.  Hnmbert  II,  dernier  dauphin  de  la  famille  de  la  Toi 
Pin,  céda  la  province  de  Dauphiné  au  roi  de  France  le  16  ji 
1349;  il  fut  nommé  peu  après  par  le  pape  patriarche  d'Alexandrie, 
puis  arcHBvôque  de  Paris.  Son  sceau  comme  patriarche  d'Alexan- 
drie porte  la  légende  s.  Wfàjayu.  hymberti.  patriarche,  alexan- 
DRiNi.  DALFnn.  viBNENSis.  iSmQVioBis.  Ses  sceaux  antérieurs  por- 
tent tous  son  nom  écrit  nvii^ERTi. 

2.  Notre  auteur  est  le  premier  qui,  à  notre  connaissance,  se 
soit  servi  de  cette  comparaison  entre  Pécarlate  et  les  autres  cou- 
leurs pour  qualifier  la  noblesse  du  Dauphiné.  Depuis  lors  elle  a 
été  souvent  employée. 


4  HISTOIRE  DE  BAYART 

Tont,  ceulx  qui  en  sont  saillis,  monstre;  car  à  la  jour- 
née de  Poictiers ,  le  terayeul  du  bon  chevalier  sans 
paour  et  sans  reprouche  mourut  aux  piedz  du  roy  de 
France  Jehan;  à  la  journée  de  Crécy,  son  bysayeul;  à 
la  journée  de  Montlehery  demoura  sur  le  champ  son 
ayeul  avecques  six  plaies  mortelles,  sans  les  autres  ; 
et  à  la  journée  de  Guignegaste  fut  son  père  si  fort 
blessé  que  oncques  puis  ne  peut  guères  partir  sa  mai- 
son, où  il  mourut  aagé  de  bien  quatre  vingts  ans  ^  Et 
peu  de  jours  avant  son  trespas,  considérant,  par 
nature  qui  ja  luy  deffailloit,  ne  pouvoir  pas  faire  grant 
séjour  en  ce  mortel  estre,  appella  quatre  enfans  qu'il 
avoit,  en  la  présence  de  sa  femme,  dame  très  dévote  et 
toute  à  Dieu,  laquelle  estoit  seur  de  Tévesque  de  Gre- 
noble, de  la  maison  des  Âlemans.  Ainsi,  ses  enfans 
venuz  devant  luy,  à  Taisné  demanda,  qui  estoit  en 
Taage  de  dix  huyt  à  vingt  ans,  (ju'il  vouloit  devenir  ; 
lequel  respondit  qu'il  ne  vouloit  jamais  partir  de  la 
maison,  et  qu'il  le  vouloit  servir  sur  la  fin  de  ses  jours. 
€  Et  bien  !  dist  le  père,  Geoi^es,  puisque  tu  aymes  la 
maison,  tu  demoureras  icy  à  combatre  les  ours.  >  Au 
second,  qui  a  esté  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans 
rciproche,  fut  demandé  de  quel  estât  il  vouloit  estre  ; 
l|({uel,  en  Taage  de  treize  ans  ou  peu  plus,  esveillé 
oomme  ung  esmérillon,  d'ung  visage  riant  respondit 

i.  L'énamération  da  Loyal  Sen^mj!,  en  ce  qui  conberne  les 
membres  de  la  famille  Tenrail  mMÉtfar  les  champs  de  bataille, 
n'est  ni  exacte  ni  complète.  Pbilipi5eYerrail,  trisaïeul  de  Bayart, 
fut  tué  à  la  bataille  de  Poitiers  en  1356  ;  ses  deux  fils,  Jean  et 
Pierre,  périrent,  le  premier  à  Verneuil  en  1424,  le  second  à  Azin- 
court  en  1415;  Pierre,  aïeul  de  Bayart,  mourut  à  la  bataille  de 
Montlhéry  en  1465;  enfin  Aymon,  son  père,  fut  dwigereusement 
blessé  à  Guinegate  en  1479. 


PAR   LE  LOYAL   SERVITEUR.  5 

comme  s'il  eust  eu  cinquante  ans  :  c  Monseigneur  mon 
père,  combien  que  amour  paternelle  me  tiengne  si 
grandement  obligé  que  je  deusse  oublier  toutes  choses 
pour  vous  servir  sur  la  fin  de  vostre  vie,  ce  néant- 
moins,  ayant  enraciné  dedans  mon  cueur  les  bons 
propos  que  chascun  jour  vous  récitez  des  nobles 
hommes  du  temps  passé,  mesmement  de  ceulx  de 
nostre  maison,  je  seray,  s'il  vous  plaist,  de  Testât  dont 
vous  et  voz  prédécesseurs  ont  esté,  qui  est  de  suyvre 
les  armes,  car  c'est  la  chose  en  ce  monde  dont  j'ay  le 
plus  grant  désir,  et  j'espère,  aydant  la  grâce  de  Dieu, 
ne  vous  faire  ^oint  de  déshonneur.  >  Alors  respondit 
le  bon  vieillart  en  larmoyant  :  t  Mon  enfant.  Dieu  t'en 
doint  la  grâce  !  jà  ressembles-tu  de  visage  et  corsage 
à  ton  grant  père,  qui  fut  en  son  temps  ung  des  acom- 
plis  chevaliers  qui  fust  en  chrestienté  :  si  mettray 
peine  de  te  bailler  le  train  pour  parvenir  à  ton  désir.  > 
Au  tiers  demanda  quel  moyen  il  vouloit  tenir;  il 
respondit  qu'il  vouloit  estre  de  Testât  de  son  oncle, 
monseigneur  d'EsnayS  ung  abbaye  près  Lyon.  Son 
père  le  luy  accorda,  et  l'envoya  par  ung  sien  parent  à 
son  dit  oncle  qui  le  feit  moyne  ;  et  depuis  a  esté,  par  le 
moyen  du  bon  chevalier  son  frère,  abbé  de  Jozaphat, 
aux  faulxbourgz  de  Chartres.  Le  dernier  respondit  de 
mesme  sorte,  et  dist  qu'il  vouloit  estre  conune  son 
oncle  monseigneur  de  Grenoble,  à  qui  il  fut  pareille- 
ment donné,  et  peu  après  le  fist  chaiioyne  de  l'église 

1.  Ainay,  abbaye  de  Tordre  de  Saint-Benoît,  fondée  à  Lyon  sur 
les  bords  de  la  Saône  :  elle  existait  déjà  au  vi*  siècle.  L'abbé 
d* Ainay  était  Théodore  Terrail,  fils  de  Pierre  Terrail,  s'  de  Ber- 
nin;  il  gouverna  cette  abbaye  de  1457  à  1505.  Il  n'était  pas  oncle 
de  Bayait,  mais  son  cousin  assez  éloigné. 


6  HISTOIRE  DE  BAYART 

Nostre-Dame  ;  et  depuis,  par  le  mesme  moyen  que  son 
frère  le  moyne  fut  abbé,  il  fut  évesque  de  GlandesTes 
en  Provence*.  Or,  laissons  les  autres  trois  frères  là,  et 
revenons  à  l'histoire  du  bon  chevalier  sans  paour  et 
sans  reprouche,  et  comment  son  père  entendit  à  son 
afl^re. 


CHAPITRE  IL 

Comment  le  père  du  bon  chevalier  sans  paour  et  sans 
reprouche  envoya  quérir  son  beaurfrère  V évesque  de 
Grenoble  pour  parler  à  lutfj  parce  qu'il  ne  pouvoit 
plus  partir  de  la  maison. 

Après  le  propos  tenu  par  le  père  du  bon  chevalier  à 
ses  quatre  enfans,  et  parce  qu'il  ne  pouvoit  plus  che- 
vaucher, envoya  ung  de  ses  serviteurs  le  lendemain  à 
Grenoble,  devers  Tévesque  son  beau-frère^,  à  ce  que 
son  plaisir  feust,  pour  aucunes  choses  qu'il  avoit  à  luy 
dire,  se  vouloir  transporter  jusques  à  sa  maison  de 


1.  Les  deux  frères  de  Bayart  qui  embrassèrent  Tétat  ecclésias- 
tique furent  successivement  évèques  de  Glandèves  :  Philippe,  de 
152...  à  1532,  et  Jacques,  de  1532  à  1535. 

2.  Laurent  I  Alleman,  fils  d'Henri  AUeman,  s^  de  Laval,  firère 
d'Hélène  Alleman,  mère  de  Bayart.  U  fut  élu  évèque  de  Grenoble 
en  1478,  transféré  au  siège  d'Orange,  puis  revint  à  Grenoble  en 
1484  et  y  mourut  en  1518.  «  Ledict  noble  Pierre  Terrail,  dit 
€  Ghampier  {Les  gestes  du  preux  chevalier  Bayard,  1525,  fol.  xiii), 
t  dès  son  enfance  fut  nourri  par  son  père  en  toutes  vertus  et 
«  tenu  aux  escolles  à  Grenoble  par  sondit  oncle,  seigneur  et  évoque 
c  dudit  lieu.  •  Gette  affirmation  de  Ghampier  est  sujette  à  cau- 
tion ;  il  est  douteux  en  effet  que  Bayart  sût  autre  chose  que  signer 
son  nom,  car  il  n'existe  de  lui  aucun  autographe  authentique. 


PAR  LB  LOYAL  SERVITEUR.  7 

BayartS  distant  dudit  Grenoble  cinq  ou  six  lieues;  à 
quoy  le  bon  évesque,  qui  oncques  en  sa  vie  ne  fut  las 
de  faire  plaisir  à  ung  chascun,  obtempéra  de  très  bon 
cueur.  Si  partit,  incontinent  la  lettre  receue,  et  s'en 
vint  au  giste  en  la  maison  de  Bayart,  où  il  trouva  son 
beau-frère  en  une  chaire  auprès  du  feu,  comme  gens 
de  son  aage  font  voulentiers.  Si  se  saluèrent  Tung 
l'autre  et  firent  le  soir  la  meilleur  chère  qu'ilz  peurent 
ensemble,  et  en  leur  compaignie  plusieurs  autres 
gentilzhommes  du  Daulphiné  qui  estoient  là  assem- 
blez  ;  puis,  quant  il  fut  heure,  chascun  se  retira  en  sa 
chambre,  où  ilz  reposèrent  à  leur  aise  jusques  à  len- 
demain matin  qu'ilz  se  levèrent,  ouyrent  la  messe 
que  ledit  évesque  de  Grenoble  chanta  ;  car  voulen- 
tiers disoit  tous  les  jours  messe,  s'il  n'estoit  mal  de  sa 
personne,  et  pleust  à  Nostre  Seigneur  que  les  prélatz 
de  présent  feussent  aussi  bons  serviteurs  de  Dieu  et 
aussi  charitables  aux  povres  qu'il  a  esté  en  son  temps  ! 
La  messe  ouye,  convint  laver  les  mains  et  se  mettre  à 
table,  où  de  rechief  chascun  fist  très  bonne  chière,  et 
y  servoit  le  bon  chevalier  tant  sagement  et  honneste- 
ment  que  tout  honune  en  disoit  bien.  Sur  la  fin  du 
disner,  et  après  grâces  dictes,  le  bon  vieillart  sei- 
gneur de  Bayart  conunencea  ainsi  ces  paroUes  à 
toute  la  compaignie  :  c  Monseigneur  et  messeigneurs, 
l'occasion  pourquoy  vous  ay  mandez  est  temps  d'estre 
déclairée,  car  tous  este8;:izies  parens  et  amys;  et  jà 

1.  Les  raines  da  château  J^JQtasi  se  voient  encore  aujour- 
d'hui au  sommet  d'une  coUin%  aux  environs  du  village  de  Pont- 
charra,  dans  le  Graisivaudan.  Il  avait  été  construit  par  le  bisaïeul 
du  bon  chevalier  auquel  le  gouverneur  du  Dauphiné  en  avait 
donné  l'autorisation  en  4404  (Arch.  de  Tlsère). 


8  HISTOIRE  DE  BAYART 

voyez-vous  que  je  suis  par  vieillesse  si  oppressé  qu'il 
est  quasi  impossible  que  sceusse^  vivre  deux  ans.  Dieu 
m'a  donné  quatre  filz,  desquelz  de  chascun  ay  bien 
voulu  enquérir  quel  train  ilz  veulent  tenir  ;  et  entre 
autres  m'a  dit  mon  fils  Pierre  qu'il  veult  suyvre  les 
armes,  dont  il  m'a  fait  ung  singulier  plaisir,  car  il 
ressemble  entièrement  de  toutes  façons  à  mon  feu  sei- 
gneur de  père,  vostre  parent ,  et  si  de  conditions  il 
luy  veult  aussi  bien  ressembler,  il  est  impossible  qu'il 
ne  soit  en  son  vivant  ung  grant  homme  de  bien,  dont 
je  croy  que  ung  chascun  de  vous,  conmie  mes  bons 
parens  et  amys,  seriez  bien  aises.  Il  m'est  besoing, 
pour  son  commencement,  le  mettre  en  la  maison  de 
quelque  prince  ou  seigneur,  afin  qu*il  appreigne  à  se 
contenir  honnestement,  et  quant  il  sera  ung  peu  plus 
grant,  apprendra  le  train  des  armes.  Si  vous  prie, 
tant  que  je  puis,  que  chascun  me  conseille  en  son 
endroit  le  lieu  où  je  le  pourray  mieulx  loger.  >  Alors 
dist  l'ung  des  plus  anciens  gentilzhommes  :  c  II  fault 
qu'il  soit  envoyé  au  roy  de  France.  >  Ung  autre  dist 
qu'il  seroit  fort  bien  en  la  maison  de  Bourbon  ;  et 
ainsi  d'ung  en  autre  n'y  eut  celluy  qui  n'en  dist  son 
advis.  Mais  l'évesque  de  Grenoble  parla  et  dist  :  c  Mon 
frère,  vous  sçavez  que  nous  sommes  en  grosse  amytié 
avecques  le  duc  Charles  de  Savoye,  et  nous  tient  du 
nombre  de  ses  bons  serviteurs  ;  je  croy  qu'il  le  prendra 
voulentiers  pour  ung  de  ses  paiges.  Il  est  à  Gham- 
béry ,  c'est  près  d'icy  :  ai  bon  vous  semble,  et  à  la 
OHnpaignie,  je  le  luy  mèneray  demain  au  matin,  après 
l'avoir  très  bien  mis  en  ordre  et  garny  d'ung  bas  et 

i.  Il  y  a  par  erreur  scensse  dans  le  texte. 


PAR   LE   LOYAL  SERVITEUR.  9 

boD  pelit  roussin  que  j'ay  depuis  trois  ou  quatre  jours 
en  çà  recouvert  du  seigneur  d'Uriage*.  s  Si  fut  le 
propos  de  l'évesque  de  Grenoble  tenu  à  bon  de  toute 
la  compaignio,  cl  mesmemeot  du  dit  seigneur  de 
Bayart,  qui  luy  livra  8on  tilz  en  luy  disant  :  •  Tenez, 
moDseigngur,  je  prie  à  Nostre  Seigneur,  que  si  bon 
préseoi'te  puissez  faire,  qu'il  vous  face  honneur  en 
sa  vie.  >  Alors  tout  incontinent  envoya  le  dit  évesque 
à  la  ville  quérir  son  tailleur,  auquel  il  manda  apporta 
veioux,  satin,  et  autres  choses  jiécessaires  pour  habil- 
ler le  bon  chevalier.  Il  vint  et  îl|éoQgna  toute  la  ouyt, 
de  sorte  que  le  lendemain  matia  fut  tout  prest,  et 
après  avoir  desjeuné,  monta  sur  son  roussin,  et  se  pré- 
senta à  toute  la  compaignie,  qui  estoit  en  la  basse 
court  du  chasteau,  tout  ainsi  que  si  on  l'eust  voulu 
présenter  dès^'heure  au  duc  de  Savoye.  Quant  le  che- 
val sentit  si  [nilitfès'  sur  luy,  joinct  aussi  que  le  jeune 
enfant  avoit  ses  espérons  dont  il  le  picquoit,  conmien- 
céa  à  faire  trois  ou  quatre  saulx,  de  quoy  la  compai- 
gnie eut  paour  qu'il  affollast  le  garson  ;  mais  en  Ueu  de 
ce  qu'on  cuydoit  qu'il  deust  ciier  à  l'ayde,  quant  il 
sentit  le  cheval  si  fort  remuer  soubz  luy,  d'ung  gentil 
cueur  asseuré,  comme  ung  lyon,  luy  donna  trois  ou 
quatre  coups  d'esperon  et  une  carrière  dedans  ladicte 
basse  court,  en  sorte  qu'il  mena  le  cheval  à  la  raison 
comme  s'il  eust  eu  trente  ans.  Il  ne  fault  pas  demander 
si  le  bon  vieillart  fut  ayse  ;  et  soubzriant  de  joie, 
deiAanda  à  son  fîlz  s'il  avoit  point  de  paour,  car  pas 

1.  L'édition  origiQBle  porte  par  erreur  du  Riage  :  il  s'agît  ici  de 
Gnigue  Âlleman,  b^  dlJriage,  époui  de  Marie  Grinde,  père  du 
capitaine  Holart,  dont  il  sera  si  souvent  question  dans  ce  volume. 

2.  Pés,  faix,  fardeau. 


n'avoit  quinze  jours  qu'il  estoit  sorty  de  l'inOpUe  : 
lequel  respoadit  d'ung  visage  assuré  :  c  MoQppljn^ur, 
j'espère,  àl'ayde  de  Dieu,  devant  qu'il  soit  nk  ans,  le 
remuer,  luy  ou  autre,  en  plus  dangereux  lieu  ;  car  je 
suis  icy  parmy  mesanays,  et  jepourray  eqtce  panny 
lesennemysduinaistrequejeserviray. — 4^W#I  8"*' 
dist  le  bon  évesque  de  GreD(^e  qui  estoit  prest  à 
partir  ;  mon  nepveu,  mon  amy,  ne  descendez  point,  et 
de  toute  la  compaignie  prenez  congé.  >  Lors  le  jeune 
enfant,  d'une  joyeuse  ^pfitenance,  s'adressa  à  son  père, 
auquel  il  dist  :  t  MmitËlgneur  mon  père,  je  prie  à 
Nostre  Seigneur  cfa'il  voup  doint  bonne  et  longue  vie, 
et  à  moy,  grâce,  avant  ^*i1  vous  oste  de  ce  monde, 
que  puissiez  avoir  bonnes  nouvelles  de  moy.  —  Mon 
amy,  dist  le  père,  je  l'en  supplie.  >  Et  puis  luy  donna 
sa  bénédiction.  Et  après  alla  prendre  congé  de  tous  les 
gentUzhommes  qui  estoient  là,  l'ung  apr^  l'autre,  qui 
avoie'nt  à  grant  plaisir  sa  bonne  contenance.  La  povre 
dame  de  mère  estoit  en  une  tour  du  chasteau,  qui  ten- 
drement ploroit;  car  combien  qu'elle  feust  joyeuse 
dont  son  filz  estoit  en  voye  de  parvenir,  amour  de 
mère  l'admonnestoit  de  larmoyer.  Toutesfois,  après 
qu'on  luy  fast  venu  dire  :  «  Madame,  si  voulez 
venir  veoir  vostre  filz,  il  est  tout  à  cheval  prest  à 
partir  >,  la  bonne  gentil  femme  sortit  par  le  derrière 
de  la  tour  et  fîst  venir  son  fils  vers  elle,  auquel  elle 
dist  ces  parolles  :  c  Pierre,  mon  amy,  vous  allez  au 
service  d'ung  gentil  prince.  D'autant  que  mère  peult 
commander  à  son  enfant,  je  vous  commande  trois 
dioses  tant  que  je  puis,  et  si  vous  les  faictes,  soyez 
asseuré  que  vous  vivrez  triumphamment  en  ce  monde. 
La  première,  c'est  que,  devant  toutes  choses,  vous 


PAR   LE  LOYAL   SIRVTTEm.  41 

aytaez,  craignez  et  servez  Dieu,  sans  aucunement 
l'c^Eeoser,  s'il  vous  est  possible,  car  c'est  celluy  qui 
tous  nous  a  créez,  c'est  luy  qui  nous  fait  vivre,  c'est 
celluy  qui.  nous  saulvera,  et  sans  luy  et  sa  gr&ce  ne 
scaurions  ftôra-une  seulle bonne  œuvTE^w  ce  monde  ; 
tous  les  matin*  et  tous  les  soirs,  reconpnndez-vous  i 
luy,  et  il  vaU|  aydt^.  La  seconde,  c'est  que  vous 
soyez  doutx  et  courtois  à  tous  gentilzhommes,  en 
ostant  de  vous  tout  oi^eil.  Soyez  humble  et  serviable 
à  toutes  gens  ;  ne  soyez  maldisant  ne  menteur;  main- 
tenez-vous sobrement  quant  au  boire  et  au  manger  ; 
tuyez  envye,  car  c'est  uog  vilain  vice.  Ne  soyez  flateur 
ne  reporteur ,  car  telles  manières  de  gens  ne  vienent 
pas  voulentiers  à  grande  perlcctioD.  Soyez  loyal  en 
faictz  et  dictz,  tenez  vostre  parolle.  Soyez  secourable 
à  povres  veufVes  et  aux  orphelins,  et  Dieu  vous  le 
guerdonnera.  La  tierce,  que  des  biens  que  Dieu  vous 
donnera  vous  soyez  charitable  aux  povres  nécessiteux , 
car  donner  pour  l'honneur  de  luy  n'apovril  oncques 
homme;  et  tenez  tant  de  moy,  mon  enfant,  que 
telle  aulmosoe  pourrez-vous  faire  qui  grandement 
vous  proufRtera  au  corps  et  k  l'&me.  Velà  tout  ce  que 
je  vous  encharge.  Je  crois  bien  que  vostre  père  et 
moy  ne  vivrons  plus  guères;  Dieu  nous  face  la  grftce,  à 
tout  le  moins  tant  que  serons  en  vie,  que  tousjours 
puissions  avoir  bon  rapport  de  vous.  » 

Alors  le  bon  chevalier,  quelque  jeune  aage  qu'il 
eust,  luy  respondit  :  c  Madame  ma  mère,  de  vostre 
bon  enseignement,  tant  humblement  qu'il  m'est  pos- 
sible, vous  remercie,  et  espère  si  bien  l'ensuyvpe  que, 
moyennant  la  gr&ce  de  celluy  en  la  garde  duquel  me 
recommandez,  en  aurez  contentement.  Et  au  demou- 


13  mSTOQtE  DE  BAYART 

rant,  après  m'estre  très  humblenient  recommaadi  à 
vostre  bonne  grâce,  je  voys  prendre  congé  de  vous.  > 
Alors  la  bonne  dame  tira  hors  de  sa  manche  une 
petite  bourcette,  en  laquelle  avoit  seulement  six  escus 
en  or  et  ung  en  monnoye  qu'elle  donna  à  son  filz  ;  et 
appella  ung  àf&  serviteurs  de  l'éveaque  de  Grenoble, 
son  frère,  auquel  elle  bailla  une  petite  malette  en 
laquelle  avoit  quelque  Unge  pour  la  nécessité  de  son 
filz,  le  priant  que,  quant  il  seroit  présenté  à  monsei- 
gneur de  Savoye,  il  voulsist  prier  le  serviteur  de  l'es- 
cuyer,  soubz  la  charge  auquel  il  seroit,  qu'il  s'en 
voulsist  ung  peu  donner  de  garde  jusques  à  ce  qu'il 
feust  en  plus  grant  aage,  et  luy  bailla  deux  escus  pour 
luy  donner.  Sur  ce  propos  print  l'évesque  de  Grenoble 
congé  de  la  ctwp^ignie,  et  appella  son  nepveu,  qui 
pour  se  trouver  dèsois  son  gentil  roussin,  pensoit  estre 
en  ung  paradis.  Si  commencèreiil  à  marcher  le  che- 
min droit  à  Ghambéry,  où  pour  lors  estoit  le  duc 
s  de  Savoye'. 


CHAPITRE  m. 

Comment  l'évesqae  de  Grenoble  présetUa  sort  nepveu,  le 
bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reproucke,  au  duc 
Charles  de  Savoye,  qui  le  reçut  joyeusement. 

Au  départir  du  chasteau  de  Bayart,  qui  fut  par  ung 
samedy  après  le  desjeuner,  chevaucha  ledit  évesque  de 

1.  CharleB  I,  duc  de  Savoie  (1482-1490},  file  d'Ame  IX  et  de 
lolande  de  France,  mari,  de  Blanche  Paléologne,  duchesse  do 
Moatfemtt. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  13 

Grenoble  de  sorte  qu'il  arriva  au  soir  dans  la  ville  de 
Ghambéry,  où  le  clergié  alla  au  devant  de  luy  ;  car 
ladicte  ville  est  de  toute  ancienn^  de  Tévesché  de 
Grenoble,  et  y  a  son  officiai  et  sa  courte  II  se  logea 
sm^.^ling  notable  bourgeois.  Le  duc  estoit  logé  en  sa 
avecques  bon  nombre  de  seigneurs  et  gentilz- 
tant  de  Savoye  que  de  Pyémont.  Le  soir 
'ledit  évesque  de  Grenoble  à  son  logis,  sans 
s^iottonstrer  à  la  court,  coipbien  que  le  duc  fiist  assez 
ififormé  qu'il  estoit  à  la  ville ,  dont  il  fust  très  joyeux^ 
parce  que  icelluy  évesque  estoit  (si  ainsi  on  les  peult 
appeller  en  ce  monde)  ung  des  plus  sainctz  et  dévotz 
personnages  que  l'on  sceust.  Le  lendemain,  qui  fut 
dimenche,  bien  matin  se  leva  et  s'en  alla  pour  faire  la 
révérence  au  duc  de  Savoye,  qui  le  receut  d'ung  riant 
visage,  luy  donnant  bien  à  congnoistre  que  sa  vefeue  luy 
plaisoit  très  fort.  Si  devisa  avecques  luy  tout  au  long 
du  diemin,  depuis  son  logis  jusques  à  l'église  où  il  alla 
ouyr  messe,  à  laquelle  îl  servit  ledit  duc,  conmie  à  telz 
princes  appartient,  à  luy  bailler  à  baiser  l'évangille  et 
la  paix.  Après  la  messe  dicte,  le  duc  le  mena  par  la 
main  disner  avecques  luy,  où,  durant  icelluy,  estoit 
son  nepveu  le  bon  chevalier,  qui  le  servoit  de  boire 
très  bien  en  ordre,  et  très  mignonnement  se  conte- 
noit;  ce  que  regarda  le  duc,  pour  la  jeunesses  qu'il 
voyoit  en  l'enfant,  de  sorte  qu'il  demanda  à  l'éves- 
que  :  c  Monseigneur  de  Grenoble,  qui  est  ce  jeune 
enfant  qui  vous  donne  à  boire?  — MoiiaeigiMSi|ri  res- 
ponditril,  c'est  ung  honmie  d'armes  que  je  vous  suis 

1.  L'évêché  de  Ghambéry  fut  créé  par  une  bulle  du  18  août 
4779.  Jusqu'à  cette  époque  cette  ville  faisait  partie  du  diocèse  de 
Grenoble. 


1&  HISTOIRE  DE   BAYART 

venu  présenter  pour  vous  servir  se  il  vous  plaist,  mais 
il  n'est  pas  en  Testât  que  je  le  vous  veulx  donner. 
Après  disner,  si  c!B6t  vostre  plaisir,  le  verrez.  — • 
Vrayement,  ce  àiû  \é  duc  qui  desjà  Teut 
amour,  il  seroit  bien  estrange  qui  tel  préi 
roit.  >  Or  le  bon  chevalier,  qui  desjà  avaÊrj^^j 
nance  de  son  oncle  en  l'entendement,  ne  s!i 
guères  aiilx  mor&eaulx  après  Fe  disner,  ains  s'eaiÉMtu 
logis  faire  sceller  son  roussin,  sur  lequel,  aprèél^a'^ir 
bien  mis  en  ordre,  monta,  et  s'en  vint  le  beau  petit 
pas  en  la  court  de  la  maison  dudit  duc  de  Savoye,  qui 
desjà  estoit  sorty  de  sa  salle,  appuyé  sur  une  gallerie. 
Si  veit  entrer  le  jeune  enfant  qui  faisoit  bondir  son 
dieval,  de  sorte  qu'il  sembloit  honune  de  trente  ans,  et 
qui  toute  sa  vie  eust  veu  de  la  guerre.  Lors  s'adressa  à 
l'évescfde  de  Grenoble,  auquel  il  dist  :  c  Monseigneur 
de  Grenoble,  je  croy  que  c'est  vostre  petit  mignon 
qui  si  bien  chevauche  se  cheval?  — •  Qui  respondit  : 
Monseigneur,  c'est  mon  S  il  est  mon  nepveu,  et  de 
bonne  rasse  où  il  y  a  eu  de  gentilz  chevaliers.  Son 
père,  qui,  par  les  coups  qu'il  a  receuz  es  gueres  et 
batailles  où  il  s'est  trouvé,  est  tant  myné  de  foiblesse 
et  de  vieillesse  qu'il  n'est  peu  venir  devers  vous,  se 
reoomiltt^de  très  humblement  à  vostre  bonne  grâce, 
et  vpife  en  fait  qng  présent.  —  En  bonne  foy,  respon- 
dit Te  duc,  j^'FMiepte  voulentiers  ;  le  présent  est  beau 
et  hoil9iâHe(.  -  uAu  le  face  preudhomme  !  »  Lors  com- 
manda k^éûà  sien  escuyer  d'escuyne,  en  qui  plus  se 
fioit,  qu'il  pirint  en  sa  garde  le  jeune  Bayart  et  que  à 
son  oppinion,  seroit  une  fois  honmie  de  bien. 

1.  C'est  mon,  vraiment. 


PAR  LE  LOYAL  SSiiVn»IR.  15 

Ne  tarda  guères  après  ce  propos  q^l'évesque  de 
Grenoble,  qui  remercié  eut  très  huml^Ésn^rt  le  duc  de 
Savoye,  ne  priât  congé  de  luy  pour  s'en  retourner  à 
sa  maison  ;  et  ledit  duc  demoura  à  Ghambéry  juê(}ues 
à  quelque  temps  après  qui  se  délibéra  d'aller  veoir  le 
roy  de  France,  Gharles  huytiesme,  qui  estoit  en  la  ville 
de  Lyon,  où  il  se  donnoit  dîijbon  temps  à  faire  joustes, 
tournois  et  tous  autres  passe  temps. 


GHAPITRE  IV. 

Comment  le  duc  de  Savoy e  se  partit  de  Chambéry  pour 
aller  veoir  le  roy  de  France  Charles  huyOesme^  0 
sa  ville  de  Lyon,  et  mena  avecques  luy  le  bon  chevOr 
lier  sanspaour  et  sans  reprouche,  lors  son  paige. 

Le  bon  chevalier  demoura  page  avecques  le  duc 
Gharles  de  Savoye  bien  l'espace  de  demy  an,  où  il  se 
fist  tant  aymer  de  grans,  moyens  et  petis  qu'oncques 
jeune  enfant  ne  le  fut  plus.  Il  estoit  serviable  aux  sei- 
gneurs et  dames  tant  que  c'estoit  merveilles.  En  toutes 
chodisn'y  avoit  jeune  page  ne  seigneur  qui  feust  à  com- 
parer à  luy;  car  il  saultoit,  luy  toit,  gectoit  la  barre 
selon  sa  grandeur  et  entre  autres  choses  chevauchoit 
ung  cheval  le  possible ,  de  sorte  que  son  bon  mais- 
tre  le  print  en  aussi  grande  amour  que  s'il  eust  esté 
son  filz.  Ung  jour,  estant  le  duc  de  Savoye  à  Gham- 
béry, faisant  grosse  chère,  se  délibéra  d'aller  veoir  le 
roy  de  France  à  Lyon,  où  pour  lors  estoit  parmy  ses 
princes  et  gentikhoiQmes,  menant  joyeuse  vie  à  faire 
joustea  et  tournoys  chascun  jour,  et  au  soir  dancer  et 


16  qiSTOIRE  DE  BAYART 

baller  aaGMOPMJcs  dames  du  lieu,  qui  sont  voulentiers 
belles  et  de^Mime  grâce.  Et  à  vérité  dire,  ce  jeune 
roy  Charles  estoit  ung  des  bons  princes,  des  courtois, 
libéraulx  et  charitables  qu^on  ait  jamais  veu  ne  leu.  Il 
aymoit  et  craignoit  Dieu,  ne  ne  juroit  jamais  que  par  la 
foy  de  mon  corps!  ou autca petit  serment.  Etfiitgrant 
doimnage  dont  mort  le  piint  si  fost  conune  en  Faage 
de  xxvm  ans;  car,  si  longuement  eust  vescu,  achevé 
eust  de  grans  choses.  Ledit  roy  Charles  sceut  com- 
ment le  duc  de  Savoye  le  venoit  veoir,  et  que  jà 
estoit  à  la  Verpillière  *,  et  s'en  venoit  coucher  à  Lyon. 
Si  envoya  au  devant  de  luy  ung  gentil  prince  de  la 
maison  de  Liùcembourg,  qu'on  appelloit  le  seigneur  de 
B%ny',  avecques  plusieurs  autres  gentilshommes  et 
archiers  de  sa  garde,  qui  le  trouvèrent  à  deux  lieues 
ou  environ  dudit  Lyon.  Si  se  firent  grant  chère  lesditz 
duc  et  seigneur  de  Ligny,  car  tous  deux  estoient 
assez  remplis  d'honneur.  Ilz  vindrent  longuement 
parlans  ensemble,  et  tellement  que  le  seigneur  de 
Ligny  gecta  son  œil  sur  le  jeune  Bayart,  lequel  estoit 
sur  son  roussin  qui  trotoit  fort  mignonement,  et  le 
faisoit  merveilleusement  bon  veoir.  Si  dist  le  seimeur 
de  Ligny  au  duc  de  Savoye  :  c  Monseigneur,  vous 
avez  là  ung  page  qui  chevauche  ung  gaillart  cheval, 
et  davantage  il  le  scet  manyer  gentement.  —  Sur  ma 
foy,  dist  le  duc,  il  n'y  a  pas  demy  an  que  l'évesque  de 
Grefioble  m'en  fist  ung  présent,  et  ne  faisoit  que  sortir 

'9 

4 .  La  Verpillère,  chef-lien  de  canton,  département  de  Tlsëre. 

2.  Louis  de  Luxembourg,  comte  de  Ligny,  prince  d'Altamura, 
grand  chambellan  de  Louis  XII,  cousin  germain  du  duc  de  Savoie 
par  Marie  de  Savoie  sa  mère.  Il  était  fils  de  Louis  de  Luxembourg, 
comte  de  Saint-Pol,  connétable  de  France.  Il  mourut  en  1505. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  17 

de  TescoUe  ;  mais  je  oe  veiz  jamais  jeune  garson  qui 
plus  hardiement  de  son  aage  se  maintint ,  ny  à  cheval 
ny  à  pied,  et  y  a  fort  bonne  grâce.  Bien  vous 
advise,  monseigneur  mon  cousin,  qu'il  est  d'une  rasse 
où  il  y  a  de  gaillars  et  hardiz  gentilzhonmies  ;  je  croy 
qu'il  les  ensuyvra.  »  Si  dist  au  bon  chevalier  : 
€  Bayart,  picquez  !  donnez  une  carrière  à  vostre  che- 
val! »  Ce  que  le  jeune  enfant,  qui  pas  mieulx  ne 
demandoit,  fist  incontinent,  et  très  bien  le  sceut  faire  ; 
et  si,  au  bout  de  la  course,  fist  bondir  le  cheval,  qui 
estoit  fort  gaillard,  trois  ou  quatre  merveilleux  saulx, 
dont  il  résjouyt  toute  la  compaignie.  c  Sur  ma  foy. 
Monseigneur,  dist  le  seigneur  de  Ligny,  velà  ung 
jeune  gentilhomme  qui  sera  à  mon  oppinion  gentil 
galant,  s'il  veit,  et  m'est  ad  vis  que  ferez  bien  du  page 
et  du  cheval  faire  présent  au  roy,  car  il  en  sera  bien 
aise ,  pour  ce  que  le  cheval  est  fort  bel  et  bon ,  et  le 
page,  à  mon  advis,  encores  meilleur.  —  Sur  mon  âme, 
dist  le  duc,  puisque  le  me  conseillez,  je  le  feray.  Le 
jeune  enfant  pour  parvenir  ne  sçauroit  apprendre  en 
meilleur  escolle  que  la  maison  de  France,  où  de  tout 
temps  honneur  fait  son  séjour  plus  longuement  qu'en 
toutes  autres  maisons  de  prince.  > 

Ainsi  en  propos  cheminèrent  si  avant  qu'ilz  entrè- 
rent dedans  Lyon,  où  les  rues  estoient  pleines  de 
gens,  et  force  dames  aux  fenestres  pour  les  veoir 
passer;  car,  sans  mentir,  ce  duc  de  Savoye  estoit  fort 
beau  et  bon  prince,  très  bien  acompaigné;  et  à  veoir 
sa  contenance,  sentoit  bien  son  prince  de  grosse  mai- 
son. Si  s'en  alla  pour  le  soir,  qui  fut  ung  mercredy 
descendre  à  son  logis  où   il   retint  le  seigneur  de 

2 


18  HISTOIRE  DE  BAYART 

Ligny  et  ung  autre  appelé  monseigneur  d' Avenes  ^  filz 
du  sire  d'Albret,  et  frère  du  roy  de  Navarre,  qui  estoit 
alors  ung  fort  honneste  et  acomply  seigneur,  à  àoup- 
per  avecques  luy,  et  plusieurs  autres  seigneurs  et 
gentilzhonunes,  ou,  durant  icelluy,  y  eut  force  mé- 
nestriers  et  chantres  du  roy  qui  vindrent  resjouyr  la 
compaignie.  Le  soir  ne  partit  point  le  duc  de  Savoye 
de  son  logis,  ains  il  fut  joué  à  plusieurs  jeux  et  passe- 
temps,  et  tant  qu'on  apporta  vin  et  espices  ;  lesquelles 
prises,  chascun  se  retira  à  son  logis  jusques  à  lende- 
main au  matin. 


CHAPITRE  V. 

Comment  le  duc  de  Savoye  alla  faire  la  révérence  au 
roy  de  France  à  son  logis  ^  et  du  grant  et  honneste 
recueil  qui  luy  fut  faict. 

Le  jeudy  matin  se  leva  le  duc  de  Savoye,  et,  après 
soy  estre  mis  en  ordre,  voulut  aller  trouver  le  roy  ; 
mais  ainçois^  son  partement  arrivèrent  à  son  logis 
lesditz  seigneurs  de  Ligny  et  d'Avesnes  avecques  le 
mareschal  de  Gié^,  qui  pour  lors  avoit  gros  crédit  en 

1.  Gabriel  d'Albret,  s'  d'Avennes,  frère  de  Jean  d'Albret,  roi 
de  Navarre  :  ils  étaient  fils  d'Alain  d'Albret,  comte  de  Dreux, 
8'  d'Avennes,  surnommé  le  Grand,  et  de  Françoise  de  Bretagne. 

2.  Ainçois,  avant. 

3.  Pierre  de  Roban,  maréchal  de  Gié,  comte  de  Marie,  mort  en 
4513.  n  était  fils  de  Louis  de  Roban,  s' de  Guéméné,  et  de  Marie 
de  Montauban.  Il  épousa  Françoise  de  Penhoêt,  puis  Marie  d'Ar- 
magnac. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  19 

France,  ausquelz  il  donna  le  bon  jour  ;  et  après  mar- 
chèrent jusques  au  logis  du  roy,  qui  desjà  estoit  prest 
pour  aller  à  la  messe  en  ung  couvent  de  cordeliers 
qu'il  avoit  fait  construire  à  la  requeste  d'ung  dévot 
religieux  appelé  frère  Jehan  Bourgeois,  au  bout  d'ung 
faulxbourg  de  Lyon  appelle  Veize.  fit  y  avoit  ledit  sei- 
gneur beaucoup  donné  du  sien ,  aussi  avoit  fait  sa 
bonne  et  loyalle  espouse  Anne,  duchesse  de  Bretaigne. 
Si  trouva  le  duc  de  Savoye  le  roy,  ainsi  qu'il  vouloit, 
sortir  de  sa  chambre,  auquel  il  fist  la  révérence,  telle 
et  si  haulte  que  à  si  grant  et  noble  prince  appartenoit. 
Mais  le  bon  roy,  qui  filz  estoit  d'humilité,  le  print  et 
l'embrassa  en  luy  disant  :  c  Mon  cousin,  mon  amy, 
vous  soyez  le  très  bien  venu  !  Je  suis  joyeulx  de  vous 
veoir ,  et  sur  mon  âme,  vous  avez  bien  fait,  car  si  ne 
feussiez  venu,  j'estois  délibéré  vous  aller  veoir  en  voz 
pays,  où  je  vous  eusse  porté  beaucoup  plus  de  dom- 
mage. »  À  quoy  respondit  le  bon  duc  :  c  Monseigneur, 
il  est  difficile  que  à  ma  voulenté  sceussiez  porter  dom- 
mage. Tout  le  regret  que  j'auroye  à  vostre  arrivée  en 
voz  pays  et  miens  seroit  seulement  que  ne  pourtjtt 
estre  receu  comme  appartient  à  si  hault  ne  rnayH^ 
nime  prince  que  vous  estes  ;  mais  bien  vous  advise 
que  le  cueur,  le  corps,  l'avoir  et  le  sçavoir,  si  Dieu  y 
en  a  aucun  mis,  sont  en  vostre  disposition  autant  que 
le  moindre  de  voz  subjeets.  >  Dont  le  roy,  en  rougissant 
ung  peu,  le  remercia.  Si  montèrent  sur  leurs  mulles, 
et  allèrent  ensemble  devisans  le  long  de  la  ville  jusques 
audit  couvent  des  cordeliers,  où  ilz  ouyrent  dévote- 
ment la  messe  ;  et  quant  vint  à  l'ofirande,  fut  baillé 
par  le  duc  de  Savoye  au  roy  l'escu  pour  offrir  à  Nostre 


20  HISTOIRE  DE  BAYART 

Seigneur,  ainsi  que  chascun  jour  ont  acoustumé 
faire  les  roys  de  France,  comme  au  prince  à  qui  on 
vouloit  plus  faire  d'honneur.  Après  la  messe  ouye, 
remontèrent  sur  leurs  mulles  pour  retourner  au  logis, 
où  le  roy  retint  le  duc  de  Savoye  à  disner  avecques 
luy,  et  pareillement  lesditz  seigneurs  de  Ligny  et 
d'Avesnes.  Durant  le  disner  y  eut  plusieurs  propos 
tenuz,  tantdechiens,  d*oyseaulx,  d'armes  que  d'amours. 
Et  entre  autres,  le  seigneur  de  Ligny  dist  au  roy  : 
€  Sire,  je  vous  jure  ma  foy  que  monseigneur  de  Savoye 
a  vouloir  de  vous  donner  ung  paige  qui  chevauche 
ung  bas  roussin  fort  gaillard  aussi  bien  que  jeune 
garson  que  je  veiz  jamais  ;  et  si  ne  pense  point  qu'il 
ait  plus  de  quatorze  ans,  mais  il  mène  son  cheval  à  la 
raison  comme  ung  homme  de  trente.  S'il  vous  plaist 
aller  ouyr  vespres  à  Esnay,  en  aurez  votre  passe- 
temps.  —  Par  la  foy  de  mon  corps  !  dist  le  roy,  je  le 
vueil.  >  Et  puis  regarda  le  duc  de  Savoye  en  luy 
disant  :  c  Mon  cousin,  qui  vous  a  donné  ce  gentil  paige 
que  dit  le  cousin  de  Ligny?  >  A  quoy  respondit  ledit 
duc  :  c  Monseigneur,  il  est  de  voz  subjectz  et  d'une 
i0liiaison  en  vostre  pays  du  Daulphiné,  dont  il  est  sorty 
de  gaillars  gentilzhommes  ;  son  oncle,  l'évesque  de 
Grenoble,  puis  demy  an  m'en  a  fait  ung  présent; 
monseigneur  mon  cousin  l'a  veu,  il  en  dit  du  bien 
tant  qu'il  luy  plaist ,  vous  vUlftez  à  vostre  plaisir  le 
paige  et  le  cheval  en  la  prayne  d'Esnay.  >  Alors  n'e&- 
toit  pas  le  bon  chevalier  en  présence;  mais  tantost 
luy  fut  racompté,  et  comment  le  roy  le  vouloit  veoir 
sur  son  cheval,  et  croy  que,  s'il  eust  gaigné  la  ville  de 
Lyon,  n'eust  pas  esté  si  aise.  Il  s'en  alla  incontinent  au 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  21 

maistre  palefrenier  du  duc  de  Savoye,  nommé  Pizou 
de  Ghenas,  auquel  il  dist  :  c  Maistre,  mon  amy,  j'en- 
tendz  que  le  roy  a  dit  à  monseigneur  qu'il  veult  veoir 
mon  roussin  après  disner,  et  moy  dessus.  Je  vous 
prie  tant  que  je  puis  que  le  vueillez  faire  mettre  en 
ordre,  et  je  vous  donneray  ma  courte  dacgue  de  bon 
cueur.  »  Le  maistre  palefrenier,  qui  veit  la  bonne  vou- 
lenté  du  jeune  garson,  luy  dist  :  c  Bayart,  mon  amy, 
gardez  vostre  baston,  je  n'en  veulx  point,  et  vous 
mercye  ;  allez  vous  seulement  peigner  et  nectoyer,  car 
vostre  cheval  sera  bien  en  ordre,  et  Dieu  vous  face 
cest  heur,  mon  amy,  que  le  roy  de  France  vous 
preingne  en  grâce,  car  il  vous  en  peult  advenir  beau- 
coup de  biens,  et  quelquefois,  avec  l'ayde  de  Dieu, 
pourrez  estre  si  grant  seigneur  que  je  m'en  sentiray. 
—  Sur  ma  foy  !  maistre,  dist  le  bon  chevalier,  jamais 
je  n'oublieray  les  courtoysies  que  m'avez  faictes 
depuis  que  je  suis  en  la  maison  de  monseigneur,  et  si 
Dieu  me  donne  jamais  des  biens,  vous  en  apperce- 
vrez.  >  Incontinent  monta  en  la  chambre  de  son 
escuyer,  où  il  nectoya  ses  habillemens,  se  peigna  et 
acoustra  au  plus  joliement  qu'il  peut,  en  attendant 
qu'il  eust  quelques  nouvelles,  qui  ne  tardèrent  guères  ; 
car,  sur  les  deux  ou  trois  heures,  vint  l'escuyer  d'es- 
cuyrie  de  monseigneur  de  Savoye,  lequel  gouvernoit 
Bayart,  qui  le  vint  demander,  et  tout  prest  le  trouva. 
Si  luy  dist  tout  fasché  :  c  Bayart,  mon  amy,  je  voy 
bien  que  je  ne  vous  garderay  guères,  car  j'entendz 
que  monseigneur  a  desjà  fait  ung  présent  de  vous  au 
roy,  qui  vous  veult  veoir  sur  vostre  roussin  en  la 
prairie  d'Ësnay.  Je  ne  suis  pas  marry  de  vostre  avan- 


22  HISTOIRE  DE  BAYART 

cernent,  mais,  sur  ma  foy  !  j'ay  grant  regret  de  vous 
laisser.  »  A  quoy  respondit  le  jeune  Bayant  :  c  Mon- 
seigneur Fescuyer,  Dieu  me  doint  grâce  de  continuer 
es  vertus  que  m'avez  monstrées  depuis  l'heure  que 
monseigneur  vous  bailla  chaîne  de  moy!  si  je  puis, 
moyennant  son  ayde,  n'aurez  jamais  reprouche  de 
chose  que  je  face  ;  et  si  je  parviens  en  lieu  pour  vous 
faire  service,  cognoistrez  par  effect  de  combien  je  me 
sens  vostre  obligé.  »  Après  ces  paroUes  dictes,  n'y  eut 
plus  de  dilations  car  l'heure  s'approchoit.  Si  monta 
Fescuyer  sur  ung  cheval  et  fist  monter  le  bon  cheva- 
lier sur  son  roussin,  lequel  estoit  si  bien  peigné  et 
acoustré  que  riens  n'y  deffailloit ,  et  s'en  allèrent 
attendre  le  roy  et  sa  compaignie  en  la  prairie  d'Esnay; 
car  le  prince  s'estoit  mis  par  eaue  sur  la  Sosne.  Incon- 
tinent qu'il  fut  hors  du  bateau,  va  veoir  sur  la  prée 
le  jeune  Bayart  sur  son  roussin  avecques  son  escuyer. 
Si  luy  commencea  à  crier  :  c  Page  iiion  amy,  donnez 
de  l'esperon  à  vostre  cheval!  »  ce  qu'il  fist  inconti- 
nent. Et  sembloit,  à  le  veoir  départir,  que  toute  la  vie 
eust  fait  ce  mestier.  Au  bout  de  la  course,  le  fist 
bondir  deux  ou  trois  saulx,  puis  sans  riens  dire  s'en 
retourna  à  bride  abatue  pareillement  devers  le  roy,  et 
s'arresta  tout  court  devant  luy  en  faisant  remuer  son 
dieval,  de  sorte  que  non-seulement  le  roy,  mais  toute 
la  compagnie,  y  print  ung  singulier  plaisir.  Si  com- 
mencea le  roy  à  dire  à  monseigneur  de  Savoye  :  c  Mon 
cousin,  il  est  impossible  de  mieulx  picquer  ung  che- 
val. »  Et  puis  s'adressant  au  page,  lui  dist  :  c  Picque, 

i.  Dilation,  retard. 


PAR  LE   LOYAL   SERVITEUR.        '  23 

picque  encores  ung  coup.  >  Après  les  parolles  du  roy, 
les  pages  lui  crièrent  :  c  Picquez!  picquez!  »  de 
façon  que  depuis  par  quelque  temps  fut  surnommé 
Picquet.  c  Vrayement,  dist  encores  le  roy  au  duc,  je  voy 
devant  mes  yeulx  ce  que  le  cousin  de  Ligny  m'a  dit  à 
disner  ;  je  ne  veulx  pas  attendre  que  me  donniez 
vostre  page  ne  vostre  cheval,  mais  je  le  vous  demande. 
— Monseigneur,  respondit  le  duc  de  Savoye,  le  maistre 
est  vostre,  le  reste  y  peult  bien  estre.  Dieu  luy  doint 
grâce  de  vous  faire  quelque  service  agréable  !  —  Par 
la  foy  de  mon  corps  !  dist  le  roy,  il  est  impossible 
qu'il  ne  soit  honmie  de  bien.  Cousin  de  Ligny,  je  vous 
baille  le  page  en  garde  ;  mais  je  ne  veuk  pas  qu'il 
perde  son  cheval ,  il  demourera  tousjours  dans  vostre 
escuyrie.  »  Dont  ledit  seigneur  de  Ligny  remercia 
très  humblement  le  roy,  se  sentant  très  bien  satisfait 
d'avoir  ce  présent  ;  car  il  estimoit  bien  qu'il  en  feroit 
ung  honmie  dont  il  auroit  une  fois  gros  honneur,  ce 
qui  fut  acomply  depuis  en  maintz  lieux.  Trois  ans  seu- 
lement fut  page  le  bon  chevalier  en  la  maison  du  sei- 
gneur de  Ligny,  lequel  l'en  mit  hors  sur  l'aage  de  dix 
sept  ans,  et  l'appoincta  en  sa  compaignie  ;  toutesfois 
tousjours  fut -il  retenu  des  gentilzhonunes  de  sa 
maison. 


CHAPITRE  VL 

Comment  ung  gentilhomme  de  Bourgongne^  nommé 
messire  Claude  de  Vauldray^  vint  à  Lyon  far  le 
vouloir  du  roy  de  France  faire  faictz  d'armes  tant  à 
cheval  comme  à  pied,  et  pendit  ses  escuz  pour  par 


24  '  HISTOIRE   DE   BAYART 

ceulx  qui  y  toucheroient  estre  par  lui  receuz  au  com- 
bat ;  et  comment  le  bon  chevalier ^  trois  jours  après 
qu'il  fut  mis  hors  de  pagCy  toucha  à  tous  les  escus. 

Quelque  temps  demoura  le  duc  de  Savoye  à  Lyon, 
où  il  fist  fort  bonne  chère,  tant  avecques  le  roy  que  les 
princes  et  seigneurs  de  France.  Si  advisa  qu'il  estoit 
saison  de  retourner  en  ses  pays,  parquoy  il  demanda 
congé,  qui  luy  fut  donné  bien  en  vis  ^  ;  toutesfois  il  n'est 
si  bonne  compaignie  qu'il  ne  conviengne  départir.  Le 
roy  lui  fist  de  beaulx  et  honorables  présens,  car  de 
libéralité  estoit  assez  remply.  Ainsi  s'en  retourna  le 
bon  duc  Charles  de  Savoye  en  ses  pays.  Le  roy  de 
France  alla  visitant  son  royaulme;  et  deux  ou  trois 
ans  après  se  retrouva  audit  Lyon  ',  où  il  arriva  ung 
gentilhomme  de  Bourgongne,  qu'on  nommoit  messire 
Claude  de  Vauldray%  appert  homme  d'armes,  et  qui 
désiroit  à  merveilles  de  les  suyvre.  Si  fist  supplier  au 
roy  que,  pour  garder  d'oisiveté  tous  jeunes  gentilz- 
hommes,  luy  voulsist  permettre  de  dresser  ung  pas, 
tant  à  cheval  comme  à  pied,  à  course  de  lance  et 
coups  de  hache ,  ce  qui  luy  fut  accordé,  car  le  bon  roy 
ne  demandoit,  après  le  service  de  Dieu  dont  il  estoit 
assez  songneux,  que  joyeulx  passe-temps.  Si  dressa  son 
affaire  icelluy  messire  Claude  de  Vauldray  le  mieulx 


1.  Envis,  à  regret;  invité. 

2.  Le  deuxième  séjour  de  Charles  VUI  à  Lyon  et  le  pas  d'armes 
de  Vaudray  eurent  lieu  au  mois  d'avril  1491. 

3.  Claude  de  Vaudray,  s'  dé  TAigle  et  Chilli,  chambellan  du 
duc  de  Bourgogne,  bailli  de  IfoMigne,  fils  d'Antoine  de  Vau- 
dray et  de  Marguerite  de  Chanflbiirg,  épousa  Marie  de  Challant  et 
mourut  sans  enfants  en  1515. 


1 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  25 

qu'il  peut,  et  fist  pendre  ses  escuz,  où  tous  gentilz- 
hommes  qui  avoient  désir  d'eulx  moustrer  venoient 
toucher,  et  se  fiedsoieut  inscripre  au  roy  d'armes  qui  en 
a  voit  la  charge,  llog  jour,  passoit  par  devant  les  escuz 
le  bon  chevalier,  qui  desjà,  par  le  nom  que  le  roy  luy 
donna  à  Eanay ,  eatoit  de  chascun  appdUé  Piequet ,  si 
va  penser  en  soy  menv^,:  c  Hélas,  mon  Dieu!  si  je 
sçavoye^^popment  mf^  mettre  en  ordre,  tant  voulen- 
tiers  je  toueheroye  à  ses  escuz,  pour  sçavoir  et  appren- 
dre des  armes  !  »  Et  sur  cela  s'arresta  tout  coy  et 
demeura  pensif.  Avecques  luy  estoit  ung  sien  com- 
paignon,  de  la  nourriture  du  seigneur  de  Ligny, 
appelle  BellabreS  qui  luy  dist  :  c  En  quoy  songez- 
vous,  compaignon ,  vous  me  semblez  tout  estonné?  — 
Sur  ma  foy  !  respondit-il,  mon  amy,  aussi  suis-je,  et 
je  vous  en  diray  présentement  la  raison.  II  a  pieu  à 
monseigneur  me  mettre  hors  de  paige,  et  de  sa  grâce 
m'a  accoustré  et  mis  en  ordre  de  gentilhonmie.  Vou- 
loir me  semond  de  toucher  aux  escuz  de  messire 
Claude,  mais  je  ne  say,  quant  je  l'auroye  fait,  qui  me 
fourniroit  après  de  hamoys  et  de  chevaulx.  »  Alors 
respondit  Bellabre,  qui  plus  estoit  aagé  que  luy  et  fort 
hardy  gentilhonmie  (car  d'une  chose  veulx  advertir 
tous  lysans  ceste  hystoire,  que  de  la  nourriture  de  ce 
gentil  seigneur  de  Ligny  sont  sortiz  cinquante  gentilz- 
honmies,  dont  trente  ont  esté  tous  vaillans  et  vertueux 
cappitaines  en  leur  vie)  :  c  Mon  compaignon,  mon 
amy,  vous  souciez-vous  de  cela?  N'avez-vous  pas 


i .  Pierre  de  Pocquières,  8'  de  Bellabre  et  de  la  Marche,  un  des 
plus  chers  compagnons  de  Bayart,  qu'il  accompagna  dans  la  plu- 
part de  ses  expéditions. 


S6  HISTOIRE  DE  BAYÀRT 

vostre  oncle,  ce  gros  abbé  d'Esnay?  Je  faiz  veti  à 
Dieu  que  nous  yrons  à  luy,  et  s'il  ne  veult  fournir 
deniers,  nous  prendrons  crosse  et  mictre  ;  mais  je  croy 
que,  quant  il  cognoistra  vostre  bon  vouloir,  il  le  fera 
voulentiers.  »  Et  sur  ces  paroles  il  va  toucher  aux 
escuz.  Montjoye,  roy  d'armes,  qui  estoit  là  pour 
escripre  les  noms,  luy  commenoea  à  dire  :  c  Gomment, 
Picquet,  mon  amy,  vous  n'aurez  barbe  de  trois  ans, 
et  entreprenez-vous  à  combatre  contre  messire  Claude, 
qui  estung  des  plus  rudes  chevaliers  qu'on  sache?  > 
Lequel  luy  respondit  :  c  Montjoye,  mon  amy,  ce  que 
j'en  faiz  n'est  pas  orgueil  ne  oultrecuydance,  mais  seul- 
lement  désir  d'aprendre  les  armes  peu  à  peu  avecques 
ceulx  qui  me  les  peuvent  monstrer,  et  Dieu,  si  luy 
plaist,  me  fera  la  grâce  que  je  pourray  faire  quelque 
chose  qui  plaira  aux  dames.  »  De  quoy  Montjoye  se 
prist  à  rire  et  s'en  contenta  très  fort. 

Si  courut  incontinent  par  tout  Lyon  le  bruit  que 
Picquet  avoit  touché  aux  escuz  de  messire  Claude ,  et 
vint  jusques  aux  oreilles  dudit  seigneur  de  Ligny,  qui 
n'en  eust  pas  voulu  tenir  dix  mille  escuz.  Si  s'en  alla  le 
dire  au  roy  incontinent,  qui  en  fut  très  joyeulx,  et  luy 
dist  :  c  Par  la  foy  de  mon  corps  !  cousin  de  Ligny, 
votre  nourriture  vous  fera  une  fois  de  l'honneur,  car  le 
cueur  le  me  juge.  —  Nous  verrons  que  ce  sera,  res- 
pondit le  seigneur  de  Ligny,  il  est  encores  bien  jeune 
pour  endurer  les  coups  de  messire  Claude.  >  Or  ne  fut- 
ce  pas  le  plus  fort  pour  le  bon  chevalier  d'avoir  touché 
aux  escuz,  mais  de  trouver  argent  pour  avoir  chevaulx 
et  acoustremens.  Si  vint  à  son  compaignon  Bellabre 
auquel  il  dist  :  c  Mon  compaignon,  mon  amy,  je  vous 
prie  estre  mon  moyen  envers  monseigneur  d'Esnay, 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  S7 

mon  oncle,  qu'il  me  donne  de  l'argent  ;  je  scay  bien 
que  si  mon  don^  oncle  monseigneur  de  Grenoble  estoit 
icy ,  il  ne  me  laisserait  pour  riens ,  mais  il  est  en  son 
abbaye  de  Sainct-Surnyn  à  Thoulouze'.  C'est  bien 
loing  ;  jamais  ung  honune  n'y  serait  allé  et  venu  à 
temps.  —  Ne  vous  chaille',  dist  Bellabre,  nous  yrons 
vous  et  moy  demain  matin  parler  à  luy,  et  j'espère 
que  nous  ferons  bien  nostre  cas.  >  Gela  resjouyt  quelque 
peu  le  bon  chevalier,  toutesfois  il  ne  reposa  guères  la 
nuyt.  Bellabre  et  luy  couchoient  ensemble,  levèrent 
matin,  et  puis  se  misrent  en  ung  de  ses  petis  bateaux 
de  Lyon,  et  se  firent  mener  à  Esnay.  Eulx  diescenduz, 
le  premier  homme  qu'ilz  trouvèrent  dedans  le  pré,  ce 
fut  l'abbé  qui  disoit  ses  heures  avecques  ung  de  ses 
religieux.  Si  l'allèrent  saluer  les  deux  gentilzhommes , 
mais  luy,  qui  desjà  avoit  ouy  parler  conmient  son 
nepveu  avoit  touché  aux  escuz  de  messire  Glaude,  et 
se  doubtoit  bien  qu'il  fauldroit  foncer^,  ne  leur  fîst  pas 
grand  recueils  mais  s'adressa  à  son  nepveu  et  luy 
dist  :  c  Hé!  maistre  breneux,  qui  vous  a  donné 
ceste  hardiesse  de  toucher  aux  escuz  de  messire 
Glaude  de  Vauldray?  Il  n'y  a  que  trois  jours 
qu'estiez  paige,  et  n'avez  pas  dix-sept  ou  dix-huit  ans. 
On  vous  deust  encores  donner  des  verges;  qui  montez 


1.  Don,  seigneur. 

2.  Laurent  Alleman,  évoque  de  Grenoble,  était  également  abbé 
de  Saint-Semin.  On  trouvera  à  Pappendice  une  lettre  de  Bayart 
où  il  est  question  de  lui  en  cette  qualité. 

3.  Ne  vou$  chaillêy  qu'il  ne  vous  importe. 

4.  Poncer,  financer. 

5.  Recueil^  accueil.  ''■ 


28  HISTOIRE  DE  BAYART 

en  si  grant  orgueil .  »  A  quoy  respondit  le  bon  cheva- 
lier :  c  Monseigneur,  je  vous  asseure  ma  foy  qu'ono- 
ques  orgueil  ne  me  le  fîst  faire ,  mais  désir  et  vouloir 
de  parvenir  par  faietz  vertueux  à  l'honneur  que  voz 
prédécesseurs  et  les  myens  ont  fait,  m'en  ont  donné  la 
hardiesse.  Si  vous  supplie,  monseigneur,  tant  que  je 
puis,  veu  que  je  n'ay  parent  ny  amy  à  qui  je  peusse 
présentement  avoir  recours,  sinon  à  vous,  que  vostre 
bon  plaisir  soit  m'ayder  de  quelques  deniers  pour 
recouvrer  ce  qu'il  m'est  nécessaire.  —  Sur  ma  foy, 
respondit  l'abbé,  vous  yrez  chercher  ailleurs  qui  vous 
prestera  aident  ;  les  biens  donnez  par  les  fondateurs 
de  ceste  abbaye  a  esté  pour  y  servir  Dieu  et  non  pas 
pour  dépendre  en  joustes  et  tournoiz.  >  Laquelle 
parolle  dicte  par  l'abbé,  le  seigneur  de  Bellabre  reprint 
et  luy  dist  :  c  Monsagneur,  n'eust  esté  les  vertuz  et 
les  prouesses  .d^. voz  prédécesseurs,  vous  ne  feussiez 
pas  abbé  d'Emi^^,£ar  par  leur  moyen  et  non  par 
autre  y  estes  parvenu.  Il  &ult  avoir  congnoissance  des 
biens  qu'on  a  receuz  par  le  passé,  et  espérance  d'avoir 
quelque  rémunération  de  ceulx  qu'on  fait.  Yostre 
nepveu,  mon  compaignon,  est  de  bonne  rasse,  bien 
aymé  du  roy  et  de  monseigneur  nostre  maistre ,  il  a 
vouloir  de  parvenir,  dont  deussiez  estre  bien  joyeulx. 
Si  est  besoing  que  luy  aydez ,  car  il  ne  vous  sçauroit 
couster  deux  cens  escus  pour  le  mettre  en  bon  ordre, 
et  il  vous  pourra  faire  de  l'honneur  pour  plus  de  dix 
mille.  »  Si  y  eut  réplicquepar  l'abbé  et  plusieurs  autres 
propos  tenuz,  mais  enfin  condescendit  qu'il  ayderoit 
audit  bon  chevalier. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  29 


CHAPITRE  VD. 

*  .    ^ 

Cmnment  Vahbé  d'Esnay  bailla  cent  escus  au  bon  che- 
Miter  pour  avoir  deux  chevauUcj  et  escripvit  unes 
40lÊfe  à  ung  marchant  de  Lyon  pour  luy  délivrer  ce 
qui  luy  seroit  nécessaire. 

Il  y  eut  plosieurs  propos  entre  Tabbé  et  les  deux 
gentîlzhommes ,  mais  à  la  fin  il  les  mena  à  son  logis, 
et  fist  ouvrir  une  petite  fenestre,  où  d'une  bourse  qui 
dedans  estoit,  tira  cent  escuz,  lesquelz  il  bailla  à 
Bellabre,  et  lui  dist  :  c  Mon  gentilhomme,  velà  cent 
escus  que  je  vous  baille  pour  achapter  deux  chevaulx 
à  ce  vaillant  gendarme,  car  il  a  encores  la  barbe  trop 
jeune  pour  manyer  deniers.  Je  m'en  vois  escripre  ung 
mot  à  Laurencin  ^  pour  luy  bailler  les  habillemens  qui 
luy  seront  nécessaires.  —  C'est  très  bien  fait,  monsei- 
gneur, dist  Bellabre;  et  je  vous  asseure  que,  quant 
chascun  le  sçaura,  vous  n'y  aurez  sinon  honneur.  »  Si 
fut  demandé  incontinent  ancre  et  papier  pour  escripre 
à  Laurencin,  auquel  il  manda  bailler  à  son  nq>yeu  ce 
qui  luy  seroit  nécessaire  pour  s'acQttskrer  à  ce  tour- 
noy,  ymaginant  en  soy-mesmes  qu'il  ii^^çiittxût  avoir 
à  besongner  pour  cent  francs  de  mardiaiidiie ,  mais  il 


i.  La  famille  Laurencin  comptait  au  commencement  du 
XTi*  siècle  parmi  les  plus  considérables  du  commerce  lyonnais  : 
ce  fut  par  son  intermédiaire  que  Fabrice  Garette,  grand  maître 
de  Rhodes,  se  procura  en  1513  les  canons  qui  servirent  si  utile- 
ment dans  le  siège  soutenu  par  son  successeur  contre  Soliman. 
(Vertot,  Histoire  des  chevaliers  de  Malte,  1722,  vol.  II,  p.  1412.) 


30  HISTOIRE  DE  BAYÀRT 

alla  bien  autrement,  comme  vous  orrez  cy-après. 
Incontinent  que  les  gentilzhommes  eurent  leur  lettre, 
après  avoir  pris  congé  de  l'abbé,  et  par  le  bon  cheva- 
lier l'avoir  très  humblement  remercié  de  la  courtoysîe 
qu'il  luy  faisoit,  s'en  retournèrent  dedans  loir  petit 
bateau,  pour  revenir  à  Lyon,  fort  joyeulx  de  oe  qu'ilz 
avoient  si  bien  besongné.  Si  commença  à  parler 
Bellabre  et  à  dire  :  c  Sçavez-vous  qu'il  y  a,  compai- 
gnon  ?  Quant  Dieu  envoyé  de  bonnes  fortunes  aux  gens, 
il  les  fault  bien  et  sagement  conduyre.  Ce  qu'on  des- 
robe à  moynes  est  pain  beneist.  Nous  avons  une  lettre 
à  Laurencin  pour  prendre  ce  qu'il  vous  fauldra,  allons 
vistement  à  son  logis  avant  que  vostre  abbé  ait  pensé 
à  ce  qu'il  a  fait ,  car  il  n'a  point  limité  en  sadicte  lettre 
jusques  à  combien  d'argent  il  vous  baille  d'acoustre- 
mens.  Par  la  foy  de  mon  corps  !  vous  serez  acoustré 
pour  le  toumoy,  et  pour  d'icy  à  ung  an,  car  aussi  bien 
n'en  aurez-vous  jamais  autre  chose.  >  Le  bon  cheva- 
lier, qui  ne  demandoit  pas  mieulx,  se  print  à  rire  et 
luy  dist  :  c  Par  ma  foy  !  mon  compaignon,  la  chose 
va  bien  ainsy,  mais  je  vous  prie,  hastons-nous,  car 
j'ai  grant  paour  que,  s'il  s'apperçoit  de  ce  qu'il  a  fait, 
incontinent  n'envoyé  ung  de  ses  gens  déclairer  pour 
combien  d'ai^ent  il  entend  qu'on  me  baille  d'habille- 
mens.  »  Très  bonne  fut  leur  conception,  comme  vous 
entendrei«  Si  firent  diligenter  la  pontonnière  qui  les 
rendit  jusques  auprès  des  Changes  où  ilz  se  misrent  à 
bort,  et  incontinent  marchèrent  droit  au  logis  de  Lau- 
rencin, qui  estoit  en  sa  boutique,  lequel  saluèrent,  et 
il,  qui  estoit  fort  honneste  et  bon  marchant,  leur  rendit 
le  semblable.  Bellabre  commença  la  parolle  et  dist  : 
c  Par  mon  âme!  sire  Laurencin,  mon  compaignon  et 


t 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  31 

moy  venons  de  veoir  ung  honneste  abbé  ;  c'est  mon- 
seigneur d'Esnay.  —  Je  vous  prcnnetz,  c'est  mon,  dist 
Laurencin;  c'est  ung  grant  honmie  de  bien,  et  me 
tiens  du  nombre  de  ses  bons  serviteurs.  J'ai  eu  en  ma 
vie  afaire  à  luy  de  vingt  mille  francs,  mais  jamais  ne 
trouvay  ung  plus  rond  homme.  —  Mais  ne  savez-vous 
Thonnesteté  qu'il  a  faicte  à  son  nepveu,  mon  compai- 
gnon  que  vecy,  dit  Bellabre?  U  a  sceu  qu'il  avoit  tou- 
ché aux  escus  de  messire  Claude  de  Vauldray,  et  qu'il 
se  vouloit  esprouver,  pour  honneur  acquérir,  conmie 
ont  fait  ses  ancestres,  et  sachant  que  nous  couchions 
ensemble,  tous  deux  nous  a  envoyez  quérir  ce  matin, 
et  estre  arrivez,  après  nous  avoir  fait  très  bien  desjeu- 
ner,  a  donné  trois  cens  beaulx  escuz  à  son  nepveu 
pour  avoir  des  chevaulx,  et  davantage  pour  s'acous- 
trer,  de  sorte  qu'il  n'y  ait  honmie  en  la  compaignie 
mieulx  en  ordre  que  luy,  nous  a  baillé  une  lettre  à 
vous  adressant,  pour  lui  bailler  ce  qu'il  luy  sera  néces- 
saire. >  Si  luy  monstra  la  lettre  :  il  congneut  inconti- 
nent le  seing  de  monseigneur  l'abbé,  c  Je  vous  assure, 
messeigneurs,  dist  Laurencin,  qu'il  n'y  a  riens  céans 
qui  ne  soit  à  vostre  conunandement  et  de  monseigneur 
qui  m'escript.  Regardez  seulement  qu'il  vous  fault.  » 
Si  firent  incontinent  desployer  draps  d'or,  d'argent, 
satins  brochez,  veloux  et  autres  soyes,  dont  ilz  prin- 
drent  pour  le  bon  chevalier  jusques  à  la  valleur  de  sept 
ou  huyt  cens  francs,  et  puis  prindrent  congié  de  luy 
pour  s'en  aller  à  leur  logis,  et  incontinent  envoyèrent 
quérir  tailleurs  pour  faire  leur  cas. 

Or  retournons  ung  petit  à  l'abbé,  qui  fut  bien  aise 
quant  il  se  veit  despesché^  de  son  nepveu.  Si  com- 

1.  Despeschéy  débarrassé. 


32  HISTOIRE  DE  BAYART 

manda  qu'on  apportas!  à  disner  où  il  eut  de  la  com- 
paignie;  et  entre  autres  propos  conimencea  à  dire 
tout  hault  :  c  J'ay  eu  une  terrible  estrayne  à  ce  matin  : 
ce  garson  mon  nepveu  de  Bayart  a  esté  si  fol  que 
d'aller  toucher  aux  escuz  dé  messire  Claude ,  et  pour 
s'acoustrer  est  venu  à  ce  matin  demander  de  l'argent  : 
j'en  ai  esté  pour  cent  escus.  Et  encores  n'esse  pas  tout, 
car  j'ay  escript  à  Laurencin  luy  bailler  ce  qu'il  luy 
demandera  pour  s'acoustrer  sur  le  harnois.  >  A  quoy 
respondit  le  secretain  de  léans  ^  :  t  Sur  ma  foy  ! 
monseigneur,  vous  avez  bien  fait.  Il  veult  suyvre  les 
piTouesses  de  monseigneur  vostre  grant  père,  qui  fut 
si  vaillant  homme,  et  tous  ses  parens.  Je  ne  voy  mal 
en  cecy  que  ung  :  il  est  jeune  et  voluntaire ,  vous  avez 
escript  à  Laurencin  qu'il  luy  baille  ce  qu'il  luy  deman- 
dera, je  suis  seur  qu'il  le  fera  quant  il  seroit  question 
de  deux  mil  escus.  J'ay  peur  qu'il  n'en  preigne  plus 
que  vous  n'entendez.  »  L'abbé  va  incontinent  penser 
là  dessus  et  respondit  :  c  Par  saint  Jacques!  secretain, 
vous  dictes  vray,  car  je  n'ay  point  escript  jusques  à 
combien.  »  Si  dist  :  c  Qu'on  m'appelle  le  maistre 
d'hostel,  >  qui  vint  sur  l'heure. 

c  Acoup',  Nicolas,  distl'abbé,  ung  autre  servira  bien 
pour  vous.  Allez  à  la  ville  chez  Laurencin,  et  luy 
dictes  que  je  luy  ay  escript  à  ce  matin  bailler  quelques 
habillemens  à  mon  nepveu  de  Bayart  pour  le  tournoy 
de  messire  Claude ,  qu'il  luy  en  baille  pour  cent  ou  six 
vingtz  francz,  et  non  pour  plus  ;  et  ne  faictes  que  aller 
et  venir.  »  Ledit  maistre  d'hostel  alla  bientost,  mais 
il  partit  bien  tard.  Quant  il  fut  chez  Laurencin,  il  estoit 

i .  Secretain  de  léans,  sacristain  de  céans. 
2.  A  coup,  à  coup  sûr,  pour  cette  fois. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  33 

à  table,  mais  pour  ce  qu'il  estoit  assez  privé  de 
léans,  monta  en  hault  et  salua  la  compaignie  qui  luy 
rendit  le  semblable,  c  Monseigneur  le  maislre,  dist 
Laurencin,  vous  venez  à  bonne  heure  ;  lavez  la  main 
et  venez  faire  comme  nous.  —  Je  vous  mercye,  res- 
pondit-il,  ce  n'est  pas  ce  qui  me  meine.  Monseigneur 
m'envoie  icy  parce  qu'il  vous  a  escript  aujourd'huy 
bailler  à  son  nepveu  de  Bayart  quelques  acoustre- 
mens.  >  Laurencin  n'attendit  pas  qu'il  eust  achevé,  et 
dist  :  c  Monseigneur  le  maistre,  j'ay  desjà  fait  tout 
cela,  je  vous  asseure  que  je  l'ay  bien  mis  en  ordre. 
C'est  ung  très  honneste  jeune  gentilhomme  ;  monsei- 
gneur fait  bien  de  luy  ayder.  —  Et  pour  combien  luy 
en  avez-vous  baillé?  dist  le  maistre  d'hostel.  —  Je  ne 
scay,  sur  ma  foy  !  luy  dist-il,  si  je  ne  veoye  mon  papier 
et  son  récépissé  au  dos  de  la  lettre  de  monseigneur, 
mais  il  m'est  advis  qu'il  en  y  a  pour  environ  huy t  cens 
francz.  —  Hà,  par  Nostre-Dame!  vous  avez  toutgasté! 
—  Pourquoy?  dist  Laurencin.  —  Pour  ce,  respondit 
le  maistre  d'hostel,  que  monseigneur  vous  mandoit 
par  moy  ne  luy  en  bailler  que  pour  cent  ou  six  vingtz 
francz.  —  Sa  lettre  ne  dit  pas  cela,  dist  Laurencin,  et 
quant  il  en  eust  demandé  plus  largement,  plus  en  eust 
eu,  car  ainsi  me  le  mandoit  monseigneur.  —  Or,  il 
n'y  a  remède,  fist  le  maistre  d'hostel.  A  Dieu  vous 
command.  » 

Si  s'en  retourna  à  Esnay,  et  trouva  encores  la  com- 
paignie où  il  l'a  voit  laissée.  Quant  l'abbé  veit  son 
maistre  d'hostel,  luy  dist  :  «  Et  puis,  Nicolas,  avez- 
vous  dit  cela  à  Laurencin?  —  Ouy  bien,  monseigneur, 
mais  je  suis  allé  trop  tard ,  vostre  nepveu  avoit  desjà 

3 


34  HISTOIRE  DE  BAYART 

fait  sa  foyre,  et  en  a  seulement  pris  pour  huyt  cens 
francz.  —  Pour  huyt  cens  francz  !  saincte  Marie  !  dist 
l'abbé,  velà  ung  mauvais  paillardeau.  A  coup  vous 
sçavez  bien  son  logis,  allez  le  trouver,  et  luy  dictes 
que,  s'il  ne  va  vistement  rendre  sur  Laurencin  ce 
qu'il  a  pris,  que  jamais  de  moy  n'amendera  d'ung 
denier.  »  Le  maistre  d'hostel  fîst  le  commandement  de 
monseigneur,  et  s'en  vint  à  Lyon ,  cuydant  trouver 
son  homme,  qui  paravant  c'estoit  bien  doubté  de 
l'encloueure  et  avoit  dit  à  ses  serviteurs  :  c  Si  personne 
des  gens  de  monseigneur  d'Esnay  me  viennent  de- 
mander, qu'on  face  force  excuses,  en  sorte  que  je  ne 
parle  point  à  eulx.  »  Et  pareillement  en  fit  advertir 
tous  ceulx  du  logis. 

Quant  le  maistre  d'hostel  le  vint  demander,  on  luy 
fist  response  qu'il  estoit  chez  monseigneur  de  Ligny  ; 
il  y  va  et  ne  le  trouva  pas.  Si  retourna  au  logis,  on 
luy  dist  qu'il  estoit  allé  essayer  des  chevaulx  delà  le 
Rosne.  Bref,  il  y  fut  plus  de  dix  fois,  mais  jamais  ne  le 
peut  trouver.  Si  s'en  retourna,  car  il  veit  bien  que 
c'estoit  une  mocquerie.  Quant  il  fut  à  Esnay,  il  dist  à 
monseigneur  que  c'estoit  temps  perdu  de  chercher 
son  nepveu,  car  plus  de  dix  fois  avoit  esté  à  son  logis  ; 
mais  possible  n'estoit  de  le  trouver,  car  il  se  faisoit 
celer.  Si  dist  l'abbé  :  t  Par  mon  serment!  c'est  ung 
mauvais  garson,  mais  il  s'en  repentira.  »  Son  cour- 
roux se  passa  quant  il  voulut,  mais  il  n'en  eut  autre 
chose.  Si  laisserons  à  parler  de  luy,  et  retournerons 
au  bon  chevalier  et  à  son  compaignon,  et  comment  ilz 
exploictèrent  en  leurs  affaires. 


PAR  LE   LOYAL  SERVITEUR.  35 


CHAPITRE  VIII. 

Comment  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche 
et  son  compaignon  se  montèrent  de  chevaulx  et  gar- 
nirent d' acoustremens  ;  et  comment  ledit  bon  che- 
valier se  porta  gentementy  selon  sa  puissance^  contre 
messire  Claude  de  Vaudray. 

Vous  pouvez  assez  entendre  que,  incontinent  que 
le  bon  chevalier  et  son  compaignon  eurent  de  Lau- 
rencin  ce  qu'ilz  demandoient ,  ne  firent  pas  grant 
séjour  en  sa  maison,  doubtant  ce  qui  advint 
depuis ,  ains  si  bonne  diligence  mirent  en  leur  affaire 
qu'ilz  furent  pourveuz  de  ce  qu'il  leur  falloit.  Hz  se 
retirèrent  en  leur  logis,  où  soubdainement  envoyèrent 
quérir  tailleurs,  pour  faire  à  chascun  trois  acoustre- 
mens  sur  le  harnoy s ,  car  le  bon  chevalier  vouloit  que 
son  compaignon  feust  de  sa  livrée  ;  aussi  n'avoient-ilz 
riens  party*  ensemble.  Après  ce  qu'ilz  eurent  donné 
ordre  quant  aux  habillemens,  Bellabre  dist  :  c  Com- 
paignon, il  fault  que  nous  allions  veoir  des  chevaulx. 
Je  say  ung  gentilhomme  de  Pyémont  logé  en  la  Gre- 
nète',  qui  a  ung  bas  roussin  bien  relevé  et  bien 
remuant,  ce  sera  bien  vostre  cas;  et  il  me  semble 
aussi  qu'il  a  ung  petit  courserot^  bay  qui  est  fort 
adroit.  L'on  m'a  dit  qu'il  les  veult  vendre,  parce  que, 
puis  huyt  jours,  en  les  chevauchant  s'est  rompu  une 

i.  Parti,  divisé. 

2.  Grenète^  marché  aux  grains. 

3.  Courserot,  jeune  cheval  de  bataille. 


36  HISTOIRE  DE   BAYART 

jambe.  Allons  veoir  que  c'est.  —  C'est  bien  advisé,  > 
respondit  le  bon  chevalier.  Si  s'en  allèrent  passer 
l'eaue  vers  Nostre-Dame  de  Confort,  puis  se  tirèrent 
au  logis  de  ce  gentilhomme  piémontoys  qu'ilz  trou- 
vèrent en  sa  chambre  fort  mal  acoustré  de  sa  jambe. 
Uz  le  saluèrent,  et  il  leur  rendit  le  semblable,  comme 
courtois  chevalier.  Bellabre  prist  la  parolle  et  dist  : 
c  Mon  gentilhomme,  vecy  mon  compaignon  qui  a 
désir  de  recouvrer  une  couple  de  chevaulx  que  vous 
avez,  parce  qu'on  nous  a  rapporté  que  les  voulez 
vendre,  au  moyen  de  l'inconvénient  qui  vous  est 
advenu,  dont  il  nous  déplaist.  —  Sur  ma  foy!  mes- 
seigneurs,  respondit  le  gentilhomme,  il  est  vray,  et 
m'en  fait  grand  mal,  car  les  chevaulx  sont  beaulx  et 
bons.  Mais,  puisqu'il  plaist  à  Dieu,  je  voy  bien  que 
de  trois  moys  ne  sçaurois  partir  ceste  ville.  Les 
vivres  y  sont  chers,  mes  chevaulx  se  mangeroient  en 
l'estable.  Vous  me  semblez  honnestes  et  gaillars  gen- 
tilzhommes,  j'aime  beaucoup  mieulx  que  mes  che- 
vaulx tumbent  entre  voz  mains  que  ailleurs  ;  montez 
dessus  et  les  allez  veoir  hors  la  ville  avecques  ung  de 
mes  gens,  et  au  retour,  s'ilz  vous  plaisent,  nous  en 
ifgQùs  marché.  >  Ilz  trouvèrent  le  propos  honneste, 
et  incontinent  furent  les  chevaulx  seelez,  sur  lesquelz 
le  bon  chevalier  et  son  compaignon  montèrent ,  et  les 
menèrent  jusques  à  la  prairie  près  la  Guillotière  S  où  ilz 
les  coururent  et  trotèrent  de  sorte  qu'ilz  s'en  tindrent 
pour  contens.  Si  retournèrent  au  logis  du  gentil- 
homme pour  faire  le  marché  et  luy  demandèrent  le 

1.  Situé  sur  la  rive  gauche  du  Rhône,  ce  faubourg  de  Lyon 
faisait  partie  de  la  province  de  Dauphiné. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  37 

pris  qu'il  les  vouldroit  vendre,  t  Par  ma  foy  !  dist-il, 
si  j'estois  sain,  il  n'y  a  homme  sur  la  terre,  si  je  ne 
luy  en  vouloye  faire  présent,  qui  les  eust  pour  deux 
cens  escus ,  mais,  pour  l'amour  de  vous,  je  suis  con- 
tent de  les  vous  laisser,  le  roussin  pour  soixante  escus, 
et  le  courserot  pour  cinquante;  ce  sont  cent  dix 
escus,  et  n'en  auray  pas  moins.  >  Ilz  virent  bien 
qu'il  estoit  raisonnable,  et  ne  dirent  autre  paroUe 
sinon  :  «  Mon  gentilhomme,  vous  les  aurez,  et  toute 
nostre  vie  deux  gentilzhommes  à  vostre  conmiande- 
ment,  >  dont  il  les  remercia.  Ilz  mirent  la  main  à  la 
bourse  et  luy  baillèrent  ses  cent  dix  escus,  et  deux 
pour  le  vin  des  serviteurs.  Les  chevaulx  furent  menez 
par  leurs  gens  à  leur  logis ,  lesquelz  firent  très-bien 
penser  et  acoustrer,  car  plus  n'y  avoit  que  trois 
jours  à  conunencer  l'emprise  qu'avoit  faicte  messire 
Claude  de  Yaudray,  parquoy  tout  honune  s'appa- 
reilloit  selon  sa  puissance.  Si  ouvrit  icelluy  messire 
Claude  son  pas,  selon  l'ordonnance  qu'il  avoit,  par  le 
congé  du  roi  de  France,  fait  publier,  et  par  ung 
lundy  se  mist  sur  les  rencs,  où  contre  luy  s'essayèrent 
plusieurs  bons  et  gaillards  gentilzhommes  de  la 
maison  du  bon  roy  Charles,  telz  que  le  séneschal 
GalyotS  pour  lors  fort  gaillart  et  appert  honune 
d'armes,  le  jeune  Bonneval,  Saudricourt,  Chastillon, 
Bourdillon^,  qui  estoient  des  plus  privez  de  la  per- 

1.  Jacques  de  Genonillac  de  Galiot,  8'  d'Acier,  sénéchal  d'Ar- 
magnac et  de  Quercy,  depuis  grand  écuyer,  maître  de  Tartillerie 
de  France  et  chambellan  du  roi. 

2.  Germain  de  Bonneval,  s'  dudit  lieu. 

Louis  de  Hedouville,  seigneur  de  Sandricourt,  célèbre  par  le 
tournoi  qu'il  donna  en  1493,  qui  garda  le  nom  de  Pas  de  Sandri" 
court  et  le  ruina.  Voy.  Bibl.  nation,  ms.  Brienne,  vol.  272. 


38  HISTOIRE   DE  BÀYART 

sonne  du  roy,  et  plusieurs  autres,  où  chascun,  comme 
povez  penser,  fîst  le  mieulx  qu'il  peut.  Or,  estoit 
telle  Tordonnance  que,  quant  chascun  a  voit  fait  ce 
en  quoy  il  estoit  tenu ,  convenoit  que  le  long  de  la 
lice  feust  mené  veue  découverte,  afïîn  que  l'on  con- 
gneust  lequel  c'estoit  qui  avoit  bien  ou  mal  fait.  Par- 
quoy  à  ceste  raison  povez  penser  qu'il  n'y  avoit 
celluy  qui  ne  se  mist  en  son  effort  de  bien  faire.  Le 
bon  chevalier,  siir  le  dix-huitiesme  an  de  son  âge  (qui 
estoit  fort  grande  jeunesse,  car  il  commenceoit 
encores  à  croislre,  et  de  sa  nature  estoit  meigre  et 
blesme),  se  mist  sur  les  rencs  pour  essayer  à  faire 
comme  les  autres;  et  là  faisoit  son  jeu  d'essay,  qui 
estoit  assez  rudement  commencé ,  car  il  avoit  afaire 
à  ung  des  plus  appers  et  duytz  ^  chevaliers  de  guerre 
qui  feust  au  monde.  Toulesfois,  je  ne  scay  comment  ce 
fut  ou  si  Dieu  luy  en  vouloit  donner  louenge,  ou  si 
messire  Claude  de  Vaudray  prist  plaisir  avecques  luy, 
mais  il  ne  se  trouva  homme  en  tout  le  combat,  tant  à 
cheval  comme  à  pied,  qui  fist  mieulx  ne  si  bien  que 
luy  ;  et  de  ce,  les  dames  de  Lyon  luy  en  donnèrent  le 
los;  car,  comme  desjà  a  esté  dit  dessus,  il  falloit, 
après  avoir  fait  son  debvoir,  aller  le  long  de  la  lice 
veue  descouverte;  parquoy,  quant  il  convint  que  le 
bon  chevalier  le  fist,  assez  honteux,  les  dames  en  leur 


Jacques  de  Goligny,  s'  de  Ghâtillon,  chambellan  du  roi,  prévôt 
de  Paris,  ûls  de  Jean  de  Goligny  et  d^Éiéonore  de  Gourcelles;  il 
épousa  Anne  de  Ghabannes  et  Blanche  de  Bourbon,  et  mourut  en 
1512  d'une  blessure  reçue  à  Ravenne. 

Philibert  de  la  Platière,  s^  de  Bordes  et  Bourdillon,  fils  d'Im- 
bert  de  la  Platière,  épousa  Marie  de  Fontenay. 

1.  Duyt,  habile,  instruit. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  39 

langaige  lyonnois  luy  donnèrent  Thonneur  en  disant  : 
c  Vey-vo  cestou  malotru  !  il  a  mieulx  fay  que  tous  los 
autres.  >  Et  de  tout  le  reste  de  la  compaignie  acquist 
si  bonne  grâce  que  le  bon  roy  Charles  dist  à  son 
soupper,  pour  plus  Thonnorer  :  <  Par  la  foy  de  mon 
corps!  Picquet  a  ung  conmiencement  dont  à  mon 
oppinion  fera  saillie  à  bonne  fin.  >  Et  dist  alors  au 
seigneur  de  Ligny  :  c  Mon  cousin,  je  ne  vous  feiz  de 
ma  vie  si  bon  présent  que  quant  je  le  vous  donnay.  > 
A  quoy  respondit  ledit  seigneur  :  c  Sire,  s'il  est 
homme  de  bien,  y  aurez  plus  grant  honneur  que  moy, 
car  le  bon  los  que  luy  avez  donné  l'a  fait  entre- 
prendre tout  cecy.  Dieu  vueille  qu'il  puisse  conti- 
nuer !  mais  son  oncle,  l'abbé  d'Esnay,  n'y  prent  pas 
grant  plaisir,  car  il  a  eu  ses  escus  et  ses  acoustre- 
mens  à  son  crédit;  >  dont  desjà  estoit  le  roy  assez 
informé.  Si  se  prent  à  rire,  et  toute  la  compaignie. 


CHAPITRE  IX. 

Comment  le  seigneur  de  Ligny  envoya  le  bon  chevalier 
en  garnison  en  Picardie  où  estoit  sa  compaignie^  et 
fut  logé  en  une  jolye  petite  ville  appellée  Ayre^  et 
commenty  à  son  arrivée^  ses  compaignons  allèrent  au 
devant  de  luy. 

Après  le  tournoy  finy,  le  seigneur  de  Ligny  ung 
matin  appeUa  le  bon  chevaUer  sans  paour  et  sans 
reprouche,  auquel  il  dist  :  c  Picquet,  mon  amy,  pour 
vostre  conunencement  avez  assez  eu  belle  et  bonne 
fortune  ;  les  armes  se  veulent  continuer,  et  encores 


40  HISTOIRE   DB  BAYART 

que  je  vous  retiengne  de  ma  maison  à  trois  cens 
francs  par  an  et  trois  chevaulx  à  livrée,  je  vous  ay 
mis  de  ma  compaignie.  Si  vueil  que  vous  aillez  à  la 
garnison  veoir  voz  compaignons,  vous  advisant  que 
vous  y  trouverrez  d'aussi  gaillards  hommes  d'armes 
qu'il  y  en  ait  point  en  la  chrestienté,  et  qui  souvent 
exercent  les  armes  en  faisant  joustes  et  tournoys  pour 
l'amour  des  dames  et  pour  honneur  acquerre.  Si  me 
semble,  attendant  quelque  bruyt  de  guerre,  que  ne 
pourriez  mieulx  estre.  »  Le  bon  chevalier,  qui  autre 
chose  ne  demandoit,  respondit  :  c  Monseigneur, 
de  tous  les  biens  et  honneurs  que  m'avez  faitz  et 
faictes  chascun  jour,  ne  sçauriez  pour  le  présent  tirer 
de  moy  que  très  humbles  remerciemens,  et  prier 
Nostre  Seigneur  qu'il  le  vous  vueille  rendre;  mais 
c'est  aujourd'huy  le  plus  grant  désir  que  j'aye  d'aller 
veoir  la  compaignie  que  dictes ,  car  je  ne  sçauroye  si 
peu  demourer,  aux  biens  que  j'en  ay  ouy  dire,  que 
je  n'en  vaille  mieulx  toute  ma  vie  ;  et  si  c'est  vostre 
bon  plaisir,  je  partiray  demain.  »  Le  seigneur  de 
Ligny  dist  :  «  Je  le  vueil  bien ,  mais  premier  veubc 
que  preniez  congé  du  roy,  et  je  vous  y  mèneray  après 
disner.  >  Ce  qui  fut  fait,  et  trouvèrent  le  roy  comme 
il  se  vouloit  lever  de  table;  auquel  le  seigneur  de 
Ligny  dist  en  telle  manière  :  c  Sire,  vecy  vostre  Pio- 
quet  qui  s'en  va  veoir  ses  compagnons  en  Picardie, 
il  vient  prendre  congé  de  vous.  >  Si  se  mist  d'ung 
asseuré  visaige  le  bon  ciievalier  à  genoulx,  que  le 
roy  voulentiers  regarda,  et  en  soubzriant  luy  dist  : 
«  Picquet,  mon  amy.  Dieu  vueille  continuer  en  vous 
ce  que  je  y  ay  veu  de  conunencement,  et  vous  serez 
preudhomme  ;  vous  allez  en  ung  pays  où  il  y  a  de 


PAR  IM  LOYAL  ^«aVITlUR.  41 

belles  dame$ ,  faictes  tant  que  vous  aoftiérez  leur 
grâce.  £t  idîeo^  aion  amy.  —  Chrant  msrcfi  fiîre,  » 
dist  le  bon  dMtrvattQr*  Si  fut  inooutkieot  tsoèrassé  de 
tous  les  jpriDces  et;  eçigneors  au  dire  adieu,  avecques 
plusieurs  gentilzhotiaiiies  qui  avoient  grant  regret  de 
quoy  il  Idçssoit  la  court  ;  mais  non  avoit  pas  luy,  ains 
luy  tardoit  trop  à  son  advis  qu'il  n'estoit  desjà  au 
lieu  où  il  devoit  aller.  Le  roy  fist  appeller  ung  de  ses 
varletz  de  chambre  qui  avoit  quelques  deniers  en  ses 
coflBres,  auquel  conmianda  bailler  au  bon  chevalier 
trois  cens  escuz,  et  pareillement  luy  fist  déUvrer  ung 
des  beaubc  coursiers  qui  iust  en  son  escuyrie.  Il  donna 
au  varlet  de  chambre  trente  escuz,  et  dix  à  celluy 
qui  luy  mena  le  coursier,  dont  tous  ceulx  qui  le 
sceurent  louèrent  sa  libéralité  à  merveilles.  Le  sei- 
gneur de  Ligny  le  ramena  à  son  logis,  et  le  soir  le 
prescha  comme  s'il  eust  esté  son  enfant,  lui  recom- 
mandant sur  toutes  choses  avoir  toujours  l'honneur 
devant  les  yeulx;  mais  il  a  toujours  bien  gardé  ce 
conmiandement  jusques  à  la  mort.  Enfin,  quand  il  fut 
temps  d'aller  coucher,  ledit  seigneur  de  Ligny  luy 
dist  :  c  Picquet,  mon  amy,  je  croy  que  vous  partirez 
demain  plus  matin  que  ne  seray  levé.  A  Dieu  vous 
command.  »  Si  l'embrassa  les  larmes  aux  yeulx,  et 
le  bon  chevaUer,  le  genoil  en  terre/'^drist  congé  de  luy 
et  s'en  alla  à  son  logis,  où  il  fut  convoyé  ^  de  tous  ses 
compaignons,  desquelz  le  congé  ne  fut  pas  pris  sans 
grans  embrassemens.  Il  monta  en  sa  chambre  où  il 
trouva  le  tailleur  dudit  seigneur  de  Ligny,  qui  avoit 

1.  Convoyé,  accompagné. 


42  HISTOIRE  BR  BAYART 

deux  habillemens  completz  que  son  bon  maistre  luy 
envoyoit;  si  luy  dist  :  c  Mon  firère,  mon  amy,  si 
j'eusse  sceu  ce  beau  présent,  j'en  eusse  remercié 
monseigneur  qui  m'a  tant  &it  d'autres  biens  que 
jamais  vers  luy  ne  le  sçauroye  mériter.  Vous  ferez 
s'il  vous  plaist  cela  pour  moy.  »  Si  tira  à  sa  bourse  et 
luy  donna  vingt  escus.  Ung  des  serviteurs  d'ioelluy  bon 
chevalier  luy  dist  :  c  Monseigneur,  Guillaume  le  pale- 
frenier a  amené  en  vostre  estable  le  bon  roussin  de 
monseigneur,  et  m'a  dit  que  mondit  seigneur  le  vous 
donnoît,  mais  il  s'en  retourne  parce  qu'on  le  deman- 
doit  et  dit  qu'il  viendra  demain  matin  parler  à  vous. 
—  Il  ne  me  trouverra  pas,  distnl,  car  je  veulx  estre 
à  cheval  à  la  pointe  du  jour.  »  Si  regarda  le  tailleur, 
auquel  il  bailla  dix  escus  et  luy  dist  :  c  Mon  amy,  je 
vous  prie,  baillez  cela  à  Guillaume  le  palefrenier,  et 
au  demourant,  s'il  vous  plaist,  me  saluerez  toute  la 
belle  et  noble  compaignie  de  la  maison  de  monsei- 
gneur de  par  moy;  »  ce  que  promist  faire  le  tailleur. 
Lequel  party  de  sa  chambre,  le  bon  chevalier  fist 
faire  ses  coffres  et  acoustrer  son  cas  pour  partir  de 
bon  matin,  et  puis  se  mist  dedans  le  lict  où  peu 
reposa,  car  il  estoit  près  de  minuyt  quand  il  s'i  mist. 
Levé  qu'il  fut,  premier  fist  partir  ses  grants  che- 
vaulx,  dont  il  avoit  six  par  excellence,  avecques  son 
cariage^  Luy,  avecques  cinq  ou  six  beaux  et  trium- 
phans  courtaulx,  se  mect  après,  quant  il  eut  prins 
congé  de  son  hoste  et  de  son  hostesse,  et  très  bien 
contentez  de   ce  qu'il  avoit  esté  en  leur  maison. 

i.  Cariage,  bagage. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  43 

Son  compaignoD  Bellabre  fut  aussitost  prest  que  luy, 
lequel  le  fut  acompaigner  jusques  à  la  Breesle  ^  où  fut 
leur  disnée ,  et  là  prindrent  congé  Tung  de  l'autre  ; 
mais  il  n'y  eut  pas  grant  mistère,  car  dedans  trois  ou 
quatre  jours  après  faisoit  son  compte  ledit  Bellabre 
de  suyvre  son  compaignon,  et  n'attendoit  seuUement 
que  une  couple  de  grans  chevaulx  qui  luy  venoient 
d'Ëspaigne.  Le  bon  chevalier  s'en  alla  tousjours  à 
petites  journées,  parce  qu'il  faisoit  mener  grans  che- 
vatilx^,  toutesfois  il  fit  tant  qu'il  arriva  à  trois  petites 
lieues  de  la  ville  d'Âyre^,  où  de  là  envoya  ung  de  ses 
gens  pour  avoir  logis.  Quant  les  gentilzhommes 
de  la  compaignie  sceurent  que  Picquet  estoit  si  près, 
montèrent  tous  ou  la  pluspart  à  cheval  pour  lu]f  aller 
au  devant,  tant  grant  désir  avoient  de  le  veoir,  car 
chascun  estoit  desjà  abreuvé  de  ses  vertus.  Si  estoient 
plus  de  six  vingtz,  tous  jeunes  gentilzhonunes,  qui 
trouvèrent  leur  compaignon  à  demye  Ueue  de  la  ville. 
Il  ne  fault  pas  demander  s'ilz  se  firent  grant  chère , 
et  le  menèrent,  joyeusement  devisans  de  plusieurs 
choses,  jusques  dedans  la  ville,  où  aux  fenestres 
estoient  les  dames,  lesquelles  avoient  desjà  entendu 
la  noblesse  du  cueur  du  bon  chevalier  Picquet  ;  chas- 
cune  désiroit  à  le  congnoistre.  Ilz  le  virent,  mais  non 
pas  si  à  leur  ayse  qu'elles  firent  depuis.  Icelluy  bon 
chevaUer  fut  mené  par  ses  compaignons  à  son  logis, 
où  le  soupper  estoit  desjà  prest,    car   ainsi  l'avoit 

1.  L'Arbresle,  chef-lieu  de  canton  du  département  du  Rhône.  ^ 

2.  Les  voyages  se  fiaisaient  généralement  sur  des  courtauds  àa 
chevaux  de  moindre  valeur,  tandis  que  les  grands  chevaux  on 
chevaux  de  bataille  étaient  conduits  en  main. 

3.  Aire^sur-'la'Lys  (Pas-de-CSalais). 


44  HISTOIRE  DE  BAYART 

ordonné  à  son  homme  qu'il  avoit  envoyé  devant.  Si 
demourèrent  une  partie  de  sesditz  compaignons 
avecques  luy,  qui  menèrent  joyeuse  vie,  luy  deman- 
dant de  son  estât  et  comment  il  estoit  bien  heureux  à 
son  commesQcement  d'avoir  si  bien  fait  contre  mes- 
sire  Claude  dé  Yaudray,  et  le  louoient  à  merveilles. 
Mais  oncques  le  bon  chevaUer  ne  monstfft  semblant 
d'en  avoir  joye,  ains  respondoit  courtoysement  à 
leurs  paroUes,  et  disoit  :  c  Messeigneurs  mes  compai- 
gnons, le  los  qu'on  me  donne  est  à  grant  tort,  il  li'y 
a  pas  encores  tant  de  bien  en  moy  que  je  sceusse 
monter  à  grant  pris;  mais  s'il  plaist  à  Nostre  Sei- 
gneur, moyennant  vostre  bonne  ayde,  je  parviendray 
à  estre  ou  noiobrê  des  gens  de  bien.  »  Or  fut  ce 
propos  laissé^  et  parla  on  d'autres  matières.  Si  com- 
mencea  à  dire  Tung  des  gentilzhonunes  de  la  compai- 
gnie,  appelle  Tardieu S  honune  joyeulx  et  facécieux, 
adressant  ses  parolles  au  bon  chevalier  :  c  Gompai- 
gnon,  mon  amy,  je  vous  advise  qu'en  toute  la  Picar- 
die n'y  a  point  de  plus  belles  dames  qu'en  ceste  ville, 
dont  vostre  hostesse,  que  n'avez  encores  veue,  en  est 
l'une.  Elle  est  allée  aux  nopces  d'une  sienne  niepce, 
demain  retournera,  si  la  verrez  à  vostre  ayse.  Il  est 
impossible  que  soyez  venu  tenir  garnison  sans  escuz , 
il  fault,  à  vostre  arrivée,  faire  parler  de  vous,  et  par 
bien  faire  puissez  aquérir  la  grâce  des  dames  de  ceste 
contrée.  Il  y  a  longtemps  qu'il  n'y  eut  pris  donné  en 
ceste  ville  ;  je  vous  prie  tant  que  je  puis  qu'en  vueillez 

'  i.  Jean  Tardieu,  gentilhomme  du  Rouergue,  qui  suivit  Bayart 
dans  les  guerres  d'Italie.  Le  lieutenant  criminel  Tardieu  dont  a 
parlé  Boileau  dans  sa  x«  satire,  et  qui  fut  assassiné  ainsi  que  sa 
femme  par  des  voleurs  en  1666,  était  un  de  ses  descendants. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  45 

donner  ung  entre  cy  et  huyt  jours,  et  ne  me  reffusez 
pas,  s'il  vous  plaist,  pour  la  première  requeste  que  je 
vous  ay  jamais  faicte.  >  A  quoy  respondit  le  bon  che- 
valier :  <i  Sur  ma  foy  !  monseigneur  de  Tardieu,  quant 
me  demanderiez  une  beaucoup  plus  grosse  chose, 
croyez  que  n'en  seriez  pas  esconduyt;'  comment  le 
seriez-vous  de  ceste  cy,  qui  me  plaist  autant  ou  plus 
que  à  vous?  et  s'il  vous  vient  à  plaisir  de  m*envoyer 
demain  matin  la  trompette,  et  que  nous  ayons  congé 
de  nostre  cappitaine,  je  feray  en  sorte  que  serez  con- 
tent. >  Tardieu  lui  dist  ;  «  Ne  vous  souciez  de  congé , 
le  cappitaine  Loys  d'Ars'  le  nous  a  donné  pour  tous- 
jours,  car  ce  n'est  point  pour  mal  faire.  Il  n'est  pas  à 
présent  icy,  mais  il  y  sera  dedans  quatre  jours;  si 
mal  y  a,  j'en  prens  la  charge  sur  moi.  —  Et  bien! 
doncques,  respondit  le  bon  chevalier,  demain  sera 
exécuté  vostre  vouloir.  >  Longuement  demoura  en 
propos  la  compaigoie  tant  qu'ilz  ouyrent  sonner 
mynuyt.  Si  prindrent  congé  les  ungs  des  autres 
jusques  à  lendemain  matin,  que  ledit  Tardieu  n'oublia 
pas  à  venir  au  logis  du  bon  chevalier,  son  nouveau 
compaignon,  et  luy  amena  une  trompette  de  la  com- 
paignie,  et  le  premier  bonjour  qu'il  lui  donna  ce  fut  : 
c  Compaignon,  ne  vous  excusez  plus,  vecy  vostre 
homme.  > 

1.  Louis  d'Ara,  seigneur  d'Ars,  de  Voaves  et  de  Plaisance, 
capitaine  de  cent  dix  lances,  d'une  vieille  AuDille  daBeiry.  Uns 
quittance  de  lui  datée  d'octobre  1&20  et  conservée  dans  le  vol. 
36117  des  mss.  fr.  de  la  Bibl.  Nat.  [a'  498),  est  mnnie  de  son 
grand  sceau,  snr  lequel  on  lit  :  Lors.  d'abs.  d.  dbib.  beor.  db. 
VYOVBB.  d'arb.  aotonr  de  souécusson.  Plusieurs  autres  quittances, 
également  avec  sceaux,  se  trouvent  an  vol.  t06  des  pièces  origi- 
nales dn  cabinet  des  titres. 


46  HISTOIRE  DE   BAYART 


CHAPITRE  X. 

Comment  le  bon  chevalier  fist  crier  dedans  Ayre  ung 
toumoy  pour  V amour  des  damss^  où  il  y  avoit  pour 
le  mieulx  faisant  ung  bracelet  d\Qr  rt  ung  bel  dyor- 
ment  pour  donner  à  sa  dame. 

Combien  que  grant  besoing  eust  de  repos  le  bon 
chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche  à  cause  du 
long  travail,  pour  le  propos  que  luy  avoit  tenu  son 
compaignon  Tardieu  ne  dormit  pas  trop  la  nuyt ,  ains 
pensa  conmient  seroit  fondé  son  tournoy ,  ce  qu'il  mist 
en  son  entendement  et  délibéra  en  soy-mesme  de 
l'exécuter  comme  vous  orrez.  Car,  quant  Tardieu 
le  vint  veoir  le  matin  et  luy  amena  la  trompette, 
trouva  desjà  par  escript  l'ordonnance  comment  deb- 
voit  estre  ledit  tournoy  qui  estoit  telle  :  c'est  que 
Pierre  de  Bayart,  jeune  gentilhomme  et  apprentif  des 
armes,  natif  du  Daulphiné,  des  ordonnances  du  roy 
de  France,  soubz  la  charge  et  conduicte  de  hault  et 
puissant  seigneur  monseigneur  de  Ligny,  faisoit  crier 
et  pubUer  ung  tournoy  au  dehors  de  la  ville  d'Ayre, 
et  joignant  les  murailles,  à  tous  venans,  au  vingtiesme 
jour  de  juillet,  de  trois  coups  de  lance  sans  Uce,  à  fer 
esmolu  et  en  harnoys  de  guerre,  et  douze  coups 
d'espée,  le  tout  à  cheval  ;  et  au  mieulx  faisant  don- 
noit  ung  brasselet  d'or  esmaillé  de  sa  livrée  et  du  poix 
de  trente  escuz.  Le  lendemain  seroit  combatu  à  pied  à 
poux^  de  lance,  à  une  barrière  de  la  hauteur  du 

i.  Je  n'ai  trouvé  ce  mot  dans  aucun  glossaire.  D'après  le 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  47 

D<mibril,  et  après  la  lance  rompue,  à  coups  de  hache 
jusques  à  la  discrétion  des  jug^et  de  ceulx  qui  garde- 
roient  le  camp  ;  et  au  mieulx*  ÉOsant  donnoit  ung 
dyament  du  pris  de  quarante  escus.  Quant  Tardieu 
eut  veu  l'ordonnance,  il  dist  :  c  Pardieu  !  compaignon, 
jamais  Lancelot,  Tristan  ne  Gauvain^  ne  firent  mieulx. 
Trompette,  allez  crier  cela  en  ceste  ville,  et  puis  yrez 
de  garnison  en  garnison  d'icy  à  trois  jours  pour  en 
advertir  tous  noz  amys.  »  Il  fault  entendre  qu'en  la 
Picardie  y  avoit  pour  lors  sept  ou  huyt  cens  honmies 
d'armes,  conune  la  compaignie  du  mareschal  des 
Cordes^,  celles  des  Ëscossoys,  du  seigneur  de  la 
Palisse^,  vertueux  et  triumphant  cappitaine,  et  de 
plusieurs  autres,  qui  par  ladicte  trompette  furent 
informez  du  tournoy.  Si  se  misrent  en  ordre  ceulx  qui 
s'i  voulurent  trouver,  car  le  terme  n'estoit  que  de 
huyt  ou  dix  jours  ;  toutesfois  il  ne  s'en  trouva  pas  si 
peu  qu'ilz  ne  feussent  quarante  ou  cinquante  honunes 
d'armes  sur  les  rencs.  En  ces  entrefaictes  et  en  atten- 
dant le  désiré  jour,  arriva  ce  gentil  chevalier,  le  cap- 
pitaine Loys  d'Ars,  lequel  fut  très  joyeulx  d'estre 
venu  d'heure  pour   en   avoir  son  passe-temps.  Sa 

sens  de  cette  phrase  et  d'aatres  encore  où  il  est  employé,  il  doit 
signifier  à  longueur  ou  à  portée  de  lance. 

1.  Lancelot  dn  Lac,  Tristan  et  Gauvain,  chevalière  de  la  Table- 
Ronde. 

2.  Philippe  de  Grèvecœur,  s'  de  Querdes ,  maréchal  de  France, 
mort  en  1494.  U  était  fils  de  Jacques  de  Grèvecœur  et  de  Jeanne 
de  Créqui.  • 

3.  Jacques  de  Ghabannes,  s'  de  la  Palisse,  grand-maître  de 
l'artillerie,  maréchal  de  France,  fils  de  Geoffroy  de  Ghabannes, 
sénéchal  du  Rouergue,  et  de  Gharlotte  de  Prie.  Il  fut  tué  en 
1525  à  la  bataille  de  Pavie.  Il  avait  épousé  en  premières  noces 
Jeanne  do  Montberon  et  en  secondes  Marie  de  Melun. 


48  HISTOIRE  DE  BAYART 

venue  sceue  par  le/i)on  chevalier,  luy  alla  &ire  la 
révérence,  et  se  ftrent  grant  chère  Tung  à  Tautre. 
Encores  pour  taiS/pi  renforcer  la  feste,  le  lendemain 
arriva  son  compàignon  Bellabre,  qui  donna  grant 
esjouyssement  à  toute  la  compaignie.  Si  se  délectoient 
tous  les  jours  à  essayer  leurs  chevaulx  et  faire  bano- 
quetz  aux  dames,  où  entre  autres  le  bon  chevalier  fist 
très  bien  son  debvoir  ;  de  sorte  que  les  dames  de  la 
ville  et  plusieurs  autres  de  alentour,  qui  estoient 
venues  pour  estre  au  tournoy,  luy  donnoient  le  los 
sur  tous  les  autres,  dont  toutesfois  ne  se  mettoit  en 
orgueil.  Or,  vint  le  jour  ordonné  pour  commencer 
ledit  tournoy  que  chascun  se  mist  sur  les  rencs.  L'ung 
des  juges  estoit  le  bon  cappitaine  Loys  d'Ârs,  et  le 
seigneur  de  Sainct-Quentin,  Escossoys,  l'autre .  Si  se 
trouvèrent  les  gentilzhonunes  sur  les  rencs  qui  furent 
nombrez  à  quarante-six,  et  par  sort,  sans  tromperie , 
furent  partis  vingt  et  trois  d'un  costé  et  vingt  et  trois 
d'ung  autre.  Et  eulx  estans  pretz  pour  commencer  à 
bien  faire,  la  trompette  va  sonner,  et  après  déclaira 
de  point  en  point  l'ordre  du  tournoy.  Si  convint  au 
bon  chevalier  se  présenter  le  premier  sur  les  rencz, 
et  contre  luy  vint  ung  sien  voisin  du  Daulphiné, 
nommé  Tartarin*,  qui  estoit  fort  rude  homme 
d'armes.  Si  laissèrent  courre  l'ung  à  l'autre,  de  sorte 
que  ledit  Tartarin  rompit  sa  lance  à  demy  pied  du 
fer,  et  le  bon  chevalier  l'asséna  au  hault  du  grand 
garde-bras  et  mist  sa  lance  en  cinq  ou  six  pièces; 


i.  Thierry  d'Eurre,  s' de  Portes,  surnommé  Tartarin,  gentil- 
homme du  Valentinois.  U  fut  un  des  compagnons  de  Bayart 
dans  les  guerres  dltalie. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  49 

dont  trompettes  sonnèrent  impétueusement,  car  la 
jouste  fut  belle  à  merveilles.  Et  après  avoir  parfourny 
leur  poindre*,  retournèrent  pour  la  seconde,  et  fut 
telle  Tadventure  de  Tartarin  que  de  sa  lance  faulsa  le 
garde-bras  du  bon  chevalier  à  Tendroit  du  canon  ;  et 
cuydoient  tous  ceulx  de  la  compaignie  qu'il  eust  le  bras 
percé.  Ledit  bon  chevalier  luy  donna  au  dessus  de  la 
veue'  et  lui  emporta  ung  petit  chapelet  plein  de 
plumes'.  La  tierce  lance  fut  aussi  bien  ou  mieulx 
rompue  que  les  deux  autres.  Leurs  courses  faictes, 
vint  Bellabre,  et  contre  luy  se  prépara  ung  homme 
d'armes  escossoys,  qu'on  nonmioit  le  cappitaine 
David  de  Fougas,  qui  pareillement  firent  de  leurs  trois 
lances  ce  qu'il  estoit  possible  à  gentilzhommes  de  faire. 
Et  ainsi  deux  contre  deux  joustèrent  jusques  à  ce  que 
chascun  eust  parfourny  ses  courses.  Après  convint 
combatre  à  Tespée.  Et  commencea  selon  la  première 
ordonnance  le  bon  chevalier,  qui  du  troisiesme  coup 
qu'il  donna,  rompit  son  espée  en  deux  pièces  ;  et  du 
reste  fist  si  bien  son  debvoir,  jusques  au  nombre  des 
coups  ordonnez,  qfue  mieulx  n'eust  sceu  faire.  Après 
vindrent  les  autres  selon  leur  ordre;  et  pour  ung 
jour,  au  rapport  de  tous  les  voyans,  mesmes  ainsi 
que  dirent  les  deux  juges,  ne  fut  jamais  mieux  couru 
de  lance  ne  combatu  à  l'espée.  Et  combien  que  chas- 
cun le  fist  fort  bien,  les  mieuhc  faisans  furent  le  bon 
chevalier,    Bellabre,   Tartarin,   le  cappitaine  David, 


1.  Parfourny  leur  poindre,  fourni  leur  course. 

2.  Vue,  visière  treillissée  du  casque. 

3.  Chapelet,  petit  chapeau  orné  de  plumes  :  c'était  probable- 
ment un  chaperon  emplumé  servant  de  cimier  au  heaume  de 
Tartarin. 


50  HISTOIRE  DE   BATART 

ung  de  la  compaignie  de  monseigneur  des  Cordes, 
nommé  le  bastard  de  GhimayS  et  Tardieu.  Quant  vint 
sur  le  soir,  que  cbascun  eut  fait  son  debvoir,  se  reti- 
rèrent tous  au  logis  du  bon  chevalier  qui  avoit  fait 
dresser  le  soupper  triumphamment,  où  il  y  eut  force 
dames  ;  car  de  dix  lieues  à  l'entour,  toutes  celles  de 
Picardie,  ou  la  pluspart,  estoient  venuz  veoir  ce  beau 
tournoy;  et  y  fut  fait  grande  et  triumphante  chère. 
Après  le  soupper  y  eut  dances  et  plusieurs  autres 
esbatemens,  tant  qu'il  fut  si  tard,  avant  que  personne 
se  voulsist  ennuyer,  que  une  heure  après  minuyt 
sonna.  Alors  s'en  allèrent  les  ungs  après  les  autres  à 
leurs  logis,  menans  les  dames  jusques  au  Ueu  où  ilz 
dévoient  reposer.  Si  iust  assez  tard  le  lendemain  avant 
qu'elles  feussent  bien  esveillées.  Et  croyez  qu'il  n'y 
en  avoit  nulles  qui  se  lassassent  de  donner  merveil- 
leuse louenge  audit  bon  chevalier,  tant  des  armes  que 
de  l'honnesteté  qui  estoit  en  luy  ;  car  nul  plus  gra- 
cieux ne  courtois  gentilhomme  n'eust-on  sceu  trouver 
en  ce  monde.  Or,  pour  parfaire  ce  qui  estoit  com- 
mencé, le  lendemain,  les  souldars  tous  ensemble  se 
trouvèrent  au  logis  de  leur  cappitaine  Loys  d'Ars,  où 
estoit  desjà  le  bon  chevalier,  qui  Testoit  venu  prier 
de  disner  en  son  logis  avecques  le  seigneur  de 
Sainct-Quentin,  en  la  compaignie  des  dames  du  soir 
précédent,  qui  luy  fut  accordé.  Il  convint  aller  ouyr 
messe,  laquelle  chantée,  eussiez  veu  les  jeunes  gen- 
tilzhommes  prendre  les  dames  par  dessoubz  les  bras, 
et  icelles  mener,  parlans  d'amours  et  autres  joyeulx 


i .  Probablement  fils  aatarel  de  Charles  de  Groy,  fait  prince  de 
Ghimay  par  l'empereur  Maximiiien  en  1486. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  51 

devis,  jusques  au  logis  dudit  bon  chevalier,  où,  s'ilz 
avoient  fait  bonne  chère  le  soir  devant,  à  disner  la 
firent  encores  meilleur.  Guères  ne  demourèrent  sei- 
gneurs ne  dames  au  logis  depuis  le  disner,  car 
environ  les  deux,  heures,  chascun  qui  estoit  du 
tournoy  se  tira  sur  les  rencs  pour  achever  l'ordon- 
nance du  second  jour,  où  celluy  qui.  à  son  penser, 
n'estoit  pas  pour  avoir  le  pris  de  la  première  jour- 
née, espéroit  avoir  la  seconde.  Les  juges,  seigneurs  et 
dames  arrivez  sur  le  heu,  commenoea  le  bon  cheva- 
lier sans  paour  et  sans  reprouche  le  pas  ^  en  la  manière 
acoustumée;  et  contre  luy  vint  ung  gentilhomme  de 
Haynault,  fort  estimé,  qui  s'appelloit  Hanotin  de 
Sucre^,  qui  par^lessus  la  barrière,  à  poux  de  lances, 
se  ruèrent  de  grans  coups,  et  jusques  à  ce  qu'ilz 
feussent  par  pièces;  après  prindrent  leurs  haches 
qu'ilz  avoient  chascun  de  leur  costé  et  se  ruèrent  de 
grans  et  rudes  horions,  tellement  qu'il  sembloit  la 
bataille  estre  mortelle  ;  toutesfois  enfin  le  bon  cheva- 
her  donna  ung  coup  sur  son  adversaire  à  l'endroit  de 
l'oreille,  de  sorte  qu'il  le  fist  tout  chanceler,  et  qui  pis 
est,  agenouiller  des  deux  genoulx,  et  en  rechargeant^ 
par-dessus  la  barrière,  luy  fist  baiser  la  terre,  voulsist 
ou  non.  Quoy  voyant  par  les  juges  cryèrent  :  c  Holà  ! 
holà  !  c'est  assez;  qu'on  se  retire.  >  Après  ses*  deux 
vindrent  Bellabre  et  Arnaulton  de  Pierre-Forade,  ung 
gentilhonune  de  Gascongne,  lesquelz  firent  merveilles 

1.  Pas,  joate,  tournois. 

2.  Hannotin  de  Sucker,  capitaine  de  lansquenets,  qui  fit  avec 
Bayart  la  plupart  des  campagnes  d'Italie. 

3.  Rechargeant,  revenant  à  la  charge. 

4.  Ses,  ces. 


52  msToms  de  bayart 

aux  lances,  qui  furent  incontinent  rompues;  puis 
vindrent  aux  haches  et  se  donnèrent  de  grans  coups  ; 
mais  Bellabre  rompit  la  sienne,  par  quoy  les  juges  les 
départirent  * .  Après  ces  deux  vindrent  sur  les  rencs 
Tardieu  et  David  l'Escossoys,  qui  firent  très-bien  leur 
devoir.  Si  fist  chascun  en  son  endroit,  de  sorte  qu'il 
estoit  sept  heures  devant  que  chascun  eust  achevé,  et, 
pour  ung  petit  toumoy,  ceulx  qui  y  estoient  veirent 
aussi  bien  faire  qu'ilz  avoient  veu  de  leur  vie.  Quant 
tout  fut  achevé,  chascun  se  retira  à  son  logis  pour  soy 
désarmer  ;  puis  après  vindrent  tous  à  celluy  du  bon 
chevalier,  où  estoit  le  bancquet  appresté,  et  jà  y 
estoient  les  deux  juges,  les  seigneurs  d'Ârs  et  de 
Saine t-Quentin,  et  toutes  les  dames.  S'il  y  eut  devise ^ 
des  deux  journées  ne  fault  pas  demander  ;  chascun  en 
disoit  ce  qu'il  luy  sembloit.  Toutesfois,  après  le  soupper 
convint  en  donner  résolution^,  et  par  les  juges  déclairer 
qui  devoit  avoir  les  pris.  Si  en  demandèrent  à  plu- 
sieurs gentilzhonunes  expérimentez  aux  armes  en 
leur  foy,  et  puis  après  aux  dames  en  leur  conscience 
et  sans  favoriser  l'ung  plus  que  l'autre.  Enfin,  tant 
par  les  gentilzhonunes  que  par  les  dames  fut  dit  que, 
combien  que  chascun  eust  fait  si  bien  son  devoir  que 
mieulx  ne  pourroit,  ce  néantmoins,  à  leur  jugement, 
de  toutes  les  deux  journées  le  bon  chevalier  avoit  esté 
le  mieulx  faisant;  par  quoy  remectoient  à  luy-mesme, 
conune  celluy  qui  avoit  gaigné  les  pris,  de  donner  ses 
présens  où  bon  luy  sembloit.  Si  y  eut  grande  alterca- 
tion entre  les  deux  juges  à  qui  prononceroit  la  sen- 

1.  Départirent,  séparèrent. 

2.  Devise,  devis,  entretien. 

3.  Résolution,  solution. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  53 

tence;  mais  le  bon  cappitaine  Loys  d'Ars  pria  tant 
le  seigneur  de  Sainct-Quentin  qu'enfin  promist  de 
le  faire.  Si  sonna  la  trompette  pour  faire  silence,  qui 
fut  faicte.  Si  dist  ledit  seigneur  de  Saint-Quentin  : 
c  Messeigneurs  qui  estes  icy  tous  assemblez,  et  mes- 
mement  ceulx  qui  ont  esté  du  tournoy  dont  messire 
Pierre  de  Bayart  a  donné  le  pris  par  deux  journées, 
Monseigneur  d'Ars  et  moy,  juges  déléguez  par  vous 
tous  à  donner  sentence  raisonnable  où  seront  lesditz 
pris  mieulx  employez,  vous  faisons  assavoir  :  que 
après  nous  estre  bien  et  deuement  enquis  à  tous  les 
vertueux  et  honnestes  gentilzhonunes  qui  ont  esté 
présens  à  veoir  faire  voz  armes,  et  semblable- 
ment  aux  nobles  dames  que  voyez  cy  en  présence, 
avons  trouvé  que  chascun  a  très  bien  et  très  honnes- 
tement  fait  son  devoir;  mais  sur  tous  la  conunune 
voix  est  que  le  seigneur  de  Bayart,  sans  blasmer  les 
autres,  a  esté  de  toutes  les  deux  journées  le  mieulx 
faisant  ;  parquoy  les  seigneurs  et  dames  luy  remettent 
rhonneur  à  donner  le  pris  où  bon  luy  semblera.  »  Et, 
s'adressant  au  bon  chevalier,  luy  dist  :  c  Seigneur  de 
Bayart,  advisez  où  vous  les  délivrerez.  >  Il  en  fut  tout 
honteux,  et  demoura  ung  peu  pensif;  puis  après  dist  : 
c  Monseigneur,  je  ne  sçay  par  quelle  faveur  cest  hon- 
neur m'est  fait.  Il  me  semble  qu'il  en  y  a  qui  l'ont 
trop  mieuhc  mérité  que  moy;  mais  puisqu'il  plaist 
aux  seigneurs  et  dames  que  j'en  soyes  juge,  suppliant 
à  tous  messeigneurs  mes  compaignons,  et  qui  ont 
mieulx  fait  que  moy,  n'en  estre  desplaisans,  je  donne 
le  pris  de  la  première  journée  à  monseigneur  de 
Bellabre,  et  de  la  seconde  au  cappitaine  David  l'Escos- 
soys.  »  Si  leur  fist  incontinent  délivrer  les  présens, 


54  mSTOIRE  DE  BAYART 

ny  depuis  homme  ne  femme  n'en  murmura,  ains 
commencèrent  les  dances  et  passetemps.  Et  ne  se 
pouvoient  saouller  les  dames  de  bien  dire  du  bon 
chevalier,  qui  tant  fut  aymé  en  la  Picardie  qu'oncques 
hommes  ne  le  fut  plus.  Il  y  fut  deux  ans,  durant 
lequel  temps  se  fist  plusieurs  tournois  et  esbatemens 
où  en  la  pluspart  emporta  tousjours  le  bruyt.  Et  la 
plus  grande  occasion  pourquoy  tout  le  monde  Tay- 
moit,  c'estoit  pour  ce  que  de  plus  libéral  ne  gracieuse 
personne  n'eust-on  sceu  trouver  sur  la  terre;  car 
jamais  nul  de  ses  compaignons  n'estoit  desmonté  qu'il 
ne  remontast;  s'il  avoit  ung  escu,  q|iascun  y  partis- 
soit^  Quelque  jeunesse  qu'il  eust,  la  première  chose 
qu'il  faisoit  quand  il  estoit  levé,  c'estoit  de  servir 
Dieu.  Il  estoit  grant  aulmosnier,  et  ne  se  trouva 
durant  sa  vie  honune  qui  sceust  dire  avoir  esté  ref- 
fusé  de  lui  en  chose  dont  il  ait  esté  requis,  s'il  a  esté 
en  son  possible.  Au  bout  des  deux  ans,  le  jeune  roy 
de  France  Charles  entreprint  son  voyage  de  Naples, 
où  le  seigneur  de  Ligny  alla  :  parquoy  envoya  de 
bonne  heure  quérir  le  bon  chevalier,  car  congnois- 
sant  ses  vertus  et  les  honnestes  propos  qu'on  tenoit 
de  luy,  ne  le  vouloit  pas  laisser  derrière. 


CHAPITRE  XL 

Comment  le  roy  de  France  Charles  huytiesme  fist  son 
appareil  pour  aller  à  la  conqueste  du  royaulme  de 

i .  Partissoit,  avait  sa  part. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  55 

Napks^  lequel  il  gaigna  par  sa  prouesse  et  vaillance, 
sans  grande  effusion  de  sang. 

Deux  ans  après  ^  ou  environ,  délibéra  le  bon  roy 
Charles  d'aller  conquester  le  royaulme  de  Naples.  Les 
occasions  et  moyens  pourquoy  il  entreprint  le  voyage 
sont  assez  contenuz  en  autres  histoires  et  cronicques , 
parquoy  d'en  faire  icy  long  récit  ne  seroit  que  ennuyer 
les  escoutans  et  gaster  papier.  Ce  néantmoins,  comme 
chascun  peult  avoir  clèrement  leu  et  entendu,  ledit 
bon  roy  Charles  fist  sondit  voyage  tant  honnorable- 
ment  que  impossible  seroit  de  plus;  planta  ses  jus- 
tices dedans  Rome,  fist  venir  le  pape  à  raison,  et 
entièrement  gaigna  le  royaulme  de  Naples,  et  y  laissa 
pour  son  lieutenant  général  et  vis-roy  le  seigneur  de 
Monpensier^,  puis  se  mist  au  retour  pour  venir  en 
France  et  n'eut  nul  empeschement  jusques  en  ung 
lieu  appelle  Fournoue^,  où  il  trouva  bien  soixante  mille 
fX)mbatans  tous  Italiens,  et  de  plusieurs  potentatz, 
conune  du  pape,  des  Vénitiens,  du  duc  de  Milan  et 


i.  A  la  fin  de  1494. 

2.  Gilbert  de  Bourbon,  comte  de  Montpensier,  surnommé  le 
comte  Dauphin,  \ice-roi  de  Naples,  duc  de  Sessa,  fils  de  Louis 
de  Bourbon,  comte  de  Montpensier,  etde  Gabrielle  de  la  Tour, 
épousa  Glaire  de  Gonzague  et  mourut  ï  Pouzzoles  le  5  octobre 
1496. 

3.  La  bataille  de  Fomoue  eut  lieu  le  6  juillet  1495.  Jean-Fran- 
çois de  Gonzague,  marquis  de  Mantoue,  qui  commandait  à  qua- 
rante mille  Italien^,  y  hit  battu  par  quinze  mille  Français  et  dut 
à  la  vitesse  de  son  cheval  de  n*ôtre  pas  pris  ou  tué.  U  n'en  per- 
sista pas  moins  à  se  proclamer  victorieux  et  commanda  à  Mantegna, 
en  mémoire  de  son  prétendu  triomphe,  le  célèbre  tableau  connu 
sous  le  nom  de  Vierge  de  la  Victoire,  qui  fait  actuellement  partie 
de  la  galène  du  Louvre  (n*  ^1.  École  italienne). 


56  HISTOIRE  DE  BAYART 

plusieurs  autres  seigneurs,  lesquelz  estoient  délibérez 
deffaire  le  bon  roy  à  son  retour  et  le  prendre  prison- 
nier, parce  qu'ilz  estoient  asseurez  qu'il  avoit  laissé 
une  partie  de  sa  puissance  au  royaulme  qu'il  venoit  de 
conquérir,  et  n'avoit  avecques  luy  point  plus  de  dix 
mille  hommes.  Ce  néantmoins  le  bon  et  gentil  prince 
qui  avoit  cueur  de  lyon,  comme  certain  d'estre  bien 
servy  de  sy  peu  qu'il  avoit  de  gens,  se  délibéra  les 
attendre  et  les  combatre,  ce  qu'il  fist  avecques  l'ayde 
de  Nostre  -  Seigneur .  Et  y  eurent  sesditz  ennemys 
lourde  honte  et  grosse  perte,  et  luy  gloire  inesti- 
mable, car  il  ne  perdit  point  sept  cens  de  ses  gens. 
Les  ennemys  en  perdirent  huyt  ou  dix  mille  et  des 
plus  apparens  ;  mesmement  les  plus  grans  cappitaines 
de  la  seigneurie  de  Venise  y  demourèrent  et  plusieurs 
de  la  maison  de  Gonzague,  dont  est  chief  le  marquis 
de  Mantoue,  qui  pareillement  y  estoit  ;  mais  ses  espé- 
rons luy  aidèrent  bien,  et  le  bon  cheval  sur  quoy  il 
estoit  monté,  et  n'eust  esté  que  une  petite  rivière  creut 
merveilleusement,  il  y  eust  eu  plus  gros  eschec.  A  la 
première  charge  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans 
reprouche  se  porta  triumphamment  par  dessus  tous 
en  la  compaignie  du  gentil  seigneur  de  Ligny,  son  bon 
maistre,  et  luy  fut  tué  deux  chevaulx  soubz  luy  le 
jour.  Le  roy  en  fut  adverty  qui  luy  fist  donner  cinq 
cens  escuz ,  mais  en  récompense  le  bon  chevalier  luy 
présenta  une  enseigne  de  gens  de  cheval  qu'il  avoit 
gaignée  à  la  chasse.  De  là  le  roy  s'en  vint  par  ses 
journées  jusques  à  Verseil,  où  il  trouva  une  belle 
troppe  de  Suysses  qui  estoient  descenduz  pour  le 
secourir  s'il  en  avoit  besoing.  Il  demoura  là  quelques 
jours  avecques  son  camp,  car  il  vouloit  secourir  le 


PAR  LB  LOYAL  SBRVITEUR.  57 

duc  d'Orléans  ^^  son  l>6a4Hfrëref  que  le  ém  de  Milan, 
Ludovic  Sforce^,  ^  J^  Véokdens  tenoîeXil^  assiégé 
dedans  Novarre.  Il  y  eut  pHweurs  allées  et  venues 
par  gens  qui  se  mesleiéBfe  de  faire  la  paix,  de  façon 
qu'enfin  se  traicta  quefque  appoinctement,  par  quoy 
le  roy  s'en  retourna  par  ses  journées  à  Lyon,  où  il 
trouva  la  bonne  roy  ne  sa  loyalle  espouse,  et  en  sa 
compaignie  la  duchesse  de  Bourbon  ^  sa  seur.  Il  y  eut 
plusieurs  gentilzhonmies  qui  n'apportèrent  pas  de 
grans  biens  de  ce  voyage  de  Naples.  Aucuns  aussi 
en  apportèrent  quelque  chose  dont  ilz  se  sentirent 
toute  leur  vie,  ce  fut  une  manière  de  maladie  qui  eut 
plusieurs  noms;  d'aucuns  fut  nommée  le  mal  de 
Naples,  la  grosse  véroUe ,  les  autres  l'ont  appellée  le 
mal  François  et  plusieurs  autres  noms  a  eu  ladite  ma- 
ladie, mais  de  moy  je  l'appelle  le  mal  de  celluy  qui 
l'a.  Le  bon  roy  de  France  partit  de  Lyon  pour  s'en 
aller  à  Sainct-Denys  en  France  visiter  le  bon  patron 
où  ses  prédécesseurs  sont  ensépulturez,  et  fut  deux 
ans  ou  trois  visitant  son  royaulme  de  çà  et  de  là, 
menant  très  bonne  et  saincte  vie,  et  maintenant  jus- 
tice tant  que  tous  ses  subjectz  en  avoient  contente- 
ment ;  car  luy-mesmes  séoit  en  chaire  de  justice  deux 


i .  Plus  tard  Louis  XII.  Assiégé  après  la  bataille  de  Fornoue 
dans  Novare  par  Ludovic  le  More,  il  en  sortit  en  octobre  de  la 
même  année,  grâce  à  un  traité  conclu  entre  Gbarles  YUI  et  le 
duc  de  Milan.  -^ 

2.  Ludovic  Sforce  surnommé  le  More  :  d*abord  tuteur  de  Jean 
Galeas,  duc  de  Milan,  son  neveu,  il  finit  par  s'emparer  du  duché 
après  en  avoir  fait  empoisonner  le  légitime  possesseur  (1494). 

3.  Anne  de  France,  duchesse  de  Bourbon,  dame  de  Beaujeu, 
fille  de  Louis  XI,  femme  de  Pierre  II  duc  de  Bourbon  :  elle 
mourut  le  14  novembre  1522. 


58  msTomE  de  bayaat 

fois  la  sepinaine  pour  ouyr  les  plainctes  et  doléances 
d'uDg  chascun,  et  les  plus  povres  expédioit.  Il  eut 
nouvelles  comment  les  Néapolitains  c'estoient  révoltez 
pour  Ferrand,  filz  du  roy  Alphonse  S  et  aussi  de  la 
mort  de  son  lieutenant  général  le  conte  de  Monpen- 
sier,  et  que  tous  ses  cappitaines  s'en  retournoient  en 
France.  Si  proposa  y  retourner  luy-mesmes  en  per- 
sonne, mais  ^  qu'il  veist  le  temps  oportun.  Cependant 
vesquit  en  son  royaulme  très  vertueusement,  et  de  sa 
femme  eut  trois  enfans,  mais  ilz  moururent.  Ou  mois 
de  septembre  mil  quatre  cens  quatre-vingtz  dix-sept, 
le  bon  prince  partit  de  Tours  pour  tirer  à  Lyon,  cuy- 
dant  faire  son  voyage  de  Naples,  mais  il  se  rompit, 
ne  scay  à  quelle  occasion.  Il  s'en  retourna  à  Amboise, 
et  le  septiesme  jour  d'avril  oudit  an,  en  une  gallerie 
où  il  regardoit  jouer  à  la  paulme,  lui  print  une  foi- 
blesse  dont  il  mourut  tantost  après,  qui  fut  ung 
dommage  irréparable  pour  le  royaulme  de  France; 
car  depuis  qu'il  y  a  eu  roy,  ne  s'en  est  point  trouvé 
de  meilleur  nature,  plus  doulx,  plus  gracieux,  plus 
clément,  ne  plus  pitoyable.  Je  croy  que  Dieu  l'a  retiré 
avec  les  bienheureuz,  car  le  bon  prince  n'estoit 
taché  d'ung  tout  seul  villain  vice.  Je  n'ay  pas  fait 
grant  discours  de  sa  vie,  car  elle  est  assez  escripte 
ailleurs. 

1.  Alphonse  d'Aragon,  roi  de  Naples,  qni  avait  succédé  en  1494 
à  Ferdinand  1^.  A  rapproche  des  Français  il  se  réfugia  en  Sicile 
et  abdiqua  (27  janvier  1495)  en  faveur  de  son  ûls  Ferdinand  II. 
Après  la  bataille  de  Fomoue  celui-ci  se  présenta  devant  Naples 
avec  dix-huit  vaisseaux  et  força  les  Français  de  capituler.  Il  mou- 
rut peu  après,  en  1496,  ayant  reconquis  sur  les  Français  la  plus 
grande  partie  de  son  royaume. 

2.  Mais  quBy  pourvu  que. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  S9 


CHAPITRE  XII. 

Comment  LoySy  duc  d^Orl^ns,  vint  à  la  couronne 
comme  le  plus  prochain  hoir^  et  fut  appelé  Loys 
douziesme. 

Par  le  trespas  du  bon  roy  Charles  et  au  moyen 
de  ce  qu'il  n'avoit  point  d'hoir  masle,  Loys,  duc 
d'Orléans,  plus  prochain  de  la  couronne,  succéda  au 
royaulme,  et  fut  sacré  à  Reims  le  xxviP  jour  de  mai 
mil  cccc  nn"  xvm,  et  print  sa  couronne  à  Sainct- 
Denys  en  France,  le  premier  jour  de  juillet  èi^uyvant. 
Il  avoit  espousé  madame  Jehanne  de  France,  sèur  de 
son  prédécesseur  ;  mais  au  moyen  de  ce  qu'on  tenoit 
que  d'elle  ne  pourroit  sortir  lignée,  et  que  par  force 
l'avoit  espousée,  craignant  la  fureur  du  roy  Loys 
unziesme  son  père ,  la  fist  appeller  en  justice ,  et  à 
ceste  occasion  le  pape  délégua  juges  qui  firent  et  par- 
firent le  procès,  et  enfin  adjugèrent  qu'elle  n'estoit 
point  sa  femme.  Parquoy,  après  luy  avoir  laissé  le 
duché  de  Berry  pour  son  estât,  espousa  la  royne  du- 
chesse de  Bretaigne,  veufve  du  feu  roy  Charles.  Si  ce 
fut  bien  ou  mal  fait.  Dieu  est  tout  seul  qui  le  congnoist. 
La  bonne  duchesse  de  Berry,  Jehanne  de  France,  a 
toute  sa  vie  vescu  en  saincteté  ;  et  a  l'on  voulu  dire 
depuis  son  trespas  que  Dieu  fait  des  miracles  pour 
l'amdur  d'eUe*. 


i .  Louis,  encore  duc  d'Orléans,  contraint  d'épouser  Jeanne,  fille 
de  Louis  XI,  eut  soin  de  fiedre  une  protestation  secrète  devant 
deux  prélats  et  deux  notait^.  Arrivé  au  trône,  il  obtint  son  divorce 


60  HISTOIRE  DE  BAYART 

A  radvénement  du  roy  Loys  XII*,  voulut  vendre 
tous  les  offices  royaulx  qui  n'estoient  point  de  judi- 
cature,  et  en  retira  plusieurs  deniers,  car  il  crai- 
gnoit  à  merveilles  de  fouller  son  peuple  par  tailles  ne 
autres  subsides.  Il  avoit  tousjours  son  vouloir,  sur 
toutes  choses,  de  recouvrer  sa  duché  de  Milan,  qui  luy 
appartenoit  à  cause  de  madame  Valentine,  sa  grant- 
mèreS  que  pour  lors  luy  détenoit  Ludovic  Sforce  et 
paravant  son  père  ;  mais  ceulx  de  la  maison  d'Orléans, 
au  moyen  des  guerres  qui  si  longuement  ont  duré  en 
France  contre  les  Ânglois,  et  aussi  la  querelle  de  la 
mort  tant  du  duc  d'Orléans  que  du  duc  de  Bour- 
gongne,  n'y  avoient  jamais  peu  entendre.  Or  à  présent 
se  voyoit-il  en  estât  d'avoir  la  raison  de  son  ennemy. 
Il  alla  faire  entrée  à  Lyon  le  dixiesme  jour  de  juillet 
mil  GGGG  nn"  iqpiL,  puis  fist  passer  son  armée  en 
l'Astizanne^,  soubz  la  conduite  du  seigneur  Jehan 
Jacques  de  Trevolz  et  du  seigneur  d'Aubigny^,  qui 

du  pape.  Jeanne  se  retira  en  Berry,  y  fonda  l'ordre  de  PAnnon- 
ciade  et  y  mourut  six  ans  après  sa  répudiation  (4  février  1505), 
dans  la  pratique  de  toutes  les  vertus.  Son  corps,  enseveli  à  Bourges, 
fut  brûlé  en  1562  par  les  protestants. 

1.  Valentine  Visconti,  femme  de  Lbuis  duc  d'Orléans,  fille  de 
Jean  Galeas  Visconti,  duc  de  Milan,  morte  en  1408. 

2.  Âstesan,  province  d'Asti. 

3.  Jean-Jacques  Trivulce,  seigneur  de  Yigevano,  maréchal  de 
France,  gouverneur  du  Milanais,  mort  le  5  décembre  1518  à  74  ans. 
Il  était  fils  de  Jean  Trivulce  et  de  Françoise  Visconti.  En  récom- 
pense de  sa  fidélité  à  la  cause  de  la  France,  il  reçut  de  Louis  XII 
le  droit  de  battre  monnaie  dans  son  marquisat  de  Yigevano,  où  il 
frs^pa  des  écus  d'or. 

Ifobert  Stuart,  dit  Beraut,  seigneur  d'Âubigny,  capitaine  de 
cent  lances  écossaises,  conseiller  et  chambellan  du  roi.  Dans  le 
manuscrit  français  de  la  Bibliothèque  nationale  n^  2611 6,  sous 
le  no  348,  et  26117,  n^  481  et  499,  on  trouve  des  quittances  de 


PAR  LE  LOYAL  8BRVITBUR.  61 

estoient  deux  sages  et  vaillans  chevaliers,  lesquelz 
d'entrée  prindrent  et  misrent  à  sac  deux  petites 
places  appelées  Non  et  la  Rocque^  De  là  tirèrent  à 
Alexandrie  et  assiégèrent  ceulx  qui  estoient  dedans 
pour  le  seigneur  Ludovic,  qui  fort  bien  se  deffendirent  ; 
maïs  enfin  elle  fut  prinse^.  Geulx  de  Pavye  de  ce  ad- 
^i^s  se  misrent  en  Tobéyssance  du  roy  de  France. 
Ledit  seigneur  Ludovic,  se  voyant  en  ce  party  ainsi 
délaissé  de  ses  subjectz,  habandonna  Milan  et  se  retira 
en  Almaigne  devers  le  roy  des  Romains  Maximilian, 
qui  le  receut  joyeusement ,  car  de  tout  temps  avoient 
eu  grandes  aUances  ensemble.  Incontinent  après  son 
partement,  ceulx  de  Milan  se  rendirent  aux  François, 
dont  nouvelles  allèrent  au  roy  de  France,  qui  à  dili- 
gence y  alla  faire  son  entrée.  Et  peu  de  jours  après 
fut  trouvé  expédient  par  force  de  deniers  et  autres 
promesses  d'avoir  le  chasteau^  de  celluy  qui  l'avoit  en 
garde  du  seigneur  Ludovic,  qui  fist  ung  lasche  et 
mescbant  tour  à  son  maistre,  car  par  là  espéroit  tous- 
jours  ledit  seigneur  recouvrer  la  duché  ^.  Quant  les 

lui  encore  munies  de  son    sceau  avec   la  légende   sceel  de 

ROBERT  STVART  CHEVALIER,  eutOUrant  SOU  écU. 

1.  Annona^  petite  ville  sur  la  route  d'Asti,  et  Rocca  d'Arrezo, 
place  forte  sur  les  rives  du  Tanaro,  furent  prises  en  deux  jours. 

2.  Galeas  de  San-Severino,  gendre  de  Ludovic  le  More,  avait 
une  garnison  de  six  mille  hommes  pour  défendre  Alexandrie  : 
au  bout  de  quelques  jours  de  siège  il  s'enfuit,  lui  trentième,  à 
Milan,  en  descendant  des  remparts  par  le  moyen  d'une  corde.  Le 
lendemain  la  ville  se  rendit  et  fut  pillée.  Galeas  entra  au  service 
du  roi  de  France. 

3.  Bernard  Gorte  vendit  le  château  de  Milan  aux  Français 
pour  mille  écus  d'or  ;  quelques  jours  après  il  se  tua,  voyant  que  sa 
trahison  avait  encouru  le  mépris  de  ceux-là  mêmes  auxquels  elle 
profitait. 


691  HISTOIRE  DE  BAYART 

autres  places  entendirent  le  chasteau  de  Milan  estre 
rendu,  n'eurent  plus  d'espoir  et  se  misrent  toutes  en 
l'obéyasance  du  roy  de  France,  mesmement  ceulx  de 
Gennes,  ausquelz  il  bailla  pour  gouverneur  le  seigneur 
de  RavastainS  son  prochain  parent  du  costé  maternel. 
En  l'année  mesme  et  le  quatorziesil^JW'  d'octobre 
acoucha  la  royne  de  France  d'une J|kdw  fille  qui  fut 
nommée  Claude^.  Guères  ne  séjourna  le  roy  en  la 
duché  de  Milan,  mais  après  y  avoir  laissé  gouverneur 
le  seigneur  Jehan  Jacques,  la  garde  du  chasteau  au 
seigneur  d'Espy^,  et  la  Rocquete  à  ung  gentilhomme 
escossoys,  prochain  parent  du  seigneur  d'Aubigny, 
s'en  retourna  à  Lyon.  Si  bien  fist-il  en  la  duché  avant 
son  partement  qu'il  amoindrit  les  daxes^  et  impositions 
de  la  tierce  partie,  dont  tout  le  peuple  le  loua  mer- 
veilleusement et  en  attira  beaucoup  le  cueur  d'aucuns. 
Guères  ne  séjourna  ledit  seigneur  à  Lyon,  mais  marcha 
plus  avant  en  son  royaulme,  vint  jusques  à  Orléans, 
où  il  appoincta  certain  différend  entre  les  ducz  de 
Gueldres  et  de  Julliers  pour  le  blason  de  leurs  armes 
et  les  fist  amys. 

i.  Philippe  de  Glèves,  seigneur  de  Ravenstein,  fils  d'Adolphe 
de  Glèves,  neveu  de  Jean  I  duc  de  Glèves. 

2.  La  reine  accoucha  à  Romorantin  le  14  octobre  1499  de  Glande 
qui  devint  femme  de  François  d'Angoulôme,  plus  tard  François  I*', 
et  qui  mourut  le  20  juillet  1524. 

3.  Paul  de  Beusserade,  seigneur  d'Ëspy,  fils  de  Jean  de  Beus- 
serade  et  de  Jeanne  de  Ligny.  Il  était  Flamand  :  créé  grand 
maître  de  Tartillerie  de  France  en  1495,  il  mourut  à  la  bataille  de 
Ravenne  (1512). 

4.  Daxes,  taxes. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  63 


CHAPITRE  Xm. 

Commentj  après  la  conqueste  de  la  duché  de  Milauy  le 
ban  chevalier  demoura  en  Ytalie^  et  comment  il  dressa 
ung  toumay  en  la  ville  de  Carignan  en  Pyémantj  dont 
il  emporta  le  pris. 

Au  retour  d'Ytalie,  que  fist  le  roy  de  France, 
Loys  XII*,  en  joye  et  lyesse,  pour  avoir  conqueste 
sa  duché  de  Milan  et  rendu  son  ennemy,  Ludovic 
Sforce,  fuytif  ^  dedans  les  Almaignes,  cherchans  secours 
vers  le  roy  des  Romains,  demourèrent  les  garnisons 
des  François  en  la  Lombardie  en  tout  plaisir,  à  faire 
joustes,  toumoys  et  tous  autres  passetemps.  Le  bon 
chevalier  qui,  en  son  jeune  aage,  avoit  esté  nourry  en  k 
maison  de  Savoye,  alla  visiter  une  vaillant  dame  qui 
avoit  espousé  son  premier  maistre,  le  duc  Charles  de 
Savoye.  Blanche  ^  s'appelloit  la  dame,  et  se  tenoit  ou 
Piémont  en  une  ville  de  son  douaire,  dicte  Carignan. 
Elle,  qui  de  toute  courtoysie  estoit  remplie,  le  receut 
joyeusement  et  le  fist  traicter  comme  s'il  eust  esté  pa- 
rent de  la  maison.  Or,  fault-il  entendre  que  pour  lors 
n'y  avoit  maison  de  prince  ne  princesse  en  France, 
Ytalieny  ailleurs,  où  tousgentilzhommes  feussent  mieulx 
receuz  ne  où  il  y  eust  plus  de  passetemps.  Léans  avoit 
une  fort  honneste  dame  qui  l'avoit  gouvernée  de  jeu- 

1.  Fuytif,  fugitif. 

2.  Blanche  Paléologae,  fille  de  Guillaume  YI  Paléologue,  mar- 
quis de  MontfeiTat,  et  d'Elisabeth  Sforce,  femme  de  Charles  I*'  duc 
de  Savoie. 


64  mSTOIRE  DE  BAYÀRT 

nesse,  et  faisoit  encores,  laquelle  se  nommoit  madame 
de  Fluxas^  ;  elle  I  àtoit  aussi  son  mary,  honneste  gen- 
tilhomme, soubz'li^uel  se  manyoit  toute  la  maison.  Il 
fault  sçavoir  que  quant  le  bon  chevalier  Ait  donné 
paige  au  duc  Charles  de  Savoye,  ceste  dame  de  Fluxas 
estoit  jeune  damoyselle  en  la  maison  avecques  sa 
femme  ;  et  ainsi  conmie  jeunes  gens  fréquentent  vou- 
lentiers  ensemble,  se  prisrent  en  amour  Tung  l'autre, 
voire  si  grande,  gardant  toute  honnesteté,  que  s'ilz 
eussent  esté  en  leur  simple  vouloir,  ayant  peu  de  re- 
gard à  ce  qui  s'en  fust  peu  ensuyvre,  se  feussent  pris 
par  nom  de  mariage.  Mais  vous  avez  entendu  par  cy- 
devant  conunent  le  duc  Charles  alla  à  Lyon  veoir  le  roy 
de  France  Charles  VIII%  et  luy  donna  icelluy  bon  cheva- 
lier pour  son  paige,  qui  fut  occasion  dont  les  deux 
jeunes  amans  se  perdirent  de  veue  pour  long-temps, 
car  cependant  le  voyage  de  Naples  se  fist  et  plusieurs 
autres  choses  se  desmeslèrent,  qui  durèrent  trois  ou 
quatre  ans  sans  eulx  veoir  sinon  par  lettre.  Durant  ce 
temps  fut  mariée  ceste  damoyselle  à  ce  seigneur  de 
Fluxas  qui  avoit  beaucoup  de  biens,  et  il  la  prist  pour 
sa  bonne  grâce,  car  des  biens  de  fortune  n'en  eut  pas 
grandement  ;  mais  conrnie  fenune  vertueuse,  voulant 
donner  à  congnoistre  au  bon  chevalier  que  l'amour 
honneste  qu'elle  luy  avoit  porté  de  jeunesse  duroit 
encores,  à  son  arrivée  à  Carignan  luy  fist  toutes  les 
gracieusetez  et  courtoysies  que  possible  eust  esté  faire 
à  gentilhomme,  et  devisèrent  longuement  de  leur  jeu- 

1.  De  Frussasco.  Bayart  se  chargea  d'initier  au  métier  des 
armes  le  fils  de  son  amie.  Dans  la  montre  de  sa  compagnie  (voy. 
l'Appendice)^  on  trouvera  parmi  les  noms  de  ses  hommes  d'armes 
celui  de  Gaspard  de  Frussas. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  65 

nesse  et  plusieurs  autres  choses.  Geste  gente  dame  de 
Fluxas  estoit  autant  acomplie  en  beaulté,  doulx  et  gra- 
cieux parler,  que  femme  qu'on  eust  sceu  trouver.  En 
son  langaige  louoit  si  très  fort  le  bon  chevalier  que 
possible  n'eust  esté  de  plus.  Elle  luy  ramentevoit  son 
bien  faire,  quand  il  s'essaya  à  messire  Claude  de 
Vaudray,  le  tournoy  qu'il  gaigna  à  Ayre  en  Picardie, 
et  l'honneur  qu'il  receut  à  la  journée  de  Fournoue , 
dont  de  tout  ce  estoit  si  grant  bruyt  en  France  et  Ytalie, 
et  tellemei3t  le  louoit  et  blasonnoit  ^ ,  que  le  povre  gen- 
tilhomme en  rougissoit  de  honte  ;  puis  en  après  luy 
disoit  :  c  Monseigneur  de  Bayart,  mon  amy,  vecy  la 
première  maison  où  vous  avez  esté  nourry,  ce  vous 
seroit  grant  honte  si  ne  vous  y  faisiez  congnoistre  aussi 
bien  qu'avez  fait  ailleurs.  »  Le  bon  chevalier  respondit  : 
c  Madame,  vous  sçavez  bien  que  dès  ma  jeunesse  vous 
ay  aymée,  prisée  et  honnorée,  et  si  vous  tiens  à  si  sage 
et  bien  enseignée  que  ne  voulez  mal  à  personne,  et 
encores  à  moy  moins  que  à  ung  autre  :  dictes-moy, 
s'il  vous  plaist,  que  voulez  que  je  face  pour  donner 
plaisir  à  madame  ma  bonne  maistresse,  à  vous  sur 
toutes,  et  au  reste  de  la  bonne  et  belle  compaignie  qui 
est  céans.  »  La  dame  de  Fluxas  luy  dist  alors  :  c  II 
me  semble,  monseigneur  de  Bayart,  mais  que  je  ne 
vous  ennuyé  point,  que  ferez  fort  bien  de  faire  quelque 
tournoy  en  ceste  ville  pour  l'honneur  de  madame,  qui 
vous  en  sçaura  très  bon  gré  ;  vous  avez  icy  à  l'entour 
force  de  voz  compaignons  gentilzhonunes  firançois,  et 
autres  gentilzhonunes  de  ce  pays,  lesquelz  s'i  trou- 
verront  de  bon  cueur,  et  j'en  suis  asseurée.  —  Vray- 

i.  Blasonnoit  y  louait. 


66  HISTOIRE  DE  BAYART 

ment,  dist  le  bon  chevalier,  puisque  vous  lé  voulez,  il 
sera  fait.  Vous  estes  la  dame  en  ce  monde  qui  a  pre^ 
mièrement  conquis  mon  cueur  à  son  service  par  le 
moyen  de  vostre  bonne  grâce ,  je  suis  tout  asseuré  que 
je  n'en  auray  jamais  que  la  bouche  et  les  mains,  car  de 
vous  requérir  d'autre  chose,  je  perdrois  ma  peine; 
aussi,  sur  mon  ame,  j'aymerois  mieulx  mourir  que 
vous  presser  de  déshonneur.  Bien  vous  prie  que  vous 
me  veuillez  donner  ung  de  voz  manchons  S  car  j'en  ay 
à  besongner.  »  La  dame,  qui  ne  sçavoit  qu'il  en  vouloit 
faire,  le  luy  bailla,  et  il  le  mist  en  la  manche  de  se» 
pourpoint  sans  en  faire  autre  bruit.  Le  soupper  fut 
prest,  où  chascun  fist  bonne  chère,  puis  après  com- 
mencèrent les  dances,  où  tout  homme  s'acquita  le 
mieulx  qu'il  peut.  Madame  Blanche  devisa  longuement 
avecques  sa  nourriture  ^  le  bon  chevalier,  tant  que  la 
minuyt  sonna  qui  fut  temps  de  se  retirer.  Hais  il  fault 
penser  qu'il  ne  dormit  pas  toute  la  nuyt  ;  car  il  songea 
à  ce  quH-avoit  à  faire,  et  fut  résolu  du  tout  en  son 
entendement,  car  le  matin  envoya  une  trompette,  à 
toutes  les  villes  de  là  à  l'entour  où  il  y  avoit  garnisons, 
signifier  aux  gentilzHbmmes  que,  s'ilz  se  vouloient 
trouver  dedans  quatre  jours  après,  qui  estoit  ung 
dimenche,  en  la  ville  de  Garignan,  et  en  habillement 
d'homme  d'armes,  il  donnoit  ung  pris,  qui  estoit  ung 
menchon  de  sa  dame  où  il  pendoit  ung  ruby  de  l'esti- 
mation de  cent  ducatz,  à  celluy  qui  seroit  trouvé  le 
mieulx  faisant  à  trpis  courses  de  lance  sans  lice  ^  et  à 
douze  coups  d'e^pée.  La  trompette  fist  son  devoir,  et 

1.  Manchon,  manchette. 

2.  Sa  nourriture,  celui  qui  avait  été  élevé  dans  sa  maison. 

3.  Lice,  barrière. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  67 

rapporta  par  escript  quinze  gentilzhommes  qui  avoient 
promis  eulx  y  trouver.  Gela  vint  à  la  congnoissance  de 
madame  Blanche,  qui  en  fut  très  joyeuse,  et  fist 
acoustrer  son  eschauffault  sur  la  plaoe  où  se  dévoient 
faire  les  courses  et  le  combat.  Le  jour  assigné,  environ 
une  heure  après  midy,  se  trouva  sur  les  rencs  le  bon 
chevalier  armé  de  toutes  armes,  et  trois  ou  quatre  de 
ses  compaignons,  comme  le  seigneur  de  Boiivent,  le 
seigneur  de  Mondragon^  et  autres,  où  guères  ne  furent 
que  tous  ceulx  qui  dévoient  courir  ne  se  présentassent. 
Premier  commença  le  bon  chevalier,  et  contre  luy  vint 
le  seigneur  de  Rovastre,  ung  gaillart  gentilhonupe  qui 
portoit  l'enseigne  du  duc  Philbert  de  Savoye^,  fort 
hardy  et  adroit  chevalier,  qui  donna  ung  beau  coup 
de  lance,  car  il  en  fist  trois  ou  quatre  pièces;  mais  le 
bon  dievalier  luy  bailla  si  grant  coup  sur  le  haùlt  de 
sa  grant  buffe^  qu'il  l'en  désarma,  k  perça  à  jour,  et 
fist  voUer  sa  lance  en  cinq  ou  six  pièces.  Ledit  seigneur 
de  Rovastre  reprist  sa  grant  buffe  et  courut  la  seconde 
laoee  dont  il  fist  très  bien  son  devoir,  car  il  la  rompit 
aussi  bien  ou  mieulx  que  la  première  ;  mais  le  bon 
dievalier  luy  donna  dedans  la  veue,  et  luy  emporta 
de  ce  coup  son  panache  et  le  fist  tout  chanceler; 
toutesfbis  il  demoura  à  cheval.  A  la  tierce  lance  croysa^ 
le  seigneur  de  Rovastre,  et  le  bon  chevalier  rompist  la 

1.  Janus  de  Bouvans,  seigneur  de  Giriés.  Jacque3  de  MoQ^dra- 
gOD,  co-seigneur  des  Eycottières,  d'une  famille  de  Savoie. 

2.  Philibert  le  Beau,  duc  de  Savoie,  fils  de  Philippe,  comte  de 
Baugé,  puis  duc  4e  Savoie,  et  de  Marguerite  de  Bourbon,  épousa 
Yolande  de  Savoie  et  mourut  sans  postérité  en  1504,  âgé  de  2i  ans. 

3.  Grande  buffleterie  servant  à  garantir  le  bras  qui  tenait  la 
lance. 

4.  Croysa^  manqua  son  but. 


68  HISTOIRE  DE  BAYART 

sienne,  qui  s'en  alla  par  esclatz.  Après  eux  vindrent 
Mondragon  et  le  seigneur  de  Chevron,  qui  tant  bien 
firent  leurs  courses  que  tout  le  inonde  les  loua.  Deux 
autres  les  suyvirent  ;  et  finablement  tous  se  portèrent 
si  bien  que  la  compaignie  s'en  contenta.  Les  lances 
rompues,  convint  venir  aux  espées  ;  mais  le  bon  che- 
valier ne  frappa  que  deux  coups  qu'il  ne  rompist  la 
sienne,  et  qu'il  ne  fist  voUer  hors  des  poings  celle  que 
tenoit  celluy  qui  combatoit  contre  luy.  Puis  les  ungs 
après  les  autres  vindrent  sur  les  rehcs ,  et  si  bien  firent 
tous  que  possible  n'eust  esté  de 'l'amender;  et  fut  fort 
tard  quant  chascun  eut  achevé.  Madame  fist,  par  le 
seigneur  de  Fluxas,  convoyer^  tous  les  gentilzhonmies 
pour  aller  soupper  au  chasteau,  qui  ne  re£Pusèrent  pas 
la  prière;  et  croyez  qu'ilz  furent  bien  traictez,  car 
léans  jen  savoit-on  bien  la  manière.  Après  soupper 
commencèrent  à  sonner  les  haulxbovs  et  ménestriers, 
où  avant  que  l'en  se  mist  en  train  de  dancer,  convint 
donner  le  pris  à  celluy  qui  par  raison  l'avoit  gaigné. 
Les  seigneurs  de  Grantmont^  et  de  Fluxas,  qui  juges 
en  estoient,  demandèrent  à  tous  les  assistans,  tant  gen- 
tilzhommes,  dames,  que  aux  combatans  mesmes,  mais 
tous  furent  d'oppinion  que  le  bon  chevalier  avoit,  par 
le  droit  des  armes,  gaigné  le  pris  ;  parquoy  lesditz  juges 
le  luy  vindrent  présenter;  mais,  tout  rougissant  de 
honte  le  refiiisa,  en  disant  que  à  tort  et  sans  cause  luy 
estoit  attribué  cest  honneur,  mais  que  s'il  avoit  aucune 
chose  bien  faicte,  madame  de  Fluxas  en  estoit  cause, 
qui  luy  avoit  preste  son  menchon,  et  que  à  elle,  pour 

1.  Convoyer,  convier. 

2.  Pierre   Barthélémy,  seigneur  de  Grammont  en  Rouergae, 
bailli  de  Garladès. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  69 

luy,  remectoit  de  donner  le  pris  où  bon  luy  sembleroit. 
Le  seigneur  de  Fluxas,  qui  congnoissoit  la  grande  hon- 
nesteté  du  bon  chevalier,  n'en  entra  aucunement  en 
jalousie,  et  vint  droit  à  sa  femme  avecques  le  seigneur 
de  Grantmont,  qui  luy  dist  :  c  Madame,  présent  votre 
mary  que  vecy,  monseigneur  de  Bayart,  à  qui  on  donne 
le  pris  du  tournoy,  a  dit  que  c'est  vous  qui  l'avez  gai- 
gné  au  moyen  de  vostre  menchon  que  luy  donnastes  ; 
parquoy  il  le  vous  envoyé  pour  en  faire  ce  qu'il  vous 
plaira.  »  Elle  qui  tant  sçavoit  d'honneur  que  merveilles, 
ne  s'en  effiraya  aucunement,  ains  très  humblement 
remercia  le  bon  chevalier  de  l'honneur  qu'il  luy  faisoit^ 
et  dist  ces  mStz  :  c  Puis  qu'ainsi  est  que  monseigneur 
de  Bayart  me  fait  ce  bien,  de  dire  que  mon  menchon 
luy  a  fait  gaigner  le  pris,  je  le  garderai  toute  ma  vie 
pour  l'amour  de  luy;  mais  du  ruby,  puisque  pour  le 
mieulx  faisant  ne  le  veult  accepter,  je  suis  d'advis  qu'il 
soit  donné  à  monseigneur  de  Mondragon  ;  car  on  tient 
que  c'est  celluy  qui  a  mieulx  fait  après  luy .  ».  Ainsi  qu'elle 
ordonna  fut  acomply,  sans  ce  qu'on  en  ouysi  aucun 
murmurer.  Si  fut  madame  Blanche  bien  joyeuse  d'avoir 
fait  telle  nourriture  que  du  bon  chevalier,  dont  tout  le 
monde  disoit  bien.  Le  pris  donné,  les  dances  conmien- 
oèrent  et  durèrent  jusques  après  mynuyt  que  chascun 
se  retira.  Les  gentilzhonunes  françois  furent  encores 
cinq  ou  six  jours  à  Garignan  en  joye  et  desduyt  ^ ,  faisans 
grant  chère,  puis  s'en  retournèrent  en  leurs  garnisons. 
Le  bon  chevalier  print  aussi  congé  de  madame  sa 
bonne  maistresse,  à  laquelle  il  dist  qu'il  n'y  avoit 
prince  ne  princesse  en  ce  monde,  après  son  souverain 

i.  Desduyt,  passe-temps. 


70  HISTOIRE  DE  BAYART 

seigneur,  qui  eust  plus  de  commandement  sur  luy 
qu'elle  y  en  avoit,  dont  il  fut  remercié  grandement. 
Ce  fait,  convint  aller  prendre  congé  de  ses  premières 
amours,  la  dame  de  Fluxas,  qui  ne  fut  pas  sdans  tumber 
larmes  de  la  part  d'elle,  et  de  son  costé  estoit  le  cueur 
bien  serré.  L'amour  honneste  a  duré  entre  eulx  deux 
jusques  à  la  mort,  et  n'estoit  année  qu'ilz  ne  s'en- 
voyassent présens  l'ung  à  l'autre.  En  la  ville  de  Gari- 
gnan  ne  au  chasteau  durant  ung  mois  ne  fut  autre 
propos  tenuz  que  de  la  prouesse,  honneur,  doulceur 
et  courtoisie  du  bon  chevalier,  et  estoit  autant  prisé  et 
aymé  léans  que  s'il  en  eust  deu  estre  héritier  ^  Il  y 
trouva,  luy  y  estant,  servant  en  quelque  office,  Pizou 
de  Ghenas^,  qui  avoit  esté  maistre  palefrenier  du  duc 
Charles  de  Savoye  son  maistre,  et  duquel  il  avoit  eu 
autresfois  du  plaisir,  ce  qu'il  vouloit  alors  recon- 
gnoistre  ;  car  après  l'avoir  mené  à  son  logis  et  fait  bien 
traicter,  luy  donna  ung  cheval  qui  valloit  bien  cin- 
quante escus,  dont  le  bonhonmie  de  bon  cueur  le 
remercia.  Il  luy  demanda  qu'estoit  devenu  son  escuyer 
du  temps  qu'il  estoit  en  la  maison  de  monseigneur  de 
Savoye.  Pizou  de  Chenas  luy  dist  qu'il  se  tenoit  à 
Moncallier^,  où  il  estoit  maryé  et  retiré,  et  qu'il  estoit 
devenu  fort  goûteux.  Le  bon  chevalier,  non  ingrat  de 
gracieusetez  que  par  le  passé  lui  avoit  faictes,  par  ledit 


1.  Etienne  Pasquier  dans  ses  Recherches  de  la  France  (1.  VI, 
ch.  19)  a  reproduit  cet  épisode  de  la  vie  de  Bayart  sons  le  titre 
de  :  L'honneste  amour  du  capitaine  Bayar  envers  une  dame, 

2.  On  a  vu  au  chapitre  V  des  détails  sur  le  service  que  ce 
maître  palefrenier  avait  rendu  à  Bayart  quand  il  était  encore  à  la 
cour  de  Savoie. 

3.  Moncalieriy  à  deux  lieues  au  S.  de  Turin. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  71 

Pizou  mesmes  luy  envoya  une  fort  bonne  et  belle  muUe  ; 
et  monstroit  bien  en  ce  faisant,  qu'il  n'avoit  pas  mis  en 
oubly  les  biens  qu'on  luy  avoit  faits  en  jeunesse. 


CHAPITRE  XI¥. 

Comment  le  seigneur  Ltdovic  Sforce  retourna  d^AU 
maigne  avecques  bon  nombre  de  lansquenets^  et 
reprint  la  ville  de  Milan  sur  les  François. 

Vous  avez  entendu  comment  le  seigneur  Ludovic  se 
retira  en  Almaigne  devers  le  roy  des  Romains.  Et 
fault  entendre  qu'il  n'y  alla  pas  sans  porter  deniers, 
car  au  faict  qu'il  vouloit  entreprendre  en  avoit  bien  à 
besongner,  et  le  monstra  par  effect  ;  car,  peu  de  temps 
après  son  chassement,  retourna  en  Lombardie  avecques 
bon  nombre  de  lansquenetz  et  quelques  Suysses,  au- 
cuns honunes  d'armes  Bourgongnons,  et  force  che- 
vaulx  d' Almaigne.  Et,  le  troisiesme  jour  de  janvier, 
par  quelque  intelligence,  reprint  la  ville  de  Milan,  dont 
furent  les  François  chassez,  combien  que  le  chasteau 
demoura  tousjours  entre  tes  mains  du  roy  ^ .  A  l'exemple 
de  Milan,  se  révoltèrent  plusieurs  villes  en  la  duché, 
entre  les  autres  toutes  celles  du  chemin  de  Gennes, 
conune  Tortonne,  Vaugayre^  et  plusieurs  chasteaulx. 


1.  Ludovic  le  MoreTtntra  dans  Milan  deux  mois  après  en  avoir 
été  chassé  par  les  Français  (février  i&OO). 

2.  Tortona,  à  neuf  lieues  8.-0.  de  Pavie.  —  Voghera^  à  quatre 
lieues  N.-E.  de  Tortona. 


^%  HISTOIRE  DE  BAYART 

Quant  le  roy  de  France  eut  entendu  le  trouble  de  sa 
duché,  comme  prince  magnanime  et  vertueux,  dressa 
une  grosse  armée  pour  y  envoyer,  dont  il  fist  chiefz  le 
seigneur  de  Ligny  et  le  seigneur  Jehan-Jacques,  qui 
assemblèrent  leur  armée  en  TAstizanne,  et  conmien- 
cèrent  à  marcher*. 

Or,  durant  que  le  seigneur  Ludovic  fut  dedans 
Milan,  et  peu  après  qu'il  Teut  repris,  fault  que 
je  vous  face  ung  compte  du  bon  chevalier  sans 
paour  et  sans  reprouche.  Il  estoit  demouré,  par  le 
congé  de  son  maistre,  en  Ytalie  quant  le  roy  de  France 
s'en  retourna  pour  ce  qu'il  desiroit  sur  toutes  choses 
les  armes  et  ymaginoit  bien  qu'il  ne  pouvoit  demourer 
longuement  que  le  seigneur  Ludovic  qui  estoit  allé 
chercher  secours  en  AUemaigne  ne  retournast  avecques 
puissance,  et  par  ce  moyen  y  auroit  combatu,  car  à  la 
première  conqueste  de  la  duché  ne  s'estoit  pas  fait 
grans  armes.  Il  estoit  en  garnison  à  vingt  mille  de  Milan 
avecques  d'autres  jeunes  gentilshommes,  et  faisoient 
chascun  jour  courses  les  ungs  sur  les  autres,  belles  à 
merveilles.  Ung  jour  fut  ledit  bon  chevalier  adverty 
que  dedans  Binaz^  y  avoit  trois  cens  chevaulx  qui 
seroient  bien  aysez  à  defTaire,  si  pria  ses  compaignons 
que  leur  plaisir  feust  luy  tenir  compaignie  à  les  aller 
visiter.  Il  estoit  tant  aymé  de  tous  que  facillement  luy 
fut  sa  requeste  accordée.  Si  s'apprestèrent  de  bon  ma- 

1.  Louis  XII  envoya  au  duché  de  Milan  Louis  de  la  Trémouilie, 
avec  6000  hommes  de  pied  et  600  lances  ;  il  fit  en  outre  revenir 
de  Romagne-  Yves  d'Aiègre  qui  y  avait  mené  quelques  troupes  à 
César  Borgia. 

2.  Binasco,  à  quatre  lieues  S.-O.  de  Milan. 


^    PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  73 

tin,  et  s'en,  allèrent  jàaiiiies  au  nombre  de  quarante  ou 
cinquante  hc^nmes  d'armes  jpour  esiiajri^  s'ilz  feroient 
quelque  bonne  chose»  J^q  éappitaine  ^i  estoit  dedans 
Binaz  estoit  très  gentil  chevalier,  sage  et  ad  visé  à  la 
guerre,  et  s'appelloit  messire  Jehan  Bernardin  Gazache. 
Il  avoit  bonnes  espies  par  lesquelz  il  entendit  comment 
les  François  chevauchoient  pour  le  venir  trouver.  Il  ne 
voulut  pas  attendre  d'estre  pris  au  nyt ,  si  se  mist  de 
sa  part  en  ordre,  et  se  tira  hors  des  barrières,  la  por- 
tée de  deux  ou  trois  getz  d'are.  Si  va  ad  viser  ses 
ennemys,  qui  luy  donnèrent  grant  joye,  car^  selon  son 
jugement,  aU  peu  de  nombre  qu'ilz  estoient,  pensoit 
bien  qu'ilz  ne  luy  feroient  point  de  déshonneur.  Ilz 
commencèrent  à  approcher  les  ungs  contre  les  autres 
crians  :  France!  France!  More!  More!  et  à  l'abor- 
der y  eut  grosse  et  périlleuse  charge,  car  de  tous  les 
deux  costez  en  fut  porté  par  terre  qui  remontèrent  à 
grant  peine.  Qui  eust  veu  le  bon  chevalier  faire  faictz 
d'armes,  entamer  testes,  coupper  bras  et  jambes,  eust 
plustost  esté  pris  pour  lyon  furieux  que  pour  daipoi^el 
amoureux.  Brief,  ce  combat  dura  une  heure  (pi*Àn 
n'eust  sceu  dire  qui  avoit  du  meilleur,  qui  faschoit  fort 
à  icelluy  bon  chevalier,  lequel  parla  à  ses  compaignons, 
disant  :  c  Hé  !  messeigneurs,  nous  tiendrons  tout  au- 
jourd'huy  ce  petit  nombre  de  gens  !  Si  ceulx  qui  sont 
dedans  Milan  en  estoient  advertiz,  jamais  nul  de  nous 
ne  se  sauveroit;  à  coup,  prenons  courage,  je  vous 
supplie,  et  poussons  cecy  par  terre.  >  Â&x  paroUes  du 
bon  chevalier  s'esvertuèrent  ses  compaignons  ;  et,  en 
cryant  tous  d'une  voix  :  France!  France!  livrèrent 
ung  aspre  et  merveilleux  assault  aux  Lombars,  les- 


74  msTomE  de  bayart 

quelz  commencèrent  à  perdre  place  et  à  eulx  reculler 
tousjours  eulx  deffendans  très  bien  ;  mais  en  ce  recul- 
lement  firent  plu^  de  quatre  ou  cinq  mille,  tirant  vers 
AGlan,  où  quant  ilz  se  veirent  si  près,  tournèrent  bride, 
et  à  course  dé  cheval,  à  qui  mieulx  mieulx,  prindrent 
la  fuyfe  vers  la  ville.  Les«  François  chassèrent  tant 
qu'ilz  en  furent  bien  près.  Alors  tut  cryé  par  quelc'un 
des  plus  anciens,  et  qui  fort  bien  entendoit  la' guerre  : 
c  Tourne,  homme  d'armes,  tourne  !  »  à  quoy  chascun 
entendit,  excepté  le  bon  chevalier  qui,  tout  eschauffé, 
tousjours  chassoit'et  poursuyvit  ses  eonemys,  de  sorte 
que  pesle-mesle  parmy  eulx  entra  dedans  Milan,  et  les 
suyvit  jusques  devant  le  palais  où  estoit  logé  le  sei- 
gneur Ludovic ,  et  pour  ce  qu'il  avoit  les  croix  blan- 
ches, tout  le  monde  cryoit  après  luy  :  Pille ^  pille.  11 
fut  environné  de  toutes  pars  et  prins  prisonnier  du 
seigneur  Jehan-Bernardin  Gazache,  qui  le  mena  à  son 
logis  et  le  fist  désarmer.  Si  le  trouva  fort  jeune  gentil- 
homme, comme  de  Taage  de  vingt  et  deux  à  vingt  et 
trois  ans,  dontils'esmerveilla,  et  mesmement  comment 
en  tel  aage  pouvoit  avoir  en  luy  tant  de  prouesse  qu'il 
en  avoit  congneue.  Le  seigneur  Ludovic,  qui  avoit  ouy 
le  bruyt,  demanda  que  c'estoit.  Aucuns  qui  avoient 
entendu  l'affaire  le  luy  comptèrent,  et  conunent  le 
seigneur  Jehan  Bernardin,  estant  à  Bynas,  avoit  esté 
chargé  des  François,  qui  enfin  Tavoient  repoussé  jus- 
ques dedans  Milan  ;  et  parmy  eulx,  à  la  chasse,  est^t 
entré  pesle-mesle  ung  desditz  François,  qu'on  tenoit  à 
merveilles,  vaillant  et  hardy  gentilhonmie,  et  n'estoit 
riens  si  jeune.  Alors  commanda  qu'on  l'allast  quérir  et 
qu'il  luy  feust  amené,  ce  qui  fut  fait  incontinent. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  75 

tJÇr 
s 

CHAPITRE  XV. 

Comment  le  seigneur  Ludavioitfimut  vedr  le  bon  cheval- 
lier sans  paour  et  sans  reproUchej  et  comment^  après 
avoir  devisé  avecques  Iny^  le  renvoya^  et  luy  fist 
rendre  son  cheval  et  ses  armes. 

On  alla  incontinent  au  logis  du  seigneur  Jehan  Ber- 
nardin cherdier  son  prisonnier  pour  l'amener  au  sei- 
gneur Ludovic  qui  le  demandoit.  Il  eut  paour  Ofie  en 
la' fureur  iceiluy  seigneur  Ludovic  luy  fist  faire -qât^llie 
desplaisir.  Il  estoit  courtois  et  gracieulx  gentilhomme , 
si  le  voulut  mener  luy-mesmes  après  l'avoir  vestu  d'une 
de  ses  robes  et  mis  en  estât  de  gentilhonune.  Si  le  vint 
présenter  au  seigneur,  qui  s'esmerveilla  quant  il  le 
veit  si  jeune,  et  on  luy  donnoit  si  grant  los  :  toutesfois 
lui  adressa  son  parler  en  disant  :  c  Venez  ^,  mon 
.gentilhomme ,  qui  vous  a  amené  en  ceste  ville?  »  Le 
bon  chevalier,  qui  ne  fut  de  riens  esbahy,  luy  respon- 
dit  :  c  Par  ma  foy  ! .  monseigneur,  je  n'y  pensois  pas 
entrer  tout  seul,  et  cuydois  bien  estre  suyvy  de  mes 
compaignons,  lesquelz  ont  mieulx  entendu  la  guerre 
que  moy;  car  s'ilz  eussent  fait  ainsi  que  j'ay,  ilz 
feussent  comme  moy  prisonniers.  Toutesfois,  après 
mon  inconvénient,  je  me  loue  de  fortune  de  m'avoir 
fait  tumber  entre  les  mains  d'ung  si  bon  maistre  que 
celluy  qui  me  tient ,  car  c'est  ung  très  vaillant  et  advisé 
chevalier.  »  Après  luy  demanda  le  seigneur  Ludovic, 


76  HISTOIRE  DE  BAYART 

par,  sa  foy,  de  combien  estoit  Farmée  du  roy  de 
France,  c  Sur  mon  âme!  monseigneur,  à  ce  que  je 
puis  entendre,  il  y  a  quatorze  ou  quinze  cens  hommes 
d'armes  et  seize  ou  dix-huyt  mille  hommes  de  pied  ; 
mais  ce  sont  tous  g^  d'eslite  qui  sont  délibérez  si 
bien  besongner  à  ceste  fois  qu'ilz  asseureront  Testât 
de  Milan  au  roy  nostre  maistre.  Et  me  semble,  mon- 
seigneur, que  seriez  bien  en  aussi  grande  seureté  en 
Âlmaigne  que  vous  estes  icy,  car  voz  gens  ne  sont  pas 
pour  nous  combatre.  >  Tant  assuréement  parloit  le 
bon  chevalier  que  le  seigneur  Ludovic  y  prenoit  grant 
plaisir,  ce  néantmoins  que  son  dire  feust  assez  pour  Tes- 
tonner  ;  mais  pour  monstrer  qu'il  ne  se  soucioit  pas 
gipidement  du  retour  des  François,  luy  dist  comme 
par  risée  :  c  Sur  ma  foy  !  mon  gentilhomme,  j'ai  belle 
envie  que  l'armée  du  roy  de  France  et  la  mienne  se 
trouvent  ensemble,  à  celle  fin  que  par  la  bataille  se 
puisse  congnoistre  à  qui  de  droit  appartient  cest  héri- 
tage, car  je  n'y  voy  point  d'autre  moyen.  —  Par  mon 
sermeht  !  monseigneur,  dist  le  bon  chevalier,  je  voul- 
drois  que  ce  feust  dès  demain,  pourveu  que  je  feusse 
hors  de  prison.  —  Vrayment  à  cela  ne  tiendra  pas, 
respondit  le  seigneur,  car  je  vous  en  metz  dehors  pré- 
sentement et  feray  à  vostre  maistre  ^  ;  mais  davantage 
demandez-moy  ce  que  vous  vouldrez  et  je  le  vous  don- 
neray.  »  Le  bon  chevalier,  qui  le  genoil  en  terre 
remercia  le  seigneur  des  offres  qu'il  luy  faisoit,  comme 
estoit  bien  raison,  luy  dist  :  c  Monseigneur,  je  ne  vous 

1.  Je  feray,  il  faut  probablement  lire  :  c  Je  feray  recompense  à 
vostre  maistre.  »  C'est-à-dire  :  Je  dédommagerai  celui  qui  yous  a 
pris. 


PAR  LE  LOYAX.  SERVITEUR.  77 

demande  autre  chose  sinon  que,  si  vostre  courtoisie 
se  vouloit  tant  estendre  que  de  me  faire  rendre  mon 
cheval  et  mes  armes  que  j'ay  apportées  dedans  ctste 
ville,  et  m'en  envoyer  ainsi  devers  ma  garnison,  qui 
est  à  vingt  mille^  d'içy,  me  feriez  ung  très  grant  bien, 
doqt  toute  mà\i^die  sentiroys  obligé  à  vous,  et  hors 
le  service  du  roy.mQp  maistre,  et  mon  honneur  saufve, 
le  vouldroys  recongnoistre  en  ce  qu'il  vous  plairoit  me 
conunander.  —  En  bonne  foy  !  dist  le  seigneur  Ludo- 
vic, vous  aurez  présentement  ce  que  demandez.  >  Si 
dist  au  seigneur  Jehan  Bernardin  :  c  Â  coup,  cappi- 
taine,  qu'on  luy  trouve  cheval,  armes  et  tout  son  cas. 
—  Monseigneur,  dist  le  cappitaine,  il  est  bien  aisé  à 
trouver,  tout  est  à  mon  logis.  )>  Si  y  envoya  inconti- 
nent deux  ou  trois  serviteurs,  qui  apportèrent  ses 
armes  et  amenèrent  son  chevaJ ,  et  le  fist  armer  le 
seigneur  Ludovic  devant  luy.  Quant  il  fut  acoustré 
monta  sur  son  cheval  sans  mettre  pied  à  Testrief  ;  puis 
demanda  une  lance  qui  luy  fiit  baillée,  et  levant  sa 
veue,  dist  au  seigneur  :  c  Monseigneur,  je  vous  remer- 
cie de  la  courtoysie  que  m'avez  faicte  ;  Dieu  le  vous 
vueille  rendre  !  »  Il  estoit  en  une  belle  grande  court. 
Si  commença  à  donner  de  l'esperon  au  cheval,  lequel 
fist  quatre  ou  cinq  saulx  tant  gaillardement  que  impos- 
sible seroit  de  mieulx ,  et  puis  luy  donna  une  petite 
course  en  laquelle  contre  terre  rompit  sa  lance  en  cinq 
ou  six  pièces,  dont  le  seigneur  Ludovic  ne  s'esjouyt 
pas  trop,  et  dist  tout  hault  se^  parolles  :  c  Si  tous  les 
hommes  d'armes  de  France  estoient  pareilz  à  cestuy-cy , 
j'aurois  mauvais  party .  »  Ce  néantmoins  luy  fist  bailler 
une  trompette  pour  le  conduyre  jusques  à  sa  garnison, 


78  HISTOIRE  DE  BAYART 

mais  il  ne  fut  pas  si  avant,  car  jà  estoit  Tarmée  des 
François  à  dix  ou  douze  mille  de  Milan ,  qui  estoit 
toute  abreuvée^  de  ce  que  le  bon  chevalier  estoit 
pris  par  sa  hardiesse,  toutesfois  il  y  avoit  eU  de  la 
jeunesse  meslée  parmy^.  Quant  il  tuk  arrivé  au  camp, 
8*en  alla  incontinent  devers  son  boà  fm)f^  le  seigneur 
de  Ligny,  qui  en  riant  luy  dist  :  t-Hé!  comment, 
Picquet,  qui  vous  a  mis  hors  de  pnson?  Avez-vous 
payé  votre  rançon?  Vrayement  je  voulois  envoyer  ung 
de  mes  trompettes  pour  vous  chercher  et  la  payer.  — 
Monseigneur,  dist  le  bon  chevalier,  je  vous  remercie 
très  humblement  de  vostre  bon  vouloir  ;  le  seigneur 
Ludovic  m'a  délivré  par  sa  grande  courtoysie.  »  Si 
leur  compta  de  point  en  point  comme  tout  estoit  allé 
de  sa  prinse  et  de  sa  délivrance.  Tous  ses  compaignons 
le  vindrent  veoir,  qiâ  luy  firent  grant  chère.  Le  sei- 
gneur Jehan-Jacques  luy  demanda  s'il  espéroit,  à  veoir 
la  contenance  du  seigneur  Ludovic  et  à  l'ouyr  parler, 
s'il  donneroit  la  bataille  ;  à  quoy  il  respondit  :  c  Mon- 
seigneur, il  ne  m'a  pas  tant  déclairé  de  ses  affaires  ne 
si  avant  ;  toutesfois,  à  le  veoir,  il  est  homme  qui  pour 
peu  de  chose  n'est  pas  aysé  à  estonner  :  vous  verrez 
que  ce  pourra  estre  en  peu  de  jours.  De  luy  ne  me 
scauroye  plaindre,  car  il  m'a  fait  très  bon  et  hon- 
neste  party  ;  la  pluspart  de  ses  gens  sont  dedans 
Novarre,  il  a  délibéré  les  faire  venir  à  Milan  ou  aller 
à  eulx.  9 


1.  Abreuvée^  triste,  désolée. 

2.  Le  Loyal  serviteur  veut  dire  qu'il  y  ent  de  la  hardiesse,  il  est 
vrai,  mais  aussi  de  Tinexpérience  et  de  la  jeunesse  dans  la  con- 
duite de  Bayart  en  cette  occasion. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  79 


/;. 


GBAnTB£  XYI. 

Comment  le  seigneur  Ludovic  se  retira  dedans  Novarre^ 
doubtant  que  les  François  entrassent  dedans  Milan 
par  le  chasteauj  et  comment  il  fut  prins. 

Quant  le  seigneur  Ludovic  congneut  l'armée  du  roy 
de  France  si  près  de  Milan,  et  que  le  chasteau  estoit 
hors  de  ses  mains,  il  se  doubta  d'estre  surpris  dedans 
la  ville,  si  se  desroba  de  nuyt  avecques  ce  qu'il  avoit 
de  gens  dedans  Milan;  au  moins  peu  y  en  laissa 
avecques  son  frère  le  cardinal  d'Escaigne,  et  s'en 
alla  veoir  son  armée  qui  estoit  dedans  Novarre.  Où 
quant  il  fut  sceu  au  camp  du  roy  de  France,  ses  lieux- 
tenans,  où  peu  de  jours  avoit  que  le  seigneur  de  la  Tri- 
moille  *  y  estoit  arrivé,  délibérèrent  l'aller  assaillir  aiidit 
lieu  de  Novarre.  Le  seigneur  Ludovic  avoit  beaucoup 
de  gens,  mais  ilz  estoient  de  nations  fort  différentes, 
comme  Bourgongnons^,  lansquenetz  et  Suysses,  et  par 
ce,  trop  plus  mal  aysez  à  gouverner;  car  en  quelque 
sorte  que  les  choses  allassent,  peu  de  jours  après  fut 
rendue  la  ville  de  Novarre  es  mains  des  lieux-tenans 
dudit  roy  de  France.  Et  pour  ce  qu'on  faisoit  courir 


1.  Louis  de  laTrémouille,  amiral  de  Guienne  et  Bretagne,  cham- 
bellan de  Charles  VIII  et  de  Louis  XII,  gouverneur  de  Bourgogne 
et  du  Milanais,  dit  le  Chevalier  sans  reproche,  mari  de  Gabrielle 
de  Bourbon-Montpensier.  Tué  en  1525  à  la  bataille  de  Pavie. 

2.  La  cavalerie  bourguignonne  était  commandée  par  le  môme 
Claude  de  Yaudrey,  qui  fut  Toccasion  du  premier  fait  d'armes  du 
bon  chevalier  (voir  plus  haut  chap.  VI,  VII  et  YIII). 


80  HISTOIRE  DE  BAYART 

le  bruyt  que  le  seigneur  Ludovic  n'estoit  pas  dedans 
la  ville  et  qu'il  s'eç^it  retiré^  jeu  Àlmaigne  pour  la 
seconde  fois,  fiit  ordonné  que  les  gens  de  pied  passe- 
roient  par  dessoubz  la  picque,  ce  qu*ilz  filant;  et 
parmy  eulx  fut  congneu  le  povre  seigneur  Ludovic, 
qui  se  rendit,  quant  il  veit  que  force  lui  estoit,  au  sei- 
gneur de  Ligny.  Je  ne  say  qui  fist  l'affaire,  mais  il  fut 
plus  que  mal  servy  ;  ce  fut  le  vendredy  devant  Pasques 
flories,  oudit  an  mil  cinq  cens^  Le  reste  de  son  armée 
s'en  alla  bagues^  saufvres.  Je  croy  bien  qu'ilz  eurent 
quelliue  payement ,  car  on  disoit  que  les  Suy sses  que  le 
seigneur  Ludovic  avoit  avecques  luy  s'estoient  mutinez 
à  faulte  de  payement  ;  mais  depuis  j'ay  entendu  du  con- 
traire, et  que  le  bailly  de  Dyjon^,  qui  avoit  gros  crédit 
avecques  eulx,  les  avoit  gaignez,  joinct  aussi  qu'en 
l'armée  du  roy  y  en  avoit  beaucoup  plus  gros  nombre 
qu'ilz  n'estoient  dedans  Novarre  et  s'excusoient  de  ne 
combatre  point  les  ungs  contre  les  autres.  J'ay  veu 
advenir  plusieurs  fois  cela,  qui  a  porté  beaucoup  de 
donunage  en  France.  Or,  quoyqlie  ce  feust,  le  seigneur 
Ludovic  demoura  prisonnier,  fut  mené  en  France  droit 
à  Lyon,  depuis  au  Liz  Sainct-George,  et  enfin  au  chas- 
teau  de  Loches  ouquel  il  a  fine  ses  jours  ^.  Ce  fut  une 

1 .  Ludovic  le  More  avait  obtenu  à  force  de  prières  de  pouvoir 
se  glisser  au  milieu  des  Suisses,  habillé  comme  eux;  mais  un  de 
ces  mercenaires  ayant  trahi  sa  présence,  le  duc  fut  saisi  par  les 
soldats  français  (10  avril  1500).  Yoy.  Jean  d'Anton,  Chronique  de 
Louis  XII. 

2.  Bagues,  bagages. 

3.  Antoine  de  Bessey,  baron  de  Trichote,  bailli  de  Dijon,  fils  de 
Jean  de  Bessey  et  de  Jeanne  de  Saulx  :  il  épousa  Jeanne  de 
Lenoncourt. 

4.  Ludovic  le  More  fut  d'abord  enfermé  au  château  du  Lys-Saint- 
Georges  (Indre),  puis  à  la  tour  de  Bourges  et  enfin  au  château  de 


PAR   LE  LOYAL  SERVITEUR.  81 

grosse  pitié,  car  il  avoit  esté  triomphant  prince  en  sa 
vie  y  mais  fortune  luy  monstra  auderrenier  son  rigoureux 
visage.  Le  cardinal  d'Ëscaigne,  son  frère,  lequel  estoit 
demouré  dedans  Milan,  quand  il  sceut  l'inconvénient, 
feist  saulver  en  Almaigne  ses  deux  nepveux,  enfans 
dudit  seigneur  Ludovic,  devers  le  roy  des  Romains,  et 
de  luy  se  mist  en  fuyte  bien  et  grossement  acompaigné, 
comme  de  quatre  à  cinq  cens  chevaulx  vers  Boulongne  ; 
mais  en  chemin  par  ung  cappitaine  vénicien,  nonuné 
Soussin  de  Gonzago^  fut  pris  prisonnier,  et  depuis  le 
mist  entre  les  mains  des  François  ;  mais  il  ne  rendit 
pas  les  meubles  et  son  cariage  qu'on  estimoit  valloir 
deux  cens  mille  ducatz.  Ne  demoura  guères  de  temps 
après  quant  ceulx  de  la  duché  de  Milan  sceurent  la 
prinse  de  leur  seigneur,  j'entendz  ceulx  lesquelz  à  son 
retour  s'estoient  révoltez,  ne  se  retournassent  Fran- 
çois ,  en  grant  crainte  d'estre  pillez  et  sacayez  ;  mais 
ilz  y  trouvèrent  toute  doulceur  et  amytié,  car  ilzavoient 
affaire  à  bon  prince  et  à  vertueulx  cappitainj^. 


CHAPITRE  XVIL 

Comment  le  seigneur  de  Ligny  alla  visiter  Vaugayre, 
Tortonney  et  autres  places  en  la  duché  de  Milan  y 

Loches  où  il  vécut  dix  ans  très-étroitement  resserré.  Il  y  mourut 
en  1510,  âgé  de  57  ans. 

1.  Go  personnage,  parent  des  Sforce,  s'empara  de  leur  personne 
sur  le  territoire  de  Rivolta  (duché  de  Plaisance),  dont  il  était 
seigneur.  Le  cardinal  Ascanio,  plus  heureux  que  son  frère,  obtint 
la  liberté  peu  après  la  mort  du  pape  Alexandre  VI.  Il  mourut  de 
la  peste  à  Rome  en  1505. 

6 


82  mSTOIRE  DE  BAYART 

que  le  roy  luy  avait  données;  et  d'ung  gentil  tour 
que  fiât  le  ban  chevalier. 

Il  fault  entendre  que  quant  le  roy  de  France  eut  fait 
sa  première  conqueste  de  la  duché  de  Milan,  il  voulut 
récompenser  ses  bons  serviteurs  en  leur  donnant  terres 
et  seigneuries  oudit  duché,  mesmement  au  seigneur  de 
Ligny,  Tortone,  Yaugayre  et  quelques  autres  places  où 
ilz  s'estoient  révoltez  quant  le  seigneur  Ludovic  revint 
d'Âlmaigne,  qui  avoit  fort  fasché  audit  seigneur  de 
Ligny.  Si  se  délibéra  de  les  aller  veoir,  et  mena  en 
sa  compaignie  le  vertueux  cappitaine  Loys  d*Ârs,  son 
lieutenant,  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  re- 
prouche  qui  portoit  son  guydon  alors,  et  plusieurs 
autres  gentilzhommes.  Si  vint  jusques  à  Alexandrie, 
et  faisoit  courir  le  bruyt  qu'il  mettroit  Tortonne  et 
Yaugayre  au  sac,  combien  qu'il  n'en  avoit  nulle  vou- 
lenté,  car  il  estoit  de  trop  bonne  nature.  Quant  ses 
subgectz  sceurent  sa  venue  et  le  bruyt  qui  couroit  de 
leur  destruction,  furent,  et  non  sans  cause,  bien  eston- 
nez.  Si  eurent  conseil  ensemble  qu'ilz  envoyeroient  au 
devant  de  leur  seigneur  le  plus  humblement  qu'ilz 
pourroient,  pour  impétrer  miséricorde,  ce  qu'ilz 
firent,  et  jusques  au  nombre  de  vingt  des  plus  appa- 
rens  le  vindrent  trouver  à  deux  mille  de  Vaugayre, 
pour  luy  cuyder  faire  la  révérence  et  eulx  excuser  ; 
mais  combien  qu'on  les  monstrast  audit  seigneur  de 
Ligny  et  qu'il  les  congneust  assez,  ne  fist  pas  semblant 
de  les  veoir,  et  tira  oultre  jusques  dedans  la  ville  au 
logis  qui  estoit  pris  pour  luy.  Les  povres  gens  qui 
estoient  allez  au  devant  furent  bien  estonnez  de  si 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  83 

estrange  recueil.  Si  se  retirèrent  en  leur  ville  le  plus 
doulcement  qu'ilz  peurent  et  cherchèrent  moyen  de 
parler  au  cappitaine  Loys  d'Ars,  pour  faire  leur 
appoinctement ^  envers  le  seigneur;  ce  qu'il  promist 
à  son  possible  faire,  car  jamais  ne  fut  gentilhonune  de 
meilleur  nature.  Si  leur  assigna  jour  à  lendemain  ;  cepen- 
dant alla  faire  ses  remonstrances  au  seigneur  de  Ligny, 
iuy  suppliant  qu'en  sa  faveur  il  les  voulsist  escouter, 
qui  Iuy  fut  accordé.  Et  le  lendemain,  après  le  disner, 
cinquante  des  plus  apparens  de  la  ville  vindrent  à  son 
logis,  et  testes  nues  se  gectèrent  à  genoulx  devant  Iuy 
en  criant  miséricorde.  Puis  commencea  à  parler  l'ung 
d'entre  eulx,  homme  fort  éloquent,  et  en  langage  yta- 
lien  proféra  telles  ou  semblables  paroUes  :  c  Monsei- 
gneur, voz  très  humbles  et  très  obéyssans  subjectz  et 
serviteurs  de  ceste  povre  ville  vostre,  de  tout  leur 
cueur  se  recommandent  très  humblement  à  vostre 
bonne  grâce,  vous  suppliant  par  vostre  gentillesse  leur 
vouloir  pardonner  l'offense  qu'ilz  ont  faicte,  tant  envers 
le  roy  de  France  leur  souverain  que  vous,  pour  eulx 
estre  révoltez.  Et  ayez  à  considérer  en  vostre  cueur 
quç  la  ville  n'est  pas  pour  tenir  contre  une  puissance, 
et  que  quelque  chose  qu'ilz  ayent  faicte,  leur  cueur 
n'est  jamais  mué  qu'il  ne  soit  demeuré  bon  françois  ; 
et  si  par  leur  povreté  d'esperit  ilz  ont  fait  une  lourde 
faulte,  par  vostre  grant  bonté  leur  vueille  estre  appai- 
sée,  vous  asseurant,  monseigneur,  que  jamais  plus  ne 
les  y  trouverrez,  et  ou,  comme  de  Dieu  babandonnez, 
une  autre  fois  ilz  retourneroient,  se  mectent  eulx, 
leurs  enfans  et  fenmies  avecques  tous  leurs  biens,  pour 

i.  Appoinctement,  accommodement. 


84  HISTOIRE  DE  RAYART 

en  disposer  aiosi  qu'il  vous  plaira.  Et  en  signe  qu'ilz 
veullent  demourer  envers  vous  telz  que  je  vous  dis, 
vous  font  en  toute  humilité  ung  petit  présent  selon  leur 
puissance,  qui  est  de  trois  cens  marcs  de  vaisselle 
d'ai^ent,  lequel  il  vous  plaira  prendre,  en  démons- 
trant  que  vôstre  yre  est  cessée  sur  eulx.  »  Alors  se 
teut  et  fist  apparoistre  sur  deux  tables,  bassins,  tasses, 
gobeletz  et  autre  manière  de  vaisselle  d'ai^ent  que 
ledit  seigneur  de  Ligny  ne  daigna  regarder,  mais  en 
homme  courroucé  fièrement  respondit  :  c  Ck)mment, 
meschans,  lasches  et  infâmes,  estes- vous  si  hardis 
d'entrer  en  ma  présence,  qui  comme  failliz  de 
cueur,  sans  cause  ny  moyen,  vous  estes  révoltez l 
Quelle  foy  désormais  pourray-je  avoir  en  vous?  Si  cm 
feust  venu  mettre  le  siège  devant  vostre  ville,  icelle 
canonner  et  assaillir,  sc'eust  esté  autre  chose;  mais 
ennemy  ne  s'est  jamais  monstre ,  qui  fait  assez  appa- 
roistre que  de  vostre  propre  voulenté  estes  retournez 
à  l'usurpateur  de  ceste  duché.  Si  je  faisois  mon  devoir, 
ne  vous  ferois-je  pendre  et  estrangler  comme  traystres 
et  desloyaulx  aux  croysées  de  voz  fenestres?  Allez, 
fuyez  de  devant  moy,  que  jamais  ne  vous  voye.  »  ,En 
disant  lesquelles  parolles,  les  povres  citoyens  estoient 
tousjours  à  genoulx.  Alors  le  vaillant  et  prudent  cap- 
pitaine  Loys  d'Ars  mist  le  bonnet  hors  de  la  teste,  et 
ung  genoil  en  terre  dist  :  c  Monseigneur,  pour  l'hon- 
neur de  Dieu  et  de  sa  Passion,  faictes-moy  ceste  grâce 
que  à  ma  requeste  leur  vueillez  pardonner  vostre  mal- 
talent ^  car  je  leur  ay  promis,  et  jamais  n'auroient 


i.  Pardonner  vostre  maltalent,  leur  pardonner  d'avoir  excité 
votre  colère. 


PAR  LE  LOYAL   SERYITBUR.  85 

fiance  en  moy  si  m'aviez  reffiisé.  J'espère,  monsei- 
gneur, que  toute  vostre  vie  vous  les  trouverrez  bons  et 
vrais  subjectz.  »  Et  les  povres  gens,  sans  attendre 
qu'on  replicquast,  commencèrent  tous  d'une  voix  à 
crier  :  <  Monseigneur,  il  sera  ainsi  que  le  dit  le  cap- 
pitaine,  au  plaisir  de  monseigneur.  »  Le  bon  seigneur 
de  Ligny,  ouye  leur  clameur,  meu  de  pitié  et  quasi 
larmoyant,  les  fist  lever  et  leur  déclaira  deux  propos, 
Fung  d'amytié,  et  l'autre  de  rudesse,  pour  monstrer 
qu'ilz  avoient  grandement  failly .  Quant  à  l'ung  dist  : 
c  Allez  !  pour  l'amour  du  cappitaine  Loys  d'Ars,  qui 
tant  m'a  fait  de  services  que  pour  beaucoup  plus  grosse 
chose  ne  le  vouldrois  refiftiser ,  je  vous  pardonne ,  et 
n'y  retournez  plus  ;  mais  au  regard  de  vostre  présent, 
je  ne  le  daignerois  prendre,  car  vous  ne  le  valiez  ^  pas.  » 
Si  regarda  autour  de  luy  et  advisa  le  bon  chevalier 
auquel  il  dist  :  c  Picquet,  prenez  toute  ceste  vaisselle , 
je  la  vous  donne  pour  vostre  cuysine.  i  A  quoy  soub- 
dainement  respondist  :  c  Monseigneur,  du  bien  que 
me  faictes  très  humblement  vous  remercie,  mais  à 
Dieu  ne  plaise  que  biens  qui  viennent  de  si  meschans 
gens  que  ceulx-cy  entrent  en  ma  maison  ;  ilz  me  por- 
teroient  malheur.  »  Si  prent  pièce  à  pièce  toute  ceste 
vaisselle,  et  à  chascun  qui  estoit  là  en  fist  présent  sans 
que  pour  luy  en  retiensist  la  valleur  d'ung  denier,  qui 
fist  esbahir  toute  la  compaignie,  car  alors  il  n'eust  sceu 
finer^  de  dix  escus.  Quant  il  eut  tout  donné,  partit 
hors  de  la  chambre  ;  aussi  firent  les  habitans.  Si  com- 
mença à  dire  le  seigneur  de  Ligny  à  ceulx  qui  estoient 


1.  Valiez,  méritez. 

2.  Finer^  financer. 


86  HISTOIRE  DE  BAYART 

demourez  :  c  Que  voulez-vous  dire,  messeigneurs ; 
avez-vous  veu  le  cueur  de  Picquet  et  sa  libéralité?  Ne 
luy  fist  pas  Dieu  grant  tort  qu'il  ne  le  fist  roy  de  quel- 
que puissant  royaulme?  Il  eust  acquis  tout  le  monde 
à  luy  par  sa  grâce.  Groyez-moy  que  ce  sera  une  fois 
ung  des  plus  parfaictz  hommes  du  monde.  »  Brief  toute 
la  compaignie  donna  grande  iouenge  au  bon  chevalier. 
Quant  le  seigneur  de  Ligny  eut  ung  peu  pensé  pour  ce 
jour  et  considéré  que  ne  luy  estoit  riens  denumré 
du  présent  qu'il  luy  avoit  fait,  le  lendemain,  à  son 
lever,  luy  envoya  une  belle  robbe  de  veloux  cramoisy 
doublée  de  satin  broché,  ung  fort  excellent  coursier, 
et  trois  cens  escus  en  une  bourse  qui  ne  luy  durèrent 
guères,  car  ses  compaignons  y  eurent  part  comme 
luy.  Peu  de  jours  demeura  le  seigneur  de  Ligny  qu'il 
ne  retournast  à  Milan,  où  estoit  venu  le  cardinal  d'Âm- 
boyseS  lieutenant  général  pour  le  roy,  et  de  là  s'en 
vint  en  France. 

CHAPITRE  XVIII. 

Comment  le  roy  de  France  envoya  grosse  armée  à 
NapleSy  où  il  fist  son  lieutenant  général  le  seir 
gneur  (TAubigny. 

Vous  avez  entendu  par  cy-devant  conmient,  après 
la  mort  de  monseigneur  de  Montpensier^,  les  Néapo- 

1.  Greorges  d'Amboise,  cardinal,  légat  du  pape,  archevêque  de 
Rouen,  principal  ministre  de  Louis  XII,  mort  à  Lyon  en  1510  à 
Tàge  de  50  ans.  Il  était  &ls  de  Pierre  d'Amboise  et  d'Anne  de 
Bueil. 

2.  Gilbert  de  Montpensier  mourut,  comme  nou»  Pavons  dit  plus 


PAR   LE  LOYAL  SERVITEUR.  87 

litaÎDâ  se  révoltèrent,  et  s'en  vindrent  tous  les  François 
en  France,  dont  le  roy  Charles  huytiesme  fut  fort  de&- 
plaisant,  et  s'en  feust  vengé  s'il  eust  vescu ,  mais  mort 
le  prévint.  Incontinent  que  le  roy  Loys  XII*  vint  au 
règne,  il  voulut  entendre  à  la  conqueste  de  sa  duché 
de  Milan,  parquoy  les  affaires^  dudit  royaulme  de 
Naples  demourèrent  longtemps  en  suspens ,  et  estoit 
desjà  mort  Ferrand,  filz  d'Alphonce,  et  régnoit  oudit 
royaulme  son  oncle  Fédéric^  Entendre  devez  une 
chose  :  c'est  que  quant  le  feu  roy  Charles  conquesta  le 
royaulme,  il  maria  son  cousin,  le  seigneur  de  Ligny, 
à  une  grant  dame  du  pays,  appellée  la  princesse  d'Âlte- 
more^;  mais  guères  ne  vesquit,  car  quant  ledit  roy 
voulut  retourner  en  France,  amena,  avecques  luy  ledit 
seigneur  de  Ligny,  dont  bientost  après,  ainsi  que  le 
bruit  fut,  ladicte  dame  mourut  de  dueil.  Par  le  trespas 
d'elle,  et  aussi  par  don  que  icelluy  roy  Charles  en 
avoit  fait,  estoient  demeurées  oudit  royaulme  plu- 
sieurs terres  audit  seigneur  de  Ligny,  mesmement  en 
la  Fouille,  conmie  Venoze,  Canoze,  Monervyne,  Be- 
zeille^,  et  plusieurs  autres.  Si  print  voulenté  au  roy 

haut,  en  1496,  à  Pouzzoles,  après  avoir  conclu  avec  le  roi  de  Naples 
le  désastreux  traité  d'Atella.  Quelques  années  plus  tard  (1501), 
Louis,  son  fils  aîné,  mourut  en  trois  jours  dans  la  même  ville  d'une 
fièvre  maligne  qu'il  avait  contractée  en  assistant  à  l'exhumation 
du  cadavre  de  son  père. 

1.  Frédéric  d'Aragon,  fils  de  Ferdinand,  succéda  en  1496  à  son 
neveu  Ferdinand  II  ;  il  fut  créé  duc  d'Anjou  par  Louis  XU  en  1501 
et  mourut  à  Tours  en  1504. 

2.  Aliénor  de  Baux,  de  l'illustre  famille  provençale  de  ce  nom, 
établie  à  Naples  avec  les  princes  de  la  maison  d'Anjou  ;  elle  était 
ducheese  d*Altamura,  et  fit  son  mari  héritier  des  nombreuses 
terres  qu'elle  possédait  en  Fouille. 

3.  Venosa,  ville  de  la  Basilicate.  Canosa  de  Puglia,  Minervino 


88  HISTOIRE  DE  BAYART 

Loys  Xn*  d'envoyer  reconquester  sondit  royaulme  de 
Naples  y  et  y  cuydoit  bien  aller  ledit  seigneur  de  Ligny, 
mais  par  deux  fois  luy  fut  le  voyage  rompu,  dont  au- 
cuns voulurent  dire  que  de  dueil  il  en  mourut.  Si  y  fiit 
envoyé  pour  lieutenant  générd  le  seigneur  d'Aubigny, 
ung  très  gentil  et  vertueux  cappitaine,  très  bien  aoeom- 
paigné  de  gens  de  cheval  et  de  pied,  entre  lesquelles* 
estoit  celle  du  seigneur  de  Ligny,  que  mena  et  oonduyt 
son  bon  lieutenant,  le  cappitaine  Loys  d'Ars.  Or  n'avoit 
garde  de  demourer  le  bon  chevalier  derrière,  ains 
demanda  congé  à  son  bon  seigneur  de  maistre,  qui  à 
grant  regret  le  luy  donna,  car  desjà  Tavoit  pris  en 
grant  amour,  et  depuis  ne  se  veirent  Tung  Tautre. 
Ainsi  marcha  ce  vaillant  cappitaine  le  seigneur  d'Au- 
bigny  droit  audit  royaulme,  où  il  fist  si  bonne  dili- 
gence, et  trouva  domp  Fédéric  si  peu  de  secours  et 
d'amytié  parmy  ses  hommes,  qu'il  fut  contrainct  ha- 
bandonner  le  royaulme,  et  fist  quelque  composition 
avecques  icelluy  seigneur  d'Aubigny,  qui  l'envoya, 
avecques  sa  femme  et  enfans,  en  France,  où  il  fiit 
receu  très  bien  du  roy,  et  luy  fut  baillé  la  duché 
d'Anjou  et  d'autres  terres,  suyvant  la  composition 
faicte,  et  dont  il  a  jouy  jusques  à  sa  mort.  Depuis  sa 
femme  ne  fut  pas  trop  bien  traictée,  dont  il  me  semble 
que  ce  fut  mal  fait ,  et  pour  une  femme  de  roy  a  esté 
depuis  veue  en  grande  nécessité^.  Le  royaulme  de 


Murge^  villes  de  la  Torro  de  Bari.  Bisegna,  tiUe  de  l'Abruzze  Ulté- 
rieure. 

1 .  Entre  lesquelles  compagnies. 

2.  Isabelle-Ëléonore  de  Baux,  femme  de  Frédéric,  était  fille  de 
Pierre  de  Baux,  prince  d'Altamura,  et  de  Marie  de  Baux.  Après 
la  mort  de  son  mari  elle  se  retira  à  la  cour  de  Perrare. 


PAR   LE  LOYAL  SERVITEUR.  89 

Naples  pris  par  ce  seigneur  d'Aubigny,  assist  ses  gar- 
nisons par  compaignies ,  et  fut  celle  du  seignmu*  de 
Ligny  mise  sur  ses  terres,  dont  le  cappitaine  Loys 
d'Ârs  baiUa  le  gouvernement  d'aucunes  au  bon  che- 
valier, qui  en  fist  très  bien  son  devoir.  Et  furent 
quelque  temps  en  paix  le  roy  d'Arragon  qui  y  préten- 
doit  quelque  droit  et  le  roy  de  France  qui  luy  en  avoit 
laissé  quelque  porcion ,  et  fut  icelle  paix  criée  l'année 
mesmes  à  Lyon  entre  France,  Espaigne  et  le  roy  des 
Romains,  par  le  moyen  de  l'archeduc  d'Autriche,  qui 
avoit  à  fenmie  l'aisnée  fille  d'Espaigne  ^ ,  et  avecques 
elle  en  retournoit  ;  passa  par  Lyon  et  alla  veoir  sa  seur, 
alors  duchesse  de  Savoye.  Mais  ce  fut  une  paix  four- 
rée, car  en  ce  mesme  instant  le  roy  d'Aragon  envoya 
grosse  puissance  à  Gonssalle  Ferrande^,  estant  audit 
royauhne,  par  l'intelligence  du  pape  Alexandre,  qui 
reprist  la  ville  de  Naples;  et  lapluspart  dudit royaulme 
fut  révolté.  Ledit  seigneur  d'Aubigny  y  fîst  ce  qu'il 
peut,  mais  enfin  fut  contrainct  de  se  retirer  en  la 
Fouille.  Je  ne  suis  pas  délibéré  de  traicter  autrement 
de  ce  qui  advint  oudit  royaulme  de  Naples  durant  deux 
ou  trois  ans,  ne  des  batailles  de  la  Sezignolle^,  de  Joye, 

i.  Philippe,  archiduc  d'Autriche,  fils  de  l'empereur  Maximilien, 
mari  de  Jeamie  la  Folle,  reine  de  Gastille,  père  de  Charles- 
Quint.  Marguerite  d^\ùtriche  sa  sœur  avait  épousé  Philibert  II  le 
Beau,  duc  de  Savoie. 

2ii  Femandes  donsales  de  Gordova,  duc  de  Terra-Nova,  prince 
de  Vernosa,  surnommé  le  Grand  Gapitaine,  mort  à  Grenade  en 
1515,  à  Tàge  de  74  ans  ;  il  était  fils  de  Pierre  Fernandez  de  Gor- 
dova, seigneur  d'Aguilar,  et  d'Elvire  de  Herrera. 

3.  Le  premier  combat  de  Cerignole  eut  lieu  au  mois  de  juillet 
1502,  et  précéda  le  siège  et  la  prise  de  Ganosa.  Une  seconde 
bataille,  dont  Tissue  fut  fatale  aux  Français,  s'y  livra  encore  le 
28  avril  1503. 


90  HISTOIRE  DE  BAYART 

du  GarillanS  et  plusieurs  autres,  dont  en  aucunes 
gaignèrent  les  François  et  en  autres  perdirent,  car  il 
est  assez  escript  ailleurs  ;  combien  que  au  derrenier^, 
ne  sçay  si  ce  fut  par  faulte  d'ordre  ou  de  bien  com- 
batre,  les  François  en  furent  chassez  de  tous  pointz 
Tan  mil  cinq  cens  et  quatre^,  et  depuis  n'y  retour- 
nèrent. Je  ne  sçay  si  tel  estoit  le  vouloir  de  Dieu,  mais 
sans  difficulté  celluy  qui  les  en  chassa  ne  celluy  qui 
le  tient  à  présent  n'y  ont  aucun  droit  sinon  par  la  force, 
qui  est  le  poinct  où  tous  princes  taschent  enfin  de 
venir.  Je  veulx  seullement  parler  des  fortunes  qui 
advindrent  au  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  re- 
prouche  durant  la  guerre  guerroyable*  que  eurent 
ensemble  François  et  Espaignolz.  Et  premier  vous 
diray  d'une  fortune  qui  luy  advint. 


CHAPITRE  XIX. 

Comment  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouehe 
sortit  de  sa  garnison  de  Monervyne;  comment  il 
trouva  Espaignolz  sur  les  champs,  et  ce  qu'il  en 
advint. 

Estant  le  bon  chevalier  en  une  garnison  où  le  vail- 

1.  Gioi,  ville  de  la  Terre  de  Bari;  an  combat  y  eut  lieu  le 
21  avril  1503.  La  bataille  de  Garigliano,  si  désastreuse  pour  les 
Français,  fut  livrée  le  27  décembre  1503. 

2.  Au  derrenier,  enfin,  à  la  fin. 

3.  Il  y  a  dans  l'édition  originale  :  1524  ;  c'est  évidemment  une 
erreur,  car  ce  fut  en  1504  que  les  Français  perdirent  définitive- 
ment le  royaume  de  Naples. 

4 .  Guerre  guerroyable,  grande  guerre. 


PAR  LE   LOYAL   SERVITEUR.  91 

lant  cappitaine  Loys  d'Ârs  Favoit  logé,  qui  s'appelloit 
Monervyne,  avecques  aucuns  de  ses  compaignons , 
ennuyé  d'estre  si  longuement  en  caige  sans  aller 
veoir  les  champs,  leur  dist  ung  soir  :  c  Messei- 
gneurs,  il  me  semble  que  nous  cropissons  trop  en  ce 
lieu  sans  aller  veoir  noz  ennemys  ;  il  en  pourroit,  de 
trop  demourer,  advenir  deux  inconvéniens  ;  Tung  que, 
par  faulte  d'exercer  les  armes  souvent ,  deviendrions 
tous  efféminez ,  l'autre  que  à  noz  ennemys  le  cueur 
pourroit  croistre,  prisant  entre  eulx  que  pour  la 
crainte  qu'en  avons  n'osons  partir  de  nostre  fort. 
Parquoy  je  suis  délibéré  d'aller  demain  faire  une 
course  entre  cy  et  André  ou  Barlete*.  Peult-estre 
aussi  que  nous  trouverrons  de  leur  costé  coureurs,  ce 
que  je  désireroys  à  merveilles,  car  nous  nous  pourrons 
mesler  ensemble,  et  à  qui  Dieu  en  donnera  l'honneur 
si  l'emporte.  »  A  ces  paroUes  n'y  eut  celluy  qui  res- 
pondit  autrement  que  à  sa  voulenté.  Si  firent  le  soir 
ceulx  qui  dévoient  estre  de  la  course  regarder  si  riens 
ne  failloit  à  leurs  chevaulx,  et  se  misrent  en  ordre 
comme  pour  achever  ce  qu'ilz  avoient  entrepris.  Si  se 
levèrent  assez  matin,  et  se  misrent  aux  champs  environ 
trente  chevaulx,  tous  jeunes  gentilzhommes ,  et  bien 
délibérez  chevauchèrent  vers  les  garnisons  de  leurs 
ennemys ,  espérans  d'avoir  quelque  bonne  ren- 
contre. 

Le  jour  mesmes,  estoit  sorty  de  la  ville  d'André,  pour 
pareillement  courir  sur  les  François,  ung  gentilhomme 
espaignol,  parent  prochain  du  grant  cappitaine  Gons- 
salle  Ferrande,  qui  s'appelloit  domp  Alonce  de  Soto- 

i.  Andria  et  Barletta,  Tilles  de  la  Terre  de  Bari. 


92  HISTOIRE  DE  BAYART 

Maiore  ^ ,  ung  fort  gentil  chevalier  et  expert  aux  armes, 
qui  en  sa  compaignie  avoit  quarante  ou  cinquante  che- 
vaulx  d'Espaigne,  sur  lesquelz  estoient  gentilzhommes 
tous  esleuz^  aux  arnies«^  telle  fiit  la  fortune  des  deux 
cappitaincs,  que  au  ^descendre  d*ung  tertre  se  vont 
veoir  les  ungs  les  autres  environ  la  portée  d'ung 
canon.  Je  ne  vous  scauroye  dire  lequel  fut  le  plus 
joyeux ,  mesmement  quant  ilz  apperceurent  que  leur 
puissance  estoit  pareille.  Si  commença  le  bon  cheva- 
lier, après  ce  qu'il  eut  au  vray  apperceu  les  croix  rouges, 
parler  à  ses  gens,  ausquelz  il  dist  :  c  Mes  amys,  au 
combat  sommes  venuz  ;  je  vous  prie  que  chascun  ait 
son  hmneur  pour  recommandé,  et  si  vous  ne  me 
voyez  faire  aujourd'huy  mon  debvoir,  réputez-moy 
lasche  et  meschant  toute  ma  vie.  »  Tous  respondirent  : 
c  Allons,  cappitaine,  donnons  dedans,  n'attendons 
pas  qu'ilz  ayent  l'honneur  de  commencer^.  »  Alors 

1 .  La  renommée  de  Bayart  date  véritablement  de  l'aventu^ 
qui  va  suivre  et  de  son  duel  avec  Soto-Mayor,  qui  en  fut  la  con- 
séquence. La  plupart  des  historiens  du  xvi«  siècle  ont  parlé  de  ce 
duel  célèbre,  nous  citerons  parmi  eux  Aymar  du  Rivail  (Histoire 
des  Allobroges,  p.  543),  Paul  Jove  (Vie  de  Gonzales  de  Cordoue,  t.  Il, 
p.  215),  Arnaud  Ferron  {De  rébus  gestis  Francorum^  1.  ni,  p.  46), 
8.  Ghampier  (Les  gestes  du  preux  chevalier  Bayard,  fol.  zv  à  xx),  etc. 
Alonzo  de  Soto-Mayor,  &f  de  Soto-Mayor,  était  fils  de  Pedro 
Alvarez  de  Soto-Mayor  et  de  Thérèse  de  Tabora. 

2.  Esleuz,  gens  d'élite. 

3.  f  Or  advint  une  foys  que  le  noble  seigneur  de  Bayard,  qui 
estoit  alors  capitaine  d'une  forte  place,  en  faisant  la  guerre  guei^ 
royable  sortit  du  chasteau  bien  accompaigné  de  ses  gens,  si  ran- 
contra  une  moult  belle  compaignie  d'Espaignolz  bien  armés  et 
acoustrés  et  en  plus  grant  nombre  beaucopt  que  ledict  seigneur 
de  Bayard,  dont  les  Francoys  furent  moult  esbahys.  Mays  le  sei- 
gneur de  Bayard  qui  estoit  jeune  et  grant  en  cœur,  en  couraige, 
eslevé  en  l'honneur  et  qui  eust  mieulx  aymé  mourir  que  de  faire 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  93 

baissèrent  la  veue,  et  en  criant  :  France  l  France  I 
se  mettent  au  grant  galop  pour  charger  leurs  ennemys , 
lesquelz  d^une  asseurée  et  fière  contenance,  à  course 
de  cheval,  criant  :  Espaigne  !  SanU-Yago  /  à  la  pointe 
de  leur  lances  gaillardement  les  receurent.  Et  en  cette 
première  rencoMre  en  furent  portez  par  terre  de  tous 
les  deux  costes^-  qin  forent  relevez  par  leurs  compai- 
gnons  à  bien  gruit  peine.  Le  combat  dura  une  bonne 
demye  heure  qu'on  n'eust  sceu  juger  qui  avoit  du  meil- 
leur, et  conmie  chascun  en  désiroit  Tyssue  à  sa  gloire, 
se  livrèrent  les  ungs  aux  autres,  comme  s'ilz  feussent 
tous  fraiz,  un  très  périlleux  assault.  Mais,  comme  chas- 
cun peult  assez  entendre,  en  telles  choses  est  de  néces- 
sité que  Tung  ou  l'autre  demeure  vaincqueur  ;  si  advint 
si  bien  au  bon  chevaUer ,  avecques  la  grant  peine  qu'il 
y  mist  et  le  courage  qu'il  donnoit  à  ces  gens,  qu'en  ce 
derrenier  assault  rompit  les  Espaignolz,  et  y  demoura 
sur  le  champ,  de  mors,  jusque  au  nombre  de  sept  et 
bien  autant  de  prisonniers  ;  le  reste  se  mist  à  la  fuyte, 
desquelz  estoit  ledit  cappitaine  domp  Alonce,  mais  de 
près  poursuivy  par  le  bon  chevalier,  qui  souvent  luy 
escrioit  :  c  Tourne,  homme  d'armes  !  grant  honte  te 
sera  mourir  en  fuyant.  »  Voulut  plustosteslirehonneste 

aalcune  chose  dont  déshonnear  luy  fiist  advenu  ny  de  foGyr, 
accompaigné  seulement  de  ses  gens,  fist  tant  qu'il  s'aproucha  des 
Espaignolz  et  au  premier  qu'il  rancontre  demanda  qui  estoit  le 
capitaine  qui  les  menoit.  Alors  respondit  ung  :  c  Nostre  capitaine 
c'est  le  seigneur  don  Alonce  de  Soto-Maiore,  seigneur  moult 
extimé  en  Espaigne  et  d'une  noble  maison  après  les  princes  plus 
extimé,  homme  de  grant  cueur  et  faconde,  hardy  et  preulx  aulx 
armes  qui  ne  treuve  guières  hommes  à  qui  il  ne  combate,  s'ilz  sont 
nobles  et  de  maison  à  luy  semblable.  »  Alors  respondit  le  seigneur 
de  Bayard  :  c  Certes  j'ay  trouvé  ce  que  je  queroye.  »  (Ghampier, 

f.  XV.) 


94  HISTOIRE  DE  BAYART 

mort  que  honteuse  fuyte  et  comme  ung  lyon  eschaufiSè, 
se  retourna  contre  le  dit  bon  chevalier  auquel  il  livra 
aspre  assault ,  car,  sans  eulx  reposer,  se  donnèrent 
cinquante  coups  d'espée.  Cependant  fuy oient  tousjours 
les  autres  Espaignolz,  qui  avoient  habandonné  leur 
cappitaine  et  laissé  seul  ;  ce  néantmoins  gaillardement 
se  combattoit,  et  si  tous  les  siens  eussent  fait  comme 
lui,  je  ne  sçay  qui  enfin  eust  eu  du  meilleur.  Bref, 
après  avoir  longuement  combatu  par  les  deux  cappî- 
taines,  le  cheval  de  domp  Alonce  se  recreut^  et  ne 
vouloit  tirer  avant.  Quoy  voyant  par  icelluy  bon  che- 
valier, dist  ces  parolles  :  c  Rendz-toy,  homme  d'armes, 
ou  tu  es  mort.  — A  qui,  respondit-il,  me  rendray-je? 
—  Au  cappitaine  Bayart,  dist  le  bon  chevalier^.  » 
Alors  domp  Alonce,  qui  desjà  avoit  ouy  parler  de  ses 
faictz  vertueux,  aussi  qu'il  cognoissoit  bien  ne  pouvoir 
eschapper,  pour  estre  de  toutes  pars  enclos,  se  rendit 
et  luy  bailla  son  espée  qui  fut  receue  à  grant  joye. 
Puis  ce  misrent  les  compaignons  au  retour  vers  leur 
garnison,  joyeulx  de  la  bonne  fortune  que  Dieu  leur 
avoit  ce  jour  donnée ,  car  ilz  n'y  perdirent  ung  seul 

1.  5e  recreut^  fut  fourbu,  harassé. 

2.  «  A  rheure  que  le  soleil  retiroit  ses  raiz  et  tournoit  en  son 
occident  Bayard  voulut  expédier  le  combat.  Les  gens  de  tous 
coustez  (fors  les  capitaines  qui  estoient  tous  deux  hardis  et 
chevalereubc)  ce  lassèrent  de  férir,  car  longuement  ilz  avoient 
combatu.  Alors  le  noble  Bayart  s^esvertua  en  telle  façon  que 
en  frappant  sur  l'ung  et  sur  Taultre  il  efifundra  aulx  ungs  les 
haulmes  et  la  teste  aux  aultres,  et  il  donna  mainctz  grans  couptz 
sur  leurs  corps  ;  finablement  il  les  abatist  et  fouldroya  tous  réservé 
don  Alonce  le  capitaine,  qui  voyant  la  desconfiture  de  ses  gens, 
car  si  ses  gens  eussent  combatu  comme  luy  le  combat  enst  esté 
merveilleux  d'ung  cousté  et  d'aultre,  commençast  à  cryer  : 
a  Capitaine  Bayard,  je  veulx  parlementer.  »  (Ghampier,  f.  xvj.) 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  95 

homme.  Bien  y  en  fut  blessé  cinq  ou  six  et  deux  che- 
vaulx  tuez ,  mais  ilz  avoient  des  prisonniers  pour  les 
récompensera  Eulx  arrivez  à  la  garnison,  le  bon  che- 
valier, filz  adoptif  de  dame  Goui'toisie,  qui  desjà  par 
le  chemin  avoit  entendu  de  quelle  maison  estoit  le  sei- 
gneur domp  Alonce^  le  fîst  loger  en  une  des  belles 
diambres  du  chasteau,  et  luy  donna  une  de  ses  robes, 
en  lui  disant  ces  paroUes  :  c  Seigneur  domp  Alonce, 
je  suis  informé  par  les  autres  prisonniers  qui  sont 
céans  qui  voils  estes  de  bonne  et  grosse  maison,  et 
qui  mieulx  vault,  de  vostre  personne  grandement 
renonuné  en  prouesse,  parquoy  ne  suis  pas  délibéré 
vous  traicter  en  prisonnier,  et  si  vous  me  voulez  pro- 
mettre vostre  foy  de  ne  partir  de  ce  chasteau  sans  mon 
congé,  je  le  vous  bailleray  pour  toute  prison.  Il  est 
grant  ;  vous  vous  y  esbatrez  parmi  nous  autres  jusques 
à  ce  que  vous  ayez  composé  de  vostre  raençon  et  icelle 
payée  en  quoy  me  trouverrez  tout  gracieux  2.  —  Cap- 
pitaine,  respondit  domp  Âlonce,  je  vous  remercie  de 
vostre  courtoisie,  vous  asseurant  sur  ma  foy  ne  partir 
jamais  de  céans  sans  vostre  congé.  »  Mais  il  ne  tint 
pas  bien  sa  promesse,  dont  mal  luy  en  print  à  la  fm, 
conune  vous  orrez  ci-après  ;  toutefois  un  jour  comme 
ik  devisoient  ensemble,  composa  domp  Alonse  de 
sa  raençon  à  mil  escus. 


1.  Récompenser,  dédommager. 

2.  Id  accedit  ut  Petrus  Baiardus  tumultuaria  in  pugna  vulnerato 
AlphoDBO,  quem  alii  Âlonsom  vocant,  alii  Âldonsum  Soto-Maio- 
rem,  captom  abduceret,  neque  aliter  quam  gailos  commilitones 
apud  se  haberet,  ea  que  adhiberet  fovendis  vulneribus  qaae 
adhiberi  in  ea  rerum  penuria  posseot...  (Arn.  Ferrou,  1.  III, 
p.  45.) 


96  HISTOIRE   DE  BAYART 


CHAPITRE  XX. 

Comment  domp  Alonce  de  Soto-Maiore  se  voulut  desro- 
ber  par  le  m/)yen  d'ung  Albanoys  qui  le  garnit  d'ung 
cheval  ;  mais  il  fut  repris  sur  le  chemin  et  reserré 
en  plus  forte  prison. 

Quinze  ou  vingt  jours  fut  domp  Alonce  avecques  le  cap- 
pitaine  Bayart,  dit  le  bon  chevalier,  et  ses  compaignons, 
faisant  grant  chère,  allant  et  venant  par  tout  le  chasteau 
sans  ce  que  personne  luy  dist  riens,  car  il  estoit  sur 
sa  foy  qu'on  estimoit  qu'il  ne  romproit  jamais.  Il  en 
alla  autrement,  combien  que  de  luy,  ainsi  qu'il  dist 
après,  n'y  avoit  aucune  faulte ,  ains  s'excusoit  que, 
pour  ce  qu'il  ne  venoit  nulz  de  ses  gens  devers  luy, 
alloit  quérir  sa  raençon  luy-mêmes  pour  icelle  envoyer 
au  bon  chevaher,  qui  estoit  de  mil  escus.  Toutesfois 
le  cas  fut  tel.  Domp  Alonce,  allant  et  venant  par  le  chas- 
teau, se  fascha,  et  ung  jour,  devisant  avecques  ung 
Albanoys  qui  estoit  de  la  garnison  du  chasteau,  luy 
dist  :  c  Vien-çà,  Théode!  si  tu  me  veubc  faire  ung  bon 
tour,  tu  me  le  feras  bien ,  et  je  te  prometz  ma  foy, 
que  tant  que  je  vivray  n'auras  faulte  de  biens.  Il 
m' ennuyé  d'estre  icy,  et  encores  plus  que  je  n'ay  nou- 
velles de  mes  gens  ;  si  tu  veulx  faire  provision  d'ung 
cheval  pour  moy,  considère  que  je  ne  suis  en  ceste 
place  aucunenient  gardé,  je  me  sauveray  bien  demain 
matin.  Il  n'y  a  que  quinze  ou  vingt  mille  jusque  à  la 
garnison  de  mes  gens ,  j'auray  fait  cela  en  quatre  heu- 
res, et  tu  viendras  avecques  moy  ;  je  te  feray  fort 


PAR   LE  LOYAL   SERVITEUR.  97 

bien  appoincter,  et  si  te  donneray  cinquante  ducatz.  » 
L'Albanoys,  qui  fut  avaricieux,  le  promist,  combien 
qu'il  luy  dist  devant  :  c  Seigneur,  j'ai  entendu  que 
vous  estes  sur  vostre  foy  par  ce  chasteau,  nostre  cap- 
pitaine  vous  en  feroit  querelle.  —  Je  ne  veulz  pas 
rompre  ma  foy,  dist  domp  Alonce  ;  il  m'a  mis  à  mil 
ducatz  de  rançon,  je  les  luy  envoyeray;  je  ne  suis 
obligé  à  autre  chose.  —  Bien  doncques,  dist  Théode 
l'Albanoys,  il  n'y  aura  point  de  faulte  que  demain,  au 
point  du  jour,  je  ne  soye  à  cheval  à  la  porte  du  chas- 
teau  quand  elle  ouvrera  ;  faictes  semblant  de  venir  à 
l'esbat,  et  vous  trouverrez  le  vostre.  i  Cela  fut  accordé 
entre  eulx  et  exécuté  le  lendemain  ;  car  ainsi  qu'il  fut 
proposé,  se  trouvèrent  si  bien  à  point  que,  sans  ce  que 
le  portier  s'en  donnast  autrement  garde,  pour  ce  que 
desjà  estoit  adverty  qu'il  estoit  sur  sa  foy,  parquoy  le 
laissoit  aller  et  venir,  domp  Alonce  monta  à  cheval  et 
s'en  alla  tant  qu'il  peut.  Ne  demoura  guères  que  le 
bon  chevalier,  qui  estoit  vigillant,  vint  en.  la  basse 
court  du  chasteau  et  demanda  où  estoit  son  prisonnier, 
car  tous  les  matins  se  desduysoit  avecques  luy  ;  mais 
personne  ne  luy  peut  enseigner.  Si  fut  esbahy,  et 
vint  au  portier,  auquel  il  demanda  s'il  l'avoit  point 
veu.  Il  dist  que  ouy,  dès  le  point  du  jour  et  près  de 
la  porte.  La  guète  sonna  pour  sçavoir  où  il  estoit,  mais 
il  ne  fut  point  trouvé,  ne  aussi  ledit  Théode,  albanoys. 
Qui  fut  bien  marry  ?  ce  fut  le  bon  chevalier.  Si  com- 
manda à  ung  de  ses  souldars  nommé  le  Basco  ^  et  luy 
dist  :  c  A  coup,  montez  à  diligence  à  cheval,  vous 
dixiesme,    et  picquez  droit   vers   André,    veoir   si 

i .  Pierre  de  Tardes,  sumommé  le  Basque. 


98  HISTOIRE  DE  BAYART 

trouverez  nostre  prisonnier,  et  si  le  trouvez,  falotes 
qu'il  soit  ramené  mort  ou  vif.  Et  si  ce  mesebant  Âlba- 
noys  est  empoigné,  qu'il  soit  ramené  aussi,  car  il  sera 
pendu  aux  créneaulx  de  céans,  pour  exemple  de  ceulx 
qui  vouldroient  ung  autre  fois  faire  le  lasche  tour  qu'il 
a  fait.  »  Le  Basque  ne  fist  autre  délay ,  mais  incontinent 
monta  à  cheval,  et  à  pointe  d'esperon,  sans  regarder 
qui  alloit  après  luy,  combien  qu'il  fut  très  bien  suyvy, 
prist  son  chemin  vers  André,  où  à  environ  deux  milles 
trouva  domp  Alonce  descendu,  qui  habilloit  les  san- 
gles de  son  cheval,   qui  estoient  rompues;   lequel, 
quand   il   apperceut  qu'il  estoit   poursuivy,    cuyda 
remonter,  mais  il  ne  peut.  Si  fut  actainct,  repris  et 
remonté.  Théode  ne  fut  pas  si  fol  de  se  laisser  prendre, 
car  il  sçavoit  bien  qu'il  y  alloit  de  la  vie,  si  se  sauva 
dedans  André,  et  domp  Alonce  ramené  à  Monervyne, 
où  quant  le  seigneur  bon  chevalier  le  veit,  luy  dist  : 
c  Hé  !  coimnent,  seigneur  domp  Alonce ,  vous  m'avez 
promis  vostre  foy  ne  partir  de  céans  sans  mon  congé, 
et  vous  avez  fait  le  contraire?  Je  ne  me  fieray  plus  en 
vous,  car  ce  n'est  pas  honnestement  fait  en  gentil- 
homme de  se  desrober  d'une  place  quant  on  y  est  sur 
sa  foy.  »  Domp  Alonce  respondit  :  <  Je  n'estois  pas 
délibéré  en  riens  vous  faire  tort.  Vous  m'avez  mis  à 
mil  escus  de  rançon,  dedans  deux  jours  les  vous  eusse 
envoyez ,  et  ce  qui  m'en  a  fait  partir  a  esté  de  desplai- 
sir que  j'ay  pris  pour  n'avoir  aucunes  nouveUes  de 
mes  gens.  »  Le  bon  chevalier,  qui  estoit  encores  tout 
courroucé,  ne  prist  pas  ses  excuses  en  payement,  ainsle 
fist  mener  en  une  tour  et  en  icelle  le  tint  quinzejours,  sans 
toutesfois  le  mettre  en  fers  ne  faire  autre  injure,  ains 
de  son  boire  et  manger  estoit  si  bien  traicté  que  par 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  99 

raison  s'en  povoit  bien  contenter.  Au  bout  de  quinze 
jours  vint  une  trompette  demander  sauf-conduyt  pour 
ung  de  ses  gens,  qui  luy  vouloit  apporter  l'argent  de 
sa  rançon.  Il  fut  baillé,  et  par  ainsi  Tarant  apporté 
deux  jours  après,  parquoy  le  seigneur  domp  Alonce 
fut  de  tout  pointz  délivré.  Si  print  congé  du  bon  che- 
valier et  de  toute  la  compaignie  assez  honnestement, 
puis  s'en  retourna  à  André  ;  mais  devant  son  parte- 
ment  il  veit  comment  icelluy  bon  chevalier  donna 
entièrement  l'argent  de  sa  rançon  à  ses  souldars,  sans 
pour  luy  en  retenir  ung  seul  denier. 


CHAPITRE  XXI. 

Cûmment  le  seigneur  domp  Alonce  de  Soto-Maiore  se 
plaignit  à  tort  du  traietement  que  luy  avoit  fait  le 
bon  chevalier  y  dont  Hz  vindrent  au  combat. 

Quand  le  seigneur  domp  Alonce  fut  arrivé  à  André, 
de  tous  ses  compaignons  et  amys  eut  recueil  merveil- 
leux ;  car  à  dire  la  vérité,  il  n'y  avoit  homme  en  toute 
Tarmée  des  Espaignolz  plus  estimé  que  luy  ne  qui 
plus  désirast  les  armes.  Si  le  confortèrent  le  mieulx 
qu'ilz  peurent,  luy  remonstrant  qu'il  ne  se  devoit  point 
fascher  d'avoir  esté  prisonnier,  que  c'estoient  fortunes 
de  guerre  perdre  une  fois  et  gaigner  l'autre,  et  qu'il 
suffisoit  que  Dieu  l'eust  rendu  sain  et  sauf  parmy  ses 
amys.  Après  plusieurs  propos,  luy  fut  demandé  de  la 
façon  et  la  manière  de  vivre  du  bon  chevalier,  quel 
honmie  c'estoit,  et  comment  durant  sa  prison  il  avoit  esté 
traicté  avecques  luy.  A  quoy  respondit  domp  Alonce  : 


100  HISTOIRE  DE  BAYART 

c  Je  VOUS  prometz  ma  foy,  messeigneurs,  que,  quant  à 
la  personne  du  seigneur  de  Bayart,  je  ne  cuyde  point 
que  ou  monde  il  y  ait  ung  plus  hardy  gentilhomme  ne 
qui  moins  soit  oyseux  ^  ;  car  s'il  ne  va  à  la  guerre, 
sans  cesse  fait  quelque  chose  en  sa  place  avecques 
ses  souldars,  soit  à  luyter  ^,  saulter,  gecter  la  barre,  et 
tous  autres  honnestes  passe-temps,  que  sçavent  faire 
gentilzhommes  pour  eulx  exercer.  De  libéralité,  il 
n'est  point  son  pareil,  car  cela  ay-je  veu  en  plusieurs 
manières ,  mesmement  quant  il  receut  les  mil  ducatz 
de  ma  rançon,  devant  moy  les  départit  à  ses  souldars, 
et  n'en  retint  ung  seul  ducat.  Brief  à  vray  dire,  s'il 
vit  longuement,  il  est  pour  parvenir  à  haultes  choses. 
Mais  quant  à  ce  que  me  demandez  du  traictement 
qu'il  m'a  fait,  je  ne  m'en  sçauroye  trop  louer.  Je  ne 
sçay  si  ce  a  esté  de  son  conmiandement,  mais  ses 
gens  ne  m'ont  pas  traicté  en  gentilhomme,  ains  trop 
plus  rudement  qu'ilz  ne  dévoient ,  et  ne  m'en  conten- 
teray  de  ma  vie^.  »  Lesungs  s'esbahissoient  de  ses  pa- 
rolles,  considéré  l'honnesteté  que  l'on  disoit  estre  au 
bon  chevalier  ;  les  autres  disoient  qu'on  ne  trouve 
jamais  belle  prison  ;  aucuns  luy  en  donnoient  blasme. 


i.  Oyseux,  oisif. 

2.  Luyter,  lutter. 

3.  Ir  (Soto-Maior)  redditus  pristinae  valetudini  palam  Terraliom 
uti  inhumanum  et  vilem  habere,  dicta  factaque  ejus  elevare  ut 
plane  videretur  iliius  existimationi  et  dignitati  iliudere.  (Am. 
Ferron,].  lU,  p.  45.) 

Per  eos  dies  Baiardus  gallus,  hispanum  equitem  ex  nobili 
Sotomaiore  familia,  ad  singulare  certamen  provocarat,  quum  se 
Gallus  ab  Hispano  gravi  affectum  contumelia  quereretur  quo 
durius  ac  iiiiberaiius  quam  deceret  fuisset  custoditus.  (Paul  Jov., 
i.  U,  f.  215.) 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  101 

Et  furent  tant  avant  ces  parolles  que,  par  ung  prison- 
nier de  la  garnison  de  Monervyne  qui  retourna,  fut 
amplement  informé  le  bon  chevalier  comment  domp 
Alonce  se  plaignoit  oultrageusement  du  mauvais 
traictement  qu'il  disoit  luy  avoir  esté  fait,  et  en 
gectoit  grosses  parolles  peu  honnestes,  dont  il  s'esmer- 
veilla  grandement  ;  et  sur  l'heure  fîst  appeller  tous  ses 
gens,  ausquelz  il  dist  :  c  Messeigneurs ,  velà  domp 
Alonce  qui  se  plainct  parmy  les  Espaignolz  que  je  Tay 
si  meschamment  traicté  que  plus  n'eusse  peu.  Vous 
sçavez  tous  conmient  il  en  va;  il  m'est  advis  qu'on 
n'eust  sceu  mieulx  traicter  prisonnier  qu'on  a  fait  luy, 
devant  qu'il  s'efforçast  d'eschapper  ;  ne  depuis,  com- 
bien qu'il  ait  esté  plus  reserré,  ne  luy  a  l'on  fait  chose 
dont  il  se  doive  plaindre.  Et  sur  ma  foy  !  si  je  pensois 
qu'on  luy  eust  fait  tort,  je  le  vouldrois  amender  envers 
luy.  Parquoy,  je  vous  prie,  dicte^moy  si  vous  en  avez 
apperceu  quelque  chose  que  je  n'aye  point  entendu.  > 
  quoy  tous  respondirent  :  c  Gappitaine,  quant  sc'eust 
esté  le  plus  grant  prince  d'Espaigne,  vous  ne  l'eussiez 
sceu  mieulx  traicter,  et  fait  mal  et  péché  de  s'en 
plaindre  ;  mais  les  Espaignolz  font  tant  les  braves  et 
sont  si  plains  de  gloire  que  c'est  une  dyablerie.  —  Par 
ma  foy  !  dist  le  bon  chevalier,  je  luy  veulx  bien  escripre 
et  l'advertir,  combien  que  j'aye  la  fîebvre  quarte,  que, 
s'il  veult  dire  que  jel'aye  mal  traicté,  je  luy  prouveray 
le  contraire  par  le  combat  de  sa  personne  à  la  mienne, 
à  pied  ou  à  cheval,  ainsi  qu'il  luy  plaira.  »  Si  demanda 
incontinent  ung  clerc  et  escripvit  unes  lettres  en  ceste 
substance  :  c  Seigneur  Alonce,  j'ay  entendu  que,  après 
vostre  retour  de  ma  prison,  vous  estes  plainct  de  moy, 
et  avez  semé  parmy  voz  gens  que  je  ne  vous  ay  pas 


\0%  HISTOIRE   DE   BAYART 

traicté  en  gentilhomme.  Vous  sçavezbien  le  contraire; 
mais  pour  ce  que,  si  cela  estoit  vray,  me  seroit  gros 
déshonneur,  je  vous  ay  bien  voulu  escripre  ceste  lettre, 
par  laquelle  vous  prie  rabiller  autrement  voz  paroUes 
devant  ceulx  qui  les  ont  ouyes,  en  confessant,  comme 
la  raison  veult,  le  bon  et  honneste  traictement  que  je 
vous  ay  fait  ;  et  ce  faisant,  ferez  vostre  honneur  et 
rabillerez  le  mien,  lequel  contre  raison  avez  souUé*. 
Et  où  seriez  reff usant  de  le  faire,  je  vous  déclaire  que 
je  suis  délibéré  le  vous  faire  desdire  par  combat  mortel 
de  vostre  personne  à  la  mienne,  soit  à  pied  ou  à  che- 
val, ainsi  que  mieulx  vous  plairont  les  armes.  Et, 
adieu.  De  Monervyne,  ce  x®  juillet.  > 

Par  une  trompette  qui  estoit  au  vaillant  et  noble  sei- 
gneur de  la  Palisse,  qu'on  appelloit  la  Lune,  fut  envoyée 
ceste  lettre  à  ce  seigneur  domp  Alonce  dans  la  ville 
d'André  ;  laquelle,  quant  il  Teut  leue  sans  en  demander 
conseil  à  personne,  luy  fîst  responce  par  la  mesme  trom- 
pette, et  escripvit  unes  lettres  contenant  ces  motz  :  c  Sei- 
gneur de  Bayart,  j'ay  veu  vostre  lettre  que  ce  porteur 
m'a  baillée,  et  entre  autres  choses  dictes  dedans  icelle 
avoir  esté  par  ,moy  semé  parolles  devant  ceulx  de  ma 
nation  que  ne  m'avez  pas  traicté  en  gentilhonmie,  moy 
estant  vostre  prisonnier,  et  que,  ce-  ne  m'en  desdiz, 
estes  délibéré  de  me  combatre.  Je  vous  déclaire 
qu'oncques  ne  me  desdiz  de  chose  que  j'aye  dicte,  et 
n'estes  pas  homme  pour  m*en  faire  desdire  ;  parquoy 
du  combat  que  me  présentez  de  vous  à  moy  je  l'ac- 
cepte, entre  cy  et  douze  ou  quinze  jours,  à  deux  milles 


1.  Soullé^  souillé. 

2.  Ce,  si. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  103 

de  ceste  ville  d'André,  ou  ailleurs  que  bon  vous  sem- 
blera. »  La  Lune  donna  ceste  responce  au  bon  cheva- 
lier, qui  n'en  eust  pas  voulu  tenir  dix  mille  escus, 
quelque  maladie  qu'il  eust.  Si  luy  remanda  incontinent 
qu'il  acceptoit  le  combat,  sans  se  trouver  en  faulte  au 
jour  de  l'assignation  ^  La  chose  ainsi  promise  et  accor- 
dée, le  bon  chevalier  en  advertit  incontinent  le  seigneur 
de  la  Palisse,  qui  est  oit  homme  fort  expérimenté  en 
telles  choses  ;  et  le  prist  après  Dieu  pour  son  guidon, 
et  son  ancien  compaignon  Bellabre.  Si  commencea  à 
approcher  le  jour  du  combat  qui  fut  tel  que  vous 
orrez 2. 

i.  Ghampier  a  reproduit  au  fol.  xviij  de  son  ouvrage  une 
lettre  de  Soto-Mayor  à  Bayart  dont  il  prétend  avoir  trouvé  lui- 
même  Foriginal  dans  Taumônière  de  la  mère  du  bon  chevalier. 
Cette  lettre,  datée  du  26  novembre  1503,  est  écrite  en  très-mauvais 
espagnol  mêlé  d'italien,  et  à  peu  près  incompréhensible,  soit 
qu'elle  ait  été  mal  déchiffrée  par  Ghampier,  soit  que  Pierre  de 
Gordoue,  qui  la  signa  en  qualité  de  secrétaire  de  Soto-Mayor,  n'ait 
pas  su  mieux  faire.  Elle  parait  destinée  à  régler  les  conditions  du 
combat.  Bayart  y  répondit  par  la  lettre  suivante  également  repro- 
duite par  Ghampier  :  «  Seigneur  Alonce^  j'ay  veu  ce  que  m'avez 
escript  et  suis  contant  que  s'il  y  a  aulcun  François  ny  aultre  qui 
donne  empesche  à  vous,  que  je  soye  vostre  prisonnier  ;  aussi  en 
semblable,  si  les  vostres  me  donnent  empesche,  serez  mon  pri- 
sonnier, car  ne  veulx  que  défendre  mon  honneur  de  ce  que  dictes 
et  avez  publié  que  ne  vous  ay  pas  bien  traicté  quant  estiez  mon 
prisonnier,  ny  en  gentilhomme,  i  (Ghampier,  fol.  xix.) 

2.  a  Gognita  namque  causa  Gonsalvius  severe  hominem  increpavit 
jussitque  certaminis  aleam  subire  ut  animi  subagresti  ignominiam 
Marte  judice  diiueret.  i  Ces  paroles  de  Paul  Jove  (1.  U,  p.  215) 
semblent  indiquer  que  Soto-Mayor  avait  hésité  à  accepter  de 
vider  sa  querelle  avec  Bayart  en  champ  clos.  Ferron  prétend 
que  si  Soto-Mayor  ne  refusa  pas  le  combat,  c'est  qu'il  espérait  que 
Bayart,  atteint  d'un  violent  accès  de  fièvrOf  ne  pourrait  y  prendre 
part,  c  Denique  cum  acuta  febre  laborare  Baiardum  nosset  ad 
certamen  singulare  hominem  provocavit.  »  (L.  m,  p.  45.) 


104  HISTOIRE  DE  BAYART 


CHAPITRE  XXIL 

Comment  le  bon  chevalin  sans  paour  et  sans  reprouche 
cambatit  domp  Alonce  de  Soto-Maiore  et  le  vaincquit. 

Quant  se  vint  au  jour  assigné  du  combat,  le  seigneur 
de  la  Palisse  acompaigné  de  deux  cens  hommes  d'ar- 
mes, car  desjà  avoient  les  deux  combatans  cest  accord 
Tung  à  l'autre ,  amena  son  champion  sur  le  camp, 
monté  sur  ung  fort  bel  et  bon  coursier ,  et  vestu  tout 
de  blanc  par  humiUté  ;  encores  n'estoit  point  venu  le 
seigneur  Alonce.  Si  alla  la  Lune  le  haster,  auquel  il 
demanda  en  quel  estât  estoit  le  seigneur  de  Bayart.  Il 
respondit  qu'il  estoit  à  cheval  en  habillement  d'homme 
d'armes,  c  Gomment!  dist-il,  c'est  à  moy  à  eslire  les 
armes  età  luy  le  camp.  Trompette,  va  luy  dire  que  je 
veulx  combatre  à  pied'.  >  Or,  quelque  hardiesse  que 
monstrast  le  seigneur  Alonce,  il  eust  bien  voulu  n'en 
estre  pas  venu  si  avant,  car  jamais  n'eust  pensé,  veu 
la  maladie  qu'avoit  alors  le  bon  chevalier,  il  eust  jamais 
voulu  combatre  à  pied;  mais  quant  il  veit  que  desjà 
estoient  les  choses  prestes  à  vuyder,  s'advisa  d'y 
combatre  pour  beaucoup  de  raisons  :  l'une,  que  à 

i.  AlphoQsus  qui  equitatu  validam  Baiardum  sciret  pedestrem 
pugnam  maluerat.  (Ferron,  loc.  cit.) 

Ledict  Espaignol  sçachant  celuy  François  estre  à  cheval  i'ung 
des  plus  adroits  qu'on  sceust,  ne  le  voulut  combatre  autrement 
que  à  piedy  armé  de  toutes  pièces,  réservé  d'armet  et  de  banière, 
à  visaige  descouvert  avec  Testoc  et  le  poignart,  dont  luy  envoya 
deux  estocs  et  deux  poignarts  pour  choisir  et  prendre  le  meilleur. 
(Jean  d'Anton,  ffist.  du  roi  Louis  XII,  1620.  T.  H,  p.  150.) 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  105 

cheval  en  tout  le  monde  on  n'eust  sceu  trouver  ung 
plus  adroit  gentilhomme  que  le  bon  chevalier;  l'autre, 
que,  pour  la  maladie  qu'il  avoit,  en  seroit  beaucoup 
plus  foible;  et  cela  le  mettoit  en  grant  espoir  de 
demourer  vaincqueur.  La  Lune  vint  vers  le  bon  che- 
valier, auquel  il  dist  :  c  Gappitaine,  il  y  a  bien  des 
nouvelles  ;  vostre  homme  dit  à  ceste  heure  qu'il  veult 
combatre  à  pied  et  qu'il  doit  éslire  les  armes.  »  Aussi 
estoit-il  vray;  mais  toutesfois  avoit  desjà  esté  aupa- 
ravant conclud  que  le  combat  se  feroit  à  cheval,  en 
acoustrement  d'homme  d'armes  ;  mais  par  là  sembloit 
advis  que  le  seigneur  domp  Alonce  voulsist  fiiyr  la 
lice.  Quant  icelluy  bon  chevalier  eut  escousté  la  trom- 
pette, demoura  pensif  ung  bien  peu,  carlejourmesmes 
avoit  eu  sa  fiebvre;  néantmoins  d'ung  courage  lyonic- 
que  ^  respondit  :  c  La  Lune,  mon  amy,  allez  le  haster  ; 
et  luy  dictes  qu'il  ne  demourera  pas  pour  cela  que 
aujourd'huy  ne  répare  mon  honneur,  aydant  Dieu  ;  et 
si  le  combat  ne  luy  plaist  à  pied,  je  le  feray  tout  ainsi 
qu'il  advisera.  »  Si  fîst  cependant  le  bon  chevalier 
dresser  son  camp,  qui  ne  fut  que  de  pierres  grosses 
mises  l'une  près  de  l'autre ,  et  s'en  vint  mettre  à  l'ung 
des  boutz,  acompaigné  de  plusieurs  bons,  hardis  et 
vaillans  cappitaines,  comme  les  seigneurs  de  la  Palisse, 
d'Oroze,  d'Ymbercourt,  de  Fontrailles,  le  baron  de 
Béam^  et  plusieurs  autres,   lesquelz  tous  pryoient 

1.  Lyonicque^  de  lion. 

2.  François  d'Urfé,  s'd'Orose,  fils  de  Jean  d'Urfé,  s'  de  Roche- 
pot,  et  dlsabeau  de  Langeac. 

Adrien  de  Brimeu,  s'  d'Humbercourt. 

Mighel  d'Astarac,  baron  de  Fontrailles. 

'Ffençois  de  Béam,  baron  de  Miossens,  sénéchal  de  Marsan,  fils 
de  Pierre  de  Béarn  et  de  Madeleine  de  France.  Il  épousa  Cathe- 
rine de  Béam. 


106  HISTOIRE  DE  BAYART 

Nostre-Seigneur  qu'il  voulsist  estre  en  ayde  à  leur 
champion.  Quant  La  Lune  fut  retourné  devers  le  sei- 
gneur Alonce  et  qu'il  congneut  que  plus  n'y  avoit  de 
remède  que  pour  son  honneur  ne  viensist  au  combat, 
s'en  vint  très  bien  acompaigné,  conmie  du  marquis  de 
Licite,  de  domp  Diège  de  QuynonesS  lieutenant  du 
grant  cappitaine  Gonssalle  Ferrande ,  domp  Pedro  de 
Haldes,  domp  Francesque  d'Altemeze,  et  plusieurs 
autres  qui  l'acompaignèrent  jusque  sur  camp,  où,  luy 
arrivé,  envoya  les  armes  au  bon  chevalier  pour  en 
atoir  le  choix ,  qui  estoient  d'ung  estoc  et  d'ung  poi- 
gnart,  eulx  armez  de  gorgerin  et  secrète  ^  :  il  ne 
s'amusà  point  à  choisir,  mais  quant  il  eut  ce  qui  luy 
falloit.  De  fist  autre  dilation ,  ains  par  ung  des  boutz 
fut  mis  dedans  le  camp  par  son  compaignon  Bellabre 
qu'il  print  pour  son  parrain,  et  le  seigneur  de  la  Palisse 
pour  la  garde  du  camp  de  son  costé.  Le  seigneur  domp 
Alonce  entra  par  l'autre  bout ,  où  le  mist  son  parrain 
domp  Diego  de  Quynones,  et  pour  la  garde  du  camp 
de  sa  part  fut  domp  Francesque  d'Altemeze.  Quant 
tous  deux  furent  entrez,  le  bon  chevalier  se  mist  à 
deux  genoulx  et  fist  son  oraison  à  Dieu,  puis  se  cou- 
cha de  son  long  et  baisa  la  terre,  et  en  se  relevant  fîst 
le  signe  de  la  croix ,  marchant  droit  à  son  ennemy , 
aussi  asseuré  que  s'il  eust  esté  en  ung  palais  à  dancer 
parmy  les  dames.  Domp  Alonce  ne  monstroit  pas  aussi 
qu'il  feust  de  riens  espoventé  :  ains  venant  de  droit 
fil  au  bon  chevalier  luy  dist  ces  parolles  :  c  Seignor 


1.  Diego  de  Quifiones,  fils  d^ Antoine  de  Quiiiones  et  de  Cathe- 
rine Azevedo;  d'abord  lieutenant  de  César  Borgia,  il  le  divint 
ensuite  de  Gronsalve  de  Gordoue. 

2.  Secrète^  casque  sans  yisiëre  ou  calotte  de  fer. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  107 

de  Bayardo^  que  me  quérezf  ^  »  Lequel  en  son  langaige 
respondit  :  c  Je  veulx  deffendre  mon  honneur.  »  Et 
sans  plus  de  parolles  se  vont  approcher.  Et  de  venue 
se  ruèrent  chascun  ung  merveilleux  coup  d'estoc,  dont 
de  celluy  du  bon  chevalier  fut  ung  peu  blessé  le 
seigneur  Alonce  au  visaige  en  coulant.  Croyez  que  tous 
deux  avoient  bon  pied  et  bon  œil,  et  ne  vouloient  ruer 
coup  qui  feust  perdu.  Si  jamais  feurent  veuz  en  camp 
deux  champions  mieulx  semblans  preudhommes, 
croyez  que  non.  Plusieurs  coups  se  ruèrent  l'ung  sur 
l'autre  sans  eulx  attaindre.  Le  bon  chevalier,  qui 
congneut  incontinent  la  ruze  de  son  ennemy  qui ,  in- 
continent ses  coups  ruez,  se  couvroit  du  visaige,  de 
sorte  qu'il  ne  luy  povoit  porter  donmiage,  s'advisa 
d'une  finesse;  c'est  que,  ainsi  que  domp  Alonce  leva 
le  bras  pour  ruer  ung  coup,  le  bon  chevalier  leva  aussi 
le  sien,  mais  il  tint  l'estoc  en  l'air  sans  gecter  son 
coup;  et  comme  honmie  asseuré,  quant  celluy  de  son 
ennemy  fut  passé ,  et  il  le  peut  choisir  à  descouvert , 
luy  va  donner  ung  si  merveilleux  coup  dedans  la  gorge 
que,  nonobstant  la  bonté  du  gorgerin,  l'estoc  entra 
dedans  la  gorge  quatre  bons  doys,  de  sorte  qu'il  ne  le 
povoit  retirer.  Domp  Alonce  se  sentant  frappé  à  mort 
laissa  son  estoc,  et  va  saisir  au  corps  le  bon  chevalier, 
qui  le  prist  aussi  conune  par  manière  de  luyte^;  et  se 
promenèrent  si  bien  que  tous  deux  tumbèrent  à  terre 
l'ung  près  de  l'autre.  Le  bon  chevalier  diligent  et 
soubdain  prent  son  poignart  et  le  mect  dedans  les 
nazeaulx  de  son  ennemy,  en  luy  escriant  :  c  Rendez- 

1.  Pour  :  «  Senor  de  Bayardo^  que  me  quereis?  » 

2.  Luyte^  latte. 


108  HISTOIRE  DE  BAYART 

VOUS,  seigneur  Alonce,  ou  vous  estes  mort,  i  Mais  il 
n'avoit  garde  de  parler,  car  desjà  estoit  passé  ^ .  Alors 

1.  In  eo  itaque  certamine  fortuna  jus  dixit  eo  éventa  ut  Hispa- 
nom  Gallus,  non  obscuro  pudore  confùsam  neque  se  promptissime 
ad  inferendos  ictus  ezplioibtem,  gladii  mucrone  per  sommam  ju- 
guli  loricam  conjecto  ceierrime  confecerit,  Hispanis  jure  cadentem 
omni  contumeliarum  génère  onerantibus.  (PaulJoYe,  Uy.  II, 
p.  215.) 

Gongressi  ambo  cum  essent,  primo  ictu  vane  in  cassidem  im- 
pacto  ab  Hispano,  cum  id  vitasset  Baiardus,  ipso  in  colium  hostis 
gladio  adacto  quum  armato  boste  longius  aberrasset,  tertio  de- 
mum  per  jugulum,  vitata  lorica,  adacto  necavitHispanum.  (Ferron, 
liv.  m,  p.  45.) 

Lors  que  le  seigneur  Alonce  fdst  rué  jus  par  terre,  Bayard,  ce 
noble  chevalier,  dict  à  Alonce  en  ceste  manière  :  «  Or,  sire  Alonce, 
recogneissez  vostre  faulte  et  criez  mercy  à  Dieu...  i  Mais  Alonce 
ne  respondit  riens.  Alors  le  noble  chevalier  Bayard  tout  aleigre  et 
joyeulx  de  la  victoire  luy  osta  son  armet  et  sa  visière  et  le  trouva 
qu'il  ne  respiroyt  poinct  et  qu'il  estoit  desja  mort.  (Ghampier, 

fol.  XX.) 

Processerunt  u trique  armis  undique  protecti  et  lato  ense  quo 
équités  uti  soient,  pugioneque  rem  gesserunt.  In  faciem  punctim 
qua  galea  oculis  functionem  suam  exercentibus  patebat,  Sotoroaio- 
rem  pugione  vulnerat  Baiardus,  unde  plurimus  sanguis  efifluxit  et 
conduplicatis  pluribus  utrimque  ictibus,  tandem  intérim,  dum  8oto- 
maior  qua  in  hostem  ensem  dirigeret  inspecturus  caput  déclinât, 
ensem  Baiardus  inter  galeam  loricamque  illi  in  guttur  adigit 
hominemque  prostemit.  (Belcarii  Gommentaria,  p.  264.) 

Ghacun  d'eulx  costoioit  son  ennemy  et  approchoit  de  la  lon- 
gueur du  glaive  pour  le  cuider  trouver  en  descouvert  et  donner 
dedans  ;  et  à  une  fois  Pierre  de  Bayard,  au  rabatre  Tun  des  coups 
de  TEspaignol,  l'approcha  de  tant  que  en  luy  cuidant  donner  de 
toute  puissance  de  Testée  au  travers  du  visaige,  comme  celuy 
Espaignol  fleschist  la  teste  en  arrière,  le  coup  feut  assené  en  sa 
gorgerète  de  telle  force  que  au  travers  des  mailles  hijr  entra  en  la 
gorge  plus  de  quatre  doigts,  tant  que  au  tirer  d'estoc  grande  abon- 
dance de  sang  commença  à  ruisseller  par  dessus  le  hamois  jusques 
à  terre  ;  dont  cetuy  Espaignol,  comme  forcené  de  cest  outraige,  à 
toute  force  se  voulut  revenger  et  pour  ce  faire  s'approcha  tant  de 
son  homme  que  chascun  pensoit  qu'il  le  voulust  saisir  au  collet. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  109 

son  ^  parrain ,  domp  Diego  de  Quynones  commença  à 
dire  :  tSegnorBayardOj  iàesmoerto;  vincido  aveizK  » 
Ce  qui  feut  trouvé  incontinent  ;  car  plus  ne  remua  pied 
ne  main.  Qui  fîit  bien  desplaisant?  ce  fut  le  bon  che- 
valier, car  s'il  eust  eu  cent  mil  escus  il  les  eust  voulu 
avoir  donnez  et  il  r^éâi^peu  vaincre  vif.  Ce  néantmoins, 
en  congnoissantria  grâce  que  Dieu  luy  avoit  faicte,  se 
mist  à  genoulx ,  le  remerciant  très  humblement,  puis 
baisa  par  trois  fois  la  terre;  après  tira  son  ennemy 
hors  du  camp  et  dist  à  son  parrain  :  c  Seigneur  domp 
Diego,  en  ay-je  assez  fait?  »  lequel  respondit  piteuse- 
ment ^  :  €  Tropo^  seignor  BayardOy  per  Vondre  d'Es- 
paigne.  —  Vous  sçavez,  dist  le  bon  chevalier,  qu'il  est 
à  moy  de  faire  du  corps  àlma  voulenté;  tqutesfois  je 
le  vous  rends,  et  vrayment  je  vouldrois,  mon  honneur 
saufve,  qu'il  feust  autrement^.  »  Brief,  les  Espaignolz 

Et  là  s'essaya  souvent  et  menu  de  luj  rendre  autant  qu'il  luy  avoit 
baillé,  mais  tant  perdoit  son  sang  que  la  terre  oii  ils  estoient  en 
estoit  toute  enrougie  et  de  moult  s'afifoiblissoit.  Toutesfois  pour  ce 
ne  démarchoit  un  seul  pas,  mais  plus  que  devant  se  serroit  contre 
le  François  et  tant  que  à  la  parfin  se  joignit  à  luy.  Et  ainsi  à  belle 
poincte  d'estoc  se  tasterent  longuement  l'un  l'autre,  et  comme  si 
près  l'un  de  l'autre  feussent  que  de  la  main  au  visaige  se  peussent 
toucher,  Pierre  de  Bayard,  françois,  advisant  son  coup  luy  rua 
soubdainement  le  poignard  qu'il  tenoit  à  senestre  main  de  toute 
sa  force  contre  le  visaige  et  entre  l'œil  senestre  et  le  bout  du  nez 
luy  mist  jusques  a  la  poignée,  tant  que  dedans  le  cerveau  luy 
entra.  Dont  par  l'angoisse  de  la  mort,  dont  estoit  celuy  Espaignol 
attainct,  tomba  à  la  renverse  et  ledict  Pierre  de  Bayard  dessus  sans 
luy  tirer  le  glaive  de  la  teste  ;  et  voyant  que  assez  en  avoit  ne  luy 
voulut  donner  autre  coup,  mais  meit  les  genouils  bas  et  alla  baiser 
la  terre  en  louant  Dieu  de  la  victoire  que  par  son  ayde  avoit  obte- 
nue. (Jean  d'Anton,  Hist.  de  Louis  XII,  t.  Il,  p.  154.) 

1.  Pour  :  «  Senor  Bayardo,  ja  es  muerto;  vencido  haheis.  » 

2.  Pour  :  c  TVopo,  $ehor  Bayardo^  par  la  honra  de  Espana,  » 

3.  CSœso  arma  Baiardus  non  ademit,  Hispanis  sepeliendum  dédit; 


110  HISTOIRE  DE  BAYART 

emportèrent  leur  champion  en  lamentables  plains  S  et 
les  François  emmenèrent  le  leur  avecques  trompettes 
et  clérons  jusques  en  la  garnison  du  bon  seigneur  de 
la  Palisse,  où,  avant  que  faire  autre  chose,  le  bon  che- 
valier alla  à  l'église  remercier  Nostre-Seigneur  ;  et 
puis  après  firent  la  plus  grant  joye  du  monde.  Et  ne  se 
pouvoient  tous  les  gentilzhommes  françois  saouUer  de 
donner  louenge  au  bon  chevalier,  tellement  que  par 
tout  le  royaulme,  non-seulement  entre  les  François, 
mais  aussi  entre  les  Ëspaignolz,  estoit  tenu  pour  ung 
des  accompliz  gentilzhommes  qu'on  sceust  trouver^. 

CHAPITâfE  XXIII. 

« 

D'ung  combat  qui  fut  au  royaulme  de  Naples  de  treize 
Ëspaignolz  contre  treize  François^  où  le  bon  chevalier 
fist  tant  d'armes  qu'il  emporta  le  pris  sur  tous. 

On  scet  assez  qu'entre  toutes  autres  nations  Ëspai- 
gnolz sont  gens  qui  d'eulx-mesmes  ne  se  veuUent  pas 
abaisser  et  ont  tousjours  l'honneur  à  la  bouche;  et 
combien  que  la  nation  soit  hardie,  s'ilz  avoient  autant 
de  prouesse  que  de  bonne  myne,  il  n'y  auroit  gens  en 
ce  monde  qui  durassent^  à  eulx.  Jà  avez  entendu  com- 

aut  si  bi  impendium  sepulturs  recusarent  ultro  sepulturas.  Hi 
cum  victus  esset  illustri  familia,  laudato  Baiardo,  gratias  egere, 
abducto  in  sepulturam  corpore.  (Ferron,  iiv.  III,  p.  45.) 
i.  Plains^  plaintes. 

2.  Brantôme,  dans  son  Discours  sur  les  duels,  a  reproduit,  sou- 
vent teituellement,  le  récit  précédent.  (Paris,  1873.  Vol.  VI, 
p.  263.) 

3.  Durer,  résister. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  111 

ment  le  bon  chevalier  deffist  le  seigneur  domp  Âlonce 
de  Soto-Maiore,  dont  les  Espaignolz  avoient  grant 
dueil  au  cueur  et  cherchoient  chascun  jour  le  moyen 
pour  eulx  venger.  Il  y  eut  entre  les  François  et  eulx, 
peu  de  jours  après  le  trespas  du  seigneur  Alonce,  une 
trefve  de  deux  moys  ;  la  raison  pourquoy ,  je  ne  la  sçay 
pas.  Tant  y  a  que^  diu*ant  icelle  trefve,  les  Espaignolz 
s'alloient  esbfrtre  près  des  garnisons  françoises,  où 
hors  des  dËpm  aucunesfois  des  François  qui 

pareillemefi^P^hatoient  ;  et^av^nt  souvent  parolles 
ensanble,  mais  tousjours  leèÉbte  Espaignolz  ne  de- 
mandoient  que  riote  ^ .  llng  jour  entre  les  autres ,  une 
bende  de  gentilzhommes  espaignolz,  hommes  d'armes  et 
tous  bien  montez,  se  va  embatre^  jusque  près  de  la  garni- 
son du  bon  chevalier,  où  l'estoit  venu  veoir  le  seigneur 
d'Oroze ,  de  la  maison  d'Urfé ,  ung  très  gentil  cappi- 
taine,  qui  eulx  deux  de  compaignie  estoient  saillis  de 
la  place  pour  prendre  Tair  jusques  à  une  demye-lieue, 
où  ilz  vont  rencontrer  tesditz  Espaignolz  qu'ilz  saluè- 
rent, et  les  autres  leur  rendirent  le  semblable.  Ilz 
entrèrent  en  propos  de  plusieurs  choses,  et  entre 
autres  parolles,  ung  Espaignol  hardy  et  courageux, 
qui  se  nommoit  Diego  de  Bisaigne,  lequel  a  voit  esté  de 
la  compaignie  du  feu  seigneur  domp  Alonce  de  Soto- 
Maiore  et  luy  souvenoit  encores  de  sa  mort,  dist  : 
€  Messeigneurs  les  François,  je  ne  sçay  si  ceste  trefve 
vous  fasche  point  ;  il  n'y  a  que  huyt  jours  qu'elle  est 
commencée,  mais  elle  nous  ennuyé  merveilleusement. 
Si,  cependant  qu'elle  durera,  il  y  avoit  point  une  bende 


i.  Riote,  querelle. 
2.  Embatre,  ébattre. 


lis  HISTOIRE  DE  BAYART 


de  VOUS  autres,  dix  contre  dîs:;^^ridBgt  contre  vingt,  ou 
plus  ou  moins,  qui  se  wojètSMot  combatre  sur  la 
querelle  de  noz  maistres,  imy^lbrois  bien  fort  les 
trouver  de  mon  costé;  et  ceulx  qui  seront  vaincuz 
demoureront  prisonniers  des  autres.  »  Sur  ces  paroUes 
se  regardèrent  le  seigneur  d'ôroze  et  le  boîi  chevalier, 
qui  dist  :  c  Monseigneur  d'Oroze,  que  vous  semble  de 
ces  paroUes?  —  Autre  chose,  dit-il,  sinon  que  ce 
gentilhomme  parle  très  honnestement  ;  je^çaurois  bien 
que  luy  respondre,  niais  je  vous  prie,  tant  que  je  puis, 
que  luy  respondez  selon  vostre  oppinion.  —  Puisqu'il 
vous  plaist,  dist  le  bon  chevalier,  je  luy  en  diray  mon 
advis.  Seigneur,  mon  compaignon  et  moy  avons  très 
bien  entendu  voz  parolles,  et  à  vous  ouyr  désirez^ 
merveilleusement  les  armes  nombre  contre  nombre. 
Vous  estes  icy  treize  hommes  d'armes  ;  si  vous  avez 
vouloir,  d'aujourd'huy  en  huyt  jours,  vous  trouver  à 
deux  mille  d'icy,  montez  et  armez,  mon  compaignon 
et  moy  vous  en  amènerons  treize  autres  et  qui  aura 
bon  cueur  si  le  monstre.  »  Alors,  tous  les  Espaignolz, 
en  leur  langage,  respondirent  :  c  Nous  le  voulons.  » 
Ilz  s'en  retournèrent,  et  le  seigneur  d'Oroze  et  le  bon 
chevalier  aussi  dedans  Monervyne;  lesquelz  assem- 
blèrent leur  compaignons,  et  au  jour  assigné  se  trou- 
vèrent sur  le  lieu  promis  aux  Espaignolz  qui  pareil- 
lement s'i  rendirent.  De  toutes  les  deux  nations  y  en 
avoit  plusieurs  autres  qui  les  estoient  venuz  veoir.  Ilz 
limitèrent  leur  camp ,  soubz  condition  que  celluy  qui 
passeroit  oultre  demoureroit  pour  prisonnier  et  ne 
combatroit  plus  du  jour  ;  pareillement  celluy  qui  seroit 

i.  Désirez  les  armes,  désirez  combattre. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  113 

mis  à  pied  ne  pourroit  plus  combatre  ;  et  ou  cas  que 
jusques  à  la  nuyt  Tune  bende  n'eust  peu  vaincre 
Fautre,  et  n'en  demourast-il  que  l'ung  à  cheval,  le 
camp  seroit  finy  ;  et  pourroit  remmener  tous  ses  com- 
paignons  francz  et  quictes,  lesquelz  sortiroient  en  pareil 
honneur  que  les  autres  hors  dudit  camp.  Pour  faire 
fin,  les  François  se  misrent  d'ung  costé  et  les  Ëspai- 
gnolz  d'ung  autre  :  tous  avoient  lance  en  Tarrest.  Si 
picquèrent  leurs  chevaulx  ;  mais  lesditz  Espaignolz  ne 
taschèrent^  pas  aux  hommes,  ains  à  tuer  les  chevaulx, 
ce  qu'ilz  firent  jusques  au  nombre  de  unze ,  et  ne  resta 
à  cheval  que  le  seigneur  d!Oroze  et  le  bon  chevalier. 
Mai$  ceste  tromperie  ne  servit  de  guères  aux  Espai- 
gnolz, car  oncques  puis  leurs  chevaulx  ne  voulurent 
passer  oultre,  quelque  coup  d'espron  qu'ilz  sceussent 
bailler;  et  lesditz  seigneur  d'Oroze  et  bon  chevalier 
menu  et  souvent  leur  livroient  aspres  assaulx;  puis, 
quant  la  grosse  troppe  les  vouloit  charger,  se  reti- 
roient  derrière  les  chevaulx  mors  de  leurs  compai- 
gnons,  où  ilz  estoient  conune  contre  ung  rampart. 
Pour  conclusion,  les  Espaignolz  furent  bien  frotez;  et 
combien  qu'ilz  fussent  treize  à  cheval  contre  deux,  ne 
sceurent  obtenir  le  camp  jusques  à  ce  que  la  nuyt 
feust  survenue  sans  riens  avoir  gaigné ,  parquoy  con- 
vint à  chascun  sortir  suyvant  ce  qu'ilz  avoient  accordé 
ensemble ,  et  demoura  l'honneur  du  combat  aux  Fran- 
çois ;  car  ce  fut  très  bien  combatu  durant  quatre  heures 
deux  contre  treize  sans  estre  vaincuz.  Le  bon  chevalier 
sur  tous  y  fist  d'armes  tant  que  son  bruyt  et  renonmiée 
en  augmentèrent  assez  ^. 

1.  Taschèrent,  visèrent. 

2.  Ce  combat  de  treize  contre  treize  (ou  de  onze  contre  onze, 

8 


414  HI8T0m£  DE   BAYART 


CHAPITRE  XXIV. 

Comment  le  bon  chevalier  print  ung  trésorier  et  son 
homme  t  qui  portoient  quinze  mille  ducatz  au  grant 
cappitaine  Gonssalles  Ferrande,  et  ce  qu'il  en  fist. 

Environ  ung  moys  après  ce  combat  que  les  trefVes 
lurent  faillies,  fut  le  bon  chevalier  adverty  par  ses 

car  les  historiens  contemporains  ne  sont  pas  d'accord  là-dessos), 
sur  lequel  le  Loyal  serviteur  insiste  si  peu,  fut  très-célèbre  et  plu- 
sieurs auteurs  en  ont  rapporté  les  péripéties. 

Placuit  utrinque  undecim  deligi,  dit  Ferron  (liv.  III,  p.  45). 
Tranii  locus  delectus  quem  Veneti  ex  fœdere  occuparant.  Itali 
scriptores  narrant  sex  horis  continuo  pugnatum  :  inclinante 
Victoria  in  Hispanos  a  Torsio,  Mondraco,  Petro  Baiardo,  Arturo, 
Oiiverio  Cabanaco,  elusos  Hispanos;  hos  enim  septos  alio- 
rum  equorum  corporibus  Hispanorum  impetus  sustinuisse  cum 
Hispanorum  equi  olfactu  necatorum  aliorum  equorum  commoti, 
Hispanos  équités  excuterent.  Venetos  judices  consultes  utris  vic- 
toriam  add^Qerent  judicium  amp liasse  ita  veluti  comperendinato 
judicio  utrosque  sibi  victoriam  arrogasse. 

Addunt  (Itali  scriptores),  écrit  Beaucaire  (Gkunmentaire,  p.  264), 
et  aliud,  Gailorum  undecim  cum  sex  Hispanis,  quinque  It^dis,  qui 
totas  sex  horas  in  agro  Traniensi  acriter  pugnarint.  Inclinante  ad 
Hispanos  Victoria  Petrum  Terralium  Baiardum ,  Torsium ,  Mnn- 
dracum,  Arturum,  Olivarium  Gabanacum  csesorum  equorum  cada- 
veribus  quasi  vallo  quodam  objectis,  bostium  impetum  elusisse 
quum  Hispani,  Italicique  equi  cadaverum  olfactu  aspectuque  te^ 
riti  sessores  excusserûit,  Venetos  arbitres  de  Victoria  non  liquere 
pronuntiasse. 

Voici  d'après  Jean  d'Anton  comment  se  termina  le  combat  : 
«  Finablement  les  Espaignols  ennuyés  de  la  longue  attente  de  leur 
desadvantageux  combat  demandèrent  aux  François  s'ils  s'en  von- 
loient  sortir  ne  vaincus  ne  vainqueurs,  et  que  ainsi  feroient  de  leur 
part.  Dont  les  François,  voyant  le  party  humain  et  non  à  leur  perte 
et  déhonneur,  feurent  de  ce  contents,  mais  à  l'aller  devant  feut  la 


PAR  LE  LOYAL   SERYITBUB.  115 

espies  que  à  Naples  avoit  ung  trésorier  qui  ciiangeoit 
monnoye  à  or  pour  l'apporter  là  part  où  estoit  le 
grant  cappitaine  Gonssalles  Ferrande,  et  ne  pouvoit 
bonnement  passer  que  ce  ne  feust  à  trois  ou  quatre 
mille  près  de  sa  garnison.  11  ne  dormit  pas  depuis 
qu'il  le  sceut,  sans  y  faire  faire  si  bon  guet  que  l'on 
le  vint  avertir  qu'il  estoit  arrivé  en  une  place  que 
tenoient  les  Espaignolz,  laquelle  estoit  seulement  à 
quinze  mille  de  Monervyne ,  et  que  le  matin ,  acom- 
paigné  de  quelques  genetaires  ^  pour  sa  seureté,  estoit 
délibéré  se  retirer  devers  le  grant  cappitaine.  Le  bon 
chevalier,  qui  grant  désir  avoit  d'empoigner  cest 
argent,  non  pas  pour  luy,  mais  pour  en  d^artir  à  ses 
souldars,  se  leva  deux  heures  devant  jour,  et  s'en  alla 
embuscher  entre  deux  petites  montaignetes,  acom- 
paigné  de  vingt  chevaulx  et  non  plus.  Et  envoya 
d'ung  autre  costé  son  compaignon  Tardieu  avecques 
vingt-cinq  Âlbanoys,  affin  que  s'il  eschappoit  par  ung 
costé  ne  peust  eschapper  de  l'autre.  Or  le  cas  advint 

question  et  la  se  cuiderent  batre.  Toutesfois  d'un  commun  accord 
les  uns  quand  et  les  autres  marchèrent  jusques  au  milieu  du  camp 
et  là  se  feirent  bonne  chère  et  s'ehtrebrassèrent  Tun  l'autre  et  un 
pied  quand  et  l'autre  sortirent  hors,  et  les  pris  et  vaincus  feurent 
remis  à  leur  party.  Et  ainsi  s'en  allèrent  a  leurs  garnisons  »  (Jean 
d'Auton,  t.  II,  p.  148). 

Les  historiens  ne  sont  d'accord  ni  sur  le  nombre,  ni  sur  lea 
noms  des  compagnons  de  Bayart  :  il  est  à  peu  près  certain  cepen- 
dant que  François  d'Urfé  s'  d'Orose,  Pierre  de  Pocquières  s^*  de 
Bellabre,  Pierre  de  Guiffrey  s**  de  Boutières,  Olivier  de  Gha- 
bannes,  Antoine  de  Glermont,  vicomte  de  Tallard,  Jacques  de 
Montdragon,  La  Ghesnaye,  Janus  de  Bouvans  s**  de  Giriés,  Jean 
de  Blosset  s'  de  Torcy,  Louis  de  Saint-Bonnet,  Hector  de  la 
Rivière  et  Noël  du  Fahy  prirent  part  avec  lui  à  ce  combat. 

i.  Genetaires^  cavaliers  montés  sur  des  genêts  ou  chevaux  de 
petite  taille,  et  légèrement  armés. 


116  HISTOIRE  DE   BAYART 

tel  :  c'est  que  environ  les  sept  heures  au  matin,  les 
escoutes^  duditbon  chevalier  vont  ouyr  bruyt  de  die- 
vaulx,  qui  lui  vindrent  dire.  Il  estoit  si  à  couvert 
entre  ses  deux  roches  qu'on  feust  aiséement  passé  sans 
l'appercevoir  ;  ce  que  firent  les  Espaignolz,  qui  au 
millieu  d'entre  eulx  avoient  leur  trésorier  et  son 
homme,  lesquelz  en  bouges^  derrière  leurs  chevaulx 
avoient  leur  argent.  Quant  ilz  furent  oultre  passez,  ne 
fut  fait  autre  demeure  ^,  sinon  par  le  bon  chevalier  et 
ses  gens  donner  dedans  en  criant  :  <  France  !  France  ! 
à  mort  !  à  mort  !  >  Quant  lesditz  Espaignolz  se  veirent 
ainsi  chargez  et  pris  en  désarroy,  cuydant  qu'il  y  eust 
beaucoup  plus  grant  nombre  de  gens  qu'il  n'y  avoit, 
se  mirent  en  fuyte  vers  Barlète.  Ilz  furent  ung  peu 
chassez  et  non  pas  loing,  car  on  n'en  vouloit  que  au 
povre  trésorier,  lequel  fut  prins  avecques  son  honm^ 
et  menez  à  Monervyne.  Eulx  arrivez,  furent  des- 
ployées  leurs  bouges,  où  on  trouva  de  beaulx  ducatz. 
Le  bon  chevalier  les  vouloit  faire  compter,  mais  ledit 
trésorier  en  son  langage  espaignol  luy  dist  :  <  Non 
contaeiZj  Seignor;  sono  quinze  milia  ducados^.  » 
Sur  ces  entrefaictes  va  arriver  Tardieu,  qui,  quant 
il  veit  ceste  belle  monnoye,  fut  bien  desplaisant 
qu'il  n'avoit  fait  la  prise;  toutesfois  il  dist  au  bon 
chevalier  :  <  Mon  compaignon,  je  y  ay  ma  part 
comme  vous,  car  j'ay  esté  de  l'entreprise.  —  Il 
est  vray,  respondit  le  bon  chevalier  en  soubzriant, 
mais  vous  n'avez  pas  esté  de  la  prise.  >  Et  pour  le 

i.  Escoutes,  guetteurs. 

2.  Bouges  y  valises. 

3.  Demeure,  délai. 

4.  Pour  :  «  No  comteis.  $ehor  :  son  quinze  mil  ducados,  » 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  117 

faire  débatre  dist  encores  :  <  Et  quant  bien  vous  en 
eussiez  esté,  vous  estes  soubz  ma  charge  ;  je  ne  vous 
donneray  que  ce  qu'il  me  plaira.  >  Sur  cela  se  cour- 
roucea  ledit  Tardieu,  et  en  jurant  le  nom  de  Dieu  dist 
qu'il  en  auroit  la  raison.  Si  s'en  alla  plaindre  au 
lieutenant  général  du  roy  de  France,  qui  manda  le  bon 
chevalier,  lequel  vint  incontinent.  Luy  arrivé,  chascun 
dist  sa  raison,  lesquelles  ouyes,  ledit  lieutenant  géné- 
ral demanda  les  oppinions  à  tous  les  cappitaines; 
mais  enfin  fut  par  luy,  suyvant  ce  qu'il  avoit  trouvé, 
dit  que  Tardieu  n'y  avoit  riens,  dont  il  fut  bien 
marry.  Toutesfois  il  estoit  joyeulx  et  fort  plaisant 
homme,  si  se  print  à  dire  :  <  Par  le  sang  sainct- 
George  !  je  suis  bien  malheureux  !  >  Et  puis  s'adressa 
au  bon  chevalier,  en  disant  :  <  Par  Dieu  !  c'est  tout 
ung,  car  aussi  bien  me  nourrirez-vous  tant  que  serons 
en  ce  pays.  >  Lequel  se  print  à  rire,  et  pour  cela  ne 
laissèrent  pas  de  retourner  ensemble  à  Monervyne, 
où  quant  ilz  furent  arrivez  le  bon  chevalier,  devant 
Tardieu  et  pour  plus  le  faire  débatre ,  fist  les  ducats 
apporter  et  iceulx  desployer  sur  une  table,  et  puis  dist  : 
c  Gompaignon,  que  vous  en  semble  ?  vecy  pas  belle 
dragée.  —  Et  ouy,  de  par  tous  les  dyables,  respondit- 
il,  mais  je  n'y  ay  riens;  je  vouldrois  estre  pendu,  par 
le  sang-Dieu  !  car  si  j'avoye  seulement  la  moytié  de 
cela,  jamais  n'auroye  faulte  de  biens  etseroys  homme 
de  bien  toute  ma  vie.  —  Gonunent,  cotoipaignon,  dist 
le  bon  chevalier,  ne  tiendra  il  que  à  cela  que  ne  soyez 
asseuré  de  vostre  vie  en  ce  monde  !  Et  vrayement  ce 
que  n'avez  peu  ne  sceu  avoir  par  force,  je  le  vous 
donne  de  bon  cueur  et  de  bonne  voulenté  et  en  aurez 


118  HISTOIRE  DE  BAYART 

la  droicte  moytié.  »  Si  les  fist  incontinent  compter  éL 
luy  livra  sept  mil  cinq  cens  ducatz.  Tardieu  qui  cuy- 
doit  auparavant  que  ce  feust  une  mocquerie ,  quant  il 
se  veit  saisy^  se  gecta  à  deux  genoulx,  ayant  de  joye 
les  larmes. aux  yeulx,  et  dist  :  c  Hélas!  mon  maistre, 
mon  amy,  comment  pourroy-je  jamais  satisfaire  les 
biens  que  me  faictes?  Oncques  Alexandre  ne  fist 
pareille  libéralité.  —  Taisez-vous,  compaignon;  si 
j'avoye  la  puissance,  je  ferois  beaucoup  mieulx  pour 
vous.  >  De  fait,  toute  sa  vie  en  fut  riche  Tardieu;  car 
au  moyen  de  cest  argent,  après  qu'ilz  furent  retournez 
de  Naples,  vint  en  France,  où  en  son  pays  espousa  une 
héritière,  fille  d'ung  seigneur  de  Sainct-Blartin  qui 
avoit  trois  mille  livres  de  rente.  Il  fault  sçavoir  que 
devindrent  les  autres  sept  mil  cinq  cens  ducatz.  Le 
bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche,  le  cueur 
nect  comme  la  perle,  fist  appeller  tous  oeulx  de  la 
garnison,  et  chascun  selon  sa  qualité  les  départit,  sans 
en  retenir  ung  seul  denier;  puis  dist  au  trésorier: 
€  Mon  amy,  je  sçay  bien  que  si  je  vouloye  j'auroys 
bonne  rançon  de  vous,  mais  je  me  tiens  contant  de  ce 
que  j'ay  eu;  quant  vous  et  vostre  homme  vouldrez 
partir,  je  vous  feray  conduyre  seurem^nt  en  quel- 
que place  de  voz  gens  que  vouldrez;  et  si  ne  vous 
sera  riens  osté  de  ce  qui  est  sur  vous,  ne  ne  vous 
fouillera  Ton  point.  »  Si  avoit-il  vaillant  à  luy  en 
bagues  ou  en  argent  cinq  cens  ducatz  et  mieulx.  Qui 
fut  bien  aise?  fut  ce  povre  trésorier,  lequel  par  une 
trompette  du  bon  chevalier,   auquel  il  donna  trois 

i.  Saisy,  en  possession  des  dueaU. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  119 

escuz,  fut  oonduyt  jusques  à  Barlète  avecques  son 
homme,  bien  eureux,  veu  la  fortune  qui  luy  estoit 
advenue,  d'estre  tumbé  en  si  bonne  main^ 


CHAPITRE  XXV. 

Comment  le  bon  chevalier  garda  ung  pont  sur  la  rivière 
de  Garillanj  luy  seul^  V espace  de  demye-heurCy  contre 
deux  cens  Espaignoh. 

Assez  avez  peu  veoir  en  autre  histoire  comment  au 
royaulme  de  Naples,  et  vers  la  fin  de  la  guerre  qui  fut 
entre  François  et  Espaignolz,  se  tint  longuement 
Farmée  desditz  François  sur  le  bort  d'une  rivière  dicte 
le  Garillan^,  et  Farmée  des  Espaignolz  estoit  de 
Tautre  costé.  Il  fault  entendre  que,  s'il  y  avoit  du  costé 
des  François  de  vertueux  et  gaillards  cappitaines, 
aussi  avoit-il  du  costé  des  Espaignolz,  et  entre  autres 
le  grant  cappitaine  Gonssalle  Ferrande,  homme  sage 
et  vigilant ,  et  ung  autre  appelle  Pedro  de  Pas ,  lequel 
n'avoit  pas  deux  couldées  de  hàult,  mais  de  plus 


i.  Bayardus  inter  duas  spéculas  cum  yiginti  eqnitibus  latitans, 
cepit,  fùgatis  comitibas,  exquestorem  Hispanum  cum  famulo  quin- 
decim  ducatomm  millia  ad  Gonsalvum  ferentem;  ei  Tardius 
Rutenensis,  stationis  Minervincœ  miles,  se  numquam  inopia 
laboratnrum  dixit  si  eorum  nummonim  medietatem  haberet,  et 
distributa  horum  ducatonim  medietate  reliquis  stationis  militibus, 
prout  singulorum  virtus  eiigebat,  Bayardus  alia  medietate  Tar- 
dium  donavit  et  exquestorem  cum  ejus  famulo  cœteris  sa'vis  libe* 
ravit  (Aymar  du  Bivail,  p.  543). 

2.  Garigliano  ou  Lirï,  fleuve  qui  prend  naissance  dans  i'Abruzze- 
Uitérieure. 


120  HISTOIRE  DE  BAYART 

hardye  créature  ireust-on  sceu  trouver  ;  et  si  estoit  si 
fort  bossu  et  si  petit  que  quant  estoit  à  cheval  on  ne 
luy  voyoit  que  la  teste  au-dessus  delà  selle.  Ung  jour 
s'advisa  ledit  Pedro  de  Pas  de  faire  ung  alarme  aux 
François  ;  et  avecques  cent  ou  six  vingtz  chevaulx  se 
mist  à  passer  la  rivière  du  Garillan  en  ung  certain 
lieu  où  il  sçavoit  le  gué,  et  avoit  mis  ung  homme  de 
pied  derrière  chascun  cheval,  garny  de  hacquebute^ 
U  faisoit  cest  alarme  afin  que  Tarmée  y  courust,  qu'on 
habandonnast  le  pont,  et  que  cependant  leur  force  y 
vint  et  le  gaignast.  Il  exécuta  très  bien  son  entre- 
prise, et  fist  au  camp  des  François  ung  aspre  et  chault 
alarme  où  ung  chascun  se  retiroit,  cuydant  que  ce 
feust  tout  l'effort  des  Espaignolz  ;  mais  non  estoit.  Le 
bon  chevalier  qui  désiroit  tousjours  estre  près  des 
coups,  s'estoit  logé  joignant  du  pont,  et  avecques  luy 
ung  hardy  gentilhomme  qui  se  nommoit  Tescuyer 
le  Basco,  escuyer  d'escuyrie  du  roy  de  France 
Loys  XIP,  lesquelz  commencèrent  à  eulx  armer  quant 
ilz  ouyrent  le  bruyt.  S'ilz  furent  bientost  prestz  et 
montez  à  cheval,  ne  fault  pas  demander,  délibérez 
d'aller  où  l'affaire  estoit;  mais  en  regardant  par  le 
bon  chevalier  delà  la  rivière,  va  adviser  environ  deux 
cens  chevaulx  des  Espaignolz  qui  venoient  droit  au 
pont  pour  le  gaigner,  ce  qu'ilz  eussent  fait  sans 
grande  résistance,  et  cela  estoit  la  totalle  destruction 
de  l'armée  françoise.  Si  commença  à  dire  à  son  com- 
paignon  :  <  Monseigneur  l'escuyer,  mon  amy,  allez 
vistement  quérir  de  noz  gens  pour  garder  ce  pont,  ou 
nous  sommes  tous  perduz;    cependant  je   mettray 

1.  Hacquebxite,  arquebuse. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  1S1 

peine  à  les  amuser  jusques  à  vostre  venue ,  mais 
bastez-vous.  >  Ce  qu'il  fist;  et  le  bon  chevalier,  la 
hnce  au  poing,  s'en  va  au  bout  dudit  pont,  où  de 
l'autre  costé  estoient  desjà  les  Espaignolz  prestz  à 
passer  ;  mais  comme  lyon  furieux  va  mettre  sa  lance 
en  arrest,  et  donna  en  la  troppe  qui  desjà  estoit  sur 
le  pont,  de  sorte  que  trois  ou  quatre  se  vont  esbran- 
1er,  desquelz  en  cheut  deux  en  l'eaue,  qui  oncques 
puis  n'en  relevèrent,  car  la  rivière  estoit  grosse  et 
profonde.  Gela  fait,  on  luy  tailla  beaucoup  d'affaires, 
car  si  rudement  fut  assailly  que,  sans  trop  grande 
chevalerie,  n'eust  sceu  résister;  mais  comme  ung  tigre 
eschaufië  s'acula  à  la  barrière  du  pont  à  ce  qu'iiz  ne 
gaignassent  le  derrière,  et  à  coup  d'espée  se  detjfendit 
si  très  bien  que  les  Espaignolz  ne  sçavoient  que  dire 
et  ne  cuydoient  point  que  ce  feust  ung  honune  mais 
ung  ennemy  ^ .  Bnef ,  tant  bien  et  si  longuement  se 
maintint  que  l'escuyer  le  Basco  son  compaignon  luy 
amena  assez  noble  secours,  comme  de  cent  hommes 
d'armes,  lesquelz  arrivez  firent  ausditz  Espaignolz 
habandonner  du  tout  le  pont,  et  les  chassèrent  ung 
grant  mille  de  là  ^  ;  et  plus  eussent  fait  quant  ils  apper- 


i .  Il  faut  probablement  lire  le  mot  diable  au  lieu  à*ennemi  qui 
nous  parait  un  non-sens. 

2.  Si  arrivèrent .  les  Espaignolz  et  fort  frappoient  sur  Bayard, 
mais  le  vertueulx  chevalier  à  Tung  donnoit  sur  le  haulme,  à  Taultre 
sur  la  teste  et  bras,  les  aultres  ruoit  en  la  rivière,  dont  les  Espai- 
gnolz estoient  tous  esbays.  Et  quant  virent  que  par  une  si  mer- 
veilleuse force  et  rudesse  les  ruoit  et  gettoit  dans  la  rivière,  dont 
bien  tost  cinq  ou  six  tumbèrent  dedans,  parce  qu'elle  estoit  moult 
profunde  et  lymoneuse  et  les  bords  de  la  rivière  si  haulx  que 
cheval  ne  pouvoit  arriver  au  dessus,  voyant  Espaignolz  ainsi 
ahontez  d'ung  Françoys,  gettoient  contre  luy  picques,  lances  et 


122  HI8T0IRE  DE  BAYART 

ceurent  une  grosse  troppe  de  leurs  gens  de  sept  à 
huyt  œns  chevaulx  qui  les  venoient  secourir.  Si  dist 
le  bon  chevalier  à  ses  compaignons  :  c  Messeigneurs, 
avons  aujourd*buy  assez  fait  d'avoir  sauvé  oestre 
pont,  retirons-nous  le  plus  serréement  que  nous  pour- 
rons. >  Son  conseil  fut  tenu  à  bon,  si  commencèrrat 
à  eulx  retirer  le  beau  pas.  Tousjours  estoit  le  bon 
chevalier  le  derrenier,  qui  soustenoit  toute  la  diarge 
ou  la  plus  part,  dont  au  long  aller  se  trouva  fort  pressé 
à  l'occasion  de  son  cheval  qui  si  las  estoit  que  plus  ne 
se  pouvoit  soustenir,  car  tout  le  jour  avoit  combatu 
dessus.  Si  vint  de  rechief  une  grosse  envahie  des 
ennemys,  qui  tout  d'ung  floc  donnèrent  sur  les  Fran- 
çfiàki0k  façon  que  aucuns  furent  versez  par  terre.  Le 
cheval  du  bon  chevalier  fut  aculé  contre  ung  fossé,  où 
il  fut  environné  de  vingt  ou  trente  qui  cryoient  : 
<  Rende  ^  rende  ^  Seignor.  »  Il  combatoit  tousjours  et 
ne  savoit  que  dire,  sinon  :  c  Hesseigneurs,  il  me  fault 
bien  rendre,  car  moy  tout  seul  ne  sçaurois  combatre 
vostre  puissance.  >  Or  estoient  desjà  fort  eslongnez  ses 
compaignons,  qui  se  retiroient  droit  à  leur  pont, 
cuydans  tousjours  avoir  le  bon  chevalier  parmy  eulx  ; 
et  quant  ilz  furent  ung  peu  eslongnez,  Tung  d'entre 
eulx ,  nommé  le  chevalier  Guyfray  * ,  gentilhomme  du 

aultres  arnoys  de  guerre,  mais  tout  ne  leur  servoit  de  riens  pour 
ce  que  le  noble  Bavard  rabatoit  tout;  et  dura  le  combat  une  grosse 
heure.  Alors  vit  Bayard  le  secours  des  Françoys  aproucher  de  luy, 
si  cria  à  haulte  voix  :  c  Hastez  vous,  nobles  Françoys,  et  secoures 
moy  »  (Ghampier,  fol.  xxiii). 

i.  Pierre  Guiffrey,  s'  de  Boutières,  mari  de  Glanda  Robert  et 
ûls  d'Âynard  Guiffrey.  Il  fut  Tun  des  compagnons  de  Bayart  dans 
le  combat  de  13  contre  13  dont  nous  avons  vu  plus  haut  le  rédt,  et 
périt  à  la  bataille  de  Gerignole  (23  avril  1503). 


PAR  LE  LOYAL  8ERVITKUR.  1S3 

Daulpbiné  et  son  voisin,  commença  à  dire  :  c  Hé! 
messeigneurs ,  nous  avons  tout  perdu  ;  le  bon  cappi* 
taine  Bayart  est  mort  ou  pris,  car  il  n'est  point 
avecques  nous.  N'en  sçaurons-nous  autre  chose?  et 
aujourd'hui  il  nous  a  si  bien  conduitz  et  fait  recevoir 
tant  d'honneur!  Je  faiz  veu  à  Dieu  que  s'il  n'y  devoit 
aller  que  moy  seul,  je  y  retoumeray,  et  plustost  seray 
m(H*t  ou  pris  que  je  n'en  aye  des  nouvelles.  »  Je  ne 
sçay  qui  de  toute  la  troppe  fut  plus  marry  quand  ilz 
congneurent  que  le  chevalier  Guyfray  disoit  vray. 
Ghascun  se  mist  à  pied  pour  resangler  son  cheval  et 
remontèrent,  et  d'ung  courage  invaincu  se  vont  mettre 
au  grant  galop  après  les  Espaignolz,  qui  emUmôient 
la  fleur  et  l'eslite  de  toute  gentillesse,  et  seullement 
par  la  faulte  de  son  cheval;  car  s'il  eust  autant  peu 
endurer  de  peine  que  luy,  jamais  n'eusl  esté  pris.  Il 
fault  entendre  que,  ainsi  que  les  Espaignolz  se  reti- 
roient  et  qu'ils  emmenoient  le  bon  chevalier,  pour  le 
grant  nombre  qu'ilz  estoient,  ne  se  daignèrent  amuser 
à  le  desrober  de  ses  armes,  ne  luy  oster  son  espée 
qu'il  avoit  au  costé  ;  bien  le  dessaisirent  d'une  hache 
d'armes  qu'il  avoit  en  la  main;  et  en  marchant 
tousjours  luy  demandoient  qui  il  estoît.  Il  qui 
sçavoit  bien  que,  s'il  se  nommoit  par  son.  droit  nom, 
jamais  vif  il  n'eschapperoit,  par  ce  que  plus  le  doub- 
toient^  Espaignolz  que  homme  de  la  nation  françoise, 
si  le  sceut  bien  changer  ;  tousjours  disoit-il  qu'il  estoit 
gentilhomme.  Cependant  vont  arriver  les  François  ses 
compaignons  cryant  :  <  France  !  France  !  tournez,  tour- 
nez, Espaignolz;  ainsi  n'enmienerez-vous  pas  la  fleut* 

i.  Doubtoienl,  redoutaient. 


1S4  HISTOIRE  DE  BAYÀRT 

de  chevalerie.  >  Auquel  cry  les  Ëspaignolz,  combien 
qu'ilz  feussent  grant  nombre,  se  trouvèrent  estonnez; 
néantmoins  que  d'ung  visage  asseuré  resceurent  oeste 
lourde  charge  des  François;  mais  ce  ne  peut  si  bien 
estre  que  plusieurs  d'entre  eulx  et  des  mieulx  montez 
ne  feussent  portez  par  terre.  Quoy  voyant  par  le  bon 
chevalier,  qui  encores  estoit  tout  armé  et  n'avoit  faulte 
que  de  cheval ,  car  le  sien  estoit  recreu ,  mist  pied  à 
terre,  et  sans  le  mettre  en  Testrier  remonta  sur  ung 
gaillart  coursier  dessus  Mequelavoit  esté  mis  par  terre, 
de  la  main  de  Tescuyer  le  Basco,  Salvador  de  Borgia 
lieutenant  de  la  compaignie  du  marquis  de  la  Padule^, 
gaillan^entilhomme.  Quant  il  se  veist  dessus  monté, 
commença  à  faire  choses  plus  que  merveilleuses,  cryant  : 
€  France!  France!  Bayart!  Bayart!  que  vous  av^ 
laissé  aller.  >  Quant  les  Espaignolz  ouyrent  le  nom  et 
la  faulte  qu'ils  avoient  faicte  de  luy  avoir  laissé  ses 
armes  après  l'avoir  pris,  sans  dire  recours  ou  non^  (car 
si  une  fois  eust  baillé  la  foy  jamais  ne  l'eust  faulsée), 
le  cueiur  leur  faillit,  et  dirent  entre  eulx  :  c  Tirons 
oultre  vers  notre  camp,  nous  ne  ferons  meshuy^  beau 
fait.  »  Quoy  disant,  se  gectèrent  au  galop,  et  les 
François  qui  voyoient  la  nuyt  approcher,  très  joyeulx 
d'avoir  recouvert  leur  vray  guydon  d'honneur,  s'en 
retournèrent  lyement  ^  en  leur  camp ,  où  durant  huyt 
jours  ne  cessèrent  de  parler  de   leur  belle  adven- 


i .  Dessus,  de  dessus. 

2.  Paul  Jove  appelle  ce  personnage  Antonio,  marquis  délia  Pa- 
dula,  et  le  dit  oncle  de  Raymond  de  CSardonne,  vice-roi  de  Napies. 

3.  Recours  ou  non,  secouru  ou  non  secouru. 

4.  Meshuy^  aujourd'huy. 

5.  Lyement,  joyeusement. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  195 

ture  et  mesmement  des  prouesses  du  bon  chevalier. 

En  ceste  mesme  année,  envoya  le  roy  de  France 
Loys  Xn®,  en  la  conté  de  Roussillon,  bon  nombre  de 
gens  soubz  la  conduicte  du  seigneur  de  Dunoys  ^ ,  pour 
la  remettre  entre  ses  mains  ;  mais  ilz  s'en  retournèrent 
sans  grans  chos^fidre  qui  à  honneur  montast,  et  si 
y  mourut  de  la  part  desditz  François  ung  gentil  che- 
valier appelle  le  seigneur  de  la  Rochepot^. 

Depuis,  je  ne  sçay  de  qui  ftit  la  faulte,  les  François  ne 
séjournèrent  guères  ou  royaulme  de  Naples,  qu'ilz  ne 
retournassent  en  leur  pays,  les  plusieurs  en  assez  povre 
estât  ;  et  en  passant  par  Romme,  le  pape  Julles  leur  fist 
tputplain  decourtoysies,  mais  depuis  les  a  bien  vendues^. 
Le  vaillant  cappitaine  Loyé  d' Ars ,  qui  encores  tenoit 
quelques  places  en  la  Fouille  et  en  sa  compaignie  le 
bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche,  après 
Tarmée  des  François  retournée,  demourèrent  oudit 
royaulme  en  despit  de  toute  la  puissance  yspanicque, 
environ  ung  an,  ouquel  temps  ilz  firent  plusieurs  belles 
saillies  et  lourdes  escarmouches,  dont  la  plupart  em- 
portèrent tousjours  l'honneur^.  Et  plus  eussent  tenu 

i.  François  d'Orléans,  comte  de  Danois,  duc  de  Longue  ville, 
gouYemeur  de  Gnienne,  grand  chambellan  de  France,  fils  de 
François  d'Orléans  et  d'Agnès  de  Savoie  :  il  épousa  Françoise 
d'Alençon  et  mourut  en  1512.  L'expédi^ûjji  du  Roussillon  eut  lieu 
en  1501  ;  les  troupes  étaient  sous  les  ordres  des  maréchaux  de 
Rieux,  de  Gié  et  du  comte  de  Dunois.  Après  avoir  été  contrainte 
de  lever  le  siège  de  Salses ,  Tarmée  française  revint  sur  ses  pas 
sans  chercher  à  prendre  sa  revanche. 

2.  René  Pot,  s'  de  la  Rochepot,  sénéchal  de  Beaucaire,  fils  de 
Guy  Pot  et  de  Marie  de  Yilliers  de  TIle-Adam. 

3.  C'est-à-dire  :  le  leur  a  fait  payer  cher  depuis. 

4.  Soli  Ludovicus  Ars  et  Bayardus  arces  suas  Neapolitanas  us- 
que  in  sequentem  annum  retinerunt,  et  cum  militibus  quos  habe- 


126  mSTOIRE  DE  BAYART 

leursdictes  places,  n'eust  esté  que  le  roy  Loys  leur 
maistre  et  souverain,  leur  manda  les  laisser  et  eulx  en 
venir  ;  ce  qu'ilz  firent  à  grant  regret  en  Tan  mil  cinq 
cent  quatre' ,  et  furent  très honnorablement  receuz  d' ung 
chascun  conune  bien  Tavoient  mérité,  mesmement  de 
leur  bon  maistre  le  roy  de  France,  qui,  comme  sage 
et  prudent,  print  les  fortunes  de  la  guerre  ainsi  que 
pleust  à  Dieu  les  envoyer ,  auquel  il  avoit  son  princi- 
pal recours.  Je  vous  laisseray  ung  peu  à  parler  de  la 
guerre,  et  viendray  à  desduire  ce  qui  advint  en  France 
et  autres  pays  voisins  durant  deux  ans. 


CHAPITRE  XXVI. 

De  pltisieurs  choses  qui  advindrent  en  deux  années j  tant 
en  France^  Ytalie  que  Espaigne. 

Après  toutes  ces  choses  passées,  y  eut  quelque 
abstinence  de  guerre  entre  France  et  Espaigne,  qui 
n'estoit  guères  bien  à  propos,  car  les  ungs  avoient  ce 
qu'ilz  demandoient  et  les  autres  non.  En  l'an  mil  cinq 
cens  cinq  mourut  Jehanne  de  France^,  duchesse  de 
Berry,  qui  avoit  esté  mariée  au  roy  Loys  XIP,  lequel  en 
celle  mesme  année,  en  sa  ville  de  Bloys,  fut  si  griè- 
vement malade  qu'on  ne  luy  espéroit  vie,  habandonné 

bant  hostes  premebant.  Inde  Ludovic!  régis  jussu  Franciam  repe- 
tire  (Aymar  du  Rivail,  p.  546). 

i.  L'édition  originale  porte  encore  ici  la  date  de  4524;  ainsi 
que  nous  1  avons  déjà  dit  plus  haut  (p.  90),  c'est  1504  qu'il  faut 
lire. 

2.  Le  4  février. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  487 

de  tous  ses  médecins  et  de  tout  remède  humain  ;  mais 
je  croy  que  à  la  requeste  de  son  peuple  et  par  leurs 
prières,  car  il  estoit  bien  ajnné,  au  moyen  que  jamais 
ne  les  avoit  oppressfiiLpe  l^uUez  de  tailles,  Nostre- 
Seigneur  luy  prolongisi  ses  jours.  Oudit  an  mourut 
domp  Fédéric  d'Ârragon  au  Ples^s-lez-Tours  ^  jadis 
roy  de  Naples,  qui  fut  le  dernier  de  la  lignée  de  Pierre 
d^Arragon,  lequel  sans  raison  ny  moyen  usurpa  ledit 
royaulme  de  Naples,  et  ne  l'ont  ceulx  qui  l'ont  tenu 
depuis  et  tiennent  encores  à  autre 'tiltre.  L'an  mil  cinq 
cens  rv^,  une  des  plus  triumpbantes  et  glorieuses 
dames  qui  puis  mille  ans  ait  esté  sur  terre  alla  de  vie 
à  trespas  ;  ce  fut  la  royne  Ysabel  de  Gastille,  qui  ayda, 
le  bras  arnié,  à  conquester  le  royaulme  de  Grenade 
sur  les  Mores ,  print  prisonniers  les  enfans  du  roy 
Ghico  ^  qui  occupoit  ledit  royaulme ,  lesquelz  elle  fist 
baptiser.  Je  veulx  bien  assurer  aux  lecteurs  de  ceste 
présente  hystoire  que  sa  vie  a  esté  telle  qu'elle  a  bien 
>  mérité  couronne  de  laurier  après  sa  mort.  L'année 
mesmes  trespassa  son  gendre,  qui  par  le  décès  d'elle 
avoit  esté  son  héritier,  Philippes,  roy  des  Espaignes 
à  cause  de  sa  femme,  archiduc  d'Autriche  et  conte  de 
Flandres*.  France  ne  perdit  guères  à  sa  mort,  car  il 
y  avoit  semé  ung  grain  qui  peu  y  eust  proufité. 


i.  Frédéric  mourut  le  9  septembre  1504. 

2.  n  y  a  dans  l'édition  originale  :  1526.  C'est  1504  qu'il  faut 
lire.  Isabelle  la  Catholique  mourut  le  26  novembre  1504  à  Médina 
del  Campo. 

3.  Boabdil,  dernier  roi  de  Grenade,  surnommé  par  les  Espagnols 
le  petit  roi. 

4.  Philippe  le  Beau  mourut  à  Burgos  le  25  septembre  1506. 


1S8  HISTOIRE  DE  BAYART 

Le  pape  JuUes,  par  le  secours  du  roy  de  France  et  à 
Tayde  de  son  lieutenant  génén^l  ou  duché  de  Milan,  le 
seigneur  de  Ghaumont,  mesure  Charles  d'Âmboise, 
homme  diligent  et  vertueux,  conquesta  Boulongne  sur 
messire  Jehan  de Benetevoille  ^  oudit  an,  où  pour  récom- 
pense et  pour  payement  bailla  en  France  de  beaulx  par- 
dons. Je  ne  sçay  qui  donna  ce<xmseil,  mais  oncques 
puis  les  François  ne  furent  fort  asseureii^  en  Ytalie,  car 
avecques  ce  que  ledit  pape  ne  restMHÉto  trop  bon , 
il  se  fortiffia  deçà.i^  Alpes  à  rencoiiï^des  terres  du 
roy  de  France  qu'il  tenoit  en  Lombardie.  Je  m'en  rap- 
porte à  ce  qui  s'en  est  ensuyvy  depuis  ;  plusieurs  pour 
l'heure  s'en  trouvèrent  bons  marchans,  car  aucuns 
cappitaines  qui  gouvernoient  ce  seigneur  de  Ghaumont 
en  eurent  deniers  de  présent  et  aucuns  de  la  plume 
bénéfice^.  Bref,  c'est  une  diablerie  quant  avarice  pré- 
cède l'honneur,  et  cela  a  tousjours  beaucoup  plus  régné 
en  France  qu'en  autre  lieu  ;  si  esse  le  plus  excellent 
pays  de  l'Europe,  mais  toutes  bonnes  terres  n'appor- 
tent pas  bon  fruict  en  quelque  sorte  que  ce  soit.  Je 
me  tiendray  avecques  celluy  qui  a  fait  le  rommant  de 


i .  Charles  d'Amboise,  s'  de  Ghaumont,  gouverneur  de  Paris  et 
de  Normandie,  maréchal  de  France,  grand-maître  de  Tartillerie, 
neveu  du  cardinal  d'Amboise,  s'empara  sans  difQculté  de  Bo- 
logne sur  Jean  de  Bentivoglio  qui  la  possédait  depuis  quarante 
ans,  et  il  la  remit  au  pape.  Jean  II  Bentivoglio ,  fils  d'Annibal 
Bentivoglio,  s**  de  Bologne ,  se  réfugia  à  Milan  où  il  mourut  en 
1508  à  l'âge  de  70  ans. 

2.  Plusieurs  de  ceux  qui  entouraient  le  maréchal  de  Ghaumont, 
veut  dire  le  Loyal  Serviteur,  trahirent  la  France  et  se  firent  payer 
leur  trahison,  les  hommes  d'épée  avec  de  l'argent,  et  les  clercs  par 
des  bénéfices  que  leur  donna  le  pape. 


\ 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  189 

la  Roze,  qu'on  nomme  maistre  Jehan  de  MeungS  lequel 
dit  que 

.  fieaalx  dons  donnent  loz  aux  donneurs, 
Mais  ilz  empyrent  les  preneurs. 

Le  roy  d'Arragon,  veuf  par  le  trespas  d'Ysabel,  sa 
femme,  print  Tannée  mesmes  la  niepce  du  roy  de 
France,  Germaine  de  Foix,  qui  fut  enmenée  en  grant 
triumphe  en  Espaigne,  et  la  vint  quérir  le  conte  de 
Siffoyntes  et  ung  évesque  Jacobin.  Depuis  qu'elle  iîit 
en  Espagne,  elle  a  bien  rendu  aux  François  les  hon- 
neurs qu'elle  avoit  reçeuz  du  pays,  car  jamais  ne 
fut  veu  de  tous  ceulx  qui  depuis  l'ont  congneue  une 
plus  mauvaise  Françoise^. 


CHAPITRE  XXVII. 

Cpmmemt  les  Genevoys  se  révoltèrent  et  comment  le  roy 
de  France  passa  les  monts  et  les  remist  à  la  raison. 

Je  ne  veulx  pas  dire  que  tous  vrais  chrestiens  ne 
soient  subjectz  à  l'église  et  qu'ilz  n'y  doivent  obéyr, 
mais  je  ne  dis  pas  aussi  que  tous  les  ministres  d'icelle 
soient  gens  de  bien,  et  de  ce  je  puis  bailler  exemple 
assez  ample  du  pape  JuUes,  qui  pour  récompense  des 
bons  tours  ^  que  le  roy  Loys  luy  avoit  faiz  de  le  faire 

i.  Jean.de  Meung  ou  de  Mehun,  dit  Glopinel,  un  des  auteurs 
du  Roman  de  la  Rose.  U  mourut  vers  1320. 

2.  Germaine  de  Foix  était  fille  de  Jean  de  Foix,  vicomte  de 
Narbonne,  et  de  Marie  d'Orléans,  sœur  de  Louis  XII;  le  célèbre 
Gaston  de  Foix,  le  vainqueur  de  Ravenne,  était  son  frère. 

3.  roMfi,  services. 


130  HISTOIRE  DE  BÀYÀRT 

mettre,  je  ne  sçay  pas  bien  à  quel  tiltre,  dedans  Bou- 
longne,  pour  commencer  à  chasser  les  François  d'Ytalie, 
par  subtilz  et  sinistres  moyens  fist  révolter  les  Gene- 
voys*  et  mutiner  le  populaire  contre  les  nobles,  les- 
quelz  ilz  chassèrent  tous  hors  de  la  ville  et  esleurent 
entre  eulx  ung  duc  appelle  messire  Paule  de  Novy^, 
homme  mécanique  et  de  métier  de  tainturier.  Ung 
gentilhomme  genevoys  nommé  messire  Jehan  Loys  de 
Flisco^,  qui  estoit  fort  bon  françois,  le  seigneur  de 
Las^  qui  tenoit  le  Ghastellet,  et  plusieurs  autres  en 
advertirent  le  roy  de  France  ;  et  pour  ce  que  le  sage 
prince,  qui  en  de  telz  affaires  estoit  assez  congnois- 
sant,  veoit  bien  que  si  cela  n'estoit  bientost  rabillé,  il 
en  pourroit  sortir  de  gros  inconvéniens ,  délibéra  de 
passer  les  montz  avecques  bonne  et  grosse  puissance  ; 
ce  qu'il  fist  à  grande  diligence,  car  pour  beaucoup  de 
raisons  la  matière  le  requéroit. 

Le  bon  chevalier  estoit  alors  à  Lyon,  malade 
de  sa  fiebvre  quarte,  qui  sans  la  perdre  l'a  gardée 
sept  ans  et  davantage;  il  avoit  en  ung  bras  ung 
gros  inc^yénient  d'ung  coup  de  picque  que  autres- 
fois  il  avbit  eu ,  et  en  avoit  esté  si  mal  pensé 
que  ung  ulcère  luy  en  estoit  demeuré,  qui  n' estoit 


1.  ôenewys,  Génois. 

2.  Paolo  Novi,  teinturier,  fut  élu  doge  piu^la  populace  de 
Gênes  en  haine  cUl  parti  aristocratique.  Il  s'enfuit  à  la  rentrée 
des  Français,  maïs  trahi  par  un  des  siens,  il  fut  pris  et 
décapité. 

3.  Jean-Louis  de  Fiesque,  comte  de  Lavagna,  fils  de  Sinibald, 
fut  obligé  de  sortir  de  Gènes  avec  500  hommes  qu'il  amena  au 
secours  des  Français. 

m 

4.  Le  commandant  du  château  de  Gènes  se  nommait  Galeas 
Salazar.  Le  Ghàtelet  était  sous  les  ordres  de  Bernard  de  Las. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  431 

encores  du  tout  guéry*.  Au  retour  du  royaulme  de 
Naples,  le  roy  son  maistre^  j'avoit  retenu  pour  ung 
de  ses  escuyers  d'escuyrie,  attendant  qu'il  y  eust 
quelque  compaignie  de  gens  d'armes  vacquant  pour 
Ten  pourveoir.  Si  pensa  en  soy-mesraes  que  néant- 
moins  qu'il  ne  feust  bien  sain,  si  luy  tourneroit-il  à 
grande  lascheté  où  il  ne  suyvroit  son  prince,  et  ne 
regardant  à  nul  inconvénient,  se  délibéra  marcher 
avecques  luy.  En  deux  ou  trois  jours  eut  donné  ordre 
i^son  cas,  et  se  mist  au  passage  des  montaignes  comme 
les  autres.  Tant  et  si  diligenmient  chemina  l'armée 
qu'elle  approcha  la  ville  de  Gennes,  dont  les  habitants 


i.  Alors  le  noble  Bayard  estoit  à  Lyon  malade  d'une  fiebyre 
qnarte,  laquelle  il  pourta  longtemps,  et  oultre  avoit  a^.bras  dextre 
nng  ulcère  très  mauvais  et  assez  caverneux.  Or  ungiMbrje  donnay 
à  soupper  en  ma  mâiiBj^  audict  capitaine  Bayard  et  à  sa  cousine 
damoiselle  Magdalene  Tarraille,  femme  de  feu  escuyer  noble  Claude 
de  Varey,  panetier  pour  lors  de  la  royne.  Or  advint  au  seoir  en 
souppant  que  je  luy  dictz  :  c  Monsieur  le  capitaine,  je  me  esmer- 
veille  de  vous  qui  estes  fort  malade  de  la  fièvre  et  oultre  avez  au 
bras  ulcère  moult  dangereulx,  comme  voulez  aller  i  Gennes  avec- 
ques le  roy,  entre  ses  montaignes  Pennines,  et  à  la  guerre  vous 
boutter  en  dangier.  »  Si  me  respond  :  «  Certes  vous  dictes  vérité, 
mais  à  la  nécessité  on  ne  doibt  laisser  pour  aulcune  cbose  son 
prince,  et  mieulx  aimeroys  mourir  avecques  luy  que  de  mourir 
ycy  à  bonté,  t  Alors  je  luy  dictz  :  c  Seigneur  capitaine,  au  moins 
jusques  serez  bien  guéry  de  vostre  bras,  aies  après  le  roy,  pour 
n'estre  si  fort  foullé  de  gens,  avec  monsieur  le  légat  d'Amboise 
jusques  à  Gennes  et  entre  cy  et  là  pourrés  estre  guéry  de  vostre 
bras  et  aussi  de  la  fièvre.  —  Certes,  dict-il,  monsieur  mon  amy, 
vous  dictes  très  bien,  mais  une  cbose  je  crainctz  à  merveille;  c'est 
que  les  protbonotaires  qui  suy  vent  monsieur  le  légat  chevauchent 
nng  tas  de  mulles  espaignoles,  lesquelles  ruent  souvent  et  j'ay 
maalvaises  grèves ,  par  quoy  craindroys  plus  les  piedz  des  mulles 
lesquelz  n'ay  pas  acustumé  et  ayme  mieulx  estre  entre  les  cbe- 
vaulx  qui  me  congnoissent,  et  moy  eulx  »  (Cbampier,  fol.  xxvn). 


132  HISTOIRE  DE  BAYART 

furent  fort  estonnéz,  car  ilz  espéroient  en  peu  de  jours 
avoir  gros  secours  du  pape  et  de  la  Romaigne,  mes- 
mement  de  sept  ou  huyt  mille  hommes  qu'on  appelle 
en  Ytalie  bresignelzS  qui  sont  les  meilleurs  gens  de 
pied  qui  soient  aux  Ytales,  et  fort  hardis  à  la  guerre. 
Ce  néantraoins  faisoient  tousjours  leur  debvoir;  et 
mesmement  au  hault  de  la  montaigne,  par  laquelle 
convenoit  aux  François  passer  pour  aller  à  la  viDe, 
avoient  fait  et  construit  ung  fort  bastillon  à  merveilles 
garny  de  bonnes  gens  et  d'artillerie,  qui  donna  Ultre 
d'esbahissement  à  toute  Tarmée;  dont  le  roy  fist 
assembler  les  cappitaines  sçavoir  qu'il  estoit  de 
faire.  Plusieurs  furent  de  diverses  oppinions;  les  ungs 
disoient  que  par  là  se  pourroit  l'armée  mettre  en 
hazart,  et  que  au  hault  pourroit  avoir  grosse  puis- 
sance qu'on  ne  povoit  veoir,  qui  les  pourroient 
repousser,  s'on  y  alloit  foibles,  et  faire  recevoir  une 
honte.  Autres  disoient  que  ce  n'estoit  que  canaille  et 
qu'ilz  ne  dureroient  point.  Le  roy  regarda  le  bon 
chevalier  auquel  il  dist  :  <  Bayart,  que  vous  eo 
semble?  —  Sur  ma  foy,  Sire,  dist-il,  je  ne  vous  en 
sçaurois  encores  que  dire;  il  fault  aller  veoir  qu'ilz 
font  là  hault;  et  de  ma  part,  s'il  vous  plaist  m'en 
donner  congé,  devant  qu'il  soit  une  heure,  si  je  ne 
suis  mort  ou  pris,  vous  en  sçaurez  des  nouvelles.  — 
Et  je  vous  en  prie,  dist  le  roy,  car  assez  vous  entendez 
en  telz  affaires.  »  Ne  séjourna  guères  le  bon  chevalier 
que  avec  plusieurs  de  ses  amys  et  compaignons, 
comme  le  viconte  de  Roddes,  le  cappitaine  Maugiron, 

1.  On  appelait  ainsi  un  corps  d'infanterie,  armé  de  la  pique  et 
combattant  à  la  mode  des  Suisses.  Il  avait  été  formé  par  Alviano, 
général  vénitien  dont  il  sera  parlé  plus  loin. 


PAR  LB  LOYAL   SERVITEUR.  433 

le  seigneur  de  Beaudysner,  le  bastard  de  Luppé*,  et 
plusieurs  autres  jusques  au  nombre  de  cent  ou  six 
vingtz,  entre  lesquelz  estoient  deux  nobles  seigneurs 
de  la  maison  de  Fouez,  les  seigneurs  de  Barbazan  et 
d'Esparros,  enfans  du  seigneur  de  Lautrec^,  qu'il  ne 
fist  sonner  l'alarme.  Tous  assemblez,  conunencea  le 
beau  premier  à  gravir  ceste  montaigne.  Quant  on  le 
veit  devant,  il  fut  assez  qui  le  suyvit,  et  travaillèrent 
fort,  avant  qu'ilz  feussent  parvenuz  jusques  au  hault, 
où  ilz  prindrent  ung  peu  d'aleyne,  puis  marchèrent 
droit  au  bastillon,  où  en  chemin  trouvèrent  forte 
résistance,  et  y  eut  aspre  combat;  mais  enfin  les 
Genevoys  tournèrent  le  dos,  où  après  vouloient  courir 
les  François,  mais  le  bon  chevalier  s'escria  :  <  Non, 
messeigneurs ,  allons  droit  au  bastillon  ;  possible  est 
qu'il  y  a  eacores  des  gens  dedans  qui  nous  pourroient 
enclorre;  il  fault  veoir  qu'il  y  a.  >  A  ce  conseil  se 
tint  ung  chascun  et  y  marchèrent.  Ainsi  qu'il  avoit 
dit  advint,  car  encores  dedans  avoit  deux  ou  trois 
cens  honmies ,  qui  se  misrent  en  deffense  assez  rude 
pour  le  commencement,  mais  enfin  guerpirent^  le  fort 

1.  Gay  Pot,  8'  de  Rhodes,  fils  de  Jean  Pot  et  de  Souveraine  de 
Blanchefort;  il  épousa  Isabeau  de  Saffré. 

Pierre,  dit  Perrot  de  Maugiron,  tué  à  Ravenne  (1512). 

François  de  Gnissol,  s^  de  Beaudinar  et  de  Laleu,  fils  de  Louis  de 
Grussol,  8'  de  Florensac,  et  de  Jeanne  de  Lévis.  Il  épousa  Péronne 
de  Salignac. 

Jean  de  Gaste,  bâtard  de  Luppé. 

2.  Odet  et  André  de  Foiz,  le  premier  s^  de  Barbazan,  puis 
vicomte  de  Lesparre  et  de  Lautrec,  maréchal  de  France,  gouver- 
neur de  Guyenne  et  du  Milanais,  mort  devant  Naples  le  15  août 
1528.  Us  étaient  fils  de  Jean  de  Foiz  et  de  Jeanne  d'Aydée. 

3.  Guerpirent  le,  déguerpirent  du. 


134  msTOmE  de  bayart 

en  fuyant  comme  fouldre  au  bas  de  la  mmitagne  pour 
gaigner  leur  ville.  Ainsi  fut  pris  le  bastillon^  Et 
depuis  ne  firent  les  Genevoys  beau  fait,  ains  se  ren- 
dirent à  la  mercy  du  roy,  qui  y  entra ,  et  fist  aux 
habitans  payer  le  deffiroy  ^  de  son  armée ,  et  à  leurs 
despens  fist  construire  contre  la  ville  ung  fort^chasteau 

1.  Ck)iitra  i  quali  mando  Giamonte  a  combattere  molti  gentiiao- 
mini  e  buon  numéro  di  faataria,  dà  quali  i  Genovesi,  per  la  molti- 
tudine  e  il  ventaggio  del  sito,  si  defendevano  valorosamente  e  con 
danno  non  piccolo  de'  Franzesi  ;  perché  disprezzando  inimici,  oome 
raccolti  quasi  tutti  d'arteûci  e  d'uomini  del  paese,  andavouo 
volonterosamente  non  considerando  la  fortezza  del  luogo  ad  assal- 
targli  ;  e  gia  era  stato  ferito,  benche  non  molto  gravamente,  la 
Palissa  nella  gola.  Ma  Giamonte  volendo  spuntargli  di  quel  laogo 
fece  tirare  ad  alto  due  cannoni  i  quali  battendogli  per  fianco  gli 
sforzano  a  ritirarsi  verso  il  monte,  su'l  quale  era  fimasta  i'altra 
parte  délie  loro  genti  ;  dove  seguitandogli  ordinariamente  i  Fran- 
2iesi,  quegU  che  erano  a  gvardâi  de.Hastione,  ancore  che  per  il  site 
e  per  U  fortificatione  che  v^ra  Bta^fattt,  potessino  sicoramente 
aspettare  Tartigliria,  dubitando  chAlHk  loro  e  la  gente,  ch'era  su'l 
monte  non  entrasse  in  mezzo  quiikûiQ  parte  de  Franzesi,  Tabban- 
donarono  con  somma  infainia.'  lyonde  quegli  che  dal  poggetto 
avevano  cominciato  a  ritirarsi  verso  il  bastione,  vedutoai  ta^ato 
il  cammino,  presono  fuori  délia  strada  consueta  per  haize  et  asph 
precipitii  la  via  di  Genova,  esseudo  nel  ritirarsi  mortidi4orocirca 
a  trecento  (Guichardin,  LVI,  p.  458). 

Ghampier  fait  parler  ainsi  Bayart  au  roi  dans  cette  circonstance  : 
ff  Sire,  je  suys  d'advys  que  devons  hardiment  monter  la  montaigne, 
et  combatre  ses  bourgeois  et  marchans  de  ville,  et  chasser  hors  de 
ce  bastillon  ;  et  moy  avecques  ma  fièvre  quarte  laquelle,  à  mon  foet, 
à  ceste  heure  fut  ailleurs  et  avecques  mon  bras  bien  foble,  je  vealx 
monter  le  premier,  i  Et  puis  dit  au  capitaine  Maugeron  qui  despuis 
mourust  devant  Ravenne:  «  Gapitaine  Maugeron,  venez  avecques 
moy,  car  sousmes  d'ung  pays,  et  longtemps  nous  nous  congnois- 
sons.  Suyvez  moy,  et  si  le  bras  est  foible  si  sera  aujourd'huy  espé- 
rimenté,  quant  aulx  jambes  elles  sont  agilles  et  légières  pour  bien 
monter  »  (Ghampier,  liv.  XXVIII). 

2.  De/froy,  entretien. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  435 

qu'on  nomma  Godefa  ^ .  A  leur  duc  fut  la  teste  couppée 
et  à  ung  autre  nommé  Justinien  ^  ;  bref  ilz  furent  assez 
bien  chastiéz  pour  ung  coup. 

Peu  après  se  virent  le  roy  de  France  et  le  roy  d' Ar- 
ragon,  retournant  de  Naples  en  Espaigne,  en  la  ville  de 
Savonne^,  et  y  estoit  sa  fenwne  Germaine  de  Fouez,  qui 
tenoit  une  merveilleuse  audace;  elle  fistpeu  de  compte 
de  tous  les  François,  mesmement  de  son  frère  le  gentil  duc 
de  Nemours,  dont  ceste  histoire  fera  cy  après  mention. 
Le  roy  de  France  festoya  fort  bien  le  grant  cappitaine 
Gonssalles  Ferrande,  et  le  roy  d'Arragon  porta  gros 
honneur  au  cappitaine  Loys  d'Ars,  et  au  bon  chevalier 
sans  paour  et  sans  reprouche,  et  dist  au  roy  de  France 
ces  motz  :  c  Monseigneur  mon  frère,  bien  est  eureux 
le  prince  qui  nourrist  deux  telz  chevaliers.  »  Les  deux 
princes,  après  avoir  esté  quelques  jours  ensemble, 
prindrent  congé;  Tung  alla  en  Ëspaigne  et  l'autre 
retourna  en  sa  duché  de  Milan. 


CHAPITRE  XXVIII. 

* 
Comment  r  empereur  Maximilian  fist  la  guerre  aux  Véni- 
tiens ;  oii  le  roy  de  France  envoya  le  seigneur  Jehan- 
Jacques  avecques  grosse  puissance  pour  les  secourir. 

Après  la  prinse  de  Gènes  et  la  veue*  des  deux  roys 

1.  Cette  tour  de  Godefa  fat  construite  sous  la  direction  de  Paul 
de  Beusserade,  grand-maitre  de  Tartillehe. 

2.  Demetrio  Giustiniani. 

3.  C'est  dans  cette  entrevue  de  Savone  que  les  deux  rois  jetèrent 
les  bases  de  la  ligue  de  Cambrai  contre  les  Vénitiens. 

4.  Veue,  entrevue. 


136  mSTOlRE  DE  BÀYART 

à  Savonne,  celluy  de  France  repassa  par  sa  ville  de 
Milan,  où  le  seigneur  Jehan-Jacques  luy  fist  ung  des 
triumphans  bancquetz  qui  jamais  fut  veu  pour  ung 
simple  seigneur  ;  car  quant  on  cherchera  bien  par- 
tout, se  trouvera  qu'il  y  avoit  plus  de  cinq  cens  per- 
sonnes d'assiète^  sans  les  dames,  qui  estoient  cent  ou 
six  vingtz.  Et  n'eust  esté  possible  d'estre  mieulx  ser- 
vis qu'ilz  furent  de  metz,  entremetz,  mommeries, 
commédies  et  toutes  autres  choses  de  passe-temps. 
Après  s'en  retourna  le  roy  en  France,  où  Tannée 
ensuyvant  fut  adverty  par  les  Véniciens,  qui  estoient 
ses  alliez,  conunent  l'empereur  Maximilian  descendoit 
en  leur  pays  et  leur  vouloit  faire  la  guerre.  A  ceste 
cause,  par  ung  leur  ambassadeur,  qui  estoit  devers 
luy,  appelle  Messire  Anthonio  Gondelmarre,  luy  fai- 
soient  supplier  leur  donner  secours  ;  ce  qu'il  fist  vou- 
lentiers.  Et  manda  au  seigneur  Jehan-Jacques  y  aller 
avec  six  cens  hommes  d'armes,  et  six  mille  hommes 
de  pied  ;  à  quoy  il  obéyt  ;  et  se  vint  joindre  avec  la 
puissance  desditz  Véniciens  en  ung  lieu  appelé  la 
Pèdre,  où  l'armée  de  l'empereur  estoit  desjà  arrivée, 
qui  eust  bientost  passé  plus  oultre,  n'eust  esté  la 
venue  dudit  seigneur  Jehan-Jacques  qui  Tarresta,  et 
depuis  ne  fist  pas  l'armée  de  l'empereur  grans  choses. 
Véniciens,  qui  sont  subtilz  et  caulx  ',  advisèrent  qu'il 
valloit  mieulx  appoincter  que  d'entrer  plus  avant  en 
la  guerre,  si  en  cherchèrent  le  moyen  tant  qu'enfin  le 
trouvèrent.  Je  croy  bien  qu'ilz  fournirent  quelque 
argent,  car  c'estoit  la  chose  en  ce  monde  dont  ledit 


1.  D'assiète,  assises. 

2.  Caulx,  rusés. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  137 

empereur  Maximilian  estoit  le  plus  soufifreteux.  Si  en 
fist  retourner  son  armée.  Le  seigneur  Jehan-Jacques , 
qui  en  cest  appoinctement  n'avoit  aucunement  esté 
appelle,  n'en  fut  pas  trop  content,  et  dist  bien  au  pro- 
vidadour  de  la  Seigneurie  qu'il  en  advertiroit  le  roy 
son  maistre,  et  que,  à  son  oppinion,  trouveroit  la 
chose  assez  estrange  et  n'en  seroit  pas  content.  Cela 
demoura  ung  peu  en  suspens ,  où  durant  ce  temps  le 
roy  de  France,  Loys  XIP,  alla  faire  son  entrée  en  sa 
ville  de  Rouen  et  sa  bonne  compaigne  la  royne,  qui 
fut  fort  triumphante  ;  car  si  les  gentilzhonmies  y  firent 
leur  debvoir,  les  enfans  de  la  ville  n'en  firent  pas 
moins.  Il  y  eut  joustes  et  tournois  par  l'espace^pDluoiyt 
jours. 

Cependant  se  dressa  quelque  traicté  entre  le 
pape,  l'empereur,  les  roys  de  France  et  d'Ëspaigne, 
où,  pour  y  mettre  fin,  fut,  par  eubc  ou  leurs  ambassa- 
deurs, cdnclud  et  accordé  que  l'on  se  trouverroit  en 
la  ville  de  Cambray  à  certain  jour  par  eulx  pris.  Et  y 
fut  envoyé,  de  la  part  du  roy  de  France,  le  cardinal 
d'Amboise,  légat  oudit  royaulme,  son  nepveu  le  grant- 
maistre  de  France,  seigneur  de  Chaumont,  et  chef  des 
armes  de  la  maison  d'Amboise,  et  plusieurs  autres,  et 
de  chascun  des  autres  princes  ambassadeurs  avec  toute 
puissance.  A  quelle  fin  ilz  conclurent,  n'est  riens 
si  certain  que  cq  fut  pour  ruyner  la  Seigneurie  de 
Venise,  qui,  en  grant  pompe  et  à  peu  de  congnois- 
sance  de  Dieu,  vivoient  glorieusement  et  en  opu- 
lence, faisant  peu  d'estime  des  autres  princes  de 
la  chrestienté,  dont  peult-estre  que  Nostre-Seigneur 
fut  courroucé,  comme  il  apparut;  car,  ains  que  ses 
ambassadeurs  deslogeassent  de  ladite  ville  de  Tournay, 


138  HISTOIRE  DE  BÀYART 

firent  aiiance  amys  d'amys  et  ennemys  d'ennemys 
pour  leurs  maistres ,  et  là  fut  conclud  que  le  roy  de 
France,  en  personne,  passeroit  après  Pasques  Tannée 
ensuyvant  qu'on  diroit  mil  cinq  cens  et  neuf,  eo 
Ytalie,  et  entreroit  au  pays  des  Yéniciens  xl  jours 
devant  que  nuls  des  autres  se  meissent  à  lacampaigne. 
Je  ne  sçay  à  quelle  fin  ilz  avoient  posé  ce  terme, 
sinon  qu'ilz  vouloient  taster  le  gué  ;  et  peult-estre  que 
si  le  roy.de  France  eust  eu  du  pire,  en  lieu  de  courir 
aux  Yéniciens,  eussent  couru  sur  luy-mesmes  ;  car  je 
n'ay  jamais  congneu  qu'il  y  ait  eu  grosse  amytié  entre 
la  laçiiion  de  France  et  la  maison  d'Âustriche,  et 
paressaient  ne  s'accordoient  pas  bien  le  pape  et  le 
roy, de  France.  Bref,  il  me  semble,  à  dire  le  vray, 
qu'ilz  vouloient  faire  essayer  la  fortune  aux  François, 
et  vouloient  jouer  à  ung  jeu  que  jouent  petis  enfans  à 
TescoUe  :  S'il  est  bon  je  leprens;  et  s'il  est  mauvais  je 
le  laisse.  Toutesfois,  si  bien  advint  à  ce  bon  roy  Loys, 
qu'il  exécuta  son  entreprise  à  son  grasit  honneur  et  au 
prouffit  de  ses  alliez,  conune  vous  entendrez. 


CHAPITRE  XXIX. 

Comment  le  roy  de  France  Loys  X//*  fist  marcher  son 
armée  en  Ytalie  contre  les  Yéniciens^  et  de  la  vic- 
toire qu'il  en  obtint. 

Sur  la  fin  de  l'an  mil  cinq  cens  et  huit,  vers  le  moys 
de  mars,  fist  le  roy  de  France  marcher  sa  gendarme- 
rie en  sa  duché  de  Milan,  et  pareillement  ses  avantu- 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  139 

riers  françois,  qui  estoient  en  nombre  de  quatorze  à 
quinze  mille,  lesquelz  il  bailla  à  gouverner  et  conduyre 
à  de  bons  et  vertueux  cappitaines,  tels  que  les  sei- 
gneurs de  Moulart,  de  Richemont,  la  Grote,  le  conte 
de  Roussillon,  le  seigneur  de  Vendenesse,  le  cappi- 
taine  Odet,  le  capdet  de  Duras'  et  plusieurs  autres, 
lesquelz  chascun  en  leur  endroit  misrent  peine  d'avoir 
des  plus  gentilz  compaignons.  Le  bon  chevalier  sans 
paour  et  sans  reprouche  en  ceste  saison  fut  envoyé 
quérir  pss  le  roy,  qui  luy  dist  :  c  Bayart,  vous  sçavez 
que  je  m'en  vois  passer  les  montz  pour  avoir  la  raison 
des  Vénitiens,  qui  à  grant  tort  me  tiennent  la  conté 
de  Crémonne,  la  Géradade*  et  autres  pays;  je  veulx 
qu'en  ceste  entreprise,  combien  que  dès  à  présent 
vous  donne  la  compaignie  du  cappitaine  Chatelart^, 
qu'on  m'a  dit  qui  est  mort  (dont  je  suis  desplaisant). 


i.  Soffrey  AUeman,  8'  du  Molart  et  d*Uriage,  capitaine  de 
4,000  hommes  de  pied,  lieutenant  au  gouvernement  de  Dauphiné, 
fils  de  Guigue  AUeman  et  de  Marie  Grinde  ;  tué  à  Ravenne  (1512). 

Philippe  de  Richemont. 

François  de  Daillon,  s'  de  la  Grotte,  capitaine  de  50  lances,  fils 
de  Jean  de  Daillon,  s'  du  Lude,  et  de  Marie  de  Laval,  fut  tué  à  la 
journée  dé  Ravenne. 

Jacques  de  Bourhon,  comte  de  Roussillon,  ûls  de  Louis,  h&tard 
de  Bourbon,  amiral  de  France. 

Jean  de  Ghabannes,  s'  de  Yendenesse,  frère  de  la  Palisse. 

Gallet  d'Aydie,  vicomte  de  Ribérac,  sénéchal  de  Garcassonne, 
capitaine  des  Gascons,  surnommé  le  capitaine  Odet.  Il  était  fils 
d'Armand  d'Aydie  et  épousa  Anne  de  Pons. 

Jean  de  Durfort,  cadet  de  Duras,  s'  de  Givrac ,  fils  de  Jean  de 
Durfort,  s'  de  Duras,  et  de  Jeanne  de  Rosans. 

2.  Giara  d'Adda,  province  de  Grémone. 

3.  Jean  de  Lay,  s'  du  Ghastellart,  gentilhomme  dauphinois.  Il 
mourut  au  Pont-de-Beauvoisin  au  moment  ot  la  guerre  se  pré- 
parait. 


1 40  HISTOIRB  DE  BÀYAKT 

ayez  soubz  vostre  charge  des  gens  de  pied  et  vostre 
lieutenant,  le  cappitaine  PierrepontS  qui  est  très 
homme  de  bien,  conduira  voz  gens  d'annes.  —  Sire, 
respondit  le  bon  chevalier,  je  feray  ce  qu'il  vous 
plaira  ;  mais  combien  me  voulez-vous  bailler  de  gens 
de  pied  à  conduyre?  —  Mille,  dist  le  roy,  il  n'y  a 
honmie  qui  en  ait  plus.  —  Sire,  dist  le  bon  chevalier, 
c'est  beaucoup  pour  mon  sçavoir,  vous  suppliant  estre 
contant  que  j'en  aye  cinq  cens,  et  je  vous  jure  ma 
foy.  Sire,  que  je  mettray  peine  de  les  choisir,  qu'ilz 
seront  pour  vous  faire  service  ;  et  si  me  semble  que, 
pour  ung  honmie  seul,  c'est  bien  grosse  charge  quand 
il  en  veult  faire  son  debvoir.  —  Bien,  dist  le  roy, 
allez  doncques  vistement  en  Daulphiné,  et  faictes  que 
soyez  en  ma  duché  de  Milan  à  la  fin  de  mars*.  » 

De  tous  les  cappitaines  n'y  eut  celluy  qui  très  bien  ne 
fournist  sa  bende ,  et  en  sorte  firent  que  à  la  fin  de  mars 
ou  au  commencement  d'avril  furent  tous  passez  et  logez 
par  garnisons  ou  duché  de  Milan.  Les  Yéniciens,  desjà 
défiiez  par  le  hérault  Montjoye,  délibérèrent  eulx  def- 
fendre  ;  et  sachans  la  puissance  du  roy  de  France  qui 
n'estoit  point  trop  grande,  car  en  toutes  gens  n'avoit 
que  trente  mille  hommes  dont  il  povoit  avoir  vingt 
mille  hommes  de  pied,  comprins  six  mille  Suysses  et 
deux  mille  hommes  d'armes,  dressèrent  une  fort  gail- 


1.  Pierre  du  Pont,  dit  le  capitaine  Pierrepont,  lieutenant  et 
neveu  de  Bayart  par  Marie  Terrail  sa  mère,  femme  de  Richaid 
du  Pont,  gentilhomme  savoisien. 

2.  On  trouvera  à  Tappendice  Pordonnance  du  roi,  datée  du 
12  janvier  1508,  prescrivant  une  levée  de  gens  de  pied,  suivie  de 
la  promesse  de  Bayart  et  de  cinq  autres  capitaines  de  se  confor- 
mer aux  prescriptions  qui  y  sont  contenaes. 


PAR  LB  LOYAL  SERVITEUR.  441 

larde  armée,  où  ilz  eurent  plus  de  deux  mille  hommes 
d'armes  et  bien  trente  mille  honunes  de  pied.  Leur 
chef  pour  les  conduyre  estoit  le  conte  Petilane,  et  le 
cappitaîne  général  de  leurs  gens  de  pied  estoit  le  sei- 
gneur Berthelome  d'Alvyano^  qui  entre  autres  gens 
en  avoit  une  bonne  bende  de  ses  bresignelz ,  qui  por- 
toient  sa  livrée  de  blanc  et  rouge,  tous  gentilz  compai- 
gnons  et  nourriz  aux  armes.  Je  ne  vous  feray  long 
récit  des  courses,  allées  et  venues .;  mais  enfin  le  roy 
de  France,  ayant  passé  les  montz  et  arrivé  en  sa  ville 
de  Milan,  entendit  que  les  Yéniciens  avoient  repris 
Trévy,  une  petite  villete  de  la  rivière  d'Ade,  que  puis 
peu  de  jours  devant  le  grant-maistre  seigneur  de 
Ghaumont  avoit  prise  sur  eulx,  avecques  les  cappi- 
taines  Molart,  la  Grote,  Richement  et  le  bon  chevalier, 
qui  avecques  leurs  gens  estoient  passez  des  premiers. 
En  laquelle  ville  de  Trévy  les  Yéniciens,  parce  qu'elle 
s'estoit  tournée  françoise,  misrent  le  feu,  enune- 
nèrent  les  gens  de  cheval  tous  prisonniers,  dont  estoit 
chief  le  cappitaine  Fontrailles  ;  aussi  fut  prisonnier  le 
cappitaine  de  la  Porte,  le  seigneur  d'Estançon  et  deux 
autres  cappitaines  de  gens  de  pied,  le  chevalier  Blanc 
et  le  cappitaine  Ymbault  '.  Ainsi  ces  nouvelles  sçeues 

1.  Nicolas  Orsîni,  comte  de  Petigliano,  fils  d'Aldobrandino 
Orsini  et  de  Simone  de  Gonzague  :  il  épousa  Hélène  Gonti  et 
mourut  en  1509. 

Barthélemi  Alviano,  général  en  chef  des  troupes  de  Venise,  qui 
plus  tard,  allié  de  la  France,  décida  par  son  arrivée  sur  le  champ 
de  bataille  la  victoire  de  Marignan.  Il  mourut  en  1515. 

2.  André  de  la  Porte,  s'  de  TArtandière,  du  Dauphiné. 

Jean  d'Ëstanson,  s'  de  la  Boulaie,  chambellan  du  roi,  capitaine 
de  50  hommes  d'armes;  il  épousa  Jeanne  de  Rosnivinen. 
Antoine  de  Morard  d'Arces,  dit  le  Chevalier  Blanc,  s'  de  la 


148  HISTOIRE  DE  BAYART 

par  ledit  seigneur,  marcha  droit  à  Gassan,  où  il  fist 
incontinent  sur  ceste  rivière  d'Âde  dresser  deux  pontz 
sur  bateaulx,  où  par  l'ung  faisoit  passer  les  gens  de 
cheval,  par  l'autre  les  gens  de  pied,  et  luy-mesme, 
armé  de  toutes  pièces,  y  faisoit  tenir  l'ordre.  L'armée 
passée,  le  lendemain  fut  prise  une  petite  ville  app^llée 
Rivolte,  et  mise  à  sac;  et  deux  jours  après  en  ung 
village  nonuné  Aignadel  au  partir  d'ung  autre  appelé 
Paudin  ^ ,  se  rencontrèrent  les  deux  armées  des  Fran- 
çois et  Yéniciens.  Et  combien  que  les  cappitaines  conte 
de  Petilano  et  le  seigneur  Berthelome  d'Âlvyano  eus- 
sent exprès  conmiandement  de  leur  Seigneurie  ne 
donner  point  de  bataille  au  roy,  ains  seullement  tem- 
poriser à  garder  les  villes  et  chasteaulx  affîn  de  les 
myner  par  fascherie  et  longueur  de  temps,  icelluy 
d'Alvyano,  plus  hardy  que  bien  advisé,  se  voulut 
adventurer,  pensant  en  luy-mesmes,  conune  présump- 
tueux,  qu'il  ne  sçauroit  jamais  avoir  plus  grant  hon- 
neur, à  perte  ou  à  gaigne,  que  d'avoir  combatu  ung 
roy  de  France;  et  voulant  essayer  sa  fortune,  s'en 
vint  droit  au  combat,  où  il  y  eut  dur  assault  et  mortel 
encombre;  car,  à  vray  dire,  en  la  première  pointe  se 
monstrèrent  très  bien  les  gens  de  la  Seigneurie.  Durant 
ce  combat,  le  seigneur  Berthelome  va  adviser  l'arrière- 
garde  des  François,  dont  estoit  le  bon  chevalier,  qui 

Bastie  de  Meylan,  capitaine  de  500  hommes  de  pied,  puis  lieute- 
nant général  du  royaume  d'Ecosse  après  la  bataille  de  Flodden- 
feld,  qui  coûta  la  vie  au  roi  Jacques  IV.  Il  fut  assassiné  par  des 
gentilshommes  écossais  en  1521. 

Ymbault  ou  Humbert  de  Rivoire,  s'  de  Romagneu,  capitaine 
de  500  hommes  de  pied. 

1.  Rivolta,  Agnadello  et  Pandino,  bourgs  dans  le  territoire  de 
Grema. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  143 

marchoit  d'ung  désir  merveilleux,  en  passant  fossez 
plains  d'eaue  jusques  au  cul,  laquelle  luy  venoit  don- 
ner sur  ung  des  costez  qui  fort  esbayrent  luy  et  sa 
rotte^  N'onques  puis  ne  firejod^grant  effort,  ains  furent 
rompus  et  du  tout  <ic4NJP^f^^  rouges  et  blancs^ 
demourèrent  sur  le  cbiÉ^py^* ï^dit  d' Al vyaQOj»  jsprès 
avoir  esté  blessé  en  plusieurs  lieux,  fut  pris  priisonnier 
du  seigneur  de  Vendenesse,  ung  droit  ^  petit  lyon, 
frère  du  gentil  seigneur  de  la  PaUsse.  Le  conte  Peti- 
lano,  voyant  ses  gens  de  pied  deffaietz,  ne  voulut  plus 
tempter  la  fortune,  et  à  *  toute  sa  gendarmerie  se  retira 
ung  petit  bien  tost.  Il  eut  la  chasse,  mais  peu  y  en 
demoura,  car  les  gens  de  pied  amusèrent  les  François, 
lesquelz,  après  avoir  fait  leur  devoir,  se  retirèrent 
chascun  à  son  enseigne  à  peu  de  donmiage.  De  leurs 
ennemys  en  demoura  quatorze  ou  quinze  mille  sur  le 
camp.  Le  seigneur  Berthelome  fut  mené  prisonnier  au 
logis  du  roy;  lequel  après  disner  fist  faire  ung  faulx 
alarme  pour  congnoistre  si  ses  gens  seroient  diligens 
si  ung  affaire  venoit.  On  demanda  à  ce  seigneur 
d'Alvyano  que  ce  pouvoit  estre  ;  il  fist  responce  en 
son  langaige  :  «  Il  fault  dire  que  vous  voulez  com- 
batre  les  ungs  contre  les  autres,  car  de  noz  gens  je 
vous  asseure  sur  ma  vie  qu'ilz  ne  vous  visiteront  de 
quinze  jours.  »  Et  en  se  mocquant,  congnoissant  sa 
nation,  disoit  ces  parolles.  Ladicte  bataille  fut  le  qua- 
torziesme  jour  de  may  mil  cinq  cens  et  neuf  ^. 


1.  Botte,  troupe.  ^- 

2.  Les  bresignels. 

3.  Droit,  vrai.  . 

4.  A,  avec.      * 

5.  Questa  fu  la  giomata  famosa  di  Giaradadda,  o  corne  altri 


444  HISTOIRE  DB  BAYART 


CHAPITRE  XXX. 

Comment  le  roy  de  Frakce  Ims  XW  gaigna  toutes 
les  villes  et  places  des  Véimiens  jusques  à  Pes- 
quere. 

Le  roy  de  France  séjourna  ung  jour  ou  deux  ou 
camp  de  la  bataille  ;  cependant  le  chasteau  de  Gazavas  * 
se  voulut  faire  batre  d'artillerie,  mais  en  deux  heures 
il  fut  emporté ,  et  y  eut  quelques  rustres  dedans  pris, 
lesquelz  essayèrent  si  leur  col  pourroit  par  force  em- 
porter ung  créneau.  Gela  espovanta  ceulx  qui  estoient 
aux  autres  places,  de  sorte  qu'oncques  ^uis  ne  se 
trouva  ville  ny  aucune  forteresse  qui  voulsistcombatre, 
excepté  le  chasteau  de  Pesquere^  ;  dont  mal  en  print  à 
ceulx  de  dedans,  car  tous  y  moururent  ou  peu  en 
eschappa  qui  furent  prins  prisonniers ,  entre  lesquelz 
estoit  ung  providadour  de  la  Seigneurie  et  son  filz,  qui 
voulurent  payer  bonne  et  grosse  rançon  ;  mais  cela  ne 
leur  servit  de  riens,  car  chascun  à  ung  arbre  furent 
tous  deux  penduz,  qui  me  sembla  grande  cruaulté.  Ung 
fort  gaillart  gentilhonmie,  qu'on  appelloit  le  Lorrain, 
avoit  leur  foy,  et  en  eut  grosses  paroUes  avecques  le 
grant-maistre,  lieutenant  général  du  roy  ;  mais  il  n'en 
amenda  d'autre  chose.  Le  roy  de  France  se  logea  au- 

chiamano  di  Vailà.  Per  memoria  délia  quale  il  re  fece,  nel  luogo 
ove  si  era  combattuto,  edificare  una  cappella,  onorandola  col  nome 
di  Santa  Maria  délia  Vittoria  (Guichardin,  1.  Vm,  c.  2). 

1.  CaravaggiOf  à  4  1.  de  Grema. 

2.  Peschiera^  sur  le  lac  de  Garde,  province  de  Vérone. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  145 

dit  Heu  de  Pesquere,  après  avoir  eu  en  ses  mains 
toutes  les  villes  et  places  par  luy  querellées  * ,  comme 
Crémonne,  Crème  2,  Bresse,  Bergame  et  cent  autres 
petites  villes,  que  toutes  il  eut  en  cinq  ou  six  jours, 
excepté  le  chasteau  de  Crémonne,  qui  tint  quelque 
temps,  mais  enfin  se  rendit.  Et  bien  fist  davantage 
ledit  prince,  car  par  le  moyen  de  la  bataille  qu'il  gai- 
gna,  fut  rendu  au  pape  JuUes,  Ravenne,  Fourly, 
Ymole,  Fayence^,  et  plusieurs  autres  places  que  les- 
ditz  Véniciens  tenoient  en  Rommaigne ,  et  au  roy 
d'Espaigne,  en  son  royaulme  de  Naples,  Brindis  *  et 
Otrante,  et  à  luy-mesmes  furent  présentées  les  clefz 
des  villes  de  Véronne,  Vincence  et  Padoue,  mais  il 
les  mist  entre  les  mains  de  l'empereur  qui  les  querel- 
loit.  Toutesfois  il  ne  garda  guères  bien  les  aucunes , 
dont  mal  luy  en  print,  comme  vous  verrez  cy-après. 
Sur  ces  entrefaictes,  le  reste  de  l'armée  des  Véniciens 
bien  estonnée,  se  retira  vers  le  Trévizan  et  le  Fryol, 
cuydans  que  tousjours  on  les  deust  suyvre,  ce  qui  ne 
se  fist  pas,  qui  fut  gros  malheur  pour  l'empereuri 
lequel  de  jour  en  jour  s'attendoit  par  le  roy  de  France 
en  ceste  petite  ville  de  Pesquere,  car  prrâiiâ  avoit  se 
trouver  dedans  ung  vaisseau,  acompaigné  comme  bon 
luy  eust  semblé,  sur  ung  lac  qui  environne  partie  de 
ladicte  ville  de  Pesquere,  pour  parlamenter  ensemble 
plus  amplement  de  leurs  affaires;  et  à  ceste  cause 

ti  *-" 
i.  Querellées,  réclamées.  •/  . 

2.  Crema,  dans  la  province  de  Crémone. 

3.  For/i,  chef-lieu  de  la  provinoe^de  ce  nom.  —  Imola,  ville  de 
la  province  de  Bologne.  —  Faenza^  ville  de  la  province  de 
Ravenne. 

4.  Brindisi^  ville  de  la  Terre  d'Otrante. 

10 


1i6  mSTOIRE  DE  BAYART 

avoit  esté  envoyé  vers  luy  le  légat  d'Âmboise  juaques 
à  RouvrayS  mais  oncques  ne  le  sœut  amener.  Par- 
quoy,  après  son  retour,  et  qu'il  eut  amené  l'évesque 
de  Gurse^,  ambassadeur  pour  ledit  empereur,  devers 
le  roy  de  Fraoûe,  .lequel  vint  tellement  quellement 
excuser  son.imurti!»»  s'en  retourna  par  ses  journées  à 
Milan  au  oommehoement  de  juillet. 

Gepend^t  la  ville  de  Padoue,  en  laquelle  Fem- 
pereur  avoit  seullement  envoyé  huyt  bens  lansque- 
netz  pour  la  garde,  laquelle  a  six  mille  de  tour, 
fut  reprise  par  les  gens  de  la  Seigneurie  de  Venise; 
et  y  entra  messire  André  Grit  ^  avecques  ung 
autre  cappitaine  appelle  messire  Luce  Mallevèche*, 
par  une  subtillité  telle  que  je  vous  diray.  Touft- 
jours  avoient  les  Véniciens  quelque  intelligence  eo 
la  ville ,  et  fault  bien  noter  une  chose  :  qu'oncques 
seigneurs  ne  furent  sur  la  terre  plus  ayméz  de  leurs 
sucyectz  qu'ilz  ont  tousjours  esté,  et  seullement  pour 
la  grande  justice  en  quoy  ilz  les  maintiennent.  Or, 
entendez  sur  le  commencement  de  juillet,  qui  est  le 
temps  que  pour  la  seconde  fois  on  fauche  les  foings  eo 
YtaHe,  ung  mardy  matin,  s'estoient  venuz  embuscher, 
à  ung  gect  d'arc  de  ladicte  ville ,  qui  est  à  Tentour 
plaine  d'arbres,  tellement  qu'on  ne  sçauroit  veoir 
guères  loing,  lesditz  cappitaines  messire  André  Grit  et 
messire  Luce  Mallevècbe,  avecques  quatrç«enshonunes 


■k. 


1 .  Rovere  di  Vélo,  vuèe  de  la  province  de  Vérone. 

2.  Mathieu  Langea,  évoque  de  Gurk  (lilyrie),  secrétaire  parti- 
culier de  l'empereur  MtximilioA.  ^ 

3.  André  Gritti,  qui  fut  plus  lùtd  7l523)  doge  de  Venise  ei  mou- 
rut en  1539. 

4.  Lucio  Malvttza,  d'une  familia  noble  de  Bologne. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  147 

d'armes  et  deux  mille  hoi^^  de  pied.  Or,  en  ceste 
ville  de  Padoue,  chascun  jdtfMe  recueilloit  ordinaire- 
ment force  foings,  et  en  ce  qtiartier-là  font  les  charre- 
tées grandes,  de  sorte  que  au  passer  en  une  porte  elles 
y  entrent  quasi  à  force.  Le  jour  de  leur  embusche, 
dès  le  point  du  jour,  ses  charrettes  commençoient  à 
entrer  dedans  ladicte  ville.  Quant  quatre  eurent  passé, 
après  la  cinquiesme  venoient  six  hommes  d'armes 
v^fiîciens,  et  derrière  chascun  de  leurs  chevaulx  ung 
hmfme  de  pied  garny  de  bacquebute  toute  chaînée,  et 
parmy  eulx  avoient  une  trompette  pour  sonner  incon^ 
tinent  qu'ilz  auroient  gaigné  la  porte,  affin  que  la 
grosse  force  qui  estoit  en  embusche  vint.  Si  peu  de 
lansquenetz  qui  estoient  dedans  la  ville  faisoient  fort 
bon  guet  et  ne  tenoîent  que  deux  portes  ouvertes,  où 
pour  le  moins  y  avoit  tousjours  à  chascune  trente 
honunes  de  garde.  11  y  avoit  ung  gentilhommç  de  la 
ville,  nommé  messire  Geralde  Magunp,  qui  estoit 
adverty  par  la  Seigneurie  de  ceste  entreprise,  et  avoit 
en  charge  que  quant  il  verroit  l'affaire  ocMamencé,  se 
devoit  mettre  en  armes  et  tous  cenlx  qui  t^noient  leur 
party .  Geate  cinquiesme  charrette  vint  à  passer,  laquelle 
entré, sesmhommesd'armes qui  suyvoient  comraen- 
cèrent  à  crier  :  <  Marco  !  Marco  !  »  Leurs  gens  de  pied 
se  gectèrent  à  terre  et  deschargèrent  leurs  hacque- 
butes  de  sorte  que  chascun  tua  son  honmie,  car  ilz 
tiroient  en  bute.  Les  povres  lansquenetz  qui  se  virent 
surpris  ftirent  bien  estonnez  ;  toutesfois  ilz  se  misrent 
en  deffence  et  sonnèrent  l'alarme.  Gela  leur  valut  peu, 
car  incontinent  que  la  trompette  eust  été  entendue,  la 
grosse  flote  va  venir  faisant  ung  bruyt  merveilleux,  en 
cryant  :  <  Marco!  Marco!  Ytalie!  Ytalie!  »  D'une  autre 


148  mSTOIRE  DE  BAYART 

part,  ce  gentilhomme  messire  Geraldo  Magurin  avoit 
fait  son  effort  en  la  ville .  dont  des  maisons  sortirent 
plus  de  deux  mil  honmies  armez,  avecques  ronçons  * 
et  javelines,  de  façon  que  les  lansquenetz  ne  sceureM 
que  faire,  sinon  qu'ilz  se  serrèrent,  et  tous  ensemble 
se  vont  gecter  en  la  place,  où  ilz  se  misrent  en  bataille. 
Ne  demoura  guères  qu'ilz  ne  feussent  assailliz  en  deux 
ou  trois  lieux  ;  mais  oncques  gens  ne  se  deffendirent 
mieulx,  car  ilz  furent  plus  de  deux  heures  devant 
qu'on  les  sceust  rompre.  Enfin  il  vint  tant  de  gens 
qu'ilz  ne  peurent  plus  soutenir  le  fès.  Hz  furent  envers, 
rompuz  et  tous  mis  en  pièces,  sans  que  jamais  eo 
feust  pris  ung  à  mercy,  qui  fut  grosse  pitié  ;  mais  ilz 
vendirent  bien  leur  vie,  car  d'entre  eulx  ne  peut  mou- 
rir que  ce  qui  y  estoit,  mais  ilz  tuèrent  plus  de  quinze 
cens  hommes,  tant  de  la  ville  que  des  gens  de  guerre. 
Toutesfois  la  ville  de  Padoue  fut  prise,  en  laquelle 
bientost  après  survint  le  conte  Petilano,  qui  onist 
grosse  diligence  pour  la  faire  ramparer  et  fortifïier, 
bien  considérant  qu'elle  feroit  bon  besoing  à  la  sei- 
gneurie. Ces  nouvelles  vindrent  aux  oreilles  de  l'em- 
pereur, qui  cuyda  désespérer,  et  fist  veu  à  Dieu  qu'il 
s'en  vengeroit  et  que  luy-mesmes  yroit  en  personne  ; 
ce  qu'il  fist.  Il  escripvit  unes  lettres  au  roy  de  France, 
qui  estoit  encores  à  Milan ,  que  son  plaisir  feust  luy 
ayder  de  cinq  cens  hommes  d'armes  pour  trois  moys, 
à  ce  qu'il  peust  mettre  les  Yéniciens  à  la  raison, 
ce  qui  luy  fut  accordé,  et  s'ensuyvit  ce  que  vous 
orrez. 

i.  Ronçon,  épieu. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  149 


CHAPITRE  XXXI. 

Comment  le  roy  de  France  envoya  le  seigneur  de  la 
Palisse  au  secours  de  T  empereur  avecques  cinq  cens 
hommes  d'armes  et  plusieurs  cappitaines^  desqueh 
estoit  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche. 

Quand  le  roy  de  France  entendit  que  Padoue  estoit 
révoltée,  fut  bien  marry,  et  encores  plus  de  ce  que 
c'estoit  par  la  faulte  de  l'empereur,  qui  pour  garder 
une  telle  ville  avoit  seulement  envoyé  huyt  cens  lans- 
quenetz.  Toutesfois,  à  la  requeste  dudit  empereur, 
commanda  au  seigneur  de  la  Palisse  qu'il  print  cinq 
cens  des  plus  gaillards  bonmies  d'armes  qui  feussent 
en  Ytalie,  et  qu'il  s'en  allast  au  service  de  l'empereur, 
qui  descendoit  au  Padouan.  Ledit  seigneur  qui  ne 
demandoit  que  telles  commissions,  car  c'estoit  toute 
sa  vie  que  la  guerre,  délibéra  faire  son  préparatif,  et 
ainsi  qu'il  sortoit  du  chasteau  de  Milan,  trouva  le  bon 
chevalier  auquel  il  dist  :  <  Mon  compaignon,  mon 
amy,  voulez-vous  pas  que  nous  soyons  de  compa- 
gnie? »  Si  luy  déclaira  l'affaire  plus  au  long.  Il  qui  ne 
demandoit  pas  mieulx,  mesmement  d'estre  en  sa 
compaignie,  gracieusement  luy  respondit  qu'il  estoit 
à  luy,  pour  en  disposer  à  son  plaisir.  De  ceste 
mesme  entreprise  furent  le  baron  de  Béarn  qui  mena 
une  partie  de  la  compaignie  du  duc  de  Nemours,  le 
baron  de  Conty  qui  avoit  cent  hommes  d'armes,  le 
seigneur  Theode  de  Trévolz,  le  seigneur  JuUes  de 
Sainct-Séverin,  le  seigneur  d'Ymbercourt,  le  cappi- 


150  HISTOIRE  DE  BAYART 

taine  la  Glayete,  le  seigneur  de  la  Grote,  lieutenant 
du  marquis  de  Montferrat^  et  le  bon  chevalier.  Aveo- 
que3  lesquelz  cinq  cens  hommes  d'armes  se  misrent 
en  compaignie  plus  de  deux  cens  gentilzhommes,  et 
entre  autres  le  fîlz  aisné  du  seigneur  de  Bucy  ^,  cousin 
germain  du  grant-maistre  seigneur  de  Cbaumont,  qui 
luy  bailla  vingt  de  ses  hommes  d'armes  et  deux  gail- 
lara  gen&ilzhommes,  Tung  appelle  le  seigneur  Bonnet', 
Breton,  très  renommé  chevaKàr,  et  l'autre  le  seigneur 
de  Myponft)  du  duché  de  BoUiPgoligne,  lesquelz  le  bon 
chevalier  tenoit  avecques  luy  comme  ses  frères,  et 
fort  les  honnoroit  pour  la  grande  prouesse  quil  sça- 
voit  en  eulx.  Le  cas  du  gentil  seigneur  de  la  Palisse 
prest,  commencea  à  marcher  avecques  ses  aompai- 

i.  Gaston  de  Foix,  duc  de  Nemon»,  gouverneur  du  Dauphiné, 
fils  de  Jean,  comte  de  Foiz,  et  -da.  Ifarie  d'Orléans.  Tué  à  la 
journée  de  Ravenne,  en  1^2,  à  l'Agé  dft.24  ans. 

Frédéric  de  Mailly,  baron  de  CSond,  tchanson  du  roi,  sénéchal 
d'Anjou,  fils  d'Adrien  de  Mailiy  et  de  Jflpine  de  Bergues,  épousa 
Louise  de  Montmorency  et  Ait  toé  fl^^ftiS  au  siège  de  Milan. 

Théodore  Trivulce,  comte  d»  lit  mrie  et  de  Pizzetone,  capi- 
taine de  iOO  lances,  puis  maréchal  de  France  et  gouverneur  de 
Lyon,  neveu  de  J.-J.  Trivulce,  fils  de  Pierre  Trivoioe  et  de 
Laure  de  Bossis  ;  il  épousa  Bonne  de  Bevilaqua  et  mourut  en 
IMI. 

^  Jules  de  Saint-Séverin,  fils  de  Galeas  de  Saint-Séverin,  grand 
écuyer  de  France,  et  d'une  fille  de  Louis  le  More,  duc  de  MUan. 

Marc  de  Ghantemerle,  bâtard  de  la  Clayette,  fils  de  Hugues  de 
Ghantemerle. 

Guillaume  Paléologue,  marquis  de  Montferrat,  fils  de  Boniface 
et  d'Hélène  de  Brosse,  épousa  Anne  d'Alençon,  puis  Marie  de 
Foix,  et  mourut  à  Tàge  de  30  ans,  en  1518. 

2.  Jean  d'Amboise,  s'  de  Bussy,  conseiller  et  chambellan  du 
roi. 

3.  Jacques  Bonnet,  s'  de  Mazuel,  fils  de  Charles  Bonnet  et  de 
Catherine  de  Mardllac,  épousa  Marguerite  de  Ferrariol. 


PAR   LE  LOYAL  SERVITEUR.  151 

gnons  et  se  tira  droit  à  Pesquere.  Cependant  le  roy 
de  France  print  son  chemin  à  son  retour  en  son 
royaulme,  laissant  sa  duché  et  ce  qu'il  avoit  conquis 
sur  ses  ennemys  paisible. 

Il  fault  sçavoir  que,  incontinent  que  les  Yéni- 
ciens  eurent  repris  Padoue,  s'en  allèrent  courir 
jusques  devant  Yincence,  qui  incontinent  se  re- 
tourna ;  aussi  n'est-elle  pas  ville  pour  tenir  contre 
puissance.  Hz  en  voulurent  autant  faire  de  Yéronne, 
mais  le  bon  seigneur  de  la  Palisse  qui  en  avoit 
esté  adverty  deslogea  avecques  ses  compaignons  deux 
heures  devant  jour  d'ung  lieu  appelle  Yillefranche  * , 
et  se  vint  présenter  devant  la  ville,  qui  leur  donna 
craincte,  et  par  ce  moyen  s'en  retournèrent  lesditz 
Yéniciens  vers  Yincence;  mais  s'ilz  eussent  pu  gai- 
gner  Yéronne,  le  secours  du  seigneur  de  la  Palisse 
s'en  pouvoit  bien  retourner,  car  la  ville  est  forte  et 
passe  par  dedans  une  rivière  fort  impétueuse,  telle- 
ment que,  sans  autre  effort  que  de  gendarmerie, 
n'eust  pas  esté  rendue  si  tost.  Bien  en  print  au  sei- 
gneur de  la  Palisse  de  sa  bonne  diligence,  mesmement 
de  celle  du  bon  chevab'er,  qui  tousjours  menoit  les 
coureurs.  Il  n'avoit  alors  que  trente  hommes  d'armes 
soubz  luy,  mais  il  en  y  avoit  vingt  et  cinq  qui  méri- 
toient  d'estre  cappitaines  de  cent.  Toute  ceste  troppe 
de  gendarmerie  entra  dedans  Yéronne,  où  l'évesque 
de  Trente  ^,  qui  y  estoit  pour  l'empereur,  les  receut  à 
grant  joye,  car  il  avoit  eu  belle  peor.  Ilz  furent  seule- 
ment deux  jours  dedans  la  ville,   fort  bien  festoyez 


i .  Villa franca  di  Verona,  ville  de  la  province  de  Vérone. 
2.  Georges  de  Neideck. 


152  HISTOIRE  DE  BÂYART 

des  habitans  et  puis  tirèrent  vers  Vinoenoey  où  incon- 
tinent que  ceulx  que  la  Seigneurie  y  avoit  mis  le  sceu- 
rent,  deslogèrent  et  se  retirèrent,  les  ungs  à  Padoue, 
Jes  autres  à  Trévize.  Dedans  Yincence  Ait  le  seigneur 
de  la  Palisse  et  ses  compaignons  cinq  ou  six  jours, 
attendans  quelques  nouvelles  de  l'empereur,  lequel  on 
disoit  estre  desjà  aux  champs.  Quant  ilz  virent  qu'il 
n'approchoit  point,  partirent  de  Vincence  et  allèrent 
en  ung  gros  village  appelle  Castel-Franc  S  où  ilz  séjour- 
nèrent quinze  jours  ;  cela  estoit  à  dix  mille  de  Padoue. 
Cependant  arriva  au  camp  des  François  le  seigneur 
du  Ru  avecques  quelques  honunes  d'armes  bour- 
gongnons  et  environ  six  mille  lansquenetz,  que  con- 
duysoit  ung  seigneur  d'Almaigne,  gentil  prince  et 
hardy,  entreprenant  à  merveilles,  comme  il  a  monstre 
tant  qu'il  a  vescu;  on  l'appelloit  le  prince  de  Hanno^. 
Au  conunencement  d'aoust  arriva  l'empereur  au  pied 
de  la  montaigne,  au  dessoubz  d'ung  chasteau  appelle 
Bassan^,  et  tout  son  équipage  après  luy,  lequel,  com- 
bien qu'il  n'y  eust  pas  grande  montaigne  à  passer, 
demeura  huyt  jours  entiers  avant  qu'il  feust  en  la 
plaine.  L'empereur  veit  le  seigneur  de  la  Palisse  et 
les  cappitaines  françois  ausquelz  il  fist  très  bonne 
chère.  Geste  veue  première  fut  auprès  d'une  petite 
ville  appellée  Aest*,  dont  les  ducz  de  Ferrare  portent 
le  surnom.  Pour  lors  y  avoit  ensemble  une  des  belles 
armées  qu'on  eust  veue  cent  ans  auparavant. 

i.  Castelfranco,  à  5  lieues  de  Trévise. 

2.  Rudolphe,  prince  d'Anhalt,  fils  de  Greorges,  prince  d'Anhalt. 

3.  Bassano,  à  6  lieues  de  Vicence. 

4.  Aest,  Este. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  153 


CHAPITRE  XXXII. 

Comment  Vempereur  Maximilian  alla  mettre  le  siège 
devant  Padoue,  et  ce  qu'il  advint  durant  icelluy. 

L'empereur  se  fist  longuement  attendre,  dont  il 
ennuyoit  aux  François  ;  mais  vous  devez  aussi  entendre 
qu'il  arriva  en  la  plaine  en  empereur ,  et  si  sa  puis- 
sance eust  bien  voulu  faire  son  debvoir,  c'estoit  assez 
pourconquester  ung  monde.  Parquoy  estbienreqjflfeque 
son  équipage  soit  inscript,  qui  tel  estoit.  Il  ap9xit  cent 
six  pièces  d'artillerie  sur  roue,  dont  la  moindre  éstoit 
ung  faulcon,  et  six  grosses  bombardes  de  fonte  qui  ne 
se  povoient  tirer  sur  affiist,  mais  estoient  portées 
sur  chascune  une  puissante  charrette,  chargées  aveo- 
ques  engins,  et  quant  on  vouloit  faire  quelque  baterie, 
on  les  descendoit,  et  quant  elles  estoient  à  terre,  par 
le  devant  avecques  ung  engin  on  levoit  ung  peu  la 
bouche  de  la  pièce,  soubz  laquelle  on  mettoit  une 
grosse  pièce  de  boys,  et  derrière  faisoit-on  ung  mer- 
veilleux taudis  \  de  peur  qu'elle  ne  reculast.  Ces 
pièces  portoient  bouletz  de  pierre,  car  de  fonte  on 
ne  les  eust  sceu  lever,  et  ne  pouvoient  tirer  que 
quatre  fois  le  jour  au  plus.  Il  avoit  en  sa  compaignie 
que  ducz,  contes,  marquis,  et  autres  princes  et  sei- 
gneurs d'Almaigne  bien  six  vingtz,  et  environ  douze 
mille  chevaulx,  cinq  ou  six  cens  honunes  d'armes 
bourguignons  et  hennuyers  ;  de  gens  de  pied  lansque- 

1.  Taudis,  amas  de  matériaux  de  toute  sorte. 


154  mSTOIRE  DE  BAYART 

netz,  ilz  estoient  sans  nombre,  mais  par  estimation 
on  les  prenoit  à  plus  de  cinquante  mille.  Le  cardinal 
de  Ferrare  *  vint  pour  son  frère  au  secours  dudit  em- 
pereur, qui  amena  douze  pièces  d'artillerie,  cinq  cens 
cbevaulx  et  trois  mille  honmies  de  pied  ;  et  autant  ou 
peu  moins  en  amena  le  cardinal  de  Manthoue  ^.  Bref, 
avec  les  honmies  d'armes  firançois,  on  tenoit  ou  camp 
y  avoir  cent  mille  combatans.  Ung  grant  de&ult  estoit 
quant  à  Tartillerie,  car  il  n'y  avoit  équipage  que  pour 
la  moytié,  et  quant  on  marchoit,  estoit  force  que 
partie  de  l'armée  demourast  pour  la  garder  jusques  à 
ce  que  la  première  bende  feust  descbargée  au  camp 
où  on  vouloit  séjourner,  et  puis  le  charroy  retournoit 
quérir  l'autre,  qui  estoit  grosse  fascberie.  Ledit  em- 
pereur se  levoit  fort  matin,  et  incontinent  faisoit 
marcher  son  armée,  et  ne  se  logeoit  voulentiers  qui' 
ne  feust  deux  ou  trois  heures  après  midy,  qui  n'estoit 
pas,  veu  la  saison,  pour  refreschir  les  gens  d'armes 
soubz  leur  armet.  Le  premier  camp  qu'il  fist  fut  près 
du  palais  de  la  royne  de  Ghippre^,  distant  de  Padoue 
huyt  mille,  où  arriva  le  seigneur  de  Meillault  ^,  ung 

1.  Hippolyte  d'Esté,  cardinal,  fils  d'Hercule  I*'  et  firère  d'Al- 
phonse I«',  ducs  de  Ferrare.  Il  fut  archevêque  de  Milan,  de  Nar- 
bonne,  etc.,  et  mourut  le  3  septembre  1520. 

2.  Sigismond  de  Gonzague,  cardinal,  fils  de  Frédéric  et  frère 
de  François,  tous  deux  marquis  de  Mantoue.  Mort  en  1525. 

3.  Qui,  qu'il. 

4.  Catherine  Gomaro^  dernière  reine  de  Ghypre,  fille  de  Marco 
Gomaro  et  femme  de  Jacques,  roi  de  Ghypre.  Elle  avait  cédé  aux 
Vénitiens  tous  ses  droits  sur  ce  royaume.  Son  palais  était  à  Asolo, 
près  de  Trévise. 

5.  Gabriel  d'Alègre,  baron  de  Milhau,  fils  d'Yves  d*Alègre  et 
de  Jeanne  de  Ghabannes,  fut  chambellan  du  roi  de  France, 
prévôt  de  Paris,  bailli  de  Gaen;  il  épousa  Marie  d'Eatonteville. 


PAR  LE  LOYAL  SEHVITEUR.  155 

jeune  gentilhomme  de  France,  Kardy  et  entreprenant 
cappitaine,  filz  d*ung  vertueux  et  8a§^  chevalier,  le 
seigneur  d'Alègre,  avec  bien  mille  ou  douze  cens 
avanturiers  françois ,  tous  gens  d'eslite  et  d'escar^ 
mouche.  En  ce  camp  mesmes  fut  conclud  d'aller 
mettre  le  siège  devant  la  ville  de  Padoue,  et  pour 
ceste  cause  fut  assemblé  le  conseil,  où  il  y  eut  de 
diverses  oppinions,  car  l'empereur  avoit  ung  lieute- 
nant général  de  nation  grecque,  qu'on  appelloit  le  sei- 
gneur GûQita6tin  ^ ,  qui  vouloit  faire  toutes  choses  à  sa 
teste,  d^ot  fdfin  très  mal  en  print  à  son  maistre 
conmie  voug -orrez.  Il  Ait  ung  peu  souspeçonné  de 
trahison,  et  l'en  voulut  le  seigneur  de  la  Palisse  com- 
batre,  mais  il  ne  fut  possible  le  faire  venir  au  point. 
Or  laissons  ce  propos  jusques  à  ce  qu'il  sera  besoing 
d'en  parler.  Conclusion  fut  prise  à  ce  conseil  d'aller 
mettre  le  siège  audit  Padoue ,  et  que  pour  les  ap- 
prouches  les  gens  d'armes  françois  feroient  la  pointe 
avecques  le  prince  de  Hanno  et  ses  lansquenetz,  qui 
estoit  la  plus  triumphante  bende  de  tous  les  Almans  ; 
mais  que  premier  il  estoit  très  nécessaire  prendre  une 
petite  ville  appellée  Montselles  ^,  où  il  y  avoit  ung 
chasteau  très  fort,  à  six  ou  sept  mille  de  Padoue, 
parce  que  la  garnisop  qui  estoit  dedans  pour  la  Sei- 
gneurie eust  peu  merveilleusement  fâcher^  le  camp  et 
les  vivres  qui  y  venoient.  Le  lendemain  matin  se  par- 
tit l'armée,  et  vint  loger  à  demy  mille  de  ceste  petite 
ville,  qui  ne  tint  point,  car  guères  ne  valloit;  mais  le 

1.  Constantin  Paléologae,  surnommé  Ck>minatè8,  de  la  famille  du 
marquis  de  Montferrat. 

2.  Monselice^  à  4  lieues  de  Padoue. 

3.  Fâcher,  inconmioder. 


156  mSTOIRE  DE  BAYART 

chasteau  estoit  deffensable  pour  ung  long  temps,  si 
les  coquins  qui  estoient  dedans  eussent  riens  valu; 
mais  le  cueur  leur  faillit  incontinent.  Car  les  approu- 
ches  faictes,  et  que  l'artillerie  eut  fait  bien  peu  de 
bercheS  et  malaisée,  fut  sonné  Talarme  pour  aller  à 
l'assault.  Il  falloit  bien  monter  ung  grant  gect  d'arc, 
mais  ses  aventuriers  françois  du  cappitaine  Meillault 
y  furent  soubdainement ,  et  sembloit  qu'ilz  n'eussent 
mangé  de  huyt  jours,  tant  légiers  estoient.  Geulx  de 
dedans  firent  quelque  résistance,  mais  guères  ne  con- 
tinuèrent, car  en  moins  d'ung  quart  d'heure  ilz  furent 
emportez  et  tous  mis  en  pièces.  Ses  aventuriers  y 
firent  assez  bon  butin,  et  entre  autres  choses  y  avoit 
sept  ou  huyt  vingtz  fort  beaulx  chevaulx.  La  ville  et  le 
chasteau  furent  renduz  es  mains  du  duc  de  Ferrare, 
qui  les  quérelloit,  mais  il  presta  trente  mille  ducatz. 
Deux  jours  après  ceste  prinse  de.  Montselles  deslogea 
l'armée,  qui  s'en  alla  droit  devant  Padoue  où  fut  assis 
le  siège. 

CHAPITRE  XXXIII. 

Comment  Vempereur  Maximilian  planta  son  siège 
devant  Padoue  y  et  des  gaillardes  approttches  faictes 
par  les  gentihhommes  françois ,  et  d'une  grande 
hardiesse  que  monstra  le  bon  chevalier  sans  paaur 
et  sans  reprouche. 

Après  la  prinse  de  la  ville  et  chasteau  de  Montselles, 
et  icelluy  baillé  entre  les  mains  du  cardinal  de  Ferrare 

1.  Berche,  brèche. 


PAR   LE  LOYAL   SERVITEUR.  157 

qui  là  estoit  pour  son  frère,  y  mist  bonne  garnison. 
Le  duc  de  Ferrare  estoit  d'ung  autre  costé,  faisant  la 
guerre  aux  Véniciens;  et  en  la  mesme  année  leur 
donna  une  rotte*  sur  le  Pau,  qui  ne  leur  porta  guères 
moins  de  donunage  que  le  jour  qu'ils  perdirent  la 
bataille  contre  le  roi  de  France.  Car  ainsi  que  lesditz 
Véniciens  estoient  délibérez  luy  destruire  ung  quartier 
du  pays  sur  le  Ferraroys,  appelle  le  Polesine  de 
Rovigo^,  misrent  sur  le  Pau  quatorze  ou  quinze  gal- 
1ères  et  trois  ou  quatre  mille  hommes  dedans,  et  vin- 
drent  partans  de  Quyoze  jusques  àFrancolin^;  mais  le 
duc  de  Ferrare  avoit  fait  faire  deux  bastillons,  l'ung  à 
l'endroit  de  la  tour  de  Loiselin*  et  l'autre  Alpopos^, 
qui  sont  l'ung  devant  l'autre,  et  avoit  trois  ou  quatre 
mille  bons  hommes  dedans  et  quatre  bonnes  gallères 
sur  le  Pau,  bien  armées  et  équippées.  Il  sceut  que  ses 
ennemys  estoient  descenduz  en  terre,  où  la  pluspart 
il  les  alla  trouver,  et  les  defïist  sans  que  nul  en  es- 
chappast.  Depuis,  avecques  ses  gallères  et  antres 
grosses  barques,  alla  combatre  les  gallères  qui  quasi 
estoyent  toutes  desnuées  de  gens,  desquelles  deux 
furent  effondrées  et  six  prises  avecques  tout  l'esqui- 
page  et  artillerie  qui  estoit  dessus,  dont  il  y  avoit 


1.  Rotte^  déroute. 

2.  Polesine^  territoire  situé  entre  l'Adriatique,  TAdige,  le  P6  et 
le  Gastagnaro  :  il  est  divisé  en  Polesine  de  Rovigo^  de  Ferrare  et 
d'Adria. 

3.  Chiossa,  hameau,  commune  de  Sanniano,  province  de  Ro- 
vigo.  —  Francolino,  hameau  de  la  commune  de  Ferrare. 

4.  Lezzola^  hameau  de  la  commune  de  Ferrare. 

5.  Alpopos.  Il  y  a  probablement  ici  une  faute  d'impression.  Il 
faudrait  lire  à  Popos,  c'est-à-dire  à  Papozze,  province  de  Rovigo. 


158  HISTOIRE  DE  BAYART 

trente  bonnes  pièces  de  fonte  sans  les  hacquebuttes. 
Ce  fut  une  triumphante  victoire  et  à  peu  de  perte, 
sinon  que  le  comte  Ludovic  de  la  Mirandolle  ^  y  Ait 
tué  d'ung  coup  d'artillerie.  Les  Yéniciens  y  portèrent 
gros  et  merveilleux  dommage. 

Or  retournons  au  camp  de  l'empereur.  L'armée  deslo- 
gea de  devant  Montselles,  et  tout  d'une  traicte  s'en  vint 
à  ung  mille  de  Padoue,  qui  est  une  fort  grosse  cité  et 
fière  à  l'aborder.  Dedans  estoit  le  conte  Petilano,  acom- 
paigné  de  mille  honunes  d'armes,  douze  mille  hommes 
de  pied,  et  bien  deux  cens  pièces  d'artillerie;  et  quel- 
que siège  qu'il  y  eust,  jamais  ne  leur  peut  estre  osté 
la  voye  d'ung  canal  qui  va  à  Yenize,  lequel  passe  par 
la  ville,  et  y  a  seulement  dix-huit  mille  de  l'une  à 
l'autre.  Quant  l'armée  eut  ainsi  approché  la  ville,  l'em- 
pereur assembla  tous  ses  cappitaines,  mesmement  les 
François,  à  qui  il  portoit  gros  honneur,  pour  entendre 
à  quelle  porte  seroit  planté  le  siège.  Ghascun  en  dist 
son  advis ,  mais  pour  conclusion  fut  ordonné  que  le 
gros  camp  ouquel  seroit  la  personne  de  l'empereur  se 
logeroit  à  la  porte  qui  va  à  Yincence,  et  auroit  les 
François  avecques  luy  ;  à  une  autre  porte  plus  hault 
seroit  le  cardinal  de  Ferrare,  les  Bourguignons  et 
Hennuyers,  avecques  dix  mille  lansquenetz;  et  à  ua^. 
au  dessoubz  seroit  le  cardinal  de  Manthoue,  le  seigneW 
Jehan  de  Manthoue  ^,  son  frère,  et  la  troppe  de  lans^ 

1.  Ludovic  Pic,  s'  de  la  Mirandole  et  de  la  Concorde,  fils  de 
Galeotti  Pic  et  de  Blanche-Marie  d'Esté;  il  épousa  Françoise 
Trivulce,  fille  du  maréchal  de  France  de  ce  nom.  On  lit  par 
erreur  dans  le  texte  la  Virandolle, 

2.  Jean  de  Gonsague,  s'  de  Vescovato,  frère  du  cardinal  de 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  159 

queoetz  du  prince  de  Hanno,  affin  que  chascune  des- 
dictes deux  bendes  feust  secourue  du  gros  camp  si 
besoing  estoit.  Gela  fut  trjpfiyé  très  bon  et  n'y  eut 
plus  que  du  marcher.  Le  liMlJ^yalier  sans  paour  et 
sans  reprouche  fut  ordomlé^^ur  les  apprtehes, 
lequel  eut  en  sa  compaigniete'jiaine  seigaçm»  ëe  BtiH^y 
et  les  cappitaines  la  Clayete  et  la  Grote.Or,  pour  venir 
devant  ceste  porte  de  Yincenoe,  falloit  entrer  en  ung 
grant  chemin  droit  comme  une  ligne,  où  ilz  avoient 
fait  quatre  grosses  barrières  à  deux  cens  pas  l'une  de 
l'autre,  et  à  chascune  avoit  à  qui  combatre.  Des  deux 
costez  de  ce  chemin,  comme  sçavent  ceulx  qui  ont 
esté  en  Ytalie,  y  avoit  fossez,  parquoy  on  ne  les  po- 
voit  prendre  que  par  le  devant.  Sur  les  murailles  de 
la  ville  avoient  force  artillerie,  où  ilz  batoient  sur  ce 
grant  chemin  par  dessus  leurs  gens  à  la  venue  des 
François,  si  menu  et  souvent  qu'il  sembloit  gresle. 
Nonobstant  cela,  le  bon  chevalier  et  ses  compaignons 
ooAuHencèrent  à  escarmoucher,  et  vivement  vindrent 
à  la  première  barrière,  à  laquelle  eut  fort  assault, 
et  y  plouvoicnt  les  coups  de  hacquebute  ;  toutesfois 
eRe  fut  gaignée,  et  les  ennemys  repoulsez  jusques  à  la 
seconde.  Si  la  première  fut  bien  combalue,  encores 
ceste  le  fut  mieulx  ;  et  y  fut  blessé,  d'ung  coup  de 
hacquebute  au  bras,  le  jeune  seigneur  de  Bucy,  et  son 
cheval  tué  soubz  luy  ;  mais  nonobstant  cela  ne  fut  pos- 
sible le  faire  retirer  ;  et  croyez  que  pour  ce  jour  onc- 


Mantoue  dont  il  a  été  parlé  pliM  haut.  Il  était  fils  de  Frédéric, 
marquis  de  Mantoue,  et  de  Marguerite  de  Bavière.  Il  mourut  en 
1523,  âgé  de  49  ans. 


160  HISTOIRE   DE  BAYART 

ques  homme  ne  fist  mieulx  que  luy.  Le  cappitaiDe 
Millault  arriva  à  ceste  seconde  barrière  avecques 
cent  ou  six  vingtz  de  ses  rustres  qu'il  avoit  esleuz, 
lesquelz  firent  •  raige.  Or  il  fault  entendre  que  ses 
approches  se  faisoient.:^âWOQ  midy,  parquoy  faisoit 
assez  der  pour  veoir  tèè  nrieulx  combatans.  Une 
bonne  demye  heure  dura  Tassault  à  ceste  seconde  bar- 
rière, qui  enfin  fut  gaignée,  et  si  vivement  suyviz 
ceulx  qui  la  gardoient  qu'ilz  n'eurent  loisir  demourer 
à  la  troisiesme,  ains  leur  convint  sans  combat  l'aban- 
donner, et  eulx  rendre  à  la  quatriesme ,  où  il  y  avoit 
mille  ou  douze  cens  hommes  et  trois  ou  quatre  faul- 
coneaux  qui  commencèrent  à  tirer  le  long  de  ce  grant 
chemin  ;  mais  peu  de  mal  firent,  sinon  qu'ilz  tuèrent 
deux  chevaulx.  Geste  barrière  n'estoit  queà  ung  gect 
de  pierre  du  boule vart  de  la  ville,  qui  donnoit  graot 
courage  aux  gens  de  la  seigneurie  de  bien  combatre, 
ce  qu'ilz  firent,  car  Tassault  y  dura  une  heure  à  coups 
de  picques  et  de  hacquebute.  Quant  le  bon  chevalier 
veit  que  cela  duroit  tant,  il  dist  à  ses  compaignons  : 
<  Messeigneurs,  ses  gens  icy  nous  amusent  trop,  des- 
cendons à  pied,  et  poussons  à  ceste  barrière.  >  Si  des- 
cendirent incontinent  jusques  à  trente  ou  quarante 
hommes  d'armes  qui,  la  veue  levée,  vont  droit  à 
ceste  barrière  à  poux  de  lance.  Ce  gentil  prince  de 
Hanno  estoit  tousjours  joignant  du  bon  chevalin,  et 
le  seigneur  de  Meillault  avecques  deux  autres,  l'ung 
nommé  Grant  Jehan  le  Picart^  et  l'autre  le  cappitaine 

i.  Le  capitaine  Grand-Jehan  Picard  quitta  le  service  du  roi  de 
France  pour  passer  à  celui  de  l'empereur,  ainsi  qu'on  le  verra 
plus  loin. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  161 

Maulevrier*,  quifaisoient  raige;  mais  tousjours  aux 
Véniciens  venoient  gens  fraiz .  Quoy  voyant  par  le  bon 
chevalier,  dist  tout  hault  :  <  Messeigneurs,  ilz  nous 
tiendront  tousjours  d'icy  à  six  ans  en  ceste  sorte  sans 
riens  faire,  car  ilz  se  refreschissent  de  gens  à  toute 
heure  ;  donnons-leur  un  aspre  assauit^  et  puis  que  chas- 
cun  face  comme  moy .  >  Ce  qui  luy  fut  accordé.  Sur  cela 
il  dist  :  <  Sonne,  trompette!  >  puis  comme ung  lyon  à 
qui  on  a  osté  ses  faons,  va  avecques  ses  compaignons 
livrer  ung  merveilleux  assault,  tellement  qu'il  fist  aux 
ennemys  habandonner  la  barrière  de  la  longueur 
d'une  picque.  Alors  en  cryant  :  «.Avant,  compaignons, 
ilz  sont  nostres!  »  va  saulter  icelle  barrière,  et  trente 
ou  quarante  après  luy  qui  furent  fort  bien  recueilliz. 
Toutesfois,  quant  les  François  virent  le  dangier  où 
s'estoient  mis  leurs  compaignons,  cliascun  se  mist  à 
passer,  et  cryant  :  «  France  !  France  !  Empire  !  Em- 
pire! »  firent  une  telle  charge  sur  leurs  ennemys 
qu'ilz  leur  firent  guerpir  la  place  ;  tournèrent  le  dos  et 
tout  habandonnèrent ,  eulx  retirans  comme  quasi 
rompuz  en  la  ville.  Ainsi  furent  gaignées  les  barrières 
de  devant  Padoue  en  plain  midy,  où  leê  François 
acquirent  gros  honneur,  tant  ceux  de  cheval  que  ceulx 
de  pied,  mesmement  le  bon  chevalier,  à  qui  chascun 
en  donnoit  la  gloire.  Si  furent  faictes  les  approuches, 
et  l'artillerie  amenée  sur  le  bort  du  fossé  qui  y  de- 
moura  six  sepAtiines  sans  partir  et  jusques  au  siège 
lever,  qui  fut  tel  que  vous  entendrez^  * 

1.  Louis  d«  Brezé,  comte  de  Haulovrier,  baron  du  Bec-Crespin, 
fils  de  Jacques  de  Brezé  et  de  Charlotte  de  France.  Mari  de  Diane 
de  Poitiers,  il  fut  capitaine  de  100  hommes  d'armes,  ^rand  séné- 
chal de  Norm^die,  et  mourut  en  1531. 

11 


162  HISTOIRE  DE  BAYART 


CHAPITRB  XXXIV. 

De  la  grosse  et, lourde  baterie  qui  fut  devant  Padcue^ 
et  de  la  grande  berche  qui  y  fut  faicte. 

Les  approuches  faictes  devant  Padoue  et  rartiUerîe 
assise,  chascun  se  logea  en  son  quartier  entrais  camps, 
selon  Tordonnance  cy- devant  dicte.  Et  fault  en- 
tendre qu'il  y  avoit  tant  de  peuple  que  ledit  camp 
tenoit  de  tous  costez  plus  de  quatre  mille  de  pays.  Et 
fiit  une  merveilleuse  chose  que,  durant  le  siège  qui 
fut  de  deux  moys  ou  environ,  les  fourrageurs  n'allè- 
rent jamais  plus  loing  que  de  six  mille  du  camp, 
pour  avoir  force  foings,  bledz,  avoynes,  chairs,  poul- 
lailles,  vins  et  autres  choses  nécessaires,  tant  pour 
les  hommes  que  pour  les  chevaulx;  et  si  grande 
habondance  y  en  avoit  que,  quant  on  leva  le  siège, 
fut  bruslé  pour  cent  mil  ducatz  de  vivres,  dont  on 
avoit  fait  provision,  '  cuydant  que  plus  longuement 
durast  le  siège.  C'est  ung  incident,  venons  à  la  ma- 
tière. 

Le  lendemain  des  approches  coounencèrent  les 
canonniers  à  faire  leur  devoir,  et  sans  cesser  dura 
huyt  jours  la  baterie,  qui  fut  la  plus  impétueuse  et  ter^ 
rible  que  cent  ans  auparavant  avoit  esté  veue,  car  il  y 
fut  tiré  des  trois  camps  plus  de  vingt  mille  coups  d'ar- 
tillerie. Si  l'empereur  ou  ses  gens  servoient  bien  d'ar- 
tillerie ceulx  de  la  ville,  croyez  que  de  leur  part  ren- 
doient  bien  la  pareille ,  et  beaucoup  mieulx  ;  car  pour 
ung  bien  qu'on  leur  faisoit,  en  rendoient  deux.  Brief, 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  463 

ladicte  ville  fut  si  bien  batue  que  de  toutes  les  tmîs 
berches  ne  s*en  fist  que  ôËijp.  JÀ^  ce  temps  fiitfHÎs 
ung  des  canooniers  de,. j^fBqp<iî^r,  qu'on  trouva,  eo 
lieu  de  tirer  en  la  vil]|i^'^*iltiroit  contre  ses  gens,  et 
disoit-ron  que  ce  seigoeur  Constantin  le  luy  faisoit 
faire  ;  et  qui  pis  estoit ,  chascun  jour  advertissoit  le 
conte  Petilano  de  ce  qu'il  avoit  à  faire.  Je  ne  sç/àj 
s'il  estoit  vray,  mais  le  canonnier  fut  mis  sur  ung 
mortier  et  envoyé  par  pièces  en  la  ville.  Il  en  fut  cUt 
•WM  d'injures  audit  seigneur  Constantin,  mais  on  ne 
fi{OQEi[pit  prouver  le  faict  sur  luy.  Le  seigneur  de  la 
Bi^^é  l'appella  lasche  et  mesdbant,  et  qu'il  l'en  coiSh- 
batroit ,  mais  il  ne  respondist  riens  à  propos ,  et  eo 
fist  sur  l'heure  l'empereur,  qui  en  estoit  coyfiFé,  l'ap- 
poinctement.  Or,  ses  trois  berches  mises  en  une  estoit 
seullement  de  quatre  à  cinq  cens  pas,  qui  Mtoit assez 
beau  passage  Jjiour  donner  l'assault,  cst^  quant  aux 
fossez,  ce  n'estait  pas  grant  chose;  mais  le  conte 
Petilano  avoit  si  bien  acoustré  la  ville  par  dedans  que, 
s'il  y  eust  eu  cinq  cens  mille  hommes  devant,  ilz  ne 
feussent  pas  entrez,  si  ceulxde  dedans  eussent  voulu, 
et  vous  déclaireray  comxmni.  Derrière  la  berche, 
pour  «Qlrer  en  la  ville,  ^MSioit  icelluy  conte  Petilano 
fait  ftÔM  une  trenchée  ou  fossé  à  fons  de  cuve  S  de  la 
haultewr  de  vingt  piedz  et  quasi  autant  de  largeur.  En 
icelle  avwt  fait  mettre  force  fagotz  et  vieil  boys  bien 
enrosez^  de  pouldre  à  canon,  et  de  cent  pas  en  cent 
pas  y  avoit  boulevart  de  terre  garny  d'artillerie, 
qui  tiroient  le  long  de  ceste  trenchée.  Après  icelle 

i.  Fossé  à  fond  de  cuve,  fossé  taillé  à  pied  droit  de  chaque  côté 
et  fortifié  d'un  revêtement  en  maçonnerie. 
2.  EnroséSj  arrosés. 


164  HISTOIRE  DE  BAYART 

passée,  s'il  eust  esté  possible,  comme  non  sans  la 
grâce  de  Dieu,  toute  Tarmée  des  Yéniciens  estant  en 
ladicte  ville  se  trouvoit  en  bataille  à  cheval  et  à  pied, 
car  il  y  avoit  belle  esplanade  jusques  à  mettre  vingt 
mille  hommes  de  pied  et  de  cheval  en  ordre,  et  der- 
rière estoient  plates-formes  où  on  avoit  monté  vingt 
ou  trente  pièces  d'artillerie,  qui  par  dessus  leur  armée 
eussent  tiré  sans  leur  mal  faire,  droit  à  la  berche.  De 
ce  terrible  dangier  furent  les  François  advertiz  par 
aucuns  prisonniers,  qui  aux  escarmouches  quelquefois 
estoient  pris,  et  par  leur  rançon  payer  renduz,  bbo»- 
quelz  montroit  le  conte  toutes  ces  choses,  affin  qu'flt 
le  remonstrassent  au  seigneur  de  la  Palisse  et  aux 
cappitaines  françois;  et  disoit  encore  ces  parolles  à 
leur  départie  :  «  J'espère,  mes  amys,  avecques  l'ayde 
de  Dieu,  que  le  roy  de  France  et  la  Seigneurie  retour- 
neront en  amytié  quelque  jour.  Et  n'estoit  les  François 
qui  sont  avecques  l'empereur,  croyez  que  devant  qu'il 
feust  vingt  et  quatre  heures,  je  sortiroye  hors  de  ceste 
ville  et  si  en  ferais  lever  le  siège  honteusement.  >  Je 
ne  sçay  comment  il  eust  fait  cela,  au  nombre  de  gens 
qu'il  avoit  devant  luy.  Bien  furent  rapportez  ces  pro- 
pos aux  seigneurs  cappitaines  de  France  ;  mais  ilz  n'y 
pensoient  autrement,  pour  ce  que  par  leur  maistre 
estoient  au  service  de  l'empereur  pour  faire  ce  qu'il 
leur  ordonneroit.  Vous  avez  ouy  cy-dessus  la  belle 
berche  qui  estoit  à  la  ville,  qui  trop  grande  estoit,  et 
fusse  pour  aller  mille  hommes  de  fronc  deux  fois,  dont 
l'empereur  fut  deuement  acertené  * .  Si  se  délibéra  y 
donner  l'assault,  comme  vous  orrez  cy-après  ;  mais 

1.  Acertené,  instruit. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  465 

premier  vous  parleray  d'une  course  que  fist  le  bon 
chevalier  avecques  ses  compaignons. 


CHAPITRE  XXXV. 

Comment  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche, 
durant  le  siège  de  Padoue^  fist  une  course  avecques 
ses  compaignons j  où  il  acquist  gros  honneur. 

Durant  le  siège  de  Padoue,  souvent  venoient  alarmes 
au  camp  de  l'empereur,  tant  des  saillies  que  faisoient 
ceulx  de  la  ville  que  de  leurs  gens  qui  estoient  en  gar- 
nison dedans  Trévize,  bonne  et  forte  ville  qui  est  à 
vingt  ou  vingt  et  cinq  mille  dudit  Padoue.  En  icelle, 
entre  autres  cappitaines,  estoit  messire  Luces  Malle- 
vèche,  homme  dé  guerre,  et  entreprenant  s'il  en  y 
avoit  point  au  monde.  Deux  ou  trois  fois  la  sepmaine, 
resveilloit  sans  trompette  le  camp  de  l'empereur,  et  s'il 
voyoit  qu'il  y  fist  bon,  ne  s'espargnoit  pas  parmy  ses 
ennemys;  et  par  le  contraire,  s'il  n'y  faisoit  bon,  fort 
sagement  seretiroit,  et  ne  perdit  jamais  ung  homme. 
Tant  continua  ce  train  qu'il  fist  parler  de  luy  à  mer- 
veilles. Geste  manière  de  faire  fascha  fort  au  bon  che- 
valier, et  sans  grant  bruit,  par  des  espies  à  qui  il 
donnoit  tant  d'argent  que  pour  mourir  ne  l'eussent 
trompé,  entendit  beaucoup  des  allées  et  venues  dudit 
Mallevèche,  de  sorte  qu'il  délibéra  l'aller  trouver  aux 
champs.  Si  vint  à  deux  de  ses  compaignons  et  qur 
estoient  logez  avecques  luy,  dont  l'ung  estoit  le  cappi- 
taine  la  Glayete  et  l'autre  le  seigneur  de  la  Grote,  tous 
deux  gaillars  et  triumphans  cappitaines,  ausquelz  il 


166  iflSTOmE  DE  BAYART 

dist  :  <  Messeigneurs,  ce  cappitaine  Mallevèche  nous 
donne  bien  de  la  fascherie  ;  il  n*est  guères  jour  qu^il 
ne  nous  viengne  resveiller,  et  ne  se  parle  sinon  de 
luy.  Je  n'ay  pas  envye  de  son  bien  faire,  mais  je  suis 
marry  qu'il  ne  nous  congnoist  autrement.  J'ay  beau- 
coup entendu  de  son  affaire.  Voulez-vous  venir  à  la 
guerre  et  vous  verrez  qudqœ  chose?  J'espère  que 
nous  le  trouverrons  demain  au  nmtin,  car  deuà  jours 
a  qu'il  ne  nous  donna  alarme.  »  Ses  compaignons  res- 
pondirent  :  «  Nous  yrons  où  vous  vouldrez.  —  Or 
faites  doncques,  dist  le  bon  chevalier,  à  deux  heures 
après  mynuyt,  armer  chascun  trente  homnmtC^wiDes 
des  plus  gentilz  galans  que  vous  ayez  et  je  méÔBÊnÈf  ma 
compaignie  et  les  bons  oMOfmignons  qui  sont  avec- 
ques  moy,  comme  Boonet»  MypoDt,  CosseyS  Brezoo 
et  autres  que  congncûsaes  oomme  moy,  et  sans  sonner 
trompette,  ne  faire  bniyt,  monterons  à  cheval  ;  et  vous 
suffise  que  j'ay  fort  bonne  guyde.  >  Comme  il  fut  dit, 
ainsi  mis  à  exécution,  et  entre  daix  ettrois^,  ou  moys 
de  septembre,  montèrent  àd^val,  leur  gûyde  dotant 
qui  estoit  très  bien  gardé  de  quatre  arclii^rs;  ethiy 
avoît-on  promis  bon  payement  s'il  faisoit  bien  son 
debvoir,  mais  aussi,  où  il  yroit  de  tromperie,  il  luy 
alloit  de  la  vie  ;  et  oda  avoit  ordonné  le  bon  chevalier 
parce  que  souvent  les  espies  sont  doubles^  et  font  tour- 
ner la  perte  où  il  leur  plaist.  Mais  il  fist  bien  son 
debvoir,  car  de  nuyt  les  mena  bien  dix  mille  de  pays; 

1.  R«aé  de  Gossé,  s'  de  Brissac,  grand  panetier  de  Fnmoe  ea 
1516,  fils  de  Tbibaud  de  Gossé  et  de  Féiice  de  Ghamo  ;  il  épousa 
Gharlotte  Gonffier  et  mourot  en  1521. 

2.  SoQS-entenda  heures. 

3.  Doubles,  trompeurs. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  167 

et  tellement  que  la  poincte  du  jour  va  apparoistre,  si 
vont  adviser  ung  grant  palais  où  il  y  avoit  une  longue 
closture  de  muraille.  Lors  Tespie  commencea  à 
dire  au  bon  chevalier  :  <  Monseigneur,  si  le  cap- 
pitaine  messire  Luce  Mallevèche  sort  aujourd*huy 
de  Trévize  pour  aller  visiter  vostre  camp,  il  fault 
de  nécessité  qu'il  passe  icy  devant.  Si  bon  vous 
semble  de  vous  cacher  en  ce  logis  où  qu'il  n'est 
demeuré  personne  au  moyen  de  la  guerre,  vous  le 
verrez  passer  et  il  ne  vous  pourra  veoir.  >  Cela  fut 
trouvé  bon  par  tous  les  cappitaines,  et  se  misrent  de- 
dans, où  ilz  fiireùt  bien  deux  heures  ou  environ  qu'ilz 
ouyrent  gros  bruyt  de  chevaulx.  Le  bon  chevalier 
avoit  fait  monter  ung  vieil  archer  de  sa  compaignie, 
appelle  Monart,  autant  expérimenté  en  guerre  que 
homme  vivant,  dedans  ung  colombier,  affin  de  veoir 
quelz  gens  passeroient  et  quel  nombre.  Si  veit  venir  d'as- 
sez loing  messire  Luces  Mallevèche,  en  nombre,  selon 
son  jugement,  de  cent  honunes  d'armes,  l'armet  en 
teste,  et  bien  deux  cens  Albanoys  que  conduysoit  ung 
cappitaine  nommé  Scandrebec,  tous  bien  montez,  et 
à  leur  contenance  gens  d'effect.  Hz  passèrent  à  ung 
gect  de  bouUe  du  logis  où  estoient  embuschez  les 
François.  Quant  ils  furent  oultre,  Monart  descendit 
tout  joyeulx  el  itt  son  rapport;  qui  fiit  bien  aise  eut 
nom  chascun.  Si  dist  le  bon  chevalier  qu'on  ressen- 
glast  les  chevaulx.  Or,  n'y  avoit- il  page  ne  varlet  en 
la  bende,  car  ainsi  l'avoit-il  ordonné,  et  dist  à  ses 
compaignons  :  <  Messeigneurs,  il  y  a  dix  ans  qui  ne 
nous  vint  si  belle  adventure,  si  nous  sommes  gentilz 
galans.  Ilz  sont  deux  fœs  plus  que  nous,  mais  ce  n'est 
riens;  allons  après.  —   Allons,   allons,  >  dirent  les 


168  HISTOIRE  DE  BAYART 

autres.  Ainsi,  eulx  remontez  à  cheval,  la  porte  fîit 
ouverte,  si  allèrent  le  beau  trot  après  leurs  gens.  Ilz 
n'eurent  pas  cheminé  ung  mille  qu'ilz  les  vont  appert 
cevoir  sur  ung  beau  grant  chemin.  Alors  le  bon  che- 
valier dist  à  la  trompette  :  <  Sonne,  sonné,  trom- 
pette, »  qui  le  fist  incontinent.  Les  cappitaines  véni- 
ciens,  qui  n'eussent  jamais  pensé  qu'il  y  eust  eu  gens 
derrière  eulx,  estimoient  que  ce  feussent  encore  des 
leurs  qui  voulsissent  courir;  toutesfois  ilz,  sans  tirer 
plus  avant,  s'arrestèrent,  et  si  longuement  qu'ilz 
apperceurent  au  vray  que  c'estoient  ennemys;  ilz 
furent  ung  peu  estonnez  pour  se  trouver  enclos  entre 
le  camp  de  l'empereur  et  ceulx  qu'ilz  voyoient,  et 
falloit  passer  par  là  ou  par  la  fenestre.  Gela  les  con- 
fortoit  qu'ilz  ne  voyoient  pas  grand  nombre  de  gens. 
Si  fist,  comme  asseuré,  le  cappitaine  messire  Luces 
Mallevèche  à  tous  ses  gens  commandement  de  bien 
faire,  leur  remonstrant  que  force  estoit  d'estre  def- 
faictz  ou  deflaire  les  autres.  Aux  deux  costez  du  che- 
min estoient  grans  fossez.  Ung  homme  d'armes  sans 
estre  trop  bien  monté  ne  se  feust  osé  adventurer  de 
le  saillir,  de  peur  d'y  demourer;  ainsi,  en  quelque 
sorte  que  ce  feust,  force  estoit  de  combatre.  Si  com- 
mencèrent trompettes  à  sonner  de  tous  les  deux 
costez,  et  environ  la  portée  d'ung  gect  d'arc  se  prin- 
drent  à  courir  les  ungs  sur  les  autres  en  criant  par 
les  ungs  :  «  Empire  !  Empire  !  France  !  France  !  »  et 
les  autres  :  <  Marco  !  Marco  !  »  G'estoit  ung  droit 
plaisir  de  les  ouyr.  En  ceste  première  charge  y  en 
eut  beaucoup  portez  par  terre  ;  mesmement  Bonnet 
donna  ung  coup  de  lance  dont  il  percea  ung  homme 
d'armes  tout  oultre.  Ghascun  se  mist  en  son  debvoir  ; 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  169 

les  Âlbanoys  s'escartèrent  du  grant  chemin  et  haban- 
donnèrent  leur  gendarmerie  pour  cuyder  prendre  les 
François  par  le  derrière,  dont  bien  s'apperceut  le  bon 
chevalier  qui  dist  au  cappitaine  la  Grote  :  <  Gompai- 
gnon,  gardez  le  derrière,  que  ne  soyons  enclos; 
cecy  est  nostre^  >  Ainsi  fut  fait;  et  quant  lesditz 
Âlbanoys  cuydèrent  approucher,  furent  receuz  et 
bien  frotez,  tant  qu'il  en  demoura  une  douzaine  par 
terre,  et  les  autres  à  gaigner  pays  à  belle  fuyte. 
Guères  ne  les  suivit  le  gentil  cappitaine  la  Grote,  ains 
retourna  au  gros  affaire,  mais  à  son  arrivée  trouva 
les  Véniciens  en  rotte,  et  entendoit  desjà  chascun 
aprendre  son  prisonnier.  Messire  Luces  Mallevèche 
qui  estoit  monté  à  l'avantage  saillit  hors  du  grant 
chemin,  et  vingt  ou  trente  des  mieulx  montez,  qui  se 
misrent  à  la  fuyte  vers  Trévize.  Ilz  furent  suyvis  quel- 
que peu;  mais  on  eust  perdu  sa  peine,  car  trop  bien 
alloient  leurs  chevaulx,  avec  ce  que  les  fuyans  y 
avoient  bon  vouloir.  Si  se  retirèrent  ceulx  de  la 
chasse  et  se  misrent  au  retour  avecques  leurs  pri- 
sonniers, desquelz  y  avoit  plus  qu'ilz  n'estoient  de 
gens,  car  sans  nulle  faulte  en  fut  bien  prins  huyt  ou 
neuf  vingtz  ausquelz  ilz  ostèrent  leurs  espées  et 
masses,  et  les  misrent  au  meillieu  d'eulx;  et  ainsi 
arrivèrent  en  leur  camp,  où  ilz  trouvèrent  l'empereur 
qui  se  pourmenoit  à  l'entour,  lequel,  quant  il  veit 
ceste  grosse  poussière,  envoya  sçavoir  que  c'estoit 
par  ung  gentilhomme  françois  de  sa  maison,  qu'on 
appelloit  Loys  du  Peschin,  qui  incontinent  retourna  et 
dist  :  «  Sire,  c'est  le  bon  chevalier  Bayart  et  les  cap- 

i .  Cecy  est  nostre,  c'est-à*dire  :  je  me  charge  de  ceux-ci. 


170  HISTOIRE  DE  BAYART 

pitaines  la  Glayete  et  la  Grote  qui  ont  fait  la  plus  belle 
rencontre  qui  cent  ans  a  fut  faicte,  car  ik  avoient  plus 
de  prisonniers  qui  ne  sont  de  gens,  et  ont  gaigné 
deux  ens^gfoes.  »  L'empereur  fut  ayse  au  possible.  Si 
s'approcha  des  François  ausquelz  il  donna  le  bon 
soir,  et  les  François  le  saluèrent  ainsi  que  à  si 
hault  prince  appartenoit.  Si  loua  chascun  cappitaine 
en  son  endroit  merveilleusement,  puis  dist  au  bon 
chevalier  :  «  Seigneur  de  Bayart,  mon  frère  vostre 
maistre  est  bien  eureux  d'avoir  ung  tel  serviteur  que 
vous  ;  je  vouldroys  avoir  donné  cent  mille  florins  de 
rente  et  en  avoir  une  douzaine  de  vostre  sorte.  »  Le 
bon  chevalier  respondit  :  <  Sire,  vous  dictes  ce  qu'il 
vous  plaist,  et  du  loz  que  me  donnez  très  humble- 
ment vous  remercie;  d'une  chose  vous  vueil  bien 
adviser  que,  tant  que  mon  maistre  sera  vostre  alyé, 
ne  trouverrez  point  de  meilleur  serviteur  que  moy.  » 
L'empereur  le  remercia,  et  sur  ce,  luy  et  ses  compair 
gnons  prindrent  congé  et  s'en  tirèrent  à  leurs  logis. 
Jamais  tel  bruyt  ne  fut  démené  en  camp  comme  il 
fut  de  ceste  belle  entreprinse,  dont  le  bon  chevalier 
emporta  la  pluspart  de  l'honneur,  combien  qu'entre 
toutes  gens  en  donnoit  le  loz  entièrement  à  ses  deux 
compaignons,  car  de  plus  doulx  ne  courtois  chevalier 
n'eust-on  sceu  trouver  en  tout  le  monde.  Je  feray  fin 
à  ce  propos  et  vous  diray  d'une  autre  course  que 
fist  le  bon  chevalier  tout  seul. 


CHAPITRE  XXXVL 


D'une  course  que  fist  le  bon  chevalier  sans  pcumr  et 


PAR  LE  LOYAL   SERinTBUR.  171 

sans  reprouche^  où  il  fut  pris  9Qmante  Albanoys  et 
trente  arbalestriers . 


Trois  ou  quatre  jours  après  ceste  course,  qu'avoient 
faicte  ensemble  les  cappitaines  la  Crote,  la  Glayete  et 
[le]  bon  chevalier,  il  fut  adyerty  par  ung  de  ses  espies 
que  dedans  ung  chasteau,  appelle  Bassan,  c*estoit 
retiré  le  icappitaine  Scandrebec  et  ses  Albanoys 
avecquet  qoelqiiés  autres  gens  de  cheval  arbalestriers, 
soubz  lar  cê^ndliicte  du  cappitaine  Rynaldo  Gontarin, 
gentilhoiniïié'  padouan,  et  que  chacun  jour  ilz  fai- 
soient  courses  sur  ceulx  qui  venoient  au  camp  et  sur 
les  lansquenetz  qui  retournoient  en  Almaigne,  pour 
saulver  le  bestail  qu'ilz  avoient  gaigné  sur  les  enne- 
mys*,  tellement  que  depuis  deux  ou  trois  jours  en 
avoient  deffaict  plus  de  deux  cens  et  recouvert  plus 
de  quatre  ou  cinq  cens  beufz  et  vaches  qu'ilz  avoient 
retirez  dedans  ce  chasteau  de  Bassan  ;  et  que,  si  par 
ung  matirir^Be  vouloit  rencontrer  en  ung  passage  au 
pied  d'une  montaigne  au  dessoubz  dudit  chasteau,  ne 
fauldroit  point  à  les  trouver.  Le  bon  chevalier,  qui 
tousjows  avoit  trouvé  fespie  véritable  et  aussi  l'avoit- 
il  enrichy  de  plus  de'^^feiix  cens  ducatz,  délibéra  y  aller 
sans  en  parler  à  perscmne  ;  car  il  luy  estoit  bien  advis, 
veu  qu'il  avoit  entendu  qu'ilz  n'estoient  pas  plus  de 
deux  cens  chevaulx-légiers  en  tout,  qu'il  les  defiferoit 
bien  avecques  ses  trente  hommes  d'armes,  qui 
estoient  tous  gens  d'esUte.  Toutesfois,  il  avoit  encores 

i .  Le  pillage,  en  enrichissant  les  soldats,  occasionnait  de  con- 
tinuelles désertions.  —  Les  lansquenets  retournaient  par  troupes 
en  Allemagne,  emportant  le  fruit  de  leurs  larcins  et  surtout  des 
bestiaux  dérobés  aux  paysans. 


172  HIST(HRE  DE  BAYART 

huyt  OU  dix  gentilzhommes  avecques  luy,  et  lesquelz 
estoient  venuz  en  sa  compagnie  pour  leur  plaisir  au 
camp  de  l'empereur,  seulement  pour  l'amour  qu'ilz 
portoient  au  bon  chevalier,  et  eulx  avecques  sa  com- 
pagnie n'estoient  pas  gens  pour  estre  defiEsûctz  en  peu 
d'heures.  Il  leur  conta  son  entreprinse,  sçavoir  s'ilz 
en  vouloient  estre  ;  c'estoit  leur  vie  et  ne  demandoient 
autre  chose,  parquoy,  une  heure  devant  jour,  par 
ung  samedy,  ou  mois  de  septembre,  montèrent  à 
cheval  et  firent  bien  quinze  mille  tout  d'une  traicte 
jusques  à  ce  qu'ilz  viensissent  au  passage  où  l'espie 
les  mena  ;  mais  se  fut  si  couvertement  qu'oncques  ne 
furent  apperceuz;  et  si  cela  estoit  aussi  près  du 
chasteau  que  la  portée  d'ung  canon.  Là  s'embuschè- 
rent,  où  guères  ne  furent  qu'ilz  ouyrent  une  trompette 
au  chasteau  qui  sonnoit  à  cheval,  dont  ilz  furent 
bien  resjouyz.  Le  bon  chevalier  demanda  à  l'espie,  à 
son  advis,  quel  chemin  ilz  prendroient  ;  il  respondit  : 
«  Quelque  part  qu'ilz  vueillent  aller,  il  fault  par  force 
qu'ilz  passent  par  dessus  ung  petit  pont  de  boys  qui 
est  à  ung  mille  d'icy,  que  deux  honunes  garderoient 
contre  cinq  cens.  Mais^  qu'ilz  ayent  passé  ce  pont, 
vous  envoyerez  de  voz  gens  quelque  peu  pour  le 
garder  qu'ilz  ne  retournent  au  chasteau,  et  je  vous 
meneray  par  le  derrière  de  ceste  montaigne  à  ung 
passage  que  je  sçay  ;  si  ne  fauldrez  point  à  les  rencon- 
trer en  la  plaine,  entre  cy  et  le  palais  de  la  royne  de 
Chippre.  —  C'est  bien  advisé,  dist  le  bon  chevalier. 
Qui  demourera  à  ce  pont?  »  Le  seigneur  de  Bonnet 
dist  :   €  Mon  compaignon  Mypont  et  moy  le  garde- 

1 .  Mais  que,  dès  que. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  173 

rons,  s'il  vous  plaist ,  et  nous  laisserez  quelques  gens 
avecques  nous.  —  Je  le  veulx  bien,  dist-il.  Petit- 
Jehan  de  la  Yergne^  et  telz  et  telz,  jusques  au  nombre 
de  six  hommes  d'armes  et  dix  ou  douze  archiers,  vous 
feront  compaignie.  >  En  devisant  sur  ce  propos,  vont 
adviser  ses  Albanoys  et  arbalestriers  descendre  du 
chasteau  qui  sembloient  aller  aux  nopces  et  faire  aussi 
beau  butin  conune  ilz  avoient  fait  depuis  deux  jours  ; 
mais  il  leur  alla  bien  autrement  comme  vous  orrez. 
Quant  ilz  furent  passez,  Bonnet  alla  droit  au  pont 
avecques  ses  gens,  et  le  bon  chevalier,  avecques  le  reste 
de  sa  compaignie,  s*en  alla  droit  au  passage  où  Tespie 
le  mena,  qui  si  bien  le  guyda  qu'en  moins  de  demye 
heure  l'eut  rendu  en  la  plaine,  où  on  eust  veu  ung 
homme  à  cheval  de  six  milles  loing.  Si  vont  adviser 
environ  la  portée  d'une  longue  couleuvrine  leurs  enne- 
mys,  qui  marchoient  le  chemin  de  Vincence,  où  ilz 
pensoient  trouver  leur  proye.  Le  bon  chevalier 
appella  le  bastard  du  Fay^,  son  guydon,  et  luy  dist  : 
<  Gappitaine,  prenez  vingt  de  voz  archiers  et  allez  à 
ses  gens-là  escarmoucher.  Quant  ilz  vous  verront  si 
petit  nombre,  ilz  vous  chargeront,  n'en  faictes  double. 
Tournez  bride,  faisant  de  l'efiEnayé  et  les  amenez  jus- 
ques icy  où  je  vous  attendray  à  la  coste  de  ceste  mon- 
trâj^^y  6t  vous  verrez  beau  jeu.  »  Il  ne  lui  convint 
pS^dire  deux  fois,  car  il  sçavoit  le  mestier  de  la 
guerre  le  possible.  Si  commencea  à  marcher  tant  qu'il 
fut  apperceu  des  ennemys.  Le  cappitaine  Scandrebec, 

i.  C'est  probablement  celui  qui  figure  dans  la  montre  de  la 
compagnie  de  Bayart  sous  le  nom  de  Jeban  de  la  Bergnie. 

2.  Antoine  du  Fay,  gentilhomme  de  Dauphiné,  tils  naturel 
d'Hector  du  Fay,  s'  de  Ghapteuil  et  de  Peyraut. 


174  HISTOIRE  DE  BAYART 

joyeulx  de  ceste  rencontre,  commencea  à  marcher 
fièrement  avecques  ses  gens,  tant  qu*ilz  apperceurent 
les  François  aux  croix  blanches.  Si  commencèrent  à 
les  charger  cryant  :  <  Marco  !  Marco  !  >  Le  bastard 
du  Fay,  qui  sçavoit  sa  leçon  par  cueur,  conmiencea  à 
faire  l'efifrayé  et  à  se  mettre  au  retour.  Il  fut  vivement 
poursuivy  et  de  façon  qu'il  fiit  rembarré  jusques  à 
l'embusche  du  bon  chevalier,  qui  avecques  ses  gens, 
Tarmet  en  teste  et  l'espée  au  poing,  conune  un  lyon 
vint  donner  dedans  en  escryant  :  «  France  !  France  ! 
Empire  !  Empire  !  >  De  ceste  première  charge,  y  eut  de 
ses  ennemys  portez  par  terre  plus  de  trente  :  le  pre- 
mier assault  fut  dur  et  aspre ,  mais  enfin  les  Âlbanoys 
et  les  arbalcstriers  se  misrent  en  fuyte ,   le  grant 
galop,  cuydans  gaigner  Bassan  dont  ilz  scavoient  fort 
bien  le  chemin.  S'ilz  faisoient  leur  devoir  de  courir, 
les  François  faisoient  devoir  de  chasser;  toutesfois 
trop  bien  alloient  les  chevaulx  légiers,  et  eust  le  bon 
chevalier  perdu  sa   proye,  n'eust  esté  ce  pont  que 
gardoit  Bonnet,  lequel  avecques  son  compagnon  My- 
pont  et  les  gens  qu'ilz  avoient,  deffendirent  le  passage 
aux  ennemys,  de  façon  que  le  cappitaine  Scandrebec 
congneut  bien  qu'il  falloit  combatre  ou  fiiyr  à  Fadven- 
ture,  ce  qu'ilz  aymèrent  mieulx  esUre,  et  se  misrent 
en  fuyte  à  bryde  abatue;    mais  si  bien  furent  les 
esprons  chaussez  qu'il  fut  pris  soixante  Âlbanoys  et 
trente  arbalcstriers  avecques  les  deux  cappitaines.  Le 
demourant  s'en  alla  à  travers  pays  vers  le  Trevizan. 
En  la  compaignie  du  bon  chevalier,  puis*  six  jours, 
avoit  esté   fait  archier  ung  jeune  gântilhomme  du 

1.  Puis,  depuis. 


PAR   LE  LOYAL  SERVITEUR.  475 

Daulphiné,  nommé  Guigo  Guyfray,  filz  du  seignenr^de 
Bontières  ^ ,  lequel  n'avoit  point  plus  de  seize  à  <iix- 
sept  ans,  mais  il  estoit-de  bonne  rasse  et  avoit  grant 
désir  d'ensuyvre  ses  parens.  Durant  le  combat,  il  veit 
celluy  qui  portoit  l'enseigne  des  ajfbalMtHwf^  de 
Rynaldo  Gontarin,  qui  c'estoit  gecté  manèàk  d'ong 
fossé  et  se  vouloit  sauver.  Le  jeune  gWMQ^éa  ^ivtthll; 
essayer  et  passa  après  luy ,  et  avecques  sa  drmyg  hwrr 
luy  donna  si  grant  [coup]  qu'il  le  porta  par  terrett  Ja 
rompit  ;  puis  mist  la  main  à  l'espée  et  luy  escryok  : 
c  Rends-toy,  enseigne,  ou  je  te  tueray.  »  L'enseigne 
ne  vouloit  pas  encores  mourir,  si  bailla  son  espée  et 
son  enseigne  au  jeune  enfant  auquel  il  se  rendit,  qui 
n'en  eust  pas  voulu  tenir  dix  mille  escus.  Si  le  fist 
remonter  sur  son  cheval  et  le  mena  droit  où  estoit  le 
bon  chevalier  qui  faisoit  sonner  la  retraicte,  et  y  avoit 
tant  de  prisonniers  qu'il  ne  sçavoit  qu'en  faire. 
Bonnet  veit  venir  de  loing  le  jeune  Bontières  et  dist  : 
c  Monseigneur,  je  vous  prie,  voyez  venir  Guigo,  il  a 
pris  ung  prisonnier  et  une  enseigne  ;  »  et  en  ces  pa- 
rolles  arriva.  Le  bon  chevalier,  quand  il  le  congneut. 


i.  Guigo  Guififrey,  connu  plus  tard  sous  le  nom  de  Bontières, 
fut  gouverneur  de  Turin,  capitaine  de  cent  hommes  d'armes,  pré- 
vôt de  rhôtel  du  roi,  etc.  Il  était  fils  de  Pierre  Guifirey,  s'  de 
Bontières,  tué  à  Gerignole.  Bayard  fut  le  maître  de  Bontières 
qui  lui-même  apprit  le  métier  des  armes  au  baron  des  Adrets  et 
au  maréchal  de  Tavannes.  Il  existe  à  la  Bibliothèque  nationale 
quelques  lettres  et  quelques  pièces  inédites  assez  intéressantes 
relatives  à  Bontières,  ej^kPBijffàtes  deux  quittances  (ms.  Glairam- 
bault,  vol.  56,  p.  4285,  et  Qi£  des  titres,  art.  Guiffrey)  auxquelles 
sont  suspendus  deux  granoslËéaux,  le  premier  ayant  pour  légende  : 

s.  QVIGO  QVIPFREY.    CHLR  S.  DE  BOVTIERES  PVOVT  D.  l'OSTEL  ;  l'aUtrO  .' 
QVIOO   QVIFFREY.    CHLR  8'  DE  B0TTIERE8. 


176  HISTOIRE  DE   BAYART 

fut  si  ayse  qu'oncques  ne  le  fut  plus,  et  dist  :  c  Com- 
ment, Bontières,  avez-vous  gaigné  ceste  enseigne  et 
pris  ce  prisonnier  ?  —  Ouy,  monseigneur,  puisqu'il  a 
plu  à  Dieu  ;  il  a  fait  que^  Mge.  de  se  rendre,  autrement 
je  l'eusse  tué;  »  dont,.%qf|e  U jcompaignie  se  print  à 
rire,  mesmement  le  hôi|i.  dievalier,  qui  tant  avoit 
d*ayse  que  merveilles,  et  dist  :  c  Bontières,  mon  amy, 
vous  avez  bon  commencement.  Dieu  le  vous  veuille 
continuer!  »  Aussi  a-il  fait,  car  depuis  par  ses  vertus 
a  esté  lieutenant  de  cent  hommes  d'armes  que  le  roy 
de  France  donna  audit  bon  chevalier  après  ce  qu'il 
eut  si  bien  gardé  la  ville  de  Maizières  contre  les  gens 
de  l'empereur,  conmie  verrez  quant  temps  sera. 
Après  ces  propos,  le  bon  chevalier  dist  à  Bonnet,  à 
Mypont,  au  cappitaine  Pierrepont,  lors  son  lieutenant, 
gentil  chevalier,  sage  et  hardy,  et  aux  plus  apparens  : 
c  Messeigneurs,  il  nous  fault  avoir  ce  chasteau,  car  il 
y  a  gros  butin  dedans;  ce  sera  pour  noz  gens.  —  Ge 
seroit  bien  fait,  dirent  les  autres,  mais  il  est  fort  et 
n'avons  point  d'artillerie.  —  Taisez-vous,  dist-jl^  je 
sçay  la  manière  comment  je  l'auray  devant  ung  quart 
d'heure.  »  Il  fist  appeller  les  cappitaines  Scandrebec 
et  Rynaldo  Gontarin,  ausquelz  il  dist  :  c  Sçavez-vous 
qu'il  y  a,  seigneurs?  faictes-moy  rendre  ceste  place 
incontinent,  car  je  sçay  bien  qu'en  avez  le  povoir, 
ou  sinon  je  faiz  veu  à  Dieu  que  je  vous  feray  trencher 
la  teste  devant  la  porte  tout  à  ceste  heure.  »  Ilz  res- 
pondirent  qu'ilz  le  feroient,  s'il  leur  estoit  possible  ;  ce 
que  ouy  ^,  car  ung  neveu  du  cappitaine  Scandrebec  la 


i.  Que,  comme. 

2.  Ce  que  ouy,  ce  qui  eut  lieu. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITRUR.  177 

tenoit  qui  la  rendit  incontinent  que  son  oncle  eut  parlé 
à  luy.  Le  bon  chevalier  et  tous  ceulx  de  sa  compagnie 
y  montèrent  et  trouvèrent  plus  de  cinq  cens  beufs  et 
vaches,  et  force  autre  butin,  qui  fut  égallanent  party 
tant  que  chascun  fut  content.  Le  besfittl  fut  mené 
vendre  à  Yincence.  Ilz  firent  très4MM  repaistre  leurs 
chevaulx,  et  y  repeurent  aussy,  car  trouvèrent  assez 
de  quoy.  Le  bon  chevalier  fist  secnr  à  sa  table  les 
deux  cappitaines  véniciens ,  et  conmie  ilz  achevoient 
de  disner,  vecy  arriver  le  petit  Bontières  qui  venoit 
veoir   son   cappitaine   et   amenoit  son    prisonnier, 
lequel  estoit  deux  fois  aussi  hault  que  luy  et  aagé  de 
trente  ans.  Quant  le  bon  chevalier  le  veit,  se  print  à 
rire,  et  dist  aux  deux  cappitaines  véniciens  :  c  Me»- 
seigneurs,  ce  jeune  garson  qui  estoit  paige  n'a  pas 
six  jours,  et  n'aura  barbe  de  trois  ans,  qui  a  pris 
vostre  enseigne;  c'est  ung  gros  cas,  car  je  ne  sçay 
comment  vous  faictes,  mais  nous  autres  François  ne 
baillons  pas  voulentiers  noz  enseignes,  sinon  aux  plus 
suflisans.  >  L'enseigne  vénicien  eut  honte  et  se  veit  à 
ceste  occasion  fort  abaissé  de  son  honneur  ;  si  dist  en 
son  langaige  :  c  Par  ma  foy  !  cappitaine,  je  ne  me  suis 
pas  rendu  à  celluy  qui  m'a  pris  par  paour  de  luy,  car 
luy  seul  n'est  pas  pour  me  prendre  prisonnier,  j'es- 
chapperoye  bien  de  ses  mains  et  de  meilleur  bonime 
de  guerre  que  luy,  mais  je  ne  povoye  pas  combatre 
vostre  troppe  moy  seul.  »  Le  bon  chevalier  regarda 
Bontières,  auquel  il  dist  :  c  Escoutez  que  dit  vostre 
prisonnier,    que  vous  n'estes  pas  homme  pour  le 
prendre.  »  Le  jeune  enfant  fut  bien  marry,  et  conune 
courroucé  respondit  :   c  Monseigneur,  je  vous  sup- 
plie m'accorder  ce  que  je  vous  demanderay.  —  Ouy 
vrayement,  dist  le  bon  chevalier;  qu'esse?  —  C'est, 

42 


178  HISTOIRE  DE  BAYART 

dist-^K  que  je  rebailleray  à  mon  prisonnier  son  cheval 
et  ses  armes  et  je  monteray  sur  le  mien  ;  noas  yroo^ 
là-bas  ;  si  je  le  puis  conquérir  encores  une  fois,  soit 
asseuré  de  mourir,  et  j'en  fais  veu  à  Dieu,  et  s*il  se  peult 
eschapper  je  lui  donne  sa  rançon.  >  Jamais  le  bon 
chevalier  ne  fut  plus  ayse  de  propoz,  et  dist  tout  haolt  : 
€  Vrayement,  je  le  vous  accorde.  >  Cela  ne  servit  de 
riens,  car  le  Vénicien  ne  voulut  pas  accepter  l'oflfre, 
dont  il  n'eut  guères  d'honneur,  et,  par  le  contraire, 
le  petit  Bontières  beaucoup.  Après  disner,  le  bon  che- 
valier et  les  François  remontèrent  à  cheval  et  retour- 
nèrent au  camp,  où  ilz  emmenèrent  leurs  prisonniers. 
De  ceste  belle  prise  fut  bruyt  plus  de  huyt  jours ,  et 
en  fut  donné  grande  louenge  au  bon  chevalier  par 
l'empereur  et  par  tous  les  Âlmans,  Hennuyers  et 
Boui^ignons  :  mesmement  le  bon  seigneur  de  la 
Palisse  en  fut  tant  aise  que  merveilles,  auquel  fiit 
compté  le  tour  qu'avoit  fait  le  petit  Bontières  et  l'offire 
qu'il  avoit  faicte  à  son  prisonnier.  S'il  en  Ait  ris  par- 
tout le  camp,  ne  fault  pas  demander.  Bien  dist  le  sei- 
gneur de  la  Palisse  qu'il  congnoissoit  de  longue  main 
la  rasse  de  Bontières,  et  que  de  ceste  maison  estoient 
tous  gaillars  gentilzhommes.  Ainsi  alla  de  ceste  adven- 
ture  au  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reproudie 
pour  ceste  fois. 

CHAPITRE  XXXVII. 

Comment  V empereur  délibéra  donner  VassaultàPadouey 
et  r  occasion  pourquoy  il  demeura .      ^^ 

Vous  avez  entendu  cy  devant  conunent  rartillerie 


PAR  LE   LOYAL  SERVITEUR.  |k|9 

de  l'empereur,  du  duc  djL&V^  et  marquis  4^  Man- 
thoue,  avoieot  fait  trois^^^iks,  toutes  mises  ea  une 
qui  contenoient  demy-mille  c^  peu  s'en  faiUoit  ;  ce  que 
pai;^ung  matin  l'empereur,  accompaigné  de  ses  princes 
et  seigneurs  d'Almaignef  alla  veoir,  dont  il  s'esme)^ 
veilla;  et  se  donnoit  grant  honte,  au  nombre  de  gens^ 
qu'il  avoit,  que  plus  tost  n'avoit  &ît  donner  l'assault, 
car  jà  y  avoit  trois  jours  que  les  caiionoiers  ne  tiroient 

»i  à  pierre  perdue  en  la  viUe,  pour  ce  que  à  l'endr^t 
ilz  estoient  n'y  avoit  plus  de  muraiUe*  Parquoy  luy^ 
revenu  à  son  logis  qui  esUût  distant  de  cdbiy  du  sei- 
gneur de  la  Palisse  d'ung  gect  de  boulle  seulement, 
appella  ung  sien  secrétaire  françois  auqud  H  fist  escripre 
unes  lettres  audit  seigneur  qui  estoient  m  ceste  subs- 
tance :  €  Mon  Qùf^j  j'ay  à  ce  matin  esttfhreoir  la 
berche  de  la  villef  ique  je  trouve  plus  raisoiuiable  qui 
vouldra  ^  faire  son  devoir.  J'ay  advisé,  dedans  aujour- 
d'huy,  y  faire  donner  l'assault.  Si  vous  prie  que, 
incontinent  que  mon  grant  tabourin  sonnera,  qui  sera 
sur  le  midy,  vous  faictes  tenir  prestz  tous  les  gentilz- 
honmies  françois  qui  sont  SQq)>z  vostre  charge  à  mon 
service  mt  cpnmiandemeDt  ^de  mon  frère  le  roy  de 
France,  piNU;  aller  audit  assault  avecques  mes  pié- 
tons, et  j'espère,  avecques  l'ayde  de  Dieu,  que  nous 
l'emporteroÇÉ.  »  Par  le  mesme  secrétaire  qui  avoit 
escripte  la  lettre,  l'envoya  au  seigneur  de  la  Palisse, 
lequel  trouva  assez  estrange  ceste  manière  de  procé- 
der. Toutesfois  il  en  dissimula.  Bien  dist  au  secré- 
taire :  €  Je  4l'esbays  que  l'empereur  n'a  mandé  mes 
compaignons  et  moy  pour  plus  asseuréement  délibérer 

1.  Qui  vouldra,  pour  qui  voudra. 


'« 


||0  HISTOIRE  DE  UAYABT 

de  cest  afiàire.  Toutesff^  vous  luy  direz  que  je  les 
vois  envoyer  quérir,  et  eubt  venuz,  je  leur  montreray 
la  lettre.  Je  croy  (|u'il  n'y  aura  celluy  qui  ne  fioU 
dieissaDt  à  ce  que  l'empereur  vouldra  commaDdgfe,» 
Le  secrétaire  retourna  faire  -  son  message,  et  le  »• 
gKor  de  la  Palisse  manda  tmis  les  cappitaines  fran- 
çois,  lesquelz  vindrent  à  son  logis.  Desjà  estoit  bniyt 
par  tout  le  camp  que  l'on  donneroit  l'assault  à  la  {Mj^ 
sur  le  midy  ou  peu  après.  Lors  eussiez  veu  un^T^  ^ 
merveilleuse,  car  les  prestres  estoient  retenuz  ^ 
d'or  à  confesser,  pour  ce  que  chascun  se 
mettre  en  bon  estât;  etavoit  plusieurs  gens  d'à 
qui  leur  baitloient  leur  bourse  à  garder,  et  pour  ceh 
ne  fault  faàre  nulle  double  que  mQsseigneurs  les  curei 
n'etUÊnéi'  bien  voulu  que  ceulx  ^lÏDqt  ilz  avoient  l'ar- 
gent en  garde  feussent  deraoun^  Ajfl'assault.  D'une 
chose  veulx  bien  adviser  ceubc  qui  lysent  cette  hjs- 
toire,  que  cinq  cens  ans  avoit  qu'en  camp  de  prince 
ne  fut  veu  autant  d'ai^nt  qu'il  y  en  avoit  là ,  et  n'es- 
toit  jour  qu'il  ne  se  desrobast  trois  ou  quatre  oen 
lansquenetz  qui  emmepoient  beufz  et  vailles  en 
Almaigne,  lictz,  bledz,  .soyes  à  filer  et  ai^^cs  utoi- 
silles,  de  sorte  que  audit  Padouan  fut  porté  ocMnma^ 
de  deux  millions  d'escus,  qu'en  <  meubles,  qu'en  mai- 
sons et  palais  bruslez  et  destmitz.  Or,  revenons  i 
nostre  propos.  Les  cappitaines  françois  arrivez  au 
logis  du  seigneur  de  la  Palisse,  leur  dist  :  c  Hessei- 
gneurs,  il  fault  disner,  car  j'ay  à  vous  dire  quelque 
chose  que,  si  je  vous  le  disoye  devant,  pkr  adventure 
ne  feriez-vous  pas  bonne  cbère.  >  11  disoit  ces  paroU«s 

1 .  Qu'en,  tant  ea. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  181 

par  joyeuseté,  car  assez  congnoissoit  ses  compai- 
gnons  qu'il  n'y  avoit  celluy  qui  ne  feust  ung  autre 
Hector  ou  Rolant ,  et  sur  tous  le  bon  chevalier  qui 
oncques  en  sa  vie  ne  s*estonna  de  chose  qu'il  veist 
ne  ouyst.  Durant  le  disner  ne  firent  que  se  gaudir  les 
ungs  des  autres.  Tousjours  en  vouloit  ledit  seigneur  de 
la  Palisse  au  seigneur  d'Ymbercourt,  qui  luy  rendit  bien 
son  change  en  toutes  paroUes  d'honneur  et  de  plaisir. 
Je  croy  que  vous  avez  ouy  nommer  cy-devant  tous 
les  cappitaines  françois  qui  estoient  là  ensemble,  mais 
je  croy  qu'en  toute  la  reste  de  l'Europe  on  n'en  eust 
pas  encores  trouvé  autant  de  la  sorte.  Après  le  disner 
on  fist  sortir  tout  le  monde  de  la  chambre,  excepté  les 
cappitaines,  à  qui  le  seigneur  de  la  Palisse  commu- 
nicqua  la  lettre  de  Tempereur,  qui  fut  leue  deux  fois 
pour  mieulx  l'entendre;  laquelle  ouye,  chascun  se 
regarda  l'ung  l'autre  en  riant,  pour  veoir  qui  oon^ 
mcnceroit  la  paroUe.  Si  dist  le  seigneur  d'Ymber* 
court  :  €  Il  ne  fault  point  tant  songer  !  Monseigneur, 
dist-il  au  seigneur  de  la  Palisse,  mandez  à  l'empereur 
que  nous  sommes  tous  prests  ;  il  m'ennuye  desjà  aux 
champs,  car  les  nuytz  sont  froides,  et  puis  les  bons 
vins  commencent  à  nous  faillir;  »  dont  chascun  se 
print  à  rire.  Il  n'y  eut  celluy  de  tous  les  cappitaines 
qui  ne  parlast  devant  le  bon  chevalier,  et  tous  s'ao-' 
cordoient  au  propos  du  seigneur  d'Ymbercourt.  Le 
seigneur  de  la  Palisse  le  regarda  et  veit  qu'il  feisoit 
semblant  de  se  curer  les  dens,  comme  s*il  n'avoit  pas 
entendu  ce  que  ses  compaignons  avoient  proposé.  Si 
luy  dist  en  riant  :  c  Hé  !  puis,  THercules  de  France, 
qu'en  dictes  vous  ?  Il  n'est  pas  temps  de  se  curer  les 
dens ,  il  fault  rcspondre  à  ceste  heure  promptement  à 


\ 


:.  18k.  '       HIST(nRB   DB  BÀVART 

fôlppereur.  >  Le  bon  chevalier,  qui  tousjoArs  estoit 
<!bb8tutnîer*8&  gaudir,  joyeusemeat  respotidit  :  c  Si 
noùs'voulons  Irestous  croyre  monseigneur  d'Ymbep- 

,'4  court,  il  ne  fault  que  aller  droit  à  la  berdie  ;  mais 
pour  ce  que  c'est  ung  passe-temps  assez  fascbeux  à 
hommes  d'armes  que  d'aller  à  pied,  je  m'excuserms 
fort  voulentiers,  Toutesfois,  puisqu'il  faull  que  j'en  dye 
mon  oppinioii,  je  le  fcray.  L'empereur  mande  en  sa 

jy        lettre  que  vous  (hciez  mettre  tous  les  gentilzhommes 
>    françois  à  pied  pour  donner  l'iusault,  avecques  ses 

^         lansquenetz.  De  moy,  combien  que  je  n'aye  guères  d^ 
biens  de  ce  monde,  toutesfois  je  suis  gentilheÀi 
É^*}  tous  vous  autres,  messcigneurs,  estes  gros 


r 

r 


^  el  de  grosses  maisons,  et  si  sont  beaucoop^v^  noz 
gens  (l'armes.  Pense  l'empereur  que  ce  soit  tHoBe  ni- 
sonnable  de  mettre  tant  de  noblesse  en  péril  et  hazart 
avecques  des  piétons  dont  l'ung  est  cordonnnier, 
l'autre  mareschal,  l'autre  boulengier,  et  gens  méca- 
qicques,  qui  n'ont  leur  honneur  en  si  grande  recom- 
mandation que  gentilzhomnies  ;  c'est,  trop  regardé 
petitement,  sauf  sa  grâce  à  luy.  Mais  mon  advi^^ 
que  vous,  monseigneur,  dist-il  au  seigneur  _(fe  ■ 
Palisse,  debvez  pendre  response  à  reoÉpereur  qui  sera 
telle  :  c'est  que  vous  avez  fait  asseiBler  voz  cappi- 
laines  suyvant  son  vouloir,  qui  sont  très-délibérez  de 
faire  son  commandement  selon  la  chaire  qn'ilz  ont 
du  roy  leur  maistre,  et  qu'il  entend  assez  que  leurdit 
maisti-e  n'a  point  de  gens  en  ses  ordonnance^qui  ne 
soient  geiitilzhfnmnes;  de  les  mesler  parmy  gens  de 
pied  qui  sont  de  petite  condition,  seroit  peu  fait  d'es- 
time d'eulx,  mais  qu'il  a  force  comtes,  seigneurs  et 
gentilzhommes  d'Almaigne;   qu'il  les  face  mettre  i 


^ 
^ 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  183 

pied  avecques  les  gens  d'armes  de  France,  et  voulen- 
tiers  leur  monstreront  le  chemin ,  et  puis  ses  lansque- 
netz  les  suyvront  s'ils  congnoissent  qu'il  y  face  bon.  > 
Quant  le  bon  chevalier  eut  dicte  son  oppinion,  n'y  eut 
autre  chose  réplicqué,  mais  fut  son  conseil  tenu  à 
vertueux  et  raisonnable.  Si  fut  à  l'empereur  rendu 
ceste  response,  qu'il  trouva  très  honneste.  Si  fist  incon- 
tinent et  tout  soubdainement  sonner  ses  trompettes 
et  tabourins  pour  assembler  son  trayn,  où  se  trou- 
vèrent tous  les  princes,  seigneurs  et  cappitaines  tant 
d'Almaigne,  Bourgongne  et  Haynault.  Lesquelz  assem- 
blez, l'empereur  leur  déclaira  comment  il  estoit  déli- 
béré d'aller  dedans  une  heure  donner  l'assault  à  la 
ville,  dont  il  avoit  adverty  lès  seigneurs  de  France^ 
qui  tous  estoient  fort  désirans  d'y  très  bien  faire 
leur  debvoir,  et  qu'ilz  le  prioient  que  avecques  eulx 
allassent  les  gentilzhonmies  d'Almaigne,  ausquelz 
voulentiers  pour  eulx  mettre  les  premiers  monstre- 
roient  le  chemin,  c  Parquoy,  messeigneurs,  je  vous 
prie,  tant  que  je  puis,  les  y  vouloir  acompaigner  et  vous 
mettre  à  pied  avecques  eulx ,  et  j'espère  avecques 
l'ayde  de  Dieu  du  premier  assault  nous  emporterons 
noz  ennemys.  »  Quant  l'empereur  eut  achevé  son 
parler,  soubdainement  se  leva  un  bruyt  fort  merveil- 
leux etestrajotfip  parmy  ses  Almans,  qui  dura  une  demye 
heure  avant  qu'il  feust  appaisé;  puis  l'ung  d'entre 
eulx,  chargé  de  respondre  pour  tous,  dist  qu'ilz 
n'estoient  point  gens  pour  eulx  mettre  à  pied  ny  aller 
à  une  bersche,  et  que  leur  vrai  estât  estoit  de  com- 
batre  en  gentilzhonmies,  à  cheval.  Et  autre  responce 
n'en  peut  avoir  l'empereur;  mais  combien  qu'elle 
ne  feust  pas  selon  son  désir  et  ne  luy  pleust  guères,  il 


4  8i  mSTOIRE  DB  BAYART 

ne  sonna  mot,  sinon  qu'il  dist  :  c  Bien,  messeigneurs, 
il  fauldra  doncques  adviser  comment  nous  ferons  pour 
le  mieulx  ;  »  et  puis  sur  l'heure  appella  ung  sien  gen- 
tilhomme nommé  RocandolfS  qui  d'heure  en  autre* 
venoit  parmy  les  François  comme  ambassadeur,  et  à 
vray  dire  la  pluspart  du  temps  estoit  avecques  eulx, 
auquel  il  dist  :  c  Allez  au  logis  de  mon  cousin  le  sei- 
gneur de  la  Palisse,  recommandez-moy  à  luy  et  à  tous 
messeigneurs  les  cappitaines  françois  que  trouverrei 
avecques  luy,  et  leur  dictes  que  pour  ce  jourd'huy  ne 
se  donnera  pas  l'assault.  »  Il  alla  faire  son  message,  et 
chascun  par  ce  moyen  s'en  alla  désarmer,  les  ungz 
joyeulx,  les  autres  marrys.  Je  suis  bien  asseuré  que 
les  prestres  n'en  furent  pas  trop  aises,  car  il  leur  fîit 
besoing  rendre  ce  qu'on  leur  avoit  baillé  en  garde.  Je 
ne  sçay  conmient  ce  fut  ne  qui  en  donna  le  conseil; 
mais  la  nuyt  après  ce  propos  tenu,  l'empereur  s'en 
alla  tout  d'une  traicte  à  plus  de  quarante  mille  da 
camp,  et  de  ce  logis-là  manda  à  ses  gens  qu'on  levast 
le  siège  ;  ce  qui  fut  fait  conune  vous  entendrez. 

CHAPITRE  XXXVIII. 

Comment  Vempereur  se  retira  du  camp  de  devant 
Padoue  quant  il  congneut  que  sêà^Almans  ne  vour 
Unent  pas  donner  Vassault. 

Il  ne  fault  pas  demander  si  l'empereur  fîit  bien 

1.  Christophe,  comte  de  Rockandorf  ;  il  entra  au  service  da  roi 
de  France  et  fut  gentilhomme  de  sa  chambre.  Une  quittance  qa*il 
donna  en  cette  qualité  est  conservée  à  la  Bibliothèque  nationile 
(Ms.  f.  26110,  no  815). 


PAR  LE  LOVAL  SERVITEUR.  185 

courroucé  quant  il  eut  entendu  le  bon  vouloir  des 
cappitaines  françois,  et  que  ses  gens  d*Almaigne  ne 
*  vouloient  riens  faire  pour  luy,  dont  de  ceste  oppinion 
n'estpit  pas  le  gentil  prince  de  Hanno,  qui  UA  deman- 
doit  autre  chose,  et  s'oflSrit  à  l'empereur,  #{)areille- 
ment  se  vint  excuser  et  présenter  aux  cappitaines 
François.  Entre  autres  cappitaines,  qu'il  avoit  parmy 
ses  bendes  y  en  avoit  ung  qu'on  nommoit  le  cappi- 
taine  Jacob  S  qui  depuis  fut  au  service  du  roy  de 
France,  et  mourut  à  la  journée  de  Ravenne,  comme 
vous  entendrez,  lequel  chascun  jour  alloit  escarmou- 
cher  avecques  les  François,  et  de  hardiesse  et  de 
toute  honnesteté  estoit  accomply  à  merveilles  ;  mais 
ces  deux  Âlmans  ne  povoient  pas  satisfaire  à  tout. 
L'empereur,  enflé  de  courroux  et  fascherie,  lende- 
main, deux  heures  devant  jour,  sans  bruyt  faire, 
acompaigné  de  cinq  ou  six  cens  chevaulx  de  ses  plus 
privez  serviteurs,  deslogea  de  son  camp  et  s'en  alla 
tout  d'une  traicte  à  trente  ou  quarante  mille  de  là, 
tirant  en  Âlmaigne ,  et  manda  au  seigi|6i|il"  Ctonstan- 
tin,  son  lieutenant  général,  et  au  seigneur  de  la 
Palisse,  qu'ilz  levassent  le  camp  le  plus  honnestement 
qu'il  seroit  possible.  Chascun  s'esbahyt  assez  de  ceste 
fiiçon  de  faire,  mais  on  n'en  eut  autre  chose.  Les  cap- 
pitaines tant  françois,  almans  que  bourguignons, 
eurent  conseil  ensemble,  où  ilz  conclurent  lever  le 
siège,  qui  estoit  assez  fascheux  et  malaisé,  pour  avoir 
six  ou  sept  vingtz  pièces  d'artillerie  devant  la  ville,  et 
n'y  avoit  pas  d'esquipage  pour  en  mener  la  moytié. 

1.  Jacob  Empser,  dont  il  sera  question  plus  d'une  fois  encore 
dans  le  cours  de  cette  chronique,  capitaine  de  lansquenets,  tué  à 
la  bataille  de  Ravenne. 


186  HISTOIRE  DB  BAYART 

Les  François  furent  ordonnez  à  tenir  escorte  tant  que 
l'artillerie  seroit  levée  ;  mais  le  gentil  prince  de  Haimo, 
^^  qui  assez  congnoissoit  la  turpitude  de  sa  nation/ 
avecques  sa  bende»  qui  estoit  de  sept  à  huyt  mille 
honunes,  ne  partit  oncques  d'auprès  de  l'artillerie, 
qui  luy  fut  tourné  à  gros  honneur,  car  depuis  le 
matin  au  point  du  jour  jusques  à  deux  heures  de 
nuyt  convint  tenir  bataille  ^  et  si  on  mangea  ce  ne  fut 
guères  à  son  aise,  car  d'heure  en  autre  y  avoit  chaulx 
et  aspres  alarmes,  parce  que  ceulx  de  la  ville  faisoient 
force  saillies  et  grosses,  aussi  qu'il  convenoit  mener 
une  partie  de  l'artillerie  ou  camp  où  on  alloit  loger, 
puis  la  laisser  là,  et  ramener  les  chevaulx  et  beu&  qué- 
rir le  demeurant.  Sans  perte  nulle  des  gens  de  l'empe- 
reur ny  des  François  se  leva  le  siège.  Ung  grand  mal 
y  eut  que  les  lansquenetz  misrent  le  feu  en  tous  leurs 
logis,  et  partout  où  ilz  passoient.  Le  bon  chevalier 
par  charité  fîst  demeurer  sept  ou  huyt  de  ses  honunes 
d'armes  en  ung  beau  logis  où  il  s'estoit  tenu  durant  le 
siège,  pou{,  le  sauver  du  feu,  jusques  à  ce  que  lesditz 
lansquenebs  fussent  passez  oultre  ;  et  vous  asseure  que 
telz  boutefeux  ne  lui  plaisoient  guères.  De  camp  en 
camp  vint  l'armée  jusques  à  Yincence,  où  là  envoyn 
l'empereur  quelque  présent  au  seigneur  de  la  Palîart 
et  à  tous  les  cappitaines  françois,  selon  sa  puissance, 
car  il  estoit  assez  Ubérdli^  et  n'estoit  pos^le  trouver 
ung  meilleur  prince  s'il^éust  eu  de  quoy  donner.  Ung 
mal  avoit  en  luy,  qu'il  ne  se  fioit  en  personne,  et 
tenoit  à  part  luy  ses  entreprinses  si  secrètes  que  cela 
luy  a  porté  beaucoup  de  dommage  en  sa  vie. 

i .  Tenir  bataille,  être  rangé  en  bataille. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  187 

De  Vinoence  s^en  i^tournèrc^^,^  Ijittt^part  de  tous 
les  Almans  ;  une  partie  en  denitâj^flki  laS^ille  pour  la 
garder  avecques  le  seigneur  d^tlF^irl^  s'en  retour- 
nèrent le  seigneur  de  la  Palisse  e(  tous  ses  compai- 
^  gnons  enviroi^jii  Toussainctz  ou  duché  de  Milan, 
excepté  le  bod^evalier  sans  paour  et  sans  reprouche 
qui  demoura  quelque  temps  en  garnison  à  Véronne, 
où  il  receut  beaucoup  d'honneur,  comme  vous  orrez. 
Les  Yéniçiens  tenoient  encores  une  ville  nonmiée 
Lignagg^l  jitv ilz  aToient  grosse  garnison,  et  qui  sou- 
vent fa%§pilnet>urses  contre  ceulx  du  Véronnoys. 


^^  CHAPITRE  XXXIX. 

Cofkment  le  ban  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche, 
estant  à  Véronne,  fist  une  course  sur  les  VénidenSj 
où  il  fut  prins  et  rescoux'^  deux  fois  en  ung  jour,  et 
quelle  en  fut  la  fin. 

Le  boi^hevalier  sans  paour  et  sans  reprouche  fut 
ordoQOé  en  garnison  à  Yéronne  avecques  trois  ou 
quat||.^cens  honmies  d'armes  que  le  roy  de  France 
preâta  à  l'empereur^^^jpeu  de  temps  après  ceulx  qui 
estoient  pour  ledit  'eflfereur  à  Yincence,  congnoissans 
que  la  ville  n'estoit^as  pour  tenir,  s'en  yindrent 
retirer  audit  Véromîe,  parce  que  les  Véniciens  estoient 
fors  aux  champs  et  marchoient  pour  y  venir  mettre 
le  siège;  mais  quand  ilz  la  virent  habandonnée , 
tirèrent  leur   arnîie  jusques  à  ung   village  nommé 

i .  LegnanQ,  à  9  lieues  de  Vérone. 
2.  Recouw,  recouvré. 


488  OBtQBtX  DE  BAYART 

Sainct-BonifàceS'  ïiiRpuilize  ou  dix-buyt  mille  dudit 
Véronne.  C'estoii6«ni''ie  temps  de  Tyrer,  et  coove- 
Qoit  aux  souldars  quî'^toient  dedans  la  ville  envoyer 
au  fourrage  pour  leurs  chevaulx  aucunes  fois  bien 
loing,  tellement  que  bien  souvent  se  perdoient  des^ 
varletz  el  des  chevaulx,  tant  qu'il  fut  besoing  leur 
donner  escorte  ;  mais  il  u'estoit  guères  jour  qu'ilz 
ne  rencontrassent  les  ennemys,  et  se  frotoient  très 
bien  Tung  l'autre.  De  la  part  des  Véniciens  y  avoit 
un  cappitaine  fort  gentil  g&lanl  et  plein  d'entre- 
prinses,  qui  s'appelloit  Jehan-Paule  Mouf^n^,  lequel 
chascun  jour  faisoit  courses  jusc{ues  aux  portes  de 
Véronne,  et  tant  y  continua  qu'il  en  fascha  au  bon  die- 
valier,  lequel  se  délibéra,  au  premier  jour  qjbe  les 
fourrageurs  yroient  aux  champs,  luy-mesmes  I wr  aller 
faire  escorte  et  user  de  quelque  subtilité  de  guerre. 
Mais  si  secrètement  ne  le  peut  faire  que  par  ung  espie 
qui  se  tenoit  à  son  logis  n'en  feust  adverty  le  cappi- 
taine Moufron  ;  parquoy  délibéra,  quant  il  yroit  aux 
champs,  mener  si  bonne  force  que,  s'il  rçoControit  le 
bon  chevalier,  luy  feroit  recevoir  de  la  bonté.  Ung 
jeudy  matin  furent  mis  les  fourrageurs  hors  de 
Véronne,  et  à  leur  queue  trente  ou  quarante  hdJKânes 
d'armes  et  arcbiers,  que  oo^Jbïâoit  le  cappitaine 
Pierrepoot,  lieutenant  dudit  bon'dKvalier,  qui  estoK 
sage  et  advisé.  Si  se  gectèrent  à  Tescart  du  grant 
chemin  pour  aller  chercher  les  cassines  et  faire  leurs 
charges^.  Le  bon  chevalier,  accompaigné  de  cent 

1.  San-Bonifacio,  provliice  de  Vérone.    ■ 

2.  Jean-Paul  Manfroni,  un  des  meitleors  capitaines  de  cav^ 
ierie  d'Italie  à  cette  époque. 

3.  Pour  cliercher  les  fermes  et  y  faire  leur  chargement  de  foin. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  189 

hommes  d*armes,  qui  ne  pensoit  point  estre  descou- 
vert, s'estoit  allé  gecter  en  ung  village  sur  le  grant 
chemin  appelle  Sainct- Martin  S  à  six  mille  dudit 
Véronne,  et  envoya 'quelques  coureurs  pour  descou- 
vrir, qui  guères  ne  furent  loing  sans  veoir  leurs 
ennemys  en  nombre  de  cinq  ôens  chevaulx  ou  envi- 
ron, lesquelz  marchoient  droit  vers  ceulx  qui  alloient 
en  fourrage.  Ilz  en  vindrent  faire  leur  rapport  audit 
bon  chevalier,  qui  en  hit  {orl  joyeulx,  et  incontinent 
monta  à  cheval  avecques  la  compaignie  qu'il  avoit, 
pour  les  aller  trouver.  Le  cappitaine  Jehan-Paule  Mou- 
fron  qui  par  Tespie  avoit  esté  adverty  de  l'entreprise, 
avoit  fait  embuscher  en  ung  palais  près  de  là  cinq  ou 
six  cens  hônmies  de  pied,  picquiers  et  hacquebutiers, 
ausquelz  il  avoit  très  bien  chanté  leur  leçon,  et  entre 
autres  choses  qu'ilz  n'eussent  à  sortir  jusques  à  ce 
qu'ilz  le  verroient  retirer,  et  que  les  François  les 
chasseroient,  car  il  feroit  semblant  de  fîiyr,  et  par  ce 
moyen  ne  fauldroit  point  à  les  enclore  et  deffaire.  Le 
bon  chevalier  qui  s'estoit  mis  aux  champs  ne  fist  pas 
deux  milles  qu'il  ne  veist  à  cler  les  ennemys  ;  si  com- 
mencea  à  marcher  droit  à  eulx ,  et  en  cryant  c  Empire 
et  France  !  »  les  voulut  aller  chaîner.  Ilz  firent  quelque 
contenance  de  tenir  bon,  mais  quant  ilz  les  virent 
approucher,  conmiencèrent  à  eulx  retirer  le  long 
d'ung  chemin  et  droit  à  leur  embusche,  laquelle  ilz 
irespassèrent^  d'ung  peu,  et  alors  s'arrestèrent  tout 
court  et  en  criant  :  c  Marco  !  Marco  !  »  se  mirent  en 
défense  -»^«>îffi|jnr^^"*    Les  gens  de  pied  sortirent  de 


i.  San-Martino^Buonalbergo,  province  de  Vérone. 
2.  Trespassèrent,  dépassèrent. 


190  HISTOIRE  DE  BAYART 

leur  embusche,  qui  firent  ung  merveilleux  cry  et  vio- 
drent  ruer  sur  les  François  en  tirant  force  hacque- 
butes,  dont  d'ung  coup  fut  tué  le  dieval  du  bon  che» 
valier  entre  ses  jambes,  qui  tomba  si  mal  à  point 
que  ung  de  ses  piedz  tenoit  dessoubz.  Ses  hommes 
d'armes,  qui  pour  mourir  ne  Teussent  jamais  laissé 
là,  firent  une  grosse  envahie  S  et  en  descendit  Vnng 
à  pied  qu'on  appelloit  Grantmont^,  lequel  gecta  son 
cappitaine  de  ce  péril;  mais  quelques  armes  qu'ils 
feissent  ne  leur  peurent  de  tant  servir  que  tous  deux 
ne  demourassent  prisonniers  parmy  les  gens  de  pied 
qui  les  vouloient  désarmer.  Le  cappitaine  Pierrepont 
qui  estoit  avecques  les  fourrageurs  ouyt  le  bruyt,  si  y 
courut  le  grant  galop  incontinent,  et  vint  en  si  bonne 
heure  qu'il  rencontra  son  cappitaine  et  Grantmont  en 
dur  party  ;  car  desjà  les  tiroit-on  hors  de  la  presse 
pour  les  emmener  à  sauveté.  Il  ne  fault  pas  demander 
s'il  fut  joyeulx;  car,  conmie  ung  lyon,  fi[*appa  sur 
ceulx  qui  les  tenoient,  lesquelz  soubdain  habandoo- 
nèrent  leur  prise  et  se  retirèrent  à  leur  troppe  qui 
combatoit  contre  le  reste  des  François  furieusement. 
Le  bon  chevalier  et  Grantmont  furent  incontinent 
remontez  et  s'en  retournèrent  droit  au  secours  de 
leurs  gens  qui  avoient  beaucoup  à  souffrir,  car  ilz 
estoient  assailliz  devant  et  derrière  ;  mais  à  la  revenue 
dudit  bon  chevalier  et  du  cappitaine  Pierrepont  furent 
beaucoup  soulagez.  Toutesfois  le  jeu  estoit  mal  party, 
car  les  Véniciens  estoient  quatre  contre  ung ,  et  puis 

i.  Envahie,  charge. 

2.  Claude  de  Grammont,  seig'  de  Vachères,  gentilhomme  de 
Dauphiné. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  J^i 

ses  hacquebutîers  faisoient  beaucoup  de  mal  aux 
François.  Si  coinmencea  le  bon  chevalier  à  dire  au 
cappitaine  Pierrepont  :  c  Gappitaine,  si  nous  ne  gied- 
gnons  le  grant  chemin  nous  sommes  affolez^ ;  et  sllsH!^ 
sonmies  une  fois  là,  nous  nous  retirerons  eo  àf^j^ 
d'eulx  et  si  n'aurons. point  de  perte  aydant  ^jj^iiv -^ 
Je  suis  bien  de  cest  advis,  dist  le  cappitaiiiè  Fiêrre- 
pont.  »  Si  conmiencèrent  tousjours  combatan&  à  «ulx 
retirer  sur  ce  grant  chemin,  où  ilz  parvindrent,  mais 
ce  ne  fut  pas  sans  beaucoup  souffrir;  néantmoins 
encores  n'a  voient  point  perdu  de  gens,  mais  si  avoient 
bien  les  ennemys^  conmie  quarante  ou  cinquante 
bonmies  de  pied  et  sept  ou  huyt  de  cheval.  Quant  le 
bon  chevalier  et  les  François  furent  sur  ce  grant  che- 
min que  tiroit  à  Véronne,  se  serrèrent  et  misrent  à  la 
retraicte  tout  doulcement,  et  de  deux  cens  pas  en 
deux  cens  pas  retournoient  sur  leurs  ennemys  tant 
gaillardement  que  merveilles.  Mais  ik  avoient  ses  gens 
de  pied  à  leurs  aesles  qui  tiroient  coups  de  hacque- 
bute  menus  et  souvent,  de  façon  que,  à  la  dernière 
diarge,  fut  encores  tué  le  cheval  du  bon  chevalier, 
qui,  le  sentant  chanceler,  se  gecta  à  pied  Tespée  au 
poing,  où  il  fist  merveilles  d'armes;  mais  bientost 
fut  encloz ,  et  eust  eu  mauvais  party ,  quant  le  bas- 
tard  du  Fay,  son  guydon,  avecques  ses  archiers,  vint 
faire  une  charge  si  furieusement  que  au  millieu  de  4a 
troppe  des  Véniciens  recouvra  son  cappitaine  et  le 
remonta  à  cheval  eaidhskgj:  d'eulx,  puis  se  serroient 


avecques  les  autres.  Jàimirochoit  la  nuyt,  parquoy 


1.  Affolez,  perdus. 

2.  Sous-entendu  perdu. 


fM  mSTOIRE  DE  BAYART 

oonananda  le  bon  dievalier  qu'on  ne  chai^east  plus 
et  qu'il  sufEisoit  bien  se  retirer  à  leur  grant  honneur, 
ce  qu'ilz  lirent  jusques  a.  Sainct-Hartin,  dont  le  matin 
csloient  partiz.  II  y  avok  un  pont  gamy  de  barrières 
au  bout  duquel  ilz  s'arrastèrent  ;  le  cappitaine  Jehan- 
Paule  Uoufron  congneut  bien  que  plus  ne  leur  sçaurcHt 
porter  dommage,  et  puis  qu'ilz  pourroieat  estre 
secouruz  de  Véronne.  Si  fist  sonner  la  rètraicte  et  se 
.  mis!  aa  retour  vers  Sainct-Boniface,  ses  gens  de  pied 
devant  luy,  qui  estoient  fort  lassez  de  ceste  jouraée, 
où  ilz  avoient  combatu  quatre  ou  cinq  heures,  et 
voulurent  séjourner  en  ung  village  à  quatre  ou  cinq 
mille  dudit  Sainct-Boniface  ;  dont  le  cappitaine  Jehan- 
Paule  HoufroD  n'estoit  pas  d'oppinion,  et  s*ea 
retourna  avecques  ses  gens  de  cheval,  bien  de^nt 
dont  il  avoit  esté  si  bien  gallopé  et  par  sî  peu  de 
noffllve  de  gens.  Le  bon  chevalier  et  ses  gens  pour 
ce  soir  se  logèrent  en  ce  village  de  Sainct-Martîn,  où 
ilz  firent  grant  chère  de  ce  qu'ilz  avoient,  en  pariant 
de  leur  fort  belle  rètraicte,  car  ilz  n' avoient  perdu  que 
ung  archier  et  quatre  chevaulx  tuez,  et  leurs  ennem^ 
avoient  porté  lourde  perte  au  pris*.  En  ces  entre- 
faictes,  ung  de  leurs  espies  va  arriver,  lequel  vendt 
dudit  Sainct-Boniface;  il  fut  mené  devant  le  bon  die* 
valier,  qui  luy  demanda  que  faisoient  les  ennemys.  U 
respondit  :  a  Riens  autre  chose  ;  ilz  sont  en  grosse 
troppe  dedans  Sainct-Boniface,  et  entre  eulx  font 
courir  bruyt  que  bientost  jupont  Véronne,  et  tiament 
qu'ilz  ont  grosse  inteU^|ÇJ|pe  dedans.  Comme  j'en 
vouloye  partir  est  arrivé  le  cappitaine  Houfroa,  bioi 

1.  Au  pris,  en  companisoD. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  193 

eschauffé  et  bien  courroucé,  car  j'ay  ouy  qu'il  disoit 
qu'il  venoit  de  la  guerre  et  que  les  dyables  d'enfer 
avoit  trouvés  et  non  pas  hommes.  En  m'en  venant  à 
quatre  ou  cinq  mille  d'icy  suis  passé  en  ung  village  où 
j'ay  laissé  tout  plain  de  leurs  gens  de  pied  qui  y  sont 
logez,  et  semble  advis  à  les  veoir  qu'ilz  soient  bien 
las.  »  Alors  dist  le  bon  chevalier  :  c  Je  vous  donne 
ma  vie  se  ce  ne  sont  leurs  gens  de  pied  que  nous 
avons  aujourd'huy  combatuz,  qui  n'ont  pas  voulu 
aller  jusques  à  Sainct-Boniface.  Si  vous  voulez  ilz  sont 
nostres  ;  la  lune  est  clère ,  faisons  repaistre  noz  che- 
vaulx,  et  sur  les  trois  ou  quatre  heures  allons  les  res- 
veiller.  »  Son  oppinion  fut  trouvée  bonne;  on  fîst 
penser  les  chevaulx  le  mieulx  qu'on  peut,  et  après 
avoir  assis  le  guet,  chascun  se  mist  au  repos.  Mais  le 
bon  chevalier  qui  taschoit  d'achever  son  entreprise 
ne  reposa  guères  ;  ains  environ  les  trois  heures  après 
minuyt,  sans  faire  bruit,  monta  à  cheval  avecques  ses 
gens  et  s'en  vint  droit  à  ce  village  où  estoient  de- 
mourez  les  gens  de  pied  véniciens,  lesquelz  ilz  trou- 
vèrent endormys  conmie  beaulx  pourceaulx,  sans 
aucun  guect,  au  moins,  s'il  y  en  avœt,  il  fut  très- 
mauvais.  Eulx  arrivez  commencèrent  à  crier  :  «  Em- 
pire !  Empire  !  France  !  France  !  à  mort  !  à  mort  !  > 
A  ce  joyeulx  chant  s'esveillèrent  les  rustres  qui  sor- 
toient  des  maisons  les  ungs  après  les  autres,  mais  on 
les  assommoit  comme  bestes.  Leur  cappitaine,  acom- 
paigné  de  deux  ou  trois  cens  hommes,  se  gecta  sur 
la  place  du  village,  où  là  se  cuydoit  assembler  et  for- 
lifBer  ;  mais  on  ne  luy  en  donna  pas  le  loysir,  car  il 
ùxt  clmr^é  par  tant  d'endroitz  que  lui  et  tous  ses  gens 
furent  rompuz  et  deffaictz ,  et  n'en  demoura  que  trois 

13 


194  msToniE  db  ra^yart 

en  vie,  dont  Tung  fut  le  cappitaine  et  deux  autres 
gentilzbommes  qui  estoient  frères,  pour  lesquelz,  en 
les  relaschant,  on  retira  deux  autres  gentilzhooimes 
françois  prisonniers  es  prisons  de  la  seigneurie  de 
Venise.  Quant  le  bon  chevalier  eut  du  tout  et  à  son 
grant  honneur  achevé  son  entreprise,  ne  voulut  plus 
séjourner,  doubtant  nouvel  inconvénient  :  si  se  retira 
avecques  tous  ses  gens  dedans  Yéronne,  où  il  fut  recen 
à  grant  joye.  Et  au  contraire  les  Vénidens,  quant  ih 
sceurent  la  perte  de  leurs  gens,  furent  bien  marris , 
et  en  voulut  messire  André  Grit,  providadour  de  la 
Seigneurie,  blasmer  le  cappitaine  Jehan-Paule  Moufron 
de  ce  qu'il  les  avoit  laissez  derrière  ;  mais  il  s'excust 
très  bien,  en  disant  qu'il  n'avoit  esté  à  luy  possible 
les  tirer  du  village  où  ilz  avoient  esté  deffidctz,  et  de 
rinconvénient  les  avoir  très  bien  advisez,  mais  jamais 
ne  les  avoit  sceu  renger  à  congnoistre  la  raison. 
Toutesfois  en  luy-mesmes  se  pensa  bien  venger  en 
peu  de  jours  ;  mais  il  acreut  sa  honte,  ainsi  que  vous 
entendrez. 

CHAPITRE  XL. 

Comment  le  bon  chevalier  cuyda  estre  trahy  par  tm 
espie  qui  avoit  promis  au  cappitaine  Jehan  Paule 
Moufron  le  mettre  entre  ses  mains  y  et  ce  quUl  en 
advint. 

Sept  ou  huyt  jours  après  oeste  belle  course,  le 
cappitaine  Jehan-Paule  Moufron,  bien  desplaisant  de 
ce  que  si  lourdement  avoit  esté  batu  et  repoussé,  ses 
gens  mors  et  perduz,  sans  aucunement  et  moins  que 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  195 

riens  avoir  dommage  ses  ennemys,  délibéra  se  venger 
en  quelque  sorte  que  ce  feust.  Il  avoit  ung  espie, 
lequel  alloit  et  venoit  souvent  de  Véronne  à  Sainct- 
Boniface  et  servoit  à  luy  et  au  bon  chevalier,  donnant 
à  entendre  à  chascun  des  deux  qu'il  ne  taschoit  que  à 
leur  faire  service;  mais  tousjours  ont  ses  espies  le 
cueur  à  Tung  plus  que  à  Tautre  beaucoup,  comme 
cestuy-mesmes  avoit  au  cappitaine  Moufron,  qui  par 
ung  jour  qu'il  eut  ung  peu  pensé  à  son  af&ire,  luy 
dirt  :  c  II  faut  que  tu  ailles  à  Véronne,  et  donnes  à 
entendre  au  cappitaine  Bayart  que  la  seigneurie  de 
Venise  a  escript  au  providadour  qu'il  m'envoye  dedans 
Lignago  pour  la  garde  de  la  place,  pour  ce  qu'on 
envoyé  quérir  le  cappitaine  qui  y  est  pour  l'envoyer 
en  Levant  avecques  ung  nombre  de  gallères;  que  tu 
scez  certainement  que»  je  partiray  demain  au  point  du 
jour  avecques  trois  cens  chevaulx  légiers,  et  que  de 
gens  de  pied  je  n'en  mène  point.  Je  suis  asseuré 
qu'il  a  le  cueur  si  hault  qu'il  ne  me  laissera  jamais 
passer  sans  me  venir  escarmoucher,  et  s'il  y  vient, 
j'espère  qu'il  ne  s'en  retournera  point  qu'il  ne  soit 
mort  ou  pris,  parce  que  je  mèneray  deux  cens  honfunes 
d'armes  et  deux  mille  hommes  de  pied  que  je  feray 
embuscher  à  Yzolle  de  l'Escalle*,  vers  lequel  lieu,  s'il 
me  vient  Yii|pi^  veulx  estre  rencontré,  t'ad visant  que 
si  tu  scez  bien  faire  ta  charge,  te  prometz  ma  foy 
donner  cent  ducatz  d'or.  »  Les  espies,  conmie  chas- 
cun scet,  ne  sont  créez  que  par  dame  avarice  et  aussi 
ont-ilz  pour  ce  bien  ung  autre  prison,  car  de  six  qu'on 
en  prent  s'il  en  eschappe  ung  doit  bien  louer  Dieu,  car 


I    A 


1.  IsoUl  délia  Scala,  à  5  lieues  S.  de  Vérone. 


196  HISTOIRE  DE  BAYART 

la  vraye  médecine  qu'ilz  portent  pour  le  mal  qui  les 
tient  c'est  ung  cordeau.  ^Qr..ce  galant  p]X)iiiist  au  cap- 
pitaine  Jehan-Paule  Mopfron  qu'il  sçauroit  bien  faire 
le  cas.  Si  s'en  vint  incontinent  à  Véronne,  droit  an 
logis  du  bon  chevalier,  car  léans  estoit  assez  congnai 
de  tous  les  serviteurs,  pour  [ce]  qu'ilz  cuydoient  cer^ 
tainement  qu'il  feust  totallement  au  service  de  leur 
maistre.  Hz  le  luy  amenèrent  ainsi  qu'il  achevoit  de 
soupper,  lequel  incontinent  qu'il  le  veit  luy  fist  ung 
fort  bon  recueil  et  luy  dist  :  €  Vizentin,  tu  soyiMiil^ 
bien  venu  !  tu  ne  viens  pas  sans  cause  ;  quelles  nov- 
velles?  »  Lequel  respondit  :  c  Très  bonnes,  monsei- 
gneur, Dieu  mercy!  »  Si  se  leva  incontinent  le  bon 
chevalier  de  table,  et  tira  l'espie  à  part,  pour  sçavoir 
que  c'estoit.  Il  luy  compta  de  point  en  point  le  faict  et 
le  luy  fisttrouver  si  bon  qu'oncqu6S homme  ne  fut  plus 
joyeulx.  Si  commanda  qu'on  menast  soupper  Vizen- 
tin  et  qu'on  luy  fist  grosse  chère  ;  puis  après  tire  à 
part  le  cappitaine  Pierrepont,  le  cappitaine  la  Va- 
renne  qui  portoit  son  enseigne,  le  bastard  du  Fay  et 
ung  cappitaine  de  Bourgongne,  qui  ce  soir  souppoit 
avecques  luy,  qui  s'appéUoit  monseigneur  de  Sucre ^ 
ausquelz  il  compta  ce' que  l'espie  lui  ayoîl  dit,  et 
comment  le  cappitaine  Jehan  Paule  Moufron  se  retirait 
dedans  Lignago  le  lendemain  et  ne  menoît  que  trois 
cens  chevaulx,  parquoy,  s'ilz  se  vouloient  monstrer 
gentilz  compaignons,  son  voyage  ne  s'achèveroit 
point  sans  coup  ruer^,  et  que  la  matière  requéroit 


i .  Probablement  Hannotin  de  Sucker  dont  il  est  question  pins 
hant  au  chap.  X. 
2.  Sans  coup  ruer,  sans  coup  férir. 


PAR   LE   LOYAL   SERVITEUR.  19? 

briefve  yssue.  A  son  dire  chascun  trottffa  goust,  et 
sur  l'heure  fîist  conclusion  prise  qu'ilz  partiroient  au 
point  du  jour  et  raeneroient  deux  cens  honunes 
d'armes  ;  dont  de  l'entreprise  esleurent  le  seigneur  de 
Conty,  et  l'en  advertirent  à  ce  qu'il  se  tiensist  prest 
comme  les  autres,  lequel  ne  s'en  fist  guères  prier,  car 
c'estoit  ung  très  gentil  Aevalier.  Gela  délibéré,  tout 
le  monde  se  retint'«à  ftcn  logis  pour  faire  acoustrer 
son  cas'  pour  le  Onlîô^^esmement  le  cappitaine 
Sucre,  qui  assez  loing  estoit  du  sien;  qui  dA  bonne 
jadvei}(ure,  car,  ainsi  qu'il  s'en  retournoit,  va  adviser 
1  espie  qui  estoit  venu  parler  au  bon  chevalier,  lequel 
sortoit^  la  maison  d'ung  gentilhomme  de  Véronne, 
qu'on  esfïmoit  estre  très  mauvais  impérial,  et  par  le 
contraire  avoit  Marco  escript  dans  le  coeur,  qui  le  fist 
doubt^  de  trahyson.  Si  vint  prendre  l'espie  au  colét 
et  luy  demanda  dont  il  venoit.  Il  ne  sceut  prompte- 
ment  respondre  eL  changea  de  couleur,  ce  qui  le  Sst 
doubter  de  plus  en  plus  et  tourna  tout  court,  saisy  de 
l'espie,  droit  de  là  où  il  venoit  de  soupper.  Luy 
arrKré,  trouva  que  le  bon  chevalier  se  vouloit  mettre 
dedans  le  lict  ;  tgult^ois  il  prist  une  robbe  de  nuyt  et 
s'assirent  aupr^au  feu,  eulx  deux  ensemble  % 
seuUetz,  car  cependant  Ait  baillé  l'espie'en  botfbe 
garde.  Le  cappitaine  sur  ce  décUîni  au  bon  cbevalii^ 
l'occasion  de  son  soudain  retoiV,  i^iù  sstoît  pour  ij^r 
trouvé  l'espie  sortant  de  la  muson  de^mesaire  Baptiste 
Voltège,  qui  estoit  leplusgrantïfaffquesqtte'quifeitst 
ou  monde,  et  par  ce  doubtoit  qu'il  y  eurt  de  la  mes- 

I .  Aetntilrer  son  cas,  ^fijmoKT  Bon.dqdlpa^. 

1.  Marqwsque,  partisaiHle  Saint-Marc,  c'es^à•di^e  de  Venise. 


198  HISTOIRE  DE  BAYART 

chanceté  :  €  Car,  dist-il,  quant  je  Tai  surpris  est 
devenu  estonné  à  merveilles.  »  Quant  iœlluy  bon  che- 
valier eut  entendu  ce  propos  ne  fut  pas  sans  double, 
nen  plus^  que  le  cappitaine  Sucre.  Il  iist  venir  Tespie, 
auquel  il  demanda  qu'il  estoit  allé  faire  au  logis  de 
messire  Baptiste  Voltège.  Il  dist  premièrement  qu'il  y 
estoit  allé  veoir  ung  parent  qu'il  y  avoit  ;  après  il  tint 
ung  autre  propos,  et  enfin  fut  trouvé  en  cinq  ou  six 
paroUes^.  On  apporta  des  grésillons^,  èsquelz  on  luy 
mist  les  deux  poulces  pour  le  veoir  parler  d'une  autre 
sorte.  Le  bon  chevalier  luy  dist  :  c  Vizentin,  dictes  la 
vérité  sans  rien  celer,  et  je  vous  prometz,  en  foy  de 
vray  gentilhomme,  que  quelque  chose  qu'il  y  ait,  je 
ne  vous  feray  faire  nul  mal,  quant  bien  ma  mari 
y  seroit  conspirée  ;  mais  par  le  contraire,  si  je  vous 
trouve  en  mensonge,  vous  feray  pendre  et  estrangler 
demain  au  point  du  jour.  »  L'espie  congneut  qu'il 
estoit  pris  ;  si  se  gecta  à  deulx  genoulx,  demandant 
miséricorde,  qui  luy  fut  asseuréement  promise,  si 
commencea  à  compter  de  point  en  point  la  trahysoa 
et  comment  le  cappitaine  Jehan-Paule  Moufron  avoit 
fait  embuscher  à  Yzolle  de  l'Escalle  deux  cens  hommes 
d'armes  et  deux  mille  hommes  de  pied  pour  d^aire 
le  bon  chevalier,  et  qu'il  venoit  du  logis  de  messire 
Baptiste  pour  l'advertir  de  l'entreprinse,  et  aussi 
l'adviser  comment  il  pourroit  trouver  moyen,  par 


i.  Nen  plus,  non  plus.  Plus  loin  le  môme  mot  est  écrit  nem 
plus. 

2.  C'est-à-dire  :  donna  cinq  ou  six  explications  différentes. 

3.  On  appelait  grésillons  ou  grillons  des  cordelettes  avec  les- 
quelles on  serrait  les  pouces  de  ceux  auxquels  on  voulait  arra- 
cher des  aveux. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  199 

quelque  nuyt,  livrer  une  des  portes  de  la  ville  au 
providadour  messire  André  Grit  ;  et  plusieurs  autres 
choses  dit  ce  vaillant  espion.  Bien  déclaira  que  mes- 
sire Baptiste  Voltège  lui  avoit  dit  qu'il  ne  se  mesle- 
roit  jamais  de  telle  meschanseté,  et  que  puisqu'il 
estoit  soubz  l'empereur,  qu'il  y  vouloit  vivre  et 
mourir.  Quant  il  eut  fait  son  beau  sermon,  le  bon 
chevalier  luy  dist  :  c  Yizentin,  j'ay  mal  employé  les 
escuz  que  je  vous  ay  donnez,  et  dedans  vostre  corps 
repose  le  cueur  d'ung  lasche  et  meschant  homme, 
combien  que  jamais  ne  vous  ay  guères  estimé  autre. 
Vous  avez  bien  desservi^  la  mort,  mais  puisque  je  vous 
ay  promis  ma  foy,  vous  n'aurez  nul  mal,  et  vous  feray 
mettre  hors  de  la  ville  seurement  ;  mais  gardez  que 
tant  que  je  y  seray  n'y  soyez  veu,  car  tout  le  monde 
ne  vous  sauveroit  pas  que  ne  vous  feisse  pendre  et 
estrangler.  »  Il  fut  enunené  de  devant  eulx  et  enfermé 
en  une  chambre  jusques  à  ce  qu'on  en  eust  à  beson- 
gner.  Le  bon  chevalier  dist  au  cappitaine  Sucre  :  c  Mon 
amy,  que  ferons-nous  à  ce  cappitaine  Jehan-Paule 
Moufron  qui  nous  cuyde  avoir  par  finesses?  Il  luy 
fault  donner  une  venue  ^,  et  si  vous  povez  faire  ce  que 
je  vous  diray,  nous  ferons  une  des  gorgiases^  choses 
que  fut  faicte  cent  ans  a.  »  Sucre  respondit  :  c  Mon- 
seigneur, conunandez  et  vous  serez  obéy.  —  Allez 
doncques,  dist-il,  tout  à  ceste  heure  au  logis  du  prince 
de  Hanno  et  me  reconmiandez  humblement  à  sa  bonne 
grâce  ;  déclairez-luy  cest  affaire  bien  amplement,  et 
faictes  tant  qu'il  soit  d'accord  de  nous  bailler  demain 

1.  Desservi,  mérité. 

2.  Donner  une  venue,  jouer  un  tour. 

3.  Gorgiase,  belle,  magnifique. 


200  HISTOIRE  DE  BAYART 

au  matin  deux  mille  de  ses  lansquenetz,  et  nous  les 
mènerons  avec  nous  le  beau  pas,  et  les  laisserons 
quelque  part  en  embusche,  où,  avant  que  tout  soit 
desmeslé,  si  ne  voyez  merveilles,  prenez- vous-en  à 
moy.  Le  cappitaine  Sucre  part  incontinent  et  s'en  alla 
droit  au  logis  du  prince,  qui  jà  dormoit.  Il  le  fist 
esveiller,  puis  alla  parler  à  luy  et  luy  compta  tout  ce 
que  vous  avez  ouy  cy  dessus.  Le  gentil  prince  qui 
n'aymoit  riens  tant  que  la  guerre,  et  entre  tous  gen- 
tilzhommes  avoit  prins  une  telle  amour  au  bon  cheva- 
lier pour  sa  prouesse,  que  la  chose  eust  esté  bien 
estrange  quant  il  Ten  eust  reffusé  ;  si  dist  qu'il  estait 
bien  desplaisant  que  plus  tost  n'avoit  sceu  ceste  entre- 
prinse,  car  luy-mesme  y  feust  allé,  mais  que  de  ses 
gens  le  bon  chevalier  en  povoit  mieulx  disposer  que 
luy-mesmes  ;  et  sur  l'heure  envoya  son  scribe  en  ad- 
vertir  quatre  ou  cinq  cappitaines,  qui  furent,  pour 
faire  le  compte  court,  aussi  prestz  au  point  du  jour  que 
les  gens  d'armes  qui  l'avoient  sceu  dès  le  soir  ;  et  se 
trouvèrent  à  la  porte  quant  et  *  les  gens  d'armes,  qui 
donna  tiltre  d'esbahyssement  au  seigneur  de  Gonty, 
car  riens  ne  luy  en  avoit  esté  mandé  le  soir.  Si  s'en- 
quist  au  bon  chevalier  que  ce  povoit  estre,  lequel  luy 
déclaira  bien  au  long  tout  le  démené^,  c  Sur  ma  foy, 
dist  le  seigneur  de  Gonty,  se  Dieu  veulâ^  nous  ferons 
aujourd'huy  une  belle  chose.  >  La  porte  ouverte,  se 
misrent  en  chemin  vers  Yzolle  de  l'Escalle.  Le  bon 
chevalier  dist  à  Sucre  :  c  II  fault  que  vous  et  les  lans- 
quenetz  demourez  embuschez  à  Servode  (c'estoit  ung 


i.  Quant  et,  en  môme  temps  que. 

2.  Tout  le  démené,  tout  ce  qui  était  arrangé. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  201 

petit  village  à  deux  mille  d'Yzolle),  et  ne  vous  souciez 
point,  car  je  vous  attireray  noz  ennemys  jusques  à 
vostre  nez;  parquoy  aurez  aujourd'huy  assez  d'hon- 
neur, si  vous  estes  gentil  compaignon.  »  Gonune  il 
fut  dit  ainsi  fut  fait;  car,  arrivez  audit  village,  les 
lansquenetz  demourèrent  en  embusche,  et  le  bon 
chevalier,  le  seigneur  de  Conty  et  leur  troppe  s'en 
vont  vers  YzoUe,  faignant  ne  sçavoir  riens  de  ce  qui 
estoit  dedans.  Cela  regardoit  en  une  belle  plaine,  où 
de  tous  costez  on  veoit  assez  loing.  Si  vont  choisir^ 
le  cappitaine  Moufron  avecques  quelques  chevaulx 
légiers.  Le  bon  chevalier  y  envoya  son  guydon,  le 
bastard  du  Fay,  avecques  quelques  archiers  pour  les 
ung  petit  escarmoucher,  et  luy  marchoit  après  le  beau 
pas,  avecques  les  gens  d'armes.  Mais  il  ne  fut  guères 
loing,  quant  il  veit  saillir  de  la  ville  d'Yzolle  de  l'Es- 
calle  les  gens  de  pied  de  la  Seigneurie  et  une  troppe 
d'hommes  d'armes.  Il  fi$t  ung  peu  Festonné,  et  dist  à 
la  trompette  qu'il  sonnast  à  lestendart.  Quoy  oyant 
par  le  bastard  du  Fay,  selon  la  leçon  qu'il  avoit,  se 
retira  avecques  la  grosse  troppe,  qui  se  serrèrent  très 
bien,  et  faignans  d'eulx  retirer  droit  à  Véronne,  s'en 
vont  le  petit  pas  vers  ce  village  où  estoient  leurs 
lansquenetz  ;  et  desjà  estoit  allé  ung  archier  dire  au 
cappitaine  Sucre  qu'il  sortist  en  bataille.  La  gendar- 
merie de  la  Seigneurie,  qui  k  leur  esie  a  voient  ceste 
troppe  de  gens  de  pied,  chargoient  menu  et  souvent 
les  François,  et  faisoient  tel  bruyt  qu'on  n'eust  pas 
ouy  Dieu  tonner,  pensant  entre  eulx  que  ce  qu'ilz 


1.  Il  y  a  très-probablement  ici  une  faute  d'impression;  il  fau- 
drait peut-être  :  Si  voient  venir. 


302  mSTOIRE  DE  BAYÀRT 

voyoient  ne  leur  povoit  eschapper.  Les  François  ne 
se  desrotoient*  point  et  escarmouchoient  sagement, 
de  façon  qu*ilz  furent  près  de  Servode  à  ung  jed 
d'arc,  où  ilz  apperceurent  les  lansquenetz  qui  venoient 
le  beau  pas  et  tous  serrez,  lesquelz  se  vont  descouvrir 
aux  Yéniciens  qui  furent  bien  estonnez.  Le  bon  di&- 
valier  dist  alors  :  c  Messeigneurs ,  il  est  temps  de 
charger  ;  »  ce  que  chacun  fist,  et  donnèrent  dedans 
les  Yéniciens  qui  se  monstrèrent  gens  de  bien.  Toutes- 
fois  il  en  fut  beaucoup  porté  par  terre.  Leurs  gens  de 
pied  ne  povoient  fujrr,  car  ilz  estoient  trop  loin  de 
saulveté^.  Ilz  furent  pareillement  chargez  des  lansque* 
netz  dont  ilz  ne  peurent  porter  le  fès,  et  furent 
ou  vers,  renversez  et  tous  mis  en  pièces,  sans  en 
prendre  ung  prisonnier,  ce  que  veit  devant  ses  yeuk 
le  cappitaine  Jehan-Paule  Moufron,  qui  très  bien  £ù- 
soit  son  debvoir.  Toutesfois  il  congnoissoit  assez  que, 
s'il  ne  jouoit  de  la  retraicte,  il  seroit  mort  ou  prins. 
Si  commencea  se  retirer  le  grant  galop  vers  Sainct- 
Boniface,  où  il  y  avoit  bonne  traicte.  Il  fut  assez  bien 
suy vy  ;  mais  le  bon  chevalier  fist  sonner  la  retraicte, 
parquoy  tout  honune  s'en  revint,  mais  ce  fut  avecques 
gros  gaing  de  prisonniers  et  de  chevaulx  ;  le  butin  j 
fut  fort  beau.  Les  Yéniciens  y  firent  grosse  perte,  car 
tous  leurs  deux  mille  honmies  de  pied  et  bien  vingt- 
cinq  hommes  d'armes  y  moururent,  et  y  en  eut  enviroD 
soixante  de  prisonniers,  qui  furent  menez  à  Yéronne, 
où  les  François,  Bourguignons  et  lansquenetz  furent 
receuz  joyeusement  de  leurs  compaignons,  lesqudi 


1 .  Se  desroter,  se  mettre  en  déroute. 

2.  Saulveté,  salut. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  203 

estoient  bien  marriz  qu'ilz  n'avoient  esté  avecques 
eulx.  Ainsi  alla  de  ceste  belle  entreprinse  pour  ceste 
fois  qui  fut  grosse  fortune  au  bon  chevalier  et  eut  de 
tous  en  général  grande  louenge.  Luy  revenu  à  son 
logis,  envoya  quérir  Tespie  auquel  il  dist  :  c  Yizentin, 
suyvant  ma  promesse,  tu  t'en  yras  au  camp  des  Yéni- 
ciens  et  demanderas  au  cappitaine  Jehan  Paule  Mou- 
firon  si  le  cappitaine  Bayart  est  aussi  subtil  que  luy 
en  guerre,  et  que  quant  il  vouldra  pour  le  pris,  le 
trou  verra  aux  champs.  »  Il  commanda  à  deux  de  ses 
archiers  le  conduyre  hors  de  la  ville,  ce  qu'ilz  firent. 
Il  s'en  alla  droit  à  Sainct-Boniface,  où  le  seigneur 
Jehan-Paule  Moufron  l'apperceut,  qui  le  fist  prendre, 
pendre  et  estrangler,  disant  qu'il  l'avoit  trahy;  ne 
excuse  qu'il  sceust  faire  ne  luy  servit  en  riens*. 

Les  Véniciens  tenoient  encores  ceste  ville  nommée 
Lignago,  où  ilz  avoient  grosse  garnison,  et  souvent  fai- 
soient  courses  ceulx  du  Yéronnoy  s  et  eulx  les  ungs  contre 
les  autres,  et  tout  l'y  ver  demourèrent  en  ceste  sorte. 
Sur  le  conmiencement  de  l'année  mil  cinq  cens  et  dix, 
et  bientost  après  Pasques,  print  congé  du  roy  de 
France  Louis  XIP  son  nepveu  le  gentil  duc  de 
Nemours,  dont  de  si  peu  de  vie  qu'il  eut  ceste  his- 
toire fera  ample  mention,  car  il  mérite  bien  estre 

i.  Nous  trouvons  dans  les  Mémoires  de  Fleuranges  (ch.  XXIII) 
les  détails  suivants  sur  le  capitaine  Manfroni  :  t  En  ces  poursuites 
88  firent  beaucoup  de  belles  choses  et  escarmouches,  et  entre 
aultres  une  que  fist  le  Jeune  advcmtureux  et  M.  d'Uumbercourt, 
ou  fut  prins  Jehan-Paul  Manfron,  homme  ancien  et  maigre 
et  l*un  des  plus  estimés  de  tous  les  Vénitiens;  et  furent  deffaicts 
avecques  lui  cinq  cens  chevaulx  et  feust  amené  au  camp  et  de  là 
en  France,  lequel  fist  la  plus  triste  mine  que  jamais  je  visse  » 
(1511). 


soi  HISTOIRE  DE  BAYART 

crooicqué^  en  toutes  sortes.  Lequel  passa  en  Ytalie  éi 
en  sa  compaignie  oiena  le  cappitaine  Loys  d'Ars,  ver- 
tueux et  hardy  chevalier,  où  eulx  arrivez  furent 
receuz,  chascun  selon  sa  qualité,  du  seigneur  de  Chau- 
mont,  grant  maistre  de  France  et  gouverneur  de 
Milan,  et  de  tous  les  cappitaines  estans  en  Ytalie, 
tant  honnestement  que  possible  ne  seroit  de  mieulx, 
et  surtout  du  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  re- 
prouche,  qui  tant  aymé  estoit  du  duc  de  Nemours  et 
de  son  premier  cappitaine  Loys  d'Ars.  Pttr  le  oom- 
mandement  du  roy  de  France  estoit  encores  passé  \e 
seigneur  de  Molart  avecques  deux  mille  adventuriers 
et  plusieurs  autres  cappitaines.  Si  alla  ledit  ?f^raiit 
maistre  seigneur  de  Chaumont  mettre  le  siège  devant 
ceste  ville  de  Lignage  que  tenoieût  Véniciens,  et  affin 
qu'elle  ne  fust  aucunement  secourue  de  gens  ny  de 
vivres,  fut  envoyé  le  seigneur  d'Alègre^  avecques  dnq 
cens  hommes  d'armes  et  quatre  ou  cinq  mille  lans- 
quenetz  qui  estoient  soubz  la  charge  de  ce  gentil 
prince  de  Hanno,  à  Vincencc,  qui  avoit  enciftres  souhi 
luy  ce  cappitaine  Jacob,  qui  depuis  fut  au  roy  de 
France.  Cette  place  de  Lignago  se  fist  fort  bttre; 
aussi  y  avoit-il  bonne  artillerie,  mesmement  celle  da 
duc  de  Ferrare,  qui  entre  aillMii  avoit  une  longue 
coulevrine  de  vingt  piedz  de  long,  que  les  aventu- 
riers nommoient  le  Grant  Dyable.  Enfin  furent  la  ville 


1.  Cronicqué,  mentionné  dans  les  chroniques. 

2.  Yves  II  d'Alègre,  baron  d'Alègre,  coiyeilier,  chambellan  du 
roi,  gouverneur  de  laBasilicate  et  de  Bologne.  Il  épousa  Jeanne 
de  Ghabannes  et  fut  tué  à  Ravenne  (1512).  Son  sceau,  conservé  i 
la  Bibl.  nat.  (Gab.  des  titres,  vol.  32,  n»  29),  porte  la  légende 
SEEL  YVES  d'alegre  autour  d'un  écu  à  ses  armes. 


PAR   LE  LOYAL   SERVITEUR.  205 

et  chasteau  pris,  et  mis  à  mort  tout  ce  qui  estoit 
dedans  9  ou  la  pluspart.  En  ceste  prise  le  seigneur  de 
Molart  et  ses  aventuriers  se  portèrent  fort  bien,  et 
y  eurent  gros  honneur,  car  ilz  n'eurent  jamais  le 
loisir  d'attendre  que  la  berche  fust  raisonnable  pour 
y  donner  l'assault.  Le  seigneur  de  Ghaumont  y  com- 
mist  pour  la  garder  le  cappitaine  la  Grote  avec  cent 
hommes  d'armes,  dont  il  avoit  la  charge  soubz  le 
marquis  de  Montferrat,  et  mil  hommes  de  pied  soubz 
deux  cappitaines,  l'un  nommé  l'Hérisson,  et  l'autre 
Jacomo,  corse-néapolitain. 

Durant  ce  siège  de  Lignago,  eut  nouvelles  le 
seigneur  de  Ghaumont  de  la  mort  de  son  oncle, 
le  légat  d'Âmboise^  où  il  fit  une  grosse  et  lourde 
pertç,  car  il  avoit  esté  moyen  de  l'eslever  es  hon- 
neurs où  il  estoit,  et  pareillement  avoit  fait  avoir 
de  grans  biens  à  tous  ceulx  de  sa  maison,  tant  en 
l'église  que  autrement,  car  c'estoit  tout  le  gouverne- 
ment du  roy  de  France  Loys  XIP  et  du  royaulme.  Il 
avoit  esté  ung  très  sage  prélat  et  honmie  de  bien  en 
son  temps  et  ne  voulut  jamais  avoir  que  ung  béné- 
fice, et  à  son  trespas  estoit  seulement  arche vesque  de 
Rouen;  il  en  eust  eu  assez  d'autres  s'il  eust  voulu. 
Geste  piteuse  mort  porta  le  seigneur  de  Ghaumont 
dedans  son  cueur  aigrement,  car  il  ne  vesquit  guères 
après,  combien  que  devant  les  gens  n'en  monstroit 
pas  grant  semblant  et  n'en  laissoit  à  bien  et  sage- 
ment conduire  les  affaires  de  son  maistre. 

Quant  il  eut^onné  ordre  à  Lignago,  s'en  vint  assem- 

1.  Le  cardinal  d'Amboise  mourut  le  25  mai  1510. 


206  HISTOIRE  DE  BAYART 

bler,  avec  les  gens  de  Tempereur,  pour  marcher  sur  le 
pays  des  Yéniciens  et  essayer  de  les  mettre  à  la  raison. 
Le  roy  d'Espaigne  avoit  puis  peu  de  jours  envoyé  au  se- 
cours de  l'empereur,  soubz  la  charge  duduc  deTermesS 
quatre  cens  hommes  d'armes  espaignolz  et  néapoli- 
tains  qu'il  faisoit  merveilleusement  bon  veoir,  maïs 
pour  ce  qu'ilz  estoient  travaillez^  on  les  envoya 
séjourner  dedans  Yéronne.  Le  camp,  tant  de  l'empe- 
reur que  du  roy  de  France,  marcha  jusques  à  uog 
lieu  nommé  Saincte-Groix,  où  il  séjourna  quelque 
temps,  car  on  pensoit  que  l'empereur  voulsist  des- 
cendre, mais  non  fist.  Durant  ce  camp  la  chaloir  fiit 
par  trop  véhémente,  et  pour  ce  fut,  de  la  pluspart  de 
ceulx  qui  y  estoient,  appelle  le  Gamp-Ghault.  Au  des- 
loger de  là  et  près  d'ung  gros  village  appelle  Lon- 
gare  ^,  y  eut  une  merveilleuse  pitié  ;  car  comme  dias- 
cun  s'en  estoit  hiy  pour  la  guerre,  en  une  cave  qui 
estoit  dedans  une  montaigne,  laquelle  duroit  ung  mille 
ou  plus,  c'estoient  retirez  phis  de  deux  mille  per* 
sonnes,  tant  hommes  que  fenmies,  et  des  plus  appa- 
rens  du  plat  pays,  qui  y  avoient  force  vivres  et  y 
avoient  porté  quelques  hamois  de  guerre  et  des  hao- 
quebutes  pour  deffendre  l'entrée,  qui  les  vouldroit 
forcer,  laquelle  estoit  quasi  imprenable,  car  il  n'y 
pouvoit  venir  que  ung  honune  de  fronc.  Les  adveo- 
turiers,  qui  sont  voulentiers  coustumiers  d'aller 
piller,  mesmement  ceulx  qui  ne  vallent  riens  pour  la 

1.  Le  duc  de  Termini,  mort  à  Givita  Gastellana  en  1512  (6m- 
chardin,  1.  X,  ch.  3). 

2.  Travaillez,  malades. 

3.  Longaro,  hameau  de  la  commune  de  Vicence. 


PAR  LB  LOYAL  SERYITBUR.  8|07 

guerre,  vindrent  jusques  à  l'entrée  de  ceste  cave,  qui 
en  langaige  ytalien  s'appelloit  la  crote^  de  Longare; 
je  croy  bien  qu'ilz  vouloient  entrer  dedans,  mais 
doulcement  on  les  pria  qu'ilz  se  déportassent,  et 
que  léans  ne  pourroient  riens  gaigner,  parce  que 
ceulx  qui  y  estoient  avoient  laissé  leurs  biens  à  leurs 
maisons.  Ces  coquins  ne  prindrent  point  ses  prières 
en  payement  et  s'efforcèrent  d'entrer,  ce  qu'on  ne 
voulut  permettre,  et  tira  l'on  quelques  coups  de  hac- 
quebute  qui  en  firent  demourer  deux  sur  le  lieu.  Les 
autres  allèrent  quérir  leurs  compaignons,  qui  plus 
près  de  mal  faire  que  autrement,  tirèrent  ceste  part^. 
Quant  ilz  furent  arrivez,  congneurent  bien  que  par 
force  jamais  n'y  entreroient.  Si  s'advisèrent  d'une 
grande  lascheté  et  meschanceté,  car  au  droit  du  per- 
tuys  misrent  force  boys,  paille  et  foing  avecques  du 
feu,  qui  en  peu  de  temps  rendit  si  horrible  fumée 
dedans  ceste  cave,  où  il  n'y  avoit  air  que  par  là,  que 
tous  furent  estouffez  et  mors  à  martyre,  sans  aucune- 
ment estre  touchez  du  feu.  Il  y  avoit  plusieurs  gen- 
tilzhommes  et  gentillesfenunes  qui,  après  que  le  feu 
fut  failly  et  qu'en  entra  dedans,  furent  trouvez 
estainctz,  et  eust-on  dit  qu'ilz  dormoient.  Ce  fut  une 
horrible  pitié;  mesmement  eust-on  vu  à  plusieurs 
belles  dames  sortir  les  enfans  de  leur  ventre  tous 
mors.  Lesditz  adventuriers  y  firent  gros  butin ,  mais 
le  seigneur  grant  maistre  et  tous  les  cappitaines  en 
furent  à  merveilles  desplaisans,  et  sur  tous  le  bon  che- 
valier sans  paour  et  sans  reprouche,  qui  tout  au  long 


1.  Crote,  grotte. 

2.  Tirèrent  ceste  part,  allèrent  de  ce  côté. 


SOS  mSTOIRE  DE  BAYART 

du  jour  mist  peine  de  trouver  ceulx  qui  en  avoient 
esté  cause,  desquelz  il  en  prist  deux,  dont  Fung 
n'avoit  point  d'oreilles  et  l'autre  n'en  avoit  que  une'. 
Il  fist  si  bonne  inquisition  de  leur  vie  que  par  le 
prévost  du  camp  furent  menez  devant  ceste  crote,  et 
par  8on  bourreau  penduz  et  estranglez,  et  y  voulut 
estre  présent  le  bon  chevalier.  Ainsi,  conune  ilz  fai- 
soient  cet  exploict,  quasi  par  miracle  va  sortir  de 
ceste  cave  ung  jeune  garson  de  l'aage  de  quinze  à 
seize  ans,  qui  mieulx  sembloit  mort  que  vif  et  estoit 
tout  jaulne  de  la  fumée.  Il  fut  amené  devant  le  bon 
chevalier,  qui  l'enquist  conunent  il  s'estoit  sauvé.  0 
respondit  que  quant  il  veit  la  fumée  si  grande,  il  s'eo 
alla  tout  au  fin  bout  de  la  cave,  où  il  disoit  y  avoir  une 
fente  du  dessus  de  la  montaigne,  bien  petite,  par  où 
il  avoit  pris  l'air;  et  dist  encores  une  piteuse  chose, 
c'est  que  plusieurs  gentilzhonunes  et  leurs  femmes, 
quant  ilz  s'apperceurent  qu'on  vouloit  mettre  le  feu, 
vouloient  sortir,  et  congnoissant  aussi  bien  qu'ik 
estoient  mors  ;  mais  les  villains  qui  estoient  avecqœs 
eulx  et  beaucoup  les  plus  fors  ne  le  voulurent  jamais 
consentir  et  leur  venoient  au  devant  avecques  k 
poincte  des  ronçons  en  disant  qu'ilz  mourroient  aussi 
bien  que  eulx,  et  ainsi  les  povres  gens  furent  assailliz 
du  feu  et  des  leurs  mesmes. 

De  ce  lieu  de  Longare  marcha  le  camp  droit  à  Mont- 
selles,  que  les  Véniciens  avoient  repris  et  remparé,  et 
dedans  logé  mille  ou  douze  cens  hommes.  En  chemin 
furent  rencontrez  par  les  seigneurs  d'Alègre  et  le  bon 


1 .  L^essorillement  était  an  des  châtiments  infligés  aux  malfid- 
teurs. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  209 

chevalier,  avecques  le  seigneur  Mercure  ^  et  ses  Âlba- 
noySy  qui  estoit  pour  lors  à  Tempereur,  quelques  che- 
vaulx  légiers  de  ceulx  de  la  Seigneurie,  qu'on  appelloit 
Gorvaz^,  et  sont  plus  turcs  que  chrestiens,  lesquelz  ve- 
noient  veoir  s'ilz  gaigneroien t  quelque  chose  sur  le  camp  ; 
mais  ilz  firent  mauvais  butin,  car  tous  ou  la  pluspart  y 
demeurèrent  et  furent  bien  ung  quart  d'heure  prison- 
niers. Entre  lesquelz  le  seigneur  Mercure  va  cong- 
noistre  le  cappitaine,  qui  estoit,  ainsi  qu'il  dist  depuis, 
son  cousin  germain,  et  l'avoit  gecté  de  son  héritage  en 
Gorvacie,  lequel  il  tenoit  et  occupoit  par  force  et  estoit 
le  plus  grant  ennemy  qu'il  eust  en  ce  monde.  Si  luy 
vint  à  ramentevoir  ^  toutes  les  meschancetez  qu'il  luy 
avoit  faictes  et  que  à  présent  estoit  bien  en  luy  d'en 
prendre  vengeance.  L'autre  dist  qu'il  estoit  vray, 
mais  qu'il  avoit  esté  pris  en  bonne  guerre  et  que  par 
raison  devoit  sortir  en  payant  rançon  selon  sa  puis- 
sance, dont  il  offroit  six  mille  ducatz  et  six  beaulx  et 
excellens  chevaulx  turcs,  c  Nous  parlerons  de  cela 
plus  à  loysir,  dist  le  seigneur  Mercure,  mais,  par  ta 
foy  !  si  tu  me  tenoys  ainsi  comme  je  te  tiens,  que 
feroys-tu  de  moy  ?  >  Lequel  respondit  :  <  Pw'sque  si 
fort  me  presses  que  de  ma  foy,  je  t'advise  que,  si  tu 
estoys  en  ma  mercy  comme  je  suis  en  la  tienne,  tout 
l'or  du  monde  ne  te  sauveroit  pas  que  je  ne  te  feisse 
mettre  en  pièces. — Vrayement,  dist  le  seigneur  Mer- 
cure, je  ne  te  feray  pas  pis.  >  Si  commanda  à  ses  Alba- 

1.  Mercorio  Rona,  capitaine  de  cent  cayaliers  aliiansdis.  Une 
quittance  du  17  juin  1506  (Bibl.  nat.  Ms.  f.  26110,  n^  704)  |K>rte 
n  signature  et  son  sceau. 

2.  Corvaz,  Croates. 

3.  Ramentevoir,  remémorer. 

u 


210  mSTOIRE  DE  BAYART 

Doys  en  son  langaige  à  jouer  des  cousteaulx,  lesqueb 
soubdainement  misrent  leurs  cymeterres  en  be- 
songne,  et  n'y  eut  cappitaine  ni  autre  qi|i*n'eust  dix 
coups  après  sa  mort;  puis  leur  couppèrent  les  têtes 
qu'ilz  picquoient  au  bout  de  leurs  estradiotes^  et 
disoient  qu'ilz  n'estoient  pas  du*estiens.  Hz  avoient 
estrange  habillement  de  teste,  car  il  estoit  comme  ung 
chapperon  de  damoyselle  ;  et  où  iïz  mettoient  la  teste, 
cela  estoit  gamy  de  cinq  ou  six  gros  papiers  oolet 
ensemble,  de  façon  que  une  espée  n'y  faisoit  nem 
plus  de  mal  que  sur  une  secrète.  Le  siège  fut  mis 
devant  Montselles,  qui  se  fist  canonner  Fespaoe  de 
quatre  ou  cinq  jours ,  et  n'eust  jamais  esté  pris,  vea 
la  fortification  qu'on  y  avoit  faicte,  n'eust  esté  que 
ceulx  qui  estoient  dedans  sortoient  pour  venir  à  l'es- 
carmouche, et  bien  souvent  jusques  à  ung  bon  gect 
de  pierre  de  leur  fort,  contre  les  adventuriers  frao- 
çois,  qui  vouluntiers  eussent  esté  veoir  quel  il  faisoit 
en  la  place.  Par  une  après-disnée  que  Ton  n'y  pensoît 
point,  les  gens  du  cappitaine  Molart,  avecques  ung 
gentilhomme  qui  se  nommoit  le  baron  de  Montfaucon', 
allèrent  escarmoucher  ceulx  du  chasteau,  qui  gaillar- 
dement y  vindrent  ;  et  faisoient  merveilles,  tellement 
que  deux  ou  trois  fois'  repoulsèrent  assez  lourdement 
les  adventuriers,  et  une  fois  entre  autres  les  chassèrent 
trop  loing,   tellement   que  quant    ilz  se  cuydèrent 


i.  On  appelait  estradiote  la  cavalerie  légère  composée  en  génénl 
d'Albanais.  Vestradiote  désigne  également  le  cimeterre  dont  iU 
étaient  armés. 

2.  Gabriel  de  Montfaucon,  baron  dudit  lieu,  châtelain  d'Aîgne»- 
Mortes,  chambellan  du  roi,  iils  de  Guy  de  Montfiincon  et  d'Anne 
âauvestre. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  211 

retirer,  se  trouvèrent  lassez,  dont  lesditz  adventu- 
riers  s'apperceurent,  qui  les  chassèrent  vivement,  et  de 
façon  qu'ilz  entrèrent  pesle-mesle  parmy  les  ennemys 
dedans  la  place.  Quant  Ceulx  qui  la  gardoient  virent 
qu'ilz  estoient  perduz,  se  retirèrent  en  une  grosse 
tour,  où  incontinent  ilz  furent  assiégez,^  et  bouta-on 
le  feu  au  pied.  La  pluspart  s'y  laissa  brusler  pluslost 
que  se  rendre.  Les  autres  sortoient  par  les  créneaulx, 
qui  estoient  receuz  sur  la  pointe  des  picques  par  les 
adventuriers  ;  brief,  il  en  eschappa  bien  peu  en  vie.  Il 
y  fut  tué  du  costé  des  François  ung  gentilhomme 
nommé  Gamican,  et  le  baron  de  Montfaucon  blessé 
à  la  mort.  Toutesfois  il  en  eschappa,  mais  ce  fust  à 
bien  grant  peine. 

On  fîst  remparer  la  place  et  y  mist-on  grosse 
garnison,  cuydant  aller  mettre  le  siège  à  Padoue; 
mais  nouvelles  vindrent  que  le  pape  JuUes  estoit 
révolté  et  qu'il  alloit  faire  la  guerre  au  duc  de  Fer- 
rare*,  lequel  estoit  allyé  du  roy  de  France,  auquel 
ledit  duc  en  avoit  amplement  escript  pour  estre 
secouru  ;  à  quoy  le  roy  voulut  bien  obtempérer,  et 
escripvit  au  grant  mai^tre,  son  lieutenant  général,  luy 
bailler  secours;  ce  qu'il  fist,  car  il  envoya  les  sei- 
gneurs de  Bk)ntoison,  de  Fontrailles,  de  Lude*  et  le 


1 .  Le  prétexte  de  Jules  U  pour  faire  la  guerre  au  duc  de  Fer- 
rare  était  que  ce  prince  détenait  la  ville  de  Gommachio  et  en 
exploitait  les  salines  qui  ruinaient  celles  que  le  pape  possé- 
dait à  Gervia.  En  outre  le  duc  percevait  abusivement  certains 
péages  sur  le  P6  au  détriment  des  sujets  du  pape. 

2.  Philibert  de  Glermont,  s'  de  Montoison,  gouverneur  é%  Fer- 
rare,  surnommé  le  gentil  Montoison.  A  Fornoue,  Gharlés  VIII 
rappela  à  son  aide  en  s'écriant  :  A  la  rescousse,  Montoison  1  Ce 


%M  mSTOIRE   DE   BAYART 

bon  chevalier  avecques  trois  ou  quatre  mille  hommes 
de  pied  françois  et  hujt  Q^^'Suysses  qu'avoit  tiré 
du  pays  comme  adventuriers  ung  cappitaine  nommé 
Jacob  Zemberc.  Eulx  arrivez  à  Ferrare,  furent  fort 
bien  receuz  du  duc,  de  la  duchesse  et  de  tous  les 
habitans.  Le  grant  maistre  avecques  son  armée  qui 
luy  resta  se  retira  ou  duché  de  Milan,  parce  qu'il  fiit 
adverty  que  les  Suysses,  qui  ung  peu  auparayant 
a  voient  laissé  Taliance  du  roy  son  maistre  ^  y. ta' 
soient  une  descente  et  estoient  desjà  au  pont  de  k 
Treille^.  Quant  il  arriva  il  ne  séjourna  point  à  Milan; 
ains,  avecques  sa  gendarmerie,  les  deux  cens  gentih- 
hommes  et  quelque  petit  nombre  de  gens  de  pied, 
les  alla  attendre  en  la  plaine  de  Galezas^  et  leur  fist 
oster  tous  ferremens  de  moulins  et  tous  vivres  de  leur 
chemin,  et  qui  pis  est,  à  ce  qu^on  disoit,  avoit  ^t 
empoisonner  tous  les  vins  estans  audit  Heu  de  Galezas, 
jusques  où  vindrent  les  Suysses  et  en  beurent  tout 
leur  saoul,  mais  au  dyable  celluy  qui  en  eut  mal. 
Guères  ne  furent  aux  champs  que  vivres  ne  leur 


cri  est  resté  la  devise  de  cette  branche  de  la  maison  de  Glennbnt 
Il  mourut  à  Ferrare  en  1512. 

Jacques  de  Daillon,  s'  du  Lude,  sénéchal  d*ApiDi^,  capitaine  de 
50  hommes  d'armes,  fils  de  Jean  de  DailloÉi^jptaYeriieiir  du 
Dauphiné;  il  épousa  Jeanne  dllliers. 

1.  A  l'instigation  de  Mathieu  Schiner,  évéque  de  Sion,  lei 
Suisses  mirent  un  si  haut  prix  à  leur  alliance  que  Louis  XII 
renonça  à  les  employer  à  l'avenir.  Mathieu  Schiner  était  devenu 
notre  mortel  ennemi  depuis  que  le  roi  avait  refusé  de  lui  accor- 
der une  pension. 

2.  Treillina,  hameau  de  la  commune  de  San-Germano,  province 
de  Novare. 

3.  Galeaszo,  hameau  de  la  commune  de  Donelasco,  province  de 
Pavie. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  213 

faillissent ,  parquoy  leur  en  convint  retourner .  eo 
leur  pays  où  ilz  furent  tousjours  conduitz  de  pi!èa 
affin  qu'ilz  ne  meissent  le  feu  en  nulz  villages.  Il  alla 
des  adventuriers  françois  audit  lieu  de  Galezas  qui 
voulurent  boire  du  vin  qu'on  avoit  empoisonné  pour 
les  Suysses,  mais  il  en  mourut  plus  de  deux  cens^  U 
fault  dire  que  Dieu  s'en  mesla  ou  que  l'espioe  estott 
demourée  au  fons  du  tonneau.  Or  je  laisseray  ung 
peu  ceste  matière  et  je  retourneray  à  la  guerre  du 
pape  et  du  duc  de  Ferrare  ;  mais  premier  dédaireray 
une  merveilleuse  et  périlleuse  adventure  qui  advint  à 
ceulx  de  Lignago  en  la  mesme«année. 


CHAPITRE  XU. 

Comment  ceulx  de  la  garnison  de  Lignago  firent  une 
course  sur  les  Vénieiens  par  Vadvertissement  de 
quelques  espies  qui  leftriûUreni^  parquoy  ils  furent 
desfaictz. 

Quant  le  gentil  chevalier  de  la  Grote  se  fîit  mis  en 
ordre  dedans  Lignago,  peu  demoura  de  jours  qu'il  ne 

• 

1.  Il  est  presque  superflu  d'avertir  le  lecteur  que  Tanecdote 
racontée  ici  par  le  Loyal  serviteur  est  controuvée,  et  de  laver  le  ma- 
réchal de  Ghaumont  de  Taccusation  lancée  contre  lui.  Les  Suisses, 
sans  artillerie  et  sans  pontonniers,  toujours  côtoyés  par  le  maréchal 
de  Ghaumont,  qui  avait  fait  ruiner  le  pays  et  détruire  les  barques 
et  les  ponts,  ne  purent  avancer  beaucoup  dans  une  contrée  cou- 
pée de  canaux  et  de  rivières  et  dénuée  de  toute  ressource,  et  furent 
bientôt  obligés  de  rétrograder  sans  que  l'on  eût  besoin  d'employer 
contre  eux  les  moyens  abominables  dont  il  est  question  dans  ce 
passage. 


%\k  HISTOIRE   DE  BAYART 

tumbast  malade  et  fut  en  grant  dangier  de  mort.  U 
avoit  tout  plain  de  jeunes  gens  et  voulentaires,  dont 
entre  autres  estoit  ung  gentilhomme  appelle  Guyoo 
de  GantiersS  fort  hardy  et  courageux  plus  que  de  con- 
duicte.  Les  Yéniciens  venoient  aucunes  fois  courir 
jusques  devant  ceste  place  de  Lignago,  mais  ceulx 
de  dedans  icelle  mis  en  garnison  n'osoient  sortir,  car 
il  leur  estoit  seullement  en  charge  de  la  garder  seure- 
ment.  Ce  Guyon  de  Gantiers  avoit  des  espies  de  çà  et 
de  là,  et  fist  tant  qu'il  print  congnoissance  à  quelc*UD 
de  la  ville  de  Montaignane  ^,  distant  de  Lignago  douze 
ou  quinze  mille,  lequel  venoit  bien  souvent  veoir 
icelluy  de  Gantiers  en  sa  place,  et  luy  tenoit  tousjours 
propos  que,  si  quelquefois  vouloit  sortir  avecques 
nombre  de  gens  de  cheval  et  de  pied  non  pas 
trop  grant,  il  ne  fauldroit  point  de  prendre  pri- 
sonnier le  providadour  de  la  seigneurie  de  Venise, 
messire  André  Grit,  car  souvent  venoit  audit  Montai- 
gnane avecques  deux  ou  trois  cens  chevaulx  légiâ«, 
et  que,  estant  icelluy  de  Gantiers  et  ses  compaignoos 
embuschez  auprès  de  la  ville  par  ung  matin  avant 
jour,  ne  fauldroient  point,  ainsi  que  le  providadour 
sortiroit,  de  le  prendre,  et  quant  et  quant ^  la  ville,  et 
icelle  piller  ;  et  se  faisoit  fort  le  galant  d'advertir  seu- 
rement  le  jour  qu'il  y  feroit  bon.  Gantiers,  qui  grant 
désir  avoit  de  faire  courses,  et  aussi  d'atraper  ce 
beau  butin,  Tasseura  qu'il  n'y  auroit  point  de  faulte, 
mais  qu'il  feust  adverty  au  vray,  ce  que  Tautre  luy 

i .  Guy  de  Gantiers,  fils  de  Robert  de  Gantiers,  si*  de  Raeil,  et 
d'Antoinette  de  Guichard,  d'une  famille  de  Normandie. 

2.  Montagnana,  province  de  Padoue. 

3.  Quant  et  quant,  ensuite. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  215 

promist  assez;  et  puis  s'en  retourna  à  Montaignane, 
où  luy  arrivé  donna  à  entendre  à  celluy  qui  l'avoit 
en  garde  pour  la  Seigneurie  }a  menée  qu'il  avoit  faicte 
à  ceulx  de  Lignago,  et  que  s'ilz  vouloient  bien  jouer 
leur  personnage,  ne  fauldroient  point  d'avoir  à  leur 
mercy  la  pluspart  de  ceulx  de  la  garnison,  et  par 
ainsi  de  ayséement  reprendre  la  place  qui  leur  estoit 
de  merveilleuse  importance.  Le  cappitaine  de  Montai- 
gnane  trouva  cest  advis  très  bon,  et  incontinent  le 
fîst  entendre  par  homme  exprès  au  providadour 
messire  André  Grit,  qui  amena  trois  cens  honmies 
d'armes,  huyt  cens  chevaulx  légiers  et  deux  mille 
hommes  de  pied.  De  ceste  bende  à  deux  ou  trois  mille 
dudit  Montaignane  luy  arrivé,  envoya  deux  cens  hommes 
d'armes  et  mille  hommes  de  pied  en  embusche,  les- 
quelz  furent  instruitz  laisser  passer  ceulx  qui  sorti- 
roient  de  Lignago,  et  puis  après  leur  clorre  le  pas- 
sage. Hz  ne  misrent  pas  en  oubly  ce  qu'on  leur  avoit 
chargé,  aussi  jouèrent-ilz  fort  bien  leur  rolle.  L'espie 
de  Montaignane  retourna  pour  parler  à  Guyon  de  Gan- 
tiers, qui  luy  fîst  grosse  chère,  luy  demandant  qui 
le  menoit  ^  ;  lequel,  en  homme  asseuré  respondit  : 
c  Bonnes  nouvelles  pour  vous  si  vous  voulez,  car  à 
ce  soir  arrive  en  nostre  ville  messire  André  Grit,  avec 
deux  cens  chevaulx  seullement  ;  si  vous  voulez  partir 
une  heure  ou  deux  devant  jour,  je  vous  conduiray  et 
ne  fauldrez  point  de  l'empoigner.  >  Qui  fut  bien  aise? 
ce  fut  Gantiers,  lequel  s'en  vint  incontinent  à  ses 
compaignons,  mesmement  à  ung  gentilhomme  qu'on 

1.  Qui  le  menait,  ce  qui  ramenait. 


216  HISTOIRE  DB  BAYART 

appelloit  le  jeune  MalerbeS  qui  portoit  leur  en- 
seigne, et  leur  compta  Tafifaire  de  point  en  point. 
Jamais  chose  ne  fut  trouvée  meilleure ,  et  quant  à 
leur  vouloir  n'estoit  question  que  de  partir,  mais  il 
convenoit  avoir  congé.  Le  cappitaine  la  Grote  gardoit 
encores  sur  jour  quelque  peu  le  lict  pour  n'estre  pas 
trop  bien  revenu  de  sa  maladie.  Si  allèrent  veRs  luy 
lesditz  seigneurs  de  Gantiers  et  Malerbe,  luy  supplier 
leur  donner  congé  de  faire  une  course  où  ilz  auroient 
gros  honneur  et  grant  proufïit.  Si  luy  comptèrent  Feo- 
treprinse  d'ung  bout  à  Tautre.  Quant  il  eut  ouy  leurs 
raisons,  respondit  en  sage  et  advisé  chevalier,  et  dist  : 
c  Messeigneurs,  vous  sçavez  que  j'ay  ceste  place  sur 
ma  vie  et  sur  mon  honneur  pour  la  garder  seulement. 
S'il  advenoit  que  eussiez  rencontre  autre  que  bonne, 
je  seroys  destruit  et  perdu  à  jamais ,  et  davantage  le 
reste  de  mes  jours  ne  vivroys  qu'en  mélencolie  ;  par- 
quoy  ne  suis  pas  délibéré  de  vous  donner  congé.  >  Ilz 
conunencèrent  à  luy  faire  des  plus  belles  remons- 
trances  du  monde  en  disant  qu'il  n'y  avoit  nul  dangier, 
que  leur  espie  estoit  asseuré ,  et  tant  luy  en  dirent 
d'unes  et  d'autres  que  moytié  de  gré,  moytié  par 
importunité,  leur  donna  congé;  mais  au  vray  dire 
c'estoit  quasi  à  force.  Gela  ne  leur  donnoit  riens,  car 
le  cerveau  boulloit  encores  dedans  leur  teste,  et  à 
quelque  péril  que  blé  se  vendist,  voulurent  essayer 
leur  mauvaise  fortune.  Ilz  en  advertirent  tous  leurs 
compaignons,    qu'ilz   tirèrent  à  leur   cordelle^;  et 

1.  Peut-être  Jacques  de  Malherbe,  s'  de  Bouillon  et  d'Écorche- 
beuf,  fils  de  Guillaume  et  de  Robine  de  Grieu. 

2.  Qu'ils  tirèrent  à  leur  cordelle,  qu'ils  entraînèrent  à  leur  avis. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  217 

quant  ilz  congneurent  que  l'heure  approchoit  en 
firent  monter  jusques  à  cinquante  à  cheval,  tous 
hommes  d'armes  que  Malerbe  menoit,  et  environ  trois 
cens  honunes  de  pied  que  conduysoit  Guyon  de  Gan* 
tiers. 

Sur  les  deux  heures  après  minuyt,  partirent  de 
Lignago,  leur  double  espie  avecques  eulx,  qui  les  con- 
duysoit à  l'escorchouer.  Il  n'est  riens  si  certain  que 
c'estoit  toute  fleur  de  chevalerie  ce  qui  sortit  de 
Lignago  quant  à  hardiesse,  mais  jeunesse  estoit 
avecques  eulx  de  compaignie.  Hz  se  misrent  ensemble 
le  long  du  grant  chemin  qui  alloit  dudit  Lignago  à 
Montaignane,  les  gens  de  pied  devant  et  ceulx  de 
cheval  à  leur  esle.  Tant  allèrent  qu'ilz  approchèrent 
la  première  embusche  des  gens  de  la  Seigneurie  qui 
estoient  en  ung  petit  village,  mais  ne  se  doubtans  de 
rien  passèrent  oultre  et  poussèrent  jusques  à  ung 
petit  mille  de  Montaignane.  Alors  leur  dist  l'espie  : 
€  Messeigneurs ,  laissez-moy  aller,  et  vous  tenez  icy 
tous  serrez  ;  je  voys  sçavoir  dedans  la  ville  quel  il  y 
fait  pour  vous  en  advertir.  >  Ilz  le  laissèrent  aller, 
mais  trop  mieulx  leur  eust  valu  luy  avoir  couppé  la 
teste,  car  il  ne  fut  pas  si  tost  arrivé  qu'il  n'allast  au 
seigneur  messire  André  Gril  auquel  il  dist  :  c  Sei- 
gneur, je  vous  ay  amené  la  corde  au  col  la  pluspart 
de  ceulx  de  Lignago ,  et  n'est  possible  qu'il  s'en  peust 
saulver  un  seul,  si  vous  voulez,  car  desjà  ont-ilz  passé 
vostre  embusche  et  sont  à  ung  mille  d'icy.  »  Messire 
André  Grit  fut  incontinent  à  cheval  et  tous  ses  gens 
pareillement  tant  de  cheval  que  de  pied,  et  se  gec- 
tant  hors  de  la  ville  envoya  environ  cent  honunes  de 
cheval  pour  escarmoucher,  qui  bientost  trouvèrent 


218  msTomE  db  batart 

les  François,  lesquelz  furent  joyeulx  à  merveilles, 
pensant  qu'il  n'y  eust  autre  chose,  et  que  le  provî- 
dadour  feust  en  ceste  troppe.  Les  François  à  cheval 
commencèrent  charger,  et  les  autres  tournèrent  le  dos 
jusques  à  ce  qu'ilz  feussent  sur  la  grosse  troppe; 
laquelle,  quant  ilz  Tapperceurent,  s'estonnèrent  b^iu- 
coup  et  retournèrent  aux  gens  de  pied  ausquelz  ilz 
dirent  :  c  Nous  sonmies  trahiz,  car  ilz  sont  trois  mille 
honunes  ou  plus  ;  il  fault  essayer  à  nous  saulver.  > 
Geulx  de  la  Seigneurie  les  suyvoient  à  grosse  fiirye 
criant  :  c  Marco  !  Marco  !  a  carne  !  a  carne  M  >  et 
chaînèrent  rudement  les  François  lesquelz  misrent 
leurs  gens  de  pied  devant,  et  leurs  gens  de  cheval  sur 
leur  queue  pour  les  soutenir;  et  de  fait  reculèrent 
sans  perdre  jusques  au  village  où  estoit  la  première 
embusche  des  Yéniciens  qui,  au  son  de  la  trompette, 
suyvant  la  charge  qu  ilz  avoient,  conmiencèrent  à 
sortir  et  se  gectèrent  entre  Lignago  et  les  François; 
par  ainsi  furent  enclos  et  assailliz  par  deux  costez. 
Et  fault  entendre  que  depuis  que  Dieu  créa  ciel  et 
terre,  pour  le  petit  de  gens  ne  fut  mieulx  oombatu 
pour  ung  jour,  car  le  combat  dura  plus  de  quatre 
heures  sans  que  les  François  qui  tousjours  se  retiroient 
peussent  estre  deffaictz.  D'une  chose  s'advisa  messire 
André  Grit;  c'est  qu'il  fit  gecter  sur  les  esles  qudr 
ques  arbalestriers  de  cheval,  qui  vindrent  donner 
dans  les  gens  de  pied,  de  sorte  qu'ilz  lem*  firent 
rompre  une  partie  de  leur  ordre.  Toutesfois  tousjours 
se  retirèrent  vers  leur  place,  laquelle  ilz  approchèrent 


i .  A  carne,  cette  exclamation  répond  &  pea  près  an  français  : 
en  pièœs. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  219 

à  quatre  mille  ;  mais  là  les  convint  demourer,  car  ilz 
furent  chargez  par'  tant  d'endroitz  et  de  telle  sorte 
que  la  pluspart  des  hommes  d'armes  furent  mis  à 
pied,  car  leurs  chevaulx  furent  tuez.  Quant  Guyon  de 
Gantiers  veit  que  tout  estoit  perdu,  conmie  ung  lyon 
eschauffé,  va  entrer  dedans  les  gens  de  pied  de  la 
Seigneurie  où  il  fist  merveilles  d'armes,  car  il  en  tua 
de  sa  main  cinq  ou  six;  mais  il  avoit  trop  petit 
nombre  au  pris  des  autres,  si  luy  fut  force  là  de- 
mourer  abatu  et  tué  avecques  tous  ses  trois  cens 
honomes,  sans  que  nul  en  eschappast  vif.  Le  cappi- 
taine  Malerbe  c' estoit,  avecques  si  peu  de  gens  à 
cheval  qu'il  avoit  encores,  tiré  aux  champs,  où  il 
combatit  l'espace  d'une  grosse  heure,  mais  enfin  il  fut 
'prins  prisonnier  et  vingt  et  cinq  de  ses  compaignons. 
Le  demourant  y  mourut,  et  pour  conclusion  n'es- 
chappa  honmie  vivant  pour  en  aller  dire  les  nouvelles 
à  Lignago. 

Quant  messire  André  Grit  veit  du  tout  la  vic- 
toire sienne,  se  va  adviser  d'une  subtilité.  C'est 
qu'il  fist  tous  les  gens  de  pied  françois,  qui  estoient 
mors,  despouiller  et  désarmer,  et  en  fait  vestir  des 
siens  autant,  prent  les  habillemens  des  gens  d'armes, 
leurs  chevaulx  et  plumailz,  et  les  baille  à  de  ses  gens  ; 
et  davantage  leur  bailla  cent  ou  six  vingtz  de  ses 
hommes  qu'ilz  emmenoient  comme  prisonniers,  et 
leur  faisoit  conduyre  trois  faulcons  que  ceulx  de 
Lignago  avoient  menez  ;  puis  leur  dist  :  c  Allez  en 
ceste  sorte  jusques  à  Lignago,  et  quant  serez  auprès 
cryez  :  t  France  !  France  !  victoire  !  victoire  !  >  Geulx 
de  dedans  penseront  que  ce  soyent  leurs  gens  qui 
ayent  gaigné  ;  et  pour  encores  mieulx  leur  donner  à 


220  msTOmE  de  bayart 

congnoistre,  ottUre  leurs  enseignes,  emporterez  en- 
cores  deux  ou  troU  des  nostres;  je  ne  fais  nulle 
double  qu'ilz  ne  vous  ouvrent  la  porte.  Saisissez-vous 
en,  et  je  seray  à  un  ject  d'arc  de  vous,  et  au  son  de 
la  trompette  je  me  rendray  là  incontinent.  Ainsi, 
aujourd'huy,  si  sçavez  bien  conduyre  l'affaire,  repren- 
drons Lignago,  qui  est  de  telle  importance  à  la  Sei- 
gneurie que  sçavez.  »  Ce  qui  leur  fut  conunandé  fut 
très  bien  exécuté,  et  menant  feste  et  joie  appro- 
chèrent d'ung  gect  d'arc  Lignago,  sonnant  trompettes 
et  clérons.  Le  seigneur  de  la  Crote  avoit  upg  lieute- 
nant en  la  place  qui  s'appelloit  Bernard  de  Yillars, 
ancien  sage  chevalier  qui  avoit  beaucoup  veu.  Il  monta 
sur  la  tour  du  portail  pour  veoir  venir  ses  gens  qui 
démenoient  si  grant  joie,  affin  de  leur  faire  ouvrir  la 
porte.  Il  regarda  de  loing  leur  contenance,  dont  il 
s'esbahyt,  et  dist  à  ung  qui  estoit  auprès  de  luy  : 
c  Velà  les  chevauU  et  les  acoustremens  de  noz  gens, 
mais  m'est  advis  que]  ceulx  qui  sont  dessus  ne  che- 
vauchent point  à  nostre  mode  et  ne  sont  point  des 
nostres,  ou  je  suis  déceu.  Il  y  pourroit  bien  avoir  du 
malheur  en  nostre  endroit,  et  le  cueur  le  me  juge.  Je 
vous  prie,  descendez  et  faictes  abaisser  la  planchette 
du  pont  et  puis  dictes  qu'on  la  retire.  Si  ce  sont  noz 
gens,  vous  en  congnoistrezasseiB;  si  ce  sont  ennemys, 
pensez  de  vous  saulver  à  la  barrière.  J'ay  icy  deux 
pièces  chargées  ;  s'il  est  besoing,  en  serez  secouru.  » 
Au  dire  du  cappitaine  Bernard  descendit  le  compai- 
gnon,  qui  sortit  hors  de  la  place,  cuydant  venir  au 
devant  de  ses  gens,  en  demandant  :  c  Qui  vive?  où 
est  le  cappitaine  Malerbe?  »  Hz  ne  respondirent  riens, 
mais  cuydans  que  le  pont  feust  abaissé,  conunencè- 


VKR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  821 

rent  à  course  de  cheval  marcher.  Ledit  compaignon 
se  sauva  tellement  quellement  en  la  barrière.  Alors 
furent  tirées  les  deux  pièces  d'artillerie,  qui  les  arrêta 
sur  le  cul.  Ainsi  fut  saulvée  la  place  de  Lignago  pour 
ceste  fois,  mais  les  François  y  eurent  grosse  honte  et 
perte,  dont  plusieurs  s'apperceurent.  Quant  le  povre 
seigneur  de  la  Grote  eut  entendu  le  piteux  affaire,  il 
cuyda  mourir  de  dueil.  Le  roy  de  France  en  fut  des- 
plaisant à  merveilles  et  luy  en  cuyda  en  faire  faire 
ung  mauvais  tour;  mais  cela  s'appaisa  par  le  moyen 
du  seigneur  Jehan-Jacques,  qui  estoit  pour  lors  venu 
en  France  pour  tenir  sur  fonds  madame  Renée,  fille 
du  roy  Loys  douziesme  et  de  Anne,  sa  femme,  du- 
chesse de  Bretaigne  * ,  lequel  luy  fist  plusieurs  remons- 
trances  à  la  descharge  dudit  seigneur  de  la  Grote.  Or, 
laissons  ce  propos  et  retournons  au  pape  Julles  second, 
qui  marchoit  vers  Ferrare. 


CHAPITRE  XLII. 

Comment  le  pape  Julles  vint  en  personne  en  la  duché  de 
Ferrare^  et  comment  il  mist  le  siège  devant  la  Myran- 
dolle. 

Le  pape  Julles,  qui  désiroit  à  merveilles  recouvrer 
le  duché  de  Ferrare,  que  prétendoit  estre  de  l'Église, 
dressa  une  grosse  armée  qu'il  fist  en  Boulenoys  pour 
l'amener  en  ladicte  duché,  et  s'en  vint  de  journée  en 
journée  loger  en  ung  gros  village  qu'on  appelle  Sainct- 

1.  Renée  de  France,  née  le  25  octobre  1510;  elle  épousa  Her- 
cule d'Ëdte,  duc  de  Ferrare,  et  mourut  en  1576.. 


222  HISTOIRE  DE  BAYART 

Félix,  entre  la  Concorde*  et  La  MyrandoUe^.  Le  duc 
de  Ferrare  et  tous  les  François  qui  estoient  aveoques 
luy  s'estoient  venuz  loger  à  douze  mille  de  Ferrare» 
entre  deux  bras  du  Pau,  en  ung  lieu  dit  TOspitalet', 
où  il  fist  dresser  ung  pont  de  bateaulx  qu'il  faisoit 
très-bien  garder,  car  par  là  souvent  ses  ennemys 
estoient  escarmouchez.  Le  pape,  arrivé  à  Sainct-Félix, 
manda  à  la  contesse  de  la  Myrandolle*,  que  fille  natu- 
relle estoit  du  seigneur  Jean-Jacques  de  Trévolz,  alors 
veufve,  qu'elle  voulsist  mettre  sa  ville  de  la  Myran- 
doUe  entre  ses  mains,  parce  qu'elle  luy  estoit  néces- 
saire pour  son  entreprinse  de  Ferrare.  La  contesse  qui, 
suyvant  le  cueur  de  son  père,  estoit  toute  françoise  et 
sçavoit  très  bien  que  le  roy  de  France  favorisoit  el 
secouroit  le  duc  de  Ferrare,  ne  l'eust  fait  pour  mourir. 
Elle  avoit  ung  sien  cousin  germain ,  appelle  le  conte 
Alexandre  de  Trévolz  %  avecques  elle,  qui  ensemble 
firent  response  à  celluy  qui  estoit  venu  de  par  le 
Sainct-Père  ;  et  luy  fut  dit  que  quant  il  lui  plairoit  s'en 
pourroit  bien  retourner  et  dire  à  son  maistre  que 
pour  riens  la  contesse  de  la  MyrandoUe  ne  bailleroit 
sa  ville,  qu'elle  estoit  sienne,  et  que  Dieu  aydant,  la 
sçauroit  bien  garder  contre  tous  ceulx  qui  la  hiy  voul- 
droient  oster.  De  ceste  response  fut  courroucé  mer- 

1 .  San-Felice  sul  Panaro  et  Concordia,  province  de  Modène,  dii- 
trict  de  La  Mirandole. 

2.  Mirafulola,  à  7  1.  N.-E.  de  Modène. 

3.  Ospitaletto  di  Bondeno,  hameau  de  la  commune  de  Bondeno, 
province  de  Ferrare. 

4.  Françoise  Trivulce,  fille  du  maréchal  de  ce  nom  et  veuve  de 
Ijouis  Pic,  8^  de  La  Mirandole  et  de  la  Concorde. 

5.  Alexandre  Trivulce,  fils  de  Jérôme  Trivulce  et  de  Marguerite 
de  Valpergue,  officier  au  service  de  la  France;  il  mourut  en  1S4S. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  823 

veilleusement  le  pape,  et  jura  sainct  Pierre  et  sainct 
Paul  qu'il  Tauroit  par  amour  ou  par  force.  Si  com- 
manda à  son  nepveu  le  duc  d'UrbinS  cappitaine 
général  de  son  armée,  que  le  lendemain  il  y  allast 
mettre  le  siège.  Le  conte  Alexandre  de  Trévolz,  qui 
n'en  pensoit  pas  moins,  envoya  devers  le  duc  de 
Ferrare  et  les  cappitaines  françois  à  FOspitalet,  qui 
n'estoit  que  à  douze  mille,  leur  supplier,  pour  ce  qu'il 
ne  se  sentoit  pas  bien  garny  de  gens  pour  l'heure,  et 
qui  de  jour  en  autre  espéroit^  le  siège,  qu'on  luy 
envoyast  jusques  à  cent  bons  compaignons  et  deux 
canonniers.  La  chose  luy  fut  aysément  accordée,  car 
la  perte  de  la  MyrandoUe  e^toit  de  grosse  importance 
au  duc  de  Ferrare,  qui  estoit  ung  gentil  prince,  saige 
et  vigillant  à  la  guerre,  et  qui  scet  quasi  tous  les  sept 
ars  libéraulx  et  plusieurs  autres  choses  mécanicques, 
conune  fondre  artillerie,  dont  il  est  aussi  bien  garny 
que  prince  son  pareil  de  tout  le  monde,  et  si  en  scet 
très  bien  tirer,  faire  les  affustz  et  les  bouUetz.  Or, 
laissons  ses  vertus  là,  car  assez  en  avoit  et  a  encores. 
Par  l'advis  des  cappitaines  françois  il  envoya  à  la 
MyrandoUe  les  deux  canonniers  et  les  cent  compai- 
gnons qu'on  demandoit,  et  avecques  eulx  allèrent 
deux  jeunes  gentilzhommes ,  l'ung  du  Daulphinè, 
appelle  Monchenu^,  nepveu  du  seigneur  de  Montoison, 

1.  François-Marie  de  Rovère,  duc  d'Urbin,  neveu  du  pape 
Jules  n,  fils  de  Jean  de  Rovère  et  de  Jeanne  de  Montefeltre  ;  il 
épousa  Éléonore  de  Gonzague.  Il  était,  disait-on,  ami  secret  des 
Français  et  usa  toujours  de  son  influence  pour  engager  son  oncle 
à  la  paix. 

2.  Espérer,  attendre. 

3.  Marin  de  Montchenu,  s'  de  Montchenu,  maître  d*hôtel  de 
François  I"'  dont  il  partagea  la  captivité.  Il  commandait  12,000 


SSi  mSTOIRE  DE  BAYART 

et  l'autre,  nepveu  du  seigneur  du  Lude,  qu*on  appel- 
loit  Ghantemerle  S  du  pays  de  la  Beausse,  ausquelz  au 
partir  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reproudie 
dist  :  <  Mes  enfans,  vous  allez  au  service  des  dames; 
monstrez^vous  gentilz  compaignons  pour  acquérir  leur 
graoe  ei  faictes  parler  de  vous.  La  place  où  vous  allez 
est  trèft-bonne  et  forte,  si  le  siège  y  vient  vous  aurez 
honneur  à  la. garder.  »  Et  plusieurs  autres  joyeulx 
propos  leur  disoit  le  bon  chevalier  pour  leur  mettre 
le  cueur  ou  ventre.  Si  monta  luy-mesmes  à  dieval 
avecques  sa  compaignie  pour  leur  faire  escorte,  et 
si  bien  les  conduysit  qu'ilz  entrèrent  dedans  la  ville 
où  ilz  furent  receuz  de  la  contesse  et  du  conte 
Alexandre  très  honnestement.  Hz  n'y  furent  jamais 
trois  jours  que  le  siège  ne  feust  devant  et  Fartillerie 
plantée  sur  le  bort  du  fossé,  qui  commencea  à  tirer 
fort  et  royde,  et  ceulx  de  la  ville,  qui  ne  monstroient 
pas  tiltre  d'esbaissement,  leur  rendoient  la  pareille  au 
mieulx  qu'ilz  povoient.  Le  bon  chevalier,  qui  ne  plai- 
gnit jamais  argent  pour  sçavoir  que  faisoient  ses  enne- 
mys,  avoit  ses  espies,  qui  souvent  luy  rapportoient 
nouvelles  du  camp  et  du  pape  qui  estoit  encores  à 
Sainct-Fèlix,  et  comment  il  se  dèlibéroit  de  partir  dedans 
ung  jour  ou  deux,  pour  aller  au  siège  qu'il  avoit  fait 
mettre  devant  la  Myrandolle.  Il  renvoya  encores  ung 


lansquenets  à  Pavie,  fut  bailli  du  Viennois  et  lieutenant-gônértl 
du  Lyonnais  et  Beaujolais.  Il  était  fiLs  d'Antoine  de  Moatchenii 
et  de  Louise  de  Glermont,  et  éponsa  Antoinette  de  Pontbriand. 
i .  Probablement  Marc  de  Ghantemerle,  s**  de  la  Clayette,  fils  de 
Humbert  de  Ghantemerle  et  de  Anne  de  Belleronce.  Il  était  ne^eu 
du  capitaine  la  Clayette  dont  il  a  été  parlé  ci-dessus,  et  il  épousa 
Clauda  de  Damas. 


PAR  LE  LOYAL  SBRVTrEUR.  885 

desditz  espies  à  Sainct-Félix,  dont  ilz  n'estoient  que  à 
dix  mille^  pour  entendre  m  vray  quant  le  pape  part»- 
roit.  Il  ûstni  bonne  inquisition  qu'il  soeut  pour  vray  que 
le  lendemain  yroit  en  son  camp.  Si  en  vint  advertir 
le  bon  chevalier,  qui  en  fut  bien  a^se,  car  il  avoit 
telle  chose  pensée,  qu'il  espéroit  prendre  le  pape  et 
tous  ses  cardinqiulx  ;  ce  qu'il  eust  fait  n'eust  esté  ung 
inconvénient  qui  advint,  comme  vous  orrez. 


CHAPITRE  XLIII. 

Comment  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouehe 
cuyda  prendre  le  pape  entre  Sainct-Félix  et  la 
Myrandollej  et  à  quoy  il  tint. 

Le  bon  chevalier  s'en  vint  au  duc  de  Ferrare  et  an 
seigneur  de  Montoison,  ausquelz  il  dist  *:  c  Messeî'- 
gneurs,  je  suis  adverty  que  denlain  .matin  le  pape 
veult  desloger  de  Sainct*-Félix  pour  aller  à  la  Myran^ 
doUe.  Il  y  a  six  grans  mille  de  Tung  à  l'autre.  J'ai 
advisé  une  chose,-  si  la  trouvez  bonne,  dont  il  sera 
mémoire"  d'icy  à  cent  ans.  A  deux  raille  de  Saincit* 
Félix,  y  a  deux  ou  trms  beaulx  palais  qui  sont 
habandonnez  pour  l'occasion  de  la  guerre  ;  Je  suis  déli<- 
béré  toute  ceste  nuyt  m'en  aller  loger  avec  cent 
hommes  d'armes,  sans  paige  ne  varlet,  dedans  l'ung 
de  ses  palais,  et  demain  au  matin,  quant  le  pape 
deslogera  de  Sainct-Félix  (je  suis  informé  qu'il  n'a 
que  ses  cardinaufac,  évesques  et  prothonotaires  et  bien 
cent  chevaubc  de  sa  garde),  je  sortiray  de  mon  em^ 
busche  ;  et  n'y  aura  nulle  &ulte  que  je  ne  l'empoigne, 

15 


886  HISTOIHË  DB  EAYART 

car  l'abraie  ne  sçatiroit  estre  8i  tost  aa  camp  que  je 
oe  me  sauve;  veu  qu'il  n'y  a  que  dix  mille,  d'ioy  M. 
fit  prenez. le  cas  que  je  feusse  pourauivy,  YOiis,  .mon^ 
seigneur,  dist-^il  au .  duc  de  Ferrarè^  «t  monseigneur 
de  Montoison<  passerez  te  matin  le  pont  avecques 
tout  le  reste  de  la  gendarmerie  et  me  viendra 
attendre  à  quatre  ou  ^ctnq  mille  c^cy  pour  me  re- 
cueillir, si  par  cas  fortuit  m*arrivoit.  inconvénient.  > 
Oncques  chose  ne  fut  trouvée  meilleure  que  la  parolle 
du  bon  chevalier,  ne  restoit  que  à  Texéculçr  ;  ce  que 
guères  ne  tarda,  car  toute  la  nuyt  a^rès  avoir  bien  fait 
repldstre  les  chevaulx  print  cent  hommes   d'armes 
tous  esleuz  et  puis,  après  que  chàscun  fut  en  ordre 
conune  pour  attendre  le  choc,  ^n.  .va  avecques  son 
espie  le  beau  pas,  droit  à  ce  petit  village.  Si  bieni  luy 
advint  qu'il  ne  trouva  ne  honune  ne  femme  pour 
estre  descouvertt;  et:  se  logea  environ  une  heure 
devant  jour.  Le  pape  qui  estoit  assez  matineux  estoit 
desjàlevé,  et  quant  il  veit  le  jour  monta  en  sa  lictîèft 
pour  tirer  droit  en  son  camp  jet.  de  vaut  estoient  pro» 
thonotaires,  dencs  et  officiers ;.4ie  toutes  sortes  qui 
alloiént  pour  prendre  le  logis  ;  et  ^ans  penser  aucune 
chose,  s'estoient  mis  a  ..chemin.  Quant  le  boa  cheva- 
lier les  entendit,  ne  fist  autre  demeure,  ains  aortit 
de  son  embusche  et  vint  charger  sur  les  rustres  qub 
comme  fort  effrayez  de  l'alarme,  Fetournèrent  picquans 
à  bride  abatue  dont  ilz estoient  partiz,  oians  :  c  Alarme! 
darme  !  >  Mais  tout  cela  n'eust  de  riens  servy  que 
le  pape,  ses  cardinaulx  et  évesques  n'eussent  €«té 
prins,  sans  ung  inconvénient  cpii  hà  trèa.  bon  pour 
le  Saittct-Père  et  fort  malheureux  pour  ie  bÎM  cheva* 
lier.  C'est  qu'ainsi  que  le  pape  fut  monté  en  sa  lictière 


PAR  LB  LOYAL   SERVITEUR.  t27 

et  Mrty  hors  du  chemin  de  Sainct-Félix,  ne  fut  pas  à 
ung  gect  de  boulle  qu'il  ne  tumbast  du  ciel  la  plus 
aspre  et  véhémente  neige  qu'on  eust  veu  cent  ans 
devant ,  mais  c'estoit  par  telle  impétuosité  que  Ton 
ne  voyoit  pas  l'ung  l'autre.  Le  cardinal  de  PavyeS  qui 
estoit  alors  tout  le  gouvwnement  du  pape,  lui  dist  : 
c  Pater  Sancte^  il  n'est  pas  possible  d'aller  par  pay$ 
cependant  que  cecy  durera.  Il  est  plus  que  néces* 
saire,  et  me  semble  que  devez,  sans  tirer  oultre, 
retourner.  »  Ce  que  le  pape  accorda,  qui  ne  sçavoit 
riens  de  l'embusche.  Et  de  malheur,  ainsy  que  les 
fUyans  retournoient  et  le  bon  chevalier  à  pointe  d'es» 
peron  les  chassent  sans  se  vouloir  arrester  à  prendre 
personne,  car  là  ne  s'estendoit  point  son  courage, 
sur  le  point  qu'il  arrivoit  à  Sainct-Félix,  le  pif)e  ne 
fiedsoit  qu'entrer  dedans  le  chasteau..  Lequel  au  cry 
qu'il  ouyt  eut  telle  frayeur  que  subitement  et  sans 
ayde  sortit  de  sa  lictière,  et  luy-mesmes  ayda  à  lever 
le  pont,  qui  fut  fait  d'homme  de  bon  esperit,  car  s'il 
eust  autant  demouré  qu'on  mectroit  à  dire  ung  Pater 
noater^  il  estoit  croqué.  Qui  fut  bien  marry?  ce  hit  le 
bon  chevalier,  car  eno(»*es  qu'il  sceust  le  chasteau 
n'estre  guères  fort  et  qu'en  ung  quart  d'heure  se  pour- 
roit^rendre^^si  n'avoit-il  nulle  pièce  d'artillerie;  et 
|>uis  d'ung  autre  costé  pensoit  bien  qu'il  seroit  des- 
oouvert  iqcontinent  à  ceulx  du  camp  de  la  Myrandolle, 
qui  luy  pourroient  faire  recevoir  une  honte.  Si  se 
mist  au  retour  après  qu'il  eut  pris  tant  de  prison^ 
piers  qu'il  voulut,  où  entre  autres  il  y  avoit  deux 

1.  François  Aledosi,  évéque  de  Pavie  et  de  Bologne,  cardhml 
en  1505,  né  à  Imola;  il  fut  tué  par  le  duc  d'Urlûn,  ainsi  ^pie  noos 
le  verrons  plus  loin. 


228  HISTOIRE  DS  Bi^YART 

évesques  portatife^  et  force  muletz  de  cariage,  que 
ses  gens  d'armes  emmenèrent.  Mais  onoqpies  honmie 
ne  retourna  si  mélancolie  qu'il  estoit  d'avoir  failly  si 
belle  prinse,  combien  que  ce  ne  fut  pas  sa  faulte,  car 
jamais  entreprinse  ne  fut  mieulx  ne  plus  subtillement 
conduicte.  Quant  il  fiit  arrivé  vers  le  duc  de  Ferrare, 
le  seigneur  de  Montoison  et  ses  autres  compaignons 
qu'il  trouva  à  six  mille  de  leur  pont  pour  le  recevoir 
et  secourir  si  besoing  en  eust  eu,  et  qu'il  Xeiw  eut 
compté  sa  deffortune^,  furent  bien  marris;  toutesfôis 
ilz  le  réconfortèrent  le  mieulx  qu'ilz  peurent,  luy 
remonstrant  que  la  faulte  n'estoit  pas  venue  de  luy, 
et  que  jamais  homme  ne  fist  mieubt.  Ainsi  l'enmie- 
nèrent  tousjours,  devisans  de  joyeuses  parolles  et 
presctums,  avecques  leurs  prisonniers,  dont  dessus  le 
chemin  en  renvoyèrent  à  pied  là  pluspart.  Les  deux 
évesques  payèrent  quelque  légière  rançon  et  puis 
s'en  retournèrent. 

Le  pape  demoura  dedans  le  chasteau  de  Sainct- 
Félix,  lequel  de  la  belle  paour  qu'il  avoit  eue 
trembla  la  fiebvre  tout  au  long  du  jour,  et  la  nuyt 
manda  son  nepveu ,  le  duc»  d'Urbin ,  qui  le  vint 
quérir  avecques  quatre  cens  hommes  d'armes  et  le 
mena  en  son  siège,  où  il  fut  tant  que>^  Myraadolle 
fut  prise.  Bien  y  demoura  trois  sepmaiiiès  devant,  el 
ne  Feust  jamais  eue  sans  ung  inconvénient  qui  advint; 
c'est  qu'il  neigea  bien  six  jours  et  six  nuytz  sans 
cesser,  et  tellement  que  la  neige  estoit  dedans  le 
camp  de  la  haulteur  d'ung  homme.  Après  la  neige  il 

f.  Bvesques  portatifs  {epitcopi  portantes),  évéqaes  sans  charge 
d*àinet  ou  in  partibus. 
2.  De/fortune,  mauvaise  fortune. 


PAR   LE   LOYAL  SBRVITEUR.  SSI9 

gela  si  fort  que  les  fossez  de  la  MyrandoUe  le  furent  de 
plus  de  deux  grans  piedz ,  en  sorte  que  de  dessus  le 
bort  tumba  ung  canon  avecques  sou  affust,  qui  ne  roni- 
pist  point  la  glace.  L'artillerie  du  pape  avoit  fait  deux 
bonnes  et  grandes  berches  ;  ceulx  qui  estoient  dedans 
n'espéroient  aucunemeJH  que  de  part  du  monde  on 
leur  allast  lever  le  siège,  car  le  seigneur  de  Ghau- 
mont,  grant-maistre  de  France  et  gouverneur  de 
Milan,  avecques  le  reste  de  l'armée  du  roy  son 
maistre,  se  tenoit  à  RegeS  laquelle  il  faisoit  remparer 
chascun  jour,  doubtant  que  le  pape,  après  la  prise 
de  la  MyrandoUe,  n'allast  là  :  lequel  avoit  grosse 
puissance,  car  la  pluspart  de  l'armée  du  roy  d'Es- 
paigne  estoit  avecques  luy,  et  celle  des  Véniciens,  qui 
jà  avoient  prins  son  aliance.  Si  eut  conseil  le  conte 
Alexandre  et  la  contesse  de.  rendre  la  ville,  les  vies 
frandies  ;  mais  le  pape  vpnloit  tout  avoir  à  sa  mercy* 
Toutesfois  cela  se  traidta-par  lé  moyen  du  duc  d'Ur- 
bin  qui  avoit  tousjoiurs  fe  (RietiT' firançois ,  car  le  roy 
de  France  Loys  douziesme  Tavciit  nourry  en  jeunesse, 
et  sans  luy  le  Sainct-Père  n'eust  pas  esté  si  gracieux^. 
Quant  les  isouvelles  de  la  prise  de  la  MyrandoUe 
furent  sceues  ou  camp  du  duc  de  Ferrare,  toute  la 
compaignie  en  fut  desplaisante  à  .merveilles.  Le  duc 
se  doubta  que  bientost  seroit  assiégé  à  Ferrare;  si 
deflist  son  pont  et  se  retira  avecques  toute  son  armée 
en  sa  ville,  délibéré  jusques  au  derrenier  jour  de  sa 
vie  la  garder.  Le  pape  ne  daigna  entrer  dedans  la  ville 
de  la  MyrandoUe  par  la  porte  ;  il  fîst  faire  ung  pont  par 


i.  Beggio  nelV  Emilia,  évôché  du  duché  de  Modène. 

2.  La  capitulation  de  la  Mirandole  eut  lieu  le  20  janvier  1511. 


S30  HISTOIRE   DE  BAYAHT 

dessus  le  fossé,  sur  lequel  y  passa  et  entra  dedans  par 
une  des  berches.  Il  s'i  tint  quelques  jours,  où  par 
tous  les  moyens  du  monde  advisoit  comment  il  pour- 
roit  donunager  le  duc  de  Ferrare. 


CHAPITRE  XLIV. 

Comment  le  pape  envoya  une  bende  de  sept  à  huyt  mille 
hommes  devant  une  place  du  dv^  de  Ferrarey  nm»- 
mée  la  Bastide  j  et  comment  ih  furent  deffaictz  par 
Vadvis  du  bon  chevalier  sans  paouret  sans  reprouche. 

Quant  le  pape  fut  dedans  la  MyrandoUe,  fist  ung 
jour  assembler  son  nepveu  et  tous  les  cappitaines, 
tant  de  cheval  que  de  pied,  ausquelz  fTdist  comment 
il  vouloit  sans  plus  autre  chose  entreprendre  aller 
mettre  le  siège  devant  Ferrare  ;  si  vouloit  sur  ce  avoir 
leur  advis,  et  comment  la  chose  se  pourroit  plus  seu- 
lement conduire;  car  il  sçavoit  ladite  ville  forte  à 
merveilles  et  bien  garnye  de  bonnes  gens  de  guerre 
et  d'artillerie,  et  que  à  grant  peine,  sans  faulte  de 
vivres,  l'auroit-il  qu'elle  ne  luy  coustast  beaucoup, 
mais  par  ce  poinÉ^^es  feroit-il  venir  à  la  raison,  con- 
sidéré qu'il  avoit  Té  moyen  de  leur  coupper  le  pas- 
sage du  Pau,  que  au-dessus  de  Ferrare  ne  leur  vien- 
droit  riens,  et  du  dessoubz  que  les  Véniciens  aussi 
garderoient  bien  qu'ilz  n'en  auroient  point.  Il  n'y  eut 
celluy  qui  n'en  dist  son  oppinion,  tant  que  ce  fut  à 
parler  à  ung  cappitaine  de  la  seigneurie  de  Venise, 
qu'on  appelloit  Jehan  Fort,  qui  en  son  langaige  et  en 
s'adrèssant  au  pape  dist  :  c  Très  Sainct-Père,  j'ay  ouy 


PAR   LE  LOYAL   SBUYITEUR.  331 

les  oppinions  de  tous  messeigneu^  qui  sont  icy  en 
présence;  et  à  les  ouyr,  cxmclnent,  suyrant  oe 
qu'avez  proposé  que,  en  gardant  que* par  le  Pau 
n'entrent  vivres  dedans  Ferrare,  et  que  par  l'isle  soit 
assiégée,  en  peu  de  jours  sera  affamée;  je  congnois 
le  pays,  et  en  a  beaucoup  et  de  bon  le  duc  de  Fer- 
rare.  Par  Argenté*  luy  pourront  vivres  venir  en 
habondance,  mais  à  cela  pourvoyroit-on  bien.  D'autre 
part,  il  a  ung  pays  qu'on  appelle  le  Polesme  de 
SainctrGeorge  ^,  qui  tant  est  garny  de  biens  que, 
quant  d'ailleurs  n'en  viendroit  à  Ferrare,  il  est  .suffi- 
sant la  nourrir  ung  an  ;  et  est  bien  difiicille  de  garder 
qu'il  n'en  eust  de  là,  sans  prendre  une  place  à  vingt 
et't^inq  mille  dudit  Ferrare,  qu'on  appelle  la  Bastide^; 
mais  si  elle  estoit  prise,  je  tiendrois  la  ville  affamée 
en  deux  moys,  au  grant  peuple  qui  est  dedans.  — 
  grant  peine  eut  le  càppitaine  Jehan  Fort  achevé  son 
propos  que  le  pape  ne  dist  :  c  Or,  à  coup,  il  fauit  avoir 
ceste  place  ;  je  ne  seray  jamais  à  mon  ayse  qu'elle  ne 
soit  prise.  »  Si  furent  ordonnez  deux  cappitaines 
espaignolz  avecques  deux  cens  honmies  d'armes,  oe 
càppitaine  Jehan  Fort  avecques  cinq  cens  chevaulx 
légiers,  et  cinq  ou  six  mille  hommes  de  pied  pour 
aller  exécuter  ceste  entreprise,  acompaignez  de  six 
pièces  de  grosse  artillerie.  Eulx  assemblez,  se  misrent 
à  chemin  et  allèrent  sans  rencontre  trouver  jusques 
devant  la  place.  Quant  le  càppitaine  qui  en  avoit  la 
garde  veit  si  grosse  puissance,  eut  frayeur,  et  non 

1.  ArgerUa,  province  de  Ferrare. 

2.  Polesme  est  une  faute  d'impression.  U  s'agit  de  la  partie  de 
la  Polesine  nommée  aujourd'hui  Polesine  de  Ferrare. 

3.  Bastida  di  Fossa-Geniolo,  province  de  Ferrare.     ' 


232  HISTOIRE   DE  BAYART 

sans  cause,  car  il  n'estoit  pas  à  Theure  fort  bien 
garny  de  gens  de  guerre  ;  toutesfois  il  délibéra  de 
faire  son  debvoir  et  d'advertir  le  duc  son  maistre  de 
son  inconvénient.  Les  gens  du  pape  ne  firent  autre 
séjour,  sinon,  après  eulx  estre  logez,  asseoir  leur 
artillerie,  et  conunencea  à  batre  la  place  à  force.  Le 
cappitaine  avoit  fait  secrètement  partir  ung  homme, 
par  lequel  il  mandoit  au  duc  son  affaire,  et  que  s'il 
n'estoit  secouru  en  vingt  et  quatre  heures  il  se  voyoit 
en  dur  party  parce  qu'il  n'avoit  pas  gens  dedans  pour 
deffendre  à  la  puissance  qu'il  avoit  devant  luy. 

Le  messager  fist  extrême  diligence,  et  fut  environ  midy 
à  Ferrare,  ainsi  ne  mist  point  six  heures.  Le  bon  che- 
valier estoit  allé  à  Tesbat  à  une  porte  par  où  entra 
le  messager,  qui  fut  enquis  à  qui  il  estoit  et  amené 
devant  luy,  qui  luy  demanda  dont  il  venoit;  lequel 
respondit  asseuréement  :  c  Monseigneur,  je  viens  de 
la  Basâde,  laquelle  est  assiégée  de  sept  ou  huyt  mille 
hommes,  et  m'envoye  le  cappitaine  dire  au  duc  que 
s'il  n'est  secouru,  il  ne  sçauroit  tenir  demain  tout  au 
long  du  jour,  au  moins  s'ilz  luy  livrent  assault.  — 
CSomment,  mon  amy,  est  si  mauvaise  la  place?  — 
Non,  dist  le  m^ssagier,  ains  une  des  bojines  d'Italye; 
mais  il  n'a  que  vingt-cinq  hommes  de  guerre  dedans, 
qui  n'est  pas  pour  la  deffendre  contre  la  force  des 
ennemys.  —  Or,  venez  doncques,  mon  amy,  je  vous 
mèneray  devers  le  duc.  »  Ilz  estoient  luy  et  le  sei- 
gneur de  Montoison  ensemble  sur  leurs  mules  en  la 
place  de  la  ville,  devisans  des  affaires;  ilz  veirent 
venir  le  bon  chevalier  qui  amenoit  cest  homme,  et 
eurent  ymagination  que  c'estoit  une  espie.  Si  dist  le 
seigneur  de  Montoison  s'adressant  au  bon  chevalier  : 


PAR  LB  LOYAL  SERVITEUR.  S33 

c  Mon  compaignon,  vous  aymeriez  mieulx  estre  mort 
que  nefeissiez  tous  les  jours  quelque  prinse  sur  noz  enne- 
mys  ;  combien  vous  payera  ce  prisonnier  pour  sa  rançon? 
—  Sur  ma  foy,  respondit  le  bon  chevalier,  il  est  des 
nostres  et  nous  apporte  d'estranges  nouvelles,  comme 
il  dira  à  monseigneur.  »  Lors  le  duc  Tenquist,  et  puis 
regarda  les  lettres  que  le  cappitaine  de  la  Bastide  luy 
escrivoit.  En  les  lisant,  chascun  le  voyoit  blesmir  et 
changer  de  couleur,  et  quant  il  eut  achevé  de  lire, 
haulsa  les  espaules  et  dist  :  c  Si  je  pers  la  Bastide,  je 
puis  bien  habandonner  Ferrare ,  et  je  ne  voy  pas 
bien  le  moyen  qu'elle  soit  secourue  dedans  le  terme 
que  celluy  qui  est  dedans  me  rescript,  car  il  demande 
secours  dedans  demain  pour  tout  le  jour,  et  il  est 
impossible.  —  Pourquoy,  respondist  le  seigneur  de 
Montoison?  >  Dist  le  duc  :  c  Parce  qu'il  y  a  vingt  et 
cinq  mille  d'icy  là,  et  davantage,  au  temps  qu'il  fait; 
il  fault  passer  par  ung  chemin  où,  l'espace  de  demy- 
mille,  fault  aller  l'ung  après  l'autre,  et  encores  y  a-il 
une  autre  chose,  c'est  que,  si  noz  ennemys  estoient 
avertis  d'ung  passage  qu'il  y  a,  vingt  hontes  garde- 
roient  dix  mille  de  passer  ;  mais  je  crojr  qu'ilz  ne  le 
sçavent  pas.  »  Quant  le  bon  chevalier  sans  paour  et 
sans  reprouche  veit  le  duc  ainsi  esbahy  et  non  sans 
cause,  luy  dist  :  c  Monseigneur,  quant  il  est  question 
de  peu  de  chose,  la  fortune  est  aisée  à  passer,  mais  quant 
il  y  va  de  sa  destruction,  on  y  doit  pourveoir  par  tous 
les  moyens  qu'il  est  possible.  Les  ennemys  sont  devant 
la  Bastide,  et  cuydent  estre  bien  asseurez,  parce  que, 
au  moyen  de  ce  que  la  grosse  armée  du  pape  est  près 
d'icy,  leur  est  advis  que  nous  n'oserions  partir  de 
ceste  ville  pour  leur  aller  lever  le  siège.  J'ay  pensé 


234  HISTOIRE  DE  BAYART 

une  chose  qui  sera  fort  aisée  à  exécuter,  et  si  le 
malheur  n'est  trop  contre  nous,  en  viendrons  à  hon- 
neur. Vous  avez  en  ceste  ville  quatre  ou  cinq  mille 
honunes  de  pied,  gentilz  compaignons  et  gens  aguer- 
riz  le  possible;  prenons-en  deux  mille  avecques  les 
huyt  cens  Suysses  du  cappitaine  Jacob,  et  les  faisons 
sur  la  nuyt  en  bateaulx  mettre  sur  Teaue.  Vous  estes 
encores  seigneur  du  Pau  jusques  à  Argenté  ;  ilz  nous 
yront  attendre  à  ce  passage  que  vous  dictes.  S'ilz  y 
sont  les  premiers  ilz  le  prendront,  et  la  gendarmerie 
qui  est  en  ceste  ville  yra  par  terre  toute  ceste  nuyt; 
nous  aurons  bonnes  guydes,  et  ferons  de  façon  que  y 
serons  au  point  du  jour,  et  ainsi  nous  joindrons  les 
ungs  avecques  les  autres  ;  noz  ennemys  ne  se  doubte- 
ront  jamais  de  ceste  entreprinse.  Il  n'y  a  du  passage 
que  vous  dictes,  sinon  trois  mille^  ou  moins  encores 
jusques  à  la  Bastide  ;  devant  qu'ilz  se  soient  mis  en 
ordre  de  combatre,  leur  yrons  livrer  la  bataille  aigre- 
ment, et  le  cueur  me  dit  que  nous  les  défierons.  » 
S'on  eust  donné  cent  mil  escuz  au  diic  n'eust  pas  esté 
plus  joyeulx  ;  si  respondit  en  soubzriant  :  c  Par  ma 
foy,  monseigneur  de  Bayart,  il  ne  vous  est  riens 
impossible  ;  mais  je  vous  prometz,  sur  mon  honneur, 
que  si  messeigneurs  qui  sont  icy  trouvent  vostre 
oppinion  bonne,  je  ne  fais  doubte  que  ne  facions  de 
noz  ennemys  ce  que  vous  dictes,  et  de  ma  part,  les  en 
supplie  tant  que  je  puis  ^ .  »  Lors  mist  le  bonnet  hors 

1.  Si  dict  (Bayard)  au  seignear  de  Monteson  :  «  Monsieur,  je 
croy  qae  estes  assez  adverty  qae  les  ennemis  oh  bouté  11  siège 
devant  la  Bastide  ;  il  me  semble  que  les  devons  secourir,  et  le 
plus  tost  sera  le  meilleur,  car  la  place  n*est  pas  forte  »  (Gham- 
pier,  fol.  xxxi).  Montoison,  d'après  le  môme  auteur,  interrogea 


PAR  LB  LOYAL   SERVITEUR.  235 

de  la  teste.  Le  seigneur  de  Montoison,  hardy  et 
vertueux  cappitaine,  respondit  :  c  Monseigneur,  nous 
n'avons  mestier  de  prières  en  vostre  endroit  et  ferons 
ce  que  commanderez,  car  ainsi  Tavons  en  charge  du 
roy  nostre  maistre.  »  Autant  en  dirent  le  seigneur  du 
LiKlde  et  le  cappitaine  de  Fontrailles,  bien  délibérez 
de  faire  leur  debvoir.  Hz  envoyèrent  quérir  les  cap- 
pitaines  de  gens  de  pied,  ausquelz  ilz  déclairèrent 
l'affaire,  qui  leur  fut  advis  estre  en  paradis.  Le  duc 
fist  secrètement  apprester  force  barques  sans  bruyt 
quelconque,  car  il  y  avoit  des  gens  en  la  ville  qui 
estoient  fort  bons  papalistes. 

Les  barques  prestes ,  sur  le  soir  se  misrent 
les  gens  de  pied  dedans,  qui  eurent  bons  et 
seurs  mariniers.  Les  gens  de  cheval,  où  le  duc 
estoit  en  personne,  partirent  sur  le  commence- 
ment de  la  nuyt.  Ilz  a  voient  bonnes  guydes,  et 
quelque  mauvais  temps  qu'il  fist,  furent  seurement 
conduytz;  et  si  bien  leur  advint  que,  demye-heure 
devant  jour,  arrivèrent  lesditz  gens  de  cheval  au 
passage,  où  ilz  ne  trouvèrent  nul  empeschement,  dont 
Oz  furent  très-joyeulx,  et  ne  demeura  pas  demye- 
heure  que  les  barques  lesquelles  amenoient  les  gens 
de  pied  n'arrivassent.  Si  descendirent,  et  puis  après 
le  petit  pas  allèrent  droit  à  ce  mauvais  passage,  qui 
estoit  ung  petit  pont  où  ne  pouvoit  passer  que  ung 
honmie  d'armes  de  fronc,  et  estoit  sur  ung  canal  assez 
parfond,  entre  le  Pau  et  la  Bastide*.  Hz  misrent  bien 


ensaite  les  divers  capitaines  qui  adoptèrent  unanimement  Tavis  de 
Bayart. 
1.  Vindrent  jusques  auprès  d'une   petite   rivière  profunde   à 


236  HISTOIRE   DE  BAYART 

une  grosse  heure  à  passer,  tellement  qu'il  estoit  jour 
tout  cler,  dont  le  duc  eut  mauvaise  oppinion,  et  parce 
qu'il  n'oyoit  point  iirer  d'artillerie  doubtoit  que  sa 
place  feust  perdue.  Mais  ainsi  qu'il  en  parloit  aux 
cappitaines  François,  va  ouyr  trois  coups  de  canon 
tout  d'une  bende,  dont  luy  et  toute  la  belle  et  bonne 
compaignie  furent  fort  joyeulx.  Il  n'y  avoit  pas  plus 
d'ung  mille  jusques  aux  ennemys  ;  si  conunencea  à 
dire  le  bon  chevalier  :  c  Messeigneurs,  j'ay  ouy  tous- 
jours  dire  que  celluy  est  fol  qui  n'estime  son  ennemy  ; 
nous  soimnes  près  des  nostres,  ilz  sont  fiAifi.contre 
ung,  s'ilz  sçavoient  nostre  entreprinse^nnms  nulle 
faulte  nous  aurions  de  l'affaire  et  beaucoup,  car  ilz 
ont  artillerie,  et  nous  n'en  avons  point.  Davantage 
j'ay  entendu  que  ce  qui  est  devant  la  Bastide  est 
toute  la  fleur  de  l'armée  du  pape  ;  il  les  fault  prendre 
en  désarroy  qui  pourra.  Je  suis  d'oppinion  que  le 
bastard  du  Fay,  mon  guydon,  qui  est  honmie  sçavant 
en  telles  matières,  par  le  costé  où  sont  venuz  les 
ennemys  leur  aille  dresser  l'alarme  avecques  quinze 
ou  vingt  chevaulx ,  et  le  cappitaine  Pierrepont  sera  à 
ung  gecl  d'arc  avecques  cent  hommes  d'armes,  pour 
luy  tenir  escorte  s'il  est  repoussé ,  et  luy  baillerons  le 
cappitaine  Jacob ^emberc  avecques  ses  Suysses.  Vous, 
monseigneur,  dist-il  au  duc,  monseigneur  de  Montoi- 
son,  messeigneurs  mes  compaignons  et  moy,  yrons 
droit  au  siqge,  où  je  yray  devant  leur  faire  ung  alarme. 

merveille  et  estroicte,  là  où  falloit  passer  sur  ung  petit  pont  l'ung 
après  Tanltre,  si  firent  tant  qu'il  passèrent  sans  que  les  ennemys 
en  fussent  advertis  :  leurs  gens  de  pied  qui  estoient  venus  par  la 
rivière  du  Pau  furent  aussi  tost  au  petit  pont  que  les  gens  de 
cheval  (Ghampier,  fol.  xxxi). 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  237 

Si  oelluy  du  bastard  est  premier  dressé,  et  ilz  voisent^ 
tous  là,  nous  les  enclorrons  entre  luy  et  nous  ;  et  si 
le  nostre  est  le  premier  levé,  le  cappitaine  Pierrepont 
et  sa  bende  de  Suysses  en  feront  autant  de  leur  costé. 
Gela  les  estonnera  tant  qu'ilz  ne  sçauront  que  faire, 
car  ilz  estimeront  que  nous  soyons  trois  fois  plus  de 
gens  que  nous  sonunes;  et  surtout  que  toutes  noz 
trompettes  sonnent  à  Taborder.  »  Oneques  chose  ne 
fîit  trouvée  meilleure  ;  car  il  fault  que  tous  lisans  ceste 
histoire  sachent  que  ce  bon  chevalier  estoit  ung  vray 
registre  des  batailles,  parquoy  tout  honune  pour  sa 
grande  expérience  se  tenoit  à  ce  qu'il  disoit. 

Or,  venons  aU  point.  Les  deux  bendes  deslogèrent  ; 
l'une  alla  par  le  chemin  qu'estoient  venuz  les  ennemys 
ainsi  que  ordonné  avoit  esté ,  et  les  autres  droit  à  la 
place,  laquelle  ilz  approchèrent  sans  estre  aucunement 
apperceuz  de  la  portée  d'ung  canon  en  bute.  Si  dressa 
le  bastard  du  Fay  ung  aspre  et  chault  alarme,  qui  es- 
tonna  merveilleusement  ceulx  du  camp  ;  toustesfois  ilz 
commencèrent  à  eulx  armer,  monter  à  cheval,  et  aller 
droit  pu  estoit  ledit  alarme.  Leurs  gens  de  pied  se 
mettoient  cependant  en  bataille,  et  s'ilz  se  feussent 
une  foh  rengez  tous  ensemble,  il  y  eust  eu  combat 
mortel  et  dangereux  pour  les  Ferraroys,  pour  le  gros 
nombre  qu'ilz  estoient.  Mais  deux  inconvéniens  leur 
âdvindrent  tout  à  ung  coup  ;  c'est  que  quant  ceulx 
qui  repoussoient  le  bastard  furent  à  deux  cens  pas 
loing,  rencontrèrent  le  cappitaine  Pierrepont,  qui  les 
rembarra  à  merveilles,  et  donna  dedans  eulx  fière- 
ment.  Les   Suysses  conunencèrent  à  marcher,  qui 

i .  St  ils  voisent,  et  qu'ils  aillent. 


S38  HISTOIRE   DE  BAYART 

desjà  vindrent  trouver  leurs  gens  de  pied  en  bataille, 
et  en  gros  nombre,  comme  de  cinq  à  six  mille.  ^ 
furent  lourdement  repoussez  lesdit^  Suysses,  et  eus- 
sent esté,  rompuz,  n'eust  esté  la  gendarmerie  qui  les 
secourut,  laquelle  donna  aux  ennemys  par  les  flancs. 
Cependant  vont  arriver  le  duc,  les  seigneurs  de  Mon- 
toison,  du  Lude,  de  Fontraiiles  et  le  bon  chevalier, 
avecques  leurs  gens  de  cheval  et  deux  mille  hommes 
de  pied,  qui  par  le  derrière  vont  envahir  lesditz  enne- 
mys,  de  sorte  que  tout  fut  poussé  par  terre.  Le  cap- 
pitaine  Fontraiiles  et  le  bon  chevalier  apperceurènt 
une  troppe  de  gepi^  de  cheval  en  nombre  de  trois  à 
quatre  cens,  qui  se  vouloient  ralyer  ensemble;  si 
iippellèrent  leurs  enseignes,  et  tournèrent  ceste  part  ; 
et,  en  criant  :  c  France!  France!  duc!  duc!  »  les 
chargèrent  en  façon  que  la  pluspart  alla  par  terre. 
Lesditz  ennemys  combatirent  une  bonne  heure, 
mais  enfin  perdirent  le  camp ,  et  qui  se  peut  saulver 
se  saulva»  çiais  n'y  en  eut  pas  beaucoup.  Le  duc  et 
les  Fraa^jpÂs  y  firent  une  merveilleuse  boucherie,  car 
il  mourut  plus  de  quatre  ou  cinq  mille  hommes  de 
pied,  plus  de  soixante  hommes  d'armes,  et  pl«ts  de 
trois  cens  chevaulx  prins,  ensemble  avec  leur  Jbtgage 
et  artillerie,  tellement  qu'il  n'y  ayoit  celluy  qui  ne 
feust  bien  empesché  d'emmener  son  butin.  Je  ne  sçay 
comment  les  cronicqueurs  et  historiens  n'ont  autre- 
ment parlé  de  ceste  belle  bataille  de  la  Bastide,  mais 
cent  ans  devant  n'en  avoit  point  esté  de  mieulx  com- 
batue  ne  à  plus  grant  hazard*.  Toutesfcjs  ainsi  le 


1.  Le  combat  de  la  Bastide  coûta  au  pape  environ  trois  mille 
hommes,  toute  son  artillerie  et  son  bagage,  et  décida  du  salut  da 


PAR  LE  liOYAL  SBHYITBUR.  S39 

x^nvenoit  faire,  ou  le  duc  et  les  François  estoîeut 
perduZj  lesquelz  s'en  retournèrent  glorieux  et  trium- 
pbants  dedans  la  ville,  où  ung  chascun  leur  donnoit 
louenge  inestimable.  Sur  toutes  personnes  la  bonne 
duchesse^  qui  estoit  une  perle  en  ce  monde,  leur  fîst 
singulier  recueil, -et  tous  les  jours  leur  fàisoit  bano- 
quetz  et  festins  à  la  mode  d'Ytalie  tant  beaulx  que 
merveilles.  Bien  ose  dire  que  de  son  temps  ne  beau- 
coup devant  ne  s'est  point  trouvé  de  plus  trium- 
phante  princesse;  car  elle  estoit  belle,  bonne,  doulce 
et  courtoise  à  toutes  gens.  Elle  parloit  espaignol, 
grec,  ytalien  et  Arançoys,  quelque  peu  très-bon  latin,  et 
composoit  en  toutes  ses  langues;  et  n'est  riens  si  cer- 
tain que  combien  que  son  manjj^  feust  sage  et  hardy 
prince,  ladicte  dame,  par  sa  bonne  grâce,  a  esté 
cause  de  luy  avoir  fait  faire  de  bons  et  grans  ser- 
vices. ^ 

CHAPITRE  XLV. 

Ue  la  mort  du  seigneur  de  Montoison  et  de  ptiiàieurs 
menées  que  firent  le  pape  Julles  et  le  duc  é^  ferrare 
Tung  contre  Vautre^  ou  le  bon  chevalier  se  monstra 
vertueux. 

Après  ceste  gaillarde  bataille  de  la  Bastide,  le  gentil 
seigneur  de  Montoison  ne  vesquit  guères,  car  une 
fièvre  continue  l'empoigna,  qui  ne  le  laissa  jusques 
à  la  mort.  Ce  Ait  ung  gros  tlommage,  dr)f  ftst  France 

duché  de  Ferrare.  Cette  victoire,  due  à  l'énergie  et  à  la  résolution 
de  Bayart,  e»t,  avec  le  siège  de  Mézières  dont  il  sera  question 
plus  tard,  son  plus  beau  titre  de  gloire. 
1 .  La  fameuse  Lucrèce  Boi^a. 


240  HISTOIRE  DB  BAYART 

lourde  perte.  11  avoit  esté  en  sa  vie  ung  des  acom- 
plis  gentilzhommes  qu'on  eust  sceu  trouver,  et  avoit 
fait  de  belles  choses  tant  en  Picardie,  Bretaigue, 
Naples  que  Lombardie;  c'estoit  ung  droit  esmerillon, 
vigillant  sans  cesse,  et  quant  il  estoit  en  guerre  tous- 
jours  le  cul  sur  la  selle,  au  moyen  de  quoy  estoit  à 
l'heure  de  son  trespas  fort  usé  et  cassé;  mais  tant 
proprement  et  mignonnement  se  contenoit  qu'il  sem- 
bloit  ung  homme  de  trente  ans.  De  sa  piteuse  des- 
convenue hirent  le  duc,  la  duchesse  de  Ferrare,  le 
bon  chevalier  et  tous  les  autres  cappitaines  françois 
si  très  dolens  que  merveilles  ;  mais  c'est  une  chose 
où  on  ne  peult  remédiei^ 

Le  pape  estoit  encores  à  la  Myrandolle,  que, 
quant  il  sceut  des  nouvelles  de  la  Bastide  et  de 
la  deffaicte  de  ses  gens,  cuyda  désespérer;  et 
jura  Dieu  qu'il  s'en  ven^eroit,  et  que  pour  cela  ne 
demoureroit  point  qu'il  n'allast  assiéger  Ferrare, 
à  quoy  soubdainement  vouloit  entendre;  mais  les 
cappitaines  et  gens  de  guerre  qu'il  avoit  avecques 
luy,  mesmement  le  duc  d'Urbin,  son  nepveu,  qui  eust 
bien  voulu  que  le  roy  de  France  et  luy  eussent  esté 
amys,  l'en  détournoient  tant  qu'ilz  povoient,  luy 
remonstrant  que  Ferrare,  garnye  comme  elle  estoit 
et  de  telz  cappitaines,  mesmement  du  bon  chevalier, 
à  qui  nul  ne  se  comparoit,  ne  se  prendroit  pas  aysée- 
ment,  et  que  si  son  armée  entroit  en  l'isle  pour  l'as- 
siéger, vivres  y  viendroientà  grant  peine.  Ce  conseil 
ne  trouvoit  pas  bon  le  pape,  car  cent  fois  le  jour 
disoit  :  t  Ferrare  y  Ferrare/  favrày  al  corpe  de  Diol^  > 

1.  Pour  :  V  avro,  per  il  corpo  di  Diol 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  841 

Sk  s'advisa  d'ung  autre  moyen ,  et  mist  en  son  enten- 
dement qu'il  praticqueroit  quelques  gentilzhommes  de 
la  viUe^^par  le  moyen  desquelz  il  la  pourroit  avoir, 
car  d'une  nuyt  luy  pourroient  livrer  une  porte  par 
où  ses  gens  entreroient.  11  y  envoya  plusieurs  espies 
et  avoient  dbarge  de  parler  à  aucuns  gentilzhonunes  ; 
mais  le  duc  et  le  bon  chevalier  faisoient  faire  si  bon 
guet  qu'il  n'cn-ifentroit  pas  ung  qui  ne  feust  empoigné, 
et  en  fîit  pendu  six  ou  sept.  Toutesfois  le  duc  fut  en 
souspeçon  d'aucuns  gentilzhommes  de  sa  ville,  les- 
quelz  il  fist  mettre  prisonniers,  par  adventure  à  tort, 
entre  lesquelz  fut  le  conte  Boors  GalcagnynS  qui 
avoit  logé  chez  luy  le  bon  chevalier,  qui  fut  déftplai- 
sant  de  sa  détencion;  mais  par  ce  que  les  choses 
estoient  fort  doubteuses,  ne  s'en  voulut  mesler  que 
bien  à  point.  Quant  le  pape  veit  qu'il  ne  viendroit 
point  à  ses  attainctes  par  ce  moyen,  s'advisa  d'une 
terrible  chose,  car  il  mist  en  son  entendement,  pour 
se  venger  des  François,  qu'il  praticqueroit  le  duc  de 
Ferrare.  Il  avoit  ung  gentilhonune  lodezan^,  du  duché 
de  Milan,  à  son  service,  qu'on  appelloit  messire 
Augustin  Guerlo,  mais  il  changeoit  son  nom  ;  c''estoit 
ung  grant  faiseur  de  menées  et  de  trahysons,  dont 
mal  luy  en  print  à  la  fin,  car  le  seigneur  d'Aubigny 
luy  fist  coupper  la  teste  dedans  Bresse  où  il  le  voulut 
trahir.  Ung  jour  fùst  appelle  ce  messire  Augustin  par 
le  pape,  lequel  luy  dist  :  c  Viençà  !  il  fault  que  tu 
me  faces  ung  service.  Tu  t'en  yras  à  Ferrare  devers 
le  duc,  auquel  tu  diras  que  s'il  se  veult  despescher  ^ 

1.  Bona  Galcagnini. 

2.  LMUxan,  natif  de  Lodi. 

3.  Despescher^  débarrasser. 

16 


242  HISTOIRE   DE  BAYART 

des  François  et  demourw  mon  alyé,  je  luy  bailleray 
une  de  mes  niepces^pour  son  filz  aisné,  le  quicteray 
de  toutes  querelles^  et  davantage  le  feray  confanon- 
nyer  et.  cappitaine  général  de  TÉglise.  Il  ne  fault 
sinon  qu'il  dye  aux  François  qu'il  n'a  plus  que  faire 
d'eulx  et  qu'ilz  se  retirent  ;  je  ^iiis  asseuré  qu'ilz  ne 
sçauroient  passer  en  lieu  du  monde  que  je  ne  les  aye 
à  ma  mercy,  et  n'en  eschappera  pas  ung.  >  Ce  mes- 
sager,  qui  ne  demandoit  que  telles  commissions,  dist 
qu'il  feroit  fort  bien  l'afiaire ,  et  s'en  alla  à  Ferrare 
droit  »^resser  au  duc,  qui  estoit  ung  sage  et  subtil 
prince,  et  lequel  escouta  très  bien  le  galant,  faisant 
myne  qu'il  entendroit  voulentiers  à  ce  que  le  pape  luy 
mandoit  ;  mais  il  eust  mieulx  aymé  estre  mort  de  cent 
mille  mors,  car  trop  avoit  le  cueur  noble  et  gentil. 
Bien  le  montra,  parce  que,  après  avoir  fait  faire  bonne 
chière  à  messire  Augustin,  et  icelluy  enfermé  en  une 
chambre  dedans  son  palais  dont  il  print  la  clef,  s'en 
vint  avecques  ung  gentilhomme  seulement  au  lo^s  du 
bon  chevaUer,  auquel  de  point  en  point  compta  tout 
l'affaire,  qui  se  seigna  plusieurs  fois,  et  pe  povoit 
penser  que  le  pape  eust  si  meschant  vouloir  d'achever 
ce  qu'il  mandoit.  Mais  le  duc  luy  dist  qu'il  n'estoit 
riens  si  vray,  et  que,  s'il  vouloit,  le  mectroit  bien  en 
ung  cabinet  dedans  son  palais,  où  il  entendroit  toutes 
les  parolles  que  le  galant  luy  avoit  dictes  ;  toutesfois 
il  s^voit  que  ce  n'estoit  point  mensonge  aux  en- 
seignes ^  mesmes  qu'il  luy  avoit  baillées,  mais  que 
plustost  aymeroit  estre  tout  vif  démemi^ré  à  quatre 
chevaulx  que  d'avoir  seuUement  pensé  consentir  à  une 

1.  Enseignes,  indications. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  843 

si  grande  lascheté,  remonstrant  de  combien  il  estoit 
tenu  à  la  maison  de  France  et  que  à  son  grant 
besoing  le  roy  l'avoit  si  bien  secouru.  Le  bon  cheva- 
lier disoit  :  c  Monseigneur,  il  n'est  jà  besoing  vous 
excuser  de  cela,  je  vous  congnois  assez.  Sur  mon 
âme  !  je  tiens  mes  compaignons  et  moy  aussi  asseurez 
en  ceste  vostre  ville  que  si  nous  estions  dedans  Paris,  et 
n'ay  pas  paour,  aydant  Dieu,  que  aucun  inconvénient 
nous  adviengne,  au  moins  que  ce  soit  de  vostre  con- 
sentement. —  Monseigneur  de  Bayart,  dist  le  duc,  si 
nous  faisions  une  chose?  Le  pape  veult  icy  user  d'une 
meschanceté,  il  luy  fault  donner  la  pareille.  Je  m'en 
vois  encores  parler  à  son  honmie  et  verray  si  je  le 
pourray  gaigner  et  tirer  à  ma  cordelle,  de  façon  qu'il 
nous  puisse  faû^e  quelque  bon  tour.  —  C'est  bien 
dit,  respondit  le  bon  chevalier.  »  Et  sur  ces  parolles 
s'en  retourna  le  duc  en  son  palais  tout  droit  en  la 
.cbambre  où  il  avoit  laissé  messire  Augustin  Guerlo, 
auquel  de  bieir  loing  entama  plusieurs  propos  et  de 
plusieurs  sortes,  pour  venir  à  son  poinct,  qu'il  sceut 
très  bien  faire  venir  en  jeu  quant  temps  fut,  comme 
vous  orrez,  disant  :  c  Messire  Augustin,  j'ay  pensé 
toute  oeste  matinée  au  propos  que  me  mande  le  pape, 
où  je  ne  puis  trouver  fondement  ne  grant  moyen  pour 
deux  raisons  :  l'une  que  je  ne  me  doy  jamais  fier  de 
luy,  car  il  a  dit  tant  de  fois  que  s'il  me  tenoit  qu'il 
me  feroit  mourir,  et  que  j'estoye  l'homme  vivant 
qu'il  hayoit  le  plus,  et  sçay  bien  qu'il  n'y  a  chose  en 
ce  monde  qu'il  désire  autant  que  d'avoir  ceste  ville  et 
mes  autres  terres  ;  parquoy  je  ne  voy  point  d'ordre 
que  je  deusse  avoir  seureté  en  luy;  l'autre,  que  si  je 
dis  au  seigneur  de  Bayart,  à  présent,  que  je  n'ay  plus 


844  HISTOIRE  DE  BAYART 

que  faire  de  luy  ny  de  ses  compaignons,  que  pourra-il 
penser?  Une  fois*  il  est  plus  fort  en  la  ville  que  je  ne 
suis;  peult-estre  qu'il  me  respondra  que  voulentiers 
en  advertira  le  roy  de  France  son  maistre,  ou  mon- 
seigneur le  grant  maistre,  son  lieutenant  général  deçà 
les  montz,  qui  cy  l'a  envoyé,  et  selon  leur  response 
il  verra  qu'il  aura  à  faire.  En  ces  entrefaictes  seroit 
grandement  difficile  qu'ilz  ne  congneussent  mon  fait , 
et  par  ainsi,  comme  la  raison  seroit,  comme  ung  mes- 
dbant  m'abandonneroient,  et  je  demourerois  entre 
deux  selles  le  cul  à  terre,  dont  je  n'ay  pas  besoing. 
Mais,  messire  Augustin,  le  pape  est  d'une  terrible 
nature,  comme  assez  sçavez,  colère  et  vindicatif  au 
possible,  et  quelque  chose  qu'il  vous  déclaire  de  ses 
secretz  affidrçs,  ung  de  ses  matins  vous  fera  faire 
quelque  mauvais  tour,  et  m'en  croyez.  Oultre  plus, 
s'il  vient  à  mourir,  qu'esse  que  de  ses  serviteurs?  Ung 
autre  pape  viendra  qui  n'en  retirera^  pas  ung,  et  est 
ung  très  mauvais  service  qui  ne  veult  estre  d'église« 
Vous  sçavez  que  j'ay  des  biens  et  beaucoup,  grâces  à 
Nostre-Seigneur,  si  vous  me  voulez  faire  quelque  bon 
service  et  m'ayder  à  me  deflFaire  de  mon  ennemy,  je 
vous  donneray  si  bon  présent  et  assigneray  ai  bonne 
intrade^  que  toute  vostre  vie  serez  à  vostre  aise  ;  et 
en  soyez  hardyement  asseuré.  »  Le  lasche  et  mes- 
chant  paillart  avaricieux,  quant  il  eut  entendu  le  duc 
parler,  son  cueur  mua^  soubdainement,  et  respondit 
quasi  gaigné  :    c  Sur  mon  àme!  monseigneur,  vous 

i.  Une  fois,  d'abord,  en  premier  lieu. 

2.  Retirera,  conservera. 

3.  Intrade,  revenu. 

4.  Mua,  changea. 


PAR  LE  LOYAL  ^SiVITBUR.  245 

dictes  vérité  ;  aussi  y  a-il  plus  de  six  ans  que  j'avoye 
vouloir  d'estre  à  vostre  service.  Je  vous  veulx  bien 
asseurer  qu'il  n'y  a  honune  à  l'entour  de  la  personne 
du  pape  qui  puisse  mieulx  faire  ce  que  demandez  que 
moy,  car  la  nuyt  et  le  jour  je  suis  auprès  de  luy,  et 
bien  souvent  il  prent  sa  colacion  de  ma  main,  qu'il 
n'y  a  que  nous  deux  quant  il  me  devise  de  ses  tra- 
fiques ^  Si  vous  me  voulez  bien  traicter,  devant  qu'il 
soit  huyt  jours  il  ne  sera  pas  en  vie,  et  ne  veulx  riens 
que  je  n'aye  fait  ce  que  je  vous  prometz.  Aussi,  mon- 
seigneur, je  vouldrois  bien  n'estre  point  mocqué 
après.  —  Non,  non,  dist  le  duc,  sur  mon  honneur!  » 
Si  convindrent  de  marché  devant  que  partir  de  là.  Ce 
fut  que  le  duc  luy  bailleroit  deux  mille  ducatz  con- 
tent et  cinq  cens  ducatz  d'intrade.  Ce  fait,  fut  mes- 
sire  Augustin  tousjours  bien  traicté,  que  le  duc  laissa 
en  sa  diambre,  et  retourna  devers  le  bon  chevalier 
qui  s'eâtoit  allé  esbatre  sur  les  rampars  de  la  ville  et 
s'amusoit  à  faire  nectoyer  une  canonnière^.  11  veit 
venir  le  duc,  au  devant  duquel  il  alla  ;  et  se  prindrent 
par  la  main,  et  eulx  se  promenans  sur  les  rampars 
loing  des  gens,  conmiença  le  duc  à  dire  :  c  Monsei- 
gneur de  Bayart,  il  ne  fut  jamais  autrement  que  les 
trompeurs  enfin  ne  feussent  trompez.  Vous  avez  bien 
entendu  la  meschanceté  que  le  pape  m'a  voulu  faire 
faire  vers  vous  et  les  François  qui  sont  icy ,  et  à  ceste 
occasion  m'a  envoyé  ung  homme  conune  sçavez.  Je 
l'ay  si  bien  gaigné  et  renversé  son  propos  qu'il  fera 
du  pape  ce  qu'il  vouloit  faire  de  vous,  car  dedans 


1.  Devise  de  ses  trafiques,  parle  de  ses  afiGedres. 

2.  Canonnière,  une  pièce  de  canon. 


246  HISTOIRE  DE  BAYART 

huyt  jours  pour  le  plus  tard,  m'a  asseuré  qu'il  ne 
sera  pas  en  vie.  »  Le  bon  chevalier,  qui  n'eust  jamais 
pensé  au  faict,  respondit  :  c  Gomment  cela,  monsei- 
gneur, il  a  doncques  parlé  à  Dieu  ?  —  Ne  vous  sou- 
ciez, dist  le  duc,  mais  il  en  sera  ainsi.  »  Et  tant  vin- 
drent  de  paroUe  en  paroUe  qu'il  luy  dist  que  messire 
Augustin  luy  avoit  promis  d'empoisonner  le  pape. 
Desquelles  paroUes  le  bon  chevalier  se  seigna  plus  de 
dix  fois,  et  en  regardant  le  duc  luy  dist  :  c  Hé  !  mon- 
seigneur, je  ne  croyroye  jamais  que  ung  si  gentil 
prince  comme  vous  estes  'Consentist  à  une  si  grande 
trahyson  ;  et  quant  je  le  sçauroye  de  vray,  je  vous 
jure  mon  âme  que,  devant  qu'il  feust  nuyt,  en  adver- 
tiroye  le  pape,  car  je  croy  que  Dieu  ne  pardonneroit 
jamais  ung  si  horrible  cas.  —  Gomment  !  dist  le  duc, 
il  en  a  bien  autant  voulu  faire  de  vous  et  de  moy  ;  et 
jà  sçavez-vous  que  nous  avons  fait  pendre  sept  ou 
huyt  espies.  —  Il  ne  m'en  chault ,  dist  le  bon  cheva- 
lier; il  est  lieutenant  de  Dieu  en  terre,  et  le  faire 
mourir  d'une  telle  sorte,  jamais  n^y  consentiroye.  » 
Le  duc  haulsa  les  espaulles,  et  en  crachant  contre  terre 
dist  ces  paroUes  :  c  Par  le  corps  Dieu  !  monseigneur 
de  Bayart,  je  vouldrois  avoir  tué  tous  mes  ennemys 
en  faisant  ainsi  ;  mais  puisque  ne  le  trouvez  pas  bon, 
la  chose  demouren,  dont,  si  Dieu  n'y  mect  remède, 
vous  et  moi  nous  iious  repentirons.  —  Nous  ferons 
si  Dieu  plaist,  dist  le  bon  chevalier;  mais  je  vous 
prie,  monseigneur,  baillez-moy  le  galant  qui  veult 
faire  ce  beau  chef-d'œuvre,  et  si  je  ne  le  fais  pendre 
dedans  une  heure,  que  je  le  soye  en  son  lieu.  —  Non, 
monseigneur  de  Bayart,  dist  le  duc,  je  l'ay  asseuré  de 
sa  personne,  mais  je  le  vois  renvoyer  ;  »  ce  qu'il  fist 


PAR  LE  LOYAL  SERipXUR.  847 

incontinent  qu'il  fut  retourné  à  son  palais.  Je  ne 
sçay  quant  il  fut  devers  le  pape  qu'il  fîst  ne  qu'il 
dist,  mais  il  n'exécuta  nulles  de  ses  entreprinses.  Si 
demoura-il  tousjours  à  l'entour  de  la  personne  du 
Sainct-Père,  qui  estoit  bien  marry  de  ne  povoir 
trouver  moyen  de  venir  au-dessus  de  ses  affaires.  Il 
fut  encores  quelque  temps  à  la  Myrandolle,  et  là 
à  l'entour,  puis  se  retira  à  Boulongne,  et  fîst  loger  son 
armée  es  garnisons  vers  Modène. 

Environ  ceste  saison,  le  duc  d'Urbin  son  nep- 
veu,  qui  tousjours  avoit  esié  bon  François  et  à 
qui  il  desplaisoit  à  merveilles  de  la  guerre  que  le 
ptf^e  avoit  levée  contre  le  roy  de  France,  tua  le 
Cardinal  de  Pavye,  légat  à  Boulongne,  qui  gou- 
vernoit  le  pape  entièrement,  et  lequel  fut  très  gran- 
dement courroucé;  mais  il  convint  qu'il  s'appai- 
sast.  L'occasion  pourquoy  ce  fut  :  l'on  rapporta  audit 
duc  d'Urbin  que  le  cardinal  de  Pavye  avoit  dit  au  pape 
qu'il  estoit  plus  serviteur  des  François  que  de  luy  et 
qu'il  les  advertissoit  chascun  jour  de  son  gouverne- 
ment. Cela  y  peut  bien  aider;  mais  la  principalle 
racine  estoit  que  celluy  cardinal  de  Pavye  avoit  esté 
le  premier  qui  avoit  conseillé  au  pape  de  commencer 
la  guerre.  11  en  fut  payé  en  mauvaise  monnoye*.  Je 
laisseray  ce  propos  et  parleray  de  ce  qui  advint  durant 
deux  ans  en  Ytalie. 


1.  La  véritable  cause  de  Fassassinat  de  Félix  Aiedosi,  cardinal 
de  Pavie,  par  le  duc  d'Urbin,  fut  la  révolte  de  la  ville  de  Bologne, 
qui  se  donna  aux  Français,  et  la  déroute  de  Tannée  du  pape  qui 
en  fut  la  suite.  Chacun  d'eux  rejetait  sur  Tautre  la  responsabilité 
de  cette  défaite  et  dans  une  dernière  querelle  le  duc  poignarda  le 
cardinal  en  pleine  place  de  Bavenne. 


248  msTcmiE  de  bayart 


CHAPITRE  XLVI. 

De  plîisieurs  choses  qui  advindrent  en  Ytalie 

en  deux  ans. 

Pour  ce  que  ceste  histoire  est  principallement  fon- 
dée sur  les  vertus  et  prouesses  du  bon  chevalier  sans 
paour  et  sans  reprouche,  laisseray  beaucoup  de  choses 
à  desmesler  s'ilz  ne  sont  requises  y  estre  mises  ;  tou- 
tesfois  je  veulx  en  gros  déclairer  ce  qui  advint  durant 
deux  ans  en  Ytalie  et  jusques  à  la  mort  du  bon  sei- 
gneur de  Ghaumonty  gouverneur  de  Milan,  auquel 
gouvernement  succéda  le  gentil  prince  duc  de  Ne- 
mours, Gaston  de  Foix. 

L'empereur  demanda  encores  secours  au  roy  de 
France  pour  la  conqueste  du  Fryol  que  les  Véni- 
ciens  tenoient;  c'est  ung  très  bel  et  bon  pays,  et 
par  là  entre  l'on  en  la  Germanie  par  deux  ou  trois 
endroitz,  et  par  l'ung  bout  en  l'Esclavonnie.  Sa 
demande  luy  fut  accordée,  et  escripvit  ledit  seigneur 
à  son  lieutenant  général  ledit  seigneur  de  Chaumont 
qu'il  envoyast  le  seigneur  de  la  Palisse  oudit  pays  de 
Fryol,  acompaigné  de  douze  cens  honmies  d'armes 
et  de  huyt  mille  hommes  de  pied  ;  ce  qui  fut  fait ,  et 
y  alla  avecques  tout  plain  de  gentilz  cappitaines  tant 
de  cheval  que  de  pied.  Vous  povez  penser  qu'il  ne 
laissa  pas  le  bon  chevalier  son  parfait  amy  derrière. 
Hz  trouvèrent  l'armée  de  l'empereur  à  Véronne,  si 
marchèrent  ensemble.  Pour  lors  et  en  ceste  mesme 
armée  estoit  lieutenant  pour  l'empereur  ung  gentil- 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  849 

homme  aimant,  qu'on  nommoit  messire  Georges  de 
Stin.  Ilz  entrèrent  bien  avant  et  allèrent  pour  assiéger 
Trévize  ;  mais  ilz  n'y  firent  riens,  et  aux  approches 
fut  tué  ung  gaillart  gentilhomme,  le  seigneur  de 
Loi^es,  qui  estoit  alors  lieutenant  du  cappitaine  Bon- 
net, qui  avoit  mille  hommes  de  pied ,  et  en  son  lieu 
le  ftit  ung  sien  jeune  frère  S  qui  depuis  a  fait  de  belles 
choses.  De  là  ilz  tirèrent  jusques  sur  le  bort  d'une 
rivière  qu'on  appelle  la  Pyave^  et  qui  sépare  le  Fryol 
et  le  Trévizan,  et  y  fut  dessus  fait  ung  pont  sur  ba- 
teaulx.  Le  bon  chevalier  et  le  cappitaine  de  Fontrailles 
passèrent  oultre  avecques  leurs  bendes.  Or,  depuis 
ung  peu  avoit  le  bon  chevalier  soubz  sa  charge  cent 
honunes  d'armes,  dont  le  roy  de  France  avoit  fait 
don  au  gentil  duc  de  Lorraine^,  par  condition  que  le 
bon  chevalier  les  conduyroit  conune  son  lieutenant. 
Mais  pas  mieulx  ne  demandoit  le  bon  prince,  car  en 
tout  le  monde  n'en  eust  sceu  avoir  de  meilleur.  Si 
allèrent  ces  deux  vaillans  cappitaines  avecques  quel- 
ques Almans  devant  Gradisque  et  devant  Gorisse^, 
qui  sont  sur  les  confins  de  l'Esclavonnie  ;  toutesfois 
les  Véniciens  les  tenoient.  Hz  furent  prinses  et  mises 
entre  les  mains  de  l'empereur,  et  puis  s'en  retour- 

1.  Jacques  de  Montgommery,  s'deLorges,  capitaine  des  gardes 
du  roi,  colonel  d'infanterie,  fils  de  Robert  de  Montgonjmery.  Le 
nom  de  son  frère  aine  qui  fut  tué  devant  Trévise  nous  est  inconnu. 

2.  Piave,  fleuve  qui  traverse  la  Vénétie  et  se  jette  dans  TAdria- 
tique. 

3.  Antoine,  duc  de  Lorraine,  fils  de  René  de  Lorraine  et  de 
Philippe  de  Gueldres;  il  épousa  Renée  de  Bourbon,  et  régna  de 
1508  à  1544. 

4.  Gradisca,  province  de  Gorizia,  en  Vénétie. 
Gorizia,  chef- lieu  de  la  province  de  ce  nom. 


250  HISTOIRE  DE  RAYART 

nèrent  au  camp ,  où  ilz  trouvèrent  le  seigneur  de  la 
Palisse  qui  avoit  longuement  demouré  sans  grans  choses 
faire,  par  la  mauvaise  conduicte  des  gens  de  l'empe- 
reur; et  si  jamais  povres  gens  de  guerre  n'eurent 
autant  de  mal,  car  ilz  furent  six  jours  durant  sans 
manger  pain  ne  boire  vin,  et  assez  d'autres  nécessitez 
ilz  eurent  en  ce  malheureux  voyage,  de  sorte  que  le 
roy  de  France  y  perdit  plus  de  quatre  mille  honmies 
de  pied  de  maladie  et  me8chanceté^  et  plus  de  cent 
hommes  d'armes  ;  et  entre  autres  gens  il  y  avoit  en- 
viron deux  mil  cinq  cens  Grisons  que,  quant  le  paia 
leur  faillit,  mangèrent  force  raisins,  car  c'estoît  ou 
moys  de  septembre.  Ung  flux  de  ventre  les  print,  de 
façon  qu'ilz  mouroient  cent  par  jour.  Et  Ait  une  chose 
bien  estrange  que,  des  deux  mil  cinq  cens,  quant  ilz 
retournèrent  en  leur  pays  n'estoient  que  deux.  L'ung 
fîst  le  cappitaine  et  l'autre  portoit  l'enseigne  de  ser- 
gens  de  bende  pour  faire  tenir  l'ordre  :  ilz  demou- 
rèrent  ou  Fryol.  Bref,  de  tous  les  gens  que  le  sei- 
gneur de  la  Palisse  avoit  menez  avecques  luy  n'en 
eust  sceu  mettre  de  sains  trois  cens  hommes  d'armes 
à  cheval  ne  trois  mille  honmies  à  pied.  Quant  il  veit 
ceste  malheureté^,  il  s'en  voulut  Retourner,  que  les 
gens  de  l'empereur  ne  trouvoient  pas  bon  ;  et  y  eut 
entre  eulx  de  grosses  parolles.  Toutesfois  il  s'en  vint 
jusques.à  ung  lieu  nommé  Sainct-Boniface,  c'est  le 
village  où  les  Véniciens  en  l'année  précédente  avoient 
si  longuement  tenu  leur  camp,  et  là  firent  séjour  quelque 
peu,  durant  lequel  ainsi  que  le  seigneur  du  Ru,  Bour- 


1.  Meschanceté,  misère. 

2.  Malheureté,  désastre. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  251 

guignon,  alloit  visiter  UDg  chasteau  que  luy  avoit 
donné  Tempereur,  il  fut  prins  des  Albanoys  de  la 
seigneurie  de  Venize.  On  disoit  que  le  seigneur  Mer- 
cure, qui  pareillement  estoit  audit  empereuF,  luy  avoit 
donné  ceste  trousse  *  pour  ce  qu'il  querelloit  la  place 
comme  luy.  Je  m'en  rapporte  à  ce  qu'il  en  fut. 

Le  seigneur  Jehan-Jaques,  en  ces  deux  ans,  recon- 
questa  avecques  l'armée  du  roy  de  France  la  Myrandolle, 
et  repoussa  l'armée  du  pape  jusques  devant  Boulongne, 
où  elle  fut  deflfaicte  sans  mettre  espée  en  la  main,  et 
cuyda  estre  prins  le  pape  dedans.  Jamais  ne  fut  veu  si 
grosse  pitié  de  camp,  car  tout  leur  bagaige  y  de- 
moura,  artillerie,  tentes  et  pavillons;  et  y  avoit  tel 
François  qui  luy  seul  amenoit  cinq  ou  six  hommes 
d'armes  du  pape  ses  prisonniers,  et  en  fut  ung  qui 
avoit  une  jambe  de  boys  appelle  la  Baulme  qui  en 
avoit  trois  lyez  ensemble.  Ce  fut  une  grosse  deffaicte 
et  gentement  exécutée.  Le  bon  chevalier  sans  paour 
et  sans  reprouche  y  eut  honneur  merveilleux,  car  il 
menoit  les  premiers  coureurs,  et  luy  fîst  cest  honneur, 
le  soir  de  la  deffaicte,  le  seigneur  J  ehan- Jaques ,  en 
souppant,  de  dire  que,  après  Dieu,  le  seigneur  de 
Bayart  debvoit  avoir  l'honneur  de  la  victoire.  Il  y 
avoit  beaucoup  de  vaillans  cappitaines  quant  il  pro- 
fera les  paroUes,  et  estoit  si  sage  et  vertueux  qu'il  ne 
les  eust  point  dictes  s'il  n'y  eust  eu  grande  raison^. 

1.  Trousse,  mauvais  tour. 

2.  Sire ,  écrit  Trivulce  au  roi ,  les  capitaines  Bayart ,  Fon- 
trailles,  Sainte-Goulombe,  le  s'  de  Vatillieu,  qui  sont  les  premiers 
coureurs  par  Tordre  de  vostre  camp,  ont  esté  les  premiers  qui  les 
ont  trouvez  et  qui  ont  donné  dedans  et  Monseigneur  de  Nemours 
et  nous  autres  après.  22  mai  1411  (Lettres  du  roi  Louis  XIL 
Bruxelles,  1712,  t.  Il,  p.  334). 


252  HISTOIRE  DE  BAYART 

Au  retour,  le  gentil  duc  de  Nemours  alla  veoir  le  duc 
et  la  duchesse  de  Ferrare,  où  il  fut  receu  à  graot 
joye  y  et  luy  fut  fait  force  festins  à  Tusage  du  pays, 
car  la  gentille  duchesse  en  sçavoit  trop  bien  la  ma- 
nière. Lui  estant  là,  se  fîst  un  combat  entre  deux 
Espaignolz,  que  je  vueil  bien  réciter. 


CHAPITRE  XLVII. 

Comment  deux  Espaignolz  compatirent  à  oultrance  dans 

la  ville  de  Ferrare. 

Le  jour  mesmes  que  ce  gentil  duc  de  Nemours 
arriva  à  Ferrare,  le  baron  de  Béarn  luy  dist  que,  s'il 
vouloit,  auroit  le  passetemps  de  veoir  ung  combat  à 
oultrance  de  deux  Espaignolz,  dont  Tung  s'appelloit 
le  cappitaine  Saincte-Groix,  et  avoit  esté  coulonnel 
des  gens  de  pied  du  pape,  l'autre  se  nommoit  le  sei- 
gneur Azevedo,  qui  avoit  aussi  eu  quelque  charge 
desditz  gens  de  pied.  L'occasion  de  leur  combat  estoit 
que  ledit  Azevedo  disoit  que  le  cappitaine  Saincte- 
Croix  l'avoit  voulu  faire  tuer  meschamment  et  en 
trahyson,  et  qu'il  l'en  combatroit.  L'autre  respondoit 
qu'il  avoit  menty  et  qu'il  s'en  deff endroit.  Parquoy 
estoit  venu  ledit  Azevedo  à  Ferrare  pour  soy  présen- 
ter au  duc  de  Nemours,  afïin  de  luy  faire  donner  le 
camp  ;  ce  qu'il  fîst  après  que  ledit  baron  de  Béarn  le 
luy  eut  donné  à  congnoistre.  Ainsi  Azevedo,  bien  aise 
d'estre  asseuré  du  camp,  le  manda  incontinent  à  son 
ennemy  Saincte-Groix,  qui  ne  fîst  pas  longue  de- 
moure.  En  attendant  sa  venue,  fut  dressé  le  camp 


PAR  LE  LOYAL  SERVITBUR.  853 

devant  le  palais,  et  deux  jours  après  que  fut  arrivé 
Sainte-Croix,  lequel  vint  bien  acompaigné,  car  il 
avoit  bien  càit  dhievaulx  de  compaignie,  dont  le  prin- 
cipal, et  qu'il  %voit  prins  pour  son  parrain,  estoit 
domp  Pedro  de  Goignes,  chevalier  de  Roddes  et 
prieur  de  Messine,  domp  Françoys  de  Beaumont,  qui 
peu  auparavant  avoit  laissé  le  servi<te  du  roy  de 
France  et  autres,  délibéra  parfaire  ses  armes,  et  en- 
trèrent en  camp  une  journée  de  mardy,  environ  une 
heure  après  midy.  Premier  entra  Tassaillant,  qui 
estoit  Azevedo,  avecques  le  seigneur  Fédéric  de 
Bazolo,  de  la  maison  de  GoHzagtt^  qu'il  avoit  prins 
pour  son  parrain,  et  si  ne  sçavoit  pas  encores  com- 
ment son  ennemy  ny  en  quelles  armes  il  vouloit  com- 
batre.  Toutesfois,  conmie  bien  conseillé,  s'estoit  garny 
de  tout  ce  qu'il  lu  y  estoit  nécessaire  en  honmies 
d'armes,  à  lagenète^et  à  pied  en  toutes  les  sortes  qu'il 
povoit  ymaginer  qu'on  sceust  combatre.  Peu  après 
qu'il  fut  entré,  va  devers  luy  le  prieur  "de  Messine, 
qui  fait  porter  deux  secrettes,  deux  rapières  bien 
trenchantes  et  deux  poignars,  lesquelz  il  présenta  au 
seigneur  Azevedo  pour  choisir.  Il  print  ce  qui  luy 
estoit  besoing,  et  ce  fait,  se  mist  Saincte-Groix  dedans 
le  camp.  Tous  deux  se  gectèrent  à  genoulx  pour  faire 
leurs  oraisons  à  Dieu.  Après  furent  tastez  par  les  par- 
rains, sçavoir  s'ilz  avoient  nulles  armes  soubz  leurs 
vestements.  Ge  fait,  chascun  vuyda  le  camp,  qu'il  n'y 
demoura  fors  les  deux  combatans,  leurs  deux  parrains 

■ 

1.  Frédéric  de  Gonzagae,  prince  de  Gazzolo  et  de  Bozzolo,  fils 
de  Pyrrhus  de  Gonzague  et  d'Antoinette  de  Baux.  Il  mourut  sans 
postérité. 

t.  À  la  genète,  pour  un  cavalier  armé  à  la  légère. 


25i  HISTOIRE   DE  BAYART 

et  le  bon  chevalier  saas  paour  et  sans  reprouche  qui, 
par  le  duo  de  Ferrare  et  pour  plus  Thonnorer,  aussi 
qu'il  n'y  avoit  homme  ou  monde  qui  mieiulx  s'enten- 
dist  en  telles  choses,  fut  ordonné  maistre  et  garde  du 
camp.  Le  hérault  commencea  à  faire  son  cry,  tel 
qu'on  a  acoutumé  faire  en  telz  cas  :  que  nul  ne  fist 
signe,  crachast  ou  toussast,  ne  autres  choses  dont  nul 
desditz  combatans  peust  estre  ad  visé.  Ce  fait,  mar^ 
chèrent  Tung  contre  l'autre  ;  Azevedo  en  la  main 
droicte  mist  sa  rappière  et  en  l'autre  son  poignart, 
mais  Saincte-Groix  mial  son  poignart  au  fourreau  rt 
tint  seulement  sa  rappière.  Or  vous  povez  penser  que 
k.<)ombat  estoit  bien  mortel,  car  ilz  n'avoient  nulles 
arines  sur  eulx  pour  les  couvrir.  Sagement  se  gec- 
tèrent  plusieurs  coups  ;  jt  avoient  chascun  bon  pied 
bon  œil,  et  bon  besoing  leur  estoit.  Or,  après  plu- 
sieurs coups,  Saincte-Groix  en  rua  ung  dangereux 
droit  au  visage,  que  AiÊewedo  deffendit  subtilement  de 
sa  rappière,  et  en  de^nd^t  son  coup  luy  couppa 
tout  le  haùlt  d^  la  cuysse  jusques  à  4'os,  dont  incon- 
tinent saillit  le  sang  à  grosse  habopdance.  Toutea&Hs 
que^  Sainct^^roix  cuyda  marcher  en  avant  poijpr  se 
venger,  mais  il  tumba.  Quoy  voyiuat  jpar  icelluy,  Ase- 
vedo  bien  joyeulx  s'approcha  de  soo  ennemy  en  luy 
disant  en  son  langage  :  <  Rendi4oy,  Saincte-Ooix, 
ou  je  te  tueray.  »  Mais  il  ne  respondit  riens,  ains  se 
mist  sur  le  cul,  tenant  son  espée  au  poing  et  faisant  ses 
exclamations,  délibéré  plutost  mourir  que  de  se  rendre. 
Alors  Azevedo  luy  dist  :  «  ^èvê-toy  doncques,  Saincte- 
Groix,  je  ne  te  frapperoys  jamais  ainni.  »  Aussi  il  y 
faisoit  dengeréux  comme  à  ung  homme  désespéré  ;  et 
de  grand  cueur  qu'il  avoit  se  releva,  et  marcha  deux 


PAR  LB  LOYAL   SERVITEUR.  255 

pas  en  avant  cuydant  enferrer  son  homme,  qui  recula 
ung  pas  rabatant  son  coup.  Si  tumba,  pour  la  seconde 
fois  Saincte-Croix,  quasi  le  visage  contre  terre,  et  eut 
Âzevedo  Tespée  levée  pour  luy  coupper  la  teste,  ce 
qu'il  eust  bien  fait^'il  eust  voulu;  mais  il  retira  son 
(^p.  Et  pour  ùnxt  cela  ne  se  vouloit  point  rendre 
Saîncte- Croix.  La  duchesse  de  Ferrare,  avecques 
laquelle  estoit  le  gentil  duc  de  Nemours,  le  prioit  à 
joinctes  mains  qu'il  les  fist  départir.  II  respondoit  : 
c  Madame,  je  le  vouldrois  bien,  pour  l'amour  devons, 
mais  honnestement  je  ne  puis  ne  doibz  prier  le  vainc- 
queur  contre  la  raison .  »  Saincte-Croix  perdoit  tout  son 
sang  et  si  plus  guères  y  feust  demouré,  mort  estoit 
sans  nul  remède.  Parquoy  le  prieiy^e  Messine,  qui 
estoit  son  parrain,  s'en  vint  à  Azevedo,  auquel  il  dksi  : 
c  Seigneur  Azevedo,  je  congnois  bien  au  cueur  du 
cappitaine  Saincte-Croix  qu'il  mourroit  plustost  que  se 
rendre.  Mais  voyant  qu'il  n'y  a  point  de  moyen  e&  son 
fait,  je  me  rendz  pour  luy.  »  Ainsi  demoura  victorieux. 
Si  se  mist  à  deux  genoulx  et  fort  humblement  remercia 
Nostre-Seigneur.  Incontinent  vint  ung  cyrorgien  qui 
estancha  la  playe  de  Saincte-Croix,  et  ses  gens  le 
prindrent  entre  leurs  bras  et  l'emportèrent  hors  du 
camp  avecques  ses  armes,  lesquelles  Azevedo  envoya 
demander;  mais  on  ne  les  vouloit  rendre.  Si  s'en  vint 
plaindre  au  duc  de  Ferrare  qui  le  dist  au  bon  cheva- 
lier, lequel  eut  la  commission  d'aller  dire  à  Saincte- 
Croix  que,  s'il  ne  vouloit  rendre  les  armes  comme 
vaincu,  que  le  duc  le  feroit  rapporter  dedans  le  camp, 
où  luy  seroit  sa  playe  descousue,  et  le  mettroit-on  en 
la  sorte  que  son  ennemy  l'avoit  laissé  quant  son  par- 
rain c' estoit  rendu  pour  luy.  Quant  il  veit  que  jforoe 


256  HISTOIRE  DE  BAYART 

luy  estoit,  rendit  ses  armes  au  bon  chevalier,  qui, 
comme  le  droit  le  donnoit,  les  bailla  au  seigneur  Aze- 
vedo,  lequel  avecques  trompettes  et  clérons  fut  mené 
au  logis  du  seigneur  duc  de  Nemours.  On  luy  fist 
beaucoup  d'honneur,  mais  depuis  il  en  récompensa 
mal  les  François,  qui  luy  fut  grosse  lascheté. 

Peu  de  temps  avant,  c'estoit  fait  ung  autre  combat  à 
Parme,  entre  deux  autres  Espaignolz,  l'ung  nommé  le 
seigneur  Peralte,  qui  autresfois  avoit  esté  au  service 
du  roy  de  France,  et  fut  tué  d'ung  coup  de  faulcon  au 
camp  de  la  Fosse  ^  ainsi  que  le  seigneur  Jehan-Jacques 
chassoit  l'armée  du  pape,  et  l'autre  le  cappitaine 
Âldano.  Leur  combat  fut  à  cheval,  à  la  genète,  la 
rapière,  le  poignart,  et  chascun  trois  dartz  en  la 
main  avecques  une  targuete^.  Le  parrain  de  Peralte 
fut  ung  Espaignol,  et  celluy  d'Âldano  fut  le  gentil 
cappitaine  Molart.  Il  avoit  tant  neigé  que  leur  combat 
se  fist  en  la  place  de  Parme  où  on  l'avoit  relevée,  et 
n'y  avoit  autres  barrières  que  de  neige.  Chascun  des 
deux  combatans  fist  très  bien  son  devoir,  et  enfin 
le  seigneur  de  Ghaumont,  qui  avoit  donné  le  camp, 
les  fist  sortir  en  pareil  honneur. 

Les  Véniciens  en  ce  temps  vindrent  assiéger  Vé- 
ronne,  où  estoit  le  seigneur  du  Plessys  ^  pour  le  roy 
de  France,  qui  la  tenoit  en  gaige  pour  aucuns  deniers 
qu'il  avoit  prestez  à  l'empereur;  toutesfois  ilz  n'y 


1.  FôSio,  hameau  de  la  commune  de  Goncordia,  province  de 
Modène. 

2.  Targuete,  petit  bouclier. 

3.  Jean  de  la  Barre,  8'  du  Plessis,  Véretz  et  Négron,  conseiller 
chambellan  du  roi.  Une  quittance  scellée  de  ce  personnage  existe 
Bibl.  nat.,  26118,  n»  523. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  257 

firent  riens  et  alla  levçr  le  siège  le  seigneur  de  Ghau- 
mont,  gouverneur  de  Milan.  L'armée  du  pape  et  des 
Espaignolz  vindrent  aussi  assiéger  Boulongne,  mais 
le  siège  en  fut  levé  pareillement,  et  se  retirèrent  les 
ennemys  en  la  Rommaigne. 

Quelque  temps  après,  en  ung  lieu  dit  Gonrège,  alla  de 
vieàtrespas  le  bon  seigneur  de  Ghaumont,  ce  gentil  che- 
valier qui,  par  l'espace  de  dix  ou  douze  ans,  avoit  si 
bien  gardé  la  Lombardie  à  son  maistre  le  roy  de 
France.  Ge  fut  en  son  vivant  ung  sage,  vertueux  et 
advisè  seigneur,  de  grande  vigilance,  et  bien  enten- 
dant ses  affaires.  Mort  le  prist  ung  peu  bientost,  car 
lors  de  son  trespas  n'avoit  que  trente  et  huyt  ans, 
et  si  n'en  avoit  pas  vingt  et  cinq  quant  on  luy  bailla 
le  gouvernement  de  la  duché  de  Milan.  Dieu  par  sa  grâce 
luy  face  pardon,  car  il  fut  honmie  de  bien  toute  sa 
vie  * .  Peu  après  envoya  le  roy  de  France  en  Ytalie  le 
seigneur  de  Longueville  son  lieutenant  général,  lequel 
fist  faire  nouvel  serment  à  tous  ceulx  qui  tenoient  les 
villes  et  places  du  duché  de  Milan  au  roy  son  maistre, 
et  à  sa  fille  aisnée  madame  Glaude  de  France.  Il  y 
demoura  quelques  jours,  puis  s'en  retourna.  Et  ne 
tarda  guèrcs  après  que  ce  gentil  duc  de  Nemours  ne 


i .  Le  maréchal  de  Ghaumont  mourut  à  Correggio  le  i  i  février 
1511,  c'est-à-dire  au  moment  où  se  livrait  la  bataille  de  la  Bas- 
tide dont  il  a  été  question  au  chap.  xliv.  Le  Loyal  serviteur, 
ainsi  que  nous  Tavons  déjà  fait  remarquer,  ne  professe  pas  tou- 
jours un  grand  respect  pour  la  chronologie.  Nous  n'insisterons 
pas  sur  Texagération  des  éloges  quMl  prodigue  assez  mal  à  pro- 
pos à  ce  médiocre  homme  de  guerre,  auteur  principal  du  peu 
de  succès  des  armes  françaises  en  Italie.  Charles  d'Amboise, 
maréchal  de  Ghaumont,  ûls  de  Charles  d'Amboise  et  de  Cathe- 
rine de  Chauvigny,  avait  épousé  Jeanne  Malet,  dame  de  Graville. 


258  HISTOIRE  DE  BAYART 

fèust  lieutenant  générai,  en  Is^  sorte  que  l'estoit  ledit 
feu  seigneur  de  Ghaumont^  Il  ne  demoura  guères  en 
oest  estât,  car  mort  le  surprint,  qui  fut  gros  dommage 
à  toute  gentillesse  ^ . 

Sur  la  fin  de  Tannée  mil  cinq  cens  et  unze,  et 
vers  Noël,  descendit  une  grosse  troppe  de  Suysses, 
au-devant  desquelz  fut  ledit  duc  de  Nemours  et 
quelque  nombre  de  gens,  mais  il  n'estoit  pas  puis- 
sant pour  les  combatre  à  la  campaigne  parce  que  la 
pluspart  de  ses  gens  estoient  es  garnisons  forcées, 
comme  Véronne,  Boulongne  et  autres.  Ghascun  jour 
se  faisoit  des  escarmouches,  toutesfois  les  François 
rembarrez  jusques  dedans  Milan,  où  le  jour  mesme  le 
seigneur  de  Gonty,  cappitaine  de  cent  hommes 
d'armes,  alla  faire  une  course  en  laquelle  il  n'eut  pas 
du  meilleur,  car  il  perdit  huyt  ou  dix  hommes  d'armes 
et  fut  si  fort  blessé  de  façon  que  en  la  ville  de  Milan 
mourut  le  lendemain.  Le  bon  chevalier  sans  paour  et 
sans  reprouche,  son  grant  compaignon  et  ami,  le 
vengea  bien ,  car  il  fut  aux  champs  et  defïist  cinq  cens 
Suysses  au  lieu  mesmes  où  receut  les  coups  de  la  mort 
icelluy  seigneur  de  Gonty.  Quelques  jours  furent  les 
Suysses  devant  Milan  ;  mais  vivres  leur  faillirent,  par- 
quoy  furent  contrainctz  venir  à  quelque  appoincte- 
ment  et  eulx  enretourner.  Ledit  appoinctement  se 
fist  par  leur  cappitaine  général  et  qui  les  avoit  amenez, 
que  Ton  nommoit  le  baron  de  Sacz  avecques  le  duc  de 
Nemours  en  ung  lieu  près  Milan  dit  Sainct-Ange. 
Lesditz  Suysses  s'en  retournèrent,  noaîs  ceste  des- 
cente fist  gros  dommage  en  la  duché,  car  ilz  bruslèrent 

4.  Gentill^se,  noblesse. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  259 

quinze  à  vingt  gros  villages.  Peu  après  s'en  alla  ledit 
duc  de  Nemours,  parce  qu'il  entendit  que  l'armée 
d'Espaigne  approchoit  Boulongne  pour  l'assiéger,  en 
ung  village  près  de  Ferrare  nonuné  le  Fynal*  où  il 
assembla  toute  l'armée  et  la  logea  là  à  l'entour'.  Ainsi 
que  ladicte  armée  marchoit  droit  à  ce  Fynal,  passa 
le  noble  duc  de  Nemours  par  une  petite  ville  appellée 
Garpy^,  avecques  la  pluspart  des  cappitaines,  mesme- 
ment  ceulx  en  qui  plus  se  fîoit  et  qu'il  aymoit  le 
mieulx.  Il  y  séjourna  deux  jours  et  y  fut  fort  bien  receu 
avecques  sa  compaignie  du  seigneur  de  la  ville,  qu'on 
estimoit  homme  de  grant  sçavoir  tant  es  lettres 
grecques  que  latines.  Il  estoit  cousin  germain  de 
Piccus  Myrandula*,  et  luy  s'appelloit  Albertus  Myran- 
dula,  conte  de  Garpy.  Il  souppa  le  soir  de  l'arrivée 
dudit  duc  de  Nemours  avecques  luy  et  les  cappitaines 
françois,  où  il  y  eut  plusieurs  devis,  et  entre  autres 
d'ung  astrologue  que  aucuns  autres  appelloient  devyn, 
lequel  estoit  en  ceste  ville  de  Carpy,  et  que  c^estoit 
merveilles  ce  qu'il  disoit  des  choses  passées  sans  en 
avoir  jamais  eu  congnoissance,  et  encores,  qui  plus 
fort  estoit,  parloit  des  choses  à  venir.  Il  n'est  riens 
si  certain  que  tous  vrais  chrestiens  doivent  tenir  qu'il 
n'y  a  que  Dieu  qui  sache  les  choses  futures  :  mais 
.cest  astrologue  de  Garpy  a  dit  tant  de  choses  et  à  tant 
de  sortes  de  gens  qui  depuis  sont  advenues,  qu'il  a  mis 
beaucoup  de  monde  en  resverie. 

1-  Finale  nelV  Emilia,  province  de  Ferrare. 

2.  Le  duc  de  Nemours  avait  avec  lui  quinze  cents  lances,  huit 
mille  fantassins  français  et  six  mille  lansquenets. 

3.  Carpi,  province  de  Modène. 

4.  Le  célèbre  Pic  de  la  Mirandole. 


260  HISTOIRE   DE   BAYART 

Quant  le  gentil  duc  de  Nemours  en  eut  ouy  parler, 
ainsi  que  jeunes  gens  appètent*  de  veoir  choses  nouvelles, 
pria  au  conte  qu'il  Tenvoyast  quérir,  ce  qu'il  fist  ;  et  vint 
incontinent.  Il  povoit  estre  de  l'aage  de  soixante  ans  ou 
environ,  homme  sec  et  de  moyenne  taille.  Le  duc  de 
Nemours  luy  tendit  la  main,  et  en  ytalien  luy  demanda 
comment  il  se  portoit;  il  lui  respondit  très-honneste- 
ment.  Plusieurs  propos  furent  tenuz;  et  entre  autres 
luy  fut  demandé  par  le  seigneur  de  Nemours  si  le 
vis-roy  de  Naples  et  les  Espaignolz  attendroient  la 
bataille.  Il  dist  que  ouy,  et  que  sur  sa  vie  elle  seroit 
le  vendredy-sainct  ou  le  jour  de  Pasques,  et  si  seroit 
fort  cruelle.  Il  luy  fut  demandé  qui  la  gaigneroit  ;  il 
respondit  ses  propres  motz  :  «  Le  camp  demourera 
aux  François,  et  y  feront  les  Espaignolz  la  plus  grosse 
et  lourde  perte  qu'ilz  firent  cent  ans  a;  mais  les 
François  n'y  gaigneront  guères,  car  ilz^  perdront 
beaucoup  de  gens  de  bien  et  d'honneur,  dont  ce  sera 
dommage.  »  Il  dist  merveilles.  Le  seigneur  de  la 
Palisse  luy  demanda  s'il  demoureroit  point  à  ceste 
bataille  ;  il  dist  que  nenny,  qu'il  vivroit  encores  douve 
ans  pour  le  moins,  mais  qu'il  mourroit  en  une  autre 
bataille;  «utant  en  dist-il  au  seigneur  d'Imbercourt, 
et  au  cappitaine  Richebourg  ^  qu'il  seroit  en  -  grant 
dangier  d'estre  tué  de  fouldre.  Brief,  il  n'y  eut  guères 
de  gens  en  la  compaignie  qu'ilz  ne  s'enquissent  de 
leur  affaire.  Le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans 
reprouche  estoit  présent  qui  s'en  ryoit,  et  le  gentil 
duc  de  Nemours  luy  dist  :   <  Monseigneur  de  Bayart, 


i.  Àppètent,  désirent. 

2.  Louis  de  Richebourg,  s'  de  Bergères. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  261 

^* 

mon  amy,  je  vous  prie,  demandez  ung  peu  à  nostre 
maistre  que  ce  sera  de  vous.  —  Il  ne  fault  pas,  res- 
pondit-il,  que  je  le  demande,  car  je  suis  asseuré  que 
ce  ne  sera  jamais  grant  chose;  mais  puisqu'il  vous 
plaist,  je  le  vueil  bien.  »  Et  commença  à  dire  à 
l'astrologue  :  t  Monsieur  nostre  maistre,  je  vous  prie, 
dictes-moy  sy  je  seray  une  fois  grant  riche  homme.  * 
Il  respondit  :  «  Tu  seras  riche  d'honneur  et  de  vertu 
autant  que  cappitaine  fut  jamais  en  France,  mais  des 
biens  de  fortune  tu  n'en  auras  guères,  aussi  ne  les 
cherches-tu  pas;  et  si  te  veulx  bien  adviser  que  tu 
serviras  ung  autre  roy  de  France  après  cestuy-cy  qui 
règne  et  que  tu  sers,  lequel  t'aymera  et  estimera 
beaucoup  ;  mais  les  envieux  t'empescheront  qu'il  ne 
te  fera  jamais  de  grans  biens,  ne  ne  te  mettra  pas  aux 
honneurs  que  tu  auras  méritez;  toutesfois  croy  que 
la  faulte  ne  procédera  pas  de  luy.  —  Et  de  ceste 
bataille  que  dictes  estre  si  cruelle,  en  eschapperay-je  ? 
—  Ouy,  dist-il,  mais  tu  mourras  en  guerre  dedans 
douze  ans  pour  le  plus  tart,  et  seras  tué  d'artillerie, 
car  autrement  n'y  finerois-tu  pas  tes  jours,  parce  que 
tu  es  trop  avmé  de  ceulx  qui  sont  soubz  ta  charge, 
qui  pour  mourir  ne  te  laisseroient  pas  en  péril.  » 
Brief,  ce  fut  une  droicte  farce  des  propos  que  chascun 
luy  demanda.  Il  voyoit  qu'entre  tous  les  cappitaines 
le  duc  de  Nemours  faisoit  grande  privaulté  au  seigneur 
de  la  Palisse  et  au  bon  chevafier  ;  il  les  tira  tous  deux 
à  part  et  leur  dist  en  son  liangaige  :  <  Messeigneurs, 
je  voy  bien  que  vous  aymez  fort  ce  gentil  prince  icy, 
lequel  est  vostre  chief  ;  aussi  le  mérite-il  bien,  car  sa 
face  à  merveilles  démonstre  sa  bonne  nature.  Donnez- 
vous  garde  de  luy  le  jour  de  la  bataille,  car  il  est 


268  msTomE  de  bayart 

pour  y  demourer.  S'il  en  eschappe  ce  sera  ung  des 
grans  et  eslevés  personnages  qui  jamais  sortist  de 
France ,  mais  je  trouve  grosse  difficulté  qu'il  en  puisse 
escbapper;  et  pour  ce  pensez-y  bien,  car  je  veulx 
que  vous  me  trenchez  la  teste  si  jamais  honmie  fut  en 
si  grant  hazart  de  mort  qu'il  sera.  »  Hélas  !  mauldit 
soit  l'heure  de  quoy  il  dist  si  bien  vérité.  Le  bon 
prince  de  Nemours  leur  demanda  en  soubzriant  : 
€  Qu'esse  qu'il  vous  dit,  Messeigneurs?  »  Le  bon  che- 
valier respondit,  qui  changea  de  propos  :  <  Monsei- 
gneur, c'est  monseigneur  de  la  Palisse  qui  luy  fait 
une  question,  sçavoir  mon^  s'il  est  autant  aymé  de 
Reflfuge^  que  Viverolz*  ;  il  luy  dit  que  non,  dont  il  n'est 
pas  fort  content.  »  De  ce  joyeulx  propos  se  print  à 
rire  Monseigneur  de  Nemours  qui  n'y  pensa  autre- 
ment. 

Sur  ces  entrefaictes  arriva  ung  adventurier  en 
la  compaignie  qu'on  disoit  estre  gentil  compaignon, 
mais  assez  vicieux,  qu'on  appelloit  Jacquyn  Gaumont, 
et  portoit  quelque  enseigne  es  bendes  du  cappitainc 
Molart.  Il  se  voulut  faire  de  feste  conmie  les  autres, 
et  vint  à  l'astrologue  qu'il  tira  à  part,  et  conmiença  à 
luy  dire  :  «  Viençà,  bougre,  dy  moy  ma  bonne  adven- 
ture.  »  L'autre  se  sentit  injurié,  et  respondit  en 
homme  courroucé  :  t  Va,  va,  je  ne  te  diray  riens,  et 
si  as  menty  de  ce  que  tu  me  dis.  »  11  y  a  voit  beau- 

1 .  Sçavoir  mon,  c'est  à  savoir. 

2.  Nous  n'avons  pa  découvrir  quelle  était  cette  dame  ou  cette 
demoiselle  du  RefTuge,  objet  de  cette  plaisanterie  de  Bayard  à 
regard  de  la  Palisse,  qui  ne  devait  plus  être  de  la  première 
jeunesse. 

3.  Jacques  d'Alègre,  s' de  Viverols,  tué  à  la  bataille  de  Ravenne. 
U  était  fils  d'Yves  d'Alègre. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  263 

coup  de  gentilzbommes  en  présence,  lesquelz  dirent  à 
Jacquyn  :  <  Gappitaine,  vous  avez  tort;  vous,  voulez 
tirer  du  passe-temps  de  luy  et  luy  dictes  injure.  » 
Alors  il  revint  peu  à  peu  et  parla  beaucoup  plus  doul- 
cement,  en  luy  disant  :  <  Maistre,  mon  amy,  si  j'ay 
dit  quelque  folle  parolle,  je  te  prie,  pardonne-moy.  i 
Il  fîst  tant  qu'il  le  rapaisa,  et  puis  luy  monstra  sa  main, 
car  ledit  astrologue  regardoit  le  visaige  et  les  mains. 
Quant  il  eut  veue  celle  de  Jacquyn,  il  luy  dist  en  son 
langaige  :  c  Je  te  prie,  ne  me  demandes  riens,  car  je 
ne  te  diroye  chose  qui  vaille,  i  Toute  la  compaignie 
qui  estoit  là  se  print  à  rire,  et  Jacquyn,  bien  marry 
de  ce  que  les  autres  ryoient,  dist  encores  à  l'astro- 
logue :  «  C'est  tout  ung,  dis-moy  que  c'est.  Je  sçay 
bien  que  je  ne  suis  pas  cocu,  car  je  ne  n'ay  point  de 
fenmie.  »  Quant  il  se  veit  ainsi  pressé,  il  luy  dist  : 
€  Veulx-tu  sçavoir  de  ton  affaire?  —  Ouy,  dist  Jacquyn. 
Or,  pense  doncques  à  ton  ame  de  bonne  heure,  dist 
l'astrologue,  car  devant  qu'il  soit  trois  moys,  tu  seras 
pendu  et  estranglé.  i  Et  de  rire  par  les  escoutans  de 
plus  belle,  lesquelz  n'eussent  jamais  pensé  que  le  cas 
adviensist;  car  il  n'y  avoit  nulle  apparence,  pour  ce 
qu'il  estoit  en  crédit  parmy  les  gens  de  pied,  et  aussi 
qu'ilz  pensoient  que  le  maistre  l'eust  dit  pour  ce  que 
Jacquyn  l'avoit  du  conunencement  injurié  ;  mais  il  ne 
fut  riens  si  vray.  Et  comme  on  dit  en  ung  conmiun 
proverbe  :  «  Qui  a  à  pendre  ne  peult  noyer.  »  Je  vous 
diray  ce  qui  advint  de  luy.  Deux  ou  trois  jours  après 
que  le  duc  de  Nemours  fut  arrivé  au  Fynal,  qui  est 
ung  gros  village  au  millieu  duquel  passe  ung  canal, 
qui  va  cheoir  au  Pau  assez  parfond,  et  y  avoit  ung 
pont  de  boys  pour  aller  d'ung  costé  à  l'autre,  de  jour 


264  HISTOIRE  DE   BAYART 

en  jour,  en  ce  canal  arrivoient  plus  de  cent  barques 
qui  venoient  de  Ferrare,  et  apportoient  toutes  ma- 
nières de  victuailles  aux  François.  Ung  jour  par 
adventure  que  Jacquyn  eut  bien  souppé,  vint  environ 
neuf  heures  de  nuyt,  à  force  torches  et  tabourins  de 
Suysse,  au  logis  de  monseigneur  de  Moulart,  son  cap- 
pitaine,  armé  de  toutes  pièces,  et  monté  sur  ung  fort 
beau  coursier,  en  ordre  comme  ung  Sainct-Georgés, 
car  de  sa  soulde  ou  du  pillage  il  estoit  très  bien  vestu,  et 
avoit  trois  ou  quatre  grans  chevaulx,  esp^ant  que  après 
la  guerre  faillie  se  mettroit  des  ordonnances*.  Quant 
monseigneur  de  Molart  le  veit  en  ceste  sorte  et  veu  l'heure 
que  c'estoit  se  print  à  rire,  congnoissant  bien  que  le 
malvesye^  luy  avoit  quelque  peu  troublé  le  cerveau. 
Si  luy  dist  :  <  Gomment,  cappitaine  Jacquyn,  voulez- 
vous  laisser  la  picque?  —  Nenny  non,  dîst-il,  monsei- 
gneur ;  mais  je  vous  supplie,  menez-moy  au  logis  de 
monseigneur  de  Nemours,  et  que  devant  luy  il  me 
voye  rompre  ceste  lance  que  je  tiens,  afin  qu'il  ait 
congnoissance  si  ung  saulte-buysson  ne  courra  pas 
ung  boys  aussi  bien  que  ung  haridelle^.»  Le  cappitaine 
Molart  congneut  bien  que  la  matière  valloit  bien  venir 
jusques  à  la  fin,  et  que  le  seigneur  duc  de  Nemours  et 
toute  la  compaignie  s'en  pourroit  resjouyr.  Si  mena 
Jacquyn,  qui  passa  tout  à  cheval  pardessus  ce  pont 
de  boys  qui  traversoit  le  canal,  car  les  gens  de  pied 
estoient  logez  d'ung  costé  et  les  gens  de  cheval  de 
l'autre.  Or,  venu  qu'il  feust  devant  le  logis  du  prince 

1.  Dans  la  gendarmerie  du  roi. 

2.  Le  Malvesye,  le  vin  de  Malvoisie. 

3.  C'est-à-dire  si  un  fantassin  ne  fournira  pas  aussi  bien  une 
course  à  la  lance  qu'un  cavalier. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  S65 

duc  de  Nemours  9  qui  deapjè  en  estoit  adverty,  et  des- 
cendu de  sondit  logis,  ensemble  la  compaignie  qui 
estoit  avecques  luy  pour  en  avoir  le  passe-temps, 
quant  ilz  furent  sur  la  rue^  Jacquyn  mieulxgamy  de  vin 
que  d'autres  choses,  avecques  force  torches,  en  sorte 
qu'on  y  voyoit  conmie  en  plein  midy,  se  mist  sur  les 
rencs.  Lors  le  duc  de  Nemours  luy  e^rie  :  c  Cappi- 
taine  Jacquyn,  esse  pour  l'amour  de  vostre  dame  ou 
pour  l'amour  de  moy  que  voulez  rompre  ceste  lance  ?> 
Il  respondit,  en  parlant  de  Dieu  à  la  mode  des  aven- 
turiers, que  c'estoit  pour  l'amour  de  luy,  et  qu'il 
estoit  homme  pour  servir  le  roy  à  pied  et  à  cheval. 
Si  baissa  la  veue  et  fist  sa  course  tellement  quellement, 
mais  il  ne  sceut  rompre  sa  lance.  Il  recourut  encores 
ung  coup,  mais  il  en  fist  autant,  puis  la  tierce  et  quarte 
fois.  Quant  on  veit  qu'il  ne  faisoit  autre  chose,  il 
fascha  la  compaignie  et  le  laissa-on  là.  Bien  ou  mal 
fait  par  luy,  se  mist  au  retour  à  son  logis  le  beau  pas. 
Il  avoit  fort  eschauffé  son  cheval,  et  de  sorte  qu'il 
aQoit  tousjours  saultelant,  joinct  aussi  qu'il  ne  le 
menoit  guères  bien,  luy  donnant  de  l'espron  sans 
propos,  de  façon  que,  quant  il  fut  sur  ce  pont  de 
boys,  le  chatoilloit  tousjours.  Il  avoit  ung  peu  plu- 
vyné  * ,  de  sorte  que  en  faisant  par  le  cheval  ung  petit 
sault  les  quatre  piedz  luy  vont  fouyr^,  et  tumbèrent 
honmie  et  cheval  dedans  le  canal,  où  pour -le  moins  y 
avoit  demy-lance  d'eaue.  Ceulx  qui  estoient  de  sa 
compaignie  s'escrièrent  :  t  A  l'ayde  !  à  l'ayde  !  >  D'en 
hault  ne  luy  povoit-on  donner  secours,  car  ce  canal 


i.  Pluviner,  pleuvoir. 

2.  Les  quatre  pieds  luy  vont  fouyr,  il  manqua  des  quatre  pieds. 


266  HISTOIRE  DE  BAYART 

estoit  tait  comme  ung  fossé  6  fons  de  cuve  ;  et  sans  le 
grant  nombre  de'  barques  qui  estoient  là,  on  n'en  eust 
veu  jamais  pied  ne  main.  Le  cheval  se  deffist  de  son 
homme  et  nagea  plus  de  demy  quart  d'heure  avant 
qu'il  sceust  trouver  moyen  d'eschapper.  Enfin  il  se 
trouva  à  ung  lieu  qu'on  avoit  baissé  pour  abreuver 
les  chevaulx  et  se  saulva.  Le  cappitaine  Jacquyn,  le 
vaillant  honmie  d'armes,  grenoilla  en  l'eaue  longue- 
ment; mais  enfin,  comme  par  miracle,  fut  saulvé  et 
pesché  par  ceulx  qui  estoient  es  barques,  mais  plus 
mort  que  vif.  Incontinent  fut  désiourmé  et  pendu  par 
les  piedz,  où  en  peu  de  temps  gecta  par  la  bouche 
deux  ou  trois  seaulx  d'eaue,  et  fut  plus  de  six  heures 
sans  parler.  Toutesfois  les  médecins  de  monseigneur 
de  Nemours  le  vindrent  veoir,  et  fut  si  bien  secouru 
que  dedans  deux  jours  fut  aussi  sain  et  gaillart  que 
jamais.  II  ne  fault  pas  demander  si  de  ses  compai- 
gnons  aventuriers  fut  mocqué  à  double  cariQon.  Car 
l'ung  luy  disoit  :  <  Hé!  cappitaine  Jacquyn,  vous 
souviendra-il  une  autresfois  de  courir  la  lance  à  neuf 
heures  de  nuyt  en  y  ver.  >  L'autre  luy  disoit  :  «  Il 
vault  encores  mieulx  estre  saulte-buysson  que  hari- 
delle ;  on  ne  tumbe  pas  de  si  hault.  >  Brief  il  fiit  mené 
conune  il  luy  appartenoit,  mais  cela  ne  me  fait  point 
tant  esmerveiDer  comme  de  ce  qu'il  se  saulva  de 
dedans  ce  canal  et  armé  de  toutes  pièces,  et  c'est  ce 
qui  m'a  fait  mettre  cest  incident  en  ceste  histoire  à 
propos  de  l'astrologue  de  Carpy  qui  luy  avoit  dit  qu'il 
seroit  pendu  et  estranglé,  comme  il  fut  le  mardy 
d'après  Pasques  ensuyvant  qu'avoit  esté  la  furieuse 
journée  de  Ravenne,  comme  vous  orrez. 

Estant  ce  gentil  duc  de  Nemours  au  Fynal,  attendant 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  267 

tousjours  quelques  nouvelles  des  ennemys,  se  partit  une 
journée  entre  les  autres,  et  alla  visiter  le  duc  et  la  du- 
chesse de  Ferrare  en  leur  ville,  lesquelz  s'ilz  luy  avoient 
fait  bonne  chière  par  le  passé,  encores  la  luy  firent-ilz 
meilleure.  Il  y  demoura  cinq  ou  six  jours  en  joyeulx  et 
honnestes  passe-temps,  et  en  rapporta  les  couleurs  de 
la  duchesse,  qui  estoient  de  gris  et  noir,  et  puis  s'en 
retourna  en  son  camp  où  il  eut  certaines  nouvelles 
que,  sans  secourir^  la  ville  de  Boulongne,  elle  et  ceulx 
qui  estoient  dedans  s'en  alloient  perduz;  parquoy 
assembla  tous  les  cappitaines  pour  y  adviser  :  si  fut 
conclud  qu'on  yroit  lever  le  siège.  Il  faisoit  assez  mau- 
vais chevaucher,  conmie  en  la  fin  du  moys  de  jan- 
vier ;  toutesfois  il  partit  du  Fynal  et  print  son  chemin 
droit  à  Boulongne  où  durant  son  voyage  advint  ung 
gros  inconvénient,  car  la  ville  de  Bresse  fut  reprinse 
par  les  Véniciens,  conmie  vous  entendrez. 


CHAPITRE  XLVIII. 

Comment  messire  André  Grity  providadour  de  la  sei- 
gneurie de  Venise  y  par  le  moyen  du  conte  Loys 
Advogadre^y  reprint  la  ville  de  Bresse. 

Les  Véniciens  taschoient  tous  les  jours  entre  autres 
choses  de  trouver  le  moyen  à  remettre  la  ville  de 
Bresse  entre  les  mains  de  la  Seigneurie,  qui  est  une 
des  belles  citez  de  l'Europe,  des  plus  fortes,  et  gar- 

1 .  Sans  secourir,  si  on  ne  secourait  pas. 

2.  Le  texte  porte  ici  et  ailleurs  Adnogadre,  ce  qui  est  évidem- 
ment une  faute  d'impression. 


268  HISTOIRE  DE  BAYÂRT 

nye  de  tous  vivres  que  Ton  sçauroit  souhaiter  pour 
nature  substanter.  Dedans  icelle  sourdent  tant  de 
belles  fontaines  que  c'est  ung  droit  paradis  terrestre. 
Il  y  a  trois  vallées  qui  viennent,  entre  les  mon- 
taignes,  eulx  joindre  à  ladicte  ville,  dont  Tune  vient 
des  Almaignes,  et  les  deux  autres  d'entre  le  Fryol  et 
Venize,  et  s'appellent  la  val  Gamonegue,  la  val  Tro- 
pye,  la  val  Zobye^  et  par  l'une  de  ces  trois  se  peult 
tousjotirs  donner  secours  à  la  ville,  laquelle  estoit 
garnye  de  gens  du  roy  de  France ,  et  en  estoit  pour 
lors  gouverneur  le  seigneur  du  Ludde,  et  cappitaine 
du  chasteau  ung  gentilhomme  du  pays  des  Bascoz  ^, 
nommé  Herigoye.  La  grande  voulenté  qu'avoient  les 
Véniciens  de  reprendre  Bresse  n' estoit  pas  fondée 
sans  raison,  car  par  là  affamoient  ceulx  qui  estoient 
dedans  Véronne,  et  faisoient  barbe  à  ceulx  qui  voul- 
droient  partir  de  Milan  pour  leur  en  faire  porter; 
mais  ilz  ne  p'ovoient  trouver  moyen  de  la  ravoir,  ny 
aussi  surprendre  ceulx  qui  la  gardoient,  sans  avoir 
intelligence  dedans  à  quelque  gros  personnage.  Et 
combien  que  les  habitans  fussent  bons  à  Sainct-Marc, 
personne  ne  s'osoit  aventurer  parce  que  le  feu  sei- 
gneur de  Conty  et  le  bon  chevalier,  pour  une  sur- 
prise qui  leur  cuyda  estre  faicte  peu  de  temps  devant, 
avoient  fait  coupper  la  teste  à  ung  des  plus  apparens 
de  la  ville  et  de  la  plus  grosse  maison  nommé  le  conte 
Jehan-Marie  de  Martinango^,  qui  en  estoit  le  chef,  et 
plusieurs  autres  furent  confinez  en  France;  toutesfois 
le  dyable,  ennemy  de  tout  repos  huoiain,  voulut  user 

1.  Valu  Camonica,  valle  Trompia  et  valle  Sabbia. 

2.  Bascoz,  basques  ou  gascons. 

3.  Jean-Marie  Martinengo,  d'une  noble  famille  de  Lombardie. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  269 

de  sa  sdehce  et  va  semer  une  discention  en  lâBcte 
ville,  entre  deux  grosses  maisons,  l'une  de  Cambre  * 
et  Tautre  Advogadre  ;  mais  celle  de  Gambre  estoit 
beaucoup  plus  favorisée  des  François.  Ung  jour  s'es- 
meut  ung  débat  entre  deux  des  enfans  du  conte  de 
Gambre  et  du  comte  Loys  Advogadre,  de  sorte  que 
celluy  de  Gambre,  qui  estoit  bien  acompaigné,  blessa 
oultrageusement  l'autre .  Ledit  conte  Loys  Advogadre 
ne  s'en  feust  sceu  venger,  car  bi  force  n'estoit  pas . 
sienne  en  la  ville,  si  s'en  estoit  venu  à  Milan.  Aucun 
temps  avoit  esté  devers  le  duc  de  Nemours  pour  en 
avoir  la  justice  et  réparation.  Le  bon  prince  Je  vou- 
loit,  et  conmianda  conmiissions  pour  en  faire  Tinfor- 
mation  affin  de  rendre  à  chasçun  son  droit.  Je  ne  sçay 
comment  il  alla,  mais  enfin  n'en  eut  autre  chose; 
parquoy,  comme  honmie  injurié  à  \0fi.y  sans  en  pou- 
voir avoir  raison,  se  désespéra,  et  délibéra  de  re- 
totu^ner  à  son  naturel  ;  et  faisant  semblant  d'aller  huyt 
ou  dix  jours  à  une  sienne  possession,  s'en  va  jusques 
à  Yenizèf^devers  le  duc  et  la  Seigneurie,  les  induyre  à 
regaigner  et  remettre-en^^  leurs  mains  la  bonne  ville 
de  Bresse,  et  de  ce  leiir  bailla  les  moyens  qu'il  falloit 
tenir,  qui  pour  l'heure  sprtirent  à  bon  effect.  S'il  fut 
le  bien  venu,  ne  fault  pas  demander,  car  ladicte  ville 
de  Bresse  estoit  la  fillole  de  Sant-Marco.  Il  fut  festoyé 
trois  ou  quatre  jours  comme  ung  roy  ;  durant  lequel 
temps  prindrent  conclusion  en  leijr  affaire ,  et  luy  fut 

i.  Jean-François  Gambara,  comte  de  Pratelbuino,  abandonna 
le  parti  des  Vénitiens  après  la  bataille  de  Ghiara  d'Adda,  pour 
sauver  Brescia,  sa  patrie,  des  rigueurs  de  la  guerre. 

Le  cbef  de  la  faction  opposée  se  nommait  Louis  Avogaro  ;  il 
paya  de  sa  tête  sa  révolte. 


270  HISTOIRE  DE  BÂYART 

promis,  au  jour  par  eulx  prins  et  assigné,  qu'il  n'y 
auroit  nulle  faulte  que  messire  André  Grit  ne  se 
trouvast  devant  la  ville  avecques  sept  ou  huyt  nulle 
hommes  de  guerre,  sans  les  villains  des  montaignes 
qui  descendroient,  et  que  cependant  il  allast  gaigner 
gens  en  la  ville  et  faire  ses  préparatifis.  Il  s'en  vint,  et 
secrètement  gaigna  et  tira  à  sa  cordelle  la  pluspart 
des  habitans;  le  seigneur  du  Ludde  ne  se  fioit  pas  trop 
en  eulx,  et  faisoit  chascun  jour  bon  guet,  mais  il  estoit 
bien  mal  acompaigné  pour  se  deffendre  contre  la 
commune  s'ilz  eussent  eu  mauvais  vouloir,  comme 
tous  eurent  ou  la  pluspart;  car  cinq  ou  six  jours 
après,  à  ung  matin,  au  point  du  jour,  vindrent  les 
Véniciens  à  une  des  portes  qu'ilz  trouvèrent  gamye 
de  gens  pour  la  deffendre  :  si  firent  sonner  l'alarme. 
Le  seigneur  du  Ludde  se  mist  incontinent  en  ordre 
pour  là  y  cuyder  donner,  mais  en  amusant  les 
François  à  la  porte,  partie  des  ennemys  rompirent 
certaines  grisles  de  fer  par  où  sortoient  les  immun- 
dices  de  la  ville,  et  commencèrent  à  entrer  dedans 
criant  :  c  Marco  !  Marco  !  >  Quant  et  quant  le  conte 
Loys  Advogadre  se  mist  sus,  et  tous  ceulx  de  sa  fac- 
tion, de  sorte  qu'on  eust  veu  toute  la  ville  en  armes. 
Quant  le  povre  seigneur  du  Ludde  veit  qu'il  estoit 
trahy,  feist  sonner  la  retraicte  à  ses  gens,  et  au 
mieulx  qu'il  luy  fut  possible,  avecques  eulx  se  retira 
au  chasteau;  mais  tous  les  chcvaulx,  harnois,  et 
habillemens  y  demourèrent.  La  contesse  de  Gambre, 
qui  estoit  Françoise,  et  tous  ceulx  qui  tenoient  le 
party  du  roy  de  France  s'i  saulvèrent.  Sur  ces  entre- 
faictes  furent  les  portes  ouvertes  et  mis  le  seigneur 
messire  André  Grit  dedans.  Une  grosse  pitié  fut,  car 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  271 

tous  les  François  qui  furent  trouvez  dedans,  sans  en 
prendre  ung  à  mercy,  furent  mis  en  pièces.  Mais  ilz  le 
comparurent^  après,  comme  vous  verrez.  La  première 
chose  que  fist  faire  le  conte  Loys  Advogadre  quant  il 
veit  sa  force,  ce  fut  d'aller  aux  maisons  de  ceulx  de 
Gambre,  lesquelles  il  fist  toutes  ruyner  et  desmolir. 
Le  providadour  messire  André  Grit  congneut  bien 
que  ce  n'estoit  pas  le  plus  fort  d'avoir  eu  la  ville  s'il 
n'avoit  le  chasteau,  car  par  là  pourroit  estre  ayséement 
reprinse.  Si  l'envoya  par  une  trompette  sommer 
incontinent;  mais  il  perdit  sa  peine,  car  trop  estoit 
gamy  de  gaillarde  chevalerie.  Toutesfois  au  peuple 
qui  y  estoit  entré  les  vivres  n'eussent  guères  duré,  et 
davantage  le  providadour  fist  canonner  la  place  à 
merveilles,  et  y  eut  grosse  berche  faicte.  Davantage 
fist  soubdainement  dresser  deux  engins  en  manière 
de  grues  pour  approcher  de  la  place  » -lesquelz  por- 
toient  bien  chascun  cent  hommes  de  firont.  Bref,  ilz 
firent  tout  ce  que  possible  estoit  de  faire  pour  prendre 
le  chasteau.  Le  saîgoeur  du  Lude  et  le  cappitaine 
Herigoye,  bien  estonnez  de  ceste  trahison,  despes- 
chèrent  ung  homme  devers  le  duc  de  Nemours,  qui 
estoit  allé  avecques  toute  sa  puissance  à  Boulongne, 
en  l'advertissant  de  leur  inconvénient  et  davantage 
que,  s'ilz  n'estoient  secouruz  dedans  huyt  jours,  ilz 
estoient  perduz.  Le  messagier,  combien  que  tous  les 
passages  (eussent  gardez,  eschappa  et  fist  si  bonne 
dihgence  qu'il  arriva  devant  Boulongne,  le  jour 
mesmes  que  le  gentil  duc  avoit  levé  le  siège  et 
refreschy  la  ville  de  gens  et  de  vivres.   Les  lettres 

i.  Comparurent,  payèrent. 


S72  HISTOIRE   DE  BAYÀRT 

luy  furent  présentées,  que  le  bon  prince  ouvrit  et 
leut.  Il  fut  bien  esbahy  quant  il  entendit  l'inconvé- 
nient de  Bresse;  car  c'estoit,  après  le  chasteau  de 
Milan,  la  place  que  les  François  eusseâilfien  Ytalie  de 
plus  grosse  importance.  Les  cappitaines  furent  assem- 
blez et  conclurent  tous  ensemble  que  à  toute  dib'gence 
falloit  retourner  et  la  reprendre  s'il  estoit  possible  ;  ce 
qu'ilz  pensoient  aisé  à  exécuter  pourveu  que  le  chas- 
teau ne  se  perdist  point.  Après  ceste  conclusion  n'y 
eut  plus  de  procèsS  mais  chacun  fist  trousser  son  cas^, 
et  se  misrent  à  chemin. 

CHAPITRE  XLIX. 

De  lu  grande  diligence  que  fist  le  gentil  dite  de 
r^mùutê  pour  reprendre  Bresse  y  et  comment  il 
deff4t  le  cappitaine  général  des  Véniciens  en  che^ 

.    miff  et  cinq  ou  six  mille  hommes. 

Quant  messire  André  Grit  fut  maistre  et  seigneur 
de  la  ville  de  Bresse  et  qu'il  eut  assiégé  le  chasteau, 
comme  avez  entendu,  ne  se  tint  pas  à  tant,  mais  bien 
congnoissant  que  dès  ce  que  le  duc  de  Nemours,  qui 
estoit  allé  lever  le  siège  de  Boulongne,  en  seroit 
adverty  soubdain  retourneroit,  parquoy,  s'il  ne  se 
trouvoit  fort  dedans  la  ville  et  aussi  puissant  que 
pour  combatre^  aux  champs,  seroit  en  dangier  d'estre 
perdu,  il  escripvit  une  lettre  à  la  Seigneurie,  qu'il 

i.  Procès,  discussion. 

2.  Trousser  son  cas,  préparer  ses  bagages. 


PAR  LE  LOYAL  SBRY1TBUR.  273 

envoya  en  extrême  diligence  ;  et  en  iœlle  leur  faisoit 
entendre  qu'il  estoit  pl«s  que  nécessaire  pour  con- 
server la  ville  de  Bresse,  par  luy  prise,  ilz  envoyas- 
sent secours  si  puissant  que  ce  feust  pour  se  deffendre 
et  à  ung  bésoing  donner  la  bataille  au  camp  des  Fran- 
çois et  par  le  moyen  de  Bresse  recouvroient  toutes  leurs 
terres.  Sa  demande  fut  trouvée  raisonnable  et  de  grosse 
importance.  Si  fut  incontinent  mandé  à  messire  Jehan- 
Paule  Bâillon  S  lors  cappitaine  général  de  ceste  sei- 
gneurie de  Venise,  qu'il  eust  jour  et  nuyt  à  marcher, 
acompaigné  de  quatre  cens  honmies  d'armes  et 
quatre  mille  hommes  de  pied,  et  qu'il  s'en  allast 
gecter  dedans  Bresse.  Quant  il  eut  le  vouloir  de  la 
Seigneurie  entendu,  il  se  mist  en  son  debvoir  et  à 
chemin  au  plus  tost  qu'il  peut.  De  l'autre  costé  mar- 
choit  le  duc  de  Nemours,  si  diligemment  que  ung 
chevaucheur  sur  ung  courtault  de  cent  escuz  n'eust 
sceu  faire  plus  de  pays  qu'il  en  faisoit  en  ung  jour 
avecques  toute  son  armée.  Et  tant  fist  qu'il  arriva 
auprès  d'ung  chasteau  appelle  Yalège^,  qui  tenoit 
pour  le  roy  de  France,  et  lequel  cuydoit  prendre  le 
cappitaine  Jehan-Paule  Bâillon  en  passant  ;  et  ce  qu'il 
s'i  amusa  luy  porta  grant  dommage,  car  le  duc  de 
Nemours  en  fut  adverty,  lequel  fist  faire  ce  jour-là  à 
son  armée,  en  fin  cueur  d'yver,  conune  à  la  my- 
février,  trente  mille  de  pays,  et  de  façon  qu'il  se 
trouva  plus  près  de  Bresse  que  ledit  cappitaine  Bâil- 
lon, qui  en  ung  passage  fut  rencontré  des  François.  Il 

1.  Jean-Paul  Baglioni,  seigneur  de  Pérouse,  capitaine  au  ser- 
vice des  Orsini  contre  César  Borgia.  11  fut  Tun  des  plus  célèbres 
condottieri  de  son  temps. 

2.  Valeggio,  sur  le  Mincio,  province  (fe  Vérone. 

18 


27i  HISTOIRE  DE  BÂYÀRT 

avoit  cinq  ou  six  pièces  d'artillerie ,  lesquelles  il  fist 
deslacherS  dont  de  l'une  fut  tué  le  porte  enseigne  du 
seigneur  de  Théligny^,  cappitaine  moult  à  louer, 
lequel  menoit  avecques  le  bon  chevalier  les  premiers 
coureurs.  Toute  la  nuyt  le  bon  chevalier  avoit  eu  la 
fiebvre,  et  nestoit  point  armé,  ains  estoit  en  une 
robbe  de  veloux  noir  à  chevaucher;  mais  quant  il 
veit  qu'il  falloit  combatre,  emprunta  ung  halecret^ 
d'ung  adventurier,  qu'il  mist  sur  sadicte  robbe ,  et 
monta  sur  ung  gaillart  coursier  ;  puis  avecques  son 
compaignon,  le  seigneur  de  Théligny,  marcha  droit 
aux  ennemys.  La  grosse  troppe  de  l'avant-garde  des 
François  estoit  encores  bien  loing;  toutesfois  ilz  ne 
laissèrent  point  de  charger,  et  y  eut  dure  et  aspre 
rencontre,  qui  dura,  tousjours  combatant,  ung  quart 
d'heure.  Cependant  en  vindrent  nouvelles  au  camp; 
si  furent  les  François  reft^eschis  de  gens;  mais  quant 
le  cappitaine  de  la  Seigneurie  les  veit  approcher, 
tourna  le  doz,  se  retirant  de  là  où  il  estoit  venu.  Il 
fut  chassé  longuement,  mais  jamais  ne  peut  estre  pris. 
Ses  gens  de  pied  y  demeurèrent,  son  artillerie  et  la 
plupart  de  ses  gens  de  cheval.  Ce  fut  une  gorgiase 
deffaicteet  prouffitable  aux  François,  car  s'ilz^  feussent 
entrez  dedans  Bresse,  jamais  n'eust  esté  reprise.  De 
cestc  tant  bonne  rencontre  fut  marry  et  joyeulx  le 
duc  de  Nemours  :  joyeulx  de  ce  qu'il  estoit  victorieux 
et  marry  de  ce  qu'il  ne  s'i  estoit  trouvé.  Ces  nou- 

i.  Deslacher,  décharger. 

2.  François  de  Théligny,  s'  de  Lierville,  sénéchal  de  Rouergue, 
conseiller,  chambellan  du  roi. 

3.  Halecret,  espèce  de  corselet. 

4.  S'ili,  si  le  secours  envoyé  par  les  Vénitiens. 


\ 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUH.  275 

velles  furent  incontinent  sçeues  au  chasteau  de  Bresse, 
où  ilz  firent  feu  de  joye  en  cinq  ou  six  lieux,  car  par 
là  se  trouvoient  asséurez  d'estre  secourus  dedans  deux 
jours;  mais  s'ilz  en  avoient  joye  au  chasteau,  ilz  en 
eurent  bien  autant  de  mélencolie  en  la  ville,  congnois- 
sans  que  c'estoit  leur  destruction ,  et  se  feussent  vou- 
lentiers  retournez  les  habitans,  lesquelz  vindrent  sup- 
plier à  messire  André  Grit  qu'il  se  retirast;  mais  il 
n'en  voulut  riens  faire,  dont  mal  luy  en  print.  Le 
noble  prince  duc  de  Nemours  s'en  vint,  après  la  def- 
faicte  de  Jehan-Paule  Bâillon ,  loger  à  vingt  mille  de 
Bresse,  et  lendemain  au  pied  du  chasteau.  En  mar- 
chant, il  se  trouva  quelque  nombre  de  vilains,  assem- 
blez en  ung  petit  village,  lesquelz  voulurent  tenir  fort, 
mais  enfin  Airentltous  mis  en  pièces.  Quant  l'armée 
des  François  fut  arrivée,  incontinent  montèrent  au 
chasteau  quelques  cappitaines  pour  réconforter  les 
seigneur  du  Lude  et  cappitaine  Hérigoye,  ensemble 
ceulx  qui  estoient  dedans,  et  y  fut  porté  force  vivres, 
dont  de  joye  tirèrent  dix-huyt  ou  vingt  coups  d'artil- 
lerie en  la  ville,  qui  de  telle  feste  se  feussent  bien 
passez  les  habitans.  Le  lendemain  monta  le  seigneur 
de  Nemours  au  chasteau,  aussi  firent  les  cappitaines  et 
toute  l'armée,  où  il  fut  conclud  de  donner  l'assault  à 
la  ville,  qui  fut  aspre,  dur  et  cruel. 


CHAPITRE  L. 

Comment  le  dm  de  Nemours  reprist  la  ville  de  Bresse 
sur  les  VénicienSj  où  le  bon  chevalier  sans  paour 


276  HISTOIRE  DE  BAYART 

et  sans  reprouche  acquist  grant  honneur  y  et  comment 
il  fut  blessé  quasi  à  mort. 

Le  duc  de  Nemours,  qui  ne  voulut  point  songer  en 
ses  affaires,  après  qu'il  fut  monté  au  chasteau  assem- 
bla tous  ses  cappitaines  pour  sçavôir  qu'il  estoit  de 
faire,  car  dedans  la  ville  y  avoit  gros  nombre  de  gens, 
comme  huyt  mille  hommes  de  guerre  et  douze  ou 
quatorze  mille  vilains  du  pays  qui  s'estoient  avecques 
eulx  assemblez,  et  si  estoit  la  ville  forte  à  merveilles. 
Ung  bien  y  avoit,  qu'on  descendoit  du  chasteau  en  la 
citadelle  sans  trouver  fossé  qui  guères  donnast  em- 
peschement  ;  bien  avoient  fait  ung  bon  rampart.  Or  en 
toute  l'armée  du  roy  de  France  n'estoient  point  alors 
plus  de  douze  mille  combatans,  car  une  grosse  partie 
estoit  demourée  à  Boulongne.  Toutesfois,  au  peu  de 
nombre  qui  y  estoit  n'y  avoit  que  redire,  car  c'estoit 
toute  fleur  de  chevalerie,  et  croy  que  cent  ans  para- 
vant  n'avoit  esté  veu  pour  le  nombre  plus  gaillarde 
compaignie  et  davantage  avecques  le  bon  vouloir  cKoé 
chascun  avoit  de  servir  son  bon  maistre  le  roy  de 
France.  Ce  gentil  duc  de  Nemours  avoit  tant  gaigné 
le  cueur  des  gentilzhommes  et  des  adventuriers  qu'ilz 
feussent  tous  mors  pour  luy.  Eulx  assemblez  au  con- 
seil, fut  demandé  par  ledit  seigneur  à  tous  les  cappi- 
taines leur  advis,  que  chascun  dist  au  mieulx  qu'il 
sceut;  et  pour  conclusion  fut  ordonné  qu'on  donne- 
roit  l'assault  sur  les  huit  ou  neuf  heures  l'endemain 
matin ,  et  telle  fut  l'ordonnance  :  c'est  que  le  seigneur 
de  Molart  avecques  ses  gens  de  pied  conduyroit  la 
première  pointe,  mais  devant  luy  yroit  le  cappitaine 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  S77 

Hérigoye  et  ses  gens  escarmoucher  ;  après  en  une 
troppe  marcheroient  ce  cappitaine  Jacob,  que  l'empe- 
reur Maximilian  avoit  devant  Padoue  en  la  bende  du 
prince  de  Hanno  (mais  par  moyens  fut  gaigné  au  ser^ 
vice  du  roy  de  France,  et  ^voit  alors  deux  mille  lansque- 
netz),  les  cappitaines  Bonnet,  Maugiron,  le  bastard  de 
Glèves^  et  autres,  jusques  au  nombre  de  sept  mille 
hommes,  et  le  duc  de  Nemours,  les  gentilzhommes 
que  conduysoit  le  grant  séneschal  de  Normandie^, 
avecques  la  plus  grosse  force  de  la  gendarmerie  à 
pied  marcheroient  à  leur  costé,  Tarmet  en  teste  et  la 
cuyrasse  sur  le  doz  ;  et  monseigneur  d'Alègre  seroit  à 
cheval  à  la  porte  Sainct-Jehan,  qui  estoit  la  seuQe 
porte  que  les  ennemys  tenoient  ouverte,  car  ilz  avoient 
muré  les  autres,  avecques  trois  cens  honmies  d'armes 
pour  garder  que  nul  ne  sortist.  Le  vertueux  cappi- 
taine de  la  Palisse  ne  fut  point  à  l'assault,  car  le  soir  de 
devant  il  avoit  esté  blessé  en  la  teste  d'ung  esclat, 
par  ung  coup  de  canon  qu'on  avoit  tiré  de  la  ville  au 
çhasteau.  Geste  ordonnance  faicte,  chascun  la  trouva 
bonne,  excepté  le  bon  chevalier,  qui  dist  après  ce  que 
le  duc  de  Nemours  selon  son  ordre  eut  parlé  à  luy  : 
€  Monseigneur,  saufve  vostre  révérence  et  de  tous 
messeigneurs,  il  me  semble  qu'il  fault  faire  une  chose 
dont  nous  ne  parlons  point.  >  Il  luy  fut  demandé  par 
ledit  seigneur  de  Nemours  que  c'estoit  :  t  C'est,  dist^ 
il,  que  vous  envoyez  monseigneur  de  Molart  faire  la 
première  pointe  ;  de  luy  Ji^.  suis  plus  que  asseuré  qu'il 
ne  recuUera  pas,  ne  beauû^p  de  gens  de  bien  qu'il  a 

i.  Fils  naturel  de  Jean  U,  duc  de  Glèves,  mort  en  1521. 
2.  Louis  de  Brezé,  grand  sénéchal  de  Normandie.  Le  môme 
qui  est  nommé  plus  haut  Maulevrier. 


SI78  HISTOIRE  DE  BAYART 

avecques  luy;  mais  si  les  ennemys  ont  point  de  gens 
d'estoffe  ^  et  bien  congnoissans  la  guerre  avecques  eulx, 
comme  je  croy  que  ouy,  sachez  qu'ilz  les  mettront  à 
la  pointe,  et  pareillement  leurs  hacquebutiers.  Or,  en 
telz  affaires,  s'il  est  possible,  ne  fault  jamais  reculler  ; 
et  si  d'adventure  ilz  repoussoient  lesditz  gens  de  pied 
et  ilz  ne  feussent  soutenuz  de  gendarmerie,  il  y 
pourroit  avoir  gros  désordre;  parquoy  je  suis  d'advis 
que  avecques  mondit  seigneur  de  Molart  on  mecte 
cent  ou  cent  cinquante  hommes  d'armes  qui  seront 
pour  beaucoup  mieulx  soustenir  le  fès  que  les  gens 
de  pied  qui  ne  sont  pas  ainsi  armez.  »  Lors  dist  le 
duc  de  Nemours  :  c  Vous  dictes  vray,  monseigneur 
de  Bayart  ;  mais  qui  est  le  cappitaine  qui  se  vouldra 
mettre  à  la  mercy  de  leurs  hacquebutes  ?  —  Ce  sera 
moy,  s'il  vous  plaist,  monseigneur,  respondit  le  bon 
chevalier,  et  croyez  que  la  compaignie  dont  j'ay  la 
chaîne  fera  aujourd'huy  de  l'honneur  au  roy  et  à  vous 
et  tel  service  que  vous  en  appércevrez.  i  Quant  il 
eut  parlé  n'y  eut  cappitaine  qui  ne  regardast  l'ung 
l'autre,  car  sans  point  de  faulte  le  faict  estoit  très 
dangereux.  Toutesfois  il  demanda  la  charge  et  elle  luy 
demeura.  Quant  tout  fut  conclud,  encores  dist  le  duc 
de  Nemours  :  c  Messeigneurs,  il  fault  que  selon  Dieu 
nous  regardions  à  une  chose.  Vous  voyez  bien  que  si 
ceste  ville  se  prent  d'assault  elle  sera  ruynée  et  pillée, 
et  tous  ceulx  de  dedans  mors,  qui  seroit  une  grosse 
pitié,  n  fault  encores  savoir  d'eulx  avant  qu'ilz  en 
essayent  la  fortune  s'ilz  se  vouldroient  point  rendre.  » 
Cela  fut  trouvé  bon ,  et  le  matin  y  fut  envoyé  une  des 

i.  Gens  d'esto/fe,  gens  de  résistance. 


PAR  LE  LOYAL  SBRYITBUR.  279 

trompettes,  qui  sonna  dès  ce  qu'il  partit  du  chasteau 
et  marcha  jusques  au  premier  rampart  des  ennemys, 
où  estoient  le  providadour  messire  André  Grit  et  tous 
les  cappitaines.  Quant  la  trompette  fîit  arrivée  de- 
manda à  entrer  en  la  ville  ;  on  luy  dist  qu'il  n'entroit 
point,  mais  qu'il  dist  ce  qu'il  vouidroit  et  que 
s' estoient  ceulx  qui  avoient  puissance  de  luy  res- 
pondre.  Lors  fist  son  message  tel  que  vous  avez 
entendu  cy  dessus  et  que  s'ilz  vouloient  rendre  la 
ville  on  les  laisseroit  aller  leurs  vies  sauves,  sinon  et 
où  elle  se  prendroit  d'assault  qu'ilz  povoient  estre  tous 
asseurez  de  mourir.  Il  luy  fut  respondu  qu'il  s'en 
povoit  bien  retourner,  et  que  la  ville  estoit  de  la  Sei- 
gneurie, qu'elle  y  demoureroit,  et  davantiage  qu'ilz  gar^ 
deroient  bien  que  jamais  François  n'y  mettroit  le  pied. 
Hélas!  les  povres  habitans  se  feussent  voulentiers 
renduz,  mais  ilz  ne  furent  pas  les  maistres.  La  trom- 
pette revint  qui  fist  sa  response;  laquelle  ouye,  n'y 
eut  autre  délay,  sinon  que  le  gentil  duc  de  Nemours 
qui  desjà  avoit  ses  gens  en  bataille  commença  à  dire  : 
«  Or,  messeigneurs,  il  n'y  a  plus  que  bien  faire  et  nous 
monstrer  gentilz  compaignons.  Marchons,  ou  nom  de 
Dieu  et  de  monseigneur  sainct  Denys  !  »  Les  paroUes 
ne  furent  pas  si  tost  proférées  que  tabourins ,  trom- 
pettes et  clérons  ne  sonnassent  l'assault  et  l'alarme  si 
impétueusement  que  aux  couars  les  cheveulx  dres- 
soient  en  la  teste  et  aux  hardiz  le  cueur  leur  croissoit 
au  ventre  ^  Les  ennemys,  oyans  ce  bruit,  deslachèrent 

1.  Quant  le  seigneur  messire  André  Grit  entendit  le  cry  des 
Françoys  fust  moult  esmerveillé  d'icelle  furie  et  soubdaine  entre- 
prinse  ;  adoncques  dict  à  ses  gens  :  c  Seigneurs  mes  amys,  aujour- 
d'huy  il  se   fault  défendre  contre  ceste  impétuosité  galicque; 


280  HISTOIRE  DE  BAYART 

plusieurs  coups  d'artillerie,  dont  entre  les  autres  ung 
coup  de  canon  vint  droit  donner  au  beau  mellieu  de 
la  troppe  du  duc  de  Nemours,  sans  tuer  ne  blesser 
personne,  qui  fut  quasi  chose  miraculeuse,  considéré 
comme  ilz  marchoient  serrez.  Alors  se  mist  à  marcher 
avant  le  seigneur  de  Molart  et  le  cappitaine  Héri^oye 
avecques  leurs  gens,  et  sur  leur  esle  quant  et  quant 
le  gentil  et  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche 
à  pied,  avecques  toute  sa  compaignie  qui  estoient  gens 
esleuz,  car  la  pluspart  de  ses  gens  d'armes  avoient 
en  leur  temps  esté  cappitaines,  mais  ilz  aymoient 
mieulx  estre  de  sa  compaignie,  à  moins  de  bienfait  la 
raoictié^  que  d'une  autre,  tant  se  faisoit  aymer  par  ses 
vertus!  Ilz  approchèrent  près  du  premier  rampart, 
derrière  lequel  estoient  les  ennemys,  qui  commencè- 
rent à  tirer  artillerie  et  leurs  hacquebutes  aussi  dru 
comme  mouches.  Il  avoit  ung  peu  pluvyné  :  le  chas- 
teau  estoit  en  montaigne^  et  pour  descendre  en  la  ville 
on  couloit  ung  peu;  mais  le  duc  de  Nemours,  en 
monstrant  qu'il  ne  vouloit  pas  demourer  des  derre- 
niers,  osta  ses  souliers  et  se  mist  en  eschapins  de 
chausses^.  A  son  exemple  le  firent  plusieurs  autres, 
car  à  vray  dire  ilz  s'en  soutenoient  mieulx.  Le  bon 
chevalier  et  le  seigneur.de  Melart  combatirent  à  ce 
rampart  furieusement:  aussi  fut-il  merveilleusement 

tenons-nous  fortz  dealx  ou  troys  heures,  car  les  Françoys  de  na- 
ture resemblent  la  flambe  du  feu  de  paille  que  soubdainement  est 
grande  et  merveilleuse,  mais  ne  dure  guyère  et  est  tost  estaincte  » 
(Ghampier,  fol.  xxxiv). 

1.  A  moùls  de  bienfaict  la  moitié,  avec  une  solde  moitié  moins 
forte. 

2.  Eschapins  de  chausse,  escarpins  légers  que  les  cavaliers  por- 
taient sous  la  pièce  d'armure  qui  protégeait  leur  pied. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  281 

bien  deffendu.  Les  François  cry oient  :  c  France! 
France!  »  ceulx  de  la  compagnie  d^  bon  chevalier 
cryoient  :  c  Bayart  !  Bayart  !  »  les  ennemys  cryoient  : 
c  Marco  !  Marco  !  »  Bref  ilz  faisoient  tant  de  bruyt  que 
les  hacquebutes  ne  povoient  estre  ouyes.  Messire  André 
Grit  donnoit  merveilleux  courage  à  ses  gens,  et  en  son 
langaige  ytalien  leur  disoit  :  c  Tenons  bon,  mes  amys, 
les  François  seront  tantost  lassez  ;  ilz  n'ont  que  la  pre- 
mière pointe ,  et  si  ce  Bayart  estoit  deffaict,  jamais  les 
autres  n'approcheroient.  »  Il  estoit  bien  abusé,  car  s'il 
a  voit  grant  cueur  de  defifendre,  les  François  l'avoient 
cent  fois  plus  grant  pour  entrer  dedans  ;  et  vont  livrer 
ung  assault  merveilleux,  par  lequel  ilz  repoussèrent 
ung  peu  les  Véniciens.  Quoy  voyant  le  bon  chevalier, 
conmiencea  à  dire  :  <  Dedans,  dedans,  compaignons! 
ilz  sont  nostres;  marchez,  tout  est  deffaict.  »  Luy- 
mesmes  entra  le  premier  et  passa  le  rampart,  et  après 
luy  plus  de  mille,  de  sorte  qu'ilz  gaignèrent  le  pre- 
mier fort,  qui  ne  fut  pas  sans  ce  bien  batre  ;  et  y  en 
demeura  de  tous  les  costez,  mais  peu  de  Françoise 
Le  bon  chevalier  eut  ung  coup  de  picque  dedans  le 
hault  de  la  cuysse,  et  entra  si  avant  que  le  bout 
rompit,  et  demeura  le  fer  et  ung  bout  du  fust  dedans. 
Bien  cuyda  estre  frappé  à  mort  de  la  douleur  qu'il 
sentit.  Si  commencea  à  dire  au  seigneur  de  Molart  : 
c  Gompaignon,  faictes  marcher  voz  gens,  la  ville  est 
gaignée  ;  de  moy  je  ne  sçaurois  tirer  oultre,  car  je 
suis  mort.  »  Le  sang  luy  sortoit  en  habondance  ;  si  luy 

1.  Bayardus  etiam  et  alii  cam  Gastone  Fuxo,  dimissis  equis, 
in  ipsam  urbem  cum  magno  sui  et  suorum  pericalo  descenderunt 
et  apertis  foribus  alii  Galli  Brixiam  circumdantes  ingressi  sunt 
(Aymar  du  Rivail,  p.  553). 


%S%  mSTOIRE  DE  BAYART 

fut  force  ou  là  mourir  sans  confession,  se  retirer  hors 
de  la  fouUe  avçcques  deux  de  ses  archiers,  lesquelz 
luy  estanchèrent  au  mieulx  qu'ilz  peurent  sa  playe 
avecques  leurs  chemises  qu'ilz  descirèrent  et  rom- 
pirent pour  ce  faire  ^ .  Le  povre  seigneur  de  Molart, 
qui  ploroit  amèrement  la  perte  de  son  amy  et  voisin, 
car  tous  deux  estoient  de  l'escarlate  des  gentilz- 
honmies,  conune  ung  lyon  furieux,  délibéré  le  ven- 
ger,, conmiencea  rudement  à  pousser  et  le  bon  duc  de 
Nemours,  etsa  flote^après,  qui  lentendit  en  passant 
avoir  le  premier  fort  esté  gaigné  par  le  bon  chevalio*, 
mais  qu'il  y  avoit  esté  blessé  à  mort,  si  luy-mesmes 
eust  eu  le  coup  n'eust  pas  eu  plus  de  douleur  ;  et  com- 
mencea  à  dire  :  c  Hé  !  messeigneurs  mes  amys,  ne 
vengerons-nous  point  sur  ses  villains  la  mort  du  plus 
acomply  chevalier  qui  feust  au  monde  !  Je  vous  prie 
que  chascun  pense  de  bien  faire.  »  A  sa  venue  furent 
Véniciens  maltraictez,  et  guerpirent  la  cytadelle,  fai- 
sans myne  se  vouloir  retirer  vers  la  ville  et  lever  le 
pont,  car  trop  eussent  eu  afiiedre  les  François  par  ce 
moyen  ;  mais  ilz  furent  poursuy  vis  si  vivement  qu'ilz 
passèrent  le  palais  et  entrèrent  pesle-mesle  en  la  grant 
place,  en  laquelle  estoit  toute  leur  force,  la  gendar- 
merie et  chevaulx  légiers  bien  à  cheval  avecques  les 
gens  de  pied  en  bataille  bien  ordonnée  selon  leur  for- 

1 .  Un  des  capitaines  Vénitiens  s'approucha  de  Bayard  et  luy 
bailla  en  la  cuisse  d'une  picque  si  grant  coupt  qu'il  luy  bouta  le 
fer  dedans  la  cuisse.  Lors  voyant  Bayard  qu'il  estoit  moult  blecé, 
de  son  espée  frappa  contre  la  picque  près  la  cuisse  et  la  couppa, 
et  après  plus  fort  frappa  contre  ses  ennemys  nonobstant  que  le 
fer  de  la  picque  fut  demeuré  en  la  cuisse  bien  avant  (Gbampier, 
fol.  xxxrv). 

2.  La  flote,  le  flot  des  combattants. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  283 

tune.  Là  se  monstrèrent  les  lansquenetz  et  aventu- 
riers françois  gentilz  compaignons.  Le  cappitaine  Bon- 
net y  fist  de  grans  appertises^  d'armes,  et  sortant 
de  sa  troppe  la  longueur  d'une  picque,  marcha  droit 
aux  ennemys,  et  fut  aussi  très  bien  suivy.  Le  combat 
dura  demye  heure  ou  plus.  Les  cytadins  et  femmes 
de  la  ville  gectoient  des  fenestres  gros  carreaux  et 
pierres  avecques  eaue  chaulde,  qui  dommagea  plus  les 
François  que  les  gens  de  guerre.  Ce  nonobstant,  en- 
fin furent  Yéniciens  deffaictz ,  et  y  en  demoura  sur 
ceste  grant  place  de  si  bien  endormis  qu'ilz  ne  se 
resveilleront  de.  cent  ans  sept  ou  huyt  mille.  Les 
autres,  voyans  qu'il  n'y  faisoit  pas  trop  seur,  cher- 
chèrent leur  eschappatoire  de  rue  en  rue  ;  mais  tous- 
jours  de  leur  malheur  trouvoient  gens  de  guerre  qui 
les  tuoient  comme  pourceaulx.  Messire  André  Grit,  le 
conte  Loys  Advogadre  et  autres  cappitaines  estoient  à 
cheval,  lesquelz,  quant  ilz  veirent  la  rotte  entière- 
ment sur  eulx,  voulurent  essayer  le  moyen  de  se 
saulver,  et  s'en  allèrent  droit  à  ceste  porte  Sainct- 
Jehan  cuydans  sortir.  Si  firent  abaisser  le  pont,  et 
cryoient  :  c  Marco  !  Marco  !  Ytalie  !  Ytalie  !  »  Mais 
c'estoit  en  voix  de  gens  bien  effrayez.  Le  pont  ne  fut 
jamais  si  tost  baissé  que  le  seigneur  d'Alègre,  gentil 
cappitaine  et  diligent,  n'entrast  dedans  la  ville  avecques 
la  gendarmerie  qu'il  avoit,  et  en  s'escriant  :  c  France  ! 
France  !  »  chargea  sur  les  Yéniciens,  lesquelz  tous,  ou 
la  plus  grant  part,  porta  par  terre,  et  entre  autres  le 
conte  Loys  Advogadre,  qui  estoit  monté  sur  une 
jument  coursière  pour  courir  cinquante  mille  sans 

i.  Àppertises,  exploits. 


284  msTomE  de  bayart 

repaistre.  Le  providadour  messire  André  Grit  veit  bien 
qu'il  estoit  perdu  sans  remède,  si  plus  attendoit  ;  par- 
quoy,  après  avoir  couru  de  rue  en  rue  pour  eschapper 
la  fureur,  descendit  de  son  cheval,  et  se  gecta  en  une 
maison,  seulement  avecques  ung  de  ses  gens,  où  il  se 
mist  en  deffense  quelque  peu  ;  mais  doubtant  plus  gros 
inconvénient,  fist  enfin  ouvrir  le  logis  où  il  fut  prins 
prisonnier.  Bref,  nul  n'en  eschappa  qui  ne  feust  mort 
ou  prins  ;  et  fut  ung  des  plus  cruelz  assaulx  qu'on  eust 
jamais  veu ,  car  des  mors,  tant  des  gens  de  gueire  de 
la  Seigneurie  que  de  ceulx  de  la  ville,  y  eut  nombre 
de  plus  de  vingt  mille,  et  des  François  ne  s'en  perdit 
jamais  cinquante,  qui  fut  grosse  fortune.  Or,  quant 
plus  n'y  eut  à  qui  combatre,  chascun  se  mist  au  pillage 
parmy  les  maisons.  Et  y  eut  de  grosses  pitiez  ;  car, 
comme  povez  entendre,  en  telz  affaires  il  s'en  trouve 
tousjours  quelques-ungs  meschans,  lesquelz  entrèrent 
dedans  monastères,  firent  beaucoup  de  dissolutions, 
car  ilz  pillèrent  et  desrobèrent  en  beaucoup  de  façons, 
de  sorte  qu'on  estimoit  le  butiil  de  la  ville  à  trois 
millions  d'escuz^  Il  n'est  riens  si  certain  que  la  prinse 
de  Bresse  fut  en  Ytalie  la  ruyne  des  François,  car  ilz 
avoient  tant  gaigné  en  ceste  ville  de  Bresse  que  la 
pluspart  s'en  retourna  et  laissa  la  guerre;  et  ilz 
eussent  fait  bon  mestier  à  la  journée  de  Ravemie, 
que  vous  entendrez  cy-après. 

Il  fault  sçavoir  que  devint  le  bon  chevalier  sans  paour 
et  sans  reprouche  après  qu'il  eut  gaigné  le  premier  fort, 

1.  La  prise  de  Brescia  eut  lieu  le  19  février  1512.  Les  historiens 
les  plus  inodérés  estiment  à  huit  à  dix  mille  le  nombre  des  per- 
sonnes tuées  durant  le  sac  de  la  ville  ;  d'autres,  tels  que  Fleu- 
range,  portent  ce  chiffre  à  quarante  mille. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR. 


285 


et  qu'on  Teut  si  lourdement  blessé  que  contrainct  avoît 
esté  à  son  grant  regret  de  demourer  avecques  deux  de 
ses  archiers.  Quant  ilz  veirent  la  cytadelle  gaignée,  en 
la  première  maison  qu'ilz  trouvèrent  desmontèrent  ung 
huis  sur  lequel  ilz  le  chargèrent,  et  le  plus  doulcement 
qu'ilz  peurent,  avecques  quelque  ayde  qu'ilz  trou- 
vèrent, le  portèrent  en  une  maison  la  plus  apparente 
qu'ilz  veirent  là  à  l'entour;  c'estoit  le  logis  d'ung 
fort  riche  gentilhomme,  mais  il  s'en  estoit  fuy  en  ung 
monastère,,  et  sa  femme  estoit  demeurée  au  logis  en 
la  garde  de  Nostre-Seigneur,  avecques  deux  belles 
filles  qu'elle  avoit,  lesquelles  estoient  cachées  en  ung 
grenier  dessoubz  du  foing.  Quant  on  vint  heurter  à 
sa  porte  comme  constante  d'attendre  la  miséricorde  de 
Dieu,  la  va  ouvrir.  Si  veit  le  bon  chevalier,  que  on 
apportoit  ainsi  blessé,  lequel  fist  incontinent  serrer  la 
porte  et  mist  deux  archiers  à  l'huys,  ausquelz  il  dist  : 
c  Gardez  sur  vostre  vie  que  personne  n'entre  céans, 
si  ce  ne  sont  de  mes  gens.  Je  suis  asseuré  que^  quant 
on  sçaura  que  c'est  mon  logis,  personne  ne  s'efforcera 
d'y  entrer.  Et  pour  ce  que,  pour  me  secourir,  je  suis 
cause  dont  perdez  à  gaigner  quelque  chose,  ne  vous 
souciez,  vous  n'y  perdrez  riens.  »  Les  archiers  firent 
son  commandement,  et  luy  fut  porté  et)  une  fort 
belle  chambre,  en  laquelle  la  dame  du  logis  le  mena 
elle-mesme;  et  se  gectant  à  genoulx  devant  luy,  parla 
en  ceste  manière  rapportant  son  langaige  au  françois  : 
€  Noble  seigneur,  je  vous  présente  ceste  maison  et 
tout  ce  qui  est  dedans,  car  je  sçay  bien  qu'elle  est 
vostre  par  le  debvoir  de  la  guerre,  mais  que  vostre 
plaisir  soit  de  me  saulver  l'honneur  et  la  vie,  et  de 
deux  jeunes  filles  que  mon  mary  et  moy  avons,  qui 


* 


l. 


286  HISTOIRE  DE  BAYART 

sont  prestes  à  marier.  »  Le  bon  chevalier,  qui  oncques 
ne  pensa  mesdianseté,  luy  respondit  :  c  Madame,  je 
ne  sçay  si  je  pourray  eschapper  de  la  playe  que 
j'ay,  mais  tant  que  je  vivray,  à  vous  ne  à  voz  filles 
ne  sera  fait  desplaisir  non  plus  que  à  ma  personne. 
Gardez-les  seulement  en  voz  chambres,  qu'elles  ne 
se  voyent  point,  et  je  vous  asseure  qu'il  n'y  a 
homme  en  ma  maison  qui  se  ingère  d'entrer  en  lieu 
que  ne  le  veuillez  bien,  vous  asseurant  au  surplus  que 
vous  avez  céans  ung  gentilhomme  qui  ne  yous  pillera 
point,  mais  vous  feray  toute  la  courtoysie  que  je 
pourray.  »  Quant  la  bonne  dame  Touyt  si  vertueuse- 
ment parler,  fut  toute  asseurée.  Après  il  luy  pria 
qu'elle  enseignast  quelque  bon  cirurgien,  et  qui  peust 
hastivement  le  venir  habiller^  ;  ce  qu'elle  fist,  et  l'alla 
quérir  elle-mesmes  avecques  ung  des  archiers,  car  il 
n'y  avoit  que  deux  maisons  de  la  sienne.  Luy  arrivé, 
visita  la  playe  du  bon  chevalier,  qui  estoit  grande  et 
profonde  ;  toutesfois  il  l'asseura  qu'U  n'y  avoit  nul 
dangier  de  mort.  Au  second  appareil  le  vint  veoir  le 
cirurgien  du  duc  de  Nemours,  appelle  maistre  Claude, 
qui  depuis  le  pensa  et  en  fist  très  bien  son  debvoir, 
de  sorte  qu'en  moins  d'ung  moys  fiit  prest  à  monter 
à  cheval.  Le  bon  chevalier  habillé  demanda  à  son 
hostesse  où  estoit  son  mary;  la  povre  dame  toute 
esplorée  luy  dist  :  c  Sur  ma  foy,  Monseigneur,  je  ne 
sçay  s'il  est  mort  ou  vif.  Bien  me  doubte,  s'il  est 
en  vie,  qu'il  sera  dedans  ung  monastère  où  il  a  grosse 
congnoissance.  —  Dame,  dist  le  bon  chevalier, 
faictes-le  chercher,  et  je  Tenvoyeray  quérir,  en  sorte 

1.  Habiller,  panser. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  287 

cpi*il  n'aura. point  de  mal^  »  Elle  se  fist  enquérir  où 
il  estoit  et  le  trouva.  Puis  fut  envoyé  quérir  par  le 
maistre  d'hostel  du  bon  chevalier,  et  par  deux 
archiers  qui  l'amenèrent  seurement  ',  et  k  son  arrivée 
eut  de  son  hoste  le  bon  chevalier  joyeuse  chère,  et 
luy  dist  qu'il  ne  se  donnast  point  de  mélencolie  et 
cpi'il  n'avoit  logé  que  de  ses  amys.  Après  la  belle  et 
glorieuse  prinse  de  la  ville  de  Bresse  par  les  François, 
et  que  la  fureur  fut  passée,  se  logea  le  victorieux  duc 
de  Nemours,  qui  n'estoit  pas  l'éfigie  du  dieu  Mars, 
mais  luy-mesmes  ;  et  avant  que  boyre  ne  manger 
assembla  son  conseil,  où  furent  tous  les  cappitaines, 
affin  d'ordonner  ce  qui  estoit  nécessaire  de  faire.  Pre- 
mier envoya  chasser  toutes  manières  de  gens  de 
guerre,  qui  estoient  es  religions^  et  églises,  et  fist 
retourner  les  dames  aux  logis  avecques  leurs  marys 
s'ilz  n'estoient  plus  prisonniers,  et  peu  à  peu  les 
asseura.  II  convint  diligenter  à  vuyder  les  corps  mors 
de  la  ville  par  peur  de  l'infection,  où  on  fut  trois 
jours  entiers  sans  autre  chose  faire ,  et  en  trouva  l'on 
vingt  et  deux  mille  et  plus.  Il  donna  les  offices  qui 
estoient  vaccans  à  gens  qu'il  pensoit  bien  qui  les 
sceussent  faire.  Le  procès  du  conte  Loys  Advogadre 
fîit  fait,^  lequel  avoit  esté  cause  de  la  trahison  pour 
reprendre  Bresse,  et  eut  la  teste  trenchée,  et  mis 

1.  Incontinent  que  Bayard  entra  dedans,  la  dame  et  ses  filles 
luy  yindrent  an  devant  en  plears  et  se  gettèrent  à  genoulx  devant 
luy,  si  luy  cryarent  mercy,  disant  la  dame  :  «  Seigneur,  je  vous 
c  reconmiande  mes  filles  seulement,  prenez  tous  noz  biens,  saul- 
fl  vez  Thonneur  de  mes  filles.  —  Dame,  dict  Bayard,  où  est  vostre 
fl  mary?  »  Dist  la  madame  :  c  Je  ne  sçay  s'il  est  avecques  les 
fl  autres  en  la  cité  misérablement  occis»  (Gbampier,  fol.  xxxv). 

2.  Religions,  couvents. 


t" 


288  HISTOIRE  DE  BAYART 

après  en  quatre  quartiers,  et  deux  autres  de  sa  fac- 
tion, dont  l'ung  s'appelloit  Thomas  del  Due,  et  l'autre 
Hiéronyme  de  Ryve. 

Sept  ou  huyt  jours  fîit  à  Bresse  ce  gentil  duc 
de  Nemours,  où  une  fois  le  jour  pour  le  moins 
alloit  visiter  le  bon  chevalier,  lequel  il  reconfor- 
toit  le  mieulx  qu'il  povoit,  et  souvent  luy  disoit  :  c  Hé, 
monseigneur  de  Bayart,  mon  amy,  pensez  de  vous 
guérir,  car  je  sçay  bien  qu'il  fauldra  que  nous  don- 
nions une  bataille  aux  Espaignolz  entre  cy  et  ung 
moys,  et  si  ainsi  estoit,  j'aymerois  miéulx  avoir  perdu 
tout  mon  vaillant  que  n'y  feussiez,  tant  j'ay  grant 
fiance  en  vous,  t  Le  bon  chevalier  respondit  : 
€  Croyez,  monseigneur,  que  s'il  est  ainsi  qu'il  y  ait 
bataille,  tant  pour  le  service  du  roy  mon  maistre  que 
pour  l'amour  de  vous,  et  pour  mon  honneur  qui  va 
devant,  je  m'y  feroye  plustost  porter  en  licUère  que 
je  n'y  feusse.  »  Le  duc  de  Nemours  luy  fist  force  pré- 
sens selon  sa  puissance,  et  pour^g  jour  luy  envoya 
cinq  cens  escuz,  lesquelz  il  donna  aux  deux  archiers 
qui  estoient  demeurez  ayecques  luy  quant  il  fut  blessé. 

Quant  le  roy  de  France  Loys  douziesme  fut  adverty 
de  la  prinse  de  Bresse  et  de  la  belle  victoire  de  son 
nepveu,  croyez  qu'il  en  fut  très  fort  joyeulx.  Toutesfois 
il  congnoissoit  assez  que,  tant  que  ses  Espaignolz 
seroient  rouans^  en  la  Lombardie,  son  Estât  de  Milan 
ne  seroit  jamais  asseuré.  Si  en  escrivoit  chascun  jour 
à  sondit  nepveu  le  noble  duc  de  Nemours,  le  priant, 
tant  affectueusement  que  possible  luy  estoit,  qu'il  luy 
gectast  la  guerre  de  Lombardie  et  qu'il  mist  peine 

i.  Rtmans,  rôdants. 


PAR'  LB  LOYAL  SERVITEUR.  889 

d'en  chasser  les  Espaignolz,  car  il  luy  ennuyoit  de 
soustenir  les  fraiz  qu'il  conveooit  faire  aux  gens  de 
pied  qu'il  avoit,  et  ne  les  povoit  plus  porter  sans  trop 
fouller  son  peuple,  qui  estoit  la  chose  en  ce  monde 
qu'il  faisoit  à  plus  grant  regret.  Davantage  qu'il  sça- 
voit  bien  que  le  roy  d'Angleterre  luy  brassoît  ung 
brouet^  pour  descendre  en  France,  et  pareillement  les 
Suysses,  et  que  si  cela  advenoit  luy  seroit  besoing  de 
s'ayder  de  ses  gens  de  guerre  qu'il  avoit  en  Ytalie; 
et  enfin  c'estoit  en  toutes  ses  lettres  la  conclusion  :  de 
donner  la  bataille  aux  Ëspaignolz,  ou  les  exterminer^ 
si  loing  qu'ilz  ne  retournassent  plus.  Ce  duc  de 
Nemours  avoit  si  grande  amour  au  roy  son  oncle 
qu'en  toutes  choses  se  vouloit  garder  de  le  courroucer. 
Et  davantage  il  sçavoit  certainement  que  ses  lettres  ne 
luy  venoient  point  sans  grande  raison.  Si  se  mist  en 
totalle  délibération  d'acomplir  voluntairement  le 
conunandement  qui  luy  estoit  fait  touchant  mettre  fin 
à  la  guerre.  Si  assembla  tous  ses  cappitaines,  gens  de 
cheval  et  de  pied,  et  à  belles  petites  journées  marcha 
droit  à  Boulongne,  où  là  auprès  arriva  en  son  camp 
le  duc  de  Ferrare,  auquel  il  bailla  son  avant-garde  à 
conduyre  avecques  le  seigneur  de  la  Palisse  ;  et  tant 
alla  qu'il  trouva  l'armée  du  roy  d'Ëspaigne  et  du  pape 
à  quinze  mille  de  Boulongne,  en  ung  lieu  dit  Gastel 
Sainct-Pedro^.  C'estoit  une  des  belles  armées  et  des 
mieulx  esquipées  pour  le  nombre  qu'ilz  estoient  qu'on 
eust  jamais  veu.  Domp  Raymon  de  Gardonne^,  vis- 

i.  Luy  briusoit  ung  hrouet,  lui  préparait  on  plat  de  sa  façon. 

2.  Exterminer,  chasser  hors  des  frontières. 

3.  Castel  San  Pietro  deW  Emilia^  province  de  Bologne. 

4.  Raymond  Foich,  dac  de  Gardonna,  vicomte  de  Viilamura, 
gouverneur  de  Napies.  Mort  en  i522. 

19 


290  HISTOIRE  DE  BAYART 

roy  de  Naples,  en  estoit  le  chief  et  avoit  en  sa  oom- 
paignie  douze  ou  quatorze  cens  hommes  d'armes,  dont 
les  huyt  cens  estoient  bardez  ;  ce  n'estoit  que  or  et 
azur,  et  les  mieulx  montez  de  coursiers  et  chevaulx 
d'Ëspaigne  que  gens  de  guerre  qu'on  eust  sceu  veoir. 
Davantage  il  y  avoit  deux  ans  qu'ilz  ne  faisoient  que 
aller  et  venir  parmy  ceste  Rommaigne,  qui  est  ung 
bon  et  gras  pays  et  où  ilz  avoient  leurs  vivres  à 
souhait.  Il  y  avoit  douze  mille  hommes  de  pied  seul- 
lement,  deux  mille  Ytaliens  soubz  la  charge  d'ung 
cappitaine  Ramassot,  et  dix  mille  Ëspaignolz,  Bys* 
cayns  et  Navarrès  que  conduysoit  le  conte  Pedro 
Navarro^  et  de  toute  la  troppe  des  gens  de  pied 
estoit  cappitaine  général  ;  il  avoit  autresfois  mené  ses 
gens  en  Barbarye  contre  les  Mores,  et  avecques  eulx 
avoit  gaigné  deux  ou  trois  batailles.  Brief  c'estoient 
tous  gens  aguerriz  et  qui  sçavoient  les  armes  à  mer- 
veilles. Quant  le  gentil  duc  de  Nemours  les  eut  appro- 
chez, conunencèrent  Espaignolz  tousjours  à  eukc 
retirer  le  long  de  la  montaigne,  et  les  François 
tenoient  la  plaine.  Si  furent  bien  trois  sepmaines  ou 
ung  moys  qu'ilz  estoient  les  ungs  des  autres  à  six  ou 
sept  mille,  mais  bien  se  logeoient  tousjours  les  Espai- 
gnolz en  lieu  fort,  et  souvent  s'escarmouchoient  en- 
semble, en  façon  que  prisonniers  se  prenoient  d'ung 
costé  et  d'autre  quasi  tous  les  jours.  Tant  y  a  que 

1.  Ce  personnage,  originaire  du  nord  de  TEspagne,  fut  très- 
célèbre  an  commencement  du  xvi«  siècle  comme  ingénieur.  Après 
avoir  d'abord  servi  les  Espagnols,  il  accepta  ensuite  un  comman- 
dement dans  les  armées  françaises.  U  quitta  le  parti  des  Espa- 
gnols parce  que,  après  la  bataille  de  Havenne,  à  laquelle  il  avait 
été  fait  prisonnier,  ils  avaient  refusé  de  payer  sa  rançon.  On 
trouvera  dans  le  ms.  26115  du  fonds  fr.  de  la  Bibl.  nationale 
(n*  214)  une  quittance  de  lui  du  16  mars  1517. 


PAR   LE  LOYAL  SERYITEUR.  291 

tous  les  prisonniers  françois  rapportoient  que  c'estoit 
unetriumphe  de  veoir  l'armée  des  Ëspaignolz.  Toutes- 
fois  le  gentil  duc  de  Nemours  ne  tous  ses  cappitaines 
et  gens  de  guerre  ne  désiroient  autre  chose  que  à  les 
ocHnbatre,  mais  qu'on  les  trouvast  en  lieu  marchant. 
Geste  finesse  avoient,  que  tousjours  se  tenoient  en 
fort;  et  encores  les  y  alla  l'on  quérir  le  jour  de  la 
bataille  de  Ravenne,  conmie  vous  orrez.  Mais  premier 
parleray  comment  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans 
reprouche  partit  de  Bresse  pour  s'en  aller  après  le 
duc  de  Nemours,  et  de  la  grande  courtoysie  qu'il  fist 
à  son  hostesse. 


CHAPITRE  Ll. 

Comment  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche 
partit  de  Bresse  pour  aller  après  le  duc  de  Nemours 
et  r  armée  du  roy  de  France;  de  la  grande  courtoysie 
qu'il  fist  à  son  hostesse  au  partir^  etrpomment  il 
arriva  devant  la  ville  de  Ravenne. 

Environ  ung  mois  ou  cinq  sepmaines  ftit  malade  le 
bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche  de  sa 
playe  en  la  ville  de  Bresse,  sans  partir  du  lict;  dont 
bien  luy  ennuyoit,  car  chascun  jour  avoit  nouvelles 
du  camp  des  François,  conmient  ihc  approchoient  les 
Ëspaignolz,  et  espéroit  l'on  de  jour  en  jour  la  bataille, 
qui  à  son  grant  regret  eust  esté  donnée  sans  luy.  Si 
se  voulut  lever  ung  jour  et  marcha  parmy  la  chambre 
pour  sçavoir  s'il  se  pourroit  soustenir.  Ung  peu  se 
trouva  foible,  mais  le  grant  cueur  qu'il  avoit  ne  luy 


292  HISTOIRE  DE  BAYART 

donnoit  pas  le  loysir  d'y  longuement  songer  ;  il  envoya 
quérir  le  cyrurgien  qui  le  pensoit  alors  et  luy  dist  : 
c  Mon  amy,  je  vous  prie,  dictes-moy  s'il  y  a  point 
de  dangier  de  me  mettre  à  chemin  ;  il  me  semble  que 
je  suis  guéry,  ou  peu  s'en  fault,  et  vous  prometz,  ma 
foy,  que,  à  mon  jugement,  le  demourer  d'ores  en 
avant  me  pourra  plus  nuyre  que  amender,  car  je  me 
fasche  merveilleusement.  »  Les  serviteurs  du  bon 
chevalier  avoient  desjà  dit  au  cyrurgien  le  grant  désir 
qu'il  avoit  d'estre.à  la  bataille,  et  que  tous  les  jours 
ne  regretoit  autre  chose  ;  parquoy  ce  sachant  et  aussi 
congnoissant  sa  complexion,  luy  dist  en  son  langaige  : 
€  Monseigneur,  vostre  playe  n'est  pas  encores  close  ; 
toutesfois  par  dedans  elle  est  toute  guérie.  Vostre 
barbier  vous  verra  habiller  encores  ceste  fois ,  et  mais 
que  tous  les  jours  au  matin  et  au  soir  il  y  mette  une 
petite  tente  ^  et  une  amplastre  dont  je  luy  bailleray 
l'oignement,  il  ne  vous  empirera  point.  Et  si  n'y  a  nul 
dangier,  car  le  grant  mal  de  playe  est  au  dessus,  et 
ne  touchera  point  à  la  selle  de  vostre  cheval.  »  Qui 
eust  donné  dix  mille. escus  au  bon  chevalier,  il  n'eust 
pas  esté  si  ayse.  Son  cyrurgien  fut  plus  que  bien  con- 
tenté; et  se  délibéra  de  partir  dedans  deux  jours, 
conmiandant  à  ses  gens  que  durant  ce  temps  ilz 
meissent  en  ordre  tout  son  cas. 

La  dame  de  son  logis,  qui  se  tenoit  tousjours 
sa  prisonnière,  ensemble  son  mary  et  ses  enfans, 
et  que  les  biens  meubles  qu'elle  avoit  estoient 
siens  aussi,  car  ainsi  en  avoient  fait  les  François 
aux  autres  maisons,  comme  elle  sçavoit  bien,  eut 

1.  Tente,  mèche  en  charpie. 


PAR  LE  LOYAL  SBRVITEUR.  293 

plusieurs  ymaginacions ,  considérant  en  soy-mesmes 
que  si  son  hoste  la  vouloit  traicter  à  la  rigueur  et 
son  mary  il  en  tireroit  dix  ou  douze  mille  escus,  car 
ilz  en  avoient  deux  mille  de  rente.  Si  se  délibéra  luy 
faire  quelque  honneste  présent,  et  qu'elle  Tavoit 
congneu  si  honune  de  bien  et  de  si  gentil  cueur  que  à 
son  oppinion  se  contenteroit  gracieusement.  Le  matin 
dont  le  bon  chevalier  devoit  desloger  après  disner, 
son  hostesse,  avecques  ung  de  ses  serviteurs  portant 
une  petite  boete  d'acier,  entra  en  sa  chambre,  où  elle 
trouva  qu'il  se  reposoit  en  une  chaire  après  soy  estre 
fort  pourmené,  pour  tousjours  peu  à  peu  essayer  sa 
jambe.  Elle  se  gecta  à  deux  genoulx ,  mais  incontinent 
la  releva  et  ne  voulut  jamais  souffrir  qu'elle  dist  une 
parolle  que  premier  ne  fust  assise  auprès  de  luy  ;  et 
puis  commença  son  propos  en  ceste  manière  :  c  Mon- 
seigneur, la  grâce  que  Dieu  me  fist,  à  la  prise  de  ceste 
ville,  de  vous  adresser  en  ceste  vostre  maison,  ne 
me  fut  pas  moindre  que  d'avoir  sauvé  la  vie  à  mon 
mary,  la  myenne  et  de  mes  deux  filles,  avecques  leur 
honneur  qu'elles  doivent  avoir  plus  cher;  et  davan- 
tage, depuis  que  y  arrivastes,  ne  m'a  esté  fait,  ne  au 
moindre  de  mes  gens,  une  seulle  injure,  mais  toute 
courtoysie ,  et  n'ont  pris  voz  gens  des  biens  qu'ilz  y 
ont  trouvez  la  valleur  d'ung^quatrin^  sans  payer.  Mon- 
seigneur, je  suis  assez  advertye  que  mon  mary,  moy, 
mes  enfans  et  tous  ceulx  de  la  maison  sommes  voz 
prisonniers,  pour  en  faire  et  disposer  à  vostre  bon 
plaisir,  ensemble  des  biens  qui  sont  céans;  mais,  con- 
gnoissant  la  noblesse  de  vostre  cueur,  à  qui  nul  autre 

1.  Quatrin  (quattrino),  quatrième  partie  du  denier. 


294  mSTOIRB  DE  BAYART 

ne  pourroit  attaindre,  suis  venue  pour  vous  suplier 
très  humblement  quMl  vous  plaise  avoir  pité  de  nous 
en  eslargissant  vostre  acoustumée  libéralité.  Vecy 
ung  petit  présent  que  nous  vous  faisons  ;  il  vous  plaira 
le  prendre  en  gré.  »  Alors  prist  la  boete  que  le  servi- 
teur tenoit,  et  l'ouvrit  devant  le  bon  chevalier  qui  la 
veit  plaine  de  beaulx  ducatz.  Le  gentil  seigneur,  qui 
oncques  en  sa  vie  ne  fist  cas  d'argent,  se  prist  à  rire 
et  puis  dist  :  c  Madame,  combien  de  ducatz  y  a-il  en 
ceste  boete  ?»  La  po  vre  femme  eut  paour  qu'il  feust 
courroucé  d'en  veoir  si  peu,  luy  dist  :  c  Monseigneur, 
il  n'y  a  que  deux  mille  cinq  cens  ducatz  ;  mais  si  vous 
n'estes  content,  vous  en  trouverrons  plus  laidement.  » 
Alors  il  dist  :  c  Par  ma  foy,  madame,  quant  vous  me 
donneriez  cent  mille  escus,  ne  m'auriez  pas  tant  fait 
de  bien  que  de  la  bonne  chère  que  j'ay  eue  céans  et 
de  la  bonne  Visitation  que  m'avez  faicte,  vous  asseu- 
rant  qu'en  quelque  lieu  que  je  me  trouve,  aurez,  tant 
que  Dieu  me  donnera  vie,  ung  gentilhomme  à  vostre 
commandement.  De  voz  ducatz,  je  n'en  vueil  point  et 
vous  remercye  ;  reprenez-les.  Toute  ma  vie  ay  tous- 
jours  plus  aymé  beaucoup  les  gens  que  les  escuz,  et 
ne  pensez  aucunement  que  je  ne  m'en  voyse  aussi 
content  de  vous  que  si  ceste  ville  estoit  en  vostre  dis- 
position et  me  l'eussiez  donnée.  »  La  bonne  dame  fut 
bien  estonnée  de  se  veoir  esconduyte;  si  se  remist 
encores  à  genoulx,  mais  guères  ne  luy  laissa  le  bon 
chevalier,  et  relevée  qu'elle  fut,  dist  :  c  Monseigneur, 
je  me  sentirois  à  jamais  la  plus  malheureuse  femme 
du  monde,  si  vous  n'emportiez  si  peu  de  présent  que 
je  vous  fais,  qui  n'est  riens  au  pris  de  la  courtoysie 
que  m'avez  cy-devant  faicte  et  faictes  encores  à  pré- 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  S95 

sent  par  vostre  grande  bonté.  »  Quant  le  bon  cheva- 
lier la  veit  ainsi  ferme  et  qu'elle  faisoit  le  présent 
d'img  si  hardy  courage,  luy  dist  :  c  Bien  doncques, 
madame,  je  le  prens  pour  l'amour  de  vous;  mais 
ailez-moy  quérir  voz  deux  filles,  car  je  leur  vueil  dire 
adieu.  »  La  povre  femme,  qui  cuydoit  estre  en  para- 
dis de  quoy  son  présent  avpit  enfin  esté  accepté,  alla 
quérir  ses  filles,  lesquelles  estoient  fort  belles,  bonnes 
et  bien  enseignées,  et  avoient  beaucoup  donné  de 
passe-tems  au  bon  chevalier  durant  sa  maladie,  parce 
qu'elles  sçavoient  fort  bien  chanter,  jouer  du  luz  ^  et 
de  l'espinete,  et  fort  bien  besongner  à  l'esguille.  Si 
furent  amenées  devant  le  bon  chevalier,  qui,  cepen- 
dant qu'elles  s'acoustroient ,  avoit  fait  mettre  les 
ducatz  en  trois  parties,  es  deux  à  chascune  mille 
ducatz  et  à  l'autre  cinq  cens.  Elles  arrivées  se  vont 
gecter  à  genoulx,  mais  incontinent  furent  relevées; 
puis  la  plus  aisnée  des  deux  conunença  à  dire  : 
c  Monseigneur,  ses  deux  povres  pucelles  à  qui  avez 
tant  fait  d'honneur  que  de  les  garder  de  toute  injure 
viennent  prendre  congé  de  vous,  en  remerciant  très 
humblement  vostre  seigneurie  de  la  grâce  qu'elles 
ont  receue,  dont  à  jamais  pour  n'avoir  autre  puis- 
sance seront  tenues  à  prier  Dieu  pour  vous.  »  Le  bon 
chevalier,  quasi  larmoyant  en  voyant  tant  de  doul- 
ceur  et  d'humilité  en  ses  deux  belles  filles ,  respon- 
dit  :  c  Mes  damoyselles,  vous  faictes  ce  que  je  devrois 
faire  ;  c'est  de  vous  remercier  de  la  bonne  compaignie 
que  m'avez  faicte,  dont  je  m'en  sens  fort  tenu  et 
obligé.  Vous  sçavez  que  gens  de  guerre  ne  sont  pas 

1.  Luz,  luth. 


296  HISTOIRE  DE  BAYAAT 

voulentiers  chargez  de  belles  besongnes  pour  pré- 
senter aux  dames  ;  de  ma  paii,  me  desplaist  bien  fort 
que  n'en  suis  bien  garny  pour  vous  en  faire  présent 
comme  je  suis  tenu.  Vecy  vostre  dame  de  mère  qui 
m'a  donné  deux  mille  cinq  cens  ducatz  que  vous  voyez 
sur  ceste  table  ;  je  vous  en  donne  à  chascune  mille 
pour  vous  ayder  à  marier,  et  pour  ma  récompense 
vous  prierez,  s'il  vous  plaist,  Dieu  pour  moy;  autre 
chose  ne  vous  demande.  »  Si  leur  mist  les  ducatz  en 
leurs  tabliers,  voulsissent  ou  non;  puis  s'adressa  à 
son  hostesse,  à  laquelle  il  dist  :  c  Madame,  je  pren- 
dray  ces  cinq  cens  ducatz  à  mon  prouffit  pour  les 
départir  aux  povres  religions  de  dames  qui  ont  esté 
pillées,  et  vous  en  donne  la  chaîne,  car  mieulx  enten- 
drez où  sera  la  nécessité  que  toute  autre.  Et  sur  cela 
je  prens  congé  de  vous  ^  »  Si  leur  toucha  à  toutes  en 
la  main,  à  la  mode  d'Ytalie  ;  lesquelles  se  misrent  à 
genoulx,  plorans  si  très  fort  qu'il  sembloit  qu'on  les 
voulsist  mener  à  la  mort.  Si  dist  la  dame  :  c  Fleur  de 
chevalerie,  à  qui  nul  ne  se  doit  comparer,  le  benoist 
Sauveur  et  Rédempteur  Jésu-Ghrist,  qui  souffrit  mort 
et  passion  pour  tous  les  pécheurs,  le  vous  vueille 
rémunérer  en  ce  monde  icy  et  en  l'autre!  »  Après 
s'en  retirèrent  en  leurs  chambres.  Il  fut  temps  de 
disner;  le  bon  chevalier  fîst  appeller  son  maistre 


i .  Pro  captîvitate  mulier  patricia  Brixiensis  Bayardo ,  qui 
vimm  suum  duasque  puellas  ab  omni  violentia  militari  defen- 
derat,  bis  mille  et  quingentos  ducatos  libère  offerebat,  rogans 
genibuB  flexis  ut,  pro  majori  summa  sibi  débita ,  his  contentus 
esset.  Bayardus  autem  duo  millia  ducatorum  puellis  donavit  ut 
honestis  nuberent,  quinquagentos  autem  ducatos  matri  reliquit  ut 
eos  pauperibus  distribueret  (Aymar  du  Rivail,  p.  553). 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  297 

d'hostel,  auquel  il  dist  que  tout  feust  prest  pour 
monter  à  cheval  sur  le  midy.  Le  gentilhomme  du  logis 
qui  jà  avoit  entendu  par  sa  femme  la  grande  cour* 
toysie  de  son  hoste,  vint  en  sa  chambre,  et  le  genoil 
en  terre  le  remercia  cent  mille  fois  en  luy  offrant  sa 
personne  et  tous  ses  biens,  desquelz  il  luy  dist  qu'il 
povoit  disposer  conune  siens  à  ses  plaisir  et  vou- 
lente,  dont  le  bon  chevalier  le  remercia  et  le  fist 
disner  avecques  luy.  Et  après  ne  demoura  guères 
qu'il  ne  demandast  les  chevaulx,  car  jà  luy  tardoit 
beaucoup  qu'il  n'estoit  avecques  la  compaignie  par 
luy  tant  désirée,  ayant  belle  paour  que  la  bataille  se 
donnast  devant  qu'il  y  feust.  Ainsi  qu'il  sortoit  de  sa 
chambre  pour  monter,  les  deux  belles  filles  du  logis 
descendirent  et  luy  firent  chascune  ung  présent  qu'elles 
avoient  ouvré  durant  sa  maladie;  l'ung  estoit  deux 
jolis  et  mignons  braceletz  faiz  de  beaulx  cheveulx, 
de  fil  d'or  et  d'argent,  tant  proprement  que  mer- 
veilles; l'autre  estoit  une  bource  sur  satin  cramoisy, 
ouvrée  moult  subtilement.  Grandement  les  remercia , 
et  dist  que  le  présent  venoit  de  si  bonne  main  qu'il 
estimoit  dix  mille  escuz  ;  et  pour  plus  les  honnorer  se 
fist  mettre  les  bracelletz  au  bras,  et  la  bource  mist  en 
sa  manche,  les  asseurant  que  tant  qu'ilz  dureroient  les 
porteroit  pour  l'amour  d'elles  * . 


i.  Voici  le  discours  que  Ghampier  met  dans  la  bouche  des 
deux  jeunes  filles  :  c  Seigneur  cappitaine,  noz  pouvres  filles  vous 
mercye  cent  mille  foys  de  Phonneur,  courtoysie,  bienfaicts  que 
avez  faict  à  monseigneur  nostre  père  et  à  madame  nostre  mère  et 
encore  plus  de  ce  qu'estes  cause  que  n'avons  esté  forcées  et  vio- 
lées des  gendarmes  comme  ont  esté  plusieurs  aultres.  Seigneur, 
nous  serons  à  tout  jamais  tenues  à  prier  Dieu  pour  vostre  noble 


298  HISTOIRE  DE  BAYAAT 

Sur  œs  parolles  monta  à  cheval  le  bon  che- 
valier, lequel  fut  acompaigné  de  son  grant  com- 
paignon  et  parfiaict  amy  le  seigneur  d'Aubigny, 
que  le  duc  de  Nemours  avoit  laissé  pour  la  garde 
de  la  ville,  et  de  plusieurs  autres  gentilzhommes , 
deux  ou  trois  mille;  puis  se  dirent  adieu.  Les 
ungs  retournèrent  à  Bresse  et  les  autres  au  camp 
des  François,  où  arriva  le  bon  chevalier  le  mer- 
credy  au  soir,  vn*  d'avril  devant  Pasques.  S'il  fut 
receu  du  seigneur  de  Nemours,  ensemble  de  tous  les 
cappitaines,  ne  fault  pas  demander,  et  hommes 
d'armes  et  aventuriers  en  démenoient  telle  joye  qu'il 
sembloit  pour  sa  venue  que  l'armée  en  feust  renforcée 
de  dix  mille  honmies.  Le  camp  estoit  arrivé  ce  soir-là 
devant  Ravenne  et  les  ennemys  en  estoient  à  six 
mille  ;  mais  le  lendemain,  qui  fut  le  jeudy  sainct,  s'en 
approchèrent  à  deux  mille. 


CHAPITRE  LU. 

Comment  le  siège  fut  mis  par  le  noble  duc  de  Nemours 
devant  Ravenne,   et  comment  plusieurs  assaulx  y 

seigneurie,  et  affin  qu'il  vous  souviengne  de  nous,  chescune  de 
nous  vous  présentons  ung  petit  coffre  plain  de  choses  joyeuses 
faictes  par  nos  mains;  et  pardonnant  à  vos  petites  chambrières;  et 
à  tant  prenons  congé  de  vostre  seigneurie.  »  Alors  le  seigneur 
Bayard  les  larmes  aulx  yeulx  de  pityé  qu'il  avoit  quant  il  pensoit 
aux  dangiers  là  où  elles  avoient  esté  leur  respondit  :  c  Adieu  les 
belles  damoiselles;  Dieu  par  sa  grâce  vous  vueille  tousjonrs  pré- 
server et  avoir  en  sa  garde  comme  il  a  esté  à  caste  foys  »  (Cham- 
pier,  fol.  xxxYi). 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  299 

furent  donnez  le  vendredy  saincty  où  les  François 
furent  repoussez. 

Quant  le  gentil  duc  de  Nemours  fut  arrivé  devant 
Ravenne,  assembla  tous  les  cappitaines  sçavoir^  qu'il 
estoit  de  faire,  car  le  camp  des  François  commen- 
çoit  fort  à  soufirir  par  faulte  de  vivres  qui  y  venoient 
à  moult  grant  peine,  et  y  avoit  desjà  faulte  de  pain 
et  de  vin,  parce  que  les  Véniciens  avoient  couppé  les 
vivres  d'ung  costé  et  Tarmée  des  Espaignolz  tenoit 
toute  la  coste  de  la  Ronmiaigne,  de  sorte  qu'il  failloit 
aux  aventuriers  manger  chair  et  fromage  par  con* 
traincte^.  Il  y  avoit  encores  ung  gros  inconvénient, 
dont  le  duc  de  Nemours  ne  nul  des  cappitaines  n'es- 
toit  adverty  ;  c'est  que  l'empereur  avoit  mandé  aux 
cappitaines  des  lansquenetz  que,  sur  leur  vie,  eussent 
à  leur^  retirer,  incontinent  sa  lettre  veue,  et  qu'ilz 
n'eussent  à  combatre  les  Espaignolz.  Entre  autres 
cappitaines  almans,  y  en  avoit  deux  principaulx; 
l'ung  s'appelloit  Philippes  de  Fribourg,  et  l'autre 
Jacob,  qui  si  gentil  compaignon  estoit,  et  de  fait  tous 
deux  estoient  vaillans  honmies  et  duytz  aux  armes. 
Geste  lettre  de  l'empereur  estoit  tumbée  es  mains  du 
cappitaine  Jacob.  Il  estoit  allé  veoir  le  roy  de  France 
quelquefois  en  son  royaulme  depuis  qu'il  estoit  à  son 
service,  où  il  luy  fut  fait  quelque  présent,  de  façon 
que  son  cueur  fut  tout  françois.  Pareillement  ce  duc 
de  Nemours  avoit  tant  gaigné  les  gens,  que  toils  ceulx 

i .  Sçavoir,  c'est-à-dire  pour  savoir. 

2.  G'est-àrdire  qu'ils  devaient  employer  la  force  pour  se  procurer 
des  vivres. 

3.  Leur,  se. 


300  HISTOIRE  DE  BAYART 

qu'il  avoit  avecques  luy  feussent  mors  à  sa  requeste. 
Entre  tous  les  cappitaines  françois,  n'y  en  avoit  nul 
que  le  cappitaine  Jacob  aymast  tant  qu'il  faisoit  le 
bon  chevalier,  et  commencea  ceste  amour  dès  le 
premier  voyage  de  l'empereur  devant  Padoue,  en  l'an 
mil  cinq  cens  et  neuf,  où  le  roy  de  France  luy  envoya 
cinq  ou  six  cens  hommes  d'armes  de  secours.  Quant 
il  eut  veu  la  lettre,  et  qu'il  eut  sceu  la  venue  du  bon 
chevalier,  le  vint  visiter  à  son  logis  avecques  son 
truchement  seulement  ;  car  de  tout  ce  qu'il  sçavoit  de 
François  c'estoit  :  c  Bonjour,  Monseigneur.  »  Hz  se 
firent  grant  chère  l'ung  à  l'autre,  comme  la  raison 
vouloit  et  que  chascun  cherche  son  semblable,  et  devi- 
sèrent de  plusieurs  choses,  sans  ce  que  personne  les 
ouyst.  Enfin  le  cappitaine  Jacob  déclaira  au  bon  che- 
valier ce  que  l'empereur  leur  avoit  mandé,  et  qu'il 
avoit  encores  les  lettres  que  personne  n'avoit  veues 
que  luy,  et  ne  les  vouloit  monstrer  à  nul  de  ses  com- 
paignons  ;  car  il  sçavoit  bien  que  si  leurs  lansquenetz 
en  estoient  advertis,  la  pluspart  ne  vouldroit  point 
combatre  et  se  retireroient  ;  mais  que  de  luy  il  avoit 
le  serment  au  roy  de  France  et  sa  soulde,  et  que  pour 
mourir  de  cent  mille  mors  ne  feroit  jamais  ceste 
meschanceté  qu'il  ne  combatist  ;  mais  qu'il  se  falloit 
haster,  car  il  estoit  impossible  que  l'empereur  ne 
renvoyast  bientost  autres  lettres,  lesquelles  pourroient 
venir  à  la  notice*  des  compaignons  de  guerre;  et  que, 
par  ce  moyen  les  François  pourroient  avoir  trop  de 
dommage,  car  lesditz  lansquenetz  estoit  la  tierce  part 
de  leur  force,  pour  y  en  avoir  environ  cinq  mille.  Le 

i.  Notice^  connaissance. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  301 

bon  chevalier,  qui  bien  congnoissoit  le  gentil  cueur 
du  cappitaine  Jacob,  le  loua  merveilleusement,  et  luy 
dist  par  la  bouche  de  son  truchement  :  c  Mon  com- 
paignon,  mon  amy,  jamais  vostre  cueur  ne  pensa  une 
meschanceté.  Vous  m'avez  autresfois  dit  qu'en  Âl- 
maigne  n'avez  pas  de  grans  biens  ;  nostre  maistre  est 
riche  et  puissant  comme  assez  entendez,  et  en  ung 
jour  vous  en  peult  faire,  dont  serez  riche  et  opulent 
toute  vostre  vie,  car  il  vous  ayme  fort,  et  je  le  sçay 
bien  ;  l'amour  croistra  davantage  quant  il  sera  informé 
de  l'honneste  tour  que  luy  faictes  à  présent ,  et  il  le 
sçaura,  aydant  Dieu,  quant  moy-mesmes  je  luy  deb- 
veroys  dire.  Velà  monseigneur  de  Nemours,  nostre 
chef,  qui  a  mandé  à  son  logis  tous  les  cappitaines  au 
conseil  ;  allons-y  vous  et  moy,  et  à  part  luy  déclai- 
rerons  ce  que  m'avez  dit.  —  C'est  bien  advisé,  dist  le 
cappitaine  Jacob,  allons-y.  >  Quant  ilz  furent  au  logis 
dudit  duc  de  Nemours  se  misrent  en  conseil  qui  dura 
longuement,  et  y  eut  de  diverses  oppinions;  car  les 
ungs  ne  conseilloient  point  le  combatre,  et  avoient 
de  bonnes  raisons,  disans  que  s'ilz  perdoient  ceste 
bataille,  toute  l'Ytalie  estoit  perdue  pour  le  roy  leur 
maistre,  et  que  d'entre  eulx  nul  n'en  eschapperoit, 
parce  qu'ilz  avoient  trois  ou  quatre  rivières  à  passer  ; 
que  tout  le  monde  estoit  contre  eulx,  pape,  roy  d'Es- 
paigne,  Véniciens  et  Suysses,  et  que  de  l'empereur 
n'estoient  pas  trop  asseurez;  parquoy  vauldroit 
mieulx  temporiser  que  se  bazarder  en  ceste  manière. 
Autres  disoient  qu'il  convenoit  combatre  ou  mourir 
de  faim  conmie  meschans  et  lasches  et  que  desjà 
estoient  trop  avant  pour  se  retirer  sinon  honteuse- 
ment et  en  désordre.  Bref  chascun  en  dist  son  oppi- 


302  HISTOIRE  DE  BAYAAT 

nion.  Le  bon  duc  de  Nemours  qui  avoit  desjà  parlé 
au  bon  chevalier  et  au  cappitaine  Jacob,  avoit  bien  au 
long  entendu  ce  que  l'empereur  avoit  mandé,  et  sça- 
voit  bien  qu'il  estoit  force  de  combatre,  aussi  qu'il  ne 
venoit  poste  que  le  roy  de  France  son  oncle  ne  luy 
mandast  de  donner  la  bataille,  et  qu'il  n'attendoit 
l'heure  d'estre  assailly  en  son  royaulme,  par  deux  ou 
trois  endroitz.  Il  demanda  toutesfois  encores  l'oppinion 
du  bon  chevalier,  lequel  dist  :  c  Monseigneur,  vous  sça* 
vez  que  je  vins  encores  hier  ;  je  ne  sçay  riens  de  Testât 
des  ennemys.  Messeigneurs  mes  compaignons  qui  les 
ont  veuz  et  escarmouchez  tous  les  jours,  qui  s'i  con- 
gnoissent  mieulx  que  moy,  je  les  ay  ouys,  les  ungs 
louer  la  bataille,  les  autres  la  blasmer;  et  puisqu'il 
vous  plaist  m'en  demander  mon  oppinion,  sauf  vostre 
révérence,  et  de  messeigneurs  qui  cy  sont,  je  la 
vous  diray.  Qu'il  ne  soit  vray  que  toutes  batailles  sont 
périlleuses,  si  est  ;  et  qu'il  ne  faille  bien  regarder  les 
choses  avant  que  venir  à  ce  point,  si  fait.  Mais  à  con- 
gnoistre  présentement  l'affidre  des  ennemys  et  de 
nous,  il  semble  quasi  diffîciUe  que  nous  puissions 
départir  sans  bataille,  la  raison  que  desjà  avez  faict 
voz  approuches  devant  ceste  ville  de  Ravenne,  laquelle 
demain  matin  voulez  canonner ,  et  la  berche  faicte  y  faire 
donner  l'assault.  Jà  estes  vous  adverty  que  le  sei- 
gneur Marc-Anthoine  Colonne  ^  qui  est  dedans  puis 
huyt  ou  dix  jours,  y  est  entré  soubz  la  promesse  et 
foy  jurée  de  domp  Raymon  de  Gardonne,  vis-roy  de 
Naples,  et  chief  de  l'armée  de  noz  ennemys,  de  son 

i.  Marc-Antoine  Golonna,  fils  de  Pierre- Antoine  Golonna.  U 
épousa  Lucrèce  Gara  de  Rovere,  nièce  du  pape  Jules  II,  et  fut 
tué  en  4522. 


PAR  LB  LOYAL   SERVITEUR.  303 

oncle  le  seigneur  Fabricio  Colonne  \  ensemble  du 
conte  Pedro  Navarre  et  de  tous  les  cappitaines,  que, 
s'il  peult  tenir  jusques  à  demain,  ou  pour  le  plus  tard 
au  jour  de  Pasques,  qu'ilz  le  viendront  secourir.  Or, 
lesditz  ennemys  le  luy  monstrent  bien,  car  ilz  sont  aux 
faulxbours  de  nostre  armée.  D'autre  costé,  tant  plus 
séjournerez  et  plus  maleureux  deviendrons ,  car  noz 
gens  n'ont  nulz  vivres,  et  fault  que  noz  chevaulx 
vivent  de  ce  que  les  saulles  gectent^  à  présent.  Et  puis 
vous  voyez  le  roy  nostre  maistre  qui  chascun  jour 
vousescriptde  donner  la  bataille,  et  que  non  seulement 
en  voz  mains  repose  la  seureté  de  son  duché  de  Milan, 
mais  aussi  tout  son  Estât  de  France,  veu  les  enne- 
mys qu'il  a  aujourd'huy.  Parquoy,  quant  à  moy,jesuis 
d'advis  qu'on  la  doibt  donner,  et  y  aller  saigement, 
car  nous  avons  afaire  à  gens  cauteleux  et  bons  com- 
batans.  Qu'elle  ne  soit  dangereuse,  si  est;  mais  une 
diose  me  réconforte  ;  les  Espaignolz  ont  esté  depuis 
ung  an  dans  ceste  Ronunaigne,  tousjours  nourriz  conmie 
le  poisson  en  l'eaue ,  et  sont  gras  et  repletz  ;  noz 
gens  ont  eu  et  ont  encores  grant  faulte  de  vivres,  par- 
quoy ilz  en  auront  plus  longue  alayne,  et  nous  n'avons 
mestier^  d'autre  chose  ;  car  qui  plus  longuement  com- 
batra,  le  camp  lui  demeurera.  >  Chascun  commença 
à  rire  du  propos,  car  si  bien  luy  advenoit  à  dire  ce 
qu'il  vouloit  que  tout  homme  y  prenoit  plaisir.  Les  sei- 
gneurs de  Lautrec,  de  la  Palisse,  le  grand  séneschal  de 


1.  Fabricio  Golonna,  duc  de  Pagliano,  fils  d'Odoard  Golonna, 
duc  de  Marsi;  il  épousa  Agnès  de  Montefeltre  et  mourut  en  4520. 

2.  De  ce  que  les  saulles  gectent,  des  pousses  de  saules. 

3.  Mestier^  besoin. 


30i  HISTOIRE  DE  BAYART 

Normandie,  le  seigneur  de  GrussoV,  et  tout  ou  la  plus- 
part  des  cappitaines  se  tindrent  à  l'oppinion  du  bon  che- 
valier, qui  estoit  de  donner  la  bataille ,  et  dès  l'heure 
en  furent  advertiz  tous  les  cappitaines  de  gens  de 
cheval  et  de  pied. 

Le  lendemain  matin,  qui  fut  le  vendredy  sainct, 
fut  canonnée  la  ville  de  Ravenne  bien  asprement, 
de  sorte  que  les  ennemys  de  leur  camp  enten- 
doient  bien  à  cler  les  coups  de  canon.  Si  délibé- 
rèrent, selon  la  promesse  qu'ilz  avoient  faicte,  de 
secourir  le  seigneur  Marc-Anthoine  Colonne  dedans 
le  jour  de  Pasques.  Durant  la  baterie  furent  blessez 
deux  gaillars  cappitaines  françois,  Tung  le  seigneur 
d'Espy,  maistre  de  l'artillerie,  et  l'autre  le  seigneur 
de  Ghastillon,  prévost  de  Paris,  de  coupz  de  hacque- 
bute,  l'ung  au  bras,  l'autre  à  la  cuysse,  dont  depuis 
ilz  moururent  à  Ferrare,  qui  fut  fort  gros  dommage. 
La  berche  faicte  à  la  ville,  ceulx  qui  avoient  esté 
ordonnez  pour  l'assault,  qui  estoient  deux  cens 
honmies  d'armes  et  trois  mille  honmies  de  pied,  s'ap- 
prochèrent. Le  reste  de  l'armée  se  mist  en  belle  et 
triumphante  ordonnance  de  bataille,  laquelle  désirée- 
ment  ilz  attendoient,  et  mille  ans  avoit  que  gens  ne 
furent  plus  délibérez  qu'ilz  estoient,  et  à  leurs  gestes 
sembloit  qu'ilz  allassent  aux  nopces.  Si  tindrent 
escorte  trois  ou  quatre  grosses  heures  à  leurs  gens 
ordonnez  pour  assaillir,  lesquelz  firent  à  la  ville  de 


i .  Jacques  de  Gnissol,  capitaine  de  200  archers,  grand  panetier 
de  France,  fils  de  Louis  de  Grussol,  s'  de  Baudinar  et  de  Jeanne 
de  Lévis,  dame  de  Florensac;  il  épousa  Simonne,  \icomtesse 
d'Uzès,  et  mourut  vers  4525. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  905 

lours  et  divers  assaulx,  et  y  fist  très  bien  son  debvoir 
le  vicoDte  d'EstogesS  lors  lieutenant  de  mesure 
Robert  de  la  Marche  2,  et  le  seigneur  Fédéric  de 
Bazolo,  car  plusieurs  fois  furent  gectez  du  hadt  du 
fossé  au  bas.  Si  les  assaillans  faisoient  bien  leur 
debvoir,  ceulx  de  la  ville  ne  se  faignoient  pas^  ;  et  là 
estoit  en  personne  le  seigneur  Marc-Anthoine  Cou- 
lonne,  qui  disoit  à  ses  gens  :  c  Messeigneurs,  tenons 
bon,  nous  serons  secouruz  dedans  demain  ou  di- 
menche,  je  vous  en  asseure  sur  mon  honneur.  La 
berche  est  fort  petite  ;  si  nous  sonunes  pris,  il  nous 
tournera  à  grande  lascheté,  et  davantage  il  est  fait  de 
nous.  »  Tant  bien  les  confortoit  ce  seigneur  Marc- 
Ânthoine  que  le  cueur  leur  croissoit  de  plus  en  plus  ; 
et  à  dire  aussi  la  vérité  la  berche  n'estoit  pas  fort 
raisonnable.  Quant  les  François  eurent  donné  cinq 
ou  six  assaulx  et  qu'ilz  veirent  qu'en  ceste  sorte 
n'emporteroient  pas  la  ville,  firent  sonner  la  retraicte, 
et  Dieu  leur  en  ayda  bien,  car  s'ilz  l'eussent  prise, 
jamais  n'en  eussent  retiré  les  aventuriers  pour  le 
pillage,  qui  eust  esté  peult-estre  occasion  de  perdre 
la  bataille.  Quant  le  duc  de  Nemours  sceut  que  ses 
gens  se  retiroient  de  l'assault,   il  fist  pareillement 


i .  René  d'Anglure,  vicomte  d'Estoges,  lieutenant  de  Robert  de 
La  Mark,  seigneur  de  Bouillon  et  de  Sedan,  fut  chambellan  du 
roi,  capitaine  de  cent  hommes  d'armes  :  il  était  fils  de  8imon 
d'Anglure  et  de  Jeanne  de  Neufchatel;  il  épousa  Catherine  du 
JEk)uzi  et  mourut  en  1529. 

2.  Robert  de  la  Marck,  seigneur  de  Sedan,  surnommé  le  jSan- 
glier  des  Ardennes,  fils  de  Robert  et  de  Jeanne  de  Mailli,  épousa 
Catherine  de  Croy-Chimay  et  mourut  en  1535. 

^.  Ne  se  faignoient  pas,  n'étaient  pas  fainéants. 

20 


306  msTomE  de  bayart 

retirer  rarmée  pour  le  soir,  affin  d'eulx  reposer,  car 
d'heure  en  autre  estoit  attendu  le  combat,  pour  estre 
leurs  ennemys  à  deux  mille  ou  environ  d'eulx.  Le 
soir  après  soupper,  plusieurs  cappitaines  estoient 
au  logis  dudit  duc  de  Nemours,  devisans  de  plusieurs 
dioses,  mesmement  de  la  bataille.  Si  adressa  sa 
paroUe  au  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche 
icelluy  seigneur  de  Nemours  et  luy  dist  :  c  Monsei- 
gneur de  Bayart,  avant  vostre  venue,  les  Espaignolz, 
par  de  noz  gens  qu'ilz  ont  prins  prisonniers,  deman- 
doient  tousjours  si  estiez  point  en  ce  camp ,  et  à  ce 
que  j'en  ay  entendu  font  grosse  estime  de  vostre  per- 
sonne. Je  serois  d'advis,  s'il  vous  semble  bon,  car  jà 
de  long-temps  congnoissez  leur  manière  de  faire,  que 
demain  au  matin  ilz  eussent  de  par  vous  quelque 
escarmouche,  de  sorte  que  les  puissez  faire  mettre  en 
bataille  et  que  voyez  leur  contenance.  »  Le  bon  cheva- 
lier, qui  pas  mieulx  ne  demandoit,  respondit  :  c  Mon- 
seigneur, je  vous  prometz  ma  foy  que ,  Diai  aydant, 
devant  qu'il  soit  demain  midy,  je  les  verray  de  si 
près  que  je  vous  en  rapporteray  des  nouvelles.  »  Là 
estoit  présent  le  baron  de  Béam,  lieutenant  du  duc 
de  Nemours,  lequel  estoit  advantureux  chevalier,  et 
tousjours  prest  à  l'escarmouche.  Si  pensa  en  soy- 
mesmes  que  le  bon  chevalier  seroit  bien  matin  levé 
s'il  la  dressoit  plus  tost  que  luy ,  et  assembla  aucuns 
de  ses  plus  privez,  ausquelz  il  déclaira  son  vouloir,  à 
ce  qu'ilz  se  tiensissent  prestz  au  jour  poignante  Vous 
orrez  ce  qu'il  en  advint. 

i.  Poignant,  pointaot. 


PAR   LB  LOYAL  8BRYITBUR.  307 


CHAPITRE  LIU- 

D'une  merveilleuse  escarmouche  qui  fut  entre  les  Fran* 
fais  et  les  Espaignolz  le  jour  devant  la  bataille  de 
RavennCy  où  le  bon  chevalier  fist  merveilles  d'armes. 

Suyvant  la  promesse  que  le  bon  chevalier  avoit  faicte 
au  duc  de  Nemours,  luy  arrivé  à  son  logis  appella  son 
lieutenant  le  cappitaine  Pierrepont,  son  enseigne,  son 
guydon  et  plusieurs  autres  de  la  compaignie,  ausquelz 
il  dist  :  c  Messeigneurs,  j'ay  promis  à  Monseigneur 
d'aller  demain  veoir  les  ennemys,  et  luy  en  apporter 
des  nouvelles  bien  au  vray;  il  fault  adviser  comment 
nous  ferons,  à  ce  que  nous  y  ayons  honneur.  Je  suis 
délibéré  de  mener  toute  la  compaignie,  et  demain 
desployer  les  enseignes  de  monseigneur  de  Lorraine, 
qui  n'ont  encores  point  esté  veues  ;  j'espère  qu'elles 
nous  porteront  bonheur;  ilz  resjouyront  beaucoup 
plus  que  les  cornètes.  Vous,  bastard  du  Fay,  dist-il  à 
son  guydon,  prendrez  cinquante  archiers  et  passerez 
le  canal  au  dessoubz  de  l'artillerie  des  Espaignolz,  et 
yrez  faire  l'alarme  dedans  leur  camp,  le  plus  avant 
que  vous  pourrez,  et  quant  vous  verrez  qu'il  sera 
temps  de  vous  retirer  sans  riens  bazarder,  le  ferez 
jusques  à  ce  que  trouvez  le  cappitaine  Pierrepont, 
qui  sera  à  vostre  queue  avecques  trente  hommes 
d'armes  et  le  reste  des  archiers;  et  si  tous  deux 
estiez  pressez,  je  seray  après  vous  à*  tout  le  reste  de 

i.  A,  avec. 


308  HISTOIRE  DE  BAYART 

la  compaignie  pour  vous  secourir.  Et  si  l'affaire  est 
conduit  comme  je  l'entends,  je  vous  asseure  sur  ma 
foy  que  nous  y  aurons  honneur.  »  Ghascun  entendit 
bien  ce  qu'il  a  voit  à  faire,  car  non  pas  seullement  les 
cappitaines  de  la  compaignie^  mais  il  n'y  avoit  honmie 
d'armes  en  icelle  qui  ne  méritast  bien  avoir  charge 
soubz  luy.  Tout  homme  s'en  alla  reposer  jusques  à 
ce  qu'ilz  ouyssent  la  trompette  qui  les  esveilla  au 
point  du  jour,  que  chascun  s'arma  et  mist  en  ordre 
comme  pour  faire  telle  entreprise  qu'ilz  avoient  en 
pensée.  Si  furent  desployées  et  mises  au  vent  les 
enseignes  du  gentil  duc  de  Lorraine  qu'il  faisoit  fort 
beau  veoir,  et  cela  resjouyssoit  les  cueurs  des  gentilz- 
honmies  de  la  compaignie  qui  commencèrent  à  mar- 
cher, ainsi  que  ordonné  avoit  esté  le  soir  précédent, 
en  trois  bendes,  à  trois  gectz  d'arc  l'une  de  l'autre. 
Riens  ne  sçavoit  le  bon  chevalier  de  l'entreprise  du 
baron  de  Béarn,  qui  desjà  s'est  oit  mis  aux  champs  et 
avoit  dressé  ung  chault  alarme  au  camp  des  enne- 
mys,  tant  qu'il  l'avoit  quasi  tout  mis  en  armes,  et  y 
fist  ledit  baron  très  bien  son  devoir  ;  mais  enfm  donna 
de  la  part  des  ennemys  deux  ou  trois  coups  de  canon 
dans  sa  troppe,  dont  de  l'ung  fut  emporté  le  bras 
droit  d'ung  fort  gaillart  gentilhomme  appelle  BazillacS 
et  d'ung  autre  fut  tué  le  cheval  du  seigneur  de  Ber- 
8ac%  galant  homme  d'armes,  et  tous  deux  de  la  com- 
paignie du  duc  de  Nemours,  lequel  fîit  bien  desplai- 
sant de  l'inconvénient  de  Bazillac,  car  il  l'aymoit  à 

1.  Pierre,  baron  de  Bazillac,  fils  de  Bernard  de  Bazillac;  gen- 
tilhomme du  Bigorre. 

2.  Philippe  de  Bersaques,  gentilhomme  flamand,  fils  de  Jacques 
de  Bersaques. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  309 

merveilles.  Après  ces  coups  d'artillerie,  tout  d'une 
flote  vont  donner  cent  ou  six  vingtz  hommes  d'armes 
espaignolz  et  néapolitains  sur  le  baron,  qui  contrainct 
fut  de  recuUer  le  pas,  du  pas  au  trot  et  du  trot  au 
galop,  tant  que  les  premiers  se  vindrentembatre^  sur 
le  bastard  du  Fay,  qui  s'arrestaet  en  advertit  le  bon 
chevalier,  lequel  luy  manda  incontinent  qu'il  se  gec- 
tast  en  la  troppe  du  cappitaine  Pierrepont,  et  luy- 
mesmes  s'avança  tant  qu'il  mist  toute  sa  compaignie 
ensemble.  Si  veit  retourner  le  baron  de  Béarn  et  ses 
gens  quasi  desconfitz  ;  et  les  suyvoient  Espaignolz  et 
Néapolitains  hardiement  et  fièrement,  lesquelz  repas- 
sèrent le  canal  après  luy.  Quant  le  bon  chevalier  les 
veit  de  son  costé  n'en  eust  pas  voulu  tenir  cent  mille 
escus,  si  commença  à  cryer  :  c  Avant,  compaignons, 
secourons  noz  gens  !  >  et  dist  à  ceulx  qui  fîiyoient  : 
«  Demeurez,  demourez,  hommes  d'armes,  vous  avez 
bon  secours.  »  Si  se  mect  le  beau  premier  en  une 
troppe  des  ennemys  de  cent  à  six  vingtz  hommes 
d'armes.  Il  estoit  trop  aymé,  et  fut  bien  suivy.  De  la 
première  pointe  en  fut  porté  par  terre  cinq  ou  six. 
Toutesfois  les  autres  se  misrent  en  deffense  très  hon- 
nestement  ;  mais  enfin  tournèrent  le  dos  et  se  misrent 
au  grant  galop  droit  au  canal,  lequel  ilz  repassèrent 
à  grosse  diligence.  L'alarme  estoit  desjà  en  leur 
camp,  de  sorte  que  tout  estoit  en  bataille,  gens  de 
pied  et  de  cheval.  Ce  nonobstant,  le  bon  chevalier  les 
mena  bâtant  et  chassant  jusques  bien  avant  en  leur- 
dit  camp,  où  il  fist,  et  ceulx  de  sa  compaignie,  mer- 

1.  Embalre,  abattre. 


340  HISTOIRE  DE  BÀYÀRT 

veilles  d'armes,  car  ilz  abatirent  tentes  et  pavillons, 
et  poussèrent  par  terre  ce  qu*ilz  trouvèrent.  Le  bon 
chevalier,  qui  avoit  tousjours  Tœil  au  boys  S  va 
advîser  une  troppe  de  deux  ou  trois  cens  hommes 
d'armes  qui  venoient  le  grant  trot,  serrez  en  gens 
de  guerre.  Si  dist  au  cappitaine  Pierrepont  :  c  Reti- 
rons-nous, car  vecy  trop  gros  effort,  i  La  trompette 
sonna  la  retraicte,  qui  ait  faicte  sans  perdre  ung 
honmie  et  repassèrent  le  canal  marchans  droit  en 
leur  camp.  Quant  les  Espaignolz  veirent  qu'ilz  estoient 
repassez  et  qu'ilz  perdoient  leur  peine  d'aller  après, 
se  retirèrent.  Bien  en  passa  cinq  ou  six  qui  deman- 
dèrent à  rompre  leur  lance,  mais  le  bon  chevalier  ne 
voulut  jamais  que  homme  tournast,  combien  que  de 
plusieurs  de  ses  gens  en  feust  assez  requis  ;  mais  il 
doubtoit  que  par  là  se  levast  nouvelle  escarmouche , 
et  ses  gens  estoient  assez  travaillez  pour  le  jour.  Le 
bon  duc  de  Nemours  avoit  desjà  sceu  comment  tout 
l'affaire  estoit  allé,  avant  que  le  bon  chevalier  arri- 
vast,  auquel,  quant  il  l'apperceut,  combien  que  très 
dolent  feust  de  l'inconvénient  de  Bazillac,  le  vint  em- 
brasser et  luy  dist  :  c  C'est  vous  et  voz  semblables, 
monseigneur  de  Bayart,  mon  amy,  qui  doivent  aller 
aux  escarmouches,  car  bien  sagement  sçavez  aller  et 
retourner,  i  Tous  ceulx  qui  estoient  en  ceste  dure 
escarmouche  disoient  qu'oncques  n'avoient  veu 
honmie  faire  tant  d'armes  ne  qui  mieulx  entendist 
la  guerre  que  le  bon  chevalier.  Le  lendemain  y 
en  eut  une  plus  aspre  et  cruelle,  et  dont  Fran- 
çois et  Espaignolz  mauldiront  la  journée  toute  leur 
vie. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  311 


CHAPITRE  LIV. 

De  la  cruelle  et  furieuse  bataille  de  Ravenne^  oik  les 
Espaignolz  et  Neapolitains  furent  desconfitZj  et  de 
la  mort  du  gentil  duc  de  Nemours. 

Au  retour  de  ceste  chaulde  escarmouche  qu'avoît 
faicte  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche 
et  après  le  disner,  furent  assemblez  tous  les  cappi- 
taines,  tant  de  cheval  que  de  pied,  au  logis  du  ver- 
tueux duc  de  Nemours,  le  passe-preux  de  tous  ceulx 
qui  furent  deux  mille  ans  a  ;  car  on  ne  lyra  point  en 
cronicque  ne  hystoire,  d'empereur,  roy,  prince  ne 
autre  seigneur  qui,  en  si  peu  de  temps,  ait  fait  de  si 
belles  choses  que  luy  ;  mais  cruelle  mort  le  print  en 
Taage  de  vingt  et  quatre  ans,  qui  fut  abaissement  et 
dommage  irréparable  à  toute  noblesse.  Or,  les  cap- 
pitaines  assemblez  commença  sa  paroUe  le  gentil  duc 
de  Nemours  et  leur  dist  :  t  Messeigneurs,  vous  voyez  le 
pays  où  nous  sommes  et  comment  vivres  nous  deffail- 
lent  ;  et  tant  plus  demourerions  en  ceste  sorte  et  tant 
plus  languirions.  Ceste  grosse  ville  de  Ravenne  nous 
fait  barbe^  d'ung  costé  ;  les  ennemys  sont  à  la  portée 
d'ung  canon  de  nous  ;  les  Yéniciens  et  Suysses,  ainsi 
que  m'escript  le  seigneur  Jehan-Jacques,  font  myne 
de  descendre  ou  duché  de  Milan,  où  vous  sçavez  que 
nous  n'avons  laissé  gens  sinon  bien  peu.  Davantage 
le  roy  mon  oncle  me  presse  tous  les  jours  de  donner 

i.  Faire  barbe,  narguer. 


312  HISTOIRE  DE  BAYART 

la  bataille ,  et  croy  qu'il  m'en  presseroit  encores  plus 
s'il  sçavoit  comment  nous  sommes  abstrainctz^  de 
vivres.  Parquoy,  ayant  regard  à  toutes  ces  choses, 
me  semble,  pour  le  prouffit  de  nostre  maistre  et  pour 
le  nostre,  que  plus  ne  devons  délayer^,  mais 
avecques  Tayde  de  Dieu,  qui  y  peult  tout,  aillons 
trouver  noz  ennemys.  Si  la  fortune  nous  est  bonne, 
nous  l'en  louerons  et  remercirons;  si  elle  nous  est 
contraire,  sa  voulenté  soit  faicte.  De  ma  part  et  à 
mon  souhait,  povez  assez  penser  que  j'en  désire  le 
gaing  pour  nous,  mais  j'aymerois  mieulx  y  mourir 
qu'elle  feust  perdue.  Et  si  tant  Dieu  me  veult  oublier 
que  je  la  perde,  les  ennemys  seront  bien  lasches  de 
me  laisser  vif,  car  je  ne  leur  en  donneray  pas  les 
occasions.  Je  vous  ay  icy  tous  assemblez  affin  d'en 
prendre  une  occasion.  »  Le  seigneur  de  la  Palisse 
dist  qu'il  n'estoit  riens  plus  certain  qu'il  failloit 
donner  la  bataille,  et  plustost  se  gecteroient  hors  de 
péril.  De  ceste  mesme  oppinion  furent  les  seigneur  de 
Lautrec,  grant - séneschal  de  Normandie,  grant- 
escuyer  de  France^,  le  seigneur  de  Grussol,  cappi- 
taine  Loys  d'Ars  et  plusieurs  autres,  lesquelz  pria- 
drent  conclusion,  que  le  lendemain,  qui  estoit  le 
jour  de  Pasques,  yroient  trouver  leurs  ennemys.  Si 
fut  dressé  ung  pont  de  bateaulx  sur  ung  petit  canal 
qui  estoit  entre  les  deux  armées,  pour  passer  l'artil- 
lerie et  les  gens  de  pied,  car  des  gens  de  cheval  ilz 


i.  Abstraifictz,  dépourvus. 

2.  Délayer,  retarder. 

3.  Galeas  de  Saint-Séverin,  gendre  de  Ludovic  le  More,  duc  de 
Milan  ;  il  fut  grand  écuyer  de  France  de  1505  jusqu'à  sa  mort, 
arrivée  à  la  bataille  de  Pavie  (1524). 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  313 

traversoient  le  canal  bien  à  leur  aise,  parce  que  aux 
deux  bortz  on  avoit  fait  des  esplanades.  Le  bon  che- 
valier sans  paour  et  sans  reprouche  dist,  présent  toute 
la  compagnie,  qu'il  seroit  bon  de  faire  Tordonnance 
de  la  bataille  sur  l'heure,  affin  que  chascun  sceust 
où  il  deveroit  estre,  et  qu'il  avoit  entendu  par  tout 
plain  de  prisonniers  qui  avoient  esté  au  camp  des 
Espaignolz  qu'ilz  ne  faisoient  que  une  troppe  de  tous 
leurs  gens  de  pied  et  deux  de  leurs  gens  de  cheval,  et 
que  sur  cela  se  failloit  renger  ;  les  plus  apparans  de  la 
compaignie  dirent  que  c'estoit  fort  bien  parlé  et  qu'il 
y  failloit  adviser  sur  l'heure;  ce  qui  fut  fait  en  ceste 
sorte  :  c'est  que  les  lansquenetz  et  les  gens  de  pied 
des  cappitaines  Molart,  Bonnet,  Maugiron,  baron  de 
Grantmont,  Bardassan  et  autres  cappitaines,  jusques 
au  nombre  de  dix  mille  honmies,  marcher  oient  tous 
en  une  flote,  et  les  deux  mille  Gascons  du  cappitaine 
Odet  et  du  capdet  de  Duras  à  leur  costé;  lesquelz 
tous  ensemble  yroient  eulx  parquer  à  la  portée  d'ung 
canon  des  ennemys,  et  devant  eulx  seroit  mise  l'ar- 
tillerie ;  et  puis  à  coup  de  canon,  les  ungs  contre  les 
autres,  à  qui  premier  sortiroit  de  son  fort;  car  les 
Espaignolz  se  logeoient  tousjours  en  lieu  avantageux, 
comme  assez  entendrez.  Joignant  les  gehs  de  pied, 
seroient  le  duc  de  Ferrare  et  seigneur  de  la  Palisse, 
chefz  de  l'avant-garde,  avecques  leurs  compaignons  ;  et 
quant  et  eulx  les  gentilzhommes,  soubz  le  grant 
séneschal  de  Normandie,  le  grant  escuyer,  le  sei- 
gneur d'Ymbercourt,  la  Crote,  le  seigneur  Théode 
de  Trévolz,  et  autres  cappitaines,  jusques  au  nombre 
de  huyt  cens  hommes  d'armes,  et  ung  peu  au-dessus, 
et  viz-à-viz  d'eulx,  seroit  le  duc  de  Nemours  avecques 


314  HI8T0IRE  DE   BAYART 

sa  compaignie,  le  seigneur  de  Lautrec  son  cousin, 
qui  fist  merveilles  d'armes  ce  jour,  le  seigneur 
d'Âlègre,  le  cappitaine  Loys  d'Ars,  le  bon  chevalier 
et  autres,  jusques  au  nombre  de  quatre  à  cinq  cens 
hommes  d'armes  ;  et  les  gens  de  pied  ytaliens ,  dont 
il  y  avoit  quatre  mille  ou  environ,  soubz  la  charge 
de  deux  frères  gentilzhonmies  de  Plaisance,  les 
contes  NicoUe  et  Francisque  Scot,  du  marquis  Males- 
pine^  et  autres  cappitaines  ytaliens,  demourer oient 
deçà  le  canal  pour  donner  seureté  au  bagaige,  de 
paour  que  ceulx  de  Ravenne  ne  sortissent.  Et  fut 
ordonné  chief  de  tous  les  guydons  le  bastard  duFay, 
qui  passeroit  le  pont,  et  s'en  donneroit  garde*  jusques 
à  ce  qu'il  feust  mandé. 

Les  choses  ainsi  ordonnées  et  le  lendemain  matin 
venu ,  commencèrent  premier  à  passer  les  lansque- 
netz.  Quoy  voyant  par  le  gentil  seigneur  de  Molart 
dist  à  ses  rustres  :  c  Gomment,  compaignons,  nous 
sera-il  reprouché  que  les  lansquenetz  soient  passez 
du  costé  des  ennemys  plustost  que  nous  ?  J'aymerois 
mieulx,  quant  à  moy,  avoir  perdu  ung  œil.  i  Si  com- 
mencea,  parce  que  les  lansquenetz  occupoient  le  pont, 
à  se  mettre  tout  chaussé  et  vestu  au  beau  gué  dedans 
l'eaue  et  ses  gens  après.  Et  fault  sçavoir  que  l'eaue 
n'estoit  point  si  peu  profonde  qu'ilz  n'y  f eussent 
jusques  au-dessus  du  cul  ;  et  firent  si  bonne  diligence 


1.  Nicolas  et  François  Scotti  étaient  d'une  noble  famille  de 
Milan. 

Alberic  Malaspina,  marquis  de  Massa  et  Carrara,  fils  de 
Jacques  Malaspina  et  de  Thadée  Pic  de  la  Mirandole  ;  il  épousa 
Lucrèce  d'Este-Ferrare. 

2.  S'en  donner  garde,  en  a^oir  la  garde. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  315 

qu'ilz  furent  plustost  passez  que  lesditz  lansquenetz. 
Ce  fait,  fut  toute  l'artillerie  passée  et  mise  devant 
lesditz  gens  de  pied  qui  tantost  se  misrent  en 
bataille.  Après  passa  Favant-garde  des  gens  de  che- 
val et  puis  la  bataille. 

Sur  ces  entrefaictes,  fault  que  je  vous  face  ung 
incident.  Le  gentil  duc  de  Nemours  partit  assez 
matin  de  son  logis,  armé  de  toutes  pièces,  ex- 
cepté de  l'armet.  Il  avoit  ung  fort  gorgias  acous- 
trement  de  broderie  aux  armes  de  Navarre  et 
de  Foix,  mais  il  estoit  fort  pesant.  En  sortant  de 
sondit  logis,  regarda  le  soleil  jà  levé  qui  estoit  fort 
rouge  ;  si  conmiencea  à  dire  à  la  compaignie  qui  estoit 
autour  de  luy  :  t  Regardez,  messeigneurs,  comme  le 
soleil  est  rouge.  >  Là  estoit  ung  gentilhomme  qu'il 
aymoit  à  merveilles,  fort  gentil  compaignon,  qui 
s'appelloit  Haubourdin*,  qui  luy  respondit  :  c  Sça- 
vez-vous  bien  que  c'est  à  dire,  monseigneur?  il 
mourra  aujourd'huy  quelque  prince  ou  grand  cappi- 
taine;  il  fault  que  ce  soit  vous  ou  le  vis-roy.  »  Le  duc 
de  Nemours  se  print  à  rire  de  ce  propos,  car  il  pre- 
Doit  en  jeu  toutes  les  parolles  dudit  Haubourdin.  Si 
s'en  alla  jusques  au  pont  veoir  achever  de  passer  son 
armée,  laquelle  faisoit  merveilleuse  diligence.  Cepen- 
dant le  bon  chevalier  le  vint  trouver  qui  luy  dist  : 
€  Monseigneur,  allons  nous  esbatre  ung  peu  le  long 
de  ce  canal  en  attendant  que  tout  soit  passé.  >  A  quoy 
s'accorda  le  duc  de  Nemours  ;  et  mena  en  sa  compai- 
gnie le  seigneur  de  Lautrec,  le  seigneur  d'Alègre  et 


1.  Fleuranges  attribue  cette  réplique  au  b&tard  de  Ghimay.  Le 
vicomte  de  Haubourdin  était  de  la  famille  flamande  de  Ghastel. 


316  mSTOIRE  DE  BAYART 

quelques  autres,  jusques  au  nombre  de  vingt  che- 
vaulx.  L'alarme  estoit  gros  au  camp  des  Espaignolz, 
comme  gens  qui  s'attendoient  d'avoir  la  bataille  en 
ce  jour,  et  se  mettoient  en  ordre  conmie  pour  rece- 
voir leurs  mortelz  ennemys.  Le  duc  de  Nemours, 
allant  ainsi  à  Tesbat,  commencea  à  dire  au  bon  che- 
valier :  €  Monseigneur  de  Bayart,  nous  sommes  icy 
en  bute  fort  belle  ;  s'il  y  avoit  des  hacquebutiers  du 
costé  de  delà  cachez,  ilz  nous  escarmoucheroicnt  à 
leur  aise.  »  Et  sur  ces  parolles  vont  adviser  une 
troppe  de  vingt  ou  trente  gentilzhommes  espaignolz, 
entre  lesquelz  estoit  le  cappitaine  Pedro  de  Pas,  chef 
de  tous  leurs  genetaires,  et  estoient  lesditz  gentilz- 
honunes  à  cheval.  Si  s'avança  le  bon  chevalier  vingt 
ou  trente  pas,  et  les  salua  en  leur  disant  :  c  Messei- 
gneurs,  vous  vous  esbatez  conmie  nous,  en  attendant 
que  le  beau  jeu  se  commence.  Je  vous  prie  qu'on  ne 
tire  point  de  coups  de  hacquebute  de  vostre  costé, 
et  on  ne  vous  en  tirera  point  du  nostre.  i  Le  cappi- 
taine Pedro  de  Pas  luy  demanda  qu'il  estoit,  et  il 
se  nomma  par  son  nom;  quant  il  entendit  que  c'es- 
toit  le  cappitaine  Bayart  qui  tant  avoit  eu  de  renom- 
mée au  royaulme  de  Naples,  fut  joyeulx  à  merveilles. 
Si  luy  dist  en  son  langaige  :  c  Sur  ma  foy,  monsei- 
gneur de  Bayart,  encores  que  je  soye  tout  asseuré  que 
nous  n'avons  riens  gaigné  en  vostre  arrivée,  mais 
par  le  contraire  j'en  tiens  vostre  camp  enforcy  de 
deux  mille  hommes,  si  suis-je  bien  aise  de  vous 
veoir.  Et  pleust  à  Dieu  qu'il  y  eust  bonne  paix  entre 
vostre  maistre  et  le  mien,  à  ce  que  peussions  deviser 
quelque  peu  ensemble,  car  tout  le  temps  de  ma  vie 
vous  ay  aymé  par  vostre  grande  prouesse.  »  Le  bon 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  317 

chevalier,  qui  tant  courtois  estoit  que  nul  plus,  luy 
rendit  son  change  au  double.  Si  regardoit  Pedro  de 
Pas  que  chascun  honnoroit  le  duc  de  Nemours,  qui 
demanda  :  t  Seigneur  de  Bayart,  qui  est  ce  seigneur 
tant  bien  en  ordre  et  à  qui  voz  gens  portent  tant  d'hon- 
neur. >  Le  bon  chevalier  luy  respondit  :  t  C'est  nostre 
chef,  le  duc  de  Nemours,  nepveu  de  nostre  prince 
et  frère  à  vostre  royne.  i  A  grant  peine  il  eut  achevé 
son  propos  que  le  cappitaine  Pedro  de  Pas  et  tous 
ceulx  qui  estoient  avecques  luy  misrent  pied  à  terre 
et  commencèrent  à  dire  adressans  leurs  parolles  au 
noble  prince  :  t  Seigneur,  sauf  l'honneur  et  le  ser- 
vice du  roy  nostre  maistre,  vous  déclairons  que  nous 
sommes,  et  voulons  estre  et  demourer  à  jamais  voz 
serviteurs,  i  Le  duc  de  Nemours,  comme  plein  de 
courtoisie,  les  remercia,  et  puis  leur  dist  :  t  Messei- 
gneurs,  je  voy  bien  que  dedans  aujourd'huy  nous  sçau- 
rons  à  qui  demourera  la  campaigne,  à  vous  ou  à 
nous;  mais  à  grant  peine  se  desmeslera  cest  affaire 
sans  grande  effusion  de  sang.  Si  vostre  vis-roy  vou- 
loit  vuyder  ce  diff'érent  de  sa  personne  à  la  mienne, 
je  ferois  bien  que  tous  mes  amys  et  compaignons 
qui  sont  avecques  may  s'i  consentiront  :  et  si  je  suis 
vaincu,  s'en  retourneront  ou  duché  de  Milan  et  vous 
laisseront  paisibles  par  deçà;  aussi  s'il  est  vaincu,  que 
tous  vous  vous  en  retourniez  au  royaulme  de  Naples.» 
Quant  il  eutachevé  son  dire,  luy  fut  incontinent  respondu 
par  ung  dit  le  marquis  de  la  Padule  :  c  Seigneur,  je  croy 
que  vostre  gentil  cueur  vous  feroit  voulentiers  faire 
ce  que  vous  dictes,  mais,  à  mon  advis,  que  notre  vis- 
roy  ne  se  fiera  point  tant  à  sa  personne  qu'il  s'accorde 
à  vostre  dire.  —  Or,  adieu  doncques,  messeigneurs, 


318  HISTOIRE  DE  BAYÀRT 

dist  le  gentil  prince;  je  m'en  vois  passer  Teaue,  et 
prometz  à  Dieu  de  ne  la  repasser  de  ma  vie  que  le 
camp  ne  soit  vostre  ou  nostre.  >  Ainsi  se  despartit  des 
Ëspaignolz  le  bon  duc  de  Nemours. 

Allant  et  venant,  veoient  tout  acier^  les  ennemys,  et 
comment  ilz  se  mettoient  en  bataille,  mesmement  leur 
avant-garde  de  gens  de  cheval,  dont  estoit  chef  le  sei- 
gneur Fabricio  Goulonne,  et  se  montroiten  belle  veue  et 
toute  descouverte.  Si  en  parlèrent  le  seigneur  d'Alègre 
et  le  bon  chevalier  au  duc  de  Nemours,  et  luy  dirent  : 
€  Monseigneur,  vous  voyez  bien  ceste  troppe  de  gens 
de  cheval.  —  Ouy,  dist-il,  ilz  sont  en  belle  veue.  — 
Par  ma  foy!  dist  le  seigneur  d'Alègre,  qui  vouldra 
amener  icy  deux  pièces  d'artillerie  seulement  on  leur 
fera  ung  merveilleux  dommage,  i  Cela  fut  trouvé 
très  bon ,  et  luy-mesmes  alla  faire  amener  ung  canon 
et  une  longue  coule vrine.  Desjà  les  Ëspaignolz  avoient 
commencé  à  tirer  de  leur  camp,  qui  estoit  fort  à  mer^ 
veilles,  car  ilz  avoient  ung  bon  fossé  devant  eulx. 
Derrière  estoient  tous  leurs  gens  de  pied  couchez  sur 
le  ventre  pour  double  de  l'artillerie  des  François; 
devant  eulx  estoit  toute  la  leur  en  nombre  de  vingt 
pièces,  que  canons,  que  longues  coulevrines,  et  envi- 
ron deux  cens  hacquebutes  à  croc,  et  entre  deux 
hacquebutes,  avoient  sur  petites  charrettes  à  roues 
de  grans  pièces  de  fer  acéré  et  trenchant,  en  manière 
d'un  ronçon,  pour  faire  rooller  dedans  les  gens  de 
pied  quant  ilz  vouldroient  entrer  parmy  eubc.  A  leur 
esle  estoit  leur  avant-garde,  que  conduysoit  le  sei- 

1.  Acier;  je  n'ai  rencontré  nulle  part  ce  mot  qui  est  peut-être 
une  faute  d'impression.  Il  pourrait  s'écrire  en  deux  mots,  à  cier, 
et  dans  ce  cas  signifier  avec  certitude. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  319 

gneur  Fabricio  Colonne,  où  il  y  avoit  environ  huyt 
cens  honunes  d'armes;  et  ung  peu  plus  hault  estoit 
la  bataille  9  en  laquelle  avoit  plus  de  quatre  cens 
hommes  d'armes  que  menoit  le  vis-roy  domp  Raymon 
de  Gardonne  ;  et  joignant  de  luy  avoit  seulement  deux 
mille  Ytaliens  que  menoit  Ramassot  ;  mais  quant  à  la 
gendarmerie,  on  n'en  ouyt  jamais  parler  de  mieulx 
en  ordre  ne  mieulx  montez.  Le  duc  de  Nemours  passé 
qu'il  eust  la  rivière  commanda  que  chascun  marchast. 
Les  Espaignolz  tiroient  en  la  troppe  des  gens  de  pied 
françois  comme  en  une  bute ,  et  en  tuèrent,  avant  que 
venir  au  combat,  plus  de  deux  mille  ;  ilz  tuèrent  aussi 
deux  triumphans  honmies  d'armes,  l'ung  appelé 
Jaffes  et  l'autre  l'Hérisson.  Aussi  moururent  ensemble 
d'ung  mesme  coup  de  canon  ces  deux  vaillans  cappi- 
taines,  le  seigneur  de  Molart  et  Philippes  de  Fri- 
bourg  ^  qui  fut  ung  gros  donunage  et  grand  desa- 
vantage pour  les  François,  car  ilz  estoient  deux 
apparens  et  aymez  cappitaines,  surtout  le  seigneur  de 
Molart,  car  tous  ses  gens  se  feussent  faitz  mourir  pour 
luy.  Il  fault  entendre  que,  nonobstant  toute  l'artillerie 
tirée  par  les  Espaignolz,  les  François  marchoient 
tousjours.  Les  deux  pièces  que  le  seigneur  d'Alègre 
et  le  bon  chevalier  avoient  fait  retourner  deçà  le 
canal  tiroient  incessamment  en  la  troppe  du  seigneur 

i.  Fieuranges  prétend  (chap.  xxix)  que  le  capitaine  Molart 
fut  tué  avec  le  capitaine  Jacob,  et  non  avec  Philippe  de  Fri- 
bourg.  c  M.  de  Molart  et  le  capitaine  Jacob,  dit-il,  s'eston- 
noient  fort  de  Tartillerie,  car  ils  avoient  esté  trois  heures  en  ceste 
peine  et  n'avoient  où  se  coucher.  Se  commencèrent  à  seoir  luy  et 
le  capitaine  Jacob  et  demandèrent  à  boire,  et  en  buvant  ung 
coup  de  canon  les  emporta  tous  deux,  qui  feust  ung  grant  dom* 
maige.  » 


320  HISTOIRE  DE  BAYART 

Fabricio,  qui  luy  faisoient  ung  dommage  non  croyable, 
car  il  luy  fut  tué  trois  cens  honmies  d'armes ,  et  dist 
depuis,  luy  estant  prisonnier  à  Fetrare,  que  d'ung 
coup  de  canon  luy  avoit  esté  emporté  trente-trois 
hommes  d'armes.  Gela  faschoit  fort  aux  Ëspaignolz, 
car  ilz  se  veoyent  tuez  et  ne  sçavoient  de  qui  ;  mais 
le  cappitaine  Pedro  Navarre  avoit  si  bien  conclud  en 
leur  conseil,  qu'il  estoit  ordonné  qu'on  ne  sortiroit 
point  du  fort  jusques  à  ce  que  les  François  les  y 
allassent  assaillir,  et  qu'ilz  se  defferoient  d'eulx- 
mesmes.  Il  n'estoit  riens  si  vrai;  mais  il  ne  ftit  plus 
possible  au  seigneur  Fabricio  de  tenir  ses  gens,  qui 
disoient  en  leur  langage  :  c  Coerpo  de  DioSy  sommas 
matados  del  delo;  vamos  combater  los  umbres!^  »  Et 
commencèrent  pour  évader  ^  ces  coups  d'artillerie  à 
sortir  de  leur  fort  et  entrer  en  ung  beau  champ  pour 
aller  combatre.  Ilz  ne  prindrent  pas  le  chemin  droit 
à  l'avant-garde,  mais  advisèrent  la  bataille  où  estoit 
ce  vertueux  prince,  duc  de  Nemours,  avec  petite 
troppe  de  gendarmerie  si  tirèrent  à  ceste  part. 
Les  François  de  la  bataille,  joyeulx  d'avoir  le  premier 
combat,  baissèrent  la  veue,  et  d'ung  hardy  courage 
marchèrent  droit  à  leurs  ennemys,  lesquelz  se  mis- 
rent  en  deux  troppes,  pour  par  ce  moyen  enclorre 
oeste  petite  bataille.  De  ceste  ruse  s'apperceut  bien 
le  bon  chevalier,  qui  dist  au  duc  de  Nemours  : 
c  Monseigneur,  mectons  nous  en  deux  parties  jusques 
à  ce  qu'ayons  passé  le  fossé,  car  ilz  nous  veullent 
enclorre.   »  Gela  fut  incontinent  faict  et  se  depar- 

i.  Pour  :  Cuerpo  de  Dios!  Somas  matados  del  delo  :  vamos  oom^ 
bâter  à  los  hombres, 
2.  Évader,  éviter. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  321 

tirent.  Les  Espaignolz  firent  ung  bruyt  et  ung  cry 
merveilleux  '  à  TaJjorder  :  t  Espaigne  !  Espaigne  ! 
Santr-Yago  !  aux  cavailles  !  aux  cavailles  !  ^  >  Furieuse- 
ment venoient,  mais  plus  furieusement  furent  receuz 
des  François  qui  cryoient  aussi  :  t  France  !  France  ! 
aux  chevaulx,  aux  chevaulx!  »  Car  les  Espaignolz 
ne  taschoient  à  autre  chose,  sinon  d'arrivée^  tuer  les 
chevaulx,  pour  ce  qu'ilz  ont  ung  proverbe  qui  dist  : 
c  Moerto  el  cavaillOy  perdido  Vumbre  d'armes^.  »  Depuis 
que  Dieu  créa  ciel  et  terre  ne  fîit  veu  ung  plus  cruel 
ne  dur  assault  que  François  et  Espaignolz  se  livrè- 
rent les  ungz  aux  autres,  et  dura  plus  d'une  grande 
demy-heure  ce  combat.  Hz  se  reposoient  les  ungz 
devant  les  autres  pour  reprendre  leur  alayne,  puis 
baissoient  la  veue  et  recommenceoient  de  plus  belle, 
criant  :  t  France  et  Espaigne  !  »  le  plus  impétueuse- 
ment du  monde.  Les  Espaignolz  estoient  la  moytié 
plus  que  les  François.  Si  s'en  courut  le  seigneur 
d'Âlégre  droit  à  son  avant-garde,  et  de  loing  ad  visa 
la  bende  de  messire  Robert  de  la  Marche,  qui  por- 
toient  en  devise  blanc  et  noir  ;  si  leur  escria  :  c  Blanc 
et  noir,  marchez  !  marchez  !  et  aussi  les  archiers  de 
la  garde*,  i  Le  duc  de  Ferrare  et  le  seigneur  de  la 


i .  Le  texte  porte  par  erreur  :  aux  canailles,  qui  est  évidemment 
mis  là  pour  :  a.los  cavallos.  Sur  cette  tactique  des  Espagnols  de 
blesser,  les  chevaux  pour  démonter  les  cavaliers,  comparer  le  récit 
du  combat  de  13  contre  13  raconté  au  chap.  xxii  (p.  113). 

2.  D'arrivét,  dès  le  début. 

3.  Pour  :  Muerto  el  caballo,  perdido  el  hombre  de  armas, 

4.  Vint  M.  d'Alégre  prier  à  M.  de  la  Palice  en  disant  :  •  Mon- 
sieur, la  bataille  est  perdue  si  vous  ne  nous  envoyez  la  bande  de 
M.  de  Sedan  i  et  incontinent  le  vicomte  d'Estoges  qui  la  menoit 
partit  et  toute  la  bande  avecques  luy,  criant  :  La  Marche  !  Et  si 


328  HISTOIRE   DE  BAYART 

Palisse  pensèrent  bien  que  sans  grant  besoing  le  sei- 
gneur d'Alègre  né  les  estoit  pas  venu  quérir,  si  les 
firent  incontinent  desloger  et  à  bride  abatue  vindrent 
secourir  le  duc  de  Nemours  et  sa  bende,  laquelle 
combien  qu'elle  feust  de  peu  de  nombre  reculloient 
tousjours  peu  à  peu  les  Espaignob;,  A  l'arrivée  de 
ceste  fresche  bende,  y  eut  un  terrible  butin  ^;  car 
Espaignolz  furent  vivement  assaillis.  Les  archiers  de 
la  garde  avoient  de  petites  coignées  dont  ilz  faisoient 
leurs  loges  ^,  qui  estoient  pendues  à  l'arson  de  la  selle 
des  chevaulx;  ilz  les  misrent  en  besongne  et  don- 
noient  de  grans  et  rudes  coups  sur  Farmet  de  ses 
Espaignolz  y  qui  les  estonnoit  merveilleusement. 
Oncques  si  furieux  combat  ne  fut  veu;  mais  enfîir 
convint  aux  Espaignolz  habandonner  le  camp,  sur 
lequel  entre  deux  fossez  moururent  trois  ou  quatre 
cens  hommes  d'armes.  Aucuns  princes  du  royaulme 
de  Naples  y  furent  prins  prisonniers,  ausquelz  on 
sauva  la  vie.  Ghascun  se  vouloit  mettre  à  la  chasse; 
mais  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche 
dist  au  vaillant  duc  de  Nemours,  qui  estoit  tout  plein 
de  sang  et  de  cervelle  d'ung  de  ses  hommes  d'armes 
qui  avoit  esté  emporté  d'une  pièce  d'artillerie  : 
€  Monseigneur,  estes-vous  blessé?  —  Non ,  dist-il, 
Dieu  mercy,  mais  j'en  ay  bien  blessé  d'autres.  — 
Or,  Dieu  soit  loué,  dist  le  bon  chevalier,  vous  avez 


les  suivirent  les  deux  cents  archers  de  la  garde  qui  portoient  toas 
des  haches,  que  menoit  M.  de  Grussol,  et  vindrent  donner  dedans 
de  telle  sorte  que  le  vice  roy  de  Naples  s'enfuit  et  toute  la  gen- 
darmerie (Fleuranges,  chap.  xxix). 

1.  Mutin,  choc. 

2.  Loges,  huttes  de  campement. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  3S3 

gaigné  la  bataille,  et  demourrez  aujourd'huy  le  plus 
honnoré  prince  du  monde  ;  mais  ne  tirez  plus  avant  et 
rassemblez  vostre  gendarmerie  en  ce  lieu ,  qu'on  ne 
se  mecte  point  au  pillage  encores,  car  il  n'est  pas 
temps.  Le  cappitaine  Loys  d'Ars  et  moy  allons  après 
ses  fuyans,  à  ce  qu'ilz  ne  se  retirent  derrière  leurs 
gens  de  pied,  et  pour  homme  vivant  ne  départez 
point  d'icy  que  ledit  cappitaine  Loys  d'Ars  ou  moy 
ne  vous  viengnons  quérir,  i  Ce  qu'il  promist  faire, 
mais  il  ne  le  tint  pas,  dont  mal  luy  en  *  prit. 

Vous  avez  entendu  comment  les  gens  de  pied  des 
Espaignolz  estoient  couchez  sur  le  ventre  en  ung  fort 
merveilleux  et  dangereux  à  assaillir,  car  on  ne  les 
voyoit  point.  Si  fut  ordonné  que  les  deux  mille  Gascons 
yroient  sur  la  queue  deslacher  ^  leur  traict,  qui  seroit 
cause  les  faire  lever.  Or  les  gens  de  pied  françois 
n'en  estoient  pas  loing  de  deux  picques,  mais  le  fort 
estoit  trop  désavantageux,  car  pour  ne  veoir  point 
leurs  ennemys,  ilz  ne  sçavoient  par  où  ilz  dévoient 
entrer.  Le  cappitaine  Odet  et  le  capdet  de  Duras 
dirent  qu'ilz  estoient  tous  prestz  d'aller  faire  lever 
les  Espaignolz,  mais  qu'on  leur  baillast  quelques  gens 
de  picque,  à  ce  que,  après  que  leurs  gens  auroient 
tiré,  s'il  sortoit  quelques  enseignes  sur  eulx,  ilz 
feussent  soustenuz.  Cela  estoit  raisonnable,  et  y  alla 
avecqiies  eulx  le  seigneur  de  Moncavré^  qui  avoit 
mille   Picars.   Les  Gascons    deslachèrent   très  bien 


i.  Dalachâr,  lancer. 

2.  Jean  de  Monchy,  s'  de  Montcavrel,  maître  d'hôtel  du  roi,  fils 
de  Pierre  de  Monchy  et  de  Marguerite  de  Lannoy  ;  il  épousa  en 
1490  Anne  Picart,  dame  d'Estelau. 


324  HISTOIRE   DE  BAYART 

leur  traict,  et  navrèrent  ^  plusieurs  Ëspaignolz,  à  qui 
il  ne  pleut  guères,  comme  ilz  monstrèrent  ;  car  tout 
soubdainement  se  levèrent  en  belle  ordonnance  de 
bataille,  et  du  derrière  sortirent  deux  enseignes  de 
miUe  ou  douze  cens  hommes  qui  vindrent  donner 
dedans  ses  Gascons.  Je  ne  sçay  de  qui  fut  la  faulte 
ou  d'eulx  ou  des  Picars,  mais  ilz  furent  rompuz  des 
Espaignolz,  et  y  fut  tué  le  seigneur  de  Moncavré,  le 
chevalier  des  Bories,  lieutenant  du  cappitaine  Odet, 
le  lieutenant  du  capdet  de  Duras  et  plusieurs  autres. 
A  qui  il  ne  pleut  guères  ce  fut  à  leurs  amys  ;  mais 
les  Espaignolz  en  fb^nt  une  grant  huée,  comme 
s'ilz  eussent  gaigné  entièrement  la  bataille  ;  toutesfois 
ilz  congnoissoient  bien  qu'elle  estoit  perdue  pour 
eulx,  et  ne  voulurent  pas  retourner  en  derrière  ses 
deux  enseignes  qui  avoient  rompu  les  Gascons,  mais 
se  délibérèrent  d'aller  gaigner  Ravenne,  et  se  misrent 
sur  la  chaussée  du  canal  où  ilz  marchoient  trois  ou 
quatre  de  fronc.  Je  laisseray  ung  peu  à  parler 
d'eulx,  et  retoumeray  à  la  grosse  flote  des  gens  de 
pied  françois  et  espaignolz.  C'est  que  quant  lesditz 
Espaignolz  fitfent  levez,  se  vont  présenter  sur  le 
bort  de  leur  fossé,  où  les  François  livrèrent  fier,  dur 
et  aspre  assault;  mais  ilz  furent  serviz  de  hacque- 
butes  à  merveilles,  de  sorte  qu'il  en  fut  beaucoup 
tué^.  Mesmement  le  gentil  cappitaine  Jacob  eut  ung 
coup  au  travers  du  corps  dont  il  tumba,  mais  soub- 
dain  se  releva,  et  dist  à  ses  gens  en  aimant  :  c  Mes- 
seigneurs,    servons  aujourd'huy   le  roy  de   France 

i.  Navrer,  tuer. 

2.  Parmi  les  Français. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  3S5 

aussi  bien  qu'il  nous  a  traictez.  »  Le  bon  gentilhomme 
ne  parla  depuis,  car  incontinent  tumba  mort^  Il  avoit 
ung  cappitaine  soubz  luy,  nommé  Fabien^,  ung  des 
beaulx  et  grans  hommes  qu'on  veit  jamais,  lequel, 
quant  il  apperceut  son  bon  maistre  mort,  ne  voulut 
plus  vivre,  mais  bien  fist  une  des  grandes  hardiesses 
qu'oncques  homme  sceut  faire;  car  ainsi  que  les 
Espaignolz  avoient  ung  gros  hoc^  de  picques  croy- 
sées,  au  bort  de  leur  fossé,  qui  gardoit  que  les 
François  ne  pouvoient  entrer,  ce  cappitaine  Fabien 
voulut  plustost  mourir  qu'il  ne  vengeast  la  mort  de 
son  gentil  cappitaine,  print  sa  picque  par  le  travers 
(il  estoit  grant  à  merveilles),  et  tenant  ainsi  sa  picque 
la  mit  dessus  celles  des  Espaignolz  qui  estoient  cou- 
chées, et  de  sa  grande  puissance  leur  fist  mettre  le 
fer  en  terre.  Quoy  voyant  par  les  François,  pous- 
sèrent roidement  et  entrèrent  dedans  le  fossé;  mais 
pour  le  passer  y  eut  ung  meurdre  merveilleux,  car 
oncques  gens  ne  firent  plus  de  defiense  que  les  Espai- 
gnolz, qui,  encores  n'ayant  plus  bras  ne  jambe  en- 
tière, mordoient  leurs  ennemys.  Sur  ceste  entrée  y 
eut  plusieurs  cappitaines  Irançois  mors,  comme  le 
baron  de  Grantmont,  le  cappitaine  de  Maugiron,  qui 
y  fist  d'armes  le  possible,  le  seigneur  de  Bardassan  ; 
le  cappitaine  Bonnet  eut  ung  coup  de  picque  dedans 
le  fronc,  dont  le  fer  luy  demoura  en  la  teste.  Brief, 


1.  Seion  Paul  Jove  (vie  de  Léon  X,  chap.  ii),  le  capitaine  Jacob 
aurait  été  tué  en  combat  singulier  au  milieu  de  la  bataille  par  un 
capitaine  espagnol,  et  sa  mort  aurait  été  le  signal  de  TefTort  des 
Français  qui  détermina  la  fuite  des  ennemis. 

2.  Fabien  de  Schlabersdorf,  saxon. 

3.  Hoe,  haie. 


396  HISTOIRE  DE  BAYART 

les  François  y  reœurent  gros  dommage,  mais  plus 
les  Espaignolz ,  car  la  gendarmerie  de  Favant-garde 
iîrançoise  leur  vint  donner  sur  le  costé,  qui  les  rom- 
pit du  tout,  et  furent  tous  mors  et  mis  en  pièces, 
excepté  le  conte  Pedro  Navarre,  qui  fut  prisonnier 
et  quelques  autres  cappitaines. 

Il  fault  retourner  à  ses  deux  enseignes  qui 
s'enftiyoient  pour  cuyder  gaigner  Ravenne;  mais 
en  chemin  rencontrèrent  le  bastard  du  Fay  et  les 
guydons  et  archiers,  qui  leur  iSrent  retourner  le 
visage  le  long  de  la  chaussée.  Guères  ne  les  suy- 
vit  le  bastard  du  Fay,  mais  retourna  droit  au 
gros  affaire  où  il  servit  merveilleusement  bien. 
Entendre  debvez  que  quant  ces  deux  enseignes 
sortirent  de  la  troppe  et  qu'ilz  eurent  deffaictz 
les  Gascons,  plusieurs  s'enfuyrent,  et  aucuns  jus- 
ques  au  lieu  où  estoit  le  vertueux  duc  de  Nemours, 
lequel  venant  au  devant  d'eulx,  demanda  que  c*estoit. 
Ung  paillart  respondit  :  c  Ce  sont  les  Espaignolz 
qui  nous  ont  deffaictz.  »  Le  povre  prince,  cuydant 
que  ce  feust  la  troppe  de  ses  gens  de  pied,  fut  déses- 
péré, et  sans  regarder  qui  le  suyvoit,  se  va  gecter 
sur  ceste  chaussée  par  laquelle  se  retiroieot  ses  deux 
enseignes  qui  le  vont  rencontrer  en  leur  chemin,  et 
bien  quatorze  ou  quinze  hommes  d'armes.  Ilz  avoient 
encores  rechargé  quelques  hacquebutes  qui  vont  des- 
lascher,  et  puis  à  coups  de  picque  [se  ruent]  sur  ce 
gentil  duc  de  Nemours  et  sur  ceulx  qui  estoient  aveo- 
quesluy,  lesquelz  ne  se  povoient  guères  bien  remuer, 
car  la  chaussée  estoit  estroicte,  et  d'ung  costé  le  canal 
où  on  ne  povoit  descendre;  de  l'autre,  y  avoit  ung 
merveilleux  fossé  que  l'on  ne  povoit  passer.  Arief, 


PAR  Lfi  LOYAL  SERVITEUR.  3S7 

tous  ceux  qui  estoient  avecques  le  duc  de  Nemours 
furent  gectez  en  l'eaue  ou  tumbez  dedans  le  fossé.  Le 
bon  duc  eut  les  jarretz  de  son  cheval  couppez  ;  si  se 
mist  à  pied  l'espée  au  poing,  et  oncques  Rolant  ne 
fist  à  Roncevaulx  tant  d'armes  qu'il  en  fist  là,  ne 
pareillement  son  cousin  le  seigneur  de  Lautrec,  lequel 
veit  bien  le  grant  dangier  où  il  estoit,  et  cryoit  tant 
qu'il  povoit  aux  Espaignolz  :  c  Ne  le  tuez  pas,  c'est 
nostre  vis-roy,  le  frère  à  vostre  royne.  >  Quoy  que 
ce  feust,  le  povre  seigneur  y  demeura,  après  avoir 
eu  plusieurs  playes,  car  depuis  le  menton  jusques  au 
fronc  en  avoit  quatorze  ou  quinze,  et  par  là  mons- 
troit  bien  le  gentil  prince  qu'il  n'avoit  pas  tourné  le 
doz.  Dedans  le  canal  fut  noyé  le  filz  du  seigneur 
d'Alègre,  nonrnié  Viverolz*,  et  son  père  tué  à  la 
de£faicte  des  gens  de  pied.  Le  seigneur  de  Lautrec  y 
fut  laissé  pour  mort,  et  assez  d'autres.  Ses  deux 
enseignes  se  sauvèrent  le  long  de  la  chaussée,  qui 
duroit  plus  de  dix  mille ,  et  quant  ilz  furent  à  cinq 
ou  six  mille  du  camp,  rencontrèrent  le  bon  chevalier 
qui  venoit  de  la  chasse  avecques  environ  trente  ou 
quarante  hommes  d'armes,  tant  las  et  travaillez  que 
merveilles;  toutesfois  il  se  délibéra  de  charger  ses 
ennemys,  mais  ung  cappitaine  sortit  de  la  troppe, 
qui  commencea  à  dire  en  son  langaige  :  c  Seigneur, 
que  voulez-vous  faire?  Assez  congnoissez  n'estre  pas 
puissant  pour  nous  deffaire.  Vous  avez  gaigné  la 
bataille  et  tué  tous  noz  gens,  suffise  vous  de  l'hon- 
neur que  vous  avez  eu,  et  nous  laissez  aller  la  vie 

i.  Yves  d'Alègre,  qui  avail  perdu  un  autre  fils  Tannée  précé- 
dente, ne  voulut  pas  survivre  à  ce  nouveau  malheur  et  chercha 
la  mort  au  milieu  des  bataillons  ennemis. 


328  HISTOIRE   DE  BAYART 

sauve,  car  par  la  voulenté  de  Dieu  sommes  eschap- 
pez.  »  Le  bon  chevalier  congneut  bien  que  l'Espai- 
gnol  disoit  vray  ;  aussi  n'avoit-il  cheval  qui  se  peust 
soustenir;  toutesfois  il  demanda  les  enseignes  qui 
luy  furent  baillées  et  puis  ilz  s'ouvrirent  et  il  passa 
parmy  eulx  et  les  laissa  aller.  Las  !  il  ne  sçavoit  pas 
que  le  bon  duc  de  Nemours  feust  mort,  ne  que  ce 
feussent  ceulx  qui  l'avoient  tué,  car  il  feust  avant 
mort  de  dix  mille  mors  qu'il  ne  l'eust  vengé,  s'il 
l'eust  sceu. 

Durant  la  bataille  et  avant  la  totalle  delBfaicte, 
s'enfiiyt  domp  Ray  mon  de  Cardonne,  vis-roy  de 
NaplesS  environ  trois  cens  hommes  d'armes,  et  le 
cappitaine  Ramassot  avecques  ses  gens  de  pied;  le 
demeurant  fut  mort  ou  pris.  Le  bon  chevalier  et 
tous  les  François  retournèrent  de  la  chasse  environ 
quatre  heures  après  midy,  et  la  bataille  estoit 
commencée  environ  huyt  heures  de  matin.  Ghas- 
cun  hit  adverty  de  la  mort  de  ce  vertueux  et  noble 
prince,  le  gentil  duc  de  Nemours,  dont  ung  dueil 
commença  au  camp  des  François,  si  merveilleux  que 
je  ne  cuyde  point,  s'il  feust  arrivé  deux  mille  hommes 
de  pied  fraiz  et  deux  cens  hommes  d'armes,  qu'ilz 
n'eussent  tout  deffaict,  tant  de  la  peine  et  fatigue  que 
tout  au  long  du  jour  avoient  souffert,  car  nul  ne  fîit 
exempté  de  combatre  s'il  voulut,  que  aussi  la  grande 

\ .  Sur  la  fin  de  la  bataille,  le  vice-roy  de  Naples  vollast  des- 
cendre de  son  cheval  et  monter  sur  ung  aultre  moult  beau,  mais 
le  noble  Bayard  le  suyvit  si  près  quMl  n'eust  loysir  de  monter  et 
se  bouta  en  fuyte,  et  print  Bayard  le  cheval  sur  lequel  il  vouloyt 
monter,  lequel  depuis  donna  à  monseigneur  le  duc  de  Lorraine 
(Ghampier,  fol.  xxxix). 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  3S9 

et  extresme  douleur  qu'ilz  portoient  en  leur  cueur 
de  la  mort  de  leur  chef,  lequel,  par  ses  gentilz- 
hommes,  en  grans  pleurs  et  plains,  fut  porté  à  son 
logis.  Il  y  a  eu  jplusieurs  batailles  depuis  que  Dieu 
créa  ciel  et  terre,  mais  jamais  n'en  fut  veu,  pour  le 
nombre  qu'il  y  avoit,  de  si  cruelle,  si  furieuse  ne 
mieulx  combatue  de  toutes  les  deux  parties  que  la 
bataille  de  Ravenne^ 


CHAPITRE  LV. 

Des  nobles  hommes  qui  moururent  à  la  cruelle  bataille 
de  Ravenne^  tant  du  costé  des  François  que  des 
EspaignolZj  et  des  prisonniers .  Laprinse  de  là  ville 
de  Ravenne.  Comment  les  François  furent  chassez 
deux  moys  après  d'Ytaliej  en  Van  mil  cinq  cens  et 
douze.  De  la  griefve  maladie  du  bon  chevalier.  D'une 
fort  grande  courtoysie  quHl  fist.  Du  voyage  qui  fut 
fait  au  royaulme  de  Navarre  ^  et  de  tout  ce  qui 
advint  en  ladicte  année. 

En  ceste  cruelle  bataille  fist  le  royaulme  de  France 


i.  On  trouverai  Tappendice  la  lettre  de  Bayart  plusieurs  fois 
reproduite  dans  laquelle  il  fait  à  son  oncle  Tévôque  de  Grenoble 
le  récit  de  la  bataille  de  Ravenne.  Nous  signalerons  encore  un 
document  curieux  à  consulter  sur  cette  bataille  ;  il  est  peu  connu 
quoiqu'imprimé  ;  c'est  le  récit  qu'en  a  fait  le  réformateur  Zvdngli, 
alors  aumônier  des  Suisses  à  la  solde  de  la  France,  intitulé  : 
De  Gestis  inter  Gallos  et  Helvetios  ad  Ravennam^  Papiam  aliis  que 
locis^  et  eoTwentu  aptid  thermos  Helveticos  anno  1512.  Relatio  UdaU 
Hci  Zwinglii  (Œuvres  de  Zwingli.  Zurich,  1841.  Vol.  IV  (2'  des 
GEuvres  latiues),  p.  167). 


330  HISTOIRE  DE  BÀYART 

grosse  perte,  car  le  nompareil  en  prouesse  qui 
feust  au  monde  pour  son  aage  y  mourut.  Ce  fut  le 
gentil  duc  de  Nemours,  dont,  tant  que  le  monde 
aura  durée,  sera  mémoire.  Il  y  avoit  quelque  intelli- 
gence secrète  pour  le  faire  roy  de  Naples  s'il  eust 
vescu,  et  s'en  fut  trouvé  pape  JuUes  mauvais  mar- 
chant; mais  il  ne  pleut  pas  à  Dieu  le  laisser  plus 
avant  vivre.  Je  croy  que  les  neuf  preux  luy  avoient 
fait  ceste  requeste,  car  s'il  eust  vescu  aage  compé- 
tant  les  eust  tous  passez. 

Le  gentil  seigneur  d'Alègre  et  son  filz  le  sei- 
gneur de  Viverolz  y  finérent  leurs  jours  ;  aussi  firent 
le  cappitaine  la  Grothe,  le  lieutenant  du  sei- 
gneur d'Ymbercourt,  les  cappitaines  Molart,  Jacob, 
Philippes  de  Fribourg,  Maugiron,  baron  de  Grant- 
mont,  Bardassan  et  plusieurs  autres  cappitaines.  Des 
gens  de  pied  environ  trois  mille  hommes  et  quatre- 
vingtz  hommes  d'armes  des  ordonnances  du  roy  de 
France,  avecques  sept  de  ses  gentilzhommes  et  neuf 
archiers  de  sa  garde,  et  de  ce  qui  en  demoura  la 
pluspart  est  oient  blécez.  Les  Espaignolz  y  eurent 
perte  dont  de  cent  ans  ne  seront  réparez,  car  ilz  per- 
dirent vingt  cappitaines  de  gens  de  pied,  dix  mille 
honunes,  ou  peu  s'en  faillit,  et  leur  cappitaine  général 
le  conte  Pedro  Navarre  y  fut  prisonnier.  Des  gens  de 
cheval  furent  tuez  domp  Menaldo  de  Gardonne,  domp 
Pedro  de  Goighes,  prieur  de  Messine,  domp  Diego  de 
Quynonnes,  le  cappitaine  Âlvarade,  le  cappitaine  Âlonce 
de  TEstreille,  et  plus  de  trente  cappitaines  ou  cheiz 
d'enseignes  et  bien  huyt  cens  hommes  d'armes ,  sans 
les  prisonniers  qui  furent:  domp  Jehan  de  Gardonne  S 

1.  Jean  Folch  de  Gardonne,  parent  de  Raymond  Folch  de  Car- 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  331 

qui  mourut  en  prison,  le  marquis  de  Betonte,  le  mar- 
quis de  Licites  le  marquis  de  la  Padule,  le  marquis 
dé  Pescare^,  le  duc  de  Trayete^,  le  conte  de  Gonche, 
le  conte  de  Populo  *,  et  ung  cent  d'autres  gros  sei- 
gneurs et  cappitaines,  avecques  le  cardinal  de  Mé- 
dicis  qui  estoit  légat  du  pape  en  leur  camp.  Ilz  per- 
dirent toute  leur  artillerie,  hacquebutes  et  cariage. 
Brief  de  bien  vingt  mille  hommes  qu'ilz  estoient  à 
cheval  et  à  pied,  n'en  eschappa  jamais  quatre  mille 
que  tous  ne  feussent  mors  ou  pris. 

Le  lendemain  les  ad venturiers  françois  et  lansquenetz 
pillèrent  la  ville  de  Ravenne,  et  se  retira  le  seigneur 
Marc-Anthoine  Goulonne  dedans  la  cytadelle,  qui  estoit 
bonne  et  forte.  Le  cappitaine  Jacquyn,  qui  avoit  si  bien 
parlé  à  l'astrologue  de  Carpy,  en  fut  cause  ^,  par  des- 
sus la  deffence  qui  estoit  faicle,  à  l'occasion  de  quoy 
le  seigneur  de  la  Palisse  le  fist  pendre  et  estrangler. 
Il  y  avoit  bien  entreprise  d'aller  plus  avant,  si  le  bon 
duc  de  Nemours  feust  demeuré  vif;  mais  par  son 
trespas  tout  cessa,  combien  que  Petre  Morgant  et  le 

donne,  vice-roy  de  Naples,  ainsi  que  Menaldo  Gardonne,  cité 
quelques  lignes  plus  haut. 

i.  Le  marquis  de  Bitetto  était  de  la  famille  Garaffa,  celui  de 
Licito  de  la  famille  Piccolomini. 

2.  Ferdinand-François  d'Avalos,  marquis  de  Pescaire,  fils  d'Al- 
phonse d'Avalos  et  d'Hippolyte  de  Gardonne;  il  épousa  Victoria 
Golonna  et  mourut  en  1525,  à  32  ans. 

3.  Le  duc  de  Traietto  était  un  Garafia. 

4.  Gornelio  Pepoli,  comte  Pepoli,  de  Bologne. 

5.  Des  pourparlers  étaient  près  d'aboutir  pour  la  reddition  de  la 
ville  de  Ravenne,  lorsque  Jacquin  Gaumont  aperçut  une  porte 
mal  gardée,  y  entra  avec  ses  aventuriers  et  commença  le  pillage. 
Voir  sur  ce  Jacquin  et  sur  la  mort  qui  lui  avait  été  prédite  par 
l'astrologue  de  Garpy,  le  chap.  xlvii,  p.  262. 


332  HISTOIRE   DE  BAYART 

seigneur  Robert  Ursin*  avoient  très-bien  fait  leur 
devoir  de  ce  qu'ilz  avoient  promis;  aussi  que  le 
seigneur  Jehan-Jacques  escripvoit  chascun  jour  que 
les  Yéniciens  et  les  Suysses  s'assembloient  et  vou- 
loient  descendre  en  la  duché  de  Milan ,  et  l'empereur 
Maximilian  commençoit  desjà  secrètement  à  se  révolter*. 
Parquoy  l'armée  des  François  se  mist  au  retour  vers 
ladicte  duché  de  Milan,  où  tous  les  cappitaines  se 
trouvèrent  en  la  ville  ;  lesquelz  firent  enterrer  dedans 
le  dosme^  le  gentil  duc  de  Nemours,  en  plus  grant 
triumphe  que  jamais  avoit  esté  enterré  prince,  car  il 
y  avoit  plus  de  dix  mille  personnes  portans  le  dueil, 
la  pluspart  à  cheval,  quarante  enseignes  prises  sur 
ses  ennemys,  que  l'on  portoit  devant  son  corps  tray- 
nans  en  terre,  et  ses  enseignes  et  guydons  après  et 
prochains  de  sa  personne,  en  démonstrant  que  c'es- 
toient  ceulx  qui  avoient  abatu  l'orgueil  des  autres. 
En  ce  doloreux  obsèque  y  eut  grans  pleurs  et  gémis- 
semens. 

Après  sa  mort  tous  les  cappitaines  avoient  esleu 
le  seigneur  de  la  Palisse  pour  leur  chef,  comme  très- 
vertueulx  chevalier,  aussi  que  le  seigneur  de  Lau- 


i .  Robert  Orsini,  comte  de  Pacentro,  fils  de  Mario  Orsini  et  de 
Catherine  Zurla;  il  épousa  Béatrix  de  San  Séverine.  Voici  ce 
qu'écrit  Paul  Jove  dans  sa  Vie  de  Léon  X  (chap.  n),  sur  cette 
conspiration  contre  Jules  II  :  c  Robertus  Ursinus  et  Petrus  Maga- 
rinus  summsB  nobilitatis  et  opinionis  romani  juvenes,  a  pontifîce 
scelerata  conspiratione  defecerant,  pecuniam  a  Gallis  acceperant 
ut  Urbe  sacrosanctum  pontificem  exturbarent,  quando  facile  ab 
his  utriusque  factionis  perditi  seditiosique  homines  ad  patrandum 
facinus  concitari  posse  viderentur.  • 

2.  Se  révolter,  faire  volte-face. 

3.  La  cathédrale. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  333 

trec  estoit  blessé  à  la  mort,  et  avoit  esté  mené  à 
Ferrare  pour  se  faire  garir;  où  il  eut  si  bon  et  gra- 
cieulx  traictement  du  duc  et  de  la  duchesse  que  revint 
en  assez  bonne  santé.  Le  pape  Julles,  voulant  tous- 
jours  continuer  en  son  charitable  vouloir,  fist  du  tout 
déclarer  l'empereur  ennemy  des  François;  lequel 
manda  à  si  peu  de  lansquenetz  qui  estoient  demourez 
après  la  journée  de  Ravenne  avecques  les  François 
qu'ilz  eussent  à  se  retirer,  dont  le  principal  cappi- 
taine  estoit  le  frère  du  cappitaine  Jacob,  lequel  à  son 
mandement  s'en  retourna  et  les  emmena  tous,  excepté 
sept  ou  huyt  cens,  que  ung  jeune  cappitaine  aven- 
turier, qui  n  avoit  que  perdre  en  Allemaigne,  retint. 
En  ceste  saison  ainsi  que  les  François  cuydoient 
emmener  le  cardinal  de  Médicis  en  France  fut  recoux 
à  Piètre  de  QuaS  qui  luy  fut  bonne  fortune,  et  en  Ait 
bien  tenu^  à  messire  Mathe  de  Becarya  de  Pavye  qui 
fist  cest  exploit,  car  depuis  il  fut  pape. 

Peu  après,  l'armée  des  Yéniciens ,  Suysses  et  gens 
de  par  le  pape  descendirent  en  gros  nombre,  qui  trou- 
vèrent celle  des  François  deSaicte  et  ruynée  ;  et  combien 
qu'ilz  feissent  résistance  en  plusieurs  pasâaiges,  toutes- 
fois  enfin  furent  contrainctz  eulx  venir  retirera  Pavye, 
qui  déhbérèrent  garder.  Et  furent  ordonnez  les  cap- 
pitaines  par  les  portes  à  fortiffier,  chascun  son  quar- 


1 .  Le  cardinal  de  Médicis,  plus  tard  Léon  X,  fait  prisonnier  par 
Frédéric  de  Gonzague-Bozzolo  au  moment  où  il  allait  être  mis  à 
mort  par  des  cavaliers  albanais,  fut  enlevé  par  Rinaldo  Zaccio, 
au  moment  où  les  Français  se  préparaient  à  lui  faire  traverser  le 
P6  et  à  remmener  en  France.  Tel  est  du  moins  le  récit  de  Paul 
Jove  dans  sa  Vie  de  Léon  X  (chap.  ii) . 

2.  Tenu,  obligé. 


334  HISTOIRE   DE  BAYART 

tier,  ce  qu'ilz  commencèrent  très  bien  ;  mais  peu  y 
demeurèrent,  car  les  ennemys  y  furent  deux  jours 
après.  Les  François  avoient  fait  faire  ung  pont  sur 
bateaulx,  combien  qu'il  y  en  eust  ung  de  pierre  audit 
Pavye,  mais  c'estoit  afin  que  si  aucun  inconvénient 
leur  advenoit  eussent  meilleure  retraicte;  ce  qu'il 
advint  bientost,  car  une  journée  je  ne  sçay  par  quel 
moyen  ce  fut,  les  Suysses  entrèrent  en  la  viUe  par  le 
chasteau  et  vindrcnt  jusques  sur  la  place,  où  desjà, 
au  moyen  de  l'alarme,  estoient  les  gens  de  pied  et 
plusieurs  gens  de  cheval,  comme  le  cappitaine  Loys 
d'Ars,  qui  en  estoit  lors  gouverneur,  et  y  fîst  mer- 
veilles d'armes.  Si  fist  aussi  le  seigneur  de  la  Palisse 
et  le  gentil  seigneur  d'Ymbercourt.  Mais  sur  tous,  le 
bon  chevalier  fist  choses  non  croyables,  car  il  arresta 
avecques  vingt  ou  trente  de  ses  hommes  d'armes  les 
Suysses  sur  le  cul  plus  de  deulx  heures,  tousjours 
combatant ,  et  durant  ce  temps  luy  fut  tué  deux  che^ 
vaulx  entre  ses  jambes.  Cependant  se  retiroit  l'artil- 
lerie pour  passer  le  pont;  et  sur  ses  entrefaictes  le 
cappitaine  Pierrepont,  qui  alloit  visitant  les  ennemys 
d'ung  costé  et  d'autre,  vint  dire  à  la  compaignie  qui 
combatoit  en  la  place  :  c  Messeigneurs,  retirez-vous, 
car  au  dessus  de  nostre  pont  de  boys  en  force  petiz 
bateaulx  passent  les  Suysses,  dix  à  dix,  et  si  une  fois 
passent  quelque  nombre  compectant,  ilz  gaigneront 
le  bout  de  nostre  pont  et  nous  serons  enclos  en  ceste 
ville  et  tous  mis  en  pièces.  »  C'estoit  ung  saige  et 
vaillant  cappitaine,  parquoy,  à  sa  paroUe  tousjours  com- 
batant se  retirèrent  les  François  jusques  à  leur  pont, 
où  pour  estre  vivement  poursuyvis,  y  eut  lourt  et 
dur  escarmouche.  Toutesfois  les  gens  de  cheval  pas- 


PAR  LB  LOYAL  SERVITEUR.  335 

sèrent;  et  demoura  environ  troys  cens  lansquenetz 
derrière,  pour  garder  le  bort  dudit  pont.  Mais  ung 
grant  malleur  y  advint  ;  car,  ainsi  que  l'on  achevoit  de 
passer  la  dernière  pièce  d'artillerie,  qui  estoit  une 
longue  coulevryne  nommée  Madame  de  Fourly,  et 
avoit  esté  regaignée  sur  les  Espaignolz  à  Ravenne, 
elle  enfondra*  la  première  barque,  parquoy  les  povres 
lansquenetz,  voyant  qu'ilz  estoient  perduz,  se  saul- 
vèrent  au  mieubc  qu'ilz  peurent  ;  toutesfois  y  en  eut 
aucuns  tuez,  et  d'autres  qui  se  noyèrent  au  Tézin. 
Quant  les  François  eurent  passé  le  pont,  ilz  le  rom- 
pirent, parquoy  ne  furent  plus  poursuyviz  ;  mais  ung 
grant  malleur  advint  au  bon  chevalier.  Ce  fut  qu'ainsy 
qu'il  estoit  au  bout  du  pont  pour  le  garder,  fut  tiré 
ung  coup  de  faulconneau  de  la  ville,  qui  luy  fraya^ 
entre  l'espaule  et  le  col,  de  sorte  que  toute  la  chair 
luy  fut  emportée  jusques  à  l'oz.  Geulx  qui  virent  le 
coup  cuydoient  bien  qu'il  feust  mort;  mais  luy,  qui 
ne  s'effraya  jamais  de  chose  qu'il  veist,  combien 
qu'il  se  sentist  merveilleusement  blessé,  et  par  ce 
aussi  qu'il  congnoissoit  bien  n'estre  pas  à  l'heure 
saison  de  faire  Festonné,  dist  à  ses  compaignons  : 
c  Messeigneurs,  ce  n'est  riens.  »  On  mist  paine  de 
l'estancher  le  mieulx  qu'on  peut  avec  mousse  qu'on 
print  aux  arbres  et  linge  que  aucuns  de  ses  souldars 
prindrent  à  leurs  chemises,  car  il  n'y  avoit  nul  cyur- 
gien  là  à  l'occasion  du  mauvais  temps.  Ainsi  se  retira 
l'armée  des  François  jusques  à  Alexandrie,  où  le  sei- 
gneur Jehan-Jacques  estoit  allé  devant  leur  faire  faire 


1.  Enfondrer,  effondrer. 

2.  Fraya,  passa. 


336  HISTOIRE  DE  BAYART 

ung  pont.  Guères  n'y  séjournèrent,  mais  leur  convint 
du  tout  habandonner  la  Lombardie,  excepté  les  chas- 
teaulx  de  Milan  et  Crémone,  Lugan,  Lucarne  S  la  ville 
et  le  chasteau  de  Bresse,  où  estoit  demeuré  le  sei- 
gneur d'Âulbigny,  et  quelques  autres  places  en  la 
Yautelyne^.  Les  François  repassèrent  les  mons  et  se 
logèrent  quelque  temps  es  garnisons  qui  leur  avoient 
esté  ordonnées. 

Le  bon  chevalier  s'en  retira  droit  à  Grenoble, 
pour  visiter  l'évesque  son  bon  oncle,  lequel  long- 
temps a  n'avoit  veu.  C'estoit  ung  aussi  vertueux 
et  bien  vivant  prélat  qu'il  en  feust  pour  lors  ou 
monde.  Il  receut  son  nepveu  tant  honnestement  que 
merveilles  et  le  fîst  loger  à  l'évesché,  où  chascun  jour 
estoit  traicté  conmie  la  pierre  en  l'or  ;  et  le  venoient 
veoir  les  dames  d'alentour  Grenoble,  mesmement 
celles  de  la  ville,  qui  toutes  ensemble  ne  se  povoient 
saouUer  de  le  louer,  dont  il  avoit  grant  honte.  Or,  en 
ces  entrefaictes,  ne  sçay  si  ce  fut  par  le  grant  labeur 
que  le  bon  chevalier  avoit  souffert  par  plusieurs 
années,  ou  si  ce  fut  par  le  coup  du  faulconneau  qu'il 
eut  à  la  retraicte  de  Pavye,  mais  une  grosse  fiebvre 
continue  le  va  empoigner  que  luy  dura  dix-sept  jours, 
de  sorte  que  l'on  n'y  espéroit  plus  de  vie  ^.  Le  povre 
gentilhonune,  qui  de  maladie  se  voyoit  ainsi  abatu, 
faisoit    les    plus   piteuses   complainctes  qu'on  ouyt 


1.  Lugano,  Locarno,  canton  da  Tessin. 

2.  Vautelyne,  y altéiine, 

3.  On  trouvera  à  Tappendice  une  lettre  de  l'évoque  de  Grenoble 
donnant  des  détails  sur  la  maladie  de  Bayart  et  sur  certains 
projets  de  mariage  auxquels  la  reine  s'était  intéressée  à  cette 
époque. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  337 

jamais ,  et  à  Touyr  parler  il  eust  eu  bien  dur  cueur  à 
qui  les  larmes  ne  feussent  tumbées  des  yeulx.  c  Las  ! 
disoitp-il,  mon  Dieu  !  puisque  c'estoit  ton  bon  plaisir 
m'oster  de  ce  monde  si  tost,  que  ne  fiz-tu  ceste  graoe 
de  me  faire  mourir  en  la  compaignie  de  ce  gentil  prince 
le  duc  de  Nemours,  et  avecques  mes  autres  compai- 
gnons  à  la  journée  de  Ravenne,  ou  qu'il  ne  te  pleut 
consentir  que  je  finasse  à  Tassault  de  Bresse,  où  je 
fus  si  griefvement  blessée  Hélas  !  j'en  feusse  beaucoup 
mort  plus  joyeulx,  car  au  moins  j'eusse  ensuivy  mes 
bons  prédécesseurs,  qui  sont  tousjours  demeurez  aux 
batailles.  Mon  Dieu  !  et  j'ay  passé  tant  de  gros  dan* 
giers  d'artilleries,  en  batailles,  en  assaulx  et  en  ren* 
contres  dont  tu  m'as  faict  la  grâce  d'estre  eschappé, 
et  il  fault  que  présentement  je  meure  en  mon  lict 
conune  une  pucelle.  Toutesfois,  combien  que  je  le 
désirasse  autrement,  ta  saincte  voulenté  soit  faicte  ! 
Je  suis  ung  grant  pécheur,  mais  j'ay  espoir  en  ton 
infinie  miséricorde.  Hélas!  mon  Créateur,  je  t'ay  par 
le  passé  grandement  offencé,  mais  si  plus  longuement 
eusse  vescu,  j'avoys  bon  espoir,  avecques  ta  grâce, 
de  bien  tost  amender  ma  mauvaise  vie.  »  Ainsi  faisoit 
ses  regretz  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  re- 
prouche  ;  et  puis,  parce  qu'il  brusloit  de  chaleur  pour 
la  grande  fiebvre  qui  le  tenoit,  s'adressoit  à  monsei* 
gneur  sainct  Anthoyne  ^,  en  disant  :  c  Hé,  glorieux 
confesseur  et  vray  amy   de  Dieu,   sainct  Anthoyne, 

i.  Voir  plus  haut  le  chap.  l,  p.  281. 

2.  Saint  Antoine  était  l'un  des  saints  les  plus  vénérés  en  Dau- 
phiné;  c'était  dans  cette  province,  à  Saint- Antoine  en  Viennois, 
que  se  trouvait  Tabbaye  chef  d'ordre  des  Antonins.  L'intercession 
de  saint  Antoine  passait  pour  souveraine  contre  la  fièvre. 


338  HISTOIRE  DE  RAYART 

toute  ma  vie  je  t'ay  tant  aymé  et  tant  eu  de  fiance  en 
toy,  et  tu  me  laisses  icy  brusier  en  si  extrême  chai- 
leur  que  je  ne  désire  fors  que  briefVe  mort  me 
prengne.  Hélas  !  et  as-tu  point  de  souvenance  que, 
durant  la  guerre  contre  le  pape  en  Ytalie,  moy  estant 
logé  à  Rubère^  en  une  de  tes  maisons,  je  la  garday  de 
brusier,  et  sans  moy  y  eust  esté  mis  le  feu  ;  mais  en 
commémoration  de  ton  sainct  nom,  je  me  logé 
dedans,  combien  qu'elle  feust  hors  de  la  forteresse, 
et  ou  dangier  des  ennemys,  qui  nuyt  et  jour  me 
po voient  venir  visiter  sans  trouver  chose  qui  les  en 
eust  sceu  garder  ;  et  toutesfois  j'aymé  mieulx  demou- 
rer  ung  moys  en  ceste  façon  que  ta  maison  feust  des- 
truicte.  Au  moins  je  te  supplie  m'aléger  de  ceste 
grande  challeur,  et  faire  requeste  à  Dieu  pour  moy, 
ou  que  bientost  ii  me  oste  de  ce  misérable  monde, 
ou  qu'il  me  donne  santé.  »  Tant  piteusement  se  dolo- 
soit^  le  bon  chevalier  qu'il  n'y  avoit  personne  autour 
de  luy  qui  ne  fondist  en  larmes,  mesmement  son  bon 
oncle  l'évesque,  qui  sans  cesse  estoit  en  oraisons  pour 
luy.  Et  non  pas  luy  seuUement,  mais  tous  les  nobles, 
bourgeois,  marchans,  religieux  et  religieuses,  jour  et 
nuyct  estoient  en  prières  et  oraisons  pour  luy,  et 
n'est  possible  qu'en  tant  de  peuple  n'y  eust  quelque 
bonne  personne  que  Nostre-Seigneur  voulut  ouyr; 
comme  assez  apparut,  car  la  fiebvre  le  laissa  peu  à 
peu,  et  commença  à  reposer  et  donner^  goust  aux 
viandes,  de  sorte  qu'en  quinze  jours  ou  trois  sep- 
maines,  avecques  le  bon  traictement,  qu'il  en  fust  du 

1.  Aubbiera,  ville  dans  les  environs  de  Reggio  (Emilie). 

2.  Dolosoit,  lamentait. 

3.  Donner,  trouver. 


PAR  LE  LOYAL  SBRYITBUR.  339 

tout  guéry  et  aussi  gaillart  qu'il  avQJt  jamais  esté,  £t 
se  print  à  aller  ung  peu  à  l'asbat  près  de  la  ville,  visi- 
tant ses  amys  et  les  daines  de  maison  en  mai3on,  à 
qui  il  faisoit  force  bancquetz  pour  se  resjouyr. 

Et  tellement  que,  comme  assez  povez  entendre  qu'il 
n'estoit  pas  sainct,  ung  jour  luy  print  vouienté  d'avoir 
<X>mpaignie  françoyse.  Si  dist  à  ung  sien  varlet  de 
chambre,  qu'on  nommoit  le  bastard  Cordon  :  c  Bas^ 
tard  !  je  te  prie  que  aujourd'huy  à  coucher  avecques 
moy  j'aye  quelque  belle  fiUe  ;  je  croy  que  je  ne  ^l'e^ 
trouveray  que  mieulx.  p  Le  bastard  qui  estoit  diligent 
et  vouloit  bien  complaire  à  son  maistre,  s'alla  adresser 
à  une  povre  gentil-femme  qui  avoit  une  belle  fiUe  de 
l'aage  de  quinze  ans,  laquelle^  pour  la  grande  povr^ 
en  quoy  elle  estoit,  consentit  <aa^e  estre  baillée  q^elr 
que  temps  au  bon  chev^er,  espérant  aussi  qu^  apr^^ 
la  marieroit.  Si  fut  la  fille  langage^  ^  par  la  mèr^,  qui 
luy  fist  tant  de  remonstrances  que,  nmiobstant  le 
bon  vouloir  qu'elle  avoit>  se  condescendit  au  n^rcbé, 
moytié  par  amour  et  moytié  par  £orce^  Si  ht  emme- 
na secrèttement  par  le  bastard  au  fogis^  du  bon 
dievalier,  et  mise  en  une  sienne  gardet-robbe.  lie 
temps  fijit  venu  de  se  retirer  pour  dormir,  si  s'en 
retourna  à  son  logis  ledit  bon  chevalier,  lequel  avoit 
souppé  en  ung  bancquet  en  la  ville.  Arrivé  qu'il 
feust,  le  bastard  luy  dist  qu'il  avoit  une  des  belles 
jeunes  filles  du  monde  .et  si  estoit  gentil-fenune ;  si 
le  mena  en  la  garde-robbe  et  la  luy  moni^a.  jB^Ue 
estoit  conome  ung  ^^ ,  m^is  tant  avoit  ploré  que 

1.  Langagée,  endoctrinée. 

2.  C'était  à  l'évéché  que  Bayart  était  logé,  comme  on  Fa  vu 
plus  haut. 


3i0  HISTOIRE   DE  BAYART 

tous  les  yeux  luy  en  estoient  enflez.  Quant  le  bon 
chevalier  la  veit  en  ceste  sorte,  luy  dist  :  c  Gomment, 
ma  mye,  qu*avez-vous  ?  Ne  sçavez-vous  pas  bien 
pourquoy  vous  estes  venue  icy?  »  La  povre  fille  se 
mist  à  genoulx  et  dist  :  c  Hélas  !  ouy,  monseigneur  ; 
ma  mère  m'a  dit  que  je  feisse  ce  que  vouldriez; 
toutesfois  je  suis  vierge,  et  je  ne  feiz  jamais  mal  de 
mon  corps  ;  je  n*avoys  pas  voulenté  d'en  faire  si  je 
n'y  feusse  contraincte;  mais  nous  sommes  si  povres, 
ma  mère  et  moy,  que  nous  mourons  de  faim.  Et 
pleust  à  Dieu  que  je  feusse  bien  morte  ;  au  moins  ne 
seroye  point  au  nombre  des  malheureuses  filles  et  en 
déshonneur  toute  ma  vie  !  »  Et  disant  ces  parolles 
ploroit  si  très  fort  qu'on  ne  la  povoit  appaiser.  Quant 
le  bon  chevalier  apperoeut  son  noble  courage,  quasi 
larmoyant  luy  dist  :  t  Vrayement,  ma  mye,  je  ne 
seray  pas  si  meschant  que  je  vous  oste  de  vostre  bon 
vouloir.  »  Et  changeant  vice  à  vertu,  la  prist  par  la 
main  et  Iilgr  fist  affubler  ung  manteau,  et  au  bastard 
prendre  une  torche,  et  la  mena  luy-mésme  coucher 
isur^  une  gentil-fenmie  sa  parente,  qui  se  tenoit  près 
de  son  logis ,  et  le  lendemain  matin  envoya  quérir  la 
mère,  à  laquelle  il  dist  :  c  Venez  ça,  ma  n^,  oè  me 
mentez  point.  Vostre  fille  est-elle  pucelki?^*Qtii  res- 
pondit  :  c  Sur  ma  foy ,  monseigneur,  quâét*  ^  biAtard 
la  vint  hier  quérir  jamais  n'avoit  eu  tongtioissance 
d'homme.  —  Et  n'estes  vous  doncques  bien  malheu- 
reuse, dist  le  bon  chevalier,  de  la  vouloir  faire  mes- 
chante?  >  La  povre  femme  eut  honte  et  paour,  et  ne 
sceut  que  respondre,  sinon  qu'elles  estoient  si  povres 

1.  Sur,  chez. 


PAR  LE  loyal'' SERVITEUR.  341 

que  riens  plus^  c  Or,  dist  le  bon  chevalier,  ne  faictes 
jamais  ung  si  lasche  tour  que  de  vendre  vostre  fille  ; 
qui  estes  gentil-femme,  on  vous  en  debveroit  plus 
griefvementpugnir.  Venez  çà;  avez-vous  personne  qui 
la  vous  ait  jamais  demandée  en  mariage?  —  Ouy 
bien,  dist-elle,  ung  mien  voisin  honneste  honune, 
mais  il  demande  six  cens  florins,  et  je  n'en  ay  pas 
vaillant  la  moytié.  —  Et  s'il  avoit  cela,  l'espouseroit- 
il?  dist  le  bon  chevalier.  —  Ouy,  seurement,  dist- 
elle. »  Alors  il  prist  une  bourse  qu'il  avoit  fait  prendre 
au  bastard,  et  luy  bailla  trois  cens  escus,  disant  : 
€  Tenez,  ma  mye,  velà  deux  cens  escus,  qui  vallent  six 
cens  florins  de  ce  pays  et  mieulx,  pour  marier  vostre 
fille,  et  cent  escus  pour  Fabiller.  »  Et  puis  fist  encores 
compter  cent  autres  escus  qu'il  donna  à  la  mère,  et 
commanda  au  bastard  qu'il  ne  les  perdist  jamais  de  veue 
qu'il  n'eust  veu  la  fille  espousée  ;  qu'elle  fut  trois  jours 
après,  et  a  fait  depuis  ung  très  honorable  mesnage. 
Elle  retira  sa  mère  en  sa  maison  et  ainsi  par  la  grande 
courtoysie  et  libéralité  du  bon  chevalier  la  chose  fut 
ainsy  menée  qu'il  est  cy  dessus  récité,  et  je  croy  que 
vous  n'avez  guères  leu  en  cronicque  ny  hystoire  d'une 
plus  grande  honnesteté. 

Icelluy  bon  chevalier  fut  encores  quelque  temps  après 
ou  Daulphiné,  faisant  grosse  chère,  jusques  à  ce  que 
le  roy  de  France  son  maistre  envoya  une  armée  en 
Guyenne,  soubz  la  charge  du  duc  de  Longueville^,  pour 

1.  Que  riens  plus,  que  davantage  n'était  pas  possible. 

2.  Cette  armée,  composée  de  vingt-cinq  mille  hommes,  était 
sous  les  ordres  de  Charles,  duc  de  Bourbon,  et  de  Louis  I,  duc 
de  Longueville,  auxquels  le  roi  avait  adjoint  comme  chef  nomi- 
nal François  d'Ângouléme ,  son  héritier  présomptif.  Elle  devait 


343  HISTOIRE   DE   BAYART 

cuyder  recouvrer  le  royaulme  de  Navarre,  que  depuis 
ung  peu  avoit  usurpé  par  force  le  roy  d'Ârragon  sur 
celluy  qui  le  tenoit  à  juste  tiltre  et  n'y  trouva  occasion 
sinon  qu'il  estoit  du  party  du  roy  de  France.  Je  ne 
sçay  comment  il  alla  de  ce  beau  voyage,  mais,  après 
y  avoir  longuement  esté  sans  riens  exécuter,  la  grosse 
armée  s'en  retourna,  et  firent  passer  les  montz  Piré- 
nées  à  une  partie  d'icelle,  dont  fut  chief  le  seigneur  de 
la  Palisse.  Et  puis,  aucun  temps  après,  luy  fut  envoyé 
de  renfort  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  re- 
proucbe,  qui  luy  mena  quelques  pièces  de  grosse 
artillerie.  Le  roi  de  Navarre  déchassé  estoit  avecques 
eulx.  Hz  prindrent  quelques  petis  fortz,  puis  vindrent 
mettre  le  siège  devant  Pampelune.  Cependant  le  boa 
chevalier  alla  prendre  ung  chasteau,  où  il  eut  gros 
honneur,  conune  vous  entendrez. 


CHAPITRE  LVI. 

Comment  le  bon  chevalier  prist  ung  chasteau  iTassault 
ou  royaulme  de  Navarre  y  cependant  qu^on  assist  le 
siège  devant  la  ville  de  Pampelune^  où  il  fist  ung 
tour  de  sage  et  appert  chevalier. 

Cependant  que  le  gentil  seigneur  de  la  Palisse  plan- 
toit  avecques  le  roy  de  Navarre  le  siège  devant  la 
ville  de  Pampelune,  fut  advisé  qu'il  seroit  bon  d'aller 

faire  rentrer  Jean  d'AIbret^  roi  de  Navarre  par  son  mariage  avec 
Catherine  de  Foix,  en  possession  de  son  royaume,  conquis  en  quel- 
ques jours  par  le  duc  d'Albe.  Cette  campagne  fut  une  des  plus 
malheureuses  du  règne  de  Louis  Xil. 


PAR   LE  LOYAL   SERVITEUR.  343 

prendre  ung  chasteau  à  quatre  lieues  de  là,  qui  nuy- 
soit  merveilleusement  au  camp  des  François.  Je  croy 
bien  qu'en  la  place  n'y  povoit  pas  y  avoir  grosse 
force,  toutesfois,  parce  que  Ton  se  doubtoit  que 
dedans  une  petite  viUe  près  de  là,  appellée  le  Pont- 
la-RoyneS  y  pourroient  estre  quelques  gens  qui  peult- 
estre  la  vouldroient  secourir,  fut  advisé  qu'on 
mèneroit  assez  bonne  bende  de  gens  de  cheval  et  de 
pied.  Le  roy  de  Navarre  et  seigneur  de  la  Palisse 
prièrent  au  bon  chevalier  qu'il  voulsist  prendre  ceste 
entreprinse  en  main  ;  et  luy  qui  jamais  ne  fut  las  de 
travail  qu'on  luy  sceust  bailler,  l'accorda  incontinent. 
Il  prist  sa  compaignie  et  celle  du  cappitaine  Bonne- 
val,  hardy  chevalier,  quelque  nombre  d'adventuriers 
et  deux  enseignes  de  lansquenetz,  qui  estoient  de 
chascune  quatre  cens  hommes,  et  ainsi  s'en  alla  tout 
de  plain  jour  devant  ceste  place.  Il  envoya  ung  trom- 
pette pour  faire  entendre  à  ceulx  qui  estoient  dedans 
qu'ilz  eussent  à  la  mettre  entre  les  mains  de  leur 
souverain,  le  roy  de  Navaire,  et  qu'il  les  prendroit 
à  mercy  et  les  laisseroit  aller,  leurs  vies  et  bagues 
saufves;  autrement,  s'ilz  estoient  pris  d'assault, 
seroient  mis  en  pièces.  Geulx  de  la  forteresse  estoient 
gens  de  guerre,  que  le  duc  de  Nagère  ^  et  l'alcado  de 
las  Donzelles^,  lieutedant  oudit  royaulme  pour  le  roy 
d'Espaigne,  y  avoient  mis,  et  estoient  tous  bons  et 
loyaulx  serviteurs  à  leur  maistre;    firent  responce 

1.  Puente-de-la-Reyna,  à  1  1.  8.  O.  de  Pampelune. 

2.  Pierre  Manrique  de  Lara,  dit  le  Fort,  duc  de  Nagera,  fils  de 
Diego-Gomez  Manrique  et  de  Marie  de  Sandoval.  H  naquit  en 
1443,  épousa  Guiomare  de  Castro  et  mourut  en  1515. 

3.  Diego  Fernandez  de  Cordova,  alcade  de  Las  Donzellas. 


34i  HISTOIRE  DE  BAYART 

qu'ilz  ne  rendroient  point  la  place  et  eulx  encx>res 
moins.  La  trompeté  en  vint  faire  son  rapport,  lequel 
ouy  par  le  bon  chevalier,  ne  fist  autre  délay,  sinon 
de  faire  asseoir  quatre  grosses  pièces  d'artillerie  qu'il 
avoit,  et  bien  canonner  la  place  et  vivement.  Geulx  de 
dedans,  qui  estoient  environ  cent  hommes,  avoient 
force  hacquebutes  à  croc  et  deux  faulconneaux  qui 
firent  très  bien  leur  devoir  de  tirer  à  leurs  ennemys; 
mais  si  bien  ne  sceurent  jouer  leur  rooUe  qu'en  moins 
d'une  heure  n'y  eust  berche  à  leur  place  assez  gran- 
dete,  mais  mal  aysée  pour  ce  qu'il  failloit  monter.  Or 
en  telles  matières  fault  autre  chose  que  souhaiter.  Si 
fist  le  bon  chevalier  sonner  l'assault,  et  vint  aux  lans- 
quenetz,  les  enhortant^  d'y  aller.  Leur  truchement 
parla  pour  eulx,  et  dist  que  c'est  oit  leur  ordonnance 
que,  toutesfois  qu'il  se  prenoit  place  d'assault, 
qu'ilz  dévoient  avoir  double  paye,  et  que,  si  on 
leur  vouloit  promettre  yroient  audit  assault,  autre- 
ment non.  Le  bon  chevalier  n'entendoit  point  ses 
ordonnances  ;  toutesfois  il  leur  fist  responce  que,-  sans 
nulle  faulte,  s'ilz  prenoient  la  place,  qu'ilz  auroient  ce 
qu'ilz  demandoient  et  leur  en  répondoit  pour  ce  qu'il 
ne  vouloit  pas  demourer  longuement  là.  Il  eut  beau  pro- 
mettre, mais  au  dyable  le  lansquenet  qui  monta  jamais 
à  la  berche.  Les  adventuriers  y  allèrent  gaillardement, 
mais  ilz  furent  lourdement  repoussez  par  deux  ou 
trois  fois;  et  de  fait  ceulx  qui  deffendoient  mons- 
troient  bien  qu'ilz  estoient  gens  de  guerre.  Quant  le 
bon  chevalier  congneut  leur  cueur,  pensa  bien  qu'il 
ne  les  auroit  janciais  de  ceste  lute  ;   si  fist  sonner  la 

i.  Enhortant,  exhortant. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  345 

retraicte,  laquelle  faicte,  fist  encores  tirer  dix  ou 
douze  coups  d'artillerie,  faisant  myne  qu'il  vouloit 
agi'andir  la  berche,  mais  il  avoit  autre  chose  en  pen- 
sée ;  car  cependant  qu'on  tiroit  l'artillerie,  vint  à  ung 
de  ses  hommes  d'armes,  fort  gentil  compaignon,  qu'on 
nonunoit  Petit  Jehan  de  la  YergneS  auquel  il  dist  : 
€  La  Vergne,  si  vous  voulez,  ferez  ung  bon  service  et 
qui  vous  sera  rémunéré.  Voyez  vous  bien  ceste  grosse 
tour  qui  est  au  coing  de  ce  chasteau  ;  quant  vous 
verrez  que  je  feray  recommencer  l'assault,  prenez 
deux  ou  trois  eschelles,  et,  avecques  trente  ou  qua- 
rante hommes,  essayez  de  monter  en  ceste  tour,  car, 
sur  ma  vie  !  n'y  trouverrez  personne  pour  la  def- 
fendre;  et  si  vous  n'entrez  en  la  place  par  là,  dictes 
mal  de  moy.  »  L'autre  entendit  très  bien  le  comman- 
dement. Si  ne  demoura  guères  que  l'assault  ne  feust 
recommencé  plus  âpre  que  devant,  où  tous  ceulx  de 
la  place  vindrent  pour  deffendre  la  berche,  et 
n'avoient  regard  ailleurs,  car  ilz  n'eussent  jamais 
pensé  qu'on  eust  entré  par  autre  lieu,  dont  ilz  furent 
trompez;  car  La  Vergne  fist  très  bien  sa  charge,  et, 
sans  estre  d'eulx  apperceu,  dressa  ses  eschelles,  par 
lesquelles  il  monta  dedans  ceste  tour,  et  plus  de  cin- 
quante compaignons  avecques  luy,  lesquelz  ne  furent 
jamais  veuz  des  ennemys  qu'ilz  ne  feussent  dedans  la 
place,  où  ilz  crièrent  :  c  France,  France  !  Navarre, 
Navarre  !  >  et  vindrent  ruer  par  le  derrière  sur  ceulx 
qui  estoient  à  deffendre  la  berche,  qui  pour  estre 
surpris  furent  estonnez  à  merveilles.   Toutesfois  ilz 

1.  Jean  de  la  Vergne,  8'  de  la  Valette,  fils  d'Antoine,  s'  de 
Tressan.  Il  paraît  dans  la  montre  de  la  compagnie  de  Bayart 
sous  le  nom  de  Jean  de  la  Bergnie. 


346  HISTOIRE  DE   BAYART 

se  mirent  en  deifence  et  firent  devoir  de  bien  com- 
batre  ;  mais  leur  prouesse  ne  leur  servit  de  guères, 
car  les  assaillans  entrèrent  dedans,  qui  misrent  tout 
en  pièces,  ou  peut  s*en  faillit,  et  fut  toute  la  place 
courue  *  et  pillée. 

Ce  fait,  le  bon  chevalier  y  laissa  ung  des  gen- 
tilzhommes  du  roy  de  Navarre,  avecques  quel- 
ques compaignons,  puis  se  mist  au  retour  droit 
au  camp.  Ainsi  qu*il  vouloit  partir,  deux  ou  trois 
cappitaines  des  lansquenetz  vindrent  devers  luy,  et 
par  leur  truchement  luy  firent  dire  qu'il  leur  tiensist 
sa  promesse  de  leur  faire  bailler  double  paye,  et  que 
la  place  avoit  esté  prise.  De  ce  propos  fut  le  bon  che- 
valier si  fort  fasché  que  merveilles ,  et  respondit  tout 
courroucé  au  truchement  :  c  Dictes  à  voz  coquins 
de  lansquenetz  que  je  leur  ferois  plus  tost  bailler 
chascun  ung  licol  pour  les  pendre.  Les  meschans 
qu'ilz  sont .  n'ont  jamais  voulu  aller  à  Tassault,  et  ilz 
demandent  double  paye  !  J'en  parleray  à  monseigneur 
de  la  Palisse  et  à  monseigneur  de  Suffoc',  leur  cappi- 
taine  général,  mais  ce  sera  pour  les  faire  casser;  ilz 
ne  vallent  pas  putains.  »  Le  truchement  leur  dist  le 
propos,  et  incontinent  commencèrent  ung  bruit  mer- 
veilleux ;  mais  le  bon  chevalier  fist  sonner  à  Festen- 
dart  et  assembla  ses  gens  d'armes  et  adventuriers, 
de  façon  que  s'ilz  eussent  fait  semblant  de  rien,  estoit 
délibéré  de  les  mettre  en  pièces.  Hz  s'appaisèrent 


i.  Courue,  envahie. 

2.  Richard  Pooie,  duc  de  Suffolk,  commandant  de  six  mille 
lansquenets  et  surnommé  la  Rose-Blanche.  Il  était  fils  de  Jean 
Poole  et  d'Elisabeth  d'Angleterre  et  fut  tué  à  la  bataille  de  Pavie 
(1524)  au  service  de  la  France. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  347 

petit  à  petit  et  s'en  vindrent  au  camp  devant  Pampe- 
lune,  en  troppe  comme  les  autres.  Il  fault  faire  icy 
ung  petit  discours  pour  rire. 

Quant  le  bon  chevalier  fut  arrivé,  eut  grant 
chère  du  roy  de  Navarre,  du  seigneur  de  la  Pa- 
lisse, du  duc  de  Suifoc,  et  de  tous  les  cappitaines, 
ausquelz  il  compta  la  manière  de  faire  des  lans- 
quenetz,  dont  il  y  eut  assez  ris.  Le  soir  il  donna 
à  soupper  à  tOM  plain  de  cappitaines,  et  entre 
autres  y  estoit  le  duc  de  Suffoc,  cappitaine  général  de 
tous  les  lansquenetz  qui  estoient  au  camp,  dont  il  y 
a  voit  six  ou  sept  mille.  Ainsi  qu'ilz  achevoient  de 
soupper,  va  arriver  ung  lansquenet  qui  avoit  assez 
bien  beu,  et  quant  il  entra  ne  sçavoit  qu'il  devoit 
dire,  sinon  qu'il  cherchoit  le  cappitaine  Bayart  pour 
le  tuer,  pour  ce  qu'il  ne  leur  vouloit  point  faire  bailler 
d'argent.  Il  parloit  quelque  peu  de  François  et  assez 
mauvais.  Le  cappitaine  Pierrepont  l'entendit,  qui  dist 
au  bon  chevalier  en  ryant  :  c  Monseigneur,  vecy  ung 
lansquenet  qui  vous  cherche  pour  vous  tuer.  >  Ces- 
toit  la  plus  joyeuse  et  récréative  personne  qu'on  eust 
sceu  trouver.  Si  se  leva  de  table,  l'espée  au  poing, 
et  s'adressa  au  lansquenet  en  luy  disant  :  c  Ësse-vous 
qui  voulez  tuer  le  cappitaine  Bayart?  Le  vecy,  deflfen- 
dez-vous.  9  Le  povre  lansquenet,  quelque  yvre  qu'il 
feust,  eut  belle  paour,  et  respondit  en  assez  mauvais 
langaige.  c  Ce  n'est  pas  moy  qui  veulx  tuer  le  cappi- 
taine Bayart  tout  seul,  mais  ce  sont  tous  les  lansque- 
netz. —  Ha!  sur  mon  ame  !  dist  le  bon  chevalier  qui 
pasmoit  de  rire,  je  le  quicte,  et  ne  suis  point  délibéré 
moy  seul  de  combatre  sept  mille  lansquenetz.  Ap- 
poinctement,  compaignon,  pour  l'amour  de  Dieu!  » 


348  HISTOIRE  DE  BAYART 

Toute  la  compaignie  se  print  si  très  fort  à  rire  du 
propos  que  merveilles,  et  fut  assis  à  table  le  lans- 
quenet viz-à-viz  du  bon  chevaUer,  qui  le  fist  achever 
d'abillerS  comme  il  estoit  commencé,  de  sorte  que, 
avant  quMl  partist  de  là,  promist  que  tant  qu'il  vivroit 
deflfendroit  le  cappitaine  Bayart  envers  et  contre  tous, 
et  jura  qu'il  estoit  homme  de  bien  et  qu'il  avoit  bon 
vin.  Le  roy  de  Navarre  et  le  seigneur  de  la  Palisse  le 
sceurent  le  soir,  qui  en  rirent  conmie  les  autres. 

Le  lendemain  de  l'arrivée  du  bon  chevalier,  conunença 
l'artillerie  à  tirer  contre  la  ville  de  Pampelune,  qui 
fut  batue  assez  bien ,  et  y  voulut-on  donner  l'assault, 
qui  fut  essayé  ;  mais  si  bien  se  deifendirent  ceulx  de 
dedans  qu'on  la  laissa  là,  et  y  eurent  les  François 
grosse  perte.  Dedans  estoit  ce  gentil  chevalier  espai- 
gnol  que  l'on  nommoit  l'alcado  de  las  Donzelles.  Ce 
fut  ung  voyage  assez  malheureux  ;  car  les  François  à 
leur  entrée  en  Navarre  gastèrent  et  dissipèrent  tous 
les  biens,  rompirent  les  moulins  et  firent  beaucoup 
d'autres  choses,  dont  ilz  eurent  depuis  grande  indi- 
gence; car  la  famine  y  fut  si  grosse  que  plusieurs 
gens  en  moururent ,  et  si  n'y  eut  jamais  en  armée  si 
grande  nécessité  de  souliers,  car  une  meschante  paire 
pour  ung  lacatz'  coustoit  ung  escu.  Brief,  tous  ses 
malheurs  assemblez,  et  aussi  que  le  duc  de  Nagère 
estoit  arrivé  au  Pont-la-Reyne,  près  de  Pampelune, 
avecques  ung  secours  de  huyt  ou  dix  mille  hommes, 
fut  le  roy  de  Navarre  conseillé  par  le  seigneur  de 
la  Palisse  et  tous  les  cappitaines  de  se  retirer  jusques 


1 .  G'e8^à-dire  :  qui  acheva  de  l'enivrer. 

2.  Lacatx,  laquais. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  3i9 

à  une  autre  saison.  Si  fut  levé  le  siège  en  plain  jour 
de  devant  Pampelune,  et  Tartillerie  mise  à  chemin  ; 
mais  peu  de  journées  fut  conduicte,  car  les  mon- 
taignes  par  où  elle  devoit  passer  estoient  trop 
estranges*  Si  furent  contrainctz  les  François,  après 
que  à  force  de  gens  et  d'argent  l'eurent  menée  trois 
journées,  la  laisser  au  pied  d'une  montaigne  où  ilz 
la  rompirent  ;  au  moins  la  misrent  en  sorte  que  leurs 
ehnemys  ne  s'en  feussent  soeu  ayder. 

Il  fault  entendre  que,  au  repasser  des  montai- 
gnes  Pirènées ,  y  eust  de  grandes  povretez  par 
le  deffault  des  vivres,  et  si  n'estoit  heure  au  jour 
qu'il  n'y  eust  alarme  chault  et  aspre.  Le  duc  de 
Sufibc,  dit  la  Blanche  Roze,  cappitaine  général  des 
lansquenetz,  y  estoit,  qui  grande  et  parfaicte  amy- 
tié  avoit  avecques  le  bon  chevalier.  Ung  jour  qu'il 
avoit  tant .  travaillé  que  plus  n'en  povoit ,  car  toute 
ceste  journée  n'avoit  beu  ne  mangé ,  ainsi  qu'on 
se  vouloit  retirer  d'une  escarmouche,  sur  le  soir 
bien  tard  vint  trouver  icelluy  bon  chevalier,  auquel 
il  dist  :  c  Cappitaine  Bayart,  mon  amy,  je  meurs 
de  fain;  je  vous  prie,  donnez-moy  aujourd'huy  à 
soupper,  car  mes  gens  m'ont  dit  qu'il  n'y  a  riens  à 
mon  logis.  »  Le  bon  chevalier,  qui  ne  s'estonna 
jamais  de  riens,  respondit  :  c  Ouy  vrayement,  mon- 
seigneur, et  si  serez  bien  traicté;  >  Puis  devant  luy 
appella  son  maistre  d'hostel,  auquel  il  dist  :  c  Mon- 
seigneur de  MylieuS  allez  devant  faû^e  haster  le  soup- 


i.  Imbert  de  Vaux,  s'  de  Milieu,  gentilliomme  dauphinois.  II 
fut  tué  au  siège  de  Mézières  (1521). 


350  fflSTOIRE   DE  BAYART 

per,  et  que  nous  soyons  ayses  comme  dedans  Paris.  » 
De  laquelle  paroUe  le  duc  de  Suffort  rist  ung  quart 
d'heure,  car  desjà  y  avoit  deux  jours  qu'ilz  ne  man- 
geoient  que  du  pain  de  milet. 

Bien  vous  asseure  que  sans  perdre  gens  que 
de  famyne  les  Françoys  firent  une  aussi  belle 
retraicte  que  gens  de  guerre  firent  oncques,  et  sur 
tous  y  acquist  ung  merveilleux  honneur  le  bon 
chevalier,  qui  tousjours  demoura  sur  la  queue  tant 
que  le  dangier  fust  passé  ;  car  voulentiers  luy  a  Ton 
tousjours  fait  cest  honneur  aux  affaires,  qu'en  allant  a 
tousjours  esté  mis  des  premiers  et  aux  retraîctes  des 
derniers.  Bien  joyeulx  furent  les  François  quant  par 
leurs  journées  eurent  gaigné  Bayonne,  car  ilz  man- 
gèrent à  leur  ayse  ;  mais  plusieurs  gens  de  pied  qui 
estoient  affamez  mangèrent  tant  qu'il  en  mourut  tout 
plain  ;  ce  fust  ung  assez  fascheux  voyage.    . 

En  ceste  année  mourut  le  pape  JuUes,  ce  fattû  Fran- 
çois ^ ,  et  fut  eslu  en  son  lieu  le  cardinal  de  Médids,  pape 
Léon  nonmié.  Il  vint  aussi  en  la  coste  de  Bretaigne  quel- 
que armée  des  Angloys,  qui  ne  firent  pas  grant  chose. 
Ung  jour,  entre  les  autres,  ung  gros  navire  d'Angle- 
terre dicte  la  Régente  ^  et  une  nef  de  la  royne  de 
France,  duchesse  de  Bretaigne,  nonunée  la  Cordelière^ 
se  trouvèrent  et  s'acrochèrent  pour  combatre«  Durant 
le  combat,  quelc'un  gecta  du  feu  dedans  l'une  des 
nefz  ;  mais  finablement  furent  toutes  deux  bruslées.  Les 
Ânglois  y  firent  grosse  et  lourde  perte,  car  sur  ladicte 
Régente  y  avoit  gros  nombre  de  gentilzhommes,  qui 

1.  Le  18  février  1513. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  351 

y  moururent  sans  leur  estre  possible  trouver  le  moyen 
d'eschapper  * . 


CHAPITRE  LVII. 

Comment  le  roy  Henry  cT Angleterre  descendit  en  France 
et  comment  il  mist  le  siège  devant  Thérouenne.  D'une 
bataille  dicte  la  Journée  des  Espérons  ^  où  le  bon 
chevalier  fist  merveilles  d'armes  et  gros  services  en 
France. 

En  l'an  mil  cinq  cens  et  treize,  vers  le  commence- 
ment, le  roy  de  France  renvoya  une  armée  en  Ytalie 
soubz  la  charge  de  la  Trimoille.  Jà  avoit  esté  fait 
l'appoinctement  entre  le  roy  de  France  et  les  Véni- 
ciens  qui  y  portoient  faveur;  toutesfois  le  cas  alla 
assez  mal  pour  les  François,  car  ilz  perdirent  une 
journée  contre  les  Suysses ,  et  y  furent  les  enfans  de 
messire  Robert  de  la  Marche,  qui  avoient  charge  de 
lansquenetz,  quasi  laissez  pour  mors,  et  les  alla  quérir 
leur  père  dedans  ung  fossé  2.  Si  convint  encores  aux 
Françoys  habandonner  la  Lombardie  pour  ceste 
année.  A  leur  retour  fut  adverty  le  roy  de  France 
comment  Henry,  roy  d'Angleterre,  alyé  de  l'empe- 
reur Maximilian,  estoit  descendu  à  Galays  avecques 

i .  La  flotte  française  était  sous  les  ordres  de  Hervé  Portzmo- 
guer,  dit  Primauguet,  amiral  breton  ;  plus  de  deux  mille  hommes 
périrent  par  le  feu  sur  les  deux  navires  amiraux  enflammés.  Voir 
sur  Primauguet  un  intéressant  article  de  M.  Jal  dans  son  Diction^ 
naire  de  biographie  et  d'histoire. 

2.  Voir  pour  les  détails  de  cette  bataille  de  Novare  ou  de  Tre- 
cas  le  chap.  xxxvii  des  Mémoires  de  Fleuranges. 


35S  mSTOIRE  DE  BAYART 

grosse  puissance  pour  entrer  en  son  pays  de  Picardie, 
ouquel  pour  y  résister  envoya  incontinent  grosse  puis- 
sance et  fist  son  lieutenant  général  le  seigneur  de 
Pyennes*,  gouverneur  oudit  pays.  Les  Ângloys,  entrez 
qu*ilz  feussent  en  la  campaigne  de  pleine  arrivée, 
sdlèrent  planter  le  siège  devant  la  ville  de  Théroenne, 
qui  estoit  bonne  et  forte,  où  pour  icelle  garder 
estoient  commis  deux  très  hardiz  et  gaillars  gen- 
tilzhommes,  Tung  le  seigneur  de  Théligny,  séneschal 
de  Rouergue,  cappitaine  saige  et  asseuré,  et  ung 
autre  du  pays  mesmes,  appelle  le  seigneur  de  Pont- 
dormy ',  avecques  leurs  compaignies,  quelques  aven- 
turiers françoys,  avecques  aucuns  lansquenetz  soubz 
la  charge  d'ung  cappitaine  Brandec.  Hz  estoient 
tous  gens  de  guerre  et  pour  bien  garder  la  ville  lon- 
guement s'ilz  eussent  eu  vivres  ;  mais  ordinairement 
en  France  ne  se  font  pas  voulentiers  les  provisions  de 
saison  ne  de  raison.  Le  siège  assis  par  les  Anglois 
devant  ladicte  ville  de  Théroenne,  conunencèrent  à  la 
canonner;  encores  n'y  estoit  pas  la  personne  du  roy 
d'Angleterre  ;  ains,  pour  ses  lieutenans  y  estoient  le 
duc  de  Sufibc,  messire  Charles  Brandon',  et  le  cappi- 

1.  Philippe  de  Hallwyn,  seigneur  de  Piennes,  gonvemenr  de 
Picardie.  Il  était  fils  de  Louis  de  Halwyn  et  de  Jeanne  de  Ghis- 
telles,  il  épousa  Françoise  de  Bourgogne  et  mourut  vers  1517. 

2.  Antoine  de  Gréqui,  seigneur  de  Pont-de-Remy,  dit  Pon- 
dormy,  bailli  d'Amiens,  fils  de  Jean  de  Gréqui,  seigneur  de 
Ganaples,  et  de  Françoise  de  Rubempré.  Il  épousa  Jeanne  de 
Saveuse  et  fut  tué  au  siège  d'Hesdin  (1521). 

3.  Gharles  Brandon,  favori  de  Henri  Vin,  qui  le  créa  duc  de 
Sufifolk  après  avoir  dépouillé  la  famille  des  Poole,  ducs  de  Suffolk, 
de  ses  titres  et  de  ses  biens.  II  épousa  la  veuve  de  Louis  XII,  et 
après  la  mort  de  cette  princesse  se  remaria  pour  la  quatrième 
fois. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  353 

taine  Talbot  ^ .  Mais  peu  de  jours  après  y  arriva,  qui 
ne  fut  pas  sans  avoir  une  grande  frayeur,  entre  Galays 
et  son  siège  de  Théroenne,  auprès  d*ung  village  dit 
Tournehan^,  car  bien  cuyda  là  estre  combatu  par  les 
François,  qui  estoient  en  nombre  de  douze  cens 
hommes  d'armes  tous  bien  délibérez;  mais  avecques 
eulx  n'avoient  pour  Fheure  nulz  de  leurs  gens  de 
pied,  qui  leur  fut  gros  malheur;  et  luy  par  le  con- 
traire n'avoit  nulz  gens  de  cheval,  mais  environ  douze 
mille  honmies  de  pied,  duquel  nombre  estoient  quatre 
mille  lansquenetz.  Si  s'approchèrent  les  deux  armées 
à  une  portée  de  canon  Tune  de  l'autre^  Quoy  voyant 
par  le  roy  d'Angleterre  eut  paour  d'estre  trahy,  si 
descendit  à  pied  et  se  mist  au  meillieu  des  lansque- 
netz. Les  François  vouloient  donner  dedans,  et  mes- 
mement  le  bon  chevalier,  qui  dist  au  seigneur  de 
Piennes  plusieurs  fois  :  c  Monseigneur,  chargeons- 
les  ;  il  ne  nous  en  peult  advenir  dommage  sinon  bien 
peu,  car  si  à  la  première  charge  les  ouvrons,  ilz  sont 
rompuz;  s'ilz  nous  repoussent,  nous  nous  retirerons 
tousjours;  ilz  sont  à  pied  et  nous  à  cheval.  »  Quasi 
tous  les  François  furent  de  ceste  oppinion;  mais  ledit 
seigneur  de  Piennes  disoit  :  c  Messeigneurs,  j'ay 
charge  sur  ma  vie  du  roy  nostre  maistre  de  ne  riens 
bazarder,  mais  seullement  garder  son  pays  ;  faictes  ce 
qu'il  vous  plaira,  mais  de  ma  part  je  ne  m'y  consen- 
tiray  point.  »  Ainsi  demeura  ceste  chose,  et  passa  le 

1.  Greorges  Talbot,  comte  de  Shrewsbury,  autre  favori  de 
Henri  VIII  ;  il  était  fils  de  Jean  Talbot  et  de  Catherine  Straffort. 
Il  épousa  Anne  Hastings,  puis  Elisabeth  Walden  de  Erithe,  et 
mourut  en  1541. 

2.  Tournehem  (Pas-de-Calais). 

23 


35i  HISTOIRE  DE  BAYART 

roy  d* Angleterre  et  sa  bende  au  nez  des  François.  Le 
bon  chevalier,  qui  envis  eust  laissé  départir  la  chose 
en  ceste  sorte  ^ ,  va  donner  sur  la  queue  avecques  sa 
compaignie ,  et  les  fist  serrer  si  bien  qu'il  leur  convint 
habandonner  une  pièce  d'artillerie  dicte  SairUrJehan; 
et  en  avoit  le  roy  d'Angleterre  encores  unze  autres 
de  ceste  façon,  et  les  appelloit  ses  douze  apostres; 
ceste  pièce  fut  gaignée  et  amenée  au  camp  des  Fran- 
çois. 

Quant  le  roy  d'Angleterre  fut  arrivé  au  siège  de  Thé- 
roenne  avecques  ses  gens,  ne  fault  pas  demander  s'il 
y  eut  joye  démenée,  car  il  estoit  gaillart  prince  et 
assez  libéral.  Trois  ou  quatre  jours  après  arriva  l'em- 
pereur Maximilian  avecques  quelque  nombre  de 
Hennuyers  et  de  Bourguignons;  si  se  firent  les 
princes  grant  chère  l'ung  l'autre.  Après  ce  furent 
faictes  les  approuches  devant  la  ville  et  iceUe  canon- 
née  furieusement.  Geulx  de  dedans  respondoient  de 
mesmes  et  faisoient  leurs  rampars  au  mieulx  qu'ilz 
povoient,  mais  sans  doubte  ilz  avoient  nécessité  de 
vivres.  Le  roy  de  France  estoit  marché  jusques  à 
Amyens,  lequel  mandoit  tous  les  jours  à  son  lieute- 
nant général  le  seigneur  de  Piennes  que,  à  quelque 
péril  que  ce  feust,  on  advitaillast  Théroenne.  Gela  ne 
se  povoit  faire  sans  grant  hazart,  car  elle  estoit  toute 
enclose  d'ennemys;  toutesfois,  pour  complaire  au 
maistre,  fut  conclud  qu'on  yroit  avecques  toute  la 
gendarmerie  dresser  ung  alarme  au  camp,  et  cepen- 
dant que  quelques-ungs  ordonnez  à  porter  des  îartz 


i .  Qui  envis  eust  laissé  départir  la  chose  en  ceste  sorte,  qui  eut 
bien  malgré  lui  laissé  la  chose  se  terminer  ainsi. 


PAR  LE  LOYAL   SERVllVUR.  355 

pour  mettre  dedans  la  ville  les  yroient  gecter  dedans 
les  fossez  et  que  après  ceulx  de  la  garnison  les  retire* 
roient  assez.  Si  fut  pris  le  jour  d'exécuter  ceste  entre- 
prinse  dont  le  roy  d'Angleterre  et  l'empereur  furent 
advertizy  conune  povez  entendre  par  quelques  espies 
dont  assez  s'en  trouve  parmy  les  armées  et  y  en 
avoit  alors  de  doubles  qui  faignoient  estre  bons  Fran- 
çois et  ilz  estoient  du  contraire  party. 

Le  jour  ainsi  ordonné  d'aller  advitailler  la  ville  de 
Théroenne  montèrent  les  cappitaines  du  roy  de  France 
à  cheval  avecques  leurs  gensdarmes.  Dès  le  poinct  du 
jour  le  roy  d'Angleterre  qui  sçavoit  ceste  entreprinse 
avoit  fait  mectre  au  hault  d'ung  tertre  dix  ou  douze 
mille  archiers  anglois  et  quatre  ou  cinq  mille  lansque- 
netz  avecques  huyt  ou  dix  pièces  d'artillerie,  afïin  que, 
quant  les  François  seroient  passez  oultre,  ilz  descen- 
dissent et  leur  couppassent  chemin  ;  et  par  le  devant 
avoit  ordonné  tous  les  gens  de  cheval,  tant  Anglois, 
Bourguignons  que  Hennuyers,  pour  les  assaiUir.  Il 
fault  entendre  une  chose,  que  peu  de  gens  ont  sceu, 
et  qui  ont  donné  blasme  de  ceste  journée  aux  gen- 
tUzhommes  de  France  à  grant  tort  ;  c'est  que  tous  les 
cappitaines  françois  déclarèrent  à  leurs  gens  d'armes 
que  ceste  course  qu'ilz  faisoient  estoit  seulement  pour 
refreschir  ceulx  de  Théroenne  et  qu'ilz  ne  vouloient 
aucunement  combatre,  de  sorte  que  s'ilz  rencon- 
troient  les  ennemys  en  grosse  troppq,  ilz  vouloient 
qu'ilz  retournassent  au  pas,  et  s'ilz  estoient  pressez, 
du  pas  au  trot,  et  du  trot  au  galop,  car  ilz  ne  vou- 
loient riens  bazarder.  Or,  conunencèrent  à  marcher 
les  François  et  approchèrent  la  ville  de  Théroenne 
d'une  lieue  près  et  plus,  où  conunença  l'escarmouche 


356  HISTOIRE   DE   BAYART 

forte  et  rudde.  Et  très  bien  fist  son  devoir  la  gendar- 
merie firançoise  jusques  à  ce  qu'ilz  vont  veoir  sur  le 
costeau  ceste  grosse  troppe  de  gens  de  pied  en  deux 
bendes,  qui  estoient  marchez  plus  avant  qu'ilz  n'es- 
toient  et  vouloient  descendre  pour  les  enclorre  ;  quoy 
voyant  fut  la  retraicte  sonnée  par  les  trompettes  des 
François.  Les  gensdarmes,  qui  avoient  leur  leçon  de 
leurs  cappitaines, . se  misrent  le  grant  pas  au  retour; 
ilz  furent  pressez  et  allèrent  le  trot,  puis  au  grant 
galop,  tellement  que  les  premiers  se  vindrent  gecter 
sur  le  seigneur  de  la  Palisse,  qui  estoit  en  la  bataille 
avec  le  duc  de  Longueville^  en  si  gradde  fureur  qu'ilz 
misrent  tout  en  désordre.  Les  cbassans  qui  très  bien 
poursuyvoient  leur  pointe,  voyant  si  povre  con- 
duite, poussèrent  tousjours  oultre  tellement  qu*ilz 
firent  du  tout  tourner  le  doz  aux  François.  Le  sei- 
gneur de  la  Palice  et  plusieurs  autres  y  firent  plus 
que  leur  debvoir,  et  cryoient  à  haulte  voix  :  c  Tourne, 
homme  d'armes,  tourne  ;  ce  n'est  riens.  >  Mais  cela  ne 
servoit  de  riens,  ains  chascun  taschoit  de  venir  gai- 
gner  leur  camp  où  estoit  demourée  TartiHerie  et  les 
gens  de  pied.  En  ce  grant  désordre  fut  prins  prison- 
nier le  duc  de  Longueville  et  plusieurs  autres,  comme 
le  seigneur  de  la  Palice,  mais  il  eschappa  des  maios 
de  ceulx  qui  Favoient  pris^.  Le  bon  chevalier  sans 

1 .  Louis  I,  marquis  de  Rothelin,  puis  duc  de  Longueville,  fils  de 
François  I,  comte  de  Dunois  et  de  Longueville,  et  d'Agnès  de 
Savoie.  Il  fut  grand  chambellan,  gouverneur  de  Provence,  et 
mourut  en  1516.  Il  avait  épousé  Jeanne  de  Hochberg. 

2.  Parce  que  les  espérons  servirent  plus  que  l'espée,  fut  nom- 
mée la  journée  des  espérons.  En  ladicte  roupte  furent  pris  le  dac 
Loui8  de  Longueville,  le  seigneur  de  la  Palice  (mais  ils  furent 
rescous),  le  capitaine  Bayard,  le  seigneur  de  Glermont  d'Anjoa, 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  357 

paour  et  sans  reproche  se  retiroit  à  grant  regret  et 
tousjours  tournoit  sur  ses  ennemys  menu  et  souvent, 
avecques  quatorze  ou  quinze  hommes  d'armes  qui 
estoient  demourez  auprès  de  luy.  Si  vint  en  se  reti- 
rant à  trouver  ung  petit  pont  où  il  ne  pouvoit  passer 
que  deux  hommes  à  cheval  de  fronc,  et  y  avoit  ung 
gros  fossé  plain  d'eaue,  qui  venoit  de  plus  de  demye- 
lieue  loing  et  alloit  à  bien  demy-quart  de  lieue  plus 
bas  faire  mouldre  ung  moulin.  Quant  il  fut  sur  ce 
pont,  il  dist  à  ceulx  quy  estoient  avecques  hiy  : 
c  Nosseigneurs,  arrestons-nous  icy,  car  d'une  heure 
noz  ennemys  ne  gaigneront  ce  pont  sur  nous  ;  >  et 
puis  il  appela  ung  de  ses  archiers  auquel  il  dist  : 
c  Allez  vistement  à  nostre  camp  et  dictes  à  monsei- 
gneur de  la  Palice  que  j'ay  arresté  les  ennemys  sur 
le  cul,  du  moins  d'icy  à  demye-heure,  et  que  cepen- 
dant il  face  chascun  mettre  en  bataille  et  qu'on  ne 
s'espovente  point,  ains  qu'il  me  semble  qu'il  doibt 
tout  bellement  marcher  en  çà  ;  car  si  les  gens  ainsi 
desroyez  poussoient  jusques  là,  ilz  se  trouveroient 
deffaictz.  >  L'archer  va  droit  au  camp,  et  laissa  le 
bon  chevalier,  avecques  si  peu  de  gens  qu'il  avoit, 
gardant  ce  petit  pont  où  il  fist  d'armes  le  possible. 
Les  Bourguignons  et  Hennuyers  y  vindrent;  mais  là 
convint-il  combatre,  car  bonnement  ne  povoient 
passer  à  leur  aise,  et  l'arrest  qu'ilz  firent  là  donna 
loysir  aux  François  qui  estoient  retournez  en  leur 
camp  d'eulx  mettre  en  ordre  et  en  deffense  si  besoing 
en  eust  esté.  Quant  les  Bourguignons  veirent  que  si 

lieutenant  de  Monsieur  d'Angoulesme ,  le  seigneur  de  Bussy 
d'Amboise  et  plusieurs  autres  tant  cappitaines  que  soldats 
(Du  Bellay,  Mémoires,  liv.  D. 


358  HISTOIRE  DE  BAYART 

peu  de  gens  leur  faisoient  barbe,  commencèrent  à 
crier  qu'on  fist  venir  des  archiers  en  diligence,  et 
aucuns  d'eulx  les  allèrent  haster.  Cependant  plus  de 
deux  cens  chevaubc  chevauchèrent  le  long  de  ce  ruys- 
seau  et  allèrent  trouver  le  moulin  où  ilz  passèrent. 
Ainsi  fut  encioz  le  bon  chevalier  des  deux  costez, 
lequel  dist  à  ses  gens  :  c  Messeigneurs,  rendons-nous 
à  ces  gentilzhonunes,  car  nostre  prouesse  ne  nous 
serviroit  de  riens.  Noz  chevaulx  sont  recreuz;  ilz  sont 
dix  contre  ung  ;  noz  gens  sont  à  trois  lieues  d'icy  ;  et 
si  nous  attendons  encores  ung  peu,  et  les  archiers 
anglois  arrivent,  ilz  nous  mettront  en  pièces.  »  Sur  ces 
parolles  vont  arriver  ces  Bourguignons  et  Hennuyers, 
crians  :  c  Bourgongne  !  Bourgongne  !  »  et  firent  grosse 
envahye  sur  les  Fraiiçois  qui ,  pour  n'avoir  moyen 
d'eulx  plus  deffendre,  se  rendoient  Fung  çà  et  Tautre 
là,  aux  plus  apparens.  Et  ainsi  que  chascûn  taschoit  à 
prendre  son  prisonnier,  le  bon  chevalier  va  adviser 
ung  gentilhonune  bien  en  ordre  seubz  de  petitz 
arbres,  lequel,  pour  la  grande  et  extresme  dialeur 
qu'il  avoit,  de  façon  qu'il  n'en  povoit  plus,  avoit  osté 
son  armet,  et  estoit  tellement  affligé  ^  et  travaillé  qu'il 
ne  se  daignoit  amuser  aux  prisonniers.  Si  picqua  son 
cheval  droit  à  luy,  l'espée  au  poing  qu'il  luy  vient 
mettre  sur  la  gorge,  en  luy  disant  :  c  Rendz-toy, 
homme  d'armes,  ou  tu  es  mort.  »  Qui  fut  bien 
esbahy?  ce  fut  le  gentilhomme,  car  il  pensoit  bien 
que  tout  feust  prins.  Toutesfois  il  eut  paour  de  mou- 
rir, et  dist  :  c  Je  me  rends  doncques,  puisque  prins 
suis  en  ceste  sorte.  Qui  estes-vous?  —  Je  suis,  dist 

1.  Affligé,  épuisé. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  359 

le  bon  chevalier,  le  cappitaine  Bayard,  qui  me  rends 
à  vous  ;  et  tenez  mon  espée,  vous  supliant  que  vostre 
plaisir  soit  moy  emmener  avecques  vous  ;  mais  une 
courtoysie  me  ferez  ;  si  nous  trouvons  des  Anglois  en 
chemin  qui  nous  voulsissent  tuer,  vous  me  la  ren- 
drez. >  Ce  que  le  gentilhomme  luy  promist,  et  le  luy 
tint,  car  en  tirant  au  camp,  convint  à  tous  deux  jouer 
des  cousteaulx  contre  aucuns  Anglois  qui  vouloient 
tuer  les  prisonniers,  où  ilz  ne  gaignèrent  riens. 

Or,  fut  le  bon  chevalier  mené  au  camp  du  roy  d'An- 
gleterre, en  la  tente  de  ce  gentilhomme  qui  luy  fist 
très  bonne  chère  pour  trois  ou  quatre  jours;  au 
cinquiesme  le  bon  chevalier  luy  dist  :  c  Mon  gentil- 
homme, je  vouldrois  bien  que  me  voulsissiez  faire 
mener  seurement  au  camp  du  roy  mon  maistre,  car 
il  m'ennuye  desjà  icy.  —  Gonunent,  dist  l'autre,  en- 
cores  n'avons-nous  point  advisé  de  vostre  rançon.  — 
De  ma  rançon  ?  dist  le  bon  chevalier^  mais  à  moy  de 
la  vostre,  car  vous  estes  mon  prisonnier;  et  si  depuis 
que  j'euz  vostre  foy  me  suis  rendu  à  vous,  ce  a  esté 
pour  me  sauver  la  vie  et  non  autrement.  >  Qui  fut 
bien  estonné?  ce  fust  le  gentilhonune,  car  encores  luy 
dist  plus  le  bon  chevalier  :  c  Ce  fut  ^  mon  gentil- 
homme ;  où  ne  me  tiendrez  promesse,  je  suis  asseuré 
qu'en  quelque  sorte  j'eschapperay,  mais  croyez  après 
que  j'auray  le  combat  à  vous.  >  Ce  gentilhomme  ne 
sçavoit  que  respondre,  car  il  avoit  assez  ouy  parler 
du  cappitaine  Bayart,  et  de  combat  n'en  vouloit  pas  ; 
toutesfois  il  estoit  assez  courtoys  chevalier,  et  enfin 
dist  :  €  Monseigneur  de  Bayart,  je  ne  vous  veulx  faire 

1.  Ce  fut,  cela  s'est  passé  ainsi. 


360  HISTOIRE  DE  BAYART 

que  la  raison  ;  j'en  croiray  les  cappitaines.  »  Il  fault 
entendre  qu'on  ne  sceut  si  bien  celer  le  bon  cheva- 
lier qu'il  ne  feust  sceu  parmy  le  camp  ;  et  sembloit 
advis,  à  ouyr  parler  les  ennerays,  qu'ilz  eussent  gaigné 
une  bataille.  L'empereur  l'envoya  quérir,  et  fut 
mené  à  son  logis,  qui  luy  fist  une  grande  et  merveil- 
leuse chère,  en  luy  disant  :  «  Gappitaine  Bayart,  mon 
amy ,  j'ay  très  grant  joye  de  vous  veoir  ;  que  pleust 
à  Dieu  que  j'eusse  beaucoup  de  telz  honmies  que 
vous  ;  je  croy  que  avant  qu'il  feust  guères  de  temps 
je  me  sçaurois  bien  venger  des  bons  tours  que  le  roy 
vostre  maistre  et  les  François  m'ont  faiz  par  le  passé.  > 
Encore  luy  dist-il  en  riant  :  «  Il  me  semble,  monsei- 
gneur de  Bayart,  que  autresfois  avons  esté  à  la  guerre 
ensemble,  et  m'est  advis  qu'on  disoit  dans  ce  temps- 
là  que  Bayard  ne  fuyoit  jamais.  >  A  quoy  le  bon  che- 
valier respondit  :  t  Sire,  si  j'eusse  fuy,  je  ne  feusse 
pas  icy.  >  En  ces  entrefaictes  arriva  le  roy  d'Angle- 
terre, à  qui  fist  congnoistre  le  bon  chevalier,  qui  luy 
fist  fort  bonne  chère  et  il  luy  fist  la  révérence  conuue  à 
tel  prince  appartenoit.  Si  commencèrent  à  parler  de 
ceste  retraicte,  et  disoit  le  roy  d'Angleterre  que 
jamais  n'avoit  veu  gens  si  bien  fuyr  et  en  si  gros 
nombre  que  les  François  qui  n'estoient  chassez  que  de 
quatre  à  cinq  cens  chevaulx  ;  et  en  parloient  en  assez 
povre  façon  l'eippereur  et  luy.  «  Sur  mon  ame  !  dist 
le  bon  chevalier,  la  gendarmerie  de  France  n'en  doit 
aucunement  estre  blasmée,  car  ilz  avoient  exprès  com- 
mandement de  leurs  cappitaines  de  ne  combatre 
point,  parce  qu'on  se  doubtoit  bien,  si  veniez  au 
combat,  amèneriez  toute  vostre  puissance,  conune 
avez  fait,  et  nous  n'avions  ne  gens  de  pied  ny  artille- 


PAR   LE  LOYAL  SERVITEUR.  361 

rie.  Et  jà  sçavez,  haulx  et  puissans  seigneurs,  que  la 
noblesse  de  France  est  renommée  par  tout  le  monde. 
Je  ne  dis  pas  que  je  doive  estre  du  nombre.  — 
Vrayement,  dist  le  roy  d'Angleterre,  monseigneur  de 
Bayart,  si  tous  estoient  voz  semblables,  le  siège  que 
j'ay  mis  devant  ceste  ville  me  seroit  bicntost  levé; 
mais  quoy  que  ce  soit,  vous  estes  prisonnier.  — 
Sire,  dist  le  bon  chevalier,  je  ne  le  confesse  pas,  et 
en  vouldrois  bien  croire  l'empereur  et  vous.  >  Là 
présent  estoit  le  gentilhomme  qui  l'avoit  amené  et  à 
qui  il  s'estoit  rendu  depuis  qu'il  avoit  eu  sa  foy.  Si 
compta  tout  le  faict  ainsi  que  cy-dessus  est  récité;  à 
quoy  le  gentilhomme  ne  contredit  en  riens,  ains 
dist  :  «  Il  est  vray  ainsi  que  le  seigneur  de  Bayart  le 
compte.  >  L'empereur  et  le  roy  d'Angleterre  se 
regardèrent  l'ung  l'autre;  puis  commença  à  parler 
l'empereur,  et  dist  que  à  son  oppinion  le  cappitaine 
Bayart  n'esloit  point  prisonnier,  mais  plustost  le 
seroit  le  gentilhomme  de  luy.  Toutesfois,  pour  la 
courtoysie  qu'il  luy  avoit  faicte,  demoureroient  quictes 
l'ung  envers  l'autre  de  leur  foy,  et  le  bon  chevalier 
s'en  pourroit  aller  quant  bon  sembleroit  au  roy  d'An- 
gleterre S  lequel  dist  qu'il  estoit  bien  de  son  oppi- 
nion, et  que  s'il  vouloit  demourer  six  sepmaines  sur 
sa  foy  sans  porter  armes,  que  après  luy  donnoit 
congé  de  s'en  retourner,  et  que  cependant  il  allast 
veoir  les  villes  de  Flandres.  De  ceste  gracieuseté 
remercia  le  bon  chevalier  très-humblement  l'empe- 
reur et  le  roy  d'Angleterre,  puis  s'en  alla  esbatre  par 

1.  Suivant  Ghampier,  dont  le  récit  (f.  xLin)  di£fôre  sensible- 
ment de  celui  du  Loyal  serviteur,  Tempereur  fixa  la  rançon  de 
Bayart  à  mille  écus  que  celui-ci  paya  avant  de  rentrer  en  France. 


362  HISTOIRE  DE  BAYART 

le  pays  jusques  au  jour  qu'il  avoit  promis.  Le  roy 
d'Angleterre  durant  ce  temps  le  fist  praticquer  pour 
estre  à  son  service,  luy  faisant  présenter  beaucoup 
de  biens  ;  mais  il  perdit  sa  peine,  car  son  cueur  estoit 
du  tout  françois^  Or,  fault  entendre  une  chose  que, 
combien  que  le  bon  chevalier  n'eust  pas  de  grans 
biens,  homme  son  pareil  ne  s'est  trouvé  de  son 
temps  qui  ait  tenu  meilleure  maison  que  luy  ;  et  tant 
qu'il  fut  es  pays  de  l'empereur,  la  tint  opulentement 
aux  Hennuyers  et  Bourgongnons.  Et  néantmoins  que 
le  vin  y  soit  fort  cher,  si  ne  leur  faiUoit-il  riens  quant 
ilz  s'alloient  coucher;  et  fut  tel  jour  qu'il  despendit 
vingt  escus  en  vin.  Plusieurs  eussent  bien  voulu  qu'il 
n'en  feust  jamais  party  ;  toutesfois  il  s'en  retourna  en 
France  quant  il  eut  achevé  son  terme ,  et  fut  conduit 
et  très  bien  accompaigné  jusques  à  trois  lieues  du 
pays  de  son  maistre. 

Quelques  jours  demourèrent  l'empereur  et  le 
roy  d'Angleterre  devant  Théroenne,  qui  enfin  se 
rendit  faulte  de  vivres  ;  et  fut  la  composition  :  que 
les  cappitaines  et  gens  de  guerre  sortiroient,  vies 
et  bagues  sauves,  et  que  mal  ne  seroit  faict  aux 
habitans  de  la  ville,  ni  iceUe  desmolie.  Ce  qu'on 
promist  aux  gens  de  guerre  fut  bien  tenu,  mais 
non  pas  à  ceulx  de  la  ville,  car  le  roy  d'Angleterre 

i.  Le  roi  d'Angleterre  ne  fut  pas  le  seul  prince  qui  chercha 
à  s'attacher  Bayart  :  c  Au  retour  de  Garillan,  écrit  Ghampier, 
le  pappe  JuUes  II  voulut  faire  capitaine  de  l'Église  le  noble  che- 
valier Bayard,  mais  oncques  ne  le  voulut  accepter;  si  respondit 
qu'il  remercioit  le  pappe  de  son  bon  vouloir  grandement,  mais 
qu'il  avoit  on  seigneur  au  ciel  et  on  autre  en  terre.  G'estoit  Dieu 
an  ciel  et  le  roy  de  France  en  terre  et  que  autre  ne  serviroit  en 
ce  monde.  Dont  fut  très  desplaisant  le  pappe  Jules.  > 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  363 

fist  abatre  les  murailles  et  mettre  le  feu  en  plusieurs 
lieux,  qui  fut  grosse  pitié;  toutesfois,  depuis,  les 
François  la  remisrent  en  bonne  ordre  et  plus  forte 
que  jamais.  De  là  levèrent  leur  siège  Terapereur  et  le 
roy  d'Angleterre  et  Tallèrent  planter  devant  la  ville 
de  Tournay,  qui  se  feust  assez  deffendue  si  les  babi* 
tans  eussent  voulu  accepter  le  secours  des  François 
qu'on  leur  vouloit  bailler;  mais  ilz  dirent  qu'ilz  se 
defiendroient  bien  d'eulx-mesmes,  dont  mal  leur  en 
print,  car  leur  ville  fut  prinse  et  mise  es  mains  du 
roy  d'Angleterre  qui  la  fortifïia  à  merveilles.  L'yver 
estoit  desjà  avancé,  parquoy  fut  l'armée  rompue,  et  se 
retira  le  roy  d'Angleterre  en  son  royaulme  et  l'empe- 
reur en  Almaigne.  Pareillement  le  camp  du  roy  de 
France  se  defïist ,  et  se  logea  l'on  par  les  garnisons 
sur  les  frontières  de  Picardie. 

Il  fault  sçavoir  une  chose  qui  est  digne  d'estre 
mis  par  escript;  c'est  que,  durant  le  camp  du 
roy  d'Angleterre  et  de  l'empereur  en  Picardie,  les 
Suysses,  ennemys  pour  lors  du  roy  de  France, 
le  seigneur  du  VergyS  et  plusieurs  lansquenetz, 
en  nombre  de  bien  trente  mille  honunes  de  guerre, 
descendirent  en  Bourgongne,  où  gouverneur  estoit 
le  vertueux  seigneur  de  la  Trimoille,  qui  pour 
l'heure  estoit  au  pays  ;  et  pour  n'avoir  puissance  à  les 
combatre  aux  champs,  fut  contrainct  se  retirer  dedans 
Dyjon,  devant  laquelle  ville  il  espéroit  arrester  ceste 

i.  Guillaume  de  Vergi,  seigneur  de  Vergi,  baron  de  Bourbon- 
Lanci,  maréchal  de  Bourgogne,  fils  de  Jean  de  Vergi  et  de  Paule 
de  Miolans;  il  épousa  Marguerite  de  Vergi,  sa  cousine,  puis  Anne 
de  Rochcchouart-Mortemart,  et  mourut  en  1520. 


364  mSTOIRE  DE  BÀYART 

grosse  armée,  qui  peu  après  y  vint  mettre  le  siège 
en  deux  lieux,  et  icelluy  assis,  la  canonnèrent  furieu- 
sement. Le  bon  seigneur  de  la  Trimoille  faisoit  son 
devoir  en  ce  qui  estoit  possible,  et  luy-mesmes  jour 
et  nuyt  estoit  aux  rempars;  mais  quant  il  veit  les 
berches  faictes,  et  si  mal  gamy  de  gens  de  guerre 
qu'il  estoit,  congneut  à  l'œil  que  la  ville  s'en  alloit 
perdue,  et  par  conséquent  le  royaaljn^»  de  France  en 
gros  dangier,  car  si  Dyjon  eust  esté  prîns  ilz  feussent 
allez  jusques  à  Paris.  Si  fist  secrètement  traicter 
avecques  les  Suysses,  et  leur  fist  faire  plusieurs  belles 
remonstrances  des  biens  et  honneurs  qu'ilz  avoient 
receuz  de  la  maison  de  France,  et  qu'il  espéroit  qu'en 
brief  seroient  encores  amys  plus  que  jamais,  et  que, 
quant  ilz  entendroient  bien  leurs  affîJres,  la  ruyne  de 
la  maison  de  France  estoit  à  leur  grant  désavantage. 
Ilz  entendirent  à  ces  propos,  et  encores  sur  sauf-con- 
duit furent  d'accord  qu'il  allast  parler  à  eulx,  ce  qu'il 
fist;  et  si  bien  les  mena  et  de  si  belles  paroUes,  aussi 
moyennant  certaine  grosse  sonmie  de  deniers  qu'il 
leur  promist  (pour  seureté  de  laquelle  leur  baiUa  pour 
hostaiges  son  nepveu  le  seigneur  de  Maizières,  le  sei- 
gneur de  Rocbefort,  filz  du  chancelier  de  France  S  et 
plusieurs  bourgeois  de  la  ville)  qu'ilz  s'en  retour- 


1.  René  d*Anjou,  sieur  de  Mézières,  né  en  1483,  fils  de  Louis 
d'Anjou  et  d'Anne  de  la  Trémouille;  il  épousa  Antoinette  de 
Ghabannes  et  mourut  vers  1521. 

Jean  de  Rochefort,  seigneur  de  Pleuvant,  baiiU  de  Dijon, 
écuyer  du  roi,  ambassadeur  à  Rome  et  à  Venise,  fils  de  Guy 
de  Rochefort,  cliancelier  de  France,  et  de  Marie  Chambellan  ;  il 
épousa  Antoinette  de  Chàteauneuf  et  mourut  en  1536. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  365 

nèrent.  De  ceste  composition  fut  blasmé  ledit  seigneur 
de  la  Triraoille  de  plusieurs  ;  mais  ce  fut  à  grant  tort, 
car  jamais  homme  ne  fist  si  grant  service  en  France 
pour  ung  jour  que  quant  il  fist  retourner  les  Suysses 
de  devant  Dyjon;  et  depuis  Ta-on  bien  congneu  en 
plusieurs  manières  ^ . 

Le  bon  roy  Loys  douziesme,  en  ceste  année  mil 
cinq  cens  et  treize  eut  de  terribles  affaires,  et 
de  ses  alliez  aussi ,  dont  Tung  des  plus  apparans 
estoit  le  roy  d'Escosse,  qui  en  une  bataille ,  cuydant 
entrer  en  Angleterre,  fut  deffaict  par  le  duc  de 
Norfort  ^,  lieutenant  du  roy  d'Angleterre ,  et  luy- 
mesmes  y  fut  tué.  Or,  quelque  chose  qu'il  y  eust,  le 
roy  de  France  estoit  tant  aymé  de  ses  subjectz  que  à 
leur  requeste  Dieu  luy  ayda  ;  et  combien  que  la  plus- 
part  des  princes  d'Europe  eussent  juré  sa  ruyne,  et 
mesmement  tous  ses  voisins,  garda  très-bien  son 
royaulme.  Du  partement  de  Picardie  s'en  retourna 
par  ses  ^tites  journées  en  la  ville  de  Bloys,  qu'il 
aymoit  fort  parce  qu'il  y  avoit  prins  sa  naissance; 
mais  guères  n'y  séjourna  que  ung  grant  et  irrépa- 
rable mattieur  luy  advint,  comme  vous  orrez. 


1.  Le  traité  conclu  avec  les  Suisses  par  La  Trémouille  stipulait 
que  le  roi  de  France  renoncerait  au  Milanais,  promettrait  de  ne 
rien  attenter  contre  le  pape  et  donnerait  quatre  cent  mille  écus  à 
Farmée  assaillante.  Ce  traité  imposé  à  La  Trémouille  par  les  cir- 
constances était  tellement  onéreux  que  Louis  XU  refusa  absolu- 
ment de  le  ratifier. 

2.  Thomas  Howard,  comte  de  Sutry,  duc  de  Norfolk.  Il  vain- 
quit à  la  bataille  de  Flodden ,  le  9  septembre  1513 ,  Jacques  IV, 
roi  d'Ecosse,  qui  perdit  la  vie  dans  le  combat.  Il  était  fils  de  Jean 
Howard  et  mourut  en  1524  à  Tâ^e  de  70  ans. 


366  HISTOIRE  DE  BAYART 


CHAPITRE  LVUI. 

Du  trespas  de  la  magnanyme  et  vertueuse  princesse 
Anne^  royne  de  France  et  duchesse  de  Bretaigne.  Du 
mariage  du  roy  Loys  XII^  avecques  Marie  d'Angle- 
terre^ et  delà  mort  dudit  roy  Loys. 

Le  bon  roy  de  France  Louis  XII*,  après  avoir  passé 
toutes  ses  fortunes  en  ceste  année  mil  cinq  cens  et 
treize  et  qu'il  eut  fait  asseoir  ses  garnisons  en  Picar- 
die, s'en  retourna  en  sa  ville  de  Bloys  où  il  se  vouloit 
resjouyr  quelque  peu,  mais  le  plaisir  qu'il  y  pensoit 
prendre  luy  tourna  en  grande  douleur  et  tristesse; 
car,  environ  le  commencement  de  janvier,  sa  bonne 
compaigne  et  espouse  Anne,  royne  de  France  et 
duchesse  de  Bretaigne,  tumba  malade  fort  grièvement, 
car,  quelques  médecins  que  le  roy  son  mary  ny  elle 
eussent  pour  luy  ayder  à  recouvrer  santé,  en  moins 
de  huyt  jours  rendit  l'ame  à  Dieu,  qui  fut  dommage 
nom-pareil  pour  le  royaulme  de  France  et  dueil  per- 
pétuel pour  les  Bretons.  La  noblesse  des  deux  pays  y 
fîst  perte  inestimable,  car  de  plus  magnanyme,  plus 
vertueuse,  plus  sage,  plus  libéralle  ne  plus  acomplie 
princesse  n'avoit  porté  couronne  de  France  depuis 
qu'il  y  a  eu  tiltre  de  royne  * .  Les  François  et  Bretons 
ne  plaignirent  pas  seuUement  son  trespas,   mais  es 

1.  Anne  de  Bretagne  mourut  le  13  février  1513.  Dans  la  céré- 
mooie  des  funérailles,  Bayart  marcha  près  du  corps  de  la  reine 
(Godefroy,  Cérémonial  de  France,  1619,  p.  124). 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  367 

Âlmaignes,  Espaignes,  Angleterre,  Escosse,  et  en  tout 
le  reste  de  l'Europe  fut  plaincte  et  plorée.  Le  roy  son 
mary  ne  donnoit  pas  les  grans  sommes  de  deniers  de 
paour  de  fouller  son  peuple,  mais  ceste  bonne  dame  y 
satisfaisoit  ;  et  y  avoit  peu  de  gens  de  vertus  en  ses 
pays  à  qui  une  fois  en  sa  vie  n'eust  fait  quelque  pré- 
sent. Pas  n'avoit  trente  et  huyt  ans  acomplis  la  gen- 
tille princesse,  quant  cruelle  mort  en  fist  si  grant 
donunage  à  toute  noblesse.  Et  qui  vouldroit  ses 
vertus  et  sa  vie  descripre  comme  elle  a  mérité,  il 
fauldroit  que  Dieu  fist  ressusciter  Gicero  pour  le  latin 
et  maistre  Jehan  de  Meung  pour  le  françois,  car  les 
modernes  n'y  sçauroient  attaindre.  De  ce  tant  lamen- 
table et  très  piteux  trespas  en  fiit  le  bon  roy  Loys 
si  afQigé  que  huyt  jours  durant  ne  faisoit  que  lar- 
moyer, souhaitant  à  toute  heure  que  le  plaisir  de 
Nostre-Seigneur  feust  luy  aller  tenir  compaignie.  Tout 
le  reconfort  qui  luy  demoura,  c'estoit  que  de  luy  et 
de  la  bonne  trespassée  estoient  demourées  deux  bonnes 
et  belles  princesses,  Claude  et  Renée,  qui  avoit  envi- 
ron trois  ans.  Elle  fut  menée  à  Sainct-Denys,  et  là 
enterrée  ;  et  luy  fut  fait  son  service  tant  audit  Bloys 
que  audit  lieu  de  Sainct-Denys,  autant  sollempnel  qu'il 
fut  possible,  plus  de  trois  moys  entiers  par  tout  le 
royaulme  de  France  ;  et  par  la  duché  de  Bretaigne 
n'eust-on  ouy  parler  d'autre  chose  que  de  ce  lacry- 
mable  trespas.  Et  croy  certainement  qu'il  en  sou- 
vient encores  à  plusieurs  ;  car  les  grans  dons,  le  doulx 
recueil  et  gracieulx  parler  qu'elle  faisoit  à  chascun  la 
rendront  inmiortelle. 

Environ  le  moys  de  may  après,  qu'on  disoit  mil 
cinq  cens  et  quatorze,  épousa  monseigneur  François, 


368  HISTOIRE  DE  BAYART 

duc  de  Valois  et  d'Angolesme,  prochain  héritier  de  la 
couronne,  madame  Claude,  aisnée  fille  de  France  et 
duchesse  de  Bretaigne,  au  lieu  de  Sainct-Germain-eo- 
Laye. 

En  ladicte  année,  et  environ  le  moys  d^octobre, 
par  le  moyen  du  seigneur  de  Longueville,  luy  estant 
prisonnier,  qui  avoit  traicté  le  mariage  en  Angle- 
terre du  roy  Loys  et  de  madame  Marie,  seur 
audit  roy  d'Angleterre,  fut  icelle  dame  amenée  à 
Abbeville,  où  ledit  seigneur  l'espousa.  Il  n'avoit 
pas  grant  besoing  d'estre  marié,  pour  beaucoup 
de  raisons  et  aussi  n'en  avoit-il  pas  grant  vou- 
loir; mais  parce  qu'il  se  voyoit  en  guerre  de  tous 
costez,  qu'il  n'eust  peu  soustenir  sans  grandement 
fouller  son  peuple,  ressembla  au  pellican  ;  car,  après 
que  la  royne  Marie  eut  fait  son  entrée  à  Paris,  qui  fut 
fort  triumphante,  et  que  plusieurs  joustes  et  tournois 
furent  achevez,  qui  durèrent  plus  de  six  sepmaines  S 
le  bon  roy,  qui  à  cause  de  sa  femme  avoit  changé 
toute  manière  de  vivre,  car  où  il  souloit  disner  à  hujt 
heures  convenoit  qu'il  disnast  à  midy,  où  il  se  souloit 
coucher  à  six  heures  du  soir,  souvent  se  couchoit  à 
minuyt,  tumba  malade  à  la  fin  du  moys  de  décembre, 
de  laquelle  maladie  tout  remède  humain  ne  le  peuh 
garantir  qu'il  ne  rendist  son  ame  à  Dieu  le  premier 
de  janvier  ensuyvant,  après  lami-nuyct.  Ce  fut  en  son 


i.  Bayart  prit  part  aux  tournois  donnés  à  l'entrée  de  la  reine 
Marie  à  Paris  :  le  Livre  des  Joutes  qui  furent  faictes  à  Paris  à 
Ventrée  de  la  royne  Marie  d'Angleterre  constate  qu'il  rompit  dix 
lances  (Bibi.  nation.,  Ms.  Fr.  5103).  Ses  principaux  adversaires 
dans  ces  tournois  furent  Montmorency,  Maugiron,  Dampierre,  la 
Baume,  Chandos,  etc. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  369 

vivant  ung  bon  prince,  saige  et  vertueux,  qui  maintint 
son  peuple  en  paix  sans  le  fouUer  aucunement  fors  que 
par  contraincle.  Il  eut  en  son  temps  du  bien  et  du  mal 
beaucoup,  parquoy  il  avoit  ample  congnoissance  du 
monde;  plusieurs  victoires  obtint  sur  ses  ennemys, 
mais  sur  la  fin  de  ses  jours  fortune  luy  tourna  ung 
peu  son  effrayé  visaige.  Le  bon  prince  fut  plainct  et 
ploré  de  tous  ses  subjectz,  et  non  sans  cause,  car  il 
les  avoit  tenuz  en  paix  et  en  grande  justice,  de  façon 
(|uc  après  sa  mort  et  toutes  louenges  dictes  de  luy, 
fut  appelle  père  du  peuple;  ce  tiltre  luy  fut  donné  à 
bonne  raison.  Il  n'avoit  pasencores  cinquante-six  ans 
quant  il  paya  le  tribut  de  nature.  On  le  porta  enterrer 
à  Sainct-Denys,  avecques  ses  bons  prédécesseurs,  en 
grans  pleurs  et  criz,  et  au  grant  regret  de  ses  subjectz. 
Après  luy  succéda  à  la  couronne  Françoys,  pre- 
mier de  ce  nom,  en  Taage  de  vingt  ans,  beau 
prince  autant  qu'il  en  y  eust  point  au  monde,  lequel 
avoit  espousé  madame  Claude  de  France,  fille  aisnée 
du  roy  son  prédécesseur  et  duchesse  de  Bretaigne. 
Jamais  n'avoit  esté  veu  roy  en  France  de  qui  la  no- 
blesse s'esjouyst  autant.  Et  fut  mené  sacrer  à  Reims, 
acompaigné  de  tous  ses  princes,  gentilzhommes  et 
officiers,  dont  il  y  avoit  si  grant  nombre  que  c'est 
quasi  chose  incroyable.  Et  fault  dire  que  les  logis 
estoient  pressez,  car  il  n'y  avoit  grant,  moyen  ne 
petit  qu'ilz  ne  voulsissent  estre  de  la  feste. 

CHAPITRE  LIX. 

Comment  le  roy  de  France  Françoys ,  premier  de  ce 
nom^  passa  les  montZj  et  comment  il  envoya  devant 

24 


370  HISTOIRE  DE  BÀYÀRT 

le  bon  okevaUer  sans  paaur  et  sans  reprouche^  et  de 
la  prinse  du  seigneur  Prospre  Coulanne  par  sa  sulh 
tilité. 

Après  le  sacre  du  roy  François,  premier  de  ce  nom, 
et  sa  coaronne  prinse  à  Sainct-Denys,  s*en  revint 
faire  son  entrée  à  Paris,  qui  fut  la  plus  gorgiase  et 
triumphante  qu'on  ait  jamais  tcu  en  France  ;  car  de 
princes,  ducz,  contes  et  gentilzhonunes  en  armes,  y 
avoit  plus  de  mille  ou  douze  cens.  L'entrée  fedcte,  y 
eut  plusieurs  joustes  et  toumoiz  en  ta  rue  Sainct- 
Antoine,  où  chascun  fist  le  mieulx  qu'il  peut.  Ledit 
seigneur  s'y  tint  jusques  après  Pasques,  où  cependant 
se  traicta  l'appoinctement  de  luy  et  de  l'archeduc  conte 
de  Flandres  S  moyennant  le  mariage  de  luy  et  de 
madame  Renée  de  France,  belle-seur  du  roy.  Il  y  fut 
aussi  fait  d'aultres  mariages,  comme  de  madame 
Marie  d'Angleterre,  lors  vefve  du  feu  roy  Loys  dou- 
ziesme  et  douairière  de  France,  avec  le  duc  de  Sof- 
fort,  messire  Charles  Brandon^,  qui  estoit  fort  aymé 
du  roy  d'Angleterre,  son  maistre,  et  du  conte  de 
Nansso  à  la  seur  du  prince  d'Orenge'.  Le  duc  de 
Bourbon  fut  faict  connestable  de  France^,  él  environ  le 


i.  Depuis  empereur  sous  le  nom  de  Gharles-Quint. 

2.  Charles  Brandon,  duc  de  Saffolk,  avait  accompagné  Marie 
lorsqu'elle  vint  en  France  épouser  Louis  XII  ;  lorsque  cette  prin- 
cesse fut  retournée  en  Angleterre  après  la  mort  du  roi,  elle  épousa 
secrètement  Charles  Brandon.  Le  roi  Henri  VIU,  d'abord  mé- 
content de  cette  union,  finit  par  la  ratifier.  La  reine  Marie  mourut 
en  1533. 

3.  Henri  de  Nassau  épousa  Philiberte,  fille  de  Jean,  prince 
d'Orange. 

4.  Charles  de  Bourbon,  fils  de  Gilbert,  duc  de  Mofitpensier, 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  374 

mois  de  may  partirent  de  Paris,  en  Tan  mil  cinq 
cens  XY ,  et  s'en  Yindrent  leurs  belles  petites  journées 
à  Amboise,  où  le  gentil  duc  de  Lorraine^  espousa  la 
seur  germaine  dudit  duc  de  Bourbon. 

Durant  toutes  ces  choses,  faisoit  le  roi  de 
France  secrètement  préparer  son  voyage  pour  la 
conqueste  de  sa  duché  de  Milan,  et  peu  à  peu 
envoyoit  son  armée  vers  le  Lyonnois  et  le  Daul- 
phiné,  où  desjà  estoit  le  bon  chcYalier,  lors  son 
lieutenant  au  pays,  ouquel  il  estoit  autant  aymé 
que  s'il  eust  esté  leur  naturel  seigneur.  Or,  comme 
par  cy-dcYant  avez  entendu  en  plusieurs  passaiges, 
tousjours  en  allant  sur  les  énnemys  estoit  you« 
lentiers  le  bon  cheYalier  mis  devant,  et  au  retourner 
derrière,  conrnie  encores  il  fut  en  ce  voyage;  car  il 
fiit  envoyé  avecques  sa  compaignie  et  troys  ou  quatre 
mille  hommes  de  pied  sur  les  confins  du  Daulphiné  et 
des  terres  du  marquis  de  Saluées,  lesquelles  il  avoit 
toutes  perdues,  excepté  ung  chasteau  appelle  Ravel  ^, 
assez  fort.  Es  places  du  marquis  de  Saluées  y  avoit 
gros  nombre  de  Suysses  en  garnison  ;  et  mesmement 
y  faisoit  résidence  le  seigneur  Prospre  Goulonne  ^,  lors 


né  en  1489,  tné  à  l'assaut  de  Rome  le  6  mai  1527,  fut  pourvu  en 
1515  de  l'office  de  connétable;  nommé  gouverneur  du  Milanais, 
il  fat  rappelé  par  suite  des  intrigues  de  Louise  de  Savoie,  qui  lui 
disputait  un  héritage.  Il  ourdit  alors  une  vaste  conspiration  qui 
fut  découverte,  ce  qui  le  força  à  se  réfugier  près  de  l'empereur. 

1.  Antoine,  qui  épousa  Renée  de  Bourbon,  sœur  du  conné- 
table. 

2.  Revello,  à  une  lieue  de  Saluces. 

3.  Prospero  Golonna,  duc  de  Trajetto,  comte  de  Fondi^  fils 
d'Antoine,  prince  de  Balerne,  épousa  Isabelle  Garaffia  et  mourut 
en  1523. 


372  HI8T0IRB   DB  BÀYART 

lieutenant  général  du  pape,  qui  tenoit  tout  le  pays  en 
apatis^  et  en  faisoit  ce  qu'il  vouloit.  Fort  bien  estoit 
acompaigné,  comme  de  trois  cens  hommes  d'armes 
d'eslite,  montez  comme  Sainct-George,  et  si  avmt 
quelques  dievaulx  iégiers.  Le  bon  chevalier  secrète- 
ment sentoit^  par  ses  espies  ouc|uel  lieu  ce  seigneur 
Prospre  repairoit^  le  plus  souvent;  et  tant  en  enquist 
qu'il  congneut  à  la  vérité  que,  s'il  a  voit  puissance 
pareille  à  la  sienne,  quant  aux  gens  de  cheval,  il  luy 
feroit  une  mauvaise  compaignie.  Si  en  advertit  le  duc 
de  Bourbon,  connestable  de  France,  qui  estoit  à 
Brianson  ou  Daulphiné,  lequel  le  fist  entendre  au  roy 
qui  desjà  estoit  à  Grenoble  pour  parachever  son 
voyage.  Et  selon  la  demande  que  faisoit  le  bon  che- 
valier, furent  soubdainement  envoyez  trois  cappitaines 
triumphans  avec  leurs  bendes,  les  seigneurs  de  la 
Palisse,  d'Ymbercourt  et  d'Aubigny.  H  estoit  venu 
quelques  bonnes  nouvelles  au  bon  chevalier,  par- 
quoy,  par  ung  lieu  appelle  Dronyez^,  descendit  en  la 
playne  du  Pyémont,  dont  fut  adverty  ce  seigneur 
Prospre  ;  mais  parce  qu'il  entendit  qu'il  n'avoit  que 
sa  compaignie,  n'en  fist  pas  grosse  estime,  et  disoit 
souvent  en  son  langaige  :  <  Quoesto  Bayardo  a  poi- 

sato  gly  monte  ^; de  Vavro  como  uno  pipione  in  la 

gabbia.  >  De  toutes  ces  parolles  estoit  bien  adverty  le 

i.  En  apatis,  à  contribution. 

2.  Smtoit,  entendait. 

3.  Repairoit,  faisait  sa  résidence,  se  retirait 

4.  Dronero,  province  de  Goni. 

5.  Pour  :  Questo  Baiardo  passato  a  gli  monii  :  inpoco  l'avro  eonu 
un  pippione  in  gabbia.  Nous  avons  cru  devoir  remplacer  par  des 
points  les  mots  ynanee  poco  de  que  donne  le  texte  et  qui  n'ont 
aucun  sens. 


PAR   LE  LOYia   SE^iVITEUR.  373 

bon  chevalier,  et  aussi  estoit  acertené  comment  les 
bons  cappitaines  marchoient  pour  parachever  l'entre- 
prise.  Le  seigneur  de  Moréte^  de  la  maison  du  Solier^ 
et  ung  sien  cousin  pymontois,  s'enmesloient  d'une 
grande  ruse  et  en  faisoient  très  bien  leur  debvoir  ;  de 
sorte  que  la  chose  feut  conclute  que  Ton  yroit  trouver 
le  seigneur  Prospre  dedans  la  ville  de  GarmaignoUe, 
en  laquelle  de  nuyt  on  entroit  par  le  chasteau,  ouquel 
on  avoit  intelligence,  mais  que  les  cappitaines  fran- 
çois  feussent  arrivez,  qui  ne  séjournèrent  guèrQfi,.f!t 
se  vindrent  tous  rendre  en  la  plaine  du  Pymont,  en 
une  petite  ville  dicte  Saveillan^,  en  laquelle  ilz  trou- 
vèrent le  bon  chevalier  qui  les  receut  au  mieulx  qu'il 
peut.  Bien  leur  dist  :  c  Messeigneurs,  il  ne  nous  fault 
pas  reposer  icy  ;  car  si  le  seigneur  Prospre  scet  vostre 
arrivée,  nostre  entreprise  s'en  va  rompue;  car  il  se 
retirera  ou  bien  il  appellera  les  Suysses  à  son  secours, 
dont  il  y  a  bon  nombre  à  Pynerol  et  à  Saluées.  Je 
suis  d'advis  que  nous  facions  bien  repaistre  noz  che- 
vaulx  ceste  nuyt,  et  puis,  au  point  du  jour,  nous 
parachèverons  nostre  affaire.  Il  y  a  grosse  eaue  à 
passer  ;  mais  le  seigneur  de  Morete  que  vecy  présent, 
scet  ung  gué  où  il  nous  mènera  sans  dangier.  >  Ainsi 
fut  la  chose  conclute,  et  s'en  alla  chascun  reposer  ung 
petit ,  mais  on  regarda  premier  si  riens  failloit  aux 
chevaulx  ;  et  quant  se  vint  deux  ou  trois  heures  après 
la  my-nuyt,  tout  homme  nionta  à  cheval  sans  grant 
bruyt.   Le  seigneur  Prospre  estoit  dedans  Garmai- 


1 .  Charles  de  Solar,  seigneur  de  Moretto. 

2.  Savigliano,  à  trois  lieues  de  Saluces. 


37&  HISTOIRE  DE  BAYART 

gDoIleS  et  avoit  bien  entendu  par  ses  espies,  que  les 
François  estoient  à  la  campaigne.  11  ne  s'en  efiBrayoit 
guères,  car  pas  ne  cuydoit  qu'il  y  eust  autre  oompaî- 
gnie  en  la  plaine  que  celle  du  bon  chevalier,  et  n'es- 
toit  point  délibéré  de  desloger  de  Carmaignolle,  n'eust 
esté  que  le  soir,  dont  les  François  luy  cuydoient 
trouver  le  matin,  il  eut  des  nouvelles  pour  se  retirer 
à  Pynerol,  afBn  d'entendre  aux  affaires,  parce  qu'on 
sçavoit  au  vray  que  les  François  estoient  aux  passages. 
Si  deslogea  non  pas  trop  matin ,  et  se  mist  à  chemin 
très  bien  en  ordre  pour  s'en  aller  disner  à  une  petite 
villette  à  sept  ou  huit  mille  de  là,  appellée  Ville- 
franche^.  Quant  les  François  furent  arrivez  devant  le 
chasteau  de  Garmaignolle,  parlèrent  au  castelan^,  qui 
leur  dist  conmient  il  n'y  avoit  pas  ung  quart  d'heure 
que  le  seigneur  Prospre  et  ses  gens  estoient  deslogei; 
dont  ilz  furent  si  très  marriz  qu'on  ne  pourroit  pen- 
ser, et  se  misrent  en  conseil  qu'ilz  dévoient  faire. 
Les  ungs  vouloient  aller  après,  autres  faisoient  des 
doubtes;  mais  quant  chascun  eut  parlé,  le  bon  die- 
valier  dist  :  c  Messeigneurs,  puisque  nous  sommes  si 
avant,  je  suis  d'advis  que  nous  poursuyvons.  Si  nous 
les  rencontrons  à  la  campaigne,  il  y  aura  beau  hutio, 
s'il  ne  nous  en  demoure  quelcun.  —  Par  Dieu  !  dist  le 
seigneur  d'Ymbercourt,  oncques  homme  ne  dist 
mieulx.  >  Les  seigneurs  de  la  Palisse  et  d'Aubigny 
n'allèrent  pas  k  l'encontre,  et  commencèrent  k  mar- 
cher ;  mais  devant  envoyèrent,  en  habit  dissimulé,  le 

1 .  Carmagnola,  à  6  lieues  de  Turin. 

2.  Villafranca^PiemofUe,  dans  le  marquisat  de  8aluoes. 

3.  Casteian,  châtelain. 


PAR  LE  LOYAL  SEEVITBUR.  375 

seigneur  de  Morete,  pour  entendre  en  quel  estât 
seroient  leurs  ennemys.  Si  fist  si  bonne  diligence  qu'il 
sceut  au  vray  que  le  seigneur  Prospre  et  sa  bende 
disnoient  à  Villefranche.  llz  furent  bien  aises,  et  con- 
clurent en  leur  affaire  qui  fut  tel  :  c'est  que  le  sei- 
gneur d'Ymbercourt  marcheroit  devant,  avec  cent 
archiers,  et,  uhg  ject  d'arc  après,  le  suyvroit  le  bon 
chevalier  ^vec  cent  hommes  d'armes  ;  et  les  seigneurs 
de  la  Palisse  et  d'Aubigny  yroient  après,  avec  tout  le 
reste  de  leurs  gens.  Or  entendez  qu'il  advint;  le  sei- 
gneur Prospre  avoit  bonnes  espies ,  et  fut  adverty  en 
allant  à  la  messe,  dedans  ceste  petite  ville  de  Ville- 
franche,  que  les  François  estoient  aux  champs  en  gros 
nombre.  Il  fist  response  en  son  langage  qu'il  sçavoit 
bien  qu'il  n'y  avoit  que  le  cappitaine  Bayart  et  sa 
bende,  si  les  autres  ne  sont  voilez  par  dessus  les 
montaignes.  Ainsi  qu'il  retournoit  de  la  messe,  vin- 
drent  encores  d'autres  espies  qui  luy  dirent  :  c  Sei- 
gneur, je  vous  advertyz  que  j'ay  laissé  près  d'icy  plus 
de  mille  chevaulx  des  François,  et  vous  viennent 
trouver  icy.  >  Il  fut  ung  peu  esbahy  ;  si  regarda  ung 
gentilhomme  des  siens  auquel  il  dist  :  c  Prenez  vingt 
chevaulx  et  allez  le  chemin  de  Garmaignolle  jusques  à 
deux  ou  trois  mille  d'icy  et  regardez  si  verrez  riens 
qui  puisse  nuyre.  >  Cependant  il  commanda  au  marés- 
chal  des  logis  de  ses  bendes  qu'il  fist  sonner  la  trom- 
pette et  qu'il  allast  faire  le  Ic^is  à  Pynerol  où  il  le 
suyvroit,  mais  qu'il  eust  mangé  ung  morceau.  Il  fist 
son  commandement  sur  l'heure.  Lies  François  mar- 
choient  tousjours,  selon  l'ordonnance  cy  devant  dicte, 
et  approchèrent  Villefranche  d'environ  mille  et  demy  où 
en  sortant  d'ung  petit  tailliz  vont  rencontrer  ceulx  que  le 


376  in8T0IRE   DE  BÀYART 

seigneur  Prospre  envoyoit  pour  les  desoouvrir.  Les- 
quelz  quant  ilz  les  advisèrent  commencèrent  à  tourna 
le  doz  et  à  bride  abatue  retourner  devers  Villefranche. 
Le  gentil  seigneur  d'Ymbercourt  leur  donna  la  chasse 
à  tire  de  cheval,  et  manda  au  bon  chevalier,  par  ung 
archer,  qu'il  se  hastast.  Il  ne  luy  convint  pas  dire 
deux  fois.  Avant  que  les  gens  du  seigneur  Prospre 
eussent  gaigné  Villefranche,  ou  tout  le  moins  ainsi  qu*ilz 
vouloient  rentrer  en  la  porte,  les  ataignit  le  seigneur 
d'Ymbercourt  qui  commença  à  crier  :  c  France! 
France!  »  On  voulut  serrer  la  porte,,  mais  il  les  en 
garda  ti^nt  qu'il  peut,  et  y  fist  d'armes  le  possible, 
sans  estre  blessé,  fors  ung  peu  au  visaige.  Cependant 
va  arriver  le  bon  chevalier  qui  fist  ung  bruyt  mer- 
veilleux, en  sorte  qu'ilz  gaignèrent  la  porte.  Ce  mares- 
chal  des  logis  qui  jà  estoit  monté  à  cheval  avecques 
aucuns  gens  d'armes,  et  s'en  cuydoit  aller  à  Pynerol, 
ouyt  le  bruyt  ;  si  se  va  gecter  en  la  place  et  se  voulut 
mettre  en  deffence,  mais  tout  cela  fut  poussé  par  terre 
et  en  fut  tué  une  partie.  Les  seigneurs  de  la  PaUsse 
et  d'Aubigny  arrivèrent,  qui  misrent  ^arde  à  la  pre- 
mière porte,  et  en  allèrent  garder  une  autre  affin  que 
personne  ne  s'eschappast,  car  il  n'y  en  a  voit  que  ses 
deux  en  la  ville  ;  mais  il  ne  fut  possible  de  si  bien  les 
garder  que,  par  dessus  la  petite  planchete  qui  est 
joignant  du  pont  leviz,  ne  se  sauvassent  deux  Alba- 
noys,  qui,  comme  si  tous  les  dyables  les  eussent  em- 
portez, coururent  dire  à  une  troppe  de  quatre  mille 
Suysses,  qui  n'estoient  que  à  trois  mille  de  là,  le 
meschief^   qui  estoit  advenu  au  seigneur  Prospre, 

1.  Meschief,  malheur. 


PAR   LE  LOYAL   SERVITEUR.  377 

lequel  cependant  fut  assaîlly  en  son  logis  où  il  disnoit 
et  se  voulut  deffendre  comme  homme  de  guerre  qu'il 
estoit  ;  mais  quant  il  congneut  que  peu  luy  vauldroit 
son  effort  et  qu'il  entendit  les  noms  des  cappitaines 
qui  estoient  là  assemblez,  se  rendit  au  plus  grant 
regret  du  monde,  mauldissant  sa  fortune  d'avoir  ainsi 
esté  surpris,  et  que  Dieu  ne  luy  avoit  fait  ceste  grâce 
d'avoir  trouvé  les  François  aux  champs.  Le  bon  che- 
valier oyans  ces  paroUes  le  réconfortoit  le  mieulx  qu'il 
povoit,  en  lui  disant  :  t  Seigneur  Prospre,  c'est  l'heur 
de  la  guerre!  une  fois  perdre  et  l'autre  gaigner.  » 
Mais  tousjours  y  avoit-il  meslé  quelque  mot  joyeulx  ; 
et  disoit  encores  :  t  Seigneur  Prospre,  vous  souhaitez 
nous  avoir  trouvez  à  la  campaigne  ;  je  vous  prometz 
ma  foy  que  ne  le  devriez  pas  vouloir  pour  la  moytié 
de  vostre  bien,  car  à  la  fureur  et  ou  talent  de  bien 
combatre  qu'estoient  noz  gens,  eust  esté  bien  diffi- 
cille  que  vous,  ne  nulz  des  vostres  feussiez  eschappez 
vifz.  >  Le  seigneur  Prospre  respondoit  froidement  : 
c  J'eusse  bien  voulu,  s'il  eust  pieu  à  Nostre  Seigneur, 
prendre  sur  ce  hazard,  l'adventure.  » 

Quant  et  le  seigneur  Prospre  furent  pris  le  conte  Poli- 
castreS  PetreMorgant  et  Charles  Gadamosto,  lesquelz 
estoient  cappitaines  des  gens  de  guerre  estans  là,  qui 
furent  aussi  prisonniers.  Et  puis  chascun  se  mist  au 
pillage,  qui  fut  fort  grant  pour  si  petite  compagnie,  car 
s'il  eust  esté  bien  mené  on  en  eust  tiré  cent  cinquante 
mille  ducatz.  Et  entre  autres  choses  c'estoit  ung 
trésor  des  chevaulx  qui  y  furent  gaignez,  où  il  y  en 


1.  Frédéric  Garaffa,  comte  de  Policastro,  lils  de  Jean  Garaffa.  U 
mourut  assassiné  à  Naples. 


378  HISTOIRE  DE  BAYART 

avoit  six  ou  sept  cens,  dont  les  quatre  cens  estoient 
de  pris,  tous  coursiers  ou  chevaulx  d'Espaigne.  Et 
a  Ton  depuis  ouy  dire  au  seigneur  Prospre  que  ceste 
prinse  luy  cousta  cinquante  mille  escus,  tant  eo  vais- 
selle d'or  et  d'argent,  argent  monnoyé,  que  autres 
meubles  ^ .  Les  François  n'eurent  pas  loysir  de  tout 


1 .  Arrivé  [à  Ambron,  le  roy]  eut  àdvertissement  comme  Pros- 
père Golomie,  grand  capitaine  romain  qui  estoit  venu  aTOC  qoiiue 
cens  chevaux  envoyés  par  le  pape  Léon  au  secours  des  Suisses, 
estoit  logé  au  pied  des  montagnes  dans  le  Piedmont,  ne  se  doub- 
lant de  rien,  parce  que  les  Suisses  tenoient  tous  les  destroits  et 
passages  des  montagnes.  Mais  il  fut  rapporté  par  quelques  bons 
guides  qui  estoient  à  messire  Charles  de  Soliers,  seigneur  de  Mo- 
rette,  qu'il  y  avoit  un  passage  près  de  Rocque-Esparvière,  auquel 
les  Suisses  ne  faisoient  point  de  garde  parce  qu'on  n*y  avoit 
jamais  veu  passer  gens  de  cheval,  et  que  par  là  on  pourroit  sor^ 
prendre  ledict  Prospère  Colonne.  Ledict  rapport  faict  le  roy  des- 
pescha  le  mareschal  de  Chabannes,  le  seigneur  d'Imbercourt,  le 
seigneur  d'Aubigny,  le  seigneur  de  Bayart,  le  seigneur  de  Bussy 
d'Amboise  et  le  seigneur  de  Montmorency,  pour  lors  lieutenant 
de  la  compagnie  du  grant  maistre  de  Boisy,  pour  exécuter  ladicte 
entreprinse  sous  la  conduicte  dudit  seigneur  de  Morette  et  de  ses 
guides.  Ayant  nos  gens  descendus  à  la  plaine  sans  allarme  furent 
advertis  que  ledict  Prospère  et  sa  cavalerie  estoient  à  YiUeneufve 
de  Soliers,  parquoi  prindrent  leur  chemin,  auquel  lieu  anÎTé 
trouvèrent  qu'ils  estoient  allés  à  ViUefranche,  qui  est  une  petite 
ville  assise  sur  le  Pau  à  deux  milles  de  là...  Le  seigneur  d'Imber* 
court,  qui  avoit  charge  des  coureurs,  arriva  à  la  porte  de  Ville* 
franche  sur  l'heure  du  disner;  quelques-uns  estans  dedans  k  ville 
voyans  approcher  lesdicts  gens  de  cheval  coururent  fermer  las 
portes,  mais  deux  hommes  d'armes  dudict  d'Lnbercourt,  l'un 
nommé  Beauvais  le  Brave,  Normant,  et  l'autre  Hallancourt,  Pi- 
card, donnèrent  contre  la  porte  à  bride  abbatue  de  cul  et  de  teste, 
de  sorte  que  iceluy  Hallancourt  du  choq  de  son  cheval  tomba  dans 
les  fossés.  Si  est-ce  qu'il  esbranla  ceux  qui  vouloient  fermer  U 
porte,  tellement  que  Beauvais  eut  loysir  de  jetter  sa  lance  dedans 
la  porte  et  empescha  qu'elle  ne  peust  soudain  estre  fermée,  car 
incontinant  arriva  le  seigneur  d'Imbercourt,  lequel  Hiettant  pied 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  379 

emporter,  car  nouvelles  vindrent  que  les  Suysses, 
devers  lesquelz  ses  deux  Albauoys  estoient  allez,  mar- 
eboient  le  grant  trot  et  estoient  desjà  bien  près  ;  si 
furent  entre  eulx-mesmes  conseillez  d'eulx  mettre  au 
retour,  et  sonna  la  trompette  à  ceste  fin.  Ghascun 
prist  le  meilleur  de  son  butin,  misrent  leurs  prison- 
niers devant  eulx,  puis  s'en  retournèrent  ;  et  comme 
ilz  sortoient  par  une  porte,  les  Suysses  entroient  par 
Tautre ,  mais  les  ungs  estoient  à  pied  et  les  autres  à 
cheval  qui  ne  s'en  soucyoient  guères.  Ce  fut  une  des 
belles  entreprinses  qui  deux  cens  ans  devant  eust  esté 
faicte,  et  le  seigneur  Prospre  qui  se  ventoit  qu'il 
prendroit  le  bon  chevalier  comme  le  pyjon  dedans 
la  caige,  eut  le  contraire  sur  luy-mesmes,  et  tout  par 
la  vigilance  d'icelluy  bon  chevalier. 

Le  roy  de  France  estoit  desjà  par  les  montaignes  où 
jamais  n'avoit  passé  armée ,  et  eut  les  nouvelles  de 
ceste  belle  deffaicte  à  la  montaigne  de  Sainct-Pol  ^ , 
dont  il  fut  joyeulx  à  merveilles  ;  si  fut  toute  sa  com- 
paignie.  Or  n'est-il  riens  si  certain  que  la  prinse  de 
Prospre  Goulonne  fist  moult  de  service  aux  François  ; 
car  sans  cela  se  feust  trouvé  à  la  bataille  qui  fut  quel- 
que temps  après ,  et  par  son  moyen  s'i  feussent  trou- 
vez tous  les  Espaignolz   et  le  reste  de  l'armée  du 

• 

à  terre  força  la  porte.  Pendant  ce  temps  arriva  le  mareschal  de 
Ghabannes  et  tout  le  reste  et  entrèrent  tous  à  cheval  dedans  la 
ville  où  fut  surpris  ledit  Prospère  Ooloone  estant  à  table...  Ge 
foict,  nos  gens  craignant  les  Suisses,  qui  estoient  à  Gosny,  avec 
leurs  prisonniers  et  chevaulx  se  retirèrent  à  Fossan  (Du  Bellay, 
liv.  I).  On  trouve  des  détails  peu  différents  sur  cette  affaire,  qui 
se  passa  le  15  août  1515,  dans  Marillac  (Vie  du  connétable  de 
Bourbon),  Ghampier  (fol.  xlviii)  et  Aymar  du  Rivail  (fol.  559). 
1.  Saint- Paul-sur- Ubaye  (Basses^ Alpes). 


380  HISTOIRE  DE  BÀYART 

pape,  qui  eulx  assemblez  eussent  fait  nombre  de 
mille  hommes  d'armes,  qui  estoient  pour  faire- de 
Tennuy  et  de  la  fascherie,  dont  on  se  passa  bien. 


CHAPITRE  LX. 

De  la  bataille  que  le  roy  de  France  FrgatçoiSy  premier 
de  ce  nom,  eut  contre  les  Suysses  à  la  conqueste 
de  sa  duché  de  Milan  j  où  il  demoura  victorieux; 
et  comment,  après  la  bataille  gaignée,  voulut  estre 
fait  chevalier  de  la  main  du  bon  chevalier  sans  paour 
et  sans  reprouche. 

Le  roy  de  France,  qui  fut  bien  joyeulx  de  la  prinse 
du  seigneur  Prospre,  aussi  a  voit-il  raison,  marcha 
avecques  son  armée  le  plus  légièrement  qu*il  peut; 
et  vint  par  dedans  le  Pymont  à  Thurin,  où  le  duc 
de  Savoye,  son  oncle,  le  receut  honnestement.  Les 
Suysses  qui  s'estoient  mis  sur  les  passages,  quant 
ilz  sceurent  la  prinse  du  seigneur  Prospre  et  la 
rotte  de  sa  bende,  les  habandonnèrent  et  se  reti- 
rèrent vers  Milan,  où  ilz  furent  tousjours  poursuyviz. 
Quelque  propos  d'appoinctement  se  mist  sus  \  et  le 
tenoit  Ton  quasi  conclud  ;  parquoy  le  duc  de  Gueldres^, 
alyé  et  tousjours  loyal  serviteur  de  la  maison  de 
France,  lequel  avoit  amené  une  troppe  de  dix  mille 


i .  Se  mist  sus,  survint. 

2.  Charles  d'Egmont,  duc  de  Gueldre,  fils  d'Adolphe  d'Egmont 
et  de  Catherine  de  Bourbon;  il  épousa  Elisabeth  de  Brunswick 
et  mourut  sans  postérité  en  1538. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  381 

lansqueDetz  au  service  du  roy,  s'en  retourna  en  ses 
pays,  mais  il  laissa  ses  gens  à  son  nepveu  le  seigneur 
de  Guyse  ^ ,  frère  de  ce  gentil  prince  le  duc  de  Lor- 
raine, et  à  ung  sien  lieutenant  qu'on  appelloit  le  cappi- 
taine  Miquel.  Ce  propos  continua  tousjours  que  Tap* 
poinctement  se  feroit,  tant  que  l'armée  du  roy 
approcha  à  douze  ou  quinze  mille  de  Milan,  où  s'es- 
toient  retirez  les  Suysses  avecques  se  bon  prophète 
le  cardinal  de  Syon,  qui  toute  sa  vie  a  esté  ennemy 
mortel  des  François,  comme  encores  bien  le  monstra 
à  ceste  fois  ;  car  néantmoins  que  le  seigneur  de  Lau- 
trec  feust  allé  porter  les  deniers  à  Galezas  pour  satis- 
faire au  pourparlé  appoinctement,  ung  jeudy  au  soir 
prescha  si  bien  ses  Suysses  et  leur  remonstra  tant  de 
choses  que,  comme  gens  désespérez,  sortirent  de 
Milan  et  vindrent  ruer  sur  le  camp  du  roy  de  France^. 
Le  connestable  duc  de  Bourbon  qui  menoit  l'avant- 
garde,  se  mist  en  ordre  incontinent,  et  advertit  le 
roy  qui  se  vouloit  mettre  au  soupper;  mais  il  laissa 
là,  et  s'en  vint  droit,  vers  ses  ennemys  qui  estoient 
desjà  meslez  à  l'escarmouche,  qui  dura  longuement 
devant  qu'ilz  feussent  au  grant  jeu.  Le  roy  de  France 
avoit  gros  nombre  de  lansquenetz ,  et  voulurent  faire 


1.  Claude  de  Lorraine,  duc  de  Guise,  fils  de  René  et  frère 
d'Antoine,  tous  deux  ducs  de  Lorraine.  li  naquit  en  1496,  épousa 
Antoinette  de  Bourbon  et  mourut  en  1550. 

2.  Oh  avait  offert  aux  Suisses  sept  cent  mille  écus  s'ils  vou- 
laient retourner  dans  leur  pays;  ce  traité  était  accepté  et  Lautrec 
portait  la  somme  promise  lorsque  les  Suisses,  changeant  d'avis 
après  une  vigoureuse  harangue  du  cardinal  de  Sien,  attaquèrent 
l'armée  française  et  furent  même  sur  le  point  de  s'emparer  de 
Lautrec  et  de  l'argent  dont  il  était  porteur.  La  bataille  de  Mari- 
gnan  eut  lieu  les  13  et  14  septembre  1515. 


382  HISTOIRE  DE  BÀYART 

une  hardiesse  de  passer  ung  fossé  pour  aller  trouver 
les  Suysses,  qui  en  laissèrent  passer  sept  ou  huyt 
rencs,  puis  les  vous  poussèrent  de  sorte  que  tout  ce 
qui  estoit  passé  fut  gecté  dedans  le  fossé,  et  furent  fort 
effrayez  lesditz  lansquenetz.  Et  n'eust  esté  le  seigneur 
de  Guyse  qui  résista  à  merveilles  et  enfin  fut  laissé 
pour  mort,  le  duc  de  Bourbon,  connestable,  le  gentil 
conte  de  Sainct-PoP,  le  bon  chevalier  et  plusieurs 
autres,  qui  donnèrent  au  travers  de  ceste  bende  des 
Suysses,  ilz  eussent  fait  grosse  fascherie,  car  il  esloit 
jà  nuyt,  et  la  nuyt  n'a  point  de  honte.  Par  la  gendar- 
merie de  Tavant-garde  fut  le  soir  rompue  ceste  bende 
de  Suysses,  où  une  partie  d'environ  deux  mille  vint 
passer  viz-à-viz  du  roy  qui  gaillardement  les  chargea; 
et  y  eut  lourt  combat,  de  sorte  qu'il  iîit  en  gros 
dangier  de  sa  personne,  car  sa  grant  buffe  y  fut  per- 
cée à  jour  d'ung  coup  de  picque.  11  estoit  desjà  si  tard 
que  l'on  ne  voyoit  pas  l'ung  l'autre,  et  furent  con- 
trainctz  pour  ce  soir  les  Suysses  se  retirer  d'ung 
costé  et  les  François  d'ung  autre,  et  se  logèrent 
comme  ilz  peurent  ;  mais  je  croy  bien  que  chascuD 
ne  reposa  pas  à  son  ayse.  Et  y  prist  aussi  bien  en  gré 
la  fortune,  le  roy  de  France,  que  le  moindre  de  ses 
souldars ,  car  il  demeura  toute  la  nuyt  à  cheval  comme 
les  autres. 

Il  fault  sçavoir  une  chose  du  bon  chevalier  sans 
paour  et  sans  reprouche,  qui  fut  bien  estrange 
et  très  dangereuse  pour  luy.  A  la  dernière  charge 

1.  François  de  Bourbon,  comte  de  Saint-Fol,  grand-onde da 
Henri  IV,  fils  de  François  de  Bonrbon  et  de  Marie  de  Lnzem- 
bourg,  comtesse  de  Saint -Fol.  Il  épousa  Adrienne  d'Estoote- 
ville  et  mourut  en  1545. 


PAR  LE  LOYAL   SBRVITBUR.  383 

qu'on  flst  sur  les  Sujsses  le  soir,  il  estoit  monté 
sur  ung  gaillart  coursier  qui  estoit  le  second,  car 
à  la  première  charge  luy  en  fut  tué  ung  entre  ses 
jambes.  Ainsi  qu'il  voulut  donner  dedans,  fut  tout 
enferré  de  picques,  de  façon  que  sondit  cheval  fut 
desbridé.  Quant  il  se  sentit  sans  frain,  se  mist  à  la 
course,  et  en  despit  de  tous  les  Suysses  ne  de  leur 
ordre  passa  tout  oultre ,  et  eroportoit  le  bon  cheva- 
lier droit  en  une  autre  troppe  de  Suysses,  n'eust  esté 
qu'il  rencontra  en  ung  champ  de  seps  de  vigne  qui 
tiennent  d'arbre  en  arbre,  où  il  par  force  s'arresta. 
Le  bon  chevalier  Ait  bien  effrayé,  et  non  sans  cause, 
car  il  estoit  mort  sans  nul  remède  s'il  feust  tumbé 
entre  les  mains  des  ennemys.  Il  ne  perdit  toutesfoyes 
point  le  sens,  mais  tout  doulcement  se  descendit  et 
gecta  son  armet  et  ses  cuyssotz,  et  puis  le  long  des 
fossez,  à  quatre  beaulx  piedz,  se  retira  à  son  oppi- 
nion  vers  le  camp  des  François,  où  il  oyoit  crier 
€  France  !  >  Dieu  luy  fîst  la  grâce  qu'il  y  parvint  sans 
dangier  ;  et  encores,  qui  mieulx  fat  pour  luy,  c'est 
que  le  premier  honune  qu'il  trouva  fut  le  gentil  duc 
de  Lorraine,  l'ung  de  ses  maistres,  qui  fat  bien 
esbahy  de  le  veoir  ainsi  à  pied.  Si  luy  fîst  ledit 
duc  incontinent  bailler  ung  gaillart  cheval  qu'on  nom- 
moit  le  Carmariy  dont  luy-mesmes  autresfois  luy 
avoit  fait  présent,  et  fat  gaigné  à  la  prinse  de  Bresse  ; 
et  à  la  journée  de  Ravenne  fut  laissé  pour  mort ,  et 
en  descendit  le  bon  chevalier,  parce  que  il  avoit  deux 
coups  de  pique  aux  flancs  et  en  la  teste  plus  de  vingtz 
coups  d'espée  ;  mais  le  lendemain  quelc'un  le  trouva 
qu'il  paissoit,  et  commença  à  bannir;  parquoy  fut 
ramené  au  logis  du  bon  chevalier,  qui  le  fîst  guarir  ; 


38i  HISTOIRE  DE  BÀYART 

mais  c'estoit  une  chose  non  croyable  que  de  son  faict, 
car  comme  une  personne  se  laissoit  coucher  et  mettre 
tentes  en  ses  playes  sans  remuer  aucunement.  Et 
depuis,  quant  il  voyoit  une  espée,  couroit  l'empoigner 
à  belles  dens  ;  ne  jamais  ne  fut  veu  ung  plus  hardy 
cheval,  et  y  feust  Bucifal,  celluy  de  Alexandre.  Quoy 
que  ce  soit,  le  bon  chevalier  fut  bien  joyeulx  de  se 
veoir  eschappé  de  si  gros  dangier  et  remonté  sur  ung 
si  bon  cheval  ;  mais  il  luy  faschoit  qu'il  n'avoit  point 
d'armet,  car  en  telz  afiSures  fait  moult  fort  dangereux 
avoir  la  teste  nue.  Il  ad  visa  ung  gentilhomme  fort  son 
amy,  qui  faisoit  porter  le  sien  à  son  paige,  auquel  il 
dist  :  c  J'ay  paour  de  me  morfondre  pour  ce  que 
j'ay  sué  d'avoir  si  longuement  esté  à  pied;  je  vous 
prie,  faictes-moy  bailler  vostre  armet,  que  vostre 
homme  porte,  pour  une  heure  ou  deux.  >  Le  gentil- 
homme, qui  ne  pensoit  pas  à  ce  que  le  bon  chevalier 
entendoit,  le  luy  fist  bailler,  dont  il  fut  bien  ayse,  car, 
depuis  ne  le  laissa  que  la  bataille  ne  feust  fînye,  qui 
fut  le  vendredy  environ  dix  ou  unze  heures. 

Car  dès  le  point  du  jour,  les  Suysses  voulurent  recom- 
mencer, et  vindrent  droit  à  l'artillerie  des  François,  dont 
ilz  furent  bien  serviz.  Toutesfois,  jamais  gens  ne  comba- 
tirent  mieulx,  et  dura  l'affaire  trois  ou  quatre  bonnes 
heures  ;  enfin  furent  rompuz  et  deffaictz,  et  en  mourut 
sur  le  camp  dix  ou  douze  mille.  Le  demourant,  en 
assez  bon  ordre,  le  long  d'ung  grant  chemin  se  reti- 
rèrent à  Milan,  où  ilz  furent  conduytz  à  coups  d'es- 
pée,  tant  par  les  François  que  par  le  cappitaioe 
général  de  la  seigneurie  de  Venise,  messire  Bartbe- 
lomé  d'Alvyano,  qui  peu  devant  estoit  arrivé  avecques 
le  secours  des  Véniciens,  et  y  perdit,  en  une  charge 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  385 

qu'il  fist,  deux  ou  trois  cappitaines,  entre  lesquelz 
fut  le  filz  du  conte  Petilano  ^ .  Les  François  y  firent 
grosse  perte,  car  du  jeudy  ou  du  vendredy  moururent 
François  monsieur  de  Bourbon,  le  gentil  cappitaine 
Ymbercourt,  le  comte  de  Sanxerre  et  le  seigneur  de 
Mouy,  et  y  furent  blessez  le  prince  de  Talmont^  et  le 
seigneur  de  Bucy,  dont  depuis  moururent. 

Le  roy  se  mist  en  conseil  pour  veoir  si  Ton  poursuy- 
vroit  les  Suysses  ou  non.  Plusieurs  furent  de  diverses 
oppinions  ;  enfin  il  fut  advisé  pour  le  mieulx  que  on  les 
lai/^seroit  aller,  car  on  en  pourroit  bien  avoir  à  faire 
le  temps  advenir.  Le  jour  qu'ilz  deslogèrent  du  camp 
demourèrent  à  Milan,  et  le  lendemain  en  partirent 
tirans  en  leurs  pays;  ilz  furent  poursuyviz  de  quel- 
ques gens  ;  mais  non  pas  à  l'extrémité,  car  si  le  roy 
eust  voulu,  ne  s'en  feust  pas  sauvé  ung.  Le  soir  du 
vendredy,  dont  fina  la  bataille  à  l'honneur  du  roy  de 
France,  fut  joye  démenée  parmy  le  camp,  et  en  parla 
Ton  en  plusieurs  manières ,  et  s'en  trouva  de  mieulx 
faisans  les  ungs  que  les  autres;  mais  sur  tous  fut 
trouvé  que  le  bon  chevalier  par  toutes  les  deux  jour- 
nées s'estoit  monstre  tel  qu'il  avoit  acoustumé  es 
autres  lieux  où  il  avoit  esté  en  pareil  cas.  Le  roy  le 
voulut  grandement  honorer,   car  il  print  l'ordre  de 

1.  Ghiapino  Orsini,  fils  naturel  de  Nicolas  Orsini,  comte  de 
Petigliano  et  de  Noie. 

2.  Charles  du  Bueil,  comte  de  Sancerre,  fils  de  Jacques  du 
Bueil. 

Jean  de  Mouy,  seigneur  de  la  Meilleraye,  qui  portait  la  cornette 
blanche. 

Charles  de  la  Trémouille,  prince  de  Talmont,  fils  de  Louis  de 
la  Trémouille  et  de  Gabrielle  de  Bourbon;  il  épousa  Louise  de 
Coêtivi,  comtesse  de  Taillebourg. 

25 


386  mSTOIRE  DE  BAYART 

chevalerie  de  sa  main;  il  avoit  bien  raison,  car  de 
meilleur  ne  l'eust  sceu  prendre  ^  Le  seigneur  Maxi- 
milian  Sforce^,  qui  occupoit  la  duché,  comme  son 
père  le  seigneur  Ludovic  avoit  fait  autresfois,  demourt 
ou  chasteau  de  Milan,  où  on  mistle  siège,  mais  guères 

1.  Le  roi  avant  de  créer  les  chevaliers  appella  le  noble  chevar 
lier  Bayard,  si  luy  dist  :  «  Bayard,  mon  amy,  je  veulx  que 
anjourd'liuy  soye  faict  chevalier  par  voz  mains  pour  ce  que  le 
chevalier  qui  a  combatu  à  pied  et  à  cheval  en  plusieurs  batailles 
entres  tous  aultres  est  tenu  et  réputé  le  plus  digne  chevalier...  » 
Aulx  parolles  du  roy  respond  Bayard  :  a  Sire,  celluy  qu'est  cou- 
ronné, loué  et  oing  de  l'uyle  envoyé  du  ciel  et  est  roy  d'un  si 
noble  reaulme,  le  premier  fils  de  l*Église,  est  chevalier  sur  tous 
aultres  chevaliers.  »  Si  dist  le  roy  :  «  Bayard,  despeschez-vous.  »  ' 
Alors  print  son  espée  Bayard  et  dict  :  «  Sire,  autant  vaille  que  si 
estoit  Roland  ou  Olivier,  Godefroy  ou  Baudoin  son  frère.  Certes, 
vous  estes  le  premier  prince  que  oncques  fist  chevalier;  Dieu 
veuille  que  en  guerre  ne  preniez  la  fuyte.  »  Et  puys  après  par 
manière  de  jeu  il  cria  aultement  l'espée  en  la  main  dextre  :  •  Tu 
es  bien  heureuse  d'avoir  aujourd'huy  à  ung  si  beau  et  puissant 
roy  donné  l'ordre  de  chevalerie.  Certes,  ma  bonne  espée,  vous 
serez  moult  bien  comme  reliques  gardée  et  sur  toutes  aultres 
honnorée  et  ne  vous  porteray  jamais  si  ce  n'est  contre  Turcs, 
Sarrasins  ou  Mores.  »  Et  puys  fist  deulx  saults  et  après  remist 
au  fourreau  son  espée  (Ghampief,  fol.  xlix). 

Finito  conflictu   rex  a  Bayardo  fieri  miles  voluit et  de 

more,  ipsius  Francisci  régis  humeros  ter  nudo  ense  percuasit  et 
licet  in  castris  essent  Carolus,  dux  Borbonius  conestabilis,  et  Ven- 
docinensis  comes,  ac  Sabaudiae,  Ferrarras  que  duces  et  fere  omnes 
GallioD  et  Italiœ  principes  ac  proceres  quorum  intererat  regem 
creare  militem,  hoc  tamen  honore  Franciscus  Bayardum  ob  insi- 
gnem  ejus  virtutem  donavit  (Ou  Rivail,  p.  561). 

Paul  Jove  (Vie  de  Gonsalve  de  Cardoue,  lib.  Il  et  V)  et  Du 
Bellay  (Mémoires,  l.  I)  racontent  également  le  même  fait  avec  peu 
de  différences. 

2.  Maximilien  Sforce,  fils  de  Ludovic  le  More  et  de  Béatrix 
d'Esté,  né  en  1491,  s'empara  un  instant  du  Milanais,  mais  bientôt 
fut  obligé  de  se  remettre  entre  les  mains  du  roi  de  France.  Il 
mourut  à  Paris  en  1530,  sans  alliance. 


PAR  LE  LOYAL  88RTITEUR.  387 

ne  demoura  qu'il  ne  se  rendist,  et  luy  fîit  faiete  com- 
position dont  il  se  contenta;  et  s'en  allèrent  ceulx  qui 
estoient  dedans^  leurs  bagues  saufVes. 

Je  laisseray  à  parler  de  tout  ce  qui  advint  en  deux 
moys,  mais  ou  moys  de  décembre  alla  le  roy  de 
France  visiter  le  pape  en  la  cité  de  Boulongne,  qui  luy 
fist  gros  recueil.  Hz  eurent  devis  ensemble  de  plu-^ 
sieurs  choses  dont  je  n'empescheray  ^  aucunement 
ceste  histoire. 


CHAPITRE  LXI. 

De  plusieurs  incidences  qui  advindrent  en  France, 
Ytalie  et  Espaigne^  en  V espace  de  trois  ou  quatre 
ans. 

Au  retour  de  Bolongne,  le  roy  de  France  vînt  à 
Milan,  où  après  avoir  laissé  le  duc  de  Bourbon,  con- 
nestable  de  France,  son  lieutenant  général,  s'en 
retourna  en  Ses  pays  ;  et  alla  droit  en  ProuVénce,  où* 
il  trouva  sa  bonne  et  loyalle  espouse  et  madame  sa 
mère,  qu'il  avoit  à  son  partement  laissée  régente  en 
son  royaulme. 

Vers  ceste  saison  trespassa  Ferrande,  roy  d'Ar- 
ragon^,  qui  en  son  vivant  a  eu  de  belles  et  grosses 
victoires.    Il   estoit  vigilant,    cault  et  subtil,   et  ne 


1.  Empescher,  encombrer. 

2.  Ferdinand  le  Catholique  mourut  le  13  janvier  4516  d'une 
hydropisie  causée  par  un  philtre  que  lui  avait  fait  prendre  Ger- 
maine de  Foix,  sa  seconde  femme. 


388  HISTOIRE  DE  BAYART 

trouve  Ton  guères  d'histoires  qui  faœnt  mention 
qu'on  l'aye  trompé  en  sa  vie;  ains  durant  icelle 
augmenta  merveilleusement  les  biens  de  son  succes- 
seur. Le  seigneur  Julian  de  Médicis,  qu'on  appella  duc 
de  Modène,  frère  du  pape  Léon,  alla  aussi  de  vie  à 
trespas^  Il  eut  espouse  la  duchesse  de  Nemours, 
fille  de  Sjavoye  et  tante  du  roy  de  France. 

L'empereur  Maximilian,  desplaisant  de  la  belle  vic- 
toire qu'avoit  eue  le  roy  de  France  sur  les  Suysses  et  de  ce 
qu'il  a  voit  conquesté  sa  duché  de  Milan,  assembla  gros 
nombre  de  lansquenetz  et  quelques  Suysses  des  cantons 
de  Zuric  et  de  la  ligue  Grise  et  s'en  vint  en  personne 
oudit  duché  de  Milan,  où,  pour  la  grosse  puissance 
qu'il  avoit,  le  connestable  ne  fut  pas  conseillé  de 
l'attendre  à  la  campaigne ,  et  se  retira  avecques  son 
armée  dedans  la  ville  de  Milan,  où  peu  de  jours  après 
luy  vindrent  huyt  ou  dix  mille  Suysses  de  secours. 
Quoy  voyant  par  l'empereur,  qui  estoit  le  plus  sous- 
peçonneux  homme  du  monde,  se  retira  en  ses  pays. 
Il  n'eust  pas  grant  honneur  en  son  entreprinse,  et  le 
connestable  y  acquist  gros  renom  ^.  Le  bon  chevalier 
fist  plusieurs  courses  sur  les  Âlmans  et  en  print  de 


i .  Julien  de  Médicis,  duc  de  Nemours,  gonfalonnier  et  lieute- 
nant général  des  armées  du  pape,  fils  de  Laurent  de  Médicis  et  de 
Clarisse  Orsini.  Frère  du  pape  Léon  X,  il  épousa  Philiberte  de 
Savoie,  sœur  de  Louise  de  Savoie,  mère  de  François  I,  et  mourut 
en  1516. 

2.  Les  dix  mille  Suisses  qui  vinrent  rejoindre  l'armée  française 
retourneront  dans  leur  pays  après  avoir  touché  leur  solde,  mais 
sans  avoir  pris  part  à  aucun  engagement.  Cependant  l'em- 
pereur,, eflfrayé  de  leur  seule  arrivée,  rebroussa  chemin  en  toute 
hâte.  Peu  après,  le  connétable  fut  rappelé  en  Franco  à  son  grand 
déplaisir  et  remplacé  par  Lautrec. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  389 

prisonniers  beaucoup,  mais  jamais  n'en  avoit  que  la 
picque  et  la  dague  ^ 

L'année  ensuyvant,  Jehan,  roy  de  Navarre,  qui 
en  avoit  été  spolié  par  Ferrande,  roy  d'Arragon, 
alla  de  vie  à  trespas^.  Oudit  an,  environ  le  moys 
de  juillet,  fiit  faict  certain  appoinctement  entre  le 
roy  de  France  et  le  roy  de  Gastille,  Charles,  para- 
vant  archiduc  d'Âustriche,  moyennant  le  mariage 
de  luy  et  de  Loyse,  fille  aisnée  de  France  ;  il  fut  con- 
clud  en  la  ville  de  Noyon,  mais  il  ne  dura  guères.  Je 
ne  feray  nul  discours  dudit  traicté,  car  il  est  assez 
escript  ailleurs'.  Environ  le  moys  d'octobre  fut  donné 
le  pardon  de  la  croisade  en  France  par  le  pape  Léon, 
dont  il  sortit  beaucoup  de  scandalles  et  de  mocqueries 
à  l'occasion  des  prédicateurs,  qui  disoient  beaucoup 
plus  que  la  bulle  ne  portoit. 

Le  dernier  jour  de  février  mil  cinq  cens  dix  sept, 
la  bonne,  sage  et  très  parfaicte  royne  de  France, 
Claude,  accoucha  de  son  premier  filz,  Françoys, 
daulphin  du  Yiennoys,  en  la  ville  d'Amboise,  qui 
fut  gros  esjouyssement  par  tout  le  royaulme  de 
France.  Et  entre  autres  villes,  celle  d'Orléans  fist 
merveilles  ;  car  durant  ung  jour  entier  y  eut  devant 
la  maison  de  la  ville  deux  fontaines  qui  gectoient 
vin  cleret  et  blanc,  et  par  ung  petit  tuyau  sortoit 
de  l'ypocras,  auquel  beaucoup  de  gens  après  qu'ilz 
en  avoient  tasté,  se  tenoient.  Le  daulphin  fut  bap- 

1.  C'est-à-dire  qu'ils  étaient  trop  pauvres  pour  payer  rançon. 

2.  Jean  d'Albret  mourut  le  17  juin  1516. 

3.  Deux  traités  entre  François  I  et  Gharles-Quint  furent,  à 
cette  occasion,  conclus  à  Noyon  les  43  août  et  29  septembre  1516. 


390  HISTOIRE  DE  BAYART 

Usé  en  ladicte  ville  d'AmboiseS  et  furent  parrains 
pape  Léon  (mais  son  nepveu,  le  magnifioque  Laurens 
de  Médicis,  le  tint  pour  luy),  le  duc  de  Lorraine,  et 
madame  la  duchesse  d'Alençon%  commère.  Il  y  fut 
fait  fort  grosse  chère.  Ce  seigneur  Laurens  de  Médicis 
en  ce  temps  espousa  une  des  filles  de  Boulongne  et 
l'emmena  en  Ytaiie,  mais  elle  n'y  vesquit  guères  ne 
luy  après  elle  ;  tputesfois  d'eulx  deux  est  demourée 
une  fille  ^. 

L'an  mil  cinq  cens  dix*neuf ,  alla  de  vie  à  trespas 
l'empereur  Maximilian^,  qui  mist  beaucoup  de  gens 
en  peine.  Il  avoit  esté  en  son  vivant  de  bonne  nature, 
libéral  autant  que  le  fut  jamais  prince ,  et  s'il  eust 
esté  puissant  de  biens,  eust  achevé  beaucoup  de 
choses,  mais  il  estoit  povre  selon  son  cueur.  Le  filz 
de  son  filz,  Charles,  roy  des  Espaignes,  ftit  esleu 
empereur  après  luy. 


CHAPITRE  LXII. 
Comment  messire  Robert  de  la  Marche  fist  quelqws 

1.  François,  dauphin,  duc  de  Bretagne,  naquit  le  28  février 
1517,  et  mourut  le  10  août  1536. 

2.  Marguerite  d'Orléans,  fille  de  Charles  d'Orléans,  comte 
d'Angoulème,  et  de  Louise  de  Savoie,  épousa  Charles  de  Bour^ 
bon,  duc  d'Alençon,  se  remaria  en  1527  avec  Henri  d'Albret,  roi 
de  Navarre,  et  mourut  en  1549. 

3.  Laurent  II  de  Médicis  épousa  en  1513  Madelaine  de  la  Tour- 
Boulogne,  qui  mourut  en  1519.  Il  mourut  lui-même  le  4  mai 
de  la  même  année,  ne  laissant  qu'une  fille,  qui  fut  Catherine  de 
Médicis. 

4.  Le  12  janvier. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  391 

ctmrses  sur  les  pays  de  Pesleu  empereur,  qui  dressa 
grosse  armée^  et  ce  qu'il  en  advint. 

Peu  de  temps  après,  ne  sçay  qui  en  donna  le  con- 
seil, le  seigneur  de  Sedan,  qu'on  nomme  messire 
Robert  de  la  Marche,  qui  pour  lors  estoit  au  service 
du  roy  de  France,  fist  quelques  courses  sur  les  pays 
de  Fesleu  empereur,  qui  commença  à  lever  grosse 
année,  et  telle  qu'il  fut  maistre  et  seigneur  de  la 
campaigne.  Les  chiefz  de  son  armée  estoient  le  conte 
de  Nansso^  et  ung  autre  cappitaine  Francisque^,  gail- 
lart  homme  à  la  guerre,  et  avoit  bon  crédit  parmy 
les  compaignons.  Ilz  estoient  bien  en  nombre,  tant 
de  cheval  que  de  pied,  quarante  mille  honmies  ou 
plus.  Durant  cest  affaire,  le  roy  de  France  et  ledit 
esleu  empereur  estoient  en  paix,  et  ne  demandoient 
riens  l'ung  à  l'autre;  parquoy  l'armée  des  Âlmans 
tira  droit  aux  places  dudit  seigneur  de  Sedan,  et  en 
furent  les  aucunes  assiégés  et  deffendues.  Toutesfois 
enfin  s'en  perdirent  quatre,  c'est  à  savoir  :  Floranges, 
Buillon,  Loigne  et  Messancourt,  et  peu  de  gens  eschap- 
pèrent  vifz  desdictes  places.  Ledit  seigneur  de  Sedan 
estoit  dedans  sa  place  de  Sedan,  qui  est  quasi  impre- 

1.  Henri  de  Nassau-Dillembourg,  né  en  4483,  fils  de  Jean  III 
et  d'Elisabeth  de  Hesse;  il  mourut  en  1538  après  s'être  marié 
trois  fois. 

2.  Frantz  de  Sickingen,  fils  de  Schweicbart,  grand  maréchal 
du  Palatinat  et  de  Marguerite  de  Hohemburg.  Il  naquit  en  1481, 
épousa  Hedwige  de  Flersheim  et  mourut  en  1523  d'une  blessure 
reçue  au  siège  de  Landstahl.  Albert  Durer  Ta  représenté  sous  les 
traits  du  Chevalier  de  la  Mort,  dans  la  célèbre  gravure  de  ce  nom  ; 
Goethe  en  a  fait  un  des  personnages  de  son  drame  de  Goètz  de 
Berlichingen. 


392  HISTOIRE  DE  BAYART 

nable;  parquoy  fut  exempte  de  siège.  Et  pareille- 
ment ceulx  qui  estoient  dedans  une  de  ses  autres 
places  nommée  Jamais  ^ 

Le  roy  de  France,  deuement  acertené  de  ceste 
grosse  armée  qui  costoyoit  sa  conté  de  Gham- 
paigne,  eut  doubte  qu'on  luy  jouast  quelque  finesse. 
Si  envoya  son  beau-frère,  le  duc  d'Alençon^,  avec- 
ques  quelque  nombre  de  gens  d'armes  sur  la  fron- 
tière, et  tira  jusques  à  Reims.  Les  Âlmans  usoient 
d'une  subtilité  pour  parvenir  à  leurs  atlainctes;  car 
ilz  ne  prenoient  riens  es  pays  du  roy  de  France  sans 
bien  payer,  et  faisoit  semer  parmy  son  camp  le  conte 
de  Nansso  que  l'empereur  son  maistre  le  luy  avoit 
ainsi  enchargé,  comme  délibéré  de  demourer  tous- 
jours  en  l'amytié  qu'il  avoit  avecques  France.  Ce 
néantmoins,  sans  faire  autrement  sommation  de 
guerre,  s'en  vint  planter  le  siège  devant  une  petite 
ville  appellée  Mozon^,  de  laquelle  estoit  gouverneur 
et  cappitaine  le  seigneur  de  Montmor^,  grant-escuyer 
de  Bretaigne  pour  le  roy  de  France  ;  et  avoit  quelques 


i.  Jameti  (Ardennes). 

2.  Charles  de  Bourbon,  duc  d'Alençon,  gouverneur  de  Cham- 
pagne, Perche  et  Normandie,  pair  de  France,  fils  de  René  de 
Bourbon  et  de  Marguerite  de  Lorraine,  épousa  Marguerite  d'Or- 
léans et  mourut  en  1525. 

3.  Le  siège  de  Mouzon  commença  le  21  août  1521.  On  trou- 
vera à  l'appendice  les  lettres  échangées  à  cette  occasion  par  les 
capitaines  français  et  allemands. 

4.  Louis  de  Hangest,  s'  de  Montmor  et  Chaleranges,  grand 
écuyer  de  Bretagne,  capitaine  de  30  lances,  fils  de  Jean  de  Han- 
gest et  de  Marie  d'Amboise.  Sa  conduite  à  propos  du  siège  de 
Mouzon  fut  discutée;  les  uns  l'accusèrent  d'impéritie  ou  de 
lâcheté,  les  autres  le  plaignirent  de  n'avoir  pas  pu  se  faire  obéir 
de  ses  soldats.  Voir  à  l'appendice  plusieurs  lettres  à  ce  sujet. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  393  " 

geDS  de  pied  avecques  sa  compaignie  en  la  ville,  qui 
n'estoit  guères  bien  munye  d'artillerie  ny  de  vivres, 
et  qui  pis  est  les  compaignies  qui  estoient  dedans  ne 
se  trouvèrent  pas  du  vouloir  de  leur  cappitaine  et 
gouverneur,  qui  délibéroit  jusques  à  la  mort  garder 
la  ville  ;  et  quelques  remonstrances  qu'il  sceust  faire 
aux  gens  de  pied,  se  trouva  en  dangier  dedans  et 
dehors  ;  parquoy,  pour  éviter  plus  gros  inconvénient, 
rendit  la  ville,  leurs  vies  saufves.  On  en  murmura  en 
beaucoup  de  sorte,  et  disoient  aucuns  que  le  cappi- 
taine ne  s'estoit  pas  bien  porté  ;  mais  les  gens  d'hon- 
neur et  de  vertu  congneurent  bien  qu'il  ne  se  povoit 
faire  autrement,  et  qu'il  n'avoit  pas  tenu  audit  sei- 
gneur de  Montmor  qu'il  n'estoit  mort  sur  la  berche  ; 
car  si  tous  ceulx  qui  estoient  avec  luy  eussent  esté 
de  son  cueur,  les  Âlmans  ne  fussent  pas  tirez  plus 
oultre.  Or,  la  ville  de  Mozon  rendue  si  soubdaine- 
ment  donna  quelque  tiltre  d'esbahyssement  aux  Fran- 
çois, qui  ne  pensoient  jamais  que  l'empereur  eust 
voulu  rompre  la  trefve.  Toutesfois  en  telles  choses  le 
souverain  remède  est  de  prompte  provision.  On 
regarda  que  Maizières  estoit  la  plus  prochaine  ville, 
après  Mozon,  et  qu'il  failloit  entendre  à  la  garder  et 
deflFendre  ;  car  si  elle  se  perdoit,  la  Ghampaigne  s'en 
alloit  en  mauvais  party.  Le  roy  de  France  en  fut 
adverty,  lequel  manda  soubdainement  qu'on  envoyast 
le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche  dedans 
ladicte  ville  de  Maizières,  et  qu'il  ne  congnoissoit 
homme  en  son  royaulme  en  qui  il  se  fiast  plus; 
davantage  que  son  espoir  estoit  qu'il  la  garderoit  si 
bien  et  si  longuement  que  sa  puissance  seroit  assem- 
blée pour  résister  aux  surprinses  que  l'empereur  luy 


39i  msToms  de  bayàbt 

vouloit  faire.  De  ce  commandemeot  n'eust  pas  voulu 
tenir  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche 
cent  mille  escuz,  car  tout  son  désir  estoit  de  faire 
service  à  son  maistre  et  d'acquérir  honneur.  Il  s'en 
alla  gecter  dedans  Maizières,  avecques  le  jeune  sei- 
gneur de  Montmorency^  et  quelques  autres  jeunes 
gentilzhonmies  qui  de  leur  gré  Tacompaignèrent,  et 
d'ung  nombre  de  gens  de  pied,  soubz  la  charge  de 
deux  jeunes  gentilzhonmies,  l'ung  nonuné  le  cappî- 
taine  Boncal,  de  la  maison  de  Reffuge,  et  l'autre  le 
seigneur  Montmoreau. 


CHAPITRE  LXIII. 

Comment  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche 
garda  la  ville  de  Maizières  contre  la  puissance  de 
V  empereur  y  où  il  aequist  gros  honneur. 

Quant  le  bon  chevalier  fut  entré  dedans  Maizières, 
trouva  la  ville  assez  mal  en  ordre  pour  attendre  siège, 
ce  qu'il  espéroit  avoir  du  jour  à  lendemain.  Si  voulut 
user  de  diligence,  qui  en  telle  nécessité  passe  tout  sens 


1.  Bayart,  Anne  de  Montmorency,  futur  connétable  de  France, 
Jacques  de  Silly,  bailli  de  Gaen,  Jean  d*Albret,  seigneur  d'Orral, 
Pierrepont,  Boncal,  Antoine  de  Glermont,  Guigo  Guiffrey  de 
Boutières,  François  de  Sassenage,  Montmoreau,  etc.,  entrèrent 
dans  Mézières  les  premiers  jours  du  mois  d'août.  On  trouvera  à 
Tappendice  des  lettres  de  Bayart,  du  duc  d'Alençon,  de  d'Orval 
et  de  Chàtillon  donnant  dea  renseignements  détaillés  sur  la.  coin* 
position  de  la  garnison  et  les  travaux  de  fortification  auxquels 
elle  se  livra  avec  une  extrême  ardenr  en  attendant  l'arrivée  de 
Tennemi. 


PAR  LE  LOYAL  SKRVITEUR.  395 

humain,  et  commença  à  faire  ramparer  jour  et  nuyt, 
et  n'y  avoit  homme  d'armes  ny  homme  de  pied  qu'il 
ne  mist  en  besongne  ;  et  luy  mesmes  pour  leur  donner 
coMrage,  y  travailloit  ordinairement  et  disoit  aux 
compaignons  de  guerre  :  c  Gomment,  Messieurs,  nous 
sera-il  reprouché  que  par  nostre  faulte  ceste  ville 
soit  perdue,  veu  que  nous  sommes  si  belle  compai- 
gnie  ensemble  et  si  gens  de  bien.  Il  me  semble  que 
quant  nous  serions  en  ung  pré,  et  que  devant  nous 
eussions  fossé  de  quatre  piedz,  que  encores  comba- 
trions-nous  ung  jour  entier  avant  que  estre  deffaietz. 
Et  Dieu  mercy  !  nous  avons  fossé,  muraille  et  ram- 
part,  où  je  croy,  avant  que  les  ennemys  mettent  le 
pied,  beaucoup  de  leurs  compaignies  dormiront  aux 
fossez.  »  Br^,  ildonnoittel  courage  à  ses  gens  qu'ilz 
pensoient  tous  estre  en  la  meilleur  et  plus  forte  place 
du  monde. 

Deux  jours  après  fut  le  siège  assis  devant  Mai- 
zières  en  deux  lieux,  l'ung  deçà  de  l'eaue  et  l'autre 
delà.  L'ung  des  sièges  tenoit  le  conte  Francisque,  qui 
avecques  kiy  avoit  quatorze  ou  quinze  mille  honmies, 
et  en  l'autre  estoit  le  conte  de  Nansso  avec  plus  de 
vingt  mille.  Le  lendemain  du  siège  lesditz  conte  de 
Nansso  et  seigneur  Francisque  envoyèrent  ung  hèrault 
devers  le  bon  chevalier,  pour  luy  remonstrer  qu'il 
eust  à  rendre  la  ville  de  Maizières,  qui  n'estoit  pas 
tenable  contre  leur  puissance,  et  que,  pour  la  grande 
et  louable  chevalerie  qui  estoit  en  luy,  seroient  mer-- 
veilleusement  desplaisans  s'il  estoit  prins  d'assault, 
car  son  honneur  grandement  en  amoindriroit,  et  par 
adventure  luy  cousteroit-il  la  vie  ;  et  qu'il  ne  failloit 
que  ung  malheur  en  ce  monde  venir  à  ung  homme 


3m 

poÊT  taire  QHbfier  toos  les  beaolx  £uctz  qu'il  aaroit 
maa  a  an  en  soo  ^i^ant;  et  qœ,  là  où  fl  vouklroit 
entendre  a  raiisQn,  iny  feroient  a  boonc  oompositîoo 
cpi '3  âe  derercit  oontenter.  Ptosieors  autres  beaulx 
prepo»  iBT  a««lèrent  par  ce  héranlt,  qui,  après  aToir 
este  ouT  et  i»en  enfcefidn  par  ie  bon  dievalier,  se 
print  a  sonbzrire  et  oe  cipnnrnrfai  conseil  pour  res- 
pondre  à  honnne  vivant  ;  mais  lont  soubdain  luy  dist  : 
€  Son  amy,  je  m'eabays  de  fai  graeienseté  que  me  font 
et  présentent  monseignenr^  de  Xansso  et  le  seignair 
Francisque^  considéré  que  jamais  n'euz  praticque  ny 
\  GongnoissanGe  aveeqnes  eulx,  et  ilz  ont  si 


grant  paour  de  ma  personne.  Hà*ault,  mon  amy, 
vnos  vous  en  retoum^n^  et  leur  direz  :  que  le  roy 
mon  maistre  avoit  beancoop  pins  de  sufiBsaos  person- 
nages en  son  royaulme  qœ  moy  pour  envoyer  garder 
Geste  ville  qui  vous  Eut  firontière  ;  mais,  puisqu'il  m'a 
Sût  cest  honneur  de  s'^en  fier  en  moy,  j'espère, 
avecques  fayde  de  Xostre-Seigneur,  la  luy  conserver 
ai  longuement  qn^ii  ennoyra  beaucoup  plus  à  *  voz 
maistres  d^estre  an  siège  qne  à  moy  d'estre  assiégé  ; 
et  cpe  je  ne  sms  plus  enfant  qu'on  estonne  de 
paroUes.  »  Si  commanda  qu'on  festoya  fort  bien  le 
bérauit^  et  cpi'on  le  nnst  bors  de  la  ville.  Il  s'en 
retourna  au  camp  et  rapporta  la  responce  que  le  bon 
chevalier  hiy  avoit  tucte,  qui  ne  fut  guères  plaisante 
aux  seigneurs,  en  présence  desquelz  estoit  ung  cap- 
pitaine  nommé  Grant-Jdian  Picart^,  qui  toute  sa  vie 
avoit  esté  au  service  des  roys  de  France  en  Ytalie,  et 

!.  Se  print,  Bayart  se  prit. 

^.  Le  texte  porte  par  erreur  nî$sseiçneurs. 

3.  Voyez  sur  ce  personnage  le  chapitre  xxxm,  p.  160. 


PAR  LE  LOYAL   SERYITEUft.  397 

mesmement  où  le  bon  chevalier  avoit  eu  charge,  qui 
dist  tout  hault  adressant  sa  parolle  au  conte  de  Nansso 
et  au  seigneur  Francisque  :  c  Messeigneurs,  ne  vous 
attendez  pas,  tant  que  vive  monseigneur  de  Bayart, 
d'entrer  dedans  Maizières  ;  je  le  congnois,  et  plusieurs 
fois  m'a  mené  à  la  guerre ,  mais  il  est  d'une  condition 
que,  s'il  avoit  les  plus  couars  gens  du  monde  en  sa 
compaignie,  il  les  fait  hardis.  Et  sachez  que  tous  ceubc 
qui  sont  avecques  luy  mourront  à  la  berche,  et  luy  le 
premier,  devant  que  nous  mections  le  pied  dedans  la 
ville;  et  quant  à  moy  je  vouldrois  qu'il  y  eust  deux 
mille  hommes  de  guerre  davantage  et  sa  personne  n'y 
feust  point.  »  Le  conte  de  Nansso  respondit  :  c  Gap- 
pitaine  Grant-Jehan ,  le  seigneur  de  Bayart  n'est  de 
fer  ny  d'acier  nem  plus  que  ung  autre  ;  s'il  est  gentil 
compaignon,  qu'il  le  monstre,  car  devant  qu'il  soit 
quatre  jours,  je  luy  feray  tant  donner  de  coups  de 
canon  qu'il  ne  sçaura  de  quel  costé  se  tourner.  — 
Or,  on  verra  que  ce  sera,  dist  le  cappitaine  Grant- 
Jehan,  mais  vous  ne  l'aurez  pas  ainsi  que  vous  en- 
tendez. »  Ces  paroi  les  cessèrent  et  ordonnèrent  le 
conte  de  Nansso  et  seigneur  Francisque  leurs  bateries 
chascun  en  son  endroit  et  de  faire  tous  les  effbrs 
qu'on  pourroit  pour  prendre  la  ville  ;  ce  qui  fut  fait, 
et  en  moins  de  quatre  jours ,  il  fut  tiré  plus  de  cinq 
mille  coups  d'artillerie  ^  ;  ceulx  de  la  ville  respondoient 

1.  Tjes  péripéties  du  siège  de  Mézières  sont  décrites  dans 
Du  Bellay  {Mémoires^  1.  I),  8.  Champier  (f.  l),  Aymar  du  Rivail 
(p.  567). 

Ce  fut  surtout  dans  les  derniers  jours  de  Tinvestisscment  que 
les  ennemis  firent  contre  la  ville  un  feu  terrible.  Voir  à  Tappen- 
dice  la  lettre  que  Robert  de  la  Marck  écrit  à  ce  sujet. 

Dans  le  cours  même  du  siège,  le  roi  de  France  témoigna  son 


396  msTomE  de  bayart 

pour  faire  oublier  tous  les  beaulx  faictz  qu'il  auroit 
menez  à  fin  en  son  vivant;  et  que,  là  où  il  vouldroit 
entendre  à  raison,  luy  feroient  si  bonne  composition 
qu'il  se  deveroit  contenter.  Plusieurs  autres  beaulx 
propos  luy  mandèrent  par  ce  hérault,  qui,  après  avoir 
esté  ouy  et  bien  entendu  par  le  bon  chevalier,  se 
print  ^  à  soubzrire  et  ne  demanda  conseil  pour  res- 
pondre  à  homme  vivant  ;  mais  tout  soubdain  luy  dist  : 
c  Mon  amy,  je  m'esbays  de  la  gracieuseté  que  me  font 
et  présentent  monseigneur^  de  Nansso  et  le  seigneur 
Francisque,  considéré  que  jamais  n'euz  praticque  ny 
grande  congnoissance  avecques  eulx,  et  ilz  ont  si 
grant  paour  de  ma  personne.  Hérault,  mon  amy, 
vous  vous  en  retournerez,  et  leur  direz  :  que  le  roy 
mon  maistre  avoit  beaucoup  plus  de  sufiisans  person- 
nages en  son  royaulme  que  moy  pour  envoyer  garder 
ceste  ville  qui  vous  fait  frontière  ;  mais,  puisqu'il  m'a 
fait  cest  honneur  de  s'en  fier  en  moy,  j'espère, 
avecques  l'ayde  de  Nostre-Seigneur,  la  luy  conserver 
si  longuement  qu'il  ennuyra  beaucoup  plus  à  *  voz 
maistres  d'estre  au  siège  que  à  moy  d'estre  assiégé  ; 
et  que  je  ne  suis  plus  enfant  qu'on  estonne  de 
paroUes.  »  Si  commanda  qu'on  festoya  fort  bien  le 
hérault,  et  qu'on  le  mist  hors  de  la  ville.  Il  s'en 
retourna  au  camp  et  rapporta  la  responce  que  le  bon 
chevalier  luy  avoit  faicte,  qui  ne  fut  guères  plaisante 
aux  seigneurs,  en  présence  desquelz  estoit  ung  cap- 
pitaine  nonmié  Grant-Jehan  Picart^,  qui  toute  sa  vie 
avoit  esté  au  service  des  roys  de  France  en  Ytalie,  et 

1.  Se  print,  Bayart  se  prit. 

2.  Le  texte  porte  par  erreur  messeigneurs, 

3.  Voyez  sur  ce  personnage  le  chapitre  xxxin,  p.  160. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUft.  397 

mesmement  où  le  bon  chevalier  a  voit  eu  charge,  qui 
dist  tout  hault  adressant  sa  parolle  au  conte  de  Nansso 
et  au  seigneur  Francisque  :  c  Messeigneurs,  ne  vous 
attendez  pas,  tant  que  vive  monseigneur  de  Bayart, 
d'entrer  dedans  Maizières  ;  je  le  congnois,  et  plusieurs 
fois  m'a  mené  à  la  guerre ,  mais  il  est  d'une  condition 
que,  s'il  avoit  les  plus  couars  gens  du  monde  en  sa 
compaignie,  il  les  fait  hardis.  Et  sachez  que  tous  ceubc 
qui  sont  avecques  luy  mourront  à  la  berche,  et  luy  le 
premier,  devant  que  nous  mections  le  pied  dedans  la 
ville  ;  et  quant  à  moy  je  vouldrois  qu'il  y  eust  deux 
mille  hommes  de  guerre  davantage  et  sa  personne  n'y 
feust  point.  »  Le  conte  de  Nansso  respondit  :  c  Gap- 
pitaine  Grant-Jehan ,  le  seigneur  de  Bayart  n'est  de 
fer  ny  d'acier  nem  plus  que  ung  autre  ;  s'il  est  gentil 
compaignon,  qu'il  le  monstre,  car  devant  qu'il  soit 
quatre  jours,  je  luy  feray  tant  donner  de  coups  de 
canon  qu'il  ne  sçaura  de  quel  costé  se  tourner.  — 
Or,  on  verra  que  ce  sera,  dist  le  cappitaine  Grant- 
Jehan,  mais  vous  ne  l'aurez  pas  ainsi  que  vous  en- 
tendez. »  Ces  paroi  les  cessèrent  et  ordonnèrent  le 
conte  de  Nansso  et  seigneur  Francisque  leurs  bateries 
chascun  en  son  endroit  et  de  faire  tous  les  effbrs 
qu'on  pourroit  pour  prendre  la  ville  ;  ce  qui  fut  fait, 
et  en  moins  de  quatre  jours ,  il  fut  tiré  plus  de  cinq 
mille  coups  d'artillerie  *  ;  ceulx  de  la  ville  respondoient 

1.  Les  péripéties  du  siège  de  Mézières  sont  décrites  dans 
Du  Bellay  {Mémoires^  1.  I),  8.  Champier  (f.  l),  Aymar  du  Rivail 
(p.  567). 

Ce  fut  surtout  dans  les  derniers  jours  de  l'investissement  que 
les  ennemis  firent  contre  la  ville  un  feu  terrible.  Voir  à  l'appen- 
dice la  lettre  que  Robert  de  la  Marck  écrit  à  ce  sujet. 

Dans  le  cours  même  du  siège,  le  roi  de  France  témoigna  son 


396  HISTOIRE  DE  BAYART 

pour  faire  oublier  tous  les  beaulx  faictz  qu'il  auroit 
menez  à  fin  en  son  vivant;  et  que,  là  où  il  vouldroit 
entendre  à  raison,  luy  feroient  si  bonne  composition 
qu'il  se  deveroit  contenter.  Plusieurs  autres  beaulx 
propos  luy  mandèrent  par  ce  Hérault,  qui,  après  avoir 
esté  ouy  et  bien  entendu  par  le  bon  chevalier,  se 
print  ^  à  soubzrire  et  ne  demanda  conseil  pour  res- 
pondre  à  homme  vivant  ;  mais  tout  soubdain  luy  dist  : 
c  Mon  amy ,  je  m'esbays  de  la  gracieuseté  que  me  font 
et  présentent  monseigneur^  de  Nansso  et  le  seigneur 
Francisque,  considéré  que  jamais  n'euz  praticque  ny 
grande  congnoissance  avecques  eulx,  et  ilz  ont  si 
grant  paour  de  ma  personne.  Hérault,  mon  amy, 
vous  vous  en  retournerez,  et  leur  direz  :  que  le  roy 
mon  maistre  avoit  beaucoup  plus  de  suffîsans  person- 
nages en  son  royaulme  que  moy  pour  envoyer  garder 
ceste  ville  qui  vous  fait  frontière;  mais,  puisqu'il  m'a 
fait  cest  honneur  de  s'en  fier  en  moy,  j'espère, 
avecques  l'ayde  de  Nostre-Seigneur,  la  luy  conserver 
si  longuement  qu'il  ennuyra  beaucoup  plus  à  *  voz 
maistres  d'estre  au  siège  que  à  moy  d'estre  assiégé  ; 
et  que  je  ne  suis  plus  enfant  qu'on  estonne  de 
parolles.  »  Si  commanda  qu'on  festoya  fort  bien  le 
hérault,  et  qu'on  le  nust  hors  de  la  ville.  Il  s'en 
retourna  au  camp  et  rapporta  la  responce  que  le  bon 
chevalier  luy  avoit  faicte,  qui  ne  fut  guères  plaisante 
aux  seigneurs,  en  présence  desquelz  estoit  ung  cap- 
pitaine  nommé  Grant-Jehan  Picart^,  qui  toute  sa  vie 
avoit  esté  au  service  des  roy  s  de  France  en  Ytalie,  et 

1.  Se  print,  Bayart  se  prit. 

2.  Le  texte  porte  par  erreur  messeigneurs, 

3.  Voyez  sur  ce  personnage  le  chapitre  xzxm,  p.  160. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  397 

mesmement  où  le  bon  chevalier  avoit  eu  charge,  qui 
dist  tout  hault  adressant  sa  parolle  au  conte  de  Nansso 
et  au  seigneur  Francisque  :  c  Messeigneurs,  ne  vous 
attendez  pas,  tant  que  vive  monseigneur  de  Bayart, 
d'entrer  dedans  Maizières  ;  je  le  congnois,  et  plusieurs 
fois  m'a  mené  à  la  guerre ,  mais  il  est  d'une  condition 
que,  s'il  avoit  les  plus  couars  gens  du  monde  en  sa 
compaignie,  il  les  fait  hardis.  Et  sachez  que  tous  ceulx 
qui  sont  avecques  luy  mourront  à  la  berche,  et  luy  le 
premier,  devant  que  nous  mections  le  pied  dedans  la 
ville  ;  et  quant  à  moy  je  vouldrois  qu'il  y  eust  deux 
mille  hommes  de  guerre  davantage  et  sa  personne  n'y 
feust  point.  >  Le  conte  de  Nansso  respondit  :  c  Gap- 
pitaine  Grant-Jehan ,  le  seigneur  de  Bayart  n'est  de 
fer  ny  d'acier  nem  plus  que  ung  autre  ;  s'il  est  gentil 
compaignon,  qu'il  le  monstre,  car  devant  qu'il  soit 
quatre  jours,  je  luy  feray  tant  donner  de  coups  de 
canon  qu'il  ne  sçaura  de  quel  costé  se  tourner.  — 
Or,  on  verra  que  ce  sera,  dist  le  cappitaine  Grant- 
Jehan,  mais  vous  ne  l'aurez  pas  ainsi  que  vous  en- 
tendez. »  Ges  paroi  les  cessèrent  et  ordonnèrent  le 
conte  de  Nansso  et  seigneur  Francisque  leurs  bateries 
chascun  en  son  endroit  et  de  faire  tous  les  effors 
qu'on  pourroit  pour  prendre  la  ville  ;  ce  qui  fut  fait, 
et  en  moins  de  quatre  jours ,  il  fut  tiré  plus  de  cinq 
mille  coups  d'artillerie  *  ;  ceulx  de  la  ville  respondoient 

i.  Les  péripéties  du  siège  de  Mézières  sont  décrites  dans 
Du  Bellay  {Mémoires^  1.  I),  8.  Champier  (f.  l),  Aymar  du  Rivail 
(p.  567)." 

Ce  fut  surtout  dans  les  derniers  jours  de  l'investissement  que 
les  ennemis  firent  contre  la  ville  un  feu  terrible.  Voir  à  l'appen- 
dice la  lettre  que  Robert  de  la  Marck  écrit  à  ce  sujet. 

Dans  le  cours  même  du  siège,  le  roi  de  France  témoigna  son 


396  HISTOIRE  DE  BAYART 

pour  faire  oublier  tous  les  beaulx  faictz  qu'il  auroit 
menez  à  fin  en  son  vivant;  et  que,  là  où  il  vouldroit 
entendre  à  raison,  luy  feroient  si  bonne  composition 
qu'il  se  deveroit  contenter.  Plusieurs  autres  beaulx 
propos  luy  mandèrent  par  ce  Hérault,  qui,  après  avoir 
esté  ouy  et  bien  entendu  par  le  bon  chevalier,  se 
print  ^  à  soubzrire  et  ne  demanda  conseil  pour  res- 
pondre  à  homme  vivant  ;  mais  tout  soubdain  luy  dist  : 
c  Mon  amy,  je  m'esbays  de  la  gracieuseté  que  me  font 
et  présentent  monseigneur  ^  de  Nansso  et  le  seigneur 
Francisque,  considéré  que  jamais  n'euz  praticque  ny 
grande  congnoissance  avecques  eulx,  et  ilz  ont  si 
grant  paour  de  ma  personne.  Hérault,  mon  amy, 
vous  vous  en  retournerez,  et  leur  direz  :  que  le  roy 
mon  maistre  avoit  beaucoup  plus  de  suffîsans  person- 
nages en  son  royaulme  que  moy  pour  envoyer  garder 
ceste  ville  qui  vous  fait  frontière  ;  mais,  puisqu'il  m'a 
fait  cest  honneur  de  s'en  fier  en  moy,  j'espère, 
avecques  l'ayde  de  Nostre-Seigneur,  la  luy  conserver 
si  longuement  qu'il  ennuyra  beaucoup  plus  à  *  voz 
maistres  d'estre  au  siège  que  à  moy  d'estre  assiégé  ; 
et  que  je  ne  suis  plus  enfant  qu'on  estonne  de 
parolles.  »  Si  commanda  qu'on  festoya  fort  bien  le 
hérault,  et  qu'on  le  mist  hors  de  la  ville.  Il  s'en 
retourna  au  camp  et  rapporta  la  responce  que  le  bon 
chevalier  luy  avoit  faicte,  qui  ne  fut  guères  plaisante 
aux  seigneurs,  en  présence  desquelz  estoit  ung  cap- 
pitaine  nommé  Grant-Jehan  Picart^,  qui  toute  sa  vie 
avoit  esté  au  service  des  roys  de  France  en  Ytalie,  et 

1.  Se  print,  Bayart  se  prit. 

2.  Le  texte  porte  par  erreur  messeigneurs, 

3.  Voyez  sur  ce  personnage  le  chapitre  xzxm,  p.  160. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  397 

mesmement  où  le  bon  chevalier  avoit  eu  charge,  qui 
dist  tout  hault  adressant  sa  paroUe  au  conte  de  Nansso 
et  au  seigneur  Francisque  :  c  Messeigneurs,  ne  vous 
attendez  pas,  tant  que  vive  monseigneur  de  Bayart, 
d'entrer  dedans  Maizières;  je  le  congnois,  et  plusieurs 
fois  m'a  mené  à  la  guerre ,  mais  il  est  d'une  condition 
que,  s'il  avoit  les  plus  couars  gens  du  monde  en  sa 
compaignie,  il  les  fait  hardis.  Et  sachez  que  tous  ceulx 
qui  sont  avecques  luy  mourront  à  la  berche,  et  luy  le 
premier,  devant  que  nous  mections  le  pied  dedans  la 
ville;  et  quant  à  moy  je  vouldrois  qu'il  y  eust  deux 
mille  hommes  de  guerre  davantage  et  sa  personne  n'y 
feust  point.  >  Le  conte  de  Nansso  respondit  :  c  Gap- 
pitaine  Grant-Jehan ,  le  seigneur  de  Bayart  n'est  de 
fer  ny  d'acier  nem  plus  que  ung  autre  ;  s'il  est  gentil 
compaignon,  qu'il  le  monstre,  car  devant  qu'il  soit 
quatre  jours,  je  luy  feray  tant  donner  de  coups  de 
canon  qu'il  ne  sçaura  de  quel  costé  se  tourner.  — 
Or,  on  verra  que  ce  sera,  dist  le  cappitaine  Grant- 
Jehan,  mais  vous  ne  l'aurez  pas  ainsi  que  vous  en- 
tendez. >  Ces  parolles  cessèrent  et  ordonnèrent  le 
conte  de  Nansso  et  seigneur  Francisque  leurs  bateries 
chascun  en  son  endroit  et  de  faire  tous  les  effors 
qu'on  pourroit  pour  prendre  la  ville  ;  ce  qui  fut  fait, 
et  en  moins  de  quatre  jours ,  il  fut  tiré  plus  de  cinq 
mille  coups  d'artillerie  *  ;  ceulx  de  la  ville  respondoient 

i.  Les  péripéties  du  siège  de  Mézières  sont  décrites  dans 
Du  Bellay  {Mémoires^  1.  I),  8.  Champier  (f.  l),  Aymar  du  Rivail 
(p.  567). 

Ce  fut  surtout  dans  les  derniers  jours  de  l'investissement  que 
les  ennemis  firent  contre  la  ville  un  feu  terrible.  Voir  à  l'appen- 
dice la  lettre  que  Robert  de  la  Marck  écrit  à  ce  sujet. 

Dans  le  cours  même  du  siège,  le  roi  de  France  témoigna  son 


396  HISTOIRE  DE  BAYiOlT 

pour  faire  oublier  tous  les  beaulx  faictz  qu'il  auroit 
menez  à  fin  en  son  vivant;  et  que,  là  où  il  vouldroit 
entendre  à  raison,  luy  feroient  si  bonne  composition 
qu'il  se  deveroit  contenter.  Plusieurs  autres  beaulx 
propos  luy  mandèrent  par  ce  Hérault,  qui,  après  avoir 
esté  ouy  et  bien  entendu  par  le  bon  chevalier,  se 
print  ^  à  soubzrire  et  ne  demanda  conseil  pour  res- 
pondre  à  homme  vivant  ;  mais  tout  soubdain  luy  dist  : 
c  Mon  amy,  je  m'esbays  de  la  gracieuseté  que  me  font 
et  présentent  monseigneur^  de  Nansso  et  le  seigneur 
Francisque,  considéré  que  jamais  n'euz  praticque  ny 
grande  congnoissance  avecques  eulx,  et  ilz  ont  si 
grant  paour  de  ma  personne.  Hérault,  mon  amy, 
vous  vous  en  retournerez,  et  leur  direz  :  que  le  roy 
mon  maistre  a  voit  beaucoup  plus  de  suffisans  person- 
nages en  son  royaulme  que  moy  pour  envoyer  garder 
ceste  ville  qui  vous  fait  frontière;  mais,  puisqu'il  m'a 
fait  cest  honneur  de  s'en  fier  en  moy,  j'espère, 
avecques  l'ayde  de  Nostre-Seigneur,  la  luy  conserver 
si  longuement  qu'il  ennuyra  beaucoup  plus  à  *  voz 
maistres  d'estre  au  siège  que  à  moy  d'estre  assiégé; 
et  que  je  ne  suis  plus  enfant  qu'on  estonne  de 
parolles.  »  Si  commanda  qu'on  festoya  fort  bien  le 
hérault,  et  qu'on  le  mist  hors  de  la  ville.  Il  s'en 
retourna  au  camp  et  rapporta  la  responce  que  le  bon 
chevalier  luy  a  voit  faicte,  qui  ne  fut  guères  plaisante 
aux  seigneurs,  en  présence  desquelz  estoit  ung  cap- 
pitaine  nonmié  Grant-Jehan  Picart^,  qui  toute  sa  vie 
avoit  esté  au  service  des  roys  de  France  en  Ytalie,  et 

1 .  Se  print,  Bayart  se  prit. 

2.  Le  texte  porte  par  erreur  messeigneurs, 

3.  Voyez  sur  ce  personnage  le  chapitre  xxxin,  p.  160. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  397 

mesmement  où  le  bon  chevalier  avoit  eu  charge,  qui 
dist  tout  hault  adressant  sa  parolle  au  conte  de  Nansso 
et  au  seigneur  Francisque  :  c  Messeigneurs,  ne  vous 
attendez  pas,  tant  que  vive  monseigneur  de  Bayart, 
d'entrer  dedans  Maizières  ;  je  le  congnois,  et  plusieurs 
fois  m'a  mené  à  la  guerre ,  mais  il  est  d'une  condition 
que,  s'il  avoit  les  plus  couars  gens  du  monde  en  sa 
compaignie,  il  les  fait  hardis.  Et  sachez  que  tous  ceulx 
qui  sont  avecques  luy  mourront  à  la  berche,  et  luy  le 
premier,  devant  que  nous  mections  le  pied  dedans  la 
ville  ;  et  quant  à  moy  je  vouldrois  qu'il  y  eust  deux 
mille  hommes  de  guerre  davantage  et  sa  personne  n'y 
feust  point.  >  Le  conte  de  Nansso  respondit  :  c  Gap- 
pitaine  Grant-Jehan ,  le  seigneur  de  Bayart  n'est  de 
fer  ny  d'acier  nem  plus  que  ung  autre  ;  s'il  est  gentil 
compaignon,  qu'il  le  monstre,  car  devant  qu'il  soit 
quatre  jours,  je  luy  feray  tant  donner  de  coups  de 
canon  qu'il  ne  sçaura  de  quel  costé  se  tourner.  — 
Or,  on  verra  que  ce  sera,  dist  le  cappitaine  Grant- 
Jehan,  mais  vous  ne  l'aurez  pas  ainsi  que  vous  en- 
tendez. >  Ces  parolles  cessèrent  et  ordonnèrent  le 
conte  de  Nansso  et  seigneur  Francisque  leurs  bateries 
chascun  en  son  endroit  et  de  faire  tous  les  effors 
qu'on  pourroit  pour  prendre  la  ville  ;  ce  qui  fut  fait, 
et  en  moins  de  quatre  jours ,  il  fut  tiré  plus  de  cinq 
mille  coups  d'artillerie  ^  ;  ceulx  de  la  ville  respondoient 

i.  Les  péripéties  du  siège  de  Mézières  sont  décrites  dans 
Du  Bellay  (Mémoires^  1.  I),  8.  Champier  (f.  l),  Aymar  du  Rivail 
(p.  567).' 

Ce  fut  surtout  dans  les  derniers  jours  de  l'investissement  que 
les  ennemis  firent  contre  la  ville  un  feu  terrible.  Voir  à  Tappen- 
dice  la  lettre  que  Robert  de  la  Marck  écrit  à  ce  sujet. 

Dans  le  cours  même  du  siège,  le  roi  de  France  témoigna  son 


308  mSTOIRE  DE  BAYiOlT 

fort  bien  selon  rartillerie  quMlz  avoient,  mais  du 
camp  de  Francisque  se  faisoit  grant  dommage  en  b 
ville  parce  qu'il  estoit  logé  sur  ung  hault  et  batoît 
beaucoup  plus  à  son  ayse  que  ne  faisoit  le  conte  de 
Nansso. 

Le  bon  chevalier,  combien  qu'il  feust  tenu  ung 
des  plus  hardis  honmies  du  monde,  avoit  bien  une 
autre  chose  en  luy  autant  à  louer,  car  c'estoit  ung 
des  vigillans  et  subtilz  guerroyeurs  qu'on  sceu 
trouver.  Si  advisa  en  soy-mesmes  conune  il  pourroit 
trouver  moyen  de  faire  repasser  l'eaue  au  seigneur 
Francisque,  car  de  son  camp  estoit-il  fort  dommage. 
Si  fist  escripre  unes  lettres  à  messire  Robert  de  la 
Marche,  qui  estoit  à  Sedan,  lesquelles  estoient  en 
ceste  substance'  :  c  Monseigneur  mon  cappitaine,  je 
croy  qu'estes  assez  adverty  comme  je  suis  assiégé  en 
ceste  ville  par  deux  endrois,  car  d'ungcosté  est  le  conte 
de  Nansso,  et  deçà  la  rivière  le  seigneur  Francisque. 
Il  me  semble  que  puis  demy  an  m'avez  dit  que  voulez 
trouver  moyen  de  le  faire  venir  au  service  du  roy 

contentement  aux  défenseurs  de  Mézières  par  une  lettre  que  Ton 
trouvera  également  à  l'appendice. 

1 .  Nous  ferons  remarquer  que  le  Loyal  serviteur  est  le  seul  des 
auteurs  contemporains  qui  ait  parlé  de  cette  ruse  de  guerre  em- 
ployée par  Bayart.  Champier  lui-même,  panégyriste  souvent  exa- 
géré de  son  héros  et  généralement  bien  informé,  n'en  dit  pas  un 
mot.  La  levée  du  siège  de  Mézières  doit  être  attribuée  non  pas 
seulement  à  cette  lettre  de  Bayart,  mais  à  la  défense  acharnée 
des  assiégés,  aux  préparatifs  considérables  du  roi  de  France  pour 
les  secourir,  à  la  saison  froide  qui  s'approchait  et  à  la  jalousie 
qui  n'avait  pas  tardé  à  éclater  entre  les  deux  chefs  de  Tannée 
impériale.  Le  siège  fut  levé  le  27  septembre;  depuis  quelques 
jours  déjà  on  prévoyait  ce  résultat.  Voir  à  l'appendice  une  lettre 
du  bâtard  de  Savoie  sur  ce  sujet. 


PAR  LE  LOYAL  SIRVITEUR.  399 

nostre  maistre,  et  qu'il  estoit  votre  al  jé.  Pource  qu'il  a 
bfuyt  d'estre  très  gentil  galant,  je  le  désirerois  à 
merveilles  ;  mais  si  vous  oognoissez  que  cela  se  puisse 
conduyre,  vous  ferez  bien  de  le  sçavoîr  de  luy,  mais 
plustost  aujourd'huy  que  demain.  S'il  en  a  le  vouloir, 
j'en  seray  très  ayse ,  et  s'il  l'a  autre,  je  vous  advertiz 
que,  devant  qu'il  soit  vingt  et  quatre  heures,  luy  et  tout 
ce  qui  est  en  son  camp  sera  mis  en  pièces  ;  car  à 
trois  petites  lieues  d'icy  viennent  coucher  douze  mille 
Suysses  et  huyt  cens  honunes  d'armes,  et  demain  à  la 
pointe  du  jour  doivent  donner  sur  son  camp,  et  je 
feray  une  saillye  de  ceste  ville  par  ung  des  costez,  de 
façon  qu'il  sera  bien  habille  homme  s'il  se  sauve.  Je 
vous  en  ay  bien  voulu  advertir,  mais  je  vous  prie  que 
la  chose  soit  tenue  secrète.  »  Quant  la  lectre  fut 
escripte,  prist  ung  paysant  auquel  il  donna  ung  escu, 
et  luy  dist  :  t  Va-t'en  à  Sedan,  il  n'y  a  que  trois 
lieues  d'icy,  porter  ceste  lectre  à  messire  Robert,  et 
luy  dis  que  c'est  le  cappitaine  Bayart  qui  luy  envoyé.  > 
Le  bon  honune  s'en  va  iwontinent.  Or  sçavoit  bien 
le  bon  chevalier  que  impossible  seroit  qu'il  passast 
sans  estre  pris  des  gens  du  seigneur  Francisque, 
comme  il  fut,  avant  qu'il  feust  à  deux  gectz  d'are  de 
la  ville.  Incontinent  fut  amené  devant  ledit  seigneur 
Francisque,  qui  luy  demanda  où  il  alloit.  Le  povre 
honmie  eut  belle  paour  de  mourir,  aussi  estoit-il  en 
grant  dangier,  si  dist  :  c  Monseigneur,  le  grant  cap^ 
pitaine  qui  est  dedans  nostre  ville  m' envoyé  à  Sedan 
porter  unes  lettres  à  messire  Robert,  >  que  le  bon 
homme  tira  d'une  boursette  où  il  l'avoit  mise.  Quant 
le  seigneur  Francisque  tint  ceste  lettre^  l'ouvrit  et 
commença  à  lire  ;  et  (ut  bien  esbahy  quant  *il  eut  veu 


400  HISTOIRE  DE  BAYÀRT 

le  contenu.  Si  se  commença  à  doubler  que  par  envye 
le  conte  de  Nansso  luy  avoit  fait  passer  Teaue  affin 
qu'il  feust  deffaict,  car  auparavant  y  avoit  eu  quelque 
peu  de  picque  entre  eulx,  parce  que  icelluy  seigneur 
Francisque  ne  vouloit  pas  bien  obéyr  au  conte.  A 
grant  peine  eut-il  achevé  de  lyre  la  lectre  qu*il  com- 
mença à  dire  tout  hault  :  c  Je  congnois  bien  à  ceste 
heure  que  monseigneur  de  Nansso  ne  tasche  que  à 
me  perdre,  mais,  par  le  sang  Dieu  !  il  n'en  sera  pas 
ainsi.  >  Si  appella  cinq  ou  six  de  ses  plus  privez  et  leur 
déclaira  le  contenu  en  la  lectre,  qui  furent  aussi 
estonnez  que  luy.  II  ne  demanda  point  de  conseil 
mais  fait  sonner  le  tabourin  et  à  l'estandart,  charger 
tout  le  bagaige  et  se  mist  au  passage  de  Teaue.  Quant 
le  conte  de  Nansso  ouyt  le  bruit,  fut  bien  estonné, 
et  envoya  sçavoir  que  c'estoit  par  ung  gentilhomme, 
lequel,  quant  il  arriva,  trouva  le  camp  du  seigneur 
Francisque  en  armes.  Il  s'enquist  que  c'estoit.  On  luy 
dist  qu'il  vouloit  passer  du  costé  du  conte  de  Nansso. 
Le  gentilhonune  le  luy  alla  dire;  dont  il  fut  bien 
esbahy,  car  en  ceste  sorte  se  levoit  le  siège  de  devant 
la  ville.  Si  envoya  ung  de  ses  plus  privez  dire  au  sei- 
gneur Francisque  qu'il  ne  remuast  point  son  camp  que 
premier  n'eussent  parlé  ensemble,  et  que  s'il  le  faisoit 
autrement,  ne  feroit  pas  bien  le  service  de  son 
maistre.  Le  messagier  luy  alla  dire  sa  charge,  mais 
Francisque,  tout  esmeu  et  courroucé,  luy  respondit  : 
c  Retournez  dire  au  conte  de  Nansso,  que  je  n'en 
feray  riens,  et  que  à  son  appétit  je  ne  demoureray 
pas  à  la  boucherie.  Et  s'il  me  veult  garder  de  loger 
auprès  de  luy,  nous  verrons  par  le  combat  à  quy 
demourera  le  camp,  à  luy  ou  à  moy.  >  Le  gentil- 


VAK  LE  LOYAL  SERVITEUR.  401 

homme  du  conte  de  Nansso  s'en  retourna,  et  luy  dist 
ce  qu'il  avoit  ouy  de  la  bouche  du  seigneur  Francisque. 
Jamais  homme  ne  fut  si  esbahy  qu'il  fut  ;  toutesfois 
pour  n'estre  point  surpris,  fîst  mettre  tous  ses  gens  en 
bataille.  Cependant  passèrent  les  gens  du  seigneur 
Francisque,  et  eulx  passez,  se  misrent  pareillement  en 
bataille  ;  et  à  les  veoir  sembloit  qu'ilz  voulsissent  com- 
batre  les  ungs  les  autres,  et  sonnoient  tabourins  impé- 
tueusement. Le  povre  honmie  qui  avoit  porté  la  lectre 
à  l'occasion  de  laquelle  c'estoit  élevé  ce  bruit,  ne  sçay 
conmie  Dieu  le  voulut,  eschappa,  eî  s'en  retourna 
bien  esbahy,  comme  ung  honmfie  qui  pensoit  estre 
eschappé  de  mort,  dedans  Maizières  devers  le  bon 
chevalier,  auquel  il  alla  faire  ses  excuses,  disant  qu'il 
n'avoit  peu  aller  à  Sedan,  qu'on  l'avoit  pris  en  che- 
min, et  mené  devant  le  seigneur  Francisque  qui  avoit 
veu  ses  lectres,  et  que  incontinent  s'estoit  deslogé. 
Le  bon  chevalier  se  prist  à  rire  à  plaine  gorge ,  et 
congneut  bien  que  sa  lectre  l'avoit  mis  en  pensement. 
Il  s'en  alla  sur  le  rampart  avecques  quelque  gentilz- 
honmies,  et  veit  ses  deux  camps  en  bataiUe  l'ung 
devant  l'autre,  c  Par  ma  foy,  dist-il,  puisqu'ilz  ne 
veullent  conmiencer  à  combatre,  je  vois*  moy-mesmes 
commencer.  >  Si  fist  tirer  cinq  ou  six  coups  de  canon 
au  travers  des  ennemys,  qui,  par  gens  lesquelz 
allèrent  d'ung  costé,  puis  d'autre,  se  rapaisèrent  et 
se  logèrent.  Le  lendemain  troussèrent  leurs  quilles, 
et  levèrent  le  siège  sans  jamais  y  oser  donner  assault, 
et  tout  pour  la  crainte  du  bon  chevalier.  Si  tost  ne 


i.  Vois,  vais. 

26 


402  HISTOIRE  DR  BAYART 

se  fist  pas  la  paix  du  costé  du  coiite  de  Nansso  et  du 
seigneur  Francisque,  car  plus  de  huyt  jours  furent 
sans  loger  ensemble  ;  et  s'en  alla  Francisque  vers  la 
Picardie,  du  costé  de  Guyse,  mettant  le  feu  partout, 
et  plus  hault  marchoit  le  conte  de  Nansso  ;  mais  peu 
après  se  rapaisèrent  et  furent  amys. 

Ainsi,  par  la  manière  que  dessus  avez  ouy,  fut  levé  le 
siège  de  devant  Maizières,  où  le  bon  chevalier  sans  paour 
et  sans  reprouche  acquist  couronne  de  laurier  ^  ;  car  bien 
qu'on  ne  livrast  nul  assault,  il  tint  les  ennemys  trois 
sepmaines  durant  en  aboy^.  Pendant  lequel  tems,  le 
roy  de  France  leva  grosse  armée,  et  assez  puissante 
pour  combatre  ses  ennemys,  et  vint  luy-mesmes  en 
personne  dedans  son  camp,  où  le  bon  chevalier  luy 
alla  faire  la  révérence,  et  en  passant  reprist  la  ville 
de  Mozon.  Le  roy  son  maistre  luy  fist  recueil  mer- 
veilleux, et  ne  se  povoit  saouUer  de  le  louer  devant 
tout  le  monde.  Il  le  voulut  honnestement  récom- 
pencer  du  grant  et  recommandable  service  qu'il  luy 
venoit  fipeschement  de  faire.  Il  le  fist  chevalier  de  soo 
ordre,  et  luy  donna  cent  hommes  d'armes  en  chef; 
puis  marcha  après  ses  ennemys,  qu*il  expulsa  hors  de 
ses  pays,  et  les  chassa  jusques  dedans  Yalencieimes, 

i .  On  trouvera  à  l'appendice  la  lettre  circulaire  adressée  par  le 
roi  aux  parlements  à  l'occasion  du  siège  de  Mézières  et  une  autre 
lettre  de  la  reine  Louise  de  Savoie  où  elle  parle  avec  les  plus 
grands  éloges  de  Bayart  et  de  Montmorency  et  des  récompenses  qui 
leur  sont  destinées.  En  ce  qui  concerne  Bayart,  ces  promesses  ne 
reçurent  pas  d'exécution  et  il  ne  retira  de  son  fait  d'armes  que 
Fordre  de  Saint-Michel,  beaucoup  d'honneur  et  la  jalousie  des 
courtisans. 

2.  Tenir  en  aboy,  tenir  en  suspens. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  403 

OÙ  le  bon  chevalier  se  porta,  ootnme  il  avoit  tousjours 
de  ooustume  ^  •  Lob  Almans  firent  en  Picardie  beaucoup 
de  mal  |Ér  le  feu,  maiâ  les  François  ne  furerit  point 
ingratz,  et  le  leur  rendirent  au  double  en  Hainault^. 

1.  «  Après  4^6  les  AUemans  eurent  levé  le  siège  de  devant 
Mézières,  le  noble  Bayard  bouta  garnison  pour  garder  la  ville,  et 
veint  devant  Mouzon  qui  incontinent  se  rendit  au  roy  sans  aucune 
résistance.  Après  preint  son  chemin  Bayard  devers  le  roy  et  feut 
moult  bien  receu  de  luy  et  de  toute  la  court,  et  luy  donna  à  celle 
heure  le  roy  cent  hommes  d'armes  en  chef,  car  par  avant  estoit 
lieutenant  de  la  compagnie  de  monseigneur  de  Lorraine,  et  outre 
plus  luy  diinna  en  signe  de  mémoire  des  nobles  gestes  qu'il  avoit 
faicts  l'ordre  de  chevalerie  de  Sainct-Michel...  Le  roy  avec  toute 
sa  gendarmerie  passa  une  rivière  fort  estroicte  mais  moult  pro- 
fonde et  fist  faire  ung  petit  pont  de  bateaulx  là  où  passarent  tous 
en  armes  et  allèrent  bien  deulx  lieulx  oultre  la  rivière,  et  estoit 
Bayard  tousjours  des  premiers,  lequel  courut  jusques  à  Valen- 
cienne,  et  s'il  eust  esté  suyvy,  le  roy,  comme  Ton  disoit,  eust 
prins  Valencienne,  mais  à  l'apétit  d'aucuns  print  un  autre  che- 
min... Aucuns  cappitaines  estoient  desplaisans  de  ce  que  Bayard 
estoit  aymé  et  loué  d'ung  chascun  et  que  Ton  disoit  plus  de  bien 
de  Bayard  que  des  aultres,  et  aulcuns  dès  lors  conceurent  contre 
Bayard  grosse  rencune.  Et  depuis  eust  les  longs  voyages,  nonolM- 
tant  ce  que  le  roy  l'aymoit  moult  fort  sur  tous  aultres,  comme 
bien  il  méritoit...  Depuis  la  chasse  des  Ennuyers  et  Brabançons, 
le  noble  Bayard  n'eust  grant  charge  ny  crédit  et  despuis  ne  fast 
chief  en  aulcun  lieu  de  guerre  >»  (Ghampier,  fol.  lu).  Il  faut  attri- 
buer la  disgrâce  de  Bayart  dans  les  dernières  années  de  sa  vie 
non  seulement  à  son  succès  à  Mézières  et  dans  la  Flandre,  comme 
le  prétend  Ghampier,  mais  à  sa  liaison  avec  le  coimqfable  de 
Bourbon,  dont  tous  les  amis,  même  les  plUjS  fidèles  au  roi,  étaient 
alors  devenus  suspects.  Bayart  était  très-lié  avec  le  connétable 
et  avait  même  armé  chevalier  son  fils  aine  :  f  Sedatis  in  Italia 
rébus,  écrit  Aymar  du  Rivail,  Bayardus  ad  regem  profectus 
est  et  Molini  ducis  Borbonii  primogenitum  in  cunabulis,  mili- 
tem,  iter  transeuntem,  creavit.  Magni  enim  dux  Borbonius 
ipsum  Bayardum  faciebat,  et  bonum  omen  esse  credebat  si  ab 
ipso  Bayardo  filius  miles  fieret  »  (A.  du  Rivail,  p.  564). 
2.  Voir  dans  l'appendice  une  lettre  de  Bayart  à  ce  sujet. 


404  HISTOIRE  DE  BAYART 

Au  retour  que  le  roy  fist  en  la  ville  de  Gom- 
piègne,  eut  quelques  nouvelles  de  Gennes,  et  qu'il 
estoit  besoing  y  envoyer  quelque  sage,  hardy  et 
advisé  chevalier;  parquoy  ledit  seigneur  sachant  la 
bonne  nature  du  bon  chevalier  sans  paour  et  sans 
reprouche,  et  que  jamais  ne  se  lassoit  de  faire  ser- 
vice, luy  en  bailla  la  commission,  le  priant  très  fort 
que,  pour  Tamour  de  luy,  voulsist  faire  ce  voyage, 
car  il  avoit  grant  espoir  en  sa  personne.  Il  l'accepta 
d'aussi  bon  cueur  qu'on  le  luy  bailla ,  puis  passa  les 
montz,  et  fut  à  Gennes  très  bien  receu,  tant  du  gou- 
verneur, des  gentilzhommes,  que  de  tous  les  habitans; 
et  tant  qu'il  y  demoura,  fut  honnoré  et  prisé  d'ung 
chascun  ^ . 

Il  y  eut  plusieurs  affaires  en  Ytalie,  dont  ne  vous 
feray  aucune  mention  pour  beaucoup  de  raisons; 
mais  vous  viendray  à  déclairer  le  trespas  du  bon  che- 
valier sans  paour  et  sans  reprouche,  qui  fut  ung  grief 
irréparable.  Dolente  et  malheureuse  la  journée  pour 
toute  la  noblesse  de  France^  ! 


1.  On  trouvera  à  l'appendice  plusieurs  lettres  de  Bayart  datées 
de  Gênes  et  écrites  au  roi.  Hieronimo  Adomo,  banni  de  Gènes, 
avait  tenté  avec  quelques-uns  de  ses  amis  et  trois  mille  Espa- 
gnols d'y  faire  éclater  une  sédition  contre  les  Français,  telle  fut  la 
cause  de  l'envoi  de  Bayart  dans  cette  ville.  Parti  de  Grenoble  le 
i7  janvier,  il  arriva  à  Gènes  le  21  du  même  mois,  accompagné  de 
Charles  Alleman,  Gumin  de  Romanche,  Balthazard  de  Beau- 
mont,  etc.  (A.  du  Rivail.) 

2.  Le  Loyal  serviteur,  peut-être  parce  qu*il  avait  quitté  à  cette 
époque  le  service  de  Bayart,  passe  ici  sous  silence  les  actions 
de  son  héros  pendant  près  de  deux  ans.  Il  nous  suf&ra  de  dire 
qu'après  son  voyage  à  Grènes  Bayart  alla  dans  le  Milanais, 
assista  au  combat  de  la  Bicoque  (29  avril  1522)  et  revint  en 
Dauphiné   avec   les    débris    des   troupes    françaisee.    Vers   le 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  405 


CHAPITRE  LXIV. 

Comment  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouchey 
en  une  retraicte  qu'il  fist  en  Ytalie^  fut  tué  d'ung 
coup  d'artillerie. 

Au  commencement  de  l'an  mil  cinq  cens  xxmi,  le 
roy  de  France  avoit  une  grosse  armée  en  Ytalie,  soubz 
la  charge  de  son  admirai,  le  seigneur  de  Bonnyvet^  à 
qui  il  en  avoit  donné  la  charge,  car  il  luy  vouloit 
beaucoup  de  bien.  Il  avoit  en  sa  compaignie  force 
bons  cappitaines  ;  mesmement  y  estoit  nouvellement 
arrivé  ung  jeune  prince  de  la  maison  de  Lorraine, 
nonuné  le  conte  de  Yaudemont^,  lequel  désiroit  à 
merveilles  sçavoir  les  armes,  et  suyvre  par  œuvres 
vertueuses  ses  ancestres.  Or  le  camp  du  roy  de  France 
se  tenoit  pour  lors  en  une  petite  ville  nommée  Biagras^, 

.mois  do  septembre  1523  il  écrivit  au  roi  pour  lui  demander 
de  faire  partie  de  la  nouvelle  expédition  qui  se  préparait  pour 
reconquérir  le  Milanais.  François  I*  lui  répondit  par  une  lettre 
dont  la  traduction  latine  nous  a  été  conservée  par  Aymar  du 
Rivail  et  qu'on  pourra  lire  à  l'appendice.  Sous  les  ordres  de 
Bonnivet,  au  commencement  de  l'année  1524,  Bayart  s'empara 
de  Lodi,  de  Trevi,  assiégea  inutilement  Crémone,  prit  une  part 
aètive  à  tous  les  combats  de  cette  désastreuse  campagne  et  fut 
blessé  devant  Milan. 

1.  Guillaume  GoufQer,  seigneur  de  Bonnivet,  grand  amiral  de 
France,  tué  à  Pavie  (1524),  fils  de  Guillaume  Gouffier  et  de  Phi- 
lippe de  Montmorency. 

2.  Louis  de  Lorraine,  comte  de  Yaudemont,  fils  de  René,  duc 
de  Lorraine;  il  mourut  en  1528. 

3.  Biagrasso,  hameau  de  la  commune  de  Groppo,  province 
d'Alexandrie. 


406  mSTOIRE  DE  BAYART 

OÙ  eulx  estans  là,  le  chef  de  l'année  qui  estoit  Tad- 
miral,  appella  ung  jour  le  bon  chevalier  et  luydist: 
c  Monseigntur  de  Bayart,  il  fetult  que  vous  allez  loger 
à  RebecS  avec  deux  cens  hommes  d'armes  et  les 
gens  de  pied  de  Lorges^,  car  par  ce  moyen,  travaille- 
rons merveilleiisement  Cfeulx  de  Milan,  tant  pour  les 
vivres,  que  pour  mieulx  entendre  de  Xetfs  affîiires.  > 
Il  fault  sçavûir  que,  combien  que  le  bon  chevalier  ne 
murmurast  jamais  de  commission  qu'on  luy  baillast, 
ne  se  povoit  bbnnement  contenter  de  ceste  là  pour  la 
congnoistre  dangereuse  et  doubteuse,  et  respondit 
comme  ^  à  son  lieutenant  de  roy  :  t  Monseigneur,  je 
ne  sçay  comment  vous  l'entendez,  car  pour  garder 
Rebec,  au  lieu  ou  il  est  assis,  la  moytié  des  gens  qui 
sont  en  nostre  camp  y  feroient  bien  besoing.  Je  con- 
gnois  noz  ennemys;  ilz  s<Mit  vigilans,  et  suis  bien 
asseuré  qu'il  est  quasi  difficile  que  je  n'y  reçoive  de 
la  honte.  Car  il  m'est  bien  ad  vis  que,  sî  quelque 
nombre  de  noz  ennemys  y  estoient,  par  une  nuyt  les 
yrois  resveiller  à  leur  désavantage.  Et  pour  ce,  Mon- 
seigneur, je  vous  supplie  que  vous  advisez  bien  où 
vous  me  voulez  envoyer.  >  L'admirai  luy  tint  plu- 
sieurs propos  qu'il  ne  se  souciast  point,  car  il  ne  sor- 
tiroit  pas  une  soris  de  Milan  qu'il  n'en  feust  adverty, 
et  tant  luy  en  dist  d'unes  et  d'autres,  que  le  bon 
chevalier,  avecques  grosse  fascherie,  s'en  alla  avecques 
les  gens  qu'on  luy  avoit  baillez,  dedans  Rebec  ;  mais 
il  n'y  mena  que  deux  grans  chevaulx,  car  ses  muletz 

i .  Robecco  sul  Naviglio,  province  de  Milan. 

2.  Jacques  de  Montgommery,  seigneur  de  Lorges,  colonel  de 
rinfanterie  française,  capitaine  des  gardes  du  roi. 

3.  Comme,  voici  comment. 


PAR  MTliOYAL  SERVTTBUR.  407 

et  tout  le  reste  de  son  train  envoya  dedans  Novare, 
quasi  prévoyant  perdu  ce  qu'il  détenoit  avec  luy. 
Yenuz  cpi'ilz  feussent  en  ce  village  de  Rebec,  advi- 
sèrent  comment  ilz  le  fortiffieroient,  mais  nul  gaoyen 
n'y  trouvèrent,  sinon  faire  barrières  aux  venues; 
mais  par  tous  les  costez  on  y  povoit  entrer.  Le  bon 
chevalier  escripvit  plusieurs  fois  à  Tadmiral  qu'il 
estoit  en  lieu  très  dangereux,  et  cpie  s'il  vouimt  qu'il 
s'i  tiensist  longuement,  luy  envoyast  du  secours; 
mais  il  n'en  eut  point  de  response.  Les  ennemys  qui 
estoient4ledans  Milan,  en  nombre  de  quatorze  ou  quinze 
mille  honunes,  furent  advertiz  par  leurs  espies  que  le 
bon  chevalier  estoit  dedans  Rebec,  à  petite  compai- 
gnie,  dont  ilz  furent  très  joyeulx.  Si  délibérèrent  par 
qoe  nuyt  l'aller  surprendre  et  defiBaiire.  Et  suyvant  ce 
vouloir  se  misrent  aux  champs  environ  mynuyt,  en 
nombre  de  six  à  sept  mille  hommes  de  pied,  et  quatre 
à  cinq  cens  hommes  d'armes.  Hz  estoient  guyde^  par 
des  gens  qui  sçavoient  le  village  et  les  logis  des  plus 
apparans.  Le  bon  chevalier,  qui  tousjours  se  doub- 
toit,  mettoit  quasi  toutes  les  nuyctz  la  moytié  de  ses 
gens  au  guet  et  aux  escoutes,  et  luy-mesmes  y  passa 
deux  ou  trois  nuytz,  teUement  qu'il  tumba  malade  tant 
de  mélencolie  que  de  froidure,  beaucoup  plus  fort 
qu'il  n'en  faisoit  le  semblant  ;  toutesf ois  contrainct  fut 
de  garder  la  chambre  ce  jour.  Quant  se  vint  sur  le 
soir,  il  ordonna  à  quelques  cappitaines  qui  estoient 
avecques  luy  aller  au  guet,  et  adviser  bien  de  tous 
cosf^z  à  ce  qu'ilz  ne  feussent  surpris.  Ilz  y  allèrent  ou 
firent  semblant  d'y  aller  ;  mais  par  ce  cpi'il  plouvinoit 
ung  peu,  se  retirèrent  tous  ceulx  qui  estoient  au 
guet,  réservé  trois  ou  quatre  povres  archiers.  Les 


408  HISTOIRE  DE  BAYAAT 

Espaignolz  marchoient  tousjours,  et  avoient,  pour 
mieulx  se  oongnoistre  la  nuyt,  chascun  une  chemise 
vestue  par  dessus  leur  harnois.  Quant  ilz  appro- 
chèrent d'ung  gect  d'arc  du  village,  furent  bien 
esbahis  qu'ilz  ne  trouvèrent  personne,  et  eurent  pen- 
sement  que  le  bon  chevalier  avoit  esté  adverty  de 
leur  entreprinse,  et  qu'il  s'estoit  retiré  à  Byagras. 
Toutesfois  ilz  marchoient  tousjours,  et  ne  furent  pas 
cent  pas  loing,  qu'ilz  ne  trouvassent  ce  peu  d'archiers 
qui  estoient  demeurez  au  guet,  lesquelz  sans  escrier 
commencèrent  à  charger.  Les  povres  gens  ne  firent 
point  de  résistence,  ains  se  misrent  à  la  ftiyte,  en 
criant  :  c  Alarme  !  alarme  !  »  Mais  ilz  iîirent  si 
vivement  suyviz,  que  lesditz  ennemys  furent  aux  bar- 
rières aussi  tost  que  eulx.  Le  bon  chevalier,  qui  en 
tel  dangier  ne  dormoit  jamais  que  vestu,  gamy  de 
ses  avanbraz  et  cuyssolz,  et  sa  cuyrasse  auprès  de 
luy,  se  leva  soubdainement  et  fist  brider  ung  coursier 
qui  jà  estoit  sellé,  sur  lequel  il  monta,  et  s*en  vint 
avecques  cinq  ou  six  honmies  d'armes  des  siens,  droit 
à  la  barrière,  où  incontinent  survint  le  cappitaine 
Lorges  et  quelque  nombre  de  ses  gens  de  pied  qui  se 
portèrent^  très  bien.  Les  ennemys  estoient  à  Tentour 
du  village,  cherchant  le  logis  du  bon  chevalier,  car 
a*ilz  l'eussent  prins,  peu  leur  estoit  le  demeurant; 
mais  encores  ne  le  tenoient-ilz  pas.  La  huée  fut  grosse 
et  l'alarme  chault.  Durant  ce  combat,  à  la  barrière,  le 
bon  chevalier  va  ouyr  les  tabourins  des  gens  de  pied 
aux  ennemys,  qui  sonnoient  l'alarme  tant  dru  que 
merveilles.    Alors    il    dist    au    cappitaine   Lorges  : 

i.  Portèrent,  comportèrent. 


PAR  LE  LOYAL   SERVITEUR.  409 

c  Lorges,  mon  amy,  vecy  jeu  mal  party.  S'ilz  pas- 
sent ceste  barrière  nous  sonmies  fricassez;  je  vous 
prie,  retirez  voz  gens ,  et  serrez  le  mieulx  que  pour- 
rez, marchez  droit  à  Byagras,  car,  avecques  les  gens 
de  cheval  que  j'ay,  demoureray  sur  le  derrière;  il 
fault  laisser  nostre  bagage  aux  ennemys,  il  n'y  a 
remède,  saulvons  les  personnes  s'il  est  possible.  » 
Incontinent  que  le  bon  chevalier  eut  parlé,  le  cappi- 
taine  Lorges  fist  son  conmiandement  et  se  retira 
cependant  qu'ilz  faisoient  ceste  résistance  à  la  barrière. 
La  pluspart  de  tous  les  François  montèrent  à  cheval 
et  se  retirèrent  selon  la  fortune  très-gaillardement,  et 
ne  perdirent  point  dix  honmies.  Les  ennemys  est  oient 
descenduz  la  pluspart  et  par  les  maisons,  et  de  tous 
costez  cherchoient  le  bon  chevalier,  mais  il  estoit 
desjà  à  Byagras,  où  luy  arrivé,  eut  quelques  parolles 
fascheuses  à  l'admirai.  Toutesfois  je  n'en  feray  aucune 
mention  ;  mais  si  tous  deux  eussent  vescu  plus  longue- 
ment qu'ilz  ne  firent,  feussent  peult-estre  allez  plus 
avant.  Le  bon  chevalier  cuyda  mourir  de  dueil  du 
malheur  qui  luy  estoit  advenu,  mesmement  que  ce 
n'estoit  pas  par  sa  faulte;  mais  en  guerre  y  a  de 
l'heur  et  du  malheur  plus  qu'en  toutes  autres  choses  ^ . 

i.  Erat  in  Rabecca  vico  juxta  emissarium  ex  Ticino  amne 
Baiardus,  inter  Gallos  duces  pugnacissimus,  cum  equitibus  utrius- 
qae  armaturœ  circiter  mille  et  tribus  peditum  vexillis,  quatuor 

fere  miliarum  intervallo  a  majoribus  disjunctus  castris Qua 

fretus  propinquitate  castrorum  Baiardus,  per  se  vir  impiger  et 
elatus,  valido  que  innixus  praesidio,  ut  plerunque  strenuis  accidit, 
negligentius  excubebat.  Hune  cum  opprimere  statuisset  [Pesca- 
rius]  tria  milia  Hispanorum  délecta  Mediolano  de  prima  vigilia 
educit  ;  iis  imperat  ut  tunicas  linteas  thoracibus  superinduant  ut 
eo  candore  per  tenebras  ab  hostibus  dinoscantur...  Porro  Garo- 


410  mSTOIRB  DE  BAYAET 

Quelque  peu  de  temps  après  oeste  retraicte  de  Rebec, 
le  seigneur  admirai  congnoissant  son  camp  admoin- 


lum  Lanoium  monet  ut  instnicta  acie  cum  reliquis  copiis  ad 
sextum  usque  lapidem  diluculo  subsequaiur,  ut  si  BoniTettos 
Baiardo  auxilium  ferre  velit,  Hispanis  ad  integram  aciem  detur 
receptus...  Itaque  Piscarius  nÀtu  confecto  itinere  paulo  ante 
lucem  Rabeccam  pervenit,  Joannem  Medicem  cum  equitatu  vias 
egressusque  omnes  ita  obsidere  jubet  ut  silentio  équités  ad  Abia* 
tum  excurrant,  ne  Bonivettus,  si  quid  fortasse  senserit,  ad  feren- 
dam  opem  improvisus  adveniat.  Ipse  ante  alios  scuto  gladioque 
contentus  stationem  adoritur  :  Gralli  semisomnes  arma  capiunt, 
ad  poftam  tuiDsltuarie  munitionis  Egidius  Gortonensis  cum 
vexillo  Gorsorum  impigre  resistit.  Sed  dum  frenantur  equi,  dum 
e  stratis,  tuba  exciti,  sese  équités  ejiciunt  et  in  omnes  vici  partes 
discurrunty  irrumpente  Piscario,  Egidius  interficitur,  cœduntur 
Gorsi,  Galli  inermes  foeda  fuga  undique  dilabentes  capiuntur. 
Baiardus  uti  erat  discinctus,  relictis  signis  militaribus,  evasit; 
reliqui  ferme  omnes  équités  aut  in  vico  capti  sunt,  aut  in  Medices 
turmas,  dum  profugerent,  inciderunt  (Paul  Jove,  Vie  de  Pescttire, 
1.  m,  p.  367). 

Los  Franceses  medio  adormidos  toman  las  nrnuaii  ;  el  capitan 
Egidio  de  Ck)rtono  con  una  vandera  de  Gorços,  animosamente 
resistio  a  la  puerta  con  un  reparo,  pero  en  tanto  que  se  enfre- 
navan  los  caballos  y  la  gente  de  arma  despertada  por  las  trom- 
petas se  levantava  de  las  camas  y  diicurria  por  todas  partes, 
entrando  el  marques  de  Pescara  con  furia,  fue  muerto  el  capitan 
Egidio  y  los  Gorços  rompidos^  y  los  Franceses  ^Marmados 
huyendo  afrentosamente  por  ttHlas  partes  fueron  presos.  El 
capitan  Bayardo  assi  desarmado  como  estava  se  salvô  dexando 
las  vanderas  militares,  y  los  otros  cavalleros  casi  todos  fueron 
prendidos  en  la  ciudad,  o  huyendo  cayeron  en  la  gente  del  capitan 
Juanis  de  Medicis  (HUtoria  del  fortissimo  y  prudenHssimo  capitan 

don  Hernando  de  Avalos^  marques  de  Pescara recopilada  por  el 

maestro  Vallès.  Anvers,  1578,  in-8*,  p.  95). 

Le  village  estoit  plein  des  ennemys;  si  combatirent  bien  deuli 
heures  de  nuyt,  qui  fust  cause  que  plusieurs  Françoys  eurent 
loisir  soy  armer  et  se  saulver.  Quant  les  Espaignols  virent  que  il 
n'estoit  possible  avoir  Bayard,  si  ce  renforcèrent  de  plus  fort  que 
jamais.    Quant  Bayard  veist  que  les  EspaignoU  estoient  tous 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  4H 

drir  de  jour  en  jour,  tant  par  faulte  de  vivres  que  de 
maladie  qui  couroit  parmy  ses  gens,  tint  conseil 
avecques  les  cappitaines,  où  pour  le  mieulx  fut  déli- 
b^,  qu'on  se  retirerait,  et  ordonna  ses  batailles,  où 
en  Tarrière-garde,  comme  tousjours  estoit  sa  cou- 
tume aux  retraictes,  demovra  le  bon  chevalier  ^ .  Les 


après  luy  et  que  il  les  avoit  abusés  affîn  que  les  Françoys  eussent 
loisir  de  eulx  saulver,  si  se  retira  tousjours  sedefféDdantd'eulx... 
si  faisoit  son  cousin  [Gaspard  du  Terrail  de  Bemin]  qui  estoit 
fort  jeune,  puissant  et  hardy,  et  firent  tant  qu*ilz  se  deffirent  de 
leurs  ennemys  (Ghampier,  fol.  lv). 

Il  marchese  de  Pescara...  avendo  notitia  che  nella  terra  di 
Rebecco  allogiavano  con  monsignore  di  Bayardo  trecento  cavalli 
leggieri  e  molti  fanti,  chiamato  in  compagnia  Giovanni  de  Me- 
dici,  flCBSaltatigli  improvisamente,  presa  la  maggior  parte  de  gli 
uomini  e  de  cavalli^  dissipati  e  missi  in  fuga  gli  al  tri,  ritomo 
subito  a  Milano  per  noa  dar  tempo  a  nimici  ch'  erano  in  Bia^ 
grassa  de  segutarlo  (Guichardin,  1.  VI,  p.  458). 

Pauci,  in  quibus  Baiardus  etEgidiusGortonensis,  memores  pris- 
tinse  virtutis  hosti  occurrere,  multos  dejecere  ;  reliqui  fuga  sibi 
consulere.  Ita  factum  ut  multis  cœsis  Robecho  hostes  potirentur. 
Terralius,  qui  se  unum  peti  non  ignorabat,  cum  duodecim  equi« 
tibus,  ferro  via  aperta,  viam  sibi  fecit  et  ad  Gouffierum  pervenit 
(Ferron.,  1.  VH,  p.  140). 

1.  Bonnivet  blessé  abandonna  le  commandement  de  l'armée  en 
retraite  à  Bayart  et  à  Vandenessè  :  |a  Bonivetus,  écrit  Beaucaire, 
ne  in  Borbonii,  homiids  inimicissimi,  manus  incideret  veritus, 
imperio  se  abdicavit  ac  Baiardo  reducendi  exercitus  munus 
delegavit;  quem  Baiardus  militari  libertate  excipiens  :  i  Si  rébus 
integris,  inquit,  munus  hoc  mihi  delegasses  ne  gsllicœ  existima- 
tioni,  exercituique  melius  consulisses;  quantumvis  autem  res  nos- 
trae  afflictœ  sunt,  eam  nihilhominus  quam  debeo  patriae  fortem 
operam  praestabo.  »  Bonivetus  statim  ex  acie  excessit  ac  mox 
lectita  vectus  se  subduxit.  Baiardus  ac  Vendenessius,  Palicii 
frater,  cum  fortissimis  equitum,  postremam  aciem  clauserunt. 
Fcederati,  numéro  aucti,  altéra  impressione  in  nosiros  invaserunt; 
sed  ita  Baiardo  ac  Vendenessio,  Gallis  que  equitibus  repulsi  sunt 
ut  nostris  in  posterum  negotium  iacessere  ausi  non  sunt;  verom 


412  HISTOIRE  DE  BAYART 

Espaignolz  les  suyvirent  de  jour  en  jour,  et  mar- 
choient  en  belle  bataille  après  les  François,  et  souvent 
s'escarmouchoient  ;  mais  quant  venoit  à  charger, 
tousjours  trouvoient  en  barbe  le  bon  chevalier 
avecques  quelque  nombre  de  gens  d'armes,  qui  leur 
monstroit  ung  visage  si  asseuré  qu'il  les  faisoit 
demeurer  tout  coy,  et  menu  et  souvent  les  rembar- 
roit^  dedans  leur  grosse  troppe.  Ilz  géctèrent  aux 
deux  esles  d'ung  grant  chemin,  force  hacquebutiers 
et  hacquebouziers,  qui  portent  pierres  aussi  grosses 
que  une  hacquebute  à  croc,  dont  ilz  tirèrent  plusieurs 
coups,  et  de  l'ung  fut  frappé  le  gentil  seigneur  de 
Yendenesse^,  ttonl  il  mourut  quelque  temps  après,  qui 
fut  ung  gros  dommage  pour  la  France.  Il  estoit  de 
petite  corpulence,  mais  de  haultesse  de  cueur  et  de 
hardiesse  personne  ne  le  passoit.  Ce  jeune  seigneur 


uterquc  in  eo  conflictu  sclopetorum  farcis  impositorum  glandibus 
caesus  est  (Bcaucaire,  Comment.^  p.  542). 

Estonces  el  capitan  Boniveto  porquo  con  el  dololïH'la  hcrida 
yendo  en  una  litera  no  podia  hazer  el  ofQcio  de  capitan,  dio  todo 
el  cargo  y  govierno  al  capitan  Bayardo  y  le  rogô  muy  eucares- 
ciendamente  que,  por  la  honra  de  la  nacion  francesa,  quisiesse 
defender  la  artilleria  y  vanderas  que  estavan  encomandadas  a  su 
fe  y  virtud,  pues  en  todo  el  exercito  no  avia  ninguno  que  fuesse 
meior  que  el  de  manos  ni  en  conseio.  Respondio  el  diziendo  :  c  Bien 
quisiera  oy,  monsegnor  capitan,  que  uvierades  entregado  esse 
cargo  honroso  en  fortuna  mas  favorable  a  nosotros  :  pero  como 
quiera  que  la  ventura  se  tratare  comigo,  yo  alomenos  hare  lo  que 
en  mi  fuere,  denfendiendola  valerosamente  y  entretanto  que  yo 
viviere,  ella  no  vendra  en  manos  del  enemigo.  >  (Vallès,  p.  105). 

Voyez  en  outre  Brantôme,  sur  la  mort  de  Bayart  (Édit.  de  la 
Soc.  de  THist.  de  France,  vol.  II,  p.  382). 

1.  Rembarroit,  rejetait. 

2.  Jean  de  Ghabannes,  seigneur  de  Vandenesse,  capitaine  de 
mille  hommes  de  pied,  frère  du  maréchal  de  la  Palisse. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  413 

de  Yaudemont,  qui  de  nouvel  estoit  au  mestier  des 
armes,  s'i  porta  tant  gaillardement  que  merveille,  et 
fist  tout  plein  de  belles  charges,  tant  qu'il  sembloit 
que  jamais  n'eust  fait  autre  chose.  En  ces  entre- 
faictes,  le  bon  chevalier,  asseuré  comme  s'il  eust 
esté  en  sa  maison,  faisoit  marcher  les  gens  d'armes, 
et  se  retiroit  le  beau  pas,  tousjours  le  visage  droit 
aux  ennemys,  et  l'espée  au  poing,  leur  donnoit  plus 
de  craincte  que  ung  cent  d'autres  ;  mais  comme  Dieu 
le  voulut  permettre,  fut  tiré  ung  coup  de  hacque- 
bouze,  dont  la  pierre  le  vint  frapper  au  travers  des 
rains,  et  luy  rompit  tout  le  gros  os  de  l'eschine. 
Quant  il  sentit  le  coup,  se  print  à  crier  :  c  Jésus!  »  et 
puis  dist  :  c  Hélas  !  mon  Dieu,  je  suis  mort.  »  Si  print 
son  espée  par  la  poignée  et  baisa  la  croisée  en  signe 
de  la  croix,  et  en  disant  tout  hault  :  c  Miserere  meiy 
BeuSy  secundum  inagnam  misericordiam  tuam;  »  et 
devint  incontinent  tout  blesme,  comme  failly  des 
esperitz,  et  cuyda  tumber;  mais  il  eust  encores  le 
cueur  de  prendre  l'arson  de  la  selle,  et  demoura  en 
estant^  jusques  à  ce  que  ung  jeune  gentilhonune,  son 
maistre  d'hosteP,  luy  ayda  à  descendre  et  le  mist 
soubz  ung  arbre.  Ne  demoura  guères  qu'il  ne  feust 
sceu  parmy  les  amys  et  les  ennemys  que  le  cappi- 
taine  Bayart  avoit  esté  tué  d'ung  coup  d'artillerie, 
dont  tous  ceulx  qui  en  eurent  les  nouvelles  furent  à 
merveilles  desplaisans  ^ . 

1.  En  estant,  debout. 

2.  Maître  d'hôtel  ou  prévôt  de  sa  maison;  il  se  nommait 
Jacques  Jofifrey,  était  de  Saint-Chef  en  Viennois  (Aymar  du 
Rivail,  p.  577)  et  avait  remplacé  Ymbert  de  Vaux-Milieu. 

3.  Si  vint  un  coupt  par  le  vouloir  de  Dieu,  frappa  le  noble  Bayard 
par  le  my  du  corps  :  quant  le  noble  chevalier  sentit  qu'il  estoit 


&U  mStOIRË  DE  BAYART 


CHAPITRE  LXV. 

Du  grant  dueil  qui  fut  démené  pour  le  trespas  du  bon 
chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche. 

Quant  les  nouvelles  furent  espandues  parmy  les 
deux  armées,  que  le  bon  chevalier  avoit  esté  tué  ou 

ainsi  blecé,  si  ce  fist  descendre  de  cheval  soubz  ung  arbre,  si 
demanda  ung  prestre  pour  soy  confesser  et  ordonna  son  testament 
estre  faict  ensuyvant  celluy  de  son  père  Aymé  Terrail,  lequel 
avoit  substitué  après  ses  frères  son  cousin  Gaspard  Terrail;  si 
fist  son  éxéquatur  testamentaire  le  seigneur  d'Alègre  qui  estoit 
présent  (Ghampier,  fol.  lvi). 

En  quai  rencuentro  mienta  que  el  capitan  Bayardo  hazia  bolver 
la  cavalleria  para  retirarse  poco  a  poco,  fue  herido  de  un  tiro  de 
arcabuz  en  un  lado,  y  cayo...  Fue  tomado  de  los  cavalleros  vizinos 
para  llevarlo  en  medîo  de  la  balalla  de  la  infanteria,  pero  el  luego 
que  entendio,  rompidas  las  entrafias,  que  estava  cercano  al  fin  de 
su  vida,  les  rogô  que  lo  dexassen  en  aquel  campo  en  donde  avia 
combatido  :  porque,  como  convenia  a  hombre  de  guerra  y  el 
antes  siempre  lo  avia  desseado,  muriesse  armado  (Vallès,  p.  iOS). 

Baiardus  dum  equitum  alas  ad  suos  se  recipiat  volubilis  dr- 
cumagit,  se  sub  latere  dextro  glande  plumbea  ictus  corruit,  ac 
sese  circa  vicinam  quercum  protemens  christum  optimum  maxi- 
mum obtestatus  est  (Ferron.,  1.  VII,  p.  143). 

Le  capitaine  Bayard  et  le  seigneur  de  Vandenesse  estans 
dtmourez  sur  la  queue,  soustindrent  Teffort  de  ceste  charge, 
mais  tous  deux  y  demeurèrent  Le  seigneur  de  Vandenesse  mou- 
rut sur  le  champ  et  le  capitaine  Bayard  fut  blessé  d'une  arque^ 
bouzade  au  travers  du  corps,  lequel,  persuadé  de  ses  gens  de  se 
retirer,  ne  le  voulut  consentir,  disant  n'avoir  jamais  tourné  le 
derrière  à  Tennemy.  Et  après  les  avoir  repoulsés  se  feit  descendre 
par  ung  sien  maistre  d'hostel,  lequel  jamais  ne  Tabandonna,  et  se 
feit  coucher  au  pied  d'ung  arbre  le  visaige  devers  Tennemy  (Du 
Bellay,  Uv.  I). 

Ce  fut  à  dix  heures  du  matin  que  Bayart  fut  frappé  du  coup 
mortel  (Aym.  du  Hivail,  ilnd,). 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  i\h 


f 


pCMir  le  moins  Uessé  à  mort,  mesmement  au  camp 
des  Espaignolz,  combien  que  se  feust  i'ung  des 
hommes  du  monde  dont  ilz  eussent  greigneur^ 
craincte,  en  iîirent  tous,  gentilzhonmies  et  souldars, 
desplaisans  merveilleusement  pour  beaucoup  de  rai- 
sons ;  car  cpiant  en  son  vivant  faisoit  courses  et  il  en 
prenoft  aucuns  prisonniers,  les  traictoit  tant  humaine^ 
ment  cpie  merveilles,  et  de  rançon  tant  doulcement 
que  tout  homme  se  contentoit  de  luy.  Ilz  congnois- 
soient  que  par  sa  mort  noblesse  estoit  grandement 
aflfoiblie  ;  car  sans  blasmer  les  autres,  il  a  esté  parfaict 
chevalier  en  ce  monde.  Faisant  la  guerre  avec  luy, 
s'adressoient  leurs  jeunes  gentilziiommes^.  Et  dist  ung 
de  leurs  principaulx  cappitaines,  qui  le  vint  veo^ 
devant  qu'il  rendist  l'ame,  nonmié  le  marquis  de  Pes- 
care,  une  haulte  parolle  à  ilf  louenge,  qui  fut  telle,  en 
son  langage  :  c  Pleust  à  Dieu,  gentil  seigneur  de  Bayart, 
qu'il  m'eust  cousté  une  quarte  de  mon  sang,  sans 
mort  recevoir,  je  ne  deusse  manger  chair  de  deux 
ans,  et  je  vous  tiensisse  en  santé  mon  prisonnier,  car 
par  le  traictement  que  je  vous  feroye,  auriez  con- 
gnoissance  de  combien  j'ay  estiaié  la  haulte  prouesse 
qui  estoit  en  vous.  Le  premiar  loz  que  vous  don- 
nèrent ceulx  de  ma  nation  quant  ont  dist  :  Mouches 
Grisonnes  et  paticos  Bayardos^y  ne  vous  fut  pas  donné 


1 .  Greigneur,  plus  grande. 

2.  G'est-àF-dire  que  les  jeunes  gentilshommes  ennemis  se  dres- 
saient parfaitement  à  Tart  de  la  guerre  en  combattant  contre 
Bayart. 

3.  Pour  :  t  Muchos  Grisones  e  pootn  Bayardos.  >  U  y  a  beaucoup 
de  grisons,  mais  peu  de  bayards. 


416  HISTOIRE  DE  BAYART 

à  tort  ;  car  depuis  que  j'ay  congnoissance  des  armes, 
n'ay  veu  ne  ouy  parler  de  chevalier  qui  en  toutes 
vertus  vous  ait  approuché.  Et  combien  que  je  deusse 
estre  bien  aise  vous  veoir  ainsi,  estant  asseuré  que 
l'empereur,  mon  maistre,  en  ses  guerres  n'avoit 
point  de  plus  grant  ne  rude  ennemy,  toutesfois,  quant 
je  considère  la  grosse  perte  que  fait  aujourd'huy  toute 
chevalerie,  Dieu  ne  me  soit  jamais  en  ayde  si  je  ne 
vouldroys  avoir  donné  la  moytié  de  mon  vaillant  ^  et 
il  feust  autrement.  Mais  puisque  à  la  mort  n'a  nul 
remède,  je  requiers  cil  qui  tous  nous  a  créez  à  sa 
semblance,  qu'il  vueille  retirer  vostre  ame  auprès 
de  luy.  »  Telz  piteux  et  lachrymables  regretz  faisoit 
le  gentil  marquis  de  Pescare  et  plusieurs  autres  cappi- 
taines  sur  le  corps  du  bon  chevalier  sans  paour  et 
sans  reprouche,  et  croy  qu'il  n'y  en  eut  pas  six  de 
toute  l'armée  des  Espaignolz  qui  ne  le  viensissent 
veoir  Tung  après  l'autre^.  Or,  puisqu'ainsi  est  que  les 
ennemys  si  efforcéement  ploroient  sa  mort,  peult-oo 
assez  considérer  la  grande  desplaisance  qui  en  fut 


1.  Mon  vaillant,  mon  bien. 

2.  Le  Loyal  serviteur  ne  parle  pas  de  la  célèbre  rencontre  de 
Bayfurt  et  du  connétable  de  Bourbon,  c  Le  duc  de  Bourbon,  ■  dit 
Du  Bellay  (liv.  I),  «  lequel  estoit  à  la  poursuite  de  nostre  camp, 
le  vint  trouver  et  dict  audict  Bayard  qu'il  avoit  grant  pitié  de  luy 
le  voyant  en  cest  estât,  pour  avoir  esté  si  vertueux  chevalier.  Le 
capitaine  Bayard  luy  feit  responce  :  c  Monsieur,  il  n'y  a  point  de 
t  pitié  pour  moy;  car  je  meurs  en  homme  de  bien,  mais  j'ay  pitié 
t  de  vous,  de  vous  veoir  servir  contre  vostre  prince  et  vostre  patrie 
a  et  vostre  serment.  »  Et  peu  après  ledict  Bayard  rendit  Tesprit.  i 

Semianimis  adhuc  venienti  Borbonio  ejusque  consolanti  nihil 
aliud  respondit  quam  :  f  Sero  et  ubinam  fides,  hère  ?  >  (Perron., 
LVn,  p.  143). 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  417 

par  tout  le  camp  des  François,  tant  des  cappitaines, 
gens  d'armes  que  gens  de  pied  ;  car  de  chascun  en  sa 
qualité  se  faisoit  aymer  à  merveilles!  Vous  eussiez  dit 
qu'il  n'y  avoit  celluy  qui  n'eust  perdu  son  père  ou  sa 
mère.   Mesmement  les  povres  gentilzhonmies  de  sa 
compaignie  faisoient  dueil  inestimable,   c  Las!  di- 
soient-ilz  parlans  à  la  mort,  desloyalle  furie!  que 
t'avoit  meffaict  «  tant  parfaict  et  vertueux  chevalier? 
tu  ne  t'es  pas  vengée  de  luy  tout  seul  ;  mais  nous  tous 
as  mis  en  douleur,  juscpies  à  ce  que  tu  ayes  fait  ton 
chef-d'œuvre  sur  nous  comme  sur  luy.  Soubz  quel 
pasteur  yrons-nous  plus  aux  champs!  Quelle  guyde 
nous  pourra  désormais  Dieu  donner,  où  nous  feus- 
sions  en  telle  seureté  que  quant  nous  estions  avecques 
luy?  car  il  n'y  avoit  celluy  qui  en  sa  présence  ne  feust 
aussi  asseuré  qu'en  la  plus  forte  place  du  monde.  Où 
trou  verrons- nous  doresnavant  cappitaine  qui  nous 
rachapte  quant  nous  serons  prisonniers,   qui  nous 
remonte  quant  serons  desmontez,  et  qui  nou^  nour- 
risse  comme    il  le  faisoit?    Il    est   impossible.    0 
cruelle  mort  !  c'est  tousjours  ta  façon  que  tant  plus 
est  ung  homme  parfait,  de  tant  plus  prens-tu  tes 
esbas  à  le  destruire  et  le  defifaire.  Mais  si  ne  sçaurois- 
tu  si  bien  jouer  qu'en  despit  de  toy,  combien  que  tu 
luy  ayes  osté  la  vie  en  ce  monde,  que  renonunéé  et 
gloire  ne  luy  demoure  immortelle  tant  qu'il  durera,  car 
sa  vie  a  esté  si  vertueuse  qu'elle  laissera  souvenir  à 
tous  les  preux  et  vertueux  chevaliers  qui  viendront 
après  luy.  »    Tant  piteusement  se.  démenoient  les 
povres  gentilzhorames  que,  si  le  plus  dur  cyeur  du 
monde  eust  esté  en  présence,   l'eussent  contrainct 

27 


418  HISTOIRE  DE  BAYART 

partir  ^  à  leur  dueil .  Ses  povres  serviteurs  domesticques 
estoient  tous  transsiz  ;  entre  lesquelz  estoit  son  povre 
maistre  d'ostel,  qui  ne  Tabandonna  jamais ,  et  se  con- 
fessa le  bon  chevalier  à  luy  par  faulte  de  prestre.  Lie 
povre  gentilhomme  fondoit  en  larmes,  voyant  son  bon 
maistre  si  mortellement  navré  que  nul  remède  en  sa 
vie  n'y  avoit.  Mais  tant  doulcement  le  réconfortoit 
icelluy  bon  chevalier,  en  luy  disant  :  c  Jaques,  mon 
amy,  laisse  ton  dueil;  c'est  le  vouloir  de  Dieu  de 
m'oster  de  ce  monde  ;  je  y  ay,  la  sienne  grâce,  lon- 
guement demeuré,  et  y  ay  receu  des  biens  et  des 
honneurs  plus  que  à  moy  n'appartient  ;  tout  le  regret 
que  j'ay  à  mourir,  c'est  que  je  n'ay  pas  si  bien  feit 
mon  devoir  que  je  devoys,  et  bien  estoit  mon  espé- 
rance, si  plus  longuement  eusse  vescu,  d'amender  les 
faultes  passées.  Mais  puisqu'ainsi  est,  je  supplie  mon 
Créateur  avoir  pitié,  par  son  infinie  miséricorde,  de 
ma  povre  ame ,  et  j'ay  espérance  qu'il  le  fera,  et  que, 
par  sa  grande  et  incompréhensible  bonté  n'usera  point 
envers  moy  de  rigueur  de  justice.  Je  te  prie. 
Jaques  mon  amy,  qu'on  ne  m'enliève  point  de  ce 
lieu  ;  car  quant  je  me  remue,  je  sens  toutes  les  dou- 
leurs que  possible  est  de  sentir,  hors  la  mort,  laquelle 
me  prendra  bientost.  » 

Peu  devant  que  les  Espaignolz  arrivassent  au 
lieu  où  avoit  esté  blessé  le  bon  chevalier,  le  sa- 
gneur  d'Alègre,  prévost  de  Paris,  parla  à  luy,  et 
luy^   déclaira    quelque    chose    de    son    testament. 


i.  Partir  à,  partager. 
2.  Bt  luy,  et  Bayart  lui... 


PAR  LB  LOYAL  SKRVTTBUR.  419 

Aussi  y  vint  ung  cappitaine  des  Suysses,  nommé 
Jehan  DyesbacS  qui  Tavoit  voulu  emporter  sur  des 
picques,  avecques  cinq  ou  six  de  ses  gens,  pour  le 
cuyder  sauver  ;  mais  le  bon  chevalier,  qui  congnois- 
soit  bien  conmient  il  luy  estoit,  le  pria  qu'il  le  laissas! 
pour  ung  peu  penser  à  sa  conscience,  car  de  l'oster 
de  là  ne  seroit  que  abrègement  de  sa  vie.  Si  convint 
aux  deux  gentilzhonmies  en  grans  pleurs  et  gémisse- 
mens,  le  laisser  entre  les  mains  de  leurs  ednemys; 
mais  croyez  que  ce  ne  fut  pas  sans  faire  grans  regretz, 
car  à  toutes  forces  ne  le  vouloient  habandonner  ;  mais 
il  leur  dist  :  c  Messeigneurs,  je  vous  supplie,  allez- 
vous-en  ;  autrement  vous  tumberiez  entre  les  mains 
des  ennemys,  et  cela  ne  me  prouffiteroit  de  riens,  car 
il  est  fait  de  moy.  A  Dieu  vous  command',  mes  bons 
seigneurs  et  amys.  Je  vous  reconmiande  ma  povre 
ame,  vous  suppliant,  au  surplus  (adressant  sa  parolle 
au  seigneur  d'Alègre),  que  me  saluez  le  roy  nostre 
maistre,  et  que  desplaisant  suis  que  plus  longuement 
ne  luy  puis  faire  service,  car  j'en  a  vois  bonne  vou- 
letité  ;  à  messeigneurs  les  princes  de  France,  et  à  tous 
messeigneurs  mes  compaignons,  et  générallement  à 
tous  les  gentilzhommes  du  très  honnorè  royaulme  de 
France,  quant  les  verrez.  »  En  disant  lesquelles  pa- 
roUes,  le  noble  seigneur  d'Alègre  ploroit  tant  piteuse- 
ment que  merveilles,  et  print  en  cest  estât  congé  de 
luy*.  Il  demeura  encores  en  vie  deux  ou  trois  heures; 

1.  Jean  de  Diesbach,  fils  de  Guillaume,  avoier  de  Berne,  com- 
mandant des  bandes  suisses. 

2.  Quant  le  noble  Bayard  sentit  que  les  ennemis  venoient  droict 
à  luy  si  dict  à  Monsieur  d'Alègre  et  à  ceulx  qui  estoient  présens  : 
«  Monsieur,  je  vous  prie,  saulvez  vous  et  vostre  compaignie,  que 


420  BBSrOIEB  DE  BAYART 

et  par  les  ennemys  luy  fiii^  tendu  ung  beau  pavillon  et 
ung  lict  de  camp  sur  cpjoj  il  fut  coudié  ^  et  luy  fîit 
amené  ùng  prestre  auquel  dévotement  se  confessa,  et 
en  disant  ces  propres  motz  :  c  Mon  Dieu,  estant 
asseuré  que  tu  as  dit  que  celluy  qui  de  bon  cueur 
retournera  vers  toy,  quelque  pécheur  qv^  ait  esté, 
tu  es  tousjours  prest  de  le  recevoir  à  mercy  et  luy 
pardonner.'  Hélas  !  mon  Dieu,  créateur  et  rédempteur, 
je  t'ay  offencé  durant  ma  vie  griefvement,  dont  il  me 
desplaist  de  tout  mon  cueur;  je  congnois  bien  que 
quant  je  serois  aux  désers  mille  ans,  au  pain  et  à 
Teaue,  encores  n'esse  pas  pour  avoir  entrée  en  ton 
royaulme  de  paradis,  si  par  ta  grande  et  infime  bonté 
ne  t'y  plaisoit  me  recevoir  ;  car  nulle  créature  ne  peult 
mériter  en  ce  monde  si  hault  loyer.  Mon  Père  et  Sau- 
veur, je  te  supplie  qu'il  te  plaise  n'avoir  nul  regard 
aux  faultes  par  moy  commises,  et  que  ta  grande  misé- 
ricorde me  soit  préférée  à  la  rigueur  de  ta  justice.  > 
Sur  la  fin  de  ces  paroUes,  le  bon  chevalier  sans  paour 


ne  soyez  prins  des  ennemys.  —  CSertes,  dist  le  seigneur  d'Alègre, 
ne  feray,  capitaine,  car  je  ne  vous  laisseray  point.  —  Alors,  lay 
dict  Bayard,  si  ne  le  faictes  me  ferez  très  grant  desplaisir,  car  je 
suys  mort  et  en  moy  n'a  nul  remède  fors  que  de  recommander 
mon  âme  à  Dieu  et  si  ne  veulx  personne  avecques  moy,  car  bien- 
tost  rendray  i'àme  à  Dieu  auquel  je  prie  que,  par  sa  saincte  pas- 
sion, YueiUe  «voir  mercy  de  mon  âme  et  à  ma  fin  vueiUe  par- 
donner comme  il  fit  au  bon  larron  qui  pendoit  en  croix  avecques 
luy.  >  Alors  print  Monsieur  d'Alègre  congié  du  noble  Bayard  les 
larmes  aulx  yeulx  (Ghampier,  f.  lvi). 

1.  £1  marques  [de  PescaraJ  despues  que  recibio  al  capitan 
Bayardo  diputandole  gardas  que  le  serviessen  diligentemente 
quando  espirass»  y  trabaiassen  que  no  recibesse  ninguna  fuerça 

ni  injuria  de  ningun  soldado  avariento  o  ignorante (Vallès, 

p.  105.) 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  4SI 

et  sans  reprouche  rendit  son  ame  à  Dieu,  dont  tous 
les  ennemys  eurent  dueil  non  croyable.    . 

Par  les  chiefz  de  l'armée  des  Espaignolz,  furent 
conunis  certains  gentilzhommes  pour  le  porter  à 
l'église,  où  luy  fut  fait  .solennel  service  durant 
deux  jours,  puis  par  ses  serviteurs  fut  mené  eu 
Daulphiné  ^  Et  en  passant  par  les  terres  du  duc 
de  Savoye,  où  son  corps  reposoit,  luy  fîst  faire 
autant  d'honneur  que  s'il  eust  esté  son  frère. 
Quant  les  nouvelles  de  la  mort  du  bon  chevalier 
furent  sceues  ou  Daulphiné,  ne  fault  point  parti- 
culièrement descripre  le  dueil  qui  y  fut  fait,  car  les 
prelatz,  gens  d'église,  nobles  et  populaire  le  faisoient 
égallement  ;  et  croy  qu'il  y  a  mille  ans  qu'il  ne  mourut 
gentilhonmie  du  pays  plainct  de  la  sorte.  On  alla  au- 
devant  du  corps  jusques  au  pied  de  la  montaigne ,  et 
fut  amené  d'église  en  église  en  grant  honneur  jusques 
auprès  de  Grenoble^,  où  au-devant  du  corps  une 

1.  Fut  baillé  un  sauf  conduict  à  son  maistre  d'hostel  pour 
porter  son  corps  en  Dauphiné,  dont  il  estoit  natif  (Du  Bellay, 
liv.  I). 

2.  Quelque  temps  après  le  corps  de  Bavard  fut  porté  à  Gre- 
noble et  fut  par  messieurs  de  justice  et  les  gentilzhommes  du 
pays  et  par  ceulx  de  la  ville  receu  en  moult  honneur  et  grant 
dueil,  plain  d'ung  chascun  tant  de  la  noblesse  que  de  messieurs 
de  justice  que  du  populaire,  et  ne  fust  de  vie  d'homme  tant 
regretté  seigneur  uy  aultre  d'ung  chascun  que  le  noble  Bayard. 
Après  que  fust  le  corps  porté  à  Grenoble,  fust  mys  au  couvent  et 
monastère  des  Minimes,  lequel  avoit  fondé  et  faict  édiffier  mon- 
seigneur Laurens  des  Allemans,  oncle  dudict  Bayard,  seigneur  et 
évesque  de  Grenoble,  et  pour  ce  que  en  son  trespas  le  seigneur  de 
Bayard  avoit  ordonné  estre  sépulture  avec  son  père  et  mère  au 
lieu  de  Grenion,  furent  assemblés  les  parens  là  où  il  devoit  estre 
inhumé  et  fust  dict  que  pour  ce  qu'il  avoit  esté  lieutenant  du 


422  HISTOIRE  DE  BAYART 

demye  lieue  fiirent  messeigneurs  de  la  court  de  par- 
lement du  Daulphiné,  messeigneurs  des  comptes, 
quasi  tous  les  nobles  du  pays,  et  la  plus  part  de  tous 
les  bourgeois,  manans  et  habitans  de  Grenoble,  les- 
quelz  convoyèrent  le  trespassé  jusques  en  Téglise 
Nostre-Dame  dudit  Grenoble,  où  le  corps  reposa  ung 
jour  et  une  nuyt,  et  luy  fut  fait  service  fort  solennel. 
Le  lendemain,  ou  mesme  honneur  qu'on  l'avoit  fait 
entrer  en  Grenoble,  fut  conduit  jusques  à  une  religion 
de  Mynymes,  à  demye  lieue  de  la  ville,  que  autres- 
fois  avoit  fait  fonder  son  bo&  oncle,  Tévesque  dudit 
Grenoble,  Laurens  Aiment,  où  il  fut  honnorablement 
enterré,  puis  chascun  se  retira  en  sa  maison;  mais 
on  eust  dit  durant  ung  moys  que  le  peuple  du  Daul- 
phiné  n'attendoit  que  ruyne  prochaine,  car  on  ne 
faisoit  que  plorer  et  larmoyer,  et  cessèrent  festes, 
dances,  bancquetz,  et  tous  autres  passetemps.  Las  ! 
ilz  avoient  bien  raison,  car  plus  grosse  perte  n'eust 
sceu  advenir  pour  le  pays.  Et  quiconques  en  eut  dueil 
au  cueur,  croyez  qu'il  toudioit  de  bien  près  aux 
povres  gentilzhommes,  gentilzfemmes,  vefves  et  aux 
povres  orphelins,  à  qui  secrètement  il  doonoit  et 
départoit  de  ses  biens.  Mais  avecques  le  temps  toutes 
choses  se  passent,  fors  Dieu  aymer.  Le  bon  chevaher 
sans  paour  et  sans  reprouche  l'a  craint  et  aymé  du- 
rant sa  vie  ;  après  sa  mort  renommée  luy  demeure, 


gouverneur  du  pays  et  que  Grenoble  estoit  le  chief  de  la  justice 
Daulphinale  seroit  meilleur  qu41  fut  en  sépulture  au  couvent  des 
Minimes...  Et  furent  les  obsèques  et  funérailles  faictes  comme 
s'il  eust  esté  non  ung  lieutenant  ou  gouverneur,  mais  ung  prince 
(Gbampier,  fol.  Lvm). 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  423 

comme  il  a  vescu  en  ce  monde,  entre  toutes  manières 
de  gens  ^  • 


CHAPITRE  LXVI  ET  DERNIER. 

Des  vertus  qui  estoient  au  bon  chevalier  sans  paour  et 

sans  reprouche. 

Toute  noblesse  se  debvoit  bien  vestir  de  dueil  le 
jour  du  trespas  du  bon  chevalier  sans  paour  et  sans 
reprouche,  car  je  croy  que  depuis  la  création  du 
monde,  tant  en  la  loy  chrestienne  que  payenne,  ne 
s'en  est  trouvé  ung  seul  qui  moins  luy  ait  fait  de 
déshonneur  ne  plus  d'honneur.  Il  y  a  ung  conmiun 
proverbe  qui  dit  que  nul  ne  veit  sans  vice;  ceste 
reigle  a  failly  à  l'endroit  du  bon  chevalier,  car  j'en 
prens  à  tesmoing  tous  ceulx  qui  l'ont  veu,  parlans  à 
la  vérité,  s'ilz  en  congneurent  jamais  ung  seul  en  luy  ; 
mais  au  contraire.  Dieu  l'avoit  doué  de  toutes  les 
vertus  qui  pourroient  estre  en  parfaict  homme, 
èsquelles  chascune  par  ordre  se  sçavoit  très  bien  con- 
duyre.  Il  aymoit  et  craignoit  Dieu  sur  toutes  choses; 
ne  jamais  ne  le  juroit  ne  blasphesmoit,  et  en  tous  ses 
affaires  et  nécessitez  avoit  à  luy  seul  son  recours, 
estant  bien  certain  que  de  luy  et  de  sa  grande  et  infinie 
bonté  procèdent  toutes  choses.  Il  aymoit  son  prochain 

1.  Les  ennemis  de  la  France  eux-mêmes  rendirent  justice  à 
Bayart  après  si  mort,  ainsi  que  le  témoigne  une  lettre  écrite  par 
Adrien  de  Croy,  seigneur  de  Beaurain,  à  l'empereur  Charles- 
Quint.  On  la  trouvera  à  l'appendice  :  c'est  un  des  plus  éclatants 
hommages  rendus  à  la  mémoire  du  bon  chevalier. 


426  HISTOIRE  DE  BAYART 

loit  des  vicieux.  U  estoit  fort  mauvais  flateur  et  adula- 
teur; tout  son  cas  estoit  fondé  en  vérité,  et  à  quelque 
personne  que  ce  feust,  grant  prince  ou  autre,  ne 
fléchissoit  jamais  pour  dire  autre  chose  que  la  raison. 
Des  biens  mondains,  il  n'y  pensa  en  sa  vie  ;  et  bien 
Ta  montré ,  car  à  sa  mort  il  n'estoit  guères  plus  riche 
que  quant  il  fut  né^  Quant  on  luy  parloit  des  gens 
puissans  et  riches  où  il  pensoit  qu'il  n'y  eust  pas 
grande  vertu  faisoit  le  sourt  et  en  respondoit  peu,  et 
par  le  contraire  ne  se  pouvoit  saouller  de  parler  des 
vertueux.  Il  estimoit  en  son  cueur  ung  gentilhomme 
parfait,  qui  n'avoit  que  cent  francs  de  rente,  autant 
que  ung  prince  de  cent  mille,  et  avoit  cela  en  sod 
entendement  que  les  biens  n'anoblissent  point  le 
cueur. 

Le  cappitaine  Loys  d'Ârs  le  nourrit  en  jeu- 
nesse ,  et  croy  bien  que  soubz  luy  aprist  le  commen- 
cement des  armes.  Aussi  toute  sa  vie  lui  a-il  porté 
autant  d'honneur  que  s'il  eust  esté  le  plus  grant  roy 
du  monde;  et  quant  on  parloit  de  luy,  le  bon  cheva- 
lier y  prenoit  plaisir  merveilleux,  et  n'estoit  jamais  las 
d'en  bien  dire.  Il  ne  fut  jamais  honune  suyvant  les 
armes  qui  mieulx  en  congneust  l'ypocrisie,  et  souvent 

1.  Il  y  a  quelque  exagération  dans  cette  affirmation  si  absolue 
du  Loyal  serviteur.  Bayart  quitta  la  maison  paternelle  sans  aucun 
bien.  Il  acheta  plus  tard  les  terres  de  Grignon  et  Saint^Maxi- 
min,  ainsi  qu41  résulte  d'un  acte  d'acquisition  daté  du  31  octobre 
1521  et  conservé  aux  Archives  de  Tlsère  {Quartus  liber  aliénation 
num.  Pièce  40),  et  laissa  entre  les  mains  de  ses  frères  des  sommes 
assez  fortes  pour  que,  après  sa  mort,  ils  pussent  donner  ea 
dot  à  sa  fille  naturelle  quatorze  cents  écus  d'or,  ce  qui  repré- 
sente une  valeur  intrinsèque  de  dix-sept  mille  francs  et  une 
valeur  dix  fois  supérieure  à  la  puissance  actuelle  de  l'argent. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  4SI7 

disoit  que  c'est  la  chose  en  ce  monde  où  les  gens  sont 
plus  abusez,  car  tel  fait  le  hardy  breneux  en  une 
chambre,  qui,  aux  champs  devant  les  ennemys,  est 
doulx  comme  une  pucelle.  Peu  a  prisé  en  son  temps 
gens  d'armes  qui  habandonnent  leurs  enseignes  pour 
contrefaire  les  hardis,  ou  aller  au  pillage.  G'estoit  le 
plus  asseuré  en  guerre  qu'on  ait  jamais  congneu ,  et  à 
ses  parolles  eust  fait  combatre  le  plus  couart  honmie 
du  monde,  il  a  fait  de  belles  victoires  en  son  temps, 
mais  jamais  on  ne  l'en  ouyt  venter,  et  s'il  oonvenoit 
qu'il  en  parlast,  en  donnoit  tousjours  la  louenge  à 
quelque  autre.  Durant  sa  vie  a  esté  à  la  guerre 
avecques  Ânglois,  Ëspaignolz,  Almans,  Ytaliens  et 
autres  nations,  et  en  plusieurs  batailles  gaignées  et 
perdues  ;  mais  où  elles  ont  esté  gaignées,  Bayart  en 
estoit  tousjours  en  partie  cause,  et  où  elles  se  sont 
perdues,  s'est  trouvé  tousjours  si  bien  faisant  que 
gros  honneur  luy  en  est  demouré.  Oncques  ne  voulut 
servir  que  son  prince,  soubz  lequel  n'avoit  pas  de 
grans  biens ,  et  luy  en  a  on  présenté  beaucoup  plus 
d'ailleurs  en  son  vivant;  mais  tousjours  disoit  qu'il 
mourroit  pour  soustenir  le  bien  public  de  ses  pays. 
Jamais  on  ne  luy  sceut  bailler  conunission  qu'il  refu- 
sast;  et  si  luy  en  a  on  baillé  de  bien  estranges.  Mais 
pour  ce  que  tousjours  a  eu  Dieu  devant  les  yeulx, 
luy  a  aydé  à  maintenir  son  honneur,  et  jusques  au 
jour  de  son  trespas,  on  n'en  avoit  pas  osté  le  fer 
d'une  esguillette. 

Il  fut  lieutenant  pour  le  roy  son  maistre  ou  Daul- 
phiné,  ouquel  si  bien  gaigna  le  cueur  tant  des  nobles 
que  des  roturiers,  qu'ilz  feussent  tous  mors  pour 
luy.  S'il  a  esté  prisé  et  honnoré  en  ses  pays  ne  se 


426  HISTOIRE  DE  BAYART 

loit  des  vicieux.  U  estoit  fort  mauvais  flateur  et  adula- 
teur; tout  son  cas  estoit  fondé  en  vérité,  et  à  quelque 
personne  que  ce  feust,  grant  prince  ou  autre,  ne 
fléchissoit  jamais  pour  dire  autre  chose  que  la  raison. 
Des  biens  mondains,  il  n'y  pensa  en  sa  vie  ;  et  bien 
Ta  montré ,  car  à  sa  mort  il  n'estoit  guères  plus  riche 
que  quant  il  fut  né^  Quant  on  luy  parloit  des  gens 
puissans  et  riches  où  il  pensoit  qu'il  n'y  eust  pas 
grande  vertu  faisoit  le  sourt  et  en  respondoit  peu,  et 
par  le  contraire  ne  se  pouvoit  saouller  de  parler  des 
vertueux.  Il  estimoit  en  son  cueur  ung  gentilhoimne 
parfait,  qui  n'avoit  que  cent  francs  de  rente,  autant 
que  ung  prince  de  cent  mille,  et  avoit  cela  en  sod 
entendement  que  les  biens  n'anoblissent  point  le 
cueur. 

Le  cappitaine  Loys  d'Ars  le  nourrit  en  jeu- 
nesse ,  et  croy  bien  que  soubz  luy  aprist  le  oommen- 
cement  des  armes.  Aussi  toute  sa  vie  lui  a-il  porté 
autant  d'honneur  que  s'il  eust  esté  le  plus  grant  roy 
du  monde;  et  quant  on  parloit  de  luy,  le  bon  cheva- 
lier y  prenoit  plaisir  merveilleux,  et  n'estoit  jamais  las 
d'en  bien  dire.  Il  ne  fut  jamais  honune  suyvant  les 
armes  qui  mieulx  en  congneust  l'ypocrisie,  et  souvent 

1.  Il  y  a  quelque  exagération  dans  cette  affirmation  si  absolue 
du  Loyal  serviteur.  Bayart  quitta  la  maison  paternelle  sans  aucun 
bien.  Il  acheta  plus  tard  les  terres  de  Grignon  et  Saint^Maxi- 
min,  ainsi  qu'il  résulte  d'un  acte  d'acquisition  daté  du  31  octobre 
1521  et  conservé  aux  Archives  de  Tlsère  {Quartus  liber  aliénation 
num.  Pièce  40),  et  laissa  entre  les  mains  de  ses  frères  des  sommes 
assez  fortes  pour  que,  après  sa  mort,  ils  pussent  donner  ea 
dot  à  sa  fille  naturelle  quatorze  cents  écus  d'or,  ce  qui  repré- 
sente une  valeur  intrinsèque  de  dix-sept  mille  francs  et  une 
valeur  dix  fois  supérieure  à  la  puissance  actuelle  de  l'argent. 


PAR  LE  LOYAL  SERVITEUR.  4SI7 

disoit  que  c'est  la  chose  en  ce  monde  où  les  gens  sont 
plus  abusez,  car  tel  fait  le  hardy  breneux  en  une 
chambre,  qui,  aux  champs  devant  les  ennemys,  est 
doulx  comme  une  pucelle.  Peu  a  prisé  en  son  temps 
gens  d'armes  qui  habandonnent  leurs  enseignes  pour 
contrefaire  les  hardis,  ou  aller  au  pillage.  G'estoit  le 
plus  asseuré  en  guerre  qu'on  ait  jamais  congneu ,  et  à 
ses  parolles  eust  fait  combatre  le  plus  couart  homme 
du  monde,  il  a  fait  de  belles  victoires  en  son  temps, 
mais  jamais  on  ne  l'en  ouyt  venter,  et  s'il  convenoit 
qu'il  en  parlast,  en  donnoit  tousjours  la  louenge  à 
quelque  autre.  Durant  sa  vie  a  esté  à  la  guerre 
avecques  Anglois,  Ëspaignolz,  Almans,  Ytaliens  et 
autres  nations,  et  en  plusieurs  batailles  gaignées  et 
perdues  ;  mais  où  elles  ont  esté  gaignées,  Bayart  en 
estoit  tousjours  en  partie  cause,  et  où  elles  se  sont 
perdues,  s'est  trouvé  tousjours  si  bien  faisant  que 
gros  honneur  luy  en  est  demouré.  Oncques  ne  voulut 
servir  que  son  prince,  soubz  lequel  n'avoit  pas  de 
grans  biens ,  et  luy  en  a  on  présenté  beaucoup  plus 
d'ailleurs  en  son  vivant;  mais  tousjours  disoit  qu'il 
mourroit  pour  soustenir  le  bien  public  de  ses  pays. 
Jamais  on  ne  luy  sceut  bailler  conunission  qu'il  refu- 
sast;  et  si  luy  en  a  on  baillé  de  bien  estranges.  Mais 
pour  ce  que  tousjours  a  eu  Dieu  devant  les  yeulx, 
luy  a  aydé  à  maintenir  son  honneur,  et  jusques  au 
jour  de  son  trespas,  on  n'en  avoit  pas  osté  le  fer 
d'une  esguiliette. 

Il  fut  lieutenant  pour  le  roy  son  maistre  ou  Daul- 
phiné,  ouquel  si  bien  gaigna  le  cueur  tant  des  nobles 
que  des  roturiers,  qu'ilz  feussent  tous  mors  pour 
luy.  S'il  a  esté  prisé  et  honnoré  en  ses  pays  ne  se 


428  HISTOIRE  DE  BAYART. 

fault  pas  esmerveiller  ;  car  trop  plus  Ta  esté  par 
toutes  autres  nations,  et  cela  ne  luy  a  pas  duré  ung 
ne  deux  ans  mais  tant  qu'il  a  vescu,  et  dure  encores 
après  sa  mort,  car  la  bonne  €|  vertueuse  vie  qu'il  a 
menée  luy  rend  louenge  immortelle.  Oncques  ne  fut 
veu  qu'il  ait  voulu  soustanir  le  plus  grant  amy  qu'il 
eust  eu  ou  monde  contre  la  raison  ;  et  tousjours  disoit 
le  bon  gentilhonune  que  tous  empires,  royaulmes  et 
provinces  sans  justice  sont  forestz  pleines  de  brigans. 
Es  guerres  a  eu  tousjours  trois  excellentes  choses  et 
qui  bien  afïièrent^  à  parfaict  chevalier  :  assault  de 
lévrier,  deffense  de  sanglier  et  fîiyte  de  loup. 

Brief,  qui  toutes  ses  vertus  vouldroit  descripre  il  y 
conviendroit  bien  la  vie  d'ung  bon  orateur,  car  moy 
qui  suis  débile  et  peu  garny  de  science  n'y  sçauroy 
attaindre;  mais  de  ce  que  j'en  ay  dit  supplie  humble- 
ment à  tous  lecteurs  de  ceste  présente  histoire  le 
vouloir  prendre  en  gré,  car  j'ay  faict  le  mieulx  que 
j'ay  peu,  mais  non  pas  ce  qui  estoit  bien  deu  pour  la 
louenge  d'ung  si  parfaict  et  vertueux  persom[iage  que 
le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche,  le  gen- 
til seigneur  de  Bayart,  daquel  Dieu  par  sa  grâce 
vueilk  avoir  l'ame  en  paradis.  Amen. 

1.  AffUrent,  convienneiU. 


APPENDICE 


I. 

(Voir  p.  3.) 

La  famille  de  Bayart, 

La  famille  Terrait  n'est  pas  d'une  illustration  fort  ancienne  ; 
les  généalogistes,  n'en  trou?ent  pas  de  traces  avant  le  xir*  siècle  : 
elle  appartenait  à  cette  petite  noblesse  héroïque  et  pauvre  dont 
le  principal  privilège  fut  déverser  son  sang  pour  la  France  pendant 
tout  le  moyen-âge.  Voici,  d'après  Ghorler,  la  liste  des  aïeux  de 
Bl^fart  :  Aubert  ou  Albert,  tué  à  la  bataille  de  Varey  (1 326)  ;  — 
Robert,  châtelain  de  la  Buissière,  combat  à  Varey  (4  32M  333)  ; 

—  Philippe,  tué  à  la  bataille  de  Poitiers  (43!H>)  ;  —  Pierre^  fait 
construire  le  château  de  Bayart  14  404) ,  est  tué  à  Azincourt  (4445); 

—  Pierre,  combat  à  la  bataille  d'Anthon  (4430),  est  tué  à  celle 
de  Montlhéry  (4465)  ;  —  Aymon,  blessé  à  la  bataille  de  Gui- 
negate,  épousa  Hélène  Alleman  et  fut  père  de  Bayart. 

Bayart  eut  trois  frères  et  quatre  scBurs  :  Jacques  et  Philippe 
entrèrent  dans  les  ordres  et  devinrent  successivement  évéques 
de  Glandevez;  Catherine  fut  religieuse  au  monastère  de  Pré- 
mol  ;  Jeanne  devint  abbesse  de  celui  de  N.  -D.  des  Haïes  ;  Marie, 
épousa  Jacques  du  Pont  et  fut  mère  du  capitaine  Pierrepont, 
dont  il  est  parlé  si  souvent  dans  les  récils  du  Layal  Ser- 
viteur;  Claudie  épousa  Antoine  de  Theys.  Georges,  frère  aîné 
de  Bayart,  épousa  Claudie  d'Arvillars  et  eut  deux  ûlles:  Barbe, 
qui  ne  se  maria  pas,  et  Françoise,  qui  épousa  Charles  Copier. 

Bayart  eut  de  Barbe  de  Tresea,  appartenant  à  une  noble 
famille  de  Lombardie,  une  fille  naturelle  nommée  Jeanne  qui 
épousa  en  4525  François  de  Bocsozel;  nous  publierons  plus  loin 
son  contrat  de  mariage. 


430  APPENDICE. 

Une  autre  branche  de  la  famille  Terrail  est  issue  de  Jacques, 
fils  de  Philippe  ;  elle  prit  le  surnom  de  Bernin^  de  même  que 
la  branche  aînée  avait  pris  celui  de  Bayart.  Elle  finit  en  4660 
par  Thomas,  seigneur  de  Bernin,  et  François,  seigneur  de 
Saussan  et  Pignan,  morts  tous  deux  sans  alliances.  Cette 
branche  avait  embrassé  le  protestantisme.  La  famille  Terrail 
est  entièrement  éteinte  aujourd'hui;  ses  armoiries  étaient: 
d'azur  au  chef  d'argent  chargé  d'un  lion  naissant  de  gueules^ 
au  filet  d'or  mis  en  bande  brochant  sur  le  tout. 

Parmi  les  pièces  relatives  à  la  famille  Terrail  nous  citerons 
les  lettres  patentes  du  gouverneur  du  Dauphiné  en  date  du 
4  mars  4404  autorisant  Pierre  Terrail  à  construire  une  maison 
forte  au  lieu  de  Bayart,  au  mandement  d*Avalon  ;  rhonmiage 
prêté  par  le  même  le  34  octobre  4443  pour  les  biens  qu'il  pos- 
sédait dans  le  mandement  d'Avalon;  ces  deux  actes  sont  con- 
servés aux  archives  de  l'Isère.  Dans  les  pièces  originales  da 
cabinet  des  titres  de  la  Bibliothèque  nationale  nous  trouvons 
une  ordonnance  du  gouverneur  du  Dauphiné  du  45  octobre 
4424  enjoignant  au  receveur  de  Taide  de  la  province  de  payer 
à  Pierre  Terrail  ses  gages  et  ceux  de  sa  compagnie,  qui  se  com- 
posait de  quatre  hommes  d'armes,  lui  compris.  Cette  ordon- 
nance est  accompagnée  de  la  montre  de  cette  compagnie  con- 
tenant les  noms  de  Pierre  Terrail,  écuyer  banneret,  Antboioe 
Acquent,  Jehan  Ronde  et  le  bâtard  Terrail,  et  de  la  quittance 
avec  signature  autographe  donnée  par  le  même  Pierre  Terrail 
le  48  octobre  4  424  au  trésorier  qui  Ta  payé. 

II. 

(Voir  p.  139.) 

Ordonnance  du  roi  de  France  du  12  janvier  1508 
relative  à  la  conduite  des  gens  de  pied  et  promesse 
des  capitaines  de  l'observer^. 

C'est  Tordre  que  le  roy  veult  estre  observée  et  gardée  par  les 
1.  Bibl.  nat.,  ms.  Dupuy,  vol.  85,  p.  26.  Original. 


APPENDICE.  431 

cappitaines  des  gens  de  pié  que  ledict  seigneur  a  retenuz  pour 
la  conduite  desdits  gens  de  pié  en  Tannée  qu'il  fkit  présente- 
ment pour  aller  delà  les  monts. 

Et  premièrement,  que  lesdictz  cappitaines  ne  prandront  que 
tous  bons  compaignons  de  guerre  et  que  soient  pour  bien 
senrir  ledict  seigneur. 

Item,  et  après  que  lesdicts  compaignons  seront  levez,  lesdicts 
cappitaines  les  conduiront  et  mèneront  sans  les  habandonner 
et  ne  souffreront  qu'ilz  pillent  et  facent  maulx  au  peuple  ainsi 
que  par  cy-devant  c'est  fait,  et  si  aucuns  desdicts  gens  de  pié 
ftiisoient  le  contraire,  lesdicts  cappitaines  seront  tenuz  les 
mectre  entre  les  mains  de  la  justice  pour  en  faire  faire  répara- 
tion telle  qu'il  appartient,  et  s'ilz  en  estoient  reffusans  ledict 
seigneur  s'en  prandra  à  eulx  et  en  respondront  sur  leur  yie. 

Item,  la  montre  desdicts  gens  de  pié  faicte  et  qu'ilz  auront 
eu  paiement,  lesdicts  cappitaines  les  feront  vivre  en  bon  ordre 
et  police  et  paier  les  vivres  qu'ilz  prandront  à  pris  raison- 
nable. 

Item,  et  ne  bailleront  lesdicts  cappitaines  aucunes  charges 
ou  commissions  à  gens  qu'ilz  soient,  pour  lever  lesdicts  com- 
paignons et  les  conduire,  qu'ilz  ne  soient  gens  de  bien  et  dont 
ilz  respondent  s'ilz  faisoient  aucuns  abbuz  ou  pilleries. 

Item,  et  ne  lèveront  ou  mectront  sus  plus  grant  nombre  de 
compaignons  que  leur  sera  ordonné  sur  peine  de  s'en  prandre 
à  eulx. 

Item,  lesdicts  cappitaines  desdicts  gens  de  pié  pour  chascune 
compaignie  de  cinq  cens  hommes  auront  davantaige  xxv  payes 
pour  départir  à  leurs  lieutenans,  porteurs  d  enseignes,  chefz 
et  autres  bons  personnages  de  leurs  bendes  à  la  discrétion  des- 
dicts cappitaines,  et  ainsi  des  autres  bendes  de  plus  plus  et  de 
moinls  moints  à  ladicte  raison;  et  seront  baillez  lesdictes 
payes  à  ceulx  qui  seront  nommés  par  lesdicts  cappitaines 
sans  mectre  l'argent  es  mains  d'iceulx  cappitaines. 

Item,  quant  la  monstre  desdicts  gens  de  pié  se  fera,  les  cap- 
pitaines feront  sérement  es  mains  des  commissaires  qu'ilz  ne 
feront  point  de  faulces  monstres  et  quUlz  ne  présenteront  per- 
sonnages qu'ilz  ne  sachent  véritablement  avoir  servy  et  estre 


432  APPENDICE. 

poar  senrir  pour  le  temps  que  seront  paiez  f  et  s'il  est  trouvé 
le  contrère  ledict  seigneur  s^en  prandra  ausdicts  cappitaines. 

Item,  et  ne  pourront  iesdicts  cappitaines  remplir  leurs  roolles 
de  ceulx  qui  seront  morts  ou  absens  ;  mais  si  ou  lieu  d'ioeolx 
on  y  en  mectoit  d'autres,  ilz  les  feront  enrooller  par  les  comis- 
saires  et  contrerolieurs  à  la  dernière  monstre  pour  estre  payez 
à  la  monstre  ensuivant. 

Fait  à  Bloys,  le  xij*  jour  de  janvier  Tan  mil  cinq  éens  et 

huit. 

Lots.  —  Gbdotn. 

Nous,  cappitaines  cy-dessoubz  nonmiez,  confessons  avoir 
veu  et  entendu  Tordonnançe  qu'il  a  pieu  au  roy  l^ire  sur  le 
fait  de  ses  gens  de  pié,  laquelle  chascun  en  nostre  endroit 
nous  promectons  entretenir  selon  ladicte  ordonnance  et  le 
voulloir  et  intention  dudict  seigneur.  En  tesmolng  de  ce  nous 
Mons  signé  ces  présentes  de  noz  mains  le  xv°^  jour  de  janvier 
l'an  mil  cinq  cens  et  huit. 

Gallbt  d'A||dtb.  —  RiiMON  DR  Daillon.  — 

Ph.  de  ItTCHEMONT.  —  OlIVIBR  DE  SnXT. 

—  Batart.  —  Uau6B^ 

m. 

(Voir  p.  311.) 

Lettre  de  Bayart  relative  à  la  bataille  de  Ravenne 

(1512). 

[A  Monsieur  Tévêque  de  Grenoble'.] 

Monsieur,  si  très  humblement  que  faire  je  puis  à  vostre 

i.  La  signature  qui  suit  le  noq^  de  Bayart  est  celle  de  Soflrey 
Alleman,  s'  d'Uriage,  plus  connu  sous  le  nom  de  capitaine 
Molart,  dont  il  est  parlé  à  plusieurs  reprises  dans  notre  chro- 
nique. Les  autres  sont  cdles  de  Gallet  d^Aydie,  s'  de  Les- 
cun,  surnommé  le  capitaine  Oàet,  d'Olivier  de  Silly,  s**  de  U 
Chapelle,  et  enfin  de  Raymond  de  Daillon,  fils  du  seigneur  da 
Lude.  Nous  ignorons  Torigine  de  Philippe  de  Richement. 

2.  Archives  de  Tlsère,  B  2906,  n»  364.  Copie.  Publié  dans  les 


APPENDICE.  433 

bonne  grâce  me  recommande.  Depuis  que  dernièrement  vous  ay 
écrit,  arons  eu,  comme  jà  avez  peu  savoir,  la  bataille  contre 
noz  ennemis,  mais  pour  vous  en  advertir  bien  au  long,  la  chose 
fut  telle. 

C'est  que  nostre  armée  vint  loger  auprès  de  ceste  ville  de 
Ravenne  -,  noz  ennemis  y  furent  aussi  tost  que  nous  afln  de 
donner  cœur  à  ladicte  ville -^  au  moyen  tant  d'aucunes  nou- 
felles  qui  couroient  chaque  jour  de  la  descente  des  Suisses, 
qu'aussi  le  manque  de  vivres  qu'avions  en  nostre  camp.  Mon- 
sieur de  Nemotfrs  se  délibéra  de  donner  la  bataille  et  dimanche 
dernier  passa  une  petite  rivière  qui  estoit  entre  nosdits  ennemis 
et  nous.  Si  les  viiiig^s  rencontrer;  ils  marchoient  en  très-bel 
ordre  et  estoieot  plus  de  dix-sept  cens  hommes  d*armes,  les 
plus  gorgias  et  triomphans  qu^on  vit  jamais,  et  bien  quatorze 
mille  de  pied  aussi  gentils  galands  qu'on  sçauroit  dire.  Si 
violjrent  environ  mille  hommes  d'armes  des  leurs  comme  gens 
désespérés  de  ce  que  nostre  artillerie  les  affoloit,  ruer  sur 
nostre  bataille  en  laquelle  estoit  Monsieur  de  Nemours  en  per- 
sonne, sa  compagnie,  celle  de  Monsieur  de  Lorraine,  de  Mon- 
sieur d^Ars  et  autres  jusques  au  nombre  de  quatre  cens 
hommes  d'armes  ou  envirpn,  qui  recourent  lesdits  ennemis  de 
si  grand  cœur,  qu'on  ne  vit  jamais  mieux  combatre.  Entre 
nostre  avant-garde  qui  estoit  de  mille  hommes  d'armes  et  nous 
il  y  avoit  de  grands  fossez  et  aussi  elle  avoit  affaire  ailleurs 
que  nous  pouvoir  secourir.  Si  eonveint  à  ladite  bataille  de 
porter  le  faiz  desdits  mille  hommes  ou  environ  ;  en  cet  endroit 
Monsieur  de  Nemours  rompit  sa  lance  entre  les  deux  batailles 
et  perça  un  homme  d'armes  des  leurs  tout  à  travers  et  demie 
brassée  davantage.  Si  furent  lesdits  mille  hommes  d'armes 
deffaits  et  mis  en  fuite  et  ainsi  que  leur  donnions  la  chasse 
vinsmes  rencontrer  leurs  gens  de  pied  auprès  de  leur  artillerie 
avec  cinq  ou  six  cens  hommes  d'armes  qui  estoient  parquez 
et  au  devant  d'eux  avoient  des  charretes  à  deux  roues  sur  les- 
quelles il  y  avoit  un  grand  fer  à  deux  aisles  de  la  longueur  de 
deux  ou  trois  brasses  et  estoient  nos  gens  de  pied  combattus 

notes  d'ExpiUy  sur  la  vie  de  Bayart.  Grenoble.  Jean  Nicolas, 
4650. 

28 


434  APPENDICE. 

main  à  main.  Leursdits  gens  de  pied  avoient  tant  d'arqué- 
butes  que  quand  ce  vint  à  l'aborder  ilz  tuèrent  quasi  tous  nos 
capitaines  de  gens  de  pied  en  voye  d'esbranler  et  tourner  le 
dos.  Mais  ils  furent  si  bien  secourus  des  gens  d'armes  qu^après 
bien  combatre  nosdits  ennemis  furent  deffaits,  perdirent  leur 
artillerie  et  sept  ou  huit  cens  hommes  d'armes  qui  leur  furait 
tuez  et  la  plupart  de  leurs  capitaines  avec  sept  ou  huict  mille 
hommes  de  pied.  Et  ne  sçait-on  point  qu'il  se  soit  saofé 
aucuns  capitaines  que  le  vice-roi,  car  nous  avons  prisonniers 
les  seigneurs  Fabrice  Colonne,  le  cardinal  de  Médicis,  légat  do 
pape,  Petro  Navarre,  le  marquis  de  Pesquiere,  le  marquis  de 
Padule,  le  fils  du  prince  de  Melfe ,  dom  Jean  de  Gardonne,  le 
fils  du  marquis  de  Betonde,  qui  est  blessé  à  mort,  et  d'autres 
dont  je  ne  sçais  le  nom  ;  et  ceux  qui  se  sauvèrent  furent  chassez 
huict  ou  dix  mille  et  s'en  vont  par  les  montagnes  écartez  et 
encore,  dit-on,  que  les  vilains  les  ont  mis  en  pièces. 

Monsieur,  si  le  Roy  a  gagné  la  bataille  je  vous  jure  que  les 
pauvres  gentilhommes  l'ont  bien  perdue,  car  ainsi  que  nous 
donnions  la  chasse.  Monsieur  de  Nemours  vint  trouver  quelques 
gens  de  pied  qui  se  rallioient,  si  voulut  donner  dedans,  mais 
legentil  prince  se  trouva  si  mal  accompagné  qu'ily  fut  tué,  dont 
toutes  les  desplaisances  et  dueils  qui  furent  jamais  fisdts  ne  fat 
pareil  que  celuy  qu'on  a  démené  et  qu'on  démène  encore  m 
nostre  camp;  car  il  semble  que  nous  ayons  perdu  la  bataille. 
Bien  vous  promets-je,  Monsieur,  que  c'est  le  plus  grand  dom- 
mage que  de  prince  qui  mourut  de  cent  ans  a;  et  s'il  eust 
vescu  âge  d'homme  il  eust  fait  des  choses  que  oncques  prinee 
ne  fit,  et  peuvent  bien  dire  ceux  de  deçà  qu'ils  ont  perdu  leur 
père,  et  de  moi.  Monsieur,  je  ne  sçaurois  vivre  qu'en  mélan- 
cholie,  car  j'ai  tant  perdu  que  je  ne  le  sçaurois  escrire. 

En  d'autres  lieux  furent  tuez  Monsieur  d'Alègre  et  son  fils, 
Monsieur  du  Molar,  six  capitaines  alemands  et  le  capitaine 
Jacob,  leur  colonel;  le  capitaine  Maugiron,  le  baron  de  Grand- 
Mont  et  plus  de  deux  cens  gentilshonunes  de  nom  et  tous  d'es- 
time, sans  plus  de  deux  mille  hommes  de  pied  des  nostres,  et 
vous  asseure  que  de  cent  ans  le  royaume  de  France  ne  recou- 
vrera la  perte  qu'y  avons  eue. 

Monsieur,  hier  matin  fut  amené  le  corps  de  feu  Monsieur  i 


APFENDIGE.  436 

Milan  avec  deux  cens  hommes  d'armes  au  plus  grand  honneur 
qu'on  a  sçeu  adyiser,  car  on  porte  devant  lui  dix-huiet  ou 
vingt  enseignes  les  plus  triumphantes  qu'on  vid  jamais  qui  ont 
esté  en  cette  bataille  gagnée.  Il  demeurera  à  Milan  jusques  à  ce 
que  le  Roy  ayt  mandé  s'il  veut  qu^il  soit  porté  en  France  ou  ûon. 

Monsieur,  nostre  armée  s'en  va  temporisant  par  cette 
Romagne  en  prenant  toutes  les  villes  pour  le  concile^  ;  ils  ne 
se  font  point  prier  d'eux  rendre  au  moyen  de  ce  qu'ils  ont  peur 
d^estre  pillez  comme  a  esté  cette  ville  de  Ravenne,  en  laquelle 
n^est  rien  demeuré,  et  ne  bougerons  de  ce  quartier  que  le  Roy 
n'ayt  mandé  ce  quUl  veut  que  son  armée  faoe. 

lîonsieur,  touchant  le  frère  du  Poste  dont  m'avez  écrit,  in- 
continent que  Tenvoyerez  il  n  y  aura  point  de  fSaute  que  je  ne 
le  pourvoye.  Puisque  cecy  est  despécbé  je  eroy  qu'aurons 
abstinence  de  guerres;  toutesfois  les  Suisses  font  quelque 
hruict  tousjours;  mais  quand  ils  sçauront  celte  defiaite  peut- 
être  ils  mettront  quelque  peu  d'eau  en  leur  vin.  Incontinent 
que  les  choses  seront  un  peu  appaisées  je  vous  iray  voir.  Priant 
Dieu,  Monsieur,  qu'il  vous  donne  très-bonne  vie  et  longue. 
Escrit  au  camp  de  Ravenne  ce  44*  jour  d'avril. 

Vostre  humble  serviteur, 
Batabt. 

^  IV. 

(Voir  p.  336.) 

Lettre  de  Laurent  Alleman^  évêque  de  Grenoble^  à  la 
reine  Anne  de  Bretagne  ^  relative  à  la  maladie  de 
Bayart  (1512). 

A  la  Royne  ma  souveraine  dame*. 
Madame,  j'ay  receu  les  lettres  qu'il  vous  a  pieu  m'envoyer 

i .  Poar  le  concile  convoqué  par  Louis  XII  à  Pise  en  opposition 
à  celui  que  Jules  II  réunit  à  Rome  à  Saint-Jean-de-Latran,  et  qui, 
transféré  à  Milan,  fut  dissous  après  avoir  déposé  le  pape.  Bes  déci- 
sions n'eurent  aucune  autorité  et  ne  furent  pas  mises  à  exécution. 

2.  Cabinet  de  M.  de  Terrebasse.  Original.  Publié  dans  la  Kte  de 
Bayart  par  M.  de  Terrebasae.  Vienne,  1870,  in-8*,  p.  461. 


436  APPENDICE. 

par  maistre  Pierre,  vostre  médecin,  et  entenda  par  luy  fostre 
vouloir  et  commandement.  Madame,  soyez  toute  «eseurée  que 
en  toutes  les  heures,  prières  et  sufifhiges  qu'il  se  dist  journel- 
lement à  nostre  seigneur  Dieu  en  vostre  pays*  de  GraysiTodan 
et  mesme  par  les  gens  réformez  avec  grans  abstinences,  le  roj 
et  vous,  Madame,  avec  Testât  de  voz  royaulme  et  seigneurie, 
estes  singulièrement  et  affectueusement  recommandez  et  n'ot 
possible,  Madame,  que  tant  de  prières  et  larmes  gectées  ne 
soyent  exaulcez  pour  vous  profiter  en  ce  monde  et  en  Tautre. 
Madame,  la  venue  de  vostredit  médecin  est  causé  de  guérir 
mon  nepveu  Bayart,  car  les  médecins  d'içy  n'avyont  cognois- 
sance  d'une  fièvre  lante  qu'il  avoit  en  Testomac  Qt  tellement  l'a 
secouru  que  dedens  trois  ou  quatre  jours  s'en  va  en  Guyenœ 
en  vostre  service. 

Madame,  j'ay  parlé  audit  Bayart  du  mariaige  duquel  il  vous 
a  pieu  parler  au  vicomte  de  Rodes  ^  dont  lay  et  moy  avons 
bien  cause  d'estre  très  que  adonnez  et  soigneulx  de  vous  flûrB 
service  agréable,  quant  il  vous  plaist  entendre  à  TafiEEure  d'un 
si  petit  vostre  serviteur  comme  luy.  U  m*a  dit  qu'il  est  encore 
bien  mal  fondé  en  biens  pour  supporter  les  charges  de  ce 
mariaige  et  que  encores  il  ne  vous  a  fkict  quelque  bon  service 
ainsi  qu'il  a  bien  espoir  de  faire,  mais  que  il  s'en  ira  en 
Guyenne  pour  se  mectre  en  debvoir  d'obeyr  au  com^aande- 
ment  du  roy  et  de  vous  et  pour  ayder  à  résister  aux  gros 
affaires  et  vous  y  faire  quelque  bon  service  ainsi  qu'il  a  bien 
espoir,  car  il  n'a  comme  il  dit,  aultre  désir  en  ce  monde;  el 
comme  que  l'on  vous  ayt  dit  d'ung  fils,  il  n'y  a  que  troys  filles 
qui  sont  de  deux  mères  donct  Taynée  est  seule  de  la  première; 
et  à  ce  que  j^entens  de  luy  il  ne  scet  encores  que  veult  dire  se 
marier.  Mais  s'il  vous  plaist.  Madame,  vous  l'aurez  pour 
recommandé.  Madame,  fe  prie  au  benoit  fils  de  Dieu  vous 
donner  très  bonne  et  très  longue  vie.  A  la  Plaine',  ce  vj«de 
septembre. 

Vostre  très  humble  et  très  obéissant  subget  et  serviteur, 

L'ivisouB  n  Guifoiu. 

1.  n  s'agit  probablement  ici  de  Guillaume  de  Carmain,  vicomte 
de  Rodez. 

2.  Château  des  évoques  de  Grenoble. 


ÀPPEIfDIGE.  437 


V. 


(Voir  p.  392.) 

Lettres  de  Frantz  de  Sickingen,  de  Louis  de  Hangest, 
seigneur  de  Montmor^  de  Charles  de  Bourbon,  duc 
d'Alençon ,  et  de  Gaspard  de  Coligny^  maréchal  de 
Châtillon^  relatives  au  siège  de  Mouzon  (1521). 

[AuRoi^] 

Monseigneur,  j'ay  yeu  les  lettres  qu'il  vous  a  pieu  m'escripre 
par  lesquelles  me  mandez  adriser  avec  Messieurs  d'Orval  et 
mareschal  de  Chastlllon  quille  provision  Ton  pourroit  promp- 
tement  donner  au  fait  de  Toumay.  Monseigneur,  comme  bier 
je  vous  feis  entendre  par  Fors  monsieur  d'Orval  est  à  Mézières 
devers  lequel  j'ay  envoyé  le  capitayne  Bayard,  le  bailly  de 
Gaen,  Boucal,  Pierrepont  et  Suzanne,  lieutenant  de  l'artillerie, 
pour  veoir  ce  qui  luy  est  nécessaire  pour  ledict  Mézières  et  n'y 
a  de  ceste  heure  icy  que  messieurs  de  Saint-Pol,  mareschal  de 
Ghastillon  et  moy.  Toutesfois  ledict  mareschal  lequel  a  ce  jour 
d'huy  depesché  le  messagier  de  Toumay,  vous  escript  au  long 
ce  qui  luy  en  semble.  Au  demeurant  je  vous  advise,  Monsei- 
gneur, que  tout  à  ceste  heure  ay  veu  lettres  par  lesquelles  l'on 
advertit  monsieur  de  MontiAor  que  le  l)|ruict  est  que  le  siège 
s'en  va  devant  Mouzon,  et  pour  ce  qâ'il  m'escript  donner  pro- 
vision à  ce  qui  luy  est  nécessaire  je  luy  fais  response,  pour  le 
doubte  que  j'ay  de  ne  luy  pouvoir  hailler  gens  qui  assez  tost 
poussent  estre  vers  luy,  qu'il  lieve  en  toute  diligence  ce  qu'il 
congnoistra  qu'il  luy  en  fkult,  ou  s'il  voyt  que  une  bande  de 
gens  de  pyé  d'icy  peust  estre  assez  à  temps  vers  luy  qu'il  le 
mande  et  incontinent  je  les  y  feray  marcher,  et  que  au  demeu- 
rant il  fasse  retirer  dedans  la  ville  tant  de  vivres  qu'il  pourra. 
Monseigneur,  de  ce  que  j'entendray  vous  advertyray  tousjours 
incontinent  pour  y  pourveoir  selon  le  bon  plaisir  de  vous, 

1.  Bibl.  nat.^  mss.  Glairambault,  vol.  319,  p.  5995.  Ck>pie. 


438  appkudick. 

Monseigneur.  Pryant  le  créateur  vous  donner.  Monseigneur, 
très  longue  vie  et  très  bonne  santé. . 

De  Reims,  ce  dernier  juillet 

Vostre  très  humble  et  très  hobéyssant  suget  et  serviteur, 

Ghaelbs. 


Au  cappitaine  de  Mouzon,  sieur  de  Montmor^ 

Cappitaine,  je  vous  adverty  que  me  suis  trouvé  hier  devers 
monseigneur  de  Nassau  et  autres  gens  du  conseil  de  guerre  de 
la  très  sacrée  majesté  de  l'empereur,  entre  l6S(]^ielz  a  esté 
advisé  et  conclu  de  vous  assiéger.  Et  pour  ce  que,  à  mon  retour 
du  Roy  vostre  maistre,  me  feistes  en  vostre  maison  de  Cha- 
vronge  de  l'honneur ,  bonne  chère  beaucoup,  et  de  bonnes 
offres  et  des  présentations,  je  seray  mary  estre  ingrat  enfers 
moy';  et  pour  ce  que  je  considère^  et  qu'il  est  vraysemblable 
que  la  ville  de  Mouzon  estant  à  présent  soubz  vostre  charge, 
comme  en  suis  vériflé,  n'est  à  résister  contre  telle  foule,  vous 
prie  que  ayez  la  considération  de  la  puissance  dudict  seigneur 
empereur  et  de  ma  présente  armée,  que  ne  mectez  aucune  di(> 
Acuité  de  vous  départir,  ensemble  et  voz  gens  de  guerre  avec 
leur  bagage,  de  ladicte  ville  en  la  mectant  en  mes  mains;  et  je 
vous  asseure  de  vous  en  laisser  départir,  ensemble  et  voz  gens 
comment  dict  est;  autrement  la  diligation  à  laquelle  sera 
faicte,  et  par  tel  ordre  et  debvoir  que  n'est  à  présupposer  estre 
à  vous  possible  de  la  garder,  et  ne  sera  à  moy,  vous,  ne  à  voz 
gens  rendre  aucunement  gratuite,  dont  me  déplairoit,  espérant 
que  ma  trompette  porteur  par  ces  présentes,  me  ferez  responce. 

Escript  au  camp  auprès  de  Stanay-sur-Houzon,  ce  zxj' jour 
d'aoust  l'an  \^  zxi. 

FBAifciSGUs  M  SiGUfGUf,  mauu  propria. 


1.  Bibl.  nat.,  mss.  français,  vol.  3092,  p.  121.  Copie  du  tempe 
On  ne  s'étonnera  pas  du  style  de  cette  lettre  en  se  rappelant 
qu'elle  est  écrite  par  un  Allemand. 

2.  Il  y  a  bien  moy  dans  le  texte;  mais  c'est  vous  qu'il  faudrait. 


APPENDICE.  439 

Au  cappitaine  le  seigneur  Francisque*. 

Gappitaine,  j'ay  à  ceste  heure  yeu  vostre  lettre  dattée  du 
xxj*  d'aoust  r^  XXI  par  vostre  messager  et  trompette,  par 
laquelle  vous  dictes  que  du  jour  d'hier  vous  estes  trouvé 
avecques  monsieur  de  Nassau  et  autres  gens  du  conseil  de 
l'empereur  entre  lesquelz  dictes  avoir  esté  advisé  de  me  assié* 
ger,  et  que  pour  quelque  bonne  chère  que  dictes  que  vous  ay 
fait  à  ma  maison  de  Chaberonges  et  plusieurs  bonnes  offres  et 
présentations,  et  à  l'occasion  de  ce,  me  vouldriez  fere  plaisir 
à  moy  et  aux  cappitaines  et  gens  de  guerre  qui  sont  en  ceste 
ville  et  autres  choses  contenues  en  vostre  dicte  lettre  dont  vous 
tiens  assez  recouz.  Pour  responce  :  il  a  pieu  au  roy  très  chres- 
tien  mon  souverain  seigneur  de  me  bailler  la  garde  de  ceste 
ville  de  Mouzon,  avecques  beaucoup  de  bons  cappitaines  et 
gens  de  guerre  qui  sont  icy,  lesquelz  eulx  et  moy  sommes 
délibérez  de  faire  nostre  debyoir  et  le  bien  et  loyaument  ser?ir 
en  actendant  son  bon  plaisir,  et  du  contenu  de  vos  dictes 
lettres  l'advertiray  à  toute  diligence.  Bien  est  yray  que  je 
trouve  estrange,  veu  ancienes  lettres  que  m'a  escript  monsieur 
de  Nassau,  par  lesquelles  il  m'a  toujours  escript  qu'il  n'avoit 
charge  de  l'empereur  faire  guerre  sur  les  pays  et  subgetz  du 
roy  mondict  souverain  seigneur  et  n'ay  point  entendu  qu'il  y 
ayt  aucune  déclaration  de  guerre  entre  nos  princes  et  souve- 
rains seigneurs.  Quant  à  moy,  où  je  vous  pourrois  faire  plaisir 
je  le  ferey  de  bon  cueur,  mon  honneur  saulve. 

Escript  à  Mouzon,  ce  xxj"  jour  d'aoust  w^  xxi. 

Louis  de  Hângest. 


Au  Roy  mon  souverain  seigneur  >. 
Sire,  je  vous  escripviz  hier  comme  j'avois  mandé  tous  les 

4.  Bibl.  nat.,  mss.  finançais,  vol.  3092,  p.  120.  Copie  du  temps. 
2.  Bibl.  nat.,  mss.  français,  vol.  2967,  p.  18.  Original. 


440  APPENDICE. 

chef^  des  bendes  qui  furent  mises  dedans  Mouzon  pour  en- 
tendre au  vray  la  manière  de  la  reddition  de  la  ville.  Sire,  je 
les  ay  ouyz  parler,  présens  plusieurs  gens  de  bien  de  la  oom- 
paignie  qui  est  par  deçà,  lesquelz  m'ont  dit  rinconTéoient  estre 
advenu  par  les  gens  de  pyed  qu'iiz  se  mutinèrent  disans  qu'ilz 
ne  combatroient  ny  ne  se  meetroient  en  defifence,  s'ilz  n'es- 
toient  payez  d'un  mois;  et  voyant,  monsieur  de  Hontmor, 
ensemble  les  gens  de  bien  qui  estoient  avecques  Iny,  estre  en 
ceste  nécessité,  et  que  sans  lesdicts  gens  de  pyed  qui  estoient 
la  plus  grosse  force  qu'iiz  eussent  ilz  ne  pouvoient  fkire  résis- 
tance à  rencontre  de  la  puissance  qui  estoit  devant  eub,  fut 
ledict  sieur  de  Montmor  contrainct  de  rendre  ladicte  ville  à 
telle  composition  que  avez  esté  adverty.  Sirç,  ledit  tjkur  de 
Montmor,  avecques  le  plus  de  ses  gens  qu'il  a  peu  remonter  et 
armer,  s'en  va  vers  Saincte-Ménéhoult  sur  les  passaiges  et  le 
long  de  la  lizière  de  Lorraine  pour  flaire  et  donner  tout  l'ennuj 
et  empescbement  qu'il  pourra  aux  Bourgongnons  et  à  leurs 
vivres  principallement,  et  croy.  Sire,  qu'il  vous  y  fera  uug 
grant  service,  car  luy  et  la  pluspart  de  ses  gens  congnoisient 
ce  pays  là.  Sire,  quant  au  fait  de  Mezières,  il  ne  nous  est  venu 
aucunes  nouvelles  de  ceulx  de  dedans,  car  les  ennemys  les 
pressent  et  bâtent  merveilleusement  de  deux  cousiez  et  les 
tiennent  si  bien  encloz  qu'il  n'en  peut  sortir  personne.  Sire, 
je  prie  Nostre-Seigneur  qu'il  vous  doint  très  bonne  vie  et 
longue. 
A  Reims,  le  iij*  jour  de  septembre. 

Vostre  très  humble  et  très  hobéissant  suget  et  servyteur, 

Ghâstillor. 

A  mon  très  redoubté  et  souverain  seigneur  ^ 

Monseigneur,  par  Poton'  avez  entendu  la  composition  de 
Mouzon  et  depuis  est  icy  venu  le  sieur  de  Hontmor  qui  a  prié 
que,  en  la  présence  des  gens  de  bien  qui  y  sont,  les  cappitaines 

4.  Bibl.  nat.,  mss.  français,  vol.  2967,  p.  6.  Original. 
2.  Antoine  Raffin,  dit  Poton,  écuyer,  s^*  de  Puychaunais. 


APPENDICE.  441 

et  cbefz  des  bandes  estans  audict  Mouzon  avecques  luy  fussent 
oyz,  ce  que  j*ay  bien  voulu  ;  et  après  avoir  le  tout  entendu  vous 
asseure  qu'ilz  n'en  ont  dit  chose  dont  il  sceust  avoir  reprouche 
ne  blasme,  mais  y  a  fait  tout  ce  que  homme  de  bien  peut, 
s*offirant  tousjours  de  mourir  le  premier  à  la  bresche,  et  sans 
estre  contrainct  par  les  gens  de  pyé  ne  fust  point  venu  là  de 
ceste  sorte,  mais  d'avoir  à  combatre  ceulx  de  dedans  et  de 
dehors  luy  estoit  trop  difficile;  car  nomméement  la  pluspart 
des  gens  de  pyé  et  presque  tous,  luy  dirent  que  sans  estre  paiez 
d'un  moys  après  le  premier  coup  de  canon  tyré  ilz  ne  comba- 
troient  point  et  ne  feroient  guect  ne  escoute,  ne  iroyent  sur  la 
muraille,  quelque  remonstrance  que  leur  peussent  faire  leurs 
cappitaines,  lesquelz  y  ont  fait  ce  qu'ilz  ont  peu.  Et  à  ceste 
cause  voyant  par  ledict  sieur  de  Montmor  que  impossible  luy 
estoit  de  résister,  ne  plus  tenir,  par  l'opinyon  de  tous  les  gen- 
tilzhommes  et  gens  de  bien  estans  avecques  luy  y  a  fait  ce  que 
voyez  et  avez  peu  savoir.  Au  demeurant,  Monseigneur,  voyant 
qu'il  est  merveilleusement  en  bonne  voulenté  de  vous  faire  bon 
service  et  se  revancher  luy  ay  donné  commission  d'assembler 
de  sa  compaignie  ceulx  qui  pourront  recouvrer  harnois  et 
cbevaulx  à  Saincte-Menehoust,  et  avecques  celle  de  monsieur  de 
Florenges  se  retirer  vers  la  rivière,  sur  les  passaiges  et  au 
quartier  de  Lorrayne,  dont  viennent  les  vivres  des  Bourgui- 
gnons, pour  leur  rompre  chemyn  et  faire  le  plus  d'ennuy  qu'il 
pourra.  Monseigneur,  je  supplye  le  Créateur  vous  donner  très 
longue  vye  en  très  bonne  santé. 
De  Reyms^  ce  liij*'  jour  de  septembre. 

Vostre  très  humble  et  très  hobeyssant  suget  et  servyteur, 

Charles. 


VI. 


(Voir  p.  393.) 

Lettres  du  Roi,  de  Louise  de  Savoie,  de  Bayart,  de 
Montmorency,  du  maréchal  de  Châtillon,  de  Charles 
duc  d'Alençon,  de  Jean  d'Albret,  seigneur  dOr- 


ki%  APPSNDICB. 

valt  de  Robert  de  la  Marck  et  de  René,  grand  bâtard 
de  Savoie,  relatives  au  siège  de  Méziêres  (1521). 

A  mon  très  redouté  et  souverain  seigneur  ^ 

Monseigneur,  pour  ce  que  je  n'ay  point  encores  eu  de  res- 
ponse  3e  monsieur  d'Onral  s'il  viendroit  ou  non,  doubtantque 
par  faulte  de  donner  prompte  provision  aux  places  Ton  peut 
estre  surplus,  j'ay  ce  matin  assemblé  messeigneurs  le  mares- 
chai  de  Ghaslillon,  cappitaine  Bayart  et  les  autres»  lesquelz 
j'ayoyz  envoyez  visiter  Mezières,  et  après  avoir  ouy  leur  rap- 
port combien  que  de  ceste  heure  elle  ne  soit  en  estât  d'attendre 
ung  siège,  ledit  sieur  de  Bayard  pense  que  estant  dedans 
avecques  sa  compagnie,  celle  de  monsieur  d'Orval,  qui  y  est, 
et  les  bandes  du  baron  de  Montmoreau  et  Boucal,  qu'il  la 
pourra  garder.  À  ceste  cause  les  ay  incontinent  depeschez  pour 
les  y  envoyer,  saicbant  que  si  les  Bourguignons  passent  oultre 
on  pourra  tousjours  retirer  ses  bandes.  Monseigneur,  j'euz 
hier  soir  nouvelles  que  leur  siège  est  devant  Bouillon,  mais  ce 
ne  sont  que  les  Lyegois  ;  toutesfois  aux  gens  qui  sont  dedans 
la  place,  je  ne  fais  nul  doubte  qu^elle  ne  soit  incontinant  prinse. 
D'avantaige  l'autre  bande  ie  leur  armée  devoyt  aujourd'huj 
venir  coucher  à  Donzy',  qui  n'est  que  à  une  bonne  lieue  de 
Mouzon,  qui  sont  toutes  les  nouvelles  que  j'ay  entendu,  fors 
ce  que  vous  dira  ce  porteur  qui  en  vyent,  auquel  j'ay  fait 
bailler  la  poste  afin  que,  s'il  vous  plaist  de  Touyr,  vous  entendez 
à  la  vérité  où  est  le  roy  cathollcque  et  de  ses  entreprinses. 
Monseigneur,  quant  au  surplus  j'ay  envoyé  la  bande  de  Poif- 
fou  à  Mouzon,  où  il  y  a  bien  deux  cens  cinquante  hommes  et 
aujourd'huy  ay  mandé  au  sieur  de  Montmor  lever  jusques  à 
mille  hommes  de  pyè  parce  que  des  gens  de  cheval  il  ne  peut 
avoir  que  sa  compagnie.  Qui  sera  pour  la  fin,  après  vous  avoir 
supplyé.  Monseigneur,  vouloir  donner  ordre  au  fait  de  l'argent 
car  nous  en  sonunes  fort  pressez  icy  et  n'a  l'on  envoyé  à  mon- 

1.  Bibl.  nat.,  rass.  français,  vol.  2962,  p.  99.  Original. 

2.  Douzy,  arrondissement  de  Bedin  (Ardennes). 


APraifDiCE.  443 

sieur  le  général  que  des  parties  en  papier  qui  ne  sont  ayséea  à 
recouvrer  soubdainement.  Monseigneur,  je  supplye  le  Créateur 
vous  donner  très  longue  vie  en  très  bonne  santé. 

De  Reims,  ce  iiij*  jour  d^aoust. 

Vostre  très  humble  et  très  hobéyssant  suget  et  serviteur, 

GflAELES. 


[Au  Roi^] 

Sire,  j'ay  receu  à  ce  soir  les  lettres  qu'il  vous  a  pieu  m'es- 
cripre  du  premier  jour  de  ce  mois,  par  lesquelles^  Sire,  je  vois 
bien  qu'on  vous  a  donné  à  entendre  que  ceste  ville  de  Mai- 
sières  n'est  pas  tenable  ni  gardable.  Toutesfois,  Sire,  il  me 
semble  que  je  suis  aussy  creable  de  ceste  affaire,  qui  suis  gou- 
verneur et  vostre  lieutenant  en  ce  pays  passé  a  xxxvi  ans,  que 
ceulx  qui  n'y  furent  jamais,  et  croy  que  vous  avez  bien  ceste 
fiance  en  moy  que  ne  vouldroys  perdre  voz  gens  ne  vostre 
artillerie  ne  moy  avecques,  ne  les  mettre  en  hasard  que  ne 
feust  à  bonne  cause  et  qu'il  soit  ainsi  que  je  dis  vray.  Sire,  et 
qu'en  ce  qu'on  vous  a  escrlpt  c'est  par  des  gens  qui  ne  con- 
gnoissent  pas  la  ville  ne  le  pays.  Il  a  pieu  à  Monseigneur  ' 
envoyer  en  cestedicte  ville  depuis  quatre  ou  cinq  jours  mes- 
sieurs de  Bayart,  le  bailly  de  Gaen^  Pierrepont  et  maistre  de 
l'artillerye  Suzanne  qui  l'ont  trouvée  telle  qu'elle  ne  se  doibt 
habandonner,  mais  chèrement  garder  pour  l'importance  de 
vostre  royaume  et  qu'elle  le  vault  et  est  bien  tenable  avecques 
les  réparations  qu'on  y  faict  et  avecques  les  gens  et  artillerie 
que  j'ay  demandez,  et  tel  a  esté  leur  rapport  faict  à  mondict 
seigneur  comme  pourrez  veoir  par  ses  lettres  qu^il  m'a  depuis 
escriptes  après  avoir  ouy  leur  dit  rapport  et  croy  qu'il  ne  tien- 
dra à  mondict  seigneur  qu'il  ne  soit  pourvu  à  toutes  choses 
comme  il  appartient  et  que  cestedicte  ville  ne  soit  bien  gar- 
dée. Toutesfois,  Sire,  vostre  bon  plaisir  en  soit  faict,  car,  sup- 
posé que  je  y  perde,  la  perte  sera  trop  plus  grande  ppur  vous 

1.  Bibl.  nat.,  mss.  Glairambault,  vol.  319,  p.  6089.  Copie. 

2.  Le  duc  d*Alençon. 


444  APPENDICE. 

que  pour  moy,  et  s'il  tous  plaist  ainsy  il  me  doibt  bien  plaire. 
Sire,  vous  saurez  le  demourant  par  ce  gentilhomme  présenl 
porteur  que  j'envoye  pour  ceste  cause  vers  vous  lequel  il  vous 
plaise  croire.  Sire,  je  prie  à  Dieu  qu'il  vous  doint  très  bonne 
yie  et  longue. 

Escript  de  Maizières,  le  iiij«  jour  d'aoust 
Vostre  très  humble  et  très  hobeissant  subject  et  senîteur, 

D'Albbabt. 

[AuRoi^] 


Sire,  il  se  fait  diligence  extresme  en  ceste  ville  de  Maizières 
de  la  pourveoir  et  remparer  en  telle  manière  que  j'espère  que 
si  nous  avons  encores  loisir  de  dix  ou  douze  jours  elle  nous 
fera  tel  service  que  vous  en  contenterez  aultant  que  de  lieu  où 
vous  ayez  mis  vostre  argent.  Monseigneur  m'a  envoyé  Tartil- 
ierie  que  je  demandoys  et  les  gens  pareillement  qui  seront  icy 
aujourd'huy  ou  demain,  et  dès  hyer  arrivèrent  messieurs  de 
Bavard  et  baron  de  Montmoreau,  et  ^us  advertis.  Sire,  que 
vous  avez  icy  une  compagnie  de  gens  qui  sont  bien  délibérez 
de  vous  faire  service.  Sire,  j'ay  souvent  adverty  mondict  sei- 
gneur de  tout  ce  quUl  m'est  venu  depuis  que  je  suis  icy  pour 
vous  en  advertir  encores  promptement,  luy  envoyé  quelques 
autres  advertissements  pour  les  vous  envoyer.  Sire,  je  prie  à 
Dieu  qu'il  vous  doint  très  bonne  vie  et  longue. 

Escript  à  Maizières,  ce  8*  jour  d'aoust. 

Vostre  très  humble  et  très  obéissant  subget  et  serviteur, 

D'AXKBBBT. 

[Au  Roi^] 


Sire,  Ton  a  mis  dedans  Mézières  ii^  hommes  d'armes  et 
II*"  hommes  de  pied  qui  est  au  plus  qu^on  y  «auroit  mectre  pour 

1.  Bibi.  nat.,  mss.  Glairambault,  vol.  319,  p.  6153.  Copie. 

2.  Bibi.  nat.,  mss.  français,  vol.  2975,  p.  17.  Original. 


APPENDICE.  «i&S 

la  deflendre  sans  espérance  de  secours,  car  ilz  sçavent  bien  que 
nous  ne  les  sçaurions  secourir  de  ce  que  nous  aurons  icy  ;  et  à 
ce  qullz  mandent  tous  les  jours  Je  pense  qu'elle  se  deffèndra 
et  qu'ilz^  ne  l'emporteront  point  qui  ne  leur  oousle  du  temps 
beaucoup,  et  cependant  si  yoz  Suysses  venoient  je  ne  ditz  pas 
que  on  ne  essayast  bien  de  les  lerer^.  Quant  à  Mouzon,  il  n'est 
si  bien  equippé,  car  il  n^a  sceu  avoir  que  m  ou  iiir^  aventu- 
riers, le  reste  jusque  à  mil  hommes  ce  sont  gens  du  pays,  et  n'a 
compaignie  de  gens  d'armes  que  la  sienne.  Pour  ceste  raison 
je  feiz  hier  partir  la  gendarmerie  qui  pourront  estre  environ 
iii<:  hommes  d^armeset  iront  jusques  aux  portes  dudict  Mouzon 
qui  les  favorisera  fort,  et  d'adventaige  ilz  mectront  xxx  hommes 
d'armes  de  la  bende  de  Monseigneur,  de  monseigneur  de 
Guyze  et  de  la  myenne,  et  ne  sçauroient  venir  audict  Mouzon 
que  les  Bourgongnons  ne  les  veoient  entrer  dedans,  mais  la 
rivière  de  Meuze  est  entre  deux  et  ne  bougeront  lesdicts  gens 
d'armes  de  là  autour  quUlz  ne  veoient  ce  que  lesdicts  Bourgon- 
gnons vouldront  faire.  Et  s'ilz  passent  la  rivière  leur  rom- 
pront les  vivres  et  feront  tous  les  ennuyz  que  possible  leur 
sera.  Mondict  sieur  de  la  Roche'  s^en  va  demain  au  matin  après 

qui  aydera  à  conduire  cela 

Sire,  je  prie  Nostre-Seigneur  qu'il  vous  doint  très  bonne  vie 
et  longue. 

A  Reims,  le  xiij*  jour  d'aoust 

Vostre  très  humble  et  très  hobeyssant  suget  et  servyteur, 

Chastillon. 

Au  Roy,  mon  souverain  seigneur^. 

Sire,  tant  et  si  très  humblement  que  je  puis  me  recom- 
mande à  vostre  bonne  grâce.  Sire,  j'ay  receu  la  lettre  qu'il 

1 .  Les  ennemis. 

2.  De  faire  lever  le  siège. 

3.  Anne  de  Montmorency,  s^  de  la  Hochepot  ou  de  la  Roche  du 
Maine. 

4.  Bibl.  nat.,  mas.  français,  vol.  2975,  p.  21.  Original.  Publié 
dans  la  Vie  de  Bayart  par  M.  de  Terrebasse. 


446-  APPENDICE. 

VOUS  a  pieu  m'escripre  par  laquelle  me  fliîctes  açavoir  que 
moDseigueur  d'Alençon  vous  a  escript  la  bonne  volante  que 
j'ay  à  vous  faire  service  et  mesmement  en  Paffero  de  Mesières, 
là  où  je  suis  venu,  où  j'ay  treuvé  monsieur  d'Orval,  lequel  n'en 
a  point  bougé  et  y  a  donné  si  bon  ordre  que  je  n'y  auray  pas 
grant  peyne  :  toutesfois  si  TafiTere  y  venoit  là  ou  ailleurs  vous 
me  trouverez  vray  gentilhomme.  Sire,  je  prie  à  Dieu  qu'il  vous 
doint  très  bonne  vie  et  longue. 

A  Mesiëres,  le  xiij  d'aoust. 

Vostre  très  humble  et  très  obéissant  subget  et  serviteur, 

Batàet. 


A  Monseigneur,  Monseigneur  duc  d'Alençon  * . 

Monseigneur,  ce  jourd'uy,  environ  l'heure  de  mydy,  sont 
venuz  quinze  ou  seize  enseignes  de  messieurs  les  Bourgui- 
gnons devant  ceste  ville  à  ung  gect  d*arc  près  de  nous,  toutes- 
foiz  ne  nous  ont  point  encores  salluez  d'artillerye,  combien 
qu'ilz  nous  ont  assiégez  de  deux  costez,  et  croy  que  si  n'eus- 
sions brullé  les  faulxbourgs  qu'ilz  feussent  de  ceste  heure 
dedans.  Nous  vous  en  avons  bien  voullu  adverlir  pour  vous 
fère  tousjours  entendre  de  noz  nouvelles,  vous  advisant,  Mon- 
seigneur, que  Targent  est  venu  si  bien  à  point  qui  n'y  a  oelluy 
en  la  compaignye  qui  n'ait  merveilleusement  bonne  volenté  de 
bien  servir  le  roy.  Monseigneur,  nous  mectr[ons  peine]  d'enc- 
tendre  tousjours  nouvelles  de  noz  eùnemys  pour  vous  eu 
advertir,  ensemble  de  ce  qui  surviendra,  le  plus  souvent  que 
nous  pourrons.  Qui  sera  fin  de  lettre,  suppliant  Nostre-Sei- 
gneur,  Monseigneur,  vous  donner  très  bonne  et  longue  vie. 

A  Mesuères,  ce  ijendredy  au  soir^. 

Vos  très  humbles  et  très  obéissons  serviteurs, 

Baiart.  —  MonillO&AMCT. 

1.  Bibl.  nat,  ms.  français,  vol.  2%7,  p.  32.  Original  publié  par 
M.  de  Terrebasse,  p.  465. 

2.  C'est  le  vendredi  30  août  1521  que  commença  le  siège  de 
Mézîères  et  que  cette  lettre  fut  adressée  au  duc  d'Aiençon. 


APPEimicv.  447 


Au  Roy,  mon  souyerain  seigneur  ^ 


Sire,  j'ay  présentement  eu  lettres  venues  de  Meziëres  de 
monsieur  de  la  Roche  et  de  Bayard  où  ilz  m^escriprent  que  dès 
yendredy  les  Bourgongnons  les  sont  venuz  assiéger,  mais 
encores  ne  tire  leur  artillerie  à  cause  que  le  feu  est  dedans  les 
faulxbourgs  qui  les  garde  de  aproucher.  J'ay  eu  à  ceste  heure 
lettres  de  mon  lieutenant  qui  est  à  Rethel  que  ceste  nuyt  sont 
parties  deux  bendes  de  noz  gensdarmes.  Tune  Ta  droit  audict 
Meziëres  pour  entendre  des  nouvelles  s'il  est  possible  et  l'autre 
va  entre  Sedan  et  ledict  Meziëres  pour  veoir  s*ilz  departiroient 
point  leur  armée  pour  aller  en  quelque  autre  endroit;  et  sans 
point  de  faulte,  avecques  le  peu  de  gens  qu'on  a,  on  fait  ce 
qu'on  peut,  mais  ce  n'est  pas  que  la  pouvre  gendarmerie  ne 
soit  fort  foullée,  parquoy.  Sire',  sMl  vous  plaist  ferez  haster 
celle  qui  est  ordonnée  venir  par  deçà 

Sire,  je  prie  Nostre-Seigneur  qu'il  vous  doint  trës  bonne  vie 
et  longue. 

A  Reims,  le  premier  jour  de  septembre. 

Vostre  très  humble  et  trës  hobeissant  suget  et  servyteur, 

CflASTlLLON. 

A  Monsieur,  Monsieur  le  mareschal^. 

Monsieur,  nous  avons  receu  vostre  lettre  et  sommes  trës 
aises  de  ce' que  les  forces  du  roy  sont  ensemble,  vous  adver- 
tissans  que  depéys  deux  ou  troys  jours  noz  ennemys  ne  nous 
ont  pas  tant  pressez  d'artillerye  comme  ilz  faisoient  par  avant 
et  ne  savons  si  c'est  par  faulte  d'amonycion  ^  ou  de  craincte 

1.  Bibl.  nat.,  mss.  français,  vol.  2968,  p.  11.  Original.  Publié 
par  M.  de  Terrebasse. 

2.  Bibi.  nat.,  mss.  français,  vol.  2962,  p.  18.  Original.  C'est  au 
maréchal  de  Ghàtillon  qu'est  adressée  cette  lettre;  elle  a  été 
publiée  par  M.  de  Terrebasse  comme  adressée  au  duc  d'Alençon 
(p.  464). 

3.  Amonyciony  munition. 


i&8  APPENDICE. 

qu'ilz  ont  de  l'armée  dudict  seigneur.  Au  surplus.  Monsieur, 
quant  à  ce  que  nous  mandez  si  nous  pouvions  tenir  jusques 
vers  TafBn  de  cesle  sepmaine,  nous  ne  vous  y  mectrons  point 
de  terme,  mais  vous  supplions  croire  que  ce  sera  tant  que 
nostre  honneur  et  noz  vies  se  pourront  estandre  pour  le  service 
du  maistre.  Qui  sera  TafOn  de  lettre,  suppliant  Nostre-Sei- 
gneur,  Monsieur,  tous  donnez  bien  bonne  et  longue  vie. 
A  Mesuëres,  ce  mardy  à  dix  heures  de  nuyt^ 

Voz  plus  humbles  serviteurs, 

MONTMORAIIGT.  —  BaTABT. 


[A  Monsieur  le  baillif  de  Gaen  '.] 

Monsieur  le  baillif,  je  me  recommande  bien  fort  à  yostre 
bonne  grâce.  Je  vous  admise*  pour  le  commencement  de  ma 
lettre  que  nous  la  ferons  assez  courte  pour  ce  que  nous  escrip- 
vons  au  Roy  tout  au  long  comme  vous  voirez,  mais  bien  vous 
veuil  advertir  que  nos  ennemis  ont  déjà  bien  grant  faim  aui 
dents  et  ne  leur  vient  plus  de  vivres  par  terre,  c*il  ne  leur  en 
vient  par  mer;  et  contraignons  de  faire  dilligence  tant  de  bat- 
terie que  d'autre  chose,  dediligenter  de  leurs  affaires,  et  espère 
que  tout  viendra  si  bien  à  l'honneur  du  maistre  que  ses  enne- 
mis el  les  nostres  y  auront  dommaige  et  honte,  et  ne  sçayent 
pas  bien  comment  entendre  cette  famine  icy  et  Tennuy  qu'on 
leur  fait.  Des  ^  nouvelles  de  Mezières,  ilz  ont  faict  une  merveil- 

1.  Le  maréchal  de  Ghâtillon  envoya  la  lettre  précédente,  à  loi 
adressée,  au  roi  en  raccompagnant  d'une  *  lettre  dont  noas 
extrayons  le  passage  suivant  : 

c  Sire,  à  ce  matin  ay  eu  lettre  du  bailiy  de  Gaen  et  mon  lieute- 
nant de  quelque  petite  exécution  gui  fut  faicte  hier  ainsi  que 
pourrez  voir  par  les  lettres  dudict  bailiy  que  monseigneur  vous 
envoyé;  pareillement  celle  de  messieurs  de  la  Roche  et  de 
Bayard  par  lesquelles  pourrez  aussi  entendre  comme  ils  se  portent 
dedans  leur  ville  qui  n'ont  que  bien,  Dieu  mercy.  »  9  septembre. 
(Blbl.  nat.  mss.  Glairanabault,  320,  p.  6747.) 

2.  Bibl.  nat.,  mss.  Glairambault,  vol.  321,  p.  6871.  Copie. 

3.  Des,  quant  aux. 


APPENDICE.  &49 

leuse  batterie  toute  ceste  nuit  et  tout  ce  jour,  mais  en  récom- 
pense de  cela  ilz  ont  eu  de  la  pluye  tout  leur  sou,  que  je  croy 
que,  s*il  continue  dans  ce  pays,  ce  ne  sera  pas  leur  avantaige. 
Ils  ont  esté  toute  oeste  nuyt  icy  nous  faire  une  alarme,  la  plus 
grosse  qu'ils  se  sont  pu  adviser,  mais  ce  qu'ils  y  ont  gangné 
ne  leur  coustera  guëres  à  emporter.  Monsieur  le  bailly,  je  vous 
prie  que  me  mandez  de  yoz  nouyelles,  qui  sera  la  fin  de  ma 
lettre,  en  tous  disant  à  Dieu,  qui  vous  doinl  tout  ce  que  désirez. 
A  Sedan,  ce  xx®  jour  de  septembre. 

Geluy  qui  est  et  sera  le  meilleur  de  yos  amis, 

Robert  db  la  Mabchb. 


A  Monsieur  de  la  Rochepot,  mon  bon  frère  et  ami  ' . 

Mon  bon  frère,  j'ay  reçeu  voz  lettres  par  ce  porteur  et  aupa- 
ravant vous  en  avois  escript  unes  que  ay  depuis  %çeu  ne  vous 
ont  encore»  esté  envoyées  et  baillées  avec  ces  présentes.  Mon 
bon  frère,  je  vous  asseure  que  avez  faict  très  aise  le  Roy  et  la 
compaignie  des  bonnes  nouvelles  que  luy  avez  mandées,  et  est 
â  croire  que  les  ennemys,  veu  la  constance  et  preudbommie 
qu'ilz  voyent  en  ceulx  à  qui  ilz  ont  affaire,  qui  ne  les  craignent 
guières,  quilz  se  retireront,  et  y  a  de  l'apparence  puis  qu'ilz 
conmiencent  à  deslouger  leur  artillerie  comme  escripvez.  Vous 
sçaurez,  mon  bon  frère,  toutes  nouvelles  par  ce  pourtour  qui 
me  gardera  vous  faire  plus  longue  lettre  et  à  tant  prie  à  Dieu 
vous  donner  ce  que  désirez. 

A  ce  matin  est  arrivé  Monsieur  le  connestable  qui  s'en  est 
retourné  pour  haster  sa  compagnie  qui  de  brief  sera  icy  et 
nostre  force  assemblée  pour  vous  aller  veoir  de  plus  près. 

Escript  à  Sainct-Tbierry,  le  xxvj^  jour  de  septembre. 

Vostre  bon  frère  et  amy. 

Le  bastard  de  Savotb^. 

4.  Bibl.  nat.,  mss.  Glairambault,  vol.  324,  p.  6947.  Copie. 

2.  René  de  Savoie,  grand  bâtard  de  Savoie,  comte  de  Villars, 
lils  de  Philippe  II,  duc  de  Savoie,  et  de  Libéria  Portoneria.  Il 
épousa  Anne  Lascaris,  dame  de  Tenda,  et  mourut  en  1524. 

29 


450  ÀPPSIfDIGE. 

[A  Messieurs  de  Montmorency  et  Bajart  ^] 

Montmorency  et  vous  Bayart,  j'ay  veu  ce  que  tous  m*avez 
escript  et  faîct  sçavoir  par  le  cappitaîne  Ilerrepont,  lequel  je 
vous  renvoyé,  et  sachant  que  vous  le  croirez^e  ce  qu'il  vous 
dira  je  ne  vous  diray  autre,  fors  que  je  vous  aillTertis  que  non 
seullement  je  suis  content  de  vous,  mais  povez  estre  seurs  que 
j'en  fèray  telle  démonstration  que  tout  le  monde  le  cognoistra. 
Priant  Dieu  qu'il  vous  ait  en  sa  saincte  garde. 

Escript  à  Sainct-Thierry,  ce  xxvj«  jour  de  septembre. 

FaANÇOTS.    —   ROBBETST. 


[Au  Roi».] 

Sire,  à  ce  matin  est  arrivé  l'une  des  espies  que  la  Roche  du 
Mayne  a  accDuslumé  tousjours  d'envoyer,  qui  est  bien  seur, 
qui  dit  que  hier  environ  neuf  heures  du  matin  les  deux 
bandes,  c^est  Assavoir  le  comte  de  Nanssou  et  Francisque  se 
Jettèrent  aux  champs  en  bataille  et  parlèrent  ensemble,  lediel 
sieur  de  Nanssou  et  Francisque  ayans  grosses  paroUes  en- 
semble et  reproches,  en  façon  que  le  comte  de  Hom  el  le 
comte  de  Félix  furent  contraints  eub  getter  entre  deux,  autre- 
ment se  Touloient  courir  sus,  et  dirent  tous  deux  que  jamais 
ne  seroient  au  service  de  l'empereur  Ton  avecques  l'autre,  et 
ledict  espie  dit  qu'il  vit  ledit  Francisque  mareher  droit  à  Don- 
chery.  Sire,  ledict  espie  dit  davantage  que  au  camp  duditsieor 
de  Nanssou  le  bruit  est  tout  commun  qu'ils  s'en  vont  à  Tour- 
nay,  disant  que  l'empereur  l'a  assiégé,  et  ce  ne  fust  cela  qu'ils 
ne  de  fussent  encore  levez  de  devant  Mezières.....  Ce  sont  nou- 
velles d'espies  ;  vous  les  prendrez  pour  le  poix  qu'on  le  mes  a 

baillées Sire,  je  prie  Nostre-Seigneur  qu'il  vous  doint  très 

bonne  vie  et  longue. 

De  Rhetel,  le  26*  jour  de  septembre. 

Vostre  très  humble  et  très  obéissant  serviteur, 

GHlSTILtOll. 

1.  Bibl.  nat.,  mss.  GlairambauU,  vol.  321,  p.  6945.  Copie. 

2.  Bibl.  nat.,  mss.  Glairambault,  vol.  321,  p.  6949.  Ck)pie. 


APPENDICE.  451 


[AuRoi^] 

Sire,  présentement  est  arrivé  ung  homme  que  messieurs  de 
la  Roche  et  Bayard  m*ont  envoyé,  par  lequel  m'ont  mandé  que 
le  camp  des  Bourguignons  s'en  va  tirant  le  chemin  de  Guyse 
et  que  la  bende  de  Francisque  s*est  revenue  joindre  avecques 
eulx,  et  n'y  a  riens  plus  vray  que  hier  ilz  se  séparèrent  et 
quMls  eurent  les  parolles  que  vous  ai  escriptes  et  en  sçavent 
nos  gens  la  vérité  par  deux  hommes  de  la  bende  des  Espai- 
gnolz  qui  sont  venus  en  leur  camp.  Sire,  au  chemyn  qu'ils 
prennent  il  semble  qu'ils  veullént  tenir  le  chemyn  dudict 
Guyse,  toutesfois  ledict  sieur  de  la  Roche  et  Bayard  m'ont 
mandé  que  à  ce  qu'ils  ont  entendu  qu'ils  ont  entreprinse  sur 
Sainct-Quentin,  par  quoy,  Sire,  adviserez  d'y  faire  pourveoir. 
Sire,  ils  ont  envoyé  dedans  Mouzon  quatre  enseignes  de  gens 
de  pyed,  c'est  à  savoir  Grant-Jehan  le  Picard,  Grant-Jehan  des 
Bordes,  le  beau  Yauldray  et  le  bailly  de  Haynault.  Sire,  il  me 
semble  qu'ilz  ont  mis  ces  bendes  là  dedans  que  c'est  pensant 
que  vous  y  veuillez  amuser  pour  la  reprendre  et  cependant 
qu'ils  aillent  faire  leur  effort  audict  Sainct-Quentin  ou  à  Tour- 
nay  ;  parquoy,  Sire,  me  semble  que  y  devez  prendre  une  bonne 
résolution,  car  je  ne  crains  que  le  temps  qui  vous  contraigne. 
Vous  manderez  vostre  J)on  plaisir  et  on  mectra  peine  de  l'ac- 
complir* 

A  Rethel,  le  xxvij*  jour  de  septembre. 

Vostre  très  humble  et  très  obeyssant  suget  et  serviteur, 

Ghistillon. 

De  par  le  Roy'. 

Très  chers  et  bien  amez,  nous  avons  esté  présentement 
advertis  que  nos  ennemys  et  de  nostre  royaume  estans  en 
grand  nombre  tant  de  cheval  que  de  pyé  et  grosse  bande  d'ar- 

4.  Bibl.  nat.,  mss.  Glairambault,  vol.  321,  p.  6955.  Gopie. 
2.  Bibl.  nat.,  mss.  Glairambault,  vol.  321,  p.  6975.  Gopie. 


452  APPENDICE. 

tillerie  devant  Mezières  et  l'avoir  ung  mois  durant  tenue  assié- 
gée, voyans  les  provisions  par  nous  faictes  pour  assembler  en 
toute  diligence  toute  nostre  force  et  autres  choses  nécessaires  à 
la  conduite  d'icelle,  et  ayant  à  leur  barbe  mys  dedans  ladicte 
ville  de  Mezières  le  sieur  de  Lorges  avec  mil  hommes  de 
pyé  desquels  il  a  la  charge  sans  ce  qu'ils,  ayent  fait  aucun 
semblant  de  le  vouloir  empescher,  ayant  pareillement  eu  nou- 
velles par  leurs  espies  de  la  délibération  par  nous  prise  de 
marcher  et  nous  mettre  en  camp  pour  nous  approucher  et  que 
pour  ce  faire  avons  fait  dresser  ledict  camp  et  pris  en  icelluy 
logeiz  pour  toute  nostredicte  force  et  armée  qui  est  de  deux 
mil  honmies  d'armes,  douze  mille  Souysses  et  vingt  quatre  mil 
hommes  de  pyé  françois  avecques  grosse  bende  d'artillerie,  et 
ayant  fait  lesdicts  ennemis  le  plus  grand  et  le  plus  gros  effort 
qu'il  est  possible  de  faire  contre  icelle  ville  et  y  avoir  tiré  quatre 
mil  coups  de  canon  et  longues  couleuvrines  et  fait  bresche  rai- 
sonnable pour  y  donner  Tassault,  n'ayant  jamais  l'osé  entre- 
prendre ne  exécuter,  quelque  apprest  que  ils  eussent  fait  sur 
le  bord  du  faussé,  tant  d'escbelles,  de  fagots  que  autres  choses 
à  ce  requises;  et  après  avoir  fait  tout  ce  que  faire  se  pouvoit 
jusques  à  les  assaillir  et  essayer  d'y  entrer,  hier  matin  sca- 
chans  que  nous  estions  sur  nostre  partement  pour  aller  en 
nostredit  camp  et  les  approucher,  ils  se  sont  levez,  deslogez 
et  retirez  honteusement,  habandonnant  leur  siège,  au  plus 
grand  désordre  et  confusion  que  feirent  oncques  gens  de  guerre 
et  se  sont  séparez  en  deux  bandes  et  pris  deux  chemins,  c'est 
asçavoir  le  sieur  de  Nanssou  le  chemin  de  Dynan  et  Francisque 
cellui  qu'il  avoit  fait  quant  il  vint  et  s'en  vont  en  grand  mur- 
mure et  malcontantement  les  ungs  des  autres,  mourans  de 
faim  sans  victuailles  ne  payement;  vous  advisant  que  s'ils 
eussent  encore  demouré  deux  jours  nous  les  eussions  approu- 
chez  de  si  près  que  pour  le  moins  leur  artillerie  y  fust  demou- 
rée.  Desquelles  choses  nous  avons  bien  voulu  vous  advertir 
pour  estre  nouvelles  telles  que  de  leur  cousté  se  peut  tenir  la 
guerre  faillie  et  qu'il  touche  maintenant  à  nous  pour  le  leur 
rendre  si  bon  nous  semble.  Et  pour  ce  que  non-seulement 
devant  ledict  Mezières  mais  devant  nostre  ville  et  cité  de 
Parme  nous  avons  eu  et  obtenu  victoire  sur  nosdicts  ennemys 


APPENDICE.  453 

et  que  bous  tenons  et  reputons  procéder  de  Dieu  nostre  créa- 
teur qui  est  seryateur  de  nostre  cueur  et  qui  congnoist  nostre 
bonne  intencion  et  juste  querelle,  nous  vous  prions,  requérons 
et  mandons  que  incontinant  ces  présentes  receues  vous 
vueillez  envers  nostredit  Créateur  en  rendre  et  faire  rendre 
grâces,  iouenges  et  mercys  et  par  prières,  oraisons  et  autres 
démonstrations  de  joye  aecoustumées  estre  faictes  en  tel  cas 
inciter  nostre  peuple  à  continuer  Jesdictes  prières  en  manière 
qu'il  plaise  à  nostredict  Créateur  préserver  et  garder  nous  et 
nos  armées,  nous  donner  victoire  contre  nos  ennemys  ou  les 
humilier  de  venir  à  paix  honnorable,  seure,  prouâteble  pour 
nous  et  nostre  royaume,  à  l'honneur,  proufHt,  repos,  utilité  et 
soulagement  d'icelluy  et  de  nostre  peuple  qui  est  la  chose  de  ce 
monde  que  plus  désirons. 

Donné  à  Sainct-Thierry,  le  xxviij'  jour  de  septembre. 

FaANÇOTS. 

A  Monsieur  le  trésorier  Robertet^ 

Monsieur  le  trésorier,  j'euz  hier  deux  lettres  de  vous,  l'une 
escripte  à  Athygny  et  l'autre  à  Rethel  :  par  la  première  vous 
me  faictes  savoir  comme  les  ennemys  sont  encores  vers  Ver- 
vins,  de  la  bonne  santé  du  roy,  ce  qu'il  a  faict  au  camp  des 
Suisses  et  ce  que  vous  a  dit  votre  nepveu  de  ma  part,  la  venue 
de  Baiard  et  Montmorency  vers  ledict  seigneur-,  par  l'autre 
l'arrivée  dudict  seigneur  à  Rethel,  ce  qu'il  a  sceu  de  la  néces- 
sité de  Toumay  et  le  renvoy  qu'il  a  fait  du  cordelier  et  prestre 
secullier,  comme  ledict  seigneur  a  ordonné  que  lesdictz  Baiard 
et  Montmorency  courroient  la  part  que  estoient  les  ennemys, 
les  propoz  que  ledict  seigneur  a  tenuz  du  bon  traiclement  qu'il 
veut  faire  audict  Baiard,  du  fait  de  monsieur  d'Albanye,  ce  que 
ledict  seigneur  avoit  sceu  d'Ytalie  et  des  Suisses 

Monsieur  le  trésorier,  vous  congnoissez  la  bonne  nature  du 
roy  et  suis  bien  asseuré  que  pour  recueillir  gens  qui  luy  ont 

1.  Bibl.  nat.,  mss.  français,  vol.  2962,  p.  23.  Original.  Publié 
en  partie  par  M.  de  Terrebasse. 


454  APPENDICE. 

foit  tel  service  que  Baiard  et  Montmorency  qu'il  n'a  riens  oublié 
de  ce  qu'il  y  fouit  foire;  et  au  regard  du  bon  traictement  qu'il 
tient  propoz  foire  audict  Baiard  en  suis  très  aise  et  scay  bien 
qu'il  le  fera  tel  qu'il  pourra  et  aussi  est-ce  en  endroit  ou  lediet 
seigneur  ne  sçauroit  rien  perdre  d'y  user  de  sa  débonnaire  et 
grande  libéralité,  car  c'est  pour  ung  personnaige  qui  vault  et 
mérite  tant  et  tant  que  pour  luy  Ton  ne  sçauroit  trop  faire.  .  . 

A  tant  vous  direy  adieu,  Monsieur  le  trésorier,  lequel  je  prye 
vous  avoir  en  sa  saincte  garde. 

Escript  de  Meaulx,  ce  xij*  jour  d'octobre. 

LOTSB. 

VU. 

(Voir  p.  403.) 

Lettre  de  Bayart'au  Roi,  relative  à  la  campagne  de 

Picardie  {ib2i). 

Au  Roy,  mon  souverain  seigneur  * . 

Sire,  j'ay  reçeu  les  lettres  qu'il  vous  a  pieu  me  mander, 
datées  du  vu*  de  ce  moys  par  lesquelles  me  mandes  que  je 
assamble  le.plus  gros  nombre  de  gensd'armes  que  je  pourra; 
pour  aller  faire  une  grosse  course  au  pays  de  Henault,  ce  que 
je  ne  puis  faire  sans  gens  de  pié  car  il  fault  passer  par  boys  et 
par  passaiges  fort  estroitz  et  en  desca  estreen  quelque  endroicl 
la  ou  il  me  foilloit  laisser  aux  passaiges  quelque  nombre  de 
gensd'armes,  comme  je  vous  ay  adverti  par  monsieur  de  Barbe- 
zieux;  et  si  n'ay  des  bandes  qu'il  vous  a  pieu  ordonner  îcy  que 
celle  de  monsieur  de  Lorraine,  et  monsieur  de  Mullebert  avec- 
ques  celle  de  monsieur  [de]  Guyse,  et  Sepoys  qui  a  quarante  ou 
cinquante  chevaulx,  qui  est  la  plus  grosse  bande  de  cheyaux 
legiers  qui  soit  en  ce  quartier  icy.  Demain  je  partiray  d'icy 
deux  heures  devant  jour  avecques  le  nombre  que  j'ay  pour 

1.  Bibl.  nat.,  mss.  fr.,  vol.  2962,  p.  22.  Original.  Publié  par 
M.  de  Terrebasse,  p.  466. 


APPENDICE.  455 

aller  de  l'autre  costé  et  feray  le  plus  gros  bruyct  que  je  pourray 
mais  de  grand  dommaige  ne  leur  puis-je  pas  faire.  J'avoys 
amené  icy  la  bande  de  gens  de  pié  de  Longueval  pour  m'en 
cuider  aider  et  quant  je  leur  ay  parlé  de  les  mener  aux  champs 
pour  vous  faire  service  ils  m'ont  respondu  qu'ilz  n'yroient 
point  sans  argent  et  s'en  sont  allez,  et  n'y  a  pas  grand  perte 
car  ilz  n'estoient  que  soixante  ou  quatre  vlngs  qui  ne  valoient 
riens.  Sire ,  il  y  a  dans  le  Quesnoy  huit  cens  chevaulx  et  de 
piétons  de  sept  à  huict  cens  Namuroys  et  un  c.  lansquenets  et 
d'autres  gens  du  pays  jusques  au  nombre  de  trois  ou  quatre 
mille  et  vouloient  faire  quelque  course  en  ce  pays  mais  jusques 
icy  ilz  n'ont  encores  riens  £ait  et  ay  sceu  cecy  par  quelques 
paysans  qui  ont  esté  prins  en  un  villaige  des  leurs  et  par  ung 
homme  de  cheval  et  ung  varlet.  Sire,  en  passant  par  Bapames 
je  vis  les  gens  de  monsieur  de  Sorce  qui  estoient  si  nymces^  et 
si  petit  nombre  que  je  luy  ay  mandé  qu'il  ne  bougeast  de  Saint- 
Quentin.  Sire,  je  prie  à  Dieu  qu'il  vous  doint  très  bonne  vie  et 
longue. 
A  Guyse,  ce  ix^  de  novembre. 

Vostre  très  humble  et  très  obéissant  subget  et  serviteur. 

BiTART. 

VIII. 

(Voir  p.  404.) 

Lettres  de  Bayart  et  de  Lautrec,  relatives  au 
voyage  de  Gênes  (1521-1522). 

Au  Roy  mon  souverain  seigneur'. 

Sire,  a  cest'  heure  j'ay  receu  deux  paires  de  voz  lettres,  la 
première  du  m'  de  ce  moys,  l'autre  du  uiv  et  par  la  première 

1.  Nymces,  mal  équipés. 

2.  Bibl.  nat.,  mss.  français,  vol.  3005,  p.  97.  Original. 
Publié  par  M.  de  Terrebasse.  C'est  peut -être  de  la  lettre 
précédente  que  parle  Bonnivet  dans  une  lettre  à  Montmo- 
rancy,  dont  nous  extrayons  ce  qui  suit  :  c  Je  vous  envoyé  ce  que 
Monsieur  de  Bayard  escript  au  roy,  et  par  cela  congnoistrez  la 


456  APPENDICE. 

me  faictes  scavoir  que  je  m'en  aille  à  Saluées  et  par  l'autre  que 
je  m'en  aille  à  tiennes  devers  les  Gouverneur  et  Arœvesque 
dudict  lieu  pour  leur  aider  à  garder  et  conserver  la  ville  et  le 
pays,  et  que  je  foce  marcher  ma  compaignie  le  plus  dillig^nment 
qu'il  me  sera  possible  sur  les  confins  dudict  Gennes.  Sire,  vous 
scavez  que  de  la  compaignie  vous  m'en  donnastes  cinquante 
de  ceulx  de  monseigneur  de  Lorraine  quant  je  partis  d'avecques 
vous  lesquelz  estoient  encores  pour  lors  à  Saint-Quentin  et  les 
autres  cinquante  ne  sont  pas  encores  faitz  et  ne  voy  point  qu'il 
y  ait  ordre  soubdainement  de  vous  pouvoir  faire  service  de 
ladicte  compaignie  veu  que  la  moitié  est  encores  aodict  Saint- 
Quentin  ou  par  chemin  qui  s'en  alloient  en  Champaigne  en 
leur  garnison,  et  que  l'autre  moitié  n'est  pas  encores  de  tout 
dressée  et  à  cestuy-la  qui  meyne  les  cinquante  je  iuy  avoys 
donné  charge  de  dresser  le  demeurant.  Je  Iuy  escripz  qu'il  s'en 
vienne  à  la  meilleur  dilligence  qu'il  pourra  sur  les  confins 
dudict  Gennes.  Sire,  pour  ce  que  par  voz  premières  lettres  me 
mandiez  que  je  m'en  allasse  à  Saluées  pour  garder  les  passaiges, 
et  que  avant  mon  parlement  du  Daulphiné  je  dressasse  quelques 
cappitaines  de  gens  de  pié  et  que  je  leur  fisse  tenir  prestz  troys 
ou  quatre  mil  hommes  des  meilleurs  qu'ilz  pourront  recouvrer 
pour  vous  en  servir  au  lieu  et  ainsi  que  leur  ferez  scavoir,  à 
ceste  cause  je  m'en  vois  passer  par  le  Daulphiné  pour  y  donner 
le  plus  brief  et  meilleur  ordre  qu'il  sera  possible  et  ce  fait  je 
parliray  incontinent  pour  m'en  aller  audict  Gennes  bu  je  me 
essaieray  d'y  faire  ce  qu'il  vous  a  pieu  me  mander  en  actendaot 
ma  compagnie  que  ne  porra  estre  là  si  tost.  Sire,  je  prie  à 
Dieu  qu'il  vous  doint  très  bonne  vie  et  longue. 
A  Lyon,  le  vn«  de  décembre. 

Vostre  très  humble  et  très  obéissant  subget  et  serviteur. 

Batart. 

bonne  voulante  de  mes  Dauiphynois  que  je  vous  prie  faire  en- 
tendre au  roy,  afin  qu^il  soit  asseuré  qu'ilz  n'ont  moindre  voa- 
loir  de  Iuy  faire  éervice  que  leur  gouverneur.  Faictes  commander 
les  lectros  qu'il  escript  pour  le  faict  do  rarrière-ban  de  Daulphiné, 
aussy  pour  leur  faire  avoir  des  picques  et  hallebardes.  »  Bibl.  nat., 
mss.  Giairambault,  vol.  314,  p.  3403.  Copie. 


APPENDICE.  457 


A  monsieur  Tesouyer  Francisque,  conte  de  Pontremuly^ 

Monsieur  Tescuyer,  je  vous  escripvys  hier  par  vosire  homme 
et  vous  feiz  response  à  ce  que  vous  m'avez  par  luy  escript,  et 
afin  que  ne  faillez  d'estre  adverty  du  contenu  en  mesdictes 
lettres  je  veulx  bien  vous  prier  derechef  que  de  vostre  cousté 
sollicitiez  la  venue  des  lansquenets  en  la  plus  grand  xiiligence 
que  faire  se  pourra  et  que,  des  incontinent  qu'ils  seront  arrivez 
de  Gennes,  Monsieur  de  Bayart  les  m'amène,  sans  les  laisser 
séjourner  la  ne  autre  part,  par  la  voye  de  Pontremuly  ou  Valde- 
nevre,  et  m'advertissez  soigneusement,  soudainement  et  par 
divers  messaigiers,  de  leur  arrivée  et  du  chemin  qu'ils  auront 
advisé  de  tenir  affin  que  je  les  aille  recueillir  et  me  joindre  avec 
eulx.  J'escripts  à  monsieur  le  gouverneur  de  Gennes'que  des 
trois  mille  hommes  qu'il  a  présentement  à  la  solde  il  m'en 
envoyé  les  deux  mille  avecques  la  personne  du  capitaine 
Nicolo  Furgoso,  à  quoy  vous  le  conforterez' de  vostre  cousté 
luy  faisant  entendre  qu'il  a  du  cousté  de  la  marine  et  qu'il  ne 
scauroit  faire  plus  grant  ne  meilleur  service  au  Roy  pourceste 
heure  que  de  m'envoyer  lesdicts  deux  mille  hommes  avecques 
lesdicts  lansquenets,  car  si  une  fois  nous  sommes  ensemble  non 
seuUement  nous  recouvrerons  Millan  mais  ferons  que  le  Roy 
pourra  commander  par  toute  l'Ytalié,  laquelle  nous  luy  nettoye- 
rons  de  ses  ennemis.  Vous  tiendrez  la  main  que  monsieur  de 
Bayart  m'amène  lesdicts  lansquenets  incontinent  qu'ils  seront 

• 

1.  Bibl.  nat.,  mss.  Glairambault,  vol.  323,  p.  8043.  Copie.  Lau- 
trec  avait  également  informé  le  roi  des  espérances  qu'il  avait 
conçues  à  la  venue  de  Bayart  en  Italie  ainsi  que  le  témoigne 
l'extrait  suivant  d*une  lettre  qu'il  lui  adressa  à  ce  sujet  :  c  Sire, 
incontinent  que  j'ai  sceu  que  monsieur  de  Bayart  estoit  venu  à 
Gennes,  j*ay  envoyé  cinq  ou  six  messaigers  devers  luy  pour  le 
solliciter  de  me  amener  les  lansquenets,  par  la  voye  de  Pontre- 
muly ou  du  val  de  Nure,  aussi  tost  qu'ils  seront  arrivés  et  je  pas- 
seray  le  pont  que  j'ay  fait  faire  sur  le  Pau  à  l'endroit  de  cette 
ville  et  m'en  iray  joindre  avecques  luy.  »  (Bibl.  nat.,  mss.  Clai- 
rambault,  vol.  323,  p.  8127.) 


iÔ8  APPENDICE. 

aryyés  et  monsieur  le  gouverneur  de  Gennes  de  m'enyoyer 
quantité  desdicls  lansquenets,  le  capitsdne  Nicolo  Furgoso  avec 
les  deux  mille  hommes  dont  dessus  est  faict  mention.  Priant 
Dieu,  monsieur  Técuyer  qu'il  vous  doint  ce  que  plus  desirez. 

Il  me  semble  que  vous  ferez  bien  de  vous  envenir  avecques 
monsieur  de  Bayart  et  lesdicts  lansquenets  et  vous  me  ferei 
grant  plaisir;  j'escripts  présentement  au  Roy  et  envoyé  le 
pacquet  de  mes  lettres  à  monsieur  le  Gouverneur  lequel  vous 
solliciterez  de  les  envoyer  incontinent  par  courrier  exprès  ou 
par  la  posfe  ,^ 

Escript  à  Grémonne,  le  vi«  jour  de  janvier. 

Le  tout  vostre 
Odkt  db  Poix. 

Au  Roy,  mon  souverain  fleigneur^ 

Sire,  dernièrement  je  escripvis  qu'il  n'y  avoil  point  d*afibm 
en  vostre  pays  de  Gennes  et  depuys  n'y  est  riens  surveoa 
comme  vous  dira  démens,  présent  pourtour,  qui  vient  de 
Romme  et  de  voz  autres  afTeres  d'Ytalie.  Le  Gouverneur  de 
ceste  ville  vous  en  escript  tous  les  jours  cequUl  en  peult  scavoir 
de  tous  costez;  parquoy  je  ne  vous  en  mande  riens.  Sire,  je 
prie  à  Dieu  qu'il  vous  doint  très  bonne  vie  et  longue. 

A  Gennes,  le  xxii  de  janvier. 

Vostre  très  humble  et  très  obéissant  subget  et  serviteur. 

Batabt. 

Au  Roy,  mon  souverain  seigneur'. 

Sire,  j'ai  reçeu  la  lettre  qu'il  vous  a  pieu  m'escripre  faisant 
mention  que  depuis  que  je  suis  par  deçà  n'avez  point  hea  de 
mes  lettres  et  que  je  vous  escripve  là  ou  je  suis.  Sire,  il  vous 
pleust  me  mander  que  je  m'en  vinsse  incontinent  en  ceste  ville 

1.  Bibl.  nat.,  mss.  français,  vol.  2930,  p.  166.  Original.  Publié 
par  M.  de  Terrebasse. 

2.  Bibl.  nat.,  mss.  français,  vol.  2992,  p.  2.  Original.  Publié 
par  M.  de  Terrebasse. 


APPENDICE.  459 

pour  aider  au  Grouvemeur  et  à  TArcevesque  à  conduyre  leurs 
gens  de  pié  pour  la  garde  de  ceste  ville  et  du  pays  de  Gennes 
et  n'en  fusse  pas  bougé  que  je  n'en  eusse  esté  chassé  par  force 
ou  que  m'eussiez  mandé  quelque  autre  chose.  Sire,  je  vous  ay 
escript  plusieurs  fois  qu'il  n'y  avoit  point  d'afferes  icy  et  que 
j'estoys  bien  marry  de  ce  que  je  me  sejournoys  et  que  je  n'aves 
quelques  gens  pour  aller  trouver  monsieur  de  Lautrec  et  vous 
faire  quelque  service  en  vostre  duché  de  Myllan,  et  m'en  suis 
plaint  à  démens  quant  il  passa  par  cy  pour  le  vous  dire;  car 
se  j'eusse  heu  deux  ou  troys  mil  hommes  de  pié  françoys  je 
vous  eusse  fait  quelque  bon  service,  car  de  ceulx  qui  estoient 
en  ceste  ville  on  ne  les  vouloit  point  bouger  pour  la  garde  de 
la  ville.  Aussi,  Sire,  je  vous  ay  escript  que,  si  les  Soysses 
mectoient  vos  afferes  à  la  longue,  qu'il  estoit  necessere  que  envois- 
siez  cinq  ou  six  mil  hommes  de  pié  à  monsieur  de  Lautrec,  car 
s'ils  fussent  venus  il  y  a  quinze  jours,  ou  s'ils  y  estoient  à  ceste 
heure,  vous  recouvreriez  vostre  duché  de  Myllan  bien  toust,  et 
le  principal  r  est  de  y  faire  toute  dilligence  qu'il  vous  sera 
possible  et  cependant  j'ay  toujours  &it  gros  bruyt  de  sorte  que 
le  cardinal  de  Hedicis  et  vos  ennemys  auront  grand  crainte 
qu'il  n'y  eust  quelques  gens  en  ceste  ville  pour  aller  à  Florence, 
tellement  que  ledict  Cardinal  a  habandonné  Romme  pour  venir 
garder  ledict  Florence  et  y  a  fait  venir  les  gens  qui  estoient  à 
Bonlougne  tant  pour  la  crainte  du  duc  d'Urbin  que  de  celle  de 
oeste  ville.  Sire,  par  vos  lettres  me  mandes  qu'avez  escript  à 
monsieur  le  Grand  maistre  qu'il  face  bonne  dilligence  de  fere 
marcher  ung  nombre  de  Soysses  droict  à  Myllan  en  actendant 
le  demourant,  et  avez  merveilleusement  bien  fait.  Aussi  j'ay 
veu  par  vos  lettres  le  bon  ordre  qu'avez  donné  en  vos  bonnes 
villes  pour  la  préservation  de  vostre  royaulme  qui  est  une  très 
bonne  chose  et  vous  mercie  très  humblement  de  ce  que  vous  a 
pieu  le  me  fere  scavoir.  Sire,  de  tout  plein  d'autres  afferes  de 
par  deçà  monsieur  le  Gouverneur  d'icy  et  monsieur  TArcevesque 
son  frère  m'en  parlent  souvent  et  m'ont  dicl  qu'ils  vous  en 
escripvent;  aussi  fait  l'escuyer  Francisque.  Sire,  je  rescripvis 
dernièrement  à  Sucie  puis  qu'il  n'avoit  point  de  maistre  que 
s'il  vouloit  estre  à  vous  que  vous  le  traicteriez  bien,  et  que  si 
ainsi  il  le  vouloit  qu'il  le  me  fist  scavoir  et  que  je  vous  çn 


460  APPENDICE. 

adverliroys.  L'abé  du  Bourgueul  m'en  a  escrîpt  une  lettre  que 
je  vous  euYoye.  Sire,  je  prie  à  Dieu  qu'il  tous  doint  très  bonne 
vie  et  longue. 
A  Gennes,  le  dernier  jour  de  janvier. 

Vostre  très  humble  et  très  obéissant  subget  et  serviteur. 

Batart. 


IX. 


Lettres  écrites  par  Bayart  pendant  son  séjour  en 

Dauphiné  (1522-1523). 

A  Monsieur,  Monsieur  le  niareschal  de  Montmorançy  ^ 

Monsieur,  je  me  recommande  bien  humblement  à  vostre 
bonne  grâce.  Monsieur,  monsieur  de  Grenoble  a  une  abbaye  à 
Tholose  qui  s'appelle  Saint-Sernyn,  et  pour  ce  que,  quant  il  va 
là,  il  ne  se  veut  point  amuser  dMer  à  la  chasse  ny  estre 
amoureux,  sinon  de  continuer  et  hanter  gens  de  bien,  sçavans 
et  pleins  de  bonne  volante,  à  ceste  cause  il  m'a  prié.  Monsieur, 
vous  vouloir,  escripre  qu'il  vous  plaise  vous  employer  à  luy 
faire  avoir  du  Roy  une  place  de  conseiller  audlct  Tholose  quant 

1.  Bibl.  nat.,  mss.  français,  vol.  3005,  p.  100.  Original.  Publié 
par  M.  de  Terrebasse,  p.  467. 

Cette  lettre  et  les  trois  suivantes,  écrites  toutes  quatre  de  Gre- 
noble, nous  paraissent  avoir  été  écrites  pendant  le  séjour  de  près 
de  deux  ans  que  fit  Bayart  en  Dauphiné,  çn  1522-1523.  Il  était  à 
cette  époque  lieutenant  du  gouverneur  de  cette  province.  Cet  éloi- 
gnement  des  affaires  était  un  véritable  exil  ;  Bayart  en  effet  était 
alors  tombé  en  disgrâce  à  cause  de  ses  relations  amicales  avec  le 
connétable  de  Bourbon,  poursuivi  par  la  haine  de  Louise  de  Sa- 
voie. Il  avait  été  à  plusieurs  reprises  visiter  le  connétable  dans  ses 
terres  du  Bourbonnais  et  il  avait  môme  eu  Thonneur  d'armer 
chevalier  son  fils  aîné;  c'en  était  assez  pour  que  les  courtisans, 
jaloux  de  la  gloire  qu'il  avait  acquise  au  siège  de  Mézières,  le 
fissent  reléguer  dans  sa  province.  Il  n'en  sortit  que  pour  aller 
mourir  sur  le  champ  de  bataille  de  Biagrassa. 


APPENDICE.  461 

il  y  yra  afin  qu'il  puisse  entrer  audict  parlement  et  en  icelluy 
oppiner  et  avoir  sa  voix  tout  ainsi  que  bit  monsieur  l'abbé  de 
&ûnt-Denys  au  parlement  de  Paris  sans  aucuns  gaiges.  Mon- 
sieur, je  vous  supplie  que  pour  amour  de  moy  la  luy  veuillez 
foire  avoir  suivant  le  mémoire  que  je  vous  envoyé.  Monsieur, 
je  prie  à  Dieu  qu'iJ  vous  doint  très  bonne  vie  et  longue. 
A  Grenoble,  le  iij*  de  février. 

Vostre  humble  et  bien  bon  serviteur, 

Batart. 

A  Monseigneur,  Monseigneur  le  mareschal 
de  Montmorency  ^ 

Monseigneur,  je  me  reconunande  bien  humblement  à  vostre 
bonne  grâce.  Monseigneur,  j*ay  receu  les  lettres  que  m'avez 
escriptes  par  Monsieur  de  Monteynard  3  et  vous  mercie  de  la 
bonne  souvenance  qu'avez  de  moy  et  vous  prometz  ma  foy, 
Monseigneur,  que  vous  n'avez  pas  tort,  car  je  suis  aussi  fldelle 
pour  la  case  ^  de  Montmorency  que  vous  mesmes.  Monseigneur, 
monsieur  de  la  Val  *  a  prins  fantesie  de  s'en  aller  en  court  pour 
vous  voir  et  remercier  de  tout  plein  d'onnestes  propoz  que  vous 
avez  tins  de  luy  et  pour  vous  parler  de  ses  afferes,  s'il  y  en  a 
point  \  il  vous  dira  beaucoup  de  choses,  mais  je  croy  que  vous 
ne  le  croirez  pas  de  tout.  Monseigneur,  je  prie  à  Dieu  qu'il 
vous  doint  bonne  vie  et  longue. 

A  Grenoble,  le  xxiij*  de  février. 

Vostre  bon  soudart  et  bien  bon  serviteur, 

Batart. 

A  Monsieur  du  Ghastellard '.   , 
Monsieur  du  Chastellard,  aux  estatz  dernièrement  tenuz, 

1.  Bibl.  nat.,  mss.  français,  vol.  3014,  p.  53.  Original.  Publié 
par  M.  de  Terrebasse. 

2.  Louis  de  Monteynard,  d'une  illustre  famille  dauphinoise, 
mort  en  1549. 

3.  Case,  maison. 

4.  Personnage  de  la  famille  danphmoise  des  AUeman. 

5.  Appartient  à  M.  Veyron-Lacroix,  à  Grenoble.   Original. 


462  APPBNDIGB. 

ceulx  du  pays  aocordarent  mectre  sus  dix  mil  hommes  embas- 
tionnez*  pour  la  deffence  du  pays,  qui  esta  raison  de  deui 
hommes  pour  feu  ;  et  pour  ce  qu'il  est  plus  que  nécessaire  que 
iesdicts  X  mil  hommes  soyent  bientost  prestz,  je  escriptz  par 
tous  les  baillages  qu'ilz  fassent  faire  leurs  monstres  et  péréqua- 
tions à  deux  hommes  par  feu  et  qu1iz  choisissent  des  plus 
genlilz  compaignons  et  myculx  embastionnez  sans  nul  espar- 
gner,  et  leur  escriptz  que  quant  ils  feront  lesdictz  montrez 
qu'ilz  vous  y  appellent  ainsi  qu'il  a  esté  conclud  par  lesdictz 
estatz,  qui  vous  ont  esleu  pour  avoir  la  conduite  de  ceulx  que 
montrera  votre  parti.  Je  vous  prie  d'en  faire  ung  rouUe  et  les 
faire  tenir  pi*estz  pour  les  mener  là  ont  je  vous  manderay,  sans 
toutesfoys  les  mectre  ne  faire  gecter  aux  champs  jusques  à  ce  que 
je  le  vous  mande  pour  obvier  à  la  foulle  du  peuple.  Vous  disant  à 
Dieu ,  Monsieur  du  Chastellard,  qui  vous  doint  ce  que  vous  désirez. 

Je  vous  advertiz  que  quant  TafTaire  viendra  que  je  serey 
quant  et  quel  ^  vous,  et  espère  que  à  l'ayde  de  Dieu  nous  ferons 
quelque  bon  service  au  Roy  pour  la.deireiice  du  pays  et  quelque 
honorable  effect.  •  /.r*» . 

A  Grenoble,  le  iij*  de  mars.  'jCr* 


■r>  .- 


Batart. 


À  Monsieur  de  Van toUet ^. 

Monsieur  de  Vantollet,  j'ay  donné  charge  à  Monsieur  de 

Publié  dans  le  Bulletin  de  TAcadémie  delphinale,  année  1866, 
p.  25.  Cette  lettre  est  probablement  adressée  à  François  de  Boc- 
sozel,  s'  du  Gh&telart,  qui  deux  ans  après  épousa  la  fille  naturelle 
de  Bayart;  elle  est,  avec  la  suivante,  la  seule  lettre  authentique 
de  lui  qui  existe  en  dehors  de  celles  que  Ton  trouve  à  la  Biblio- 
thèque nationale. 

1.  Embastionnez,  armés. 

2.  Ouant  et  quel,  avec  et  comme  vous. 

3.  Appartient  à  M.  Veyron-Lacroix,  à  Grenoble.  Original. 
Publié  dans  le  Bulletin  de  TAcadémie  delphinale.  Année  1867, 
p.  26.  Cette  lettie  est  adressée  à  Jean  Ventolet,  greffier  du  par- 
lement de  Greno^  (1498-15 ),  fils  de  Claude  Ventolet,  Imissier 

du  même  parlement  (1483)  et  père  de  François  Ventolet,  auditeur 
à  la  chambre  des  comptes  (1544). 


APPENDICE.  463 

Glandèves  mon  frère,  vous  soliciter  pour  estre  rambourcé  des 
mil  escuz  que  Je  prestis  à  feu  Monsieur  Tesleu  de  Valence^  jà 
eomme  sçayez.  Je  vous  prie  vouloir  fere  dilligence  ad  ce  que 
ladicte  somme  me  soit  rendue;  et  je  m'en  vois  prier  Dieu,  Mon- 
sieur de  VantoUet,  qu'il  vous  doint  ce  que  désirez. 

A  Grenoble,  le  xxiiii  d'aoust. 

•  Vostre  bon  amy, 

Batâbt. 

X. 

(Voir  p.  404.) 

Lettre  de  François  /"  à  Bayart,  lui  promettant  de 
l'emmener  avec  lui  en  Italie  (1523)*. 

Bayarde,  recepi  tuas  brèves  litteras  quae  mihi  singulariter 

placuere,  et  tibi  gratias  agimus  vehementer,  quod  semper  sis 

bons  voluntatis  \  et  longe  antequam  tuas  litteras  recepissemus, 

deliberaveram,  si  belli  occasio  occurreret,  te  non  relinquere 

tam  otiosum  sicut  ab  reditu  tuo  ex  Italia  ftiisti.  Et  propono 

quod,  durante  negotio,  non  distabîmus  longo  intervallo,  et 

semper  compertum  habebis  hominem  armorum  quem  tua  manu 

militem  fecisti,  ita  bono  corde  valebit,  quod  non  erit  tibi  dede- 

cori.  Et  vale. 

Scriptum  Parisiis,  décima  nona  decembris.  • 

Fràitgisgus. 
Amanuensis,  Brito. 

XL 

(Voir  p.  423.) 

Lettre  d'Adrien  de  Croy  sur  la  mort  de  Bayart. 

[A  l'Empereur*.] 
Sire,  nostre  camp  se  logea  ledit  jour  sur  le  bort  de  la  Seze, 

i.  Cette  lettre  nous  est  connue  seulement  par  la  traduction 
latine  qu'en  a  donnée  Aymar  du  Rivail  (De  ÀHobrogibusy  1844, 
p.  578);  il  n*y  a  néanmoins,  croyons-nous,  aucune  raison  d'en 
suspecter  l'authenticité. 

2.  Archives  de  Belgique.  Documents  historiques,  t.  II,  p.  130. 


46i  APPENDICE. 

lequel  partit  le  lendemain  devant  le  jour  pour  les  suivre,  mais 
avant  povoir  passer  ladicte  rivière,  ilz  estoient  jà  loing.  Nos 
chevaulx  légiers  et  quelques  gens  de  pîet  Espaignolz,  saos 
ordre,  les  syevirent  et  ruèrent  sur  la  queue  de  si  bonne  sorte 
qu'ils  destroussèrent  force  bagaiges  et  municions  d'artillerie, 
tuèrent  quelque  deux  cens  Suysses  et  defOrent  la  bende  des 
Escochois.  Us  avoient  gaignet  deux  autres  pièces  d'artiller>e  ; 
quoy  voyant,  le  capitaine  Bayart  retourna  avec  aucuns  chevau- 
cheurs  françois  et  quatre  ou  cinq  enseignes  de  gens  de  piet.  Si 
rebouta  noz  gens  et  rescouvrit  lesdites  pièces  d^artillerie  que 
mieulx  luy  eut  vallu  laisser  perdre-,  car,  ainsi  qu'il  seculdoil 
retourner,  il  eut  ung  cop  de  harquebuse,  duquel  il  mourut  le 
soir  mesme,  et  Ait  monsieur  de  Vandenesse  qui  luy  tenoit 
compaignye  fort  blessé.  Sire,  combien  que  ledit  sieur  Bayart 
ftist  serviteur  de  vostre  ennemy,  si  a  ce  esté  domoiaige  de  sa 
mort,  car  c'estoit  ung  gentil  chevalier,  bien  aymé  d'ung  chas- 
cun  et  qui  a  voit  aussi  bien  vescu  que  fit  jamais  homme  de  son 
estât.  Et,  à  la  vérité,  il  a  bien  monstre  à  sa  fin,  car  ce  a  esté 
la  plus  belle  que  je  ouys  oncques  parler.  La  perte  n'est  point 
petite  pour  les  François  et  aussi  s'entournèrent-ilz  bien  eston- 
nez,  de  tant  plus  que  tous  ou  la  pluspart  de  leurs  capitaines 
sont  malades  ou  blessez. 
Du  camp  de  Biroux,  le  5  mai  4524. 

Sire, 

De  Vostre  Majesté^ 

Vostre  bien  humble  et  obéissant  subgect  et  serviteur, 

Adrien  de  '^ftoi. 

XII. 
Quittances  de  Bayart. 
Nous,  Pierre  de  Terrel,  seigneur  de  Bayart,  chevalier  de 

Copie  incomplète.  Publié  dans  le  Bulletin  de  la  Commission 
royale  de  Belgique,  t.  V,  p.  320.  L'auteur  de  cette  lettre  eet 
Adrien  de  Croy,  s'  de  Beaurain.  Elle  est  écrite  du  camp  de  Perost 
(val  Pérouse)  sur  les  fronlières  de  la  France  et  du  marquisat  de 
Saluées. 


APPENDICE .  465 

Tordre  du  roy  nostre  sire  et  cappitaine  de  cent  lances  fournies 
de  ses  ordonnances,  confessons  avoir  eu,  receu  comptant  de 
maistre  Jehan  de  Ponchier,  conseiller  et  trésorier  des  guerres 
dudit  seigneur,  la  somme  de  troys  cens  livres  tournois  ainsi 
ordonnées  pour  nostre  estât  et  devoir  de  cappitaine  desdictes 
cent  lances  pour  le  quartier  d'avril,  may  et  juing  dernier  passé, 
qui  est  au  fears  de  xx  sols  pour  chascune  lance  fournye  par 
moys.  De  laquelle  somme  de  iii^  livres  tournois  nous  tenons 
contant  et  en  quictons  ledict  maistre  Jehan  de  Ponchier  et  tous 
autres,  tesmoing  nostre  seing  et  scel  de  noz  armes  icy  mis  le 
xij"*  jour  de  décembre  l'an  mil  cinq  cens  vingt  et  deux. 

Batart  * . 

Nous,  Pierre  de  Bayart,  chevalier  de  Tordre,  confessons  avoir 
receu  de  maistre  Jehan  Testu ,  conseiller  du  roy,  nostre  sei- 

1.  Bibl.  nat.  Cabinet  des  titres.  Pièces  originales.  Art.  Terrail. 
Le  désir  de  publier  tous  les  autographes  de  Bayart^ous  a  engagé 
à  faire  imprimer  cette  quittance  et  les  quatre  suivantes  malgré 
leur  peu  de  valeur  au  point  de  vue  historique.  Dn  ne  connaît  en 
effet  jusqu'à  présent  aucun  autographe  authentique  de  Bayart  en 
dehors  de  ceux  que  nous  publions,  et  cette  rareté  a  précisément 
engagé  les  faussaires  à  exercer  leur  coupable  industrie.  Nous  signa- 
lerons parmi  les  plus  curieuses  lettres  fausses  de  Bayart  celle  qui 
se  trouve  à  Grenoble  entre  les  mains  de  M.  Yeyron-Lacroix.  Cette 
pièce,  adressée  à  Tévéque  de  Grenoble,  a  été  fabriquée  à  la  fin  du 
xvi«  siècle  pour  favoriser  certaines  prétentions  de  la  famille  de 
Bocsozel,  dont  un  membre  avait  épousé,  comme  nous  venons  de 
le  dire,  la  fille  naturelle  de  Bayart.  Celui-ci  y  apprend  à  l'évèqud 
son  oncle  qu'il  a  contracté  un  mariage  secret  avec  Barbe  de 
Tresca,  mère  de  cette  fille,  mais  qu'il  ne  croit  pas  devoir  encore 
le  rendre  public.  Les  Bocsozel,  en  faisant  composer  cette  lettre, 
espéraient  effacer  la  tache  imprimée  à  leur  nom  par  un 
mariage  avec  une  bâtarde  et  peut-être  aussi  se  ménager  des 
droits  à  la  succession  de  la  famille  de  Tresca.  Un  assez  grand 
nombre  d'autres  faux  autographes  de  Bayart  ont  été  jetés  dans 
la  circulation  il  y  a  quelques  années.  Plusieurs  sont  assez  habi- 
lement faits  pour  tromper  même  de  fins  connaisseurs.  Nous  signa- 
lons comme  sortant  de  cette  officine  trois  lettres  de  Bayart  à 
Louis  XII,  deux  à  d*Alègre  et  deux  à  Robertet. 

30 


i66  APPENDICE. 

gneur,  trésorier  et  receveur  généra)  de  aes  flnances  es  pajs 
de  Languedoc,  Lyonnais,  Foreatz  et  Beai^^et,  la  somme  de 
cinq  mil  cent  livres  tournois,  en  deux  décfaarges,  eaeriptes  dn 
svj'  jour  du  présent  moys  de  juillet,  levées  ^nsi  qu'il  s'ensuit. 
C'est  asçavoir  unners  equivallente  deux  mil  livres  et  unnen 
octroy  prochain  trois  mil  cent  livres,  qui  est  ladite  somme  de 
cinq  mil  cent  livres  à  nous  ordonnée  par  le  roy,  nostrediet 
seigneur,  pour  nostre  pension  et  entretenement  en  son  service 
durant  ceste  présente  année,  commençant  le  premier  jour  de 
janvier  dernier  passé;  de  laquelle  somme  de  «nq  mil  cent 
livres  nous  tenons  pour  content  et  acquictona  ledîct  Testu, 
trésorier  susdict.  En  tesmoing  de  ce  nous  avons  signé  œs  pré- 
sentes de  nostre  main  et  faict  sceller  du  scel  de  dos  armes  le 
xix*  jour  de  juillet  l'an  mil  cinq  cens  vint  trois. 

BltlBT^. 

1.  Bibl.  Dst. ,  msB.  ClEtirambault ,  vol.  120,  publiée  par 
M.  de  Terrettosse,  p.  472.  —  A  cette  quittance,  ainsi  qn'aui 
trois  suivantes,  est  suspendu,  sur  double  queue  de  parche- 
min,   le  sceau   de   Bayart  en    cire   ronge,   revêtue  de    papier. 


Sa  forme  est  orbiculaire  et  !e  type  reprée^ute  l'écu  de  la  famill* 
Terrail,  panché,  timbré  d'un  heaume  de  profil,  orné  de  lambte- 
quins  et  «urmonté,  comme  cimier,  de  la  partie  antérieuro  d'un 
lion.  La  légende  est  mes"  pierbe  de  batart  chTh  s'  dvd'  lift. 
Cette  légende  est  singulière  en  ce  qu'elle  qualifie  Bayart  de  mts- 
tire,  titre  tort  rare  sur  les  sceaux,  quoique  non  sans  exemple,  el 
en  ce  qu'elle  le  nomme  Pierre  de  Bayart  et  non  Pierre  Terrait  : 
le  nom  de  Terrait  s'était  effacé  devant  celui  de  Bayart,  entourr 
d'une  si  légitime  illustratiou.  Nous  ajouterons  une  observation 


APPENDICE.  467 

Nous,  Kerre  de  Terraîl,  chevalier,  seigneur  de  Bayart,  cap- 
pitaine  de  cent  lances  fournies  des  ordonnances  du  roy  nostre 
sire,  confessons  avoir  eu  et  receu  de  maistre  René  Thizart, 
conseiller  d'icelluy  seigneur  et  trésorier  de  ses  guerres,  la 
somme  de  trois  cens  livres  tournois  à  nous  ordonnée  par  ledict 
seigneur  pour  nostre  estât  et  droict  de  cappitaine  desdictes 
cent  lances  du  quartier  de  juillet,  aoust  et  septembre  Tan  mil 
cinq  cens  vingt  deux  derrenier  passé,  qui  est  au  feur  de  vingt 
sols  tournois  pour  chascune  lance  fournie  par  mois.  De  laquelle 
somme  de  trois  cens  livres  tournois  nous  tenons  content  et 
bien  paie  et  en  avons  quicté  et  quictons  ledict  maistre  René 
Thizard,  trésorier  des  guerres  dessusdict  et  tous  autres.  En 
tesmoing  de  ce  nous  avons  signé  ces  présentes  de  nostre  main 
et  fait  sceller  du  seel  de  nos  armes  le  dernier  jour  d'aoust  Tan 
mil  cinq  cens  et  vingt  trois. 

Nous,  Pierre  de  Terrail,  chevalier,  seigneur  de  Bayart,  cap- 
pitaine de  cent  lances  fournies  des  ordonnances  du  roy  nostre 
sire,  confessons  avoir  et  receu  de  maistre  René  Thizart,  con- 
seiller du  Roy  nostre  sire  et  trésorier  de  ses  guerres,  la  somme 
de  trois  cens  livres  tournois  à  nous  ordonnées  par  ledict  sei- 
gneur pour  nostre  estât  et  droit  de  cappitaine  desdits  cent 
lances  du  quartier  de  janvier,  février  et  mars  mil  cinq  cens  et 
vingt  deux  dernier  passé  qui  est  au  feur  de  vingt  solz  tournois 
pour  chascune  lance  fournie  par  moys.  De  laquelle  somme  de 
in^  livres  tournois  nous  tenons  content  et  bien  payé  et  en  avons 
quicté  et  quictons  ledict  maistre  René  Thizart,  trésorier  des- 
dictes guerres,  devant  nommé,  et  tous  autres*,  en  tesmoing  de 
ce  nous  avons   signé  ces  présentes  de  nostre  main  et  faict 

sur  le  titre  de  seigneur  de  Bayart  qui  lui  est  donné  dans  sun 
sceau  et  dans  la  plupart  de  ses  quittances  :  le  véritable  seigneur 
du  château  de  Bayart  était  Georges  Terrail,  son  frère  aîné;  tout 
au  plus  Bayart  avait-il  une  faible  part  dans  cette  seigneurie  et 
encore  cela  est-il  loin  d'être  certain. 
1.  Bibl.  nat.  Gab.  des  Titres.  Pièces  originales.  Art.  Terrail. 


468  APPENDICE. 

dodler  du  seel  de  noz  armes,  le  xxviij*  jour  d^octobre  Tan  mil 
cinq  cens  et  vingt  trois. 

Batart*. 


Nous,  Pierre  de  Terrail,  chevalier  de  Tordre,  seigneur  de 
Bayart  et  cappitaine  de  cent  lances  fournies  des  ordonnances 
du  roy  nostre  sire,  confessons  avoir  eu  et  receu  de  maistre 
René  Thizart,  aussi  conseiller  dudict  seigneur  et  trésorier  de 
ses  guerres,  la  somme  de  trois  cens  livres  tournois  à  nous 
ordonnée  par  icelluy  seigneur  pour  nostre  estât  et  droict  de 
cappitaine  desdictes  cent  lances,  du  quartier  d'avril,  may  et 
juing  mil  cinq  cens  et  vingt  trois  dernier  passé,  qui  est  au  feur 
de  vingt  solz  tournois  pour  chascune  lance  fournie  par  moys. 
De  laquelle  somme  de  iii<=  livres  tournois  nous  tenons  autant  et 
bien  payé,  en  avons  quicté  et  quictons  ledict  maistre  RenéThi- 
zard,  trésorier  des  guerres  dessusdict  et  tous  autres.  En  tes- 
moing  de  ce  nous  avons  signé  ces  présentes  de  nostre  main  et 
foit  seeler  du  seel  de  nos  armes,  le  premier  jour  de  novembre 
Pan  mil  cinq  cens  et  vingt  trois. 

Batârt*. 


XIII. 


Montre  de  la  compagnie  de  Bayart^. 

Roole  de  monstre  et  reveue  foicte  à  Gassan  en  Italie  le  vingt 
et  quatriesme  jour  d'octobre  Tan  mil  cinq  cens  vingt  trois,  de 
quatre  vingt  dix  neuf  hommes  d'armes  et  deux  cens  archiers 
du  nombre  de  cent  lances  fournies  de  Tordonnance  du  roy 
nostre  seigneur,  estans  soubs  la  charge  et  conduicte  de  messire 
Pierre  de  Bayart,  seigneur  dudict  lieu,  chevalier  de  Tordre 
dudict  seigneur,  leur  cappitaine,  sa  personne  y  comprînse,  par 

1.  Bibl.  nat.  Gab.  des  Titres.  Pièces  originales.  Art.  Terrail. 

2.  Bibl.  nat.  Gab.  des  Titres.  Pièces  originales.  Art.  Terrail. 

3.  Bibl.  nat.,  mss.  Glairambault,  vol.  247.  Original. 


APPENDICE. 


469 


nous,  Pierre  de  Berard,  conte  de  Dizenne  et  seigneur  de  la 
Foucaudière,  commis  et  ordonné,  ladicte  monstre  et  reveue 
servant  à  Tacquit  de  maistre  René  Tizart,  conseiller  du  Roy  et 
trésorier  de  sa  guerre  pour  le  quartier  de  janvier,  février  et 
mars  dernier  passé.  Desdicts  hommes  d'armes  et  archiers  les 
noms  et  surnoms  s'ensuivent. 


Hommes  alarmes. 

Monsieur  de  Bayart 
Guigo  Guiffrey 
Germain  d'Eurre 
Jacques  du  Pont 
Anthoine  de  la  Villetle 
Gaspard  Terrel  (Terrail) 
Jacques  de  Gorbon 
Le  bastard  Turpin 
Tybault  Ronan 
Jacques  de  Monteynart 
Georges  de  Saint-Gilles 
Anthoine  de  Bazincourt 
Michel  le  Blanc 
Charles  de  FArtaudière 
Dizimieu 

Anthoine  de  Glermont 
Le  baron  de  Sassonnaige 
Anthoine  de  Rommaneche 
Benoist  de  Montorcier 
La  Bastide 
Jehan  de  la  Bergnie 
Jehan  de  la  Roche 
François  de  Ghissey 
Gabriel  Genton 
Bertrand  de  la  Barme 
Sebastien  de  Vescq 
Pierre  le  Blanc 
Estienne  du  Puys 
Pierre  de  la  Cardonnière 


Humbert  d'Anconne 
Jacques  le  Blanc 
Georges  de  BouUe 
Henri  du  Moustier 
Geoffrey  Bovan 
René  de  Rouedde 
Gracien  de  Ghigoye 
Bernard  de  Sainte-Columbe 
Guillem  de  Mousse 
Claude  de  Musset 
Pierre  de  la  Rocque 
Claude  Genton 
Mericq  de  Gensac 
Maynault  de  la  Rocque 
François  de  Crennes 
Adrien  de  Lestic 
Hurban  Surtet 
Pierre  de  Pagas 
François  de  Rissac 
Gaillard  de  Mortaigne 
Claude  de  Vacbières 
Claude  de  Vaulx 
Guijgo  Francque 
Anthoine  de  Beaumont 
Anthoine  de  Ruyn 
Anthoine  de  la  Grune 
Bertrande  de  Modins 
Françoys  FAlement  de  Champs 
Andrà  Arnault 
Guillem  d'Ières 
Jehan  de  Suze 


470 


APPBNDICB. 


Saint- André 
Jeban  le  MesUral 
Anthoine  Roux 
Claude  de  Loras 
Philibert  VaUier 
Jehan  Fauveau 
Jacques  de  Pys 
Claude  de  Marrieu 
Jehan-Françoys  de  Corbières 
Françoys  Lotier 
Claude  de  Musse 
Laurent  de  Beaufort 
Pierre  de  Beaufort 
Ambroise  de  la  Croix 
Pierre  de  Montfort 
Lyonnet  de  Thèze  (Theys) 
Charles  Bernier 
Jehan  de  Temay 
René  d'Aubigny 
Charles  de  Cordon 
Claude  Baronnat 
Girard  de  Florenville 
Jehan  de  Fleury 
Phelix  de  Gennas 
Georges  de  Cordon 
Tallebart 

Jehan  de  Saint-Jehan 
Gaspard  de  Froussas 
Claude  de  la  Croix 
Constans  de  Trennes 
Françoys  TAllement 
Charles  de  Conillien 
Claude  Perier 
Guiilem  de  Chastillon 
Balthazar  de  Beaumont 
Pierre  Gley 
Jacques  GeofFrey 
Humbert  de  la  Cardonniere 


Michel  Galbert. 

Archiers. 

Benoist  de  Reyn 
Guillaume  Golumbeau 
Vincent  de  Surich 
Humbert  de  la  Vallée 
Jehan  de  Montbrun 
Jehan  Vigier 
Le  bastard  de  Gordon 
Alexandre  Bernart 
Claude  Mroin  (Morin) 
Claude  Chaffiirt 
Loys  Bernard 
Claude  Chapponay 
Françoys  Berrion 
Christofle  de  Torcy 
Anthoine  de  Ghampotîeu 
Pierre  Jaquelin 
Rostaing  Esperendieu 
Loys  Sans  Layne 
La  Trompeté 
Le  bastart  de  Semests 
Jacques  du  Pré 
Balthazar  de  Moustier 
Pierre  Martin 
Françoys  de  Brisac 
Le  cirurgien 
Le  bastart  du  Gast 
Georges  Poignant 
Pierre  Salignon 
Claude  Girard 
Jehan  Gay 
Jehan  Bernier 
Jacques  de  la  Maladîère 
Guigo  de  Montbourd 
Barrochin  Martin 


APPENDICE. 


471 


Le  bastart  de  Revêt 

Michel  le  Moyne 

Grand-Jehan  Ollier 

Anthoîne  de  la  Barme 

Jacques  de  Barrault 

Jean  de  Ghissey 

Jacques  de  Longpois 

Jehan  Doulcet 

Jacques  de  Marnis 

Font  d'Amours 

Claude  de  Gommiers 

Claude  de  Ghazeron 

Claude  de  Sainte^Agathe 

Michel  de  Montaigne 

Gabriel  de  la  Roche 

Guillem  d'Arse 

René  le  Conte 

Michel  Arpoillant 

Pierre  d'Aubigny 

Charles  de  Plantes 

Bernard  de  Moreul 

ï^ierre  Ghivalet 

Loys  Tournet 

Charles  de  Ghazey 

Jehan  le  Vieulx 

Nicolas  Planson 

Jehan  de  Syon 

Guillem  Boys 

Gaspard  de  Saint-Germain  pour 

I  mois 
Vibraye  pour  le  reste 
Jehan  le  Mareschal 
Pierre  de  Blacon 
Lancellot  Blocet 
Balthezar  Vaultierhault 
Raymonnet  de  Lericq 
Guillem  de  Mouzon 
Prançoys  Maistre 


Balthezar  du  Mas 

Jehan  Faure 

Jehan  de  Muz 

Jehan  Mauvigne 

François  Pigron 

Esme  Pigron 

Bertrand  de  Lagier 

Pierre  de  Arrensac 

Le  bastart  de  Vaunière 

Guillem  de  Pujoz 

Jehan  de  Luppé 

Nicolas  Chavaigne 

Jehan  Carie 

Barberinquin 

Françoys  de  la  Ferrièrc 

Michel  de  Belzonce 

Jehan  Gamier 

Theodor  de  Medolienne 

Jacques  Bertholier 

Enymon  Baille 

Jehan  de  Noyret 

Pierre  de  Teufiles 

Jehan  de  la  Croix 

Françoys  de  Pressin 

Claude  Myonnet 

Enymont  Mondon 

Colin  Allement 

Eymard  de  la  TuUière 

Gracien  de  Modins 

Jehan  de  Toumeville 

Jehan  de  Bornes 

Bastien  de  BocheroUes 

Guillem  de  Lére 

Françoys  Sieure 

Ozias  l'Avantureux 

Pierre  Sauret  pour  ivi  jours 

Claude  Bossozel  pour  le  reste 

Girault  Chenac 


472 


APPENDICE. 


Jehan  de  Vigne 
Jacques  de  Mailles 
Jehan  Armant 
Mathieu  Merlier 
Pierre  Roux 
Arnault  de  Lescq 
Allevet 

Faulquet  fioussieux 
Lienard  Steole 
Sauvaige 
Clerevaulx 
Jehan  de  Presnoy 
Françoys  du  Truc 
Prançoys  Verbon 
Jehan  Roybon 
Amyot  dlères 
Anthoine  Marcel 
Anthoine  de  la  Thonnière 
Jehan  Taulmont 
Prançoys  Charbonneau 
Claude  Plocte 
Claude  de  Stanville 
Rouvene 
Labaillye 

Mathieu  Gui  guenon 
GuiJlem  de  la  Yalle 
Claude  Anthoine 
Jehannot  de  Saulx 
Anthoine  de  la  Croix 
Nycolas  de  Beaudmont 
Jehan  Menyer 
Estiene  de  Souran 
Josse 

Jehan  Papet 
Laui^ns  Bergue 
Guigon  Nonail 
Jehan  Gaultier 
Pierre  Policart 


Guillaume  du  Pré 
Jehan  Blanchart 
Jehan  Paulquier 
Thomas  du  Pont 
Le  bastart  du  Pont 
Estienne  Armant 
Pierre  Bertrand 
Jehan  du  Paur 
Jacques  Maccaire 
Pierre  de  Moras 
Jehan  de  Saint-Barthelemy 
Guillem  de  la  Cheize 
Le  bastart  de  la  Bataille 
Martin  du  Port 
Le  bastart  de  Beauregard 
Rogier  Villete 
Jehan  Quart 
Jehan  Racle 
Jehan  de  la  Touche 
Colin  Prançoys 
.  Jacques  de  Pradines 
Jehan  Tournemine 
Jehan  de  la  Plume 
Le  bastart  de  la  Barme 
Jehan  de  Mortaing 
Barthélémy  de  Quincent 
Le  bastart  de  Bernys 
Prançoys  le  Blanc 
Pierre  de  Bordeaulx 
Le  bastart  de  Jensac 
Guillaume  de  Corsant 
Bernard  TArdent 
Prançoys  de  Tassin 
Michel  de  Plory 
Jehan  de  Pougières 
Jehan  de  Saint-Germain 
Grant-Jehan  d*Arc 
Le  Bernuoys 


APPENDICE.  473 

Jehan  de  Palerme  Pierre  Paris 

Ghristofle  de  Parme  Le  bastart  de  Montmartre 

Michel  Maistre  Esmé  le  Blanc 

Le  bastart  d'Omyn  Jullien  Hardif 

Le  bastard  de  Francque  Pierre  Sabley 

Le  bastart  de  Beaufort  Anthoine  de  Tur 

Le  bastart  de  Ghavesteing  Jehan  de  Montruc 

Melchior  Poignant  Hercules  de  Vienne  * 

Humbert  de  Pillon 

Nous,  Pierre  de  Berard,  conte  de  Dizenne  et  seigneur  de  la 
Foucaudière,  commissaire  dessusnommé,  certiffions  à  nossei- 
gneurs des  comptes  à  Paris  et  autres  qu'il  appartiendra  avoir 
veu  et  visité  par  forme  de  monstre  et  reveue  tous  les  dessus- 
dicts  quatre  vingts  dix  neuf  hommes  d'armes  et  deux  cens 
archiers  du  nombre  desdicts  cent  lances  fournies  de  Fordon- 

i.  Nous  n'essaierons  pas  de  faire  un  travail  généalogique 
sur  les  hommes  d'armes  et  les  archers  qui  composaient  la 
compagnie  de  Bayart,  cela  nous  entraînerait  trop  loin;  nous 
appellerons  seulement  l'attention  sur  quelques  noms  qui  nous 
paraissent  particulièrement  dignes  de  remarque.  Ce  sont,  en 
première  ligne,  Jacques  de  Mailles,  secrétaire  de  Bayart,  celui 
que  l'on  considère  avec  tant  de  vraisemblance  comme  l'au- 
teur de  l'histoire  de  Bayart,  ainsi  que  nous  croyons  l'avoir 
démontré  dans  notre  préface  ;  puis  Guigo  Guififrey,  s'  de  Bou- 
tières,  et  Antoine  de  Glermont,  vicomte  de  Tallard,  qui  furent, 
successivement  après  lui,  lieutenants  du  gouverneur  du  Dauphiné; 
Jacques  Jeoffrey,  son  maître  d'hôtel,  qui  assista  à  ses  derniers 
moments  et  ramena  son  corps  à  Grenoble  ;  Jean  de  la  Bergnie  (de 
la  Vergue)  et  le  bâtard  de  Gordon,  dont  il  est  fait  mention  dans 
l'histoire  de  Bayart  (voy.  p.  173-339  et  345);  Gaspard  de  Froussas 
(Frussasco),  fils  de  la  dame  qui  avait  été  le  premier  amour  de 
Bayart,  ainsi  que  le  raconte  le  Loyal  Serviteur  (p.  64  à  70).  Nous 
signalerons  encore  Gaspard  Terrail,  s'  de  Bernin,  cousin  de  Bayart, 
et  Pierre  de  Biacons,  qui  vécut  assez  pour  prendre  part  aux  pre- 
mières guerres  de  religion  dans  les  rangs  des  protestants  dauphi- 
nois. Nous  ferons  enfin  remarquer  que  près  de  cent  des  hommes 
d'armes  et  archers  de  Bayart  appartiennent  à  des  familles  du 
Dauphiné  et  que  les  plus  illustres  maisons,  telles  que  les  Alleman, 
Montaynard,  Sassenage,  Glermont,  Beaumont,  Moustiers,  Loras, 
La  Vilette,  Flotte,  Arces,  Gommiers,  etc.,  y  sont  représentées. 


i74  APPENDICE. 

nance  du  roy  nostre  dict  seigneur  estans  soubz  la  charge  et 
conduicte  de  mondict  sieur  de  Bayart,  chevalier  de  Tordre 
dudict  seigneur,  leur  eappitaine,  sa  personne  y  comprinse,  les- 
quelz  avons  trouvez  en  bon  estât  et  soufHsant  habillement  de 
guerre  pour  servir  le  Roy  nostre  dict  seigneur  au  ftiit  de  ses 
guerres  et  partout  ailleurs  où  il  luy  plaira,  cappables  d'avoir  et 
prendre  les  gaiges  et  souldes  que  icelluy  seigneur  leur  a  ordon- 
nées pooç  le  quartier  de  janvier,  février  et  mars  dernier  passé. 
En  tesmèing  de  ce  nous  avons  signé  ce  présent  roole  de  nostre 
main  et  mis  le  seel  de  noz  armes  le  jour  et  an  dessusdicts. 

D£  Beraed. 

XIV. 

* 

Contrat  de  mariage  de  François  de  Bocsozel^  seigneur 
du  Châtelard  de  Champier,  avec  Jeanne  Terrait, 
fille  naturelle  de  Bayart  *. 

In  nomine  Domini,  amen  :  cunctis,  tam  presentibus  quam 
futuris,  pateat  et  liquide  flat  manifeslum,  quod  cum  traclatum 
fleret  de  matrimonio  contrahendo  per  verba  de  future  inter 
nobilem  Franciscum  de  Boczosello,  dominum  de  Ghastelario- 
Ghampiaci,  Viennensis  diocesis,  ex  una;  et  nobilem  domîcelam 
Johannam,  Qliam  magnifflci  quondam  domini  Pétri  Terralii, 
domini  de  Baiardo,  militis  ordinis  regii,  et  locumtenentis 
Dalphinatusac  cappilanei  centum  régis  armorum,  ex  alia;  bine 
est,  quod  anno  nativitatis  ejusdem  Domini  currente  millésime 
quingentesimo  vicesimo  quinto,  et  die  vicesima  quarta  mensis 
augusti,  coram  me  notario  publioo  subsigtalo,  et  lesUbus  infe- 
rius  nominatis,  prefatus  nobilis  Franciscus  de  Boczoselo, 
sponsus  futurus,  promisit  et  juravit  disponsare  in  facie  sancte 
matris  ecclesie  et  in  uxorem  suam  accipere  prefatam  nobilem 
Johannam  Terralie,  loties  quoties  fuerit  reqilisitus;  el  reve- 
rendi  domini  episcopus  Glandatensis  et  abbas  de  Josapbat, 
avunculi  dicte  sponse,  promiserunt  nomine  eorum  neptis,  dis- 
ponsari  facere  per  eam  dictum  nobilem  Franciscum  de  Boczo- 

1.  Cabinet   de   M.  Morin-Pons  à  Lyon.    Copie.   Publié  par 
M.  Morin-Pons  dans  les  Mémoires  de  l'Acidémie  de  Lyon,  1876. 


APPENDICE.  475 

sello  loties  quoties  ftierinl  requisiti.  Et  favore  et  contempla- 
cione  hujusmodi  futuri  matrimonii,  et  ut  facilius  ooera  iUius 
melius  supportari  possint  et  valeant,  personaliter  constituti 
prefati  reverendi  in  Christo  patres  et  domini  dominus  Phi- 
lippus  Terralii,  episcopus  Glandatensis,  et  Jacobus  Terralii, 
abbas'  de  Josaphat,  avunculi  dicte  nobilis  Johanne  Ter- 
rallie,  tam  nomine  proprio,  quam  uti  procuratores  ad  infra- 
scripta  peragenda  nobilis  et  potentis  Georgii  Terralii^  domini 
de  Baiardo,  eorum  fratris,  heredis  dicti  quondam  domini  de 
Baiardo,  prout  de  hujusmodi  procuratorio  constat  instrumento 
super  hoc  confecto,  recepto  per  me  jam  dictum  notarium  sub- 
signatum,  htc  inserto,  cujus  ténor  est  talis  : 

Noverint  univers!  et  singuli,  quod  anno  Domini  millesimo 
quingentesimo  vicesimo  quinto,  et  die  quindecima  mensis 
augusti,  coram  me  notario  publico  subsignato,  et  teslibus 
inferius  nominatis,  constitutus  personaliter  nobilis  et  potens 
Georgius  Terralii,  dominus  de  Baiardo,  qui  actendens  quod 
nobilis  Johanna  Terrallie,  fllia  quondam  magnifflci  et  illustris 
domini  Pétri  Terralii,  militis  ordinis  regii,  et  locumtenentis 
Dalphinatus,  fratris  sui,  est  nubilis,  ft  quod  tractatur  matri- 
moDium  inter  eam  et  nobilem  Franciscum  de  Boczosello, 
dominum  de  Chastelario-Ghampiaci,  Yiennensis  diocesis, 
gaudens  de  hujusmodi  matrimonio  contrahendo,  gratis  igitur 
et  sponte,  non  vi,  non  cohactus,  sed  ei  ejus  mera  yoluntate, 
vult  et  consentit  quod  domus  fortis  Edochie  cum  juribus  suis, 
censibus,  redditibus,  reacheptis  et  aliis  juribus  suis  et  perti- 
nenciis,  constituatur  in  dotem  et  nomine  dotis  dicte  nobilis 
Johanne  ejus  neptis  erga  prefatum  nobilem  Franciscum  de 
Boczosello,  pro  precio  duodecim  centum  sculorum  auri  ad 
solem,  quos  prefatus  magnifflcus  fraler  suus  dederat  pro  dote 
ipsius  nobilis  Johanne,  inclusis  yestibus  nuplialibus,  et  ex 
nunc,  prout  ex  tune,  ut  supra  consentit  constituendo  per  pré- 
sentes ejus  certos  et  indubitatos  procuratores  ac  nuncios 
expressos,  reverendos  patres  dominos  dominum  Philippum 
Terrallii,  episcopum  Glandatensem,  et  Jacobum  Terrallii, 
abbatem  de  Josaphat,  firatres  suos  abscentes  tanquam  pré- 
sentes, et  ipsorum  quemlibet  in  solidum,  ad  presentandum  et 
faciendum  similem  eonscensum  nomine  suo,  quando  eelebra- 
bitaf^alrimoiiuni  dicte  sue  neplis  cum  eodem  nobili  de 


476  APPENDICE. 

Boczosello,  et  ad  faciendum  pacta  in  dicto  matrimooio  que 
sibi  ipsis  dominis  procuratorihus  suis  videbuntur  neœssaria, 
ac  si  presens  et  personaliter  interesset.  Promittens  ideo  pre- 
fatus  nobilis  Georgius  Terrallii  constituens,  per  ejus  jura- 
mentum  super  sacrosanetîs  scripturis  prestitum,  bona  sua 
quecumque  mobilîa  et  immobilia  propCer  hoc  obligando  et 
ypothecaodo,  premissa  acteodere  et  observare  et  non  contra- 
yenire  ;  supponens  se  et  omnia  sua  bone  quibuscomque  curils 
dalphinalibus  tam  spiritualibus  quam  temporalibus,  pro 
observacione  premissorum  cum  relevacionibus,  titullis  et  aïiis 
clausulis  in  talibus  necessariîs  et  opportunis.  De  quibus  pre- 
missis,  prefatus  nobilis  constituons  precepit  mihi  jamdicto 
notario,  fleri  presens  publicum  instrumentum.  Actum  apud 
Baiardum  in  aula  bassa  domus  dicti  loci,  presentibus  venera- 
bilibus  viris  dominis  Guichardo  Orseti  et  Martino  de  Torneno, 
presbiteris,  et  Urbano,  fllio  Frapcisci  Gaberi,  testibus  ad  pre- 
missa vocatis  et  rogatis. 

Ipsi,  inquam,  reverendi  domini  nominibus  quibus  supra, 
gratis  et  eorum  spontaneis  voluntatibus,  dederunt  et  consti- 
tuerunt  in  dotem  et  pro  dote  dicte  nobilis  Johanne,  eorum 
neptis,  dicto  nobili  Francisco  de  Boczosello,  sponso  futulo, 
presenti,  stipulanti  et  récipient!,  pro  se^t  suis  beredîbuset 
successoribus  quibuscumque,  quatuordecim  centum  scuta  auri 
ad  solem  in  modum  qui  sequitur.  Videlicet  quod  constituerunt 
pro  suma  duodecim  centum  scutorum  auri  ad  solem,  per  sup- 
perius  nominatum  quondam  dominum  de  Baiardo  datorum  et 
constitutorum  pro  dote  dicte  sue  fliie  in  ejus  ultima  voluntate, 
inclusis  vestibus  nuptialibus,  domum  fortem  Edochie,  que  sit 
pro  ejus  dote,  et  que  domus  olim  pertinebat  dicto  quondam 
strenuo  milliti  domino  de  Baiardo,  et  ex  post  per  ejus  mortem 
dicto  nobili  Georgio  de  Baiardo,  una  cum  suis  ipsius  Eydochie 
juribus  et  pertinences  universis,  sive  sint,  domus,  terre, 
prata,  pascua,  vinee,  nemora,  silve,  molendina,  stagna,  aque, 
aquarumque  decursus,  garene,  actiones,  census,  redditus, 
reachepta  et  alia  quecumque  jura  ad  dictam  domum  fortem 
Eydochie  pertinencia,  cum  tamen  oneribus  omnibus  et  ehar- 
giis  que  reperientur  fore  et  esse  in  et  super  dicta  domo  forti 
Eydochie  et  pertinenciis  ejusdem,  sicuti  legatis  fondadonibos, 
summis  dotaum,  reparationibus  ei  aliis  quibuacumque 


APPENDICE.  477 

et  chargiis,  et  maxime  de  satisfacîendo  Dobili  Loysie  de  Boczo- 
sello,  domine  Prati  Rotondi,  restam  summe  quatercentum  scu- 
torum  auri  ad  solem  sibi  debitoriim  ex  accordio  cum  ipsa 
facto  per  diclum  quondam  dominum  de  Baiardo,  tune  domi- 
num  dicte  domus  fortis  Eydochie,  et  etiam  de  solvendo  restam 
centum  scutorum  dotis  Anthonie,  fliie  naturalis  quondam 
nobilis  Artbaudi  de  Boczosello,  uxoris  Ludovici  Vincendoa,  et 
generaliter  de  solvendo  omnia  et  quecumque  débita  que  repe- 
rirentur  in  et  super  dicta  domo  Eydocbie.  Item  plus,  superius 
nominati  reverendi  domini  episcopus  Glandatensis  et  abbas 
de  Josaphat,  fratres,  et  ayunculi  dicte  Johanne,  sponse  future, 
gratis  et  eorum  propriis  voluntatibus,  favore  et  contemplacione 
hujusmodi  matrimonii,  et  in  dotem  dicte  eorum  neptis,  de 
eorum  propriis  bonis,  dederunt  et  consUtuerunt  in  augmen- 
tum  dotis  dicte  nobilis  Johanne,  eorum  neptis,  videlicet  qui- 
libet  ipsorum  centum  scuta  auri  ad  solem,  que  centum  scuta 
promisit  solvere  pro  sua  parte  dictus  reverendus  dominus 
episcopus  Glandatensis  ad  requestam  dicti  nobilis  Francisci  de 
Boczoselo,  post  consummationem  hujusmodi  matrimonii.  Quo 
vero  ad  centum  scuta  conatitnta  per  prefatum  dominum  abba- 
tem  de  Josapbat,  prefatus  nobilis  Franciscus  de  Boczosello 
confessus  fuit  et  ^uQUtar  idè  babuisse  et  realiter  récépissé 
ab  eodem  domino  abbite-,  rioque  de  eisdem  centum  scutis  se 
tenuil  pro  bene  conteniO  e(  aoloto,  et  de  quibus  quictavit  et 
quictat  dictum  dominum  abbatem  cum  pacto  de  non  ulterius 
quicumqae  plus  petendo  seu  peti  faciendo.  Item  quod  etiam 
prefati  reverendi  domini  episcopus  et  abbas  oonstituentes, 
dederunt  dicte  sponse  future,  eorum  nepti,  quilibet  ipsorum 
centum  libras  turonenses  pro  suis  vestibus  nuptialibus,  necnon 
reverendus  in  Ghristo  pater  et  dominus  dominus  Laurencius 
AJamandi,  episcopus  et  princeps  Gratianopolis,  etiam  dédit 
dicte  nobili  sponse  future  pro  suis  vestibus  nuptialibus  cen- 
tum libras  turonenses,  per  ipsum  nobilem  sponsum  futurum 
habitas  et  receptas,  et  etiam  dictas  centum  libras  per  dictum 
dominum  abbatem  de  Josapbat  ut  supra  donatas,  sicque  de 
eisdem  ducentum  libris,  se  tenuit  pro  bene  contento  et  soluto 
et  de  quibus  quictavit  ipsum  reverendum  dominum  episcopum 
Gratianopolis  et  abbatem  de  Josapbat,  et  reverendus  dominus 
episcopus  Glandatensis  promisit  solvere  dictap  centum  libraa 


&78  APPENDICE. 

per  ipsum  ul  supra  donatas,  ad  requestam  dicU  nobilis  Fran- 
cisci  de  Boczosello.  Et  premissis  m^iantibus,  consUtutus  per- 
sonaliter  prefatus  nobilis  Franciscus  de  Boczosello,  sponsos 
futurus,   qui  gratis  et  sponte,  pro  se  et  suis  heredibus  et 
successoribus  quibuscumque,  dédit  et  donavit  dicte  nobili 
Johanne,  ejus  sponse»Aiture,  presenti  et  pro  se  et  suis  stipa- 
lanli  et  recipieoti,  in  augmentum  supradicte  dotis,  ascendentis 
in  universo  ad  quatuordecim  centum  scuta  auri,  yidelicet  sum- 
mam  septem  centum  scutorum  similium.  Item,  plus  dédit  et 
donavit  prefatus  nobilis  sponsus  futurus  dicte  nobili  Jobanoe, 
ejus  sponse  future,  stipulanti  ut  supra,  pro  suis  ornamentis  et 
jocalibus,  teroentum  scuta  similia,  de  quibus  ipsa  nobilis 
sponsa  futura  disponere  possit  ad  ejus  voluntatem  maritata 
vei  non  maritata,  et  quo  ad  dictum  augmentum  dotis  fait 
actum,  quod  dissoluto  bujusmodi  matrimonio  per  mortem 
ipsius  nobilis  sponse  future,  dicta  septem  centum  scuta  dicti 
augmenti  remaneant  dicto  nobili  sponso  futuro  et  suis.  Item 
ultra  premissa  prefatus    nobilis   Franciscus  de  Boczosello, 
sponsus  futurus,  gratis  ut  supra,  dédit  de  doario  annuo  dicte 
sponse  future,  in  et  super  omnibus  suis  bonis,  et  maxime  in 
et  super  quadam   sua  domo  appelata  de  Charpenes,  sita  io 
mandamento  Goste  et  parrocbia  de  Nantuy,  cum  censibus,  red- 
ditibus  et  pertinenciis  dicte  domus,  usque  ad  valorem  dicla- 
rum  centum  librarum  annualium,  et  quam  domum,  una  cum 
grangiis  et  plassagiis  ejusdem  reliquid  idem  nobilis  Franciscus 
de  Boczosello  dicte  nobili  Johanne,  ejus  sponse,  pro  ejus  man- 
sione  et  habitacione,  casu  quo  non  posset  vivere  et  manere  in 
dicta  domo  Edochie  cum  liberis  eorumdem  conjugum,  dum- 
tamen  vitam  honestam  et  vidualem  duxerit  ut  supra.  Item  fuit 
actum  et  conventum  inter  ipsas  partes  quod  casu  quo  hujus- 
roodi  matrimonium  dissolveretur  per  mortem   dicti  nobilis 
Francisci  de  Boczosello,  susceptis  ex  eodem  liberis  cum  dicta 
ejus  sponsa  futura,  quod  restituendo  dicte  nobili  Jobanne, 
sponse,  dicta  duodecim  centum  scuta  in  unica  solutione  supra- 
dicta,  domus  Eydocbie,  cum  pertinenciis  suis  supradictis,  et 
ipsis  liberis  remanebit;  et  casu  quo  non  baberint  ipsi  futuri 
conjuges    liberos  ex  hoc  matrimonio  et  superviveret  dicta 
nobilis  Johanna,  sponsa,  dicto  ejus  sponso,  quod  ad  eam 
revertatur  et  restituatur  dicta  domus  Eydocbie  cum  suis  perti- 


APPEm>iGE.  479 

Denciis  ;  acto  tamen  quod  si  ipse  nobilis  de  Boczosello  foirsam 
fecerit,  sive  sui  fecerint,  aliquas  necessarîas  et  utiles  repara- 
tiones,  vel  aliqua  bona  reacheptaverint,  quod  ipse  reparationes 
et  bona  reacbeptata  deducantur  vel  solvantur  beredibus  ejus- 
dem  de  Boczosello,  necnon  etiam  débita  que  reperientur  fuisse 
soluta  per  prefatum  domioum  de  Boczosello  vel  suos.  Item 
plus  fuit  actum  et  conyentum  inter  îpsas  parles,  quod  super- 
yiyens  eorumdem  lucretur  duocentum  scuta  super  bouis  pre- 
morîenlis,  de  quibus  in  morte  pariter  et  in  vita  disponere 
possit,  sive  convolaverit  ad  secundas  nuptias  sive  abstînuerit. 
Item  plus  fuit  actum  et  conventum  inter  ipsas  partes,  quod 
supradicte  dos  una  cum  dicto  augmento  et  aliis  que  restitui 
debebunt,  soluto  matrimonio,  per  mortem  dicti  nobilis  de  Boc- 
zosello, restituantur  et  solvantur  incontinenti  sicut  reperientur 
fuisse  soluta.  Et  mediantibus  premissis,  prefatus  nobilis  de 
Boczosello,  sponsus  futurus,  celebrato  hujusmodi  matrimonio, 
promisit  quictari  facere  per  dictam  nobilem  Johannam,  ejus 
sponsam,  omnia  et  quecumque  bona  paterna,  juraque  et 
actiones  que  babet  et  babere  posset  in  eisdem  bonis  nunc  vel 
in  futurum  ;  hoc  acto  quod  si  forsan  ipsa  nobilis  Johanna  in 
preteritum  fecisset  aliquam  donationem  vel  quictacionem  de 
bonis  suis  ante  presentem  contractum,  quod  eo  in  casu  illa 
donacio  seu  quictacio  sint  nuUius  momenti  et  valoris.  Promio- 
tentes  propterea  superius  nominale  partes,  ipsarum  quelibet 
in  quantum  eam  tangit,  per  eorum  juramenta,  videlicet  ipsi 
reverendus  dominus  episcopus  Glandatensis  et  abbas  de  Josa- 
pbal,  nominibus  quibus  supra,  manus  ad  pectus  eorum  more 
prelatorum  ponendo,  et  dictus  nobilis  de  Boczosello  taclis 
manualiter  sacrosanclis  scripturis,  et  sub  omnium  bonorum 
suorum  expressa  obligacione  et  ypothecacione  bonorum  mobi- 
lium,  immobilium  presentium  et  futurorum,  premîssa  omnia 
superius  et  inferius  scripta  actendere,  complereque  et  inviola- 
biliter  observare  absque  conlradictione  quacumque,  et  Dun- 
quam  per  se  vel  per  alium  contra  ire,  nec  alicui  contra  ire  seu 
venire  volenti  in  aliquo  quovismodo  consentire;  dictique  reve- 
rendi  domini  constituenles,  nominibus  quibus  supra,  dictam 
domum  Edochie,  cum  dictis  suis  juribus  et  pertinenciis,  dictis 
futuris  conjugibus  manutenereetdeffendere  adversus  et  contra 
omnes,  et  stare  de  omni  evictione  universali  et  particulari,  tam 


iSO  APPENDICE. 

in  proprietate  quam  in  possessione;  oecnon  premîssa  ratifB- 
cari  facere  per  dominam  de  Baiela  ac  dominas  religiosas  una 
de  Hays  et  alla  de  Prato-Mollo,  eorumdem  duorum  constiluen- 
tium  sorores  quathenus  opus  erit.  Et  etiam  promisit  prefatus 
dominus   episcopus  Glandatensis  tradire  et   expedire  diclo 
nobili  de  Boczosello  instriimenla  et  documenta  que  habet  pênes 
se,  facientia  ad  opus  dicte  domus  Eydochie.  Renunciantes  pre- 
nominate  partes,  et  ipsarum  quelibet,  omnibus  et  singulis  juri- 
bus,  juriumque  exceptionibus  tam  canonicis  quam  ciTilibus 
quibus  mediautibus  contra  premissa  aut  premissorum  aliqua 
facere,  dlcere,  exponere  vel  contravenire  possent,  aut  in  aliquo 
se  tuheri  quomodolibet  vel.deffendere,  et  maxime  juri  dicenli 
generalem  renunciationem  non  yalere  nisi  speciali  précédente. 
Acta  fuerunt  premissa  Gratianopoli  in  domo  episcopali  ipsius 
loci,  presentibus  spectabilibus  dominis  Faicone  de  Auriiiaco, 
présidente  Dalphinatus,  Jacobo  Gaiiani,  Georgio  de  Sancto 
Marcello,  Aymaro  Rivalli,  consiliariis  dalphinalibus,  nobilibus 
Bartbolomeo  de  Monteforti,  milite  et  receptore  Scalarum,  Petro 
de  Legaz  et  Jacobo  de  Buffevent  testibus  ad  premissa  vocatis  et 
rogatis.  Et  me  Jacobo  de  Mailles,  diocesis  Gracianopolis  aucto- 
ritate  dalpbinali  notario  publico,  qui  in  premissis  omnibus  et 
singulis,  dum  sic  ut  premictitur  agerentur  et  fièrent,  una  cum 
prenominatis  testibus  presens  interfui,  eaque  onmia  et  singula 
sic  fieri  vidi  et  audiyi,  ac  in  notam  sumpsi  et  recitavi  a  qua- 
quidem  nota,   hoc  presens  publicum  instrumentum,  manu 
fldeiis  coadjutoris  mei  fideliter  scriptum,  extrahi  et  grossari 
feci,  ac  ibidem  me  suscripsi  manu  propria  signari  in  robur  et 
fldem  omnium  et  singulorum  premissorum. 

De  Màillbs*. 

1.  Nous  ferons  remarquer  la  signature  du  notaire  :  c'est  Jacques 
de  Mailles,  l'auteur  présumé  de  la  présente  histoire. 

Jeanne  Terrai!  fut  mère  de  Tinfortuné  Pierre  de  Bocsozel,  s' du 
Ghatelart,  célèbre  par  son  amour  pour  Marie  Stuart  et  sa  fin 
tragique  (1562).  Ghatelart  était  poète;  Le  Laboureur  nous  a  trans- 
mis une  poésie  charmante  adressée  par  lui  à  sa  maîtresse. 


GLOSSAIRE 


à,  avec,  143. 

aboys,  suspens,  402. 

abreuvé,  triste,  78. 

abstrainct,  dépourvu,  312. 

acertené,   instruit,   rendu   cer- 
tain, 164. 

à  coup,  Dour  cette  fois,  à  coup 
sûr,  32. 

acquerre,  acquérir,  40; 

acteur,  auteur,  i.      "^  '*' 

adresse,  dédicace,  1. 

advitaiUer,  ravitailler,  355. 

affiérer,  convenir,  428. 

affaler,  effrayer,  blesser,  9. 

ainçois,  avant,  18. 

ains,  mais,  14. 

à  Vemblée,  d'emblée^  2. 

apatis,  contribution,  362. 

à  poux  de  lance,  à  longueur  de 
lance,  46. 

appert,  habile,  24. 

appertise,  exploit,  283. 

appoincter,  solder,  23. 

arrivée  (d%  dès  le  début,  321. 

asseuréement,    avec   assurance, 
232. 

assiète  (d')^  assis,  136.       « 

attainctes,  desseins,  but,  241. 

avoir  à  besongner,  avoir  besoin, 
30. 

B 

bagues,  bagages,  80. 


baller,  danser^  16. 
bastillon,  fortin,  132. 
bcuton,  arme,  21. 
benoit,  béni. 
berche,  brèche,  156. 
blasonner,  louer,  65. 
bouge,  valise,  116. 
bruyt,  renommée,  3. 


canonnière,  pièce  de  canon,  245. 
cariage,  ba^Age,  42. 
castelan,  châtelain,  374. 
cault,  rusé,  136. 
ce,  si,  102. 

c'est  mon,  vraiment,  14. 
chailloir,  importer,  27. 
chapelet,  petit  chapeau,  49. 
chassement,  expulsion,  71. 
cil,  celui,  416. 

commander,  recommander,  33. 
comme,  ainsi,  406. 
comparer,  payer,  271. 
conquester,  conquérir,  55. 
contenir,  comporter,  8. 
convoyer^  convieiv  6o. 
cordelle  (tirer  éi^fajy  séduire, 

entraîner,  2|Çr^;': 
courserot,  petUi.^iQttl,  35. 
cronicqué,  menàonilé  dans  les 

chroniques.  204. 
eropir,  croupir,  91. 


crote,  grotte,  207. 
cuyder,  croire,  49. 


31 


482 


GLOSSAIRE. 


D 


davantage,  de  plus,  3f . 
daxes,  taxes,  62. 
dédiasse,  chassé,  342. 
defTaillir,  manquer,  4. 
de/fensible,  défenseur,  2. 
de/portune,  infortune,  228. 
de/froy,  entretien,  134. 
délayer,  retarder,  312. 
délibérer,  décider,  120. 
démené  (le),  ce  qui  se  prépare, 

200. 
démener,  mener,  298. 
demeure,  délai,  116. 
départir,  séparer,  52. 
depescher,  débarrasser,  31. 
desduire,  parler,  97. 
deslacher,  lâcher,  274. 
desroter,  mettre  en  déroute,  201. 
desservir,  mériter,  199. 
devise,  livrée,  321. 
devise,  devis,  entretien,  52. 
dilation,  retard,  22. 
doint  (qu'il),  qu'il  donne,  10. 
dominager,  endommaj^er,  398. 
donner  garde  (se)^  avoir  la  garde, 

314. 
double,  crainte,  318. 
doubler,  redouter,  123. 
droit,  vrai,  143. 
durer,  résister,  110. 
duyt,  habile,  38. 

£ 

eleu,  dȎlite,  92. 
embattre,  abattre,  111. 
embattre  (s'),  s'ébattre,  309. 
embuscher,  embusquer,  140. 
empescher,  embarrasser,  387. 
empris,  entrepris,  1. 
emprise,  entreprise,  37. 
encharger,  charger.  11. 
encloueure,  piôge,  â4. 
enfondrer,  effondrer,  335. 
enroser,  arroser,  163. 
enseignes,  indications,  242. 
ensépuîturé,  enseveli,  57* 
envahie,   charge  de  cavalerie, 

190. 
envis,  malgré,  24. 


es,  au,  14. 

eschapins  de  chausse,  cbauBSure 
légère,  280. 

escoute,  guetteur^  116. 

e^ouissement,  réjouissance,  48. 

este,  aile,  280. 

espérer,  attendre.  223. 

e^perit,  esprit,  413. 

estant  (en),  se  tenant  debout, 
413. 

estoffe  (gens  d'),  troupe  de  résis- 
tance, 278. 

estradiote,  cimeterre,  211. 

évader,  éviter,  320. 

exterminer,  chasser. 


faigner,  être  fainéant,  305. 

failtùir,  faUoir,  312. 

fascherie,  inconvénient,  154. 

fenestre,  armoire,  29. 

fès,  faix. 

finer,  financer,  85. 

finer,  finir.  80. 

flou,  fiot,  282. 

foncer,  financer.  27. 

frayer,  nasser,  o35. 

fuytif  fcgitif,  63. 


garnir,  pourvoir,  8. 
gecter,  jeter,  309. 
genétaires,  cavalerie  légère.  115. 
genète  (à  la),-  en  chevau-léger, 

253. 
gentilfemme,  femme  noble,  339. 
gentillesse,  noblesse,  258. 
graigneur,  plus  grand,  415.     . 
grenète,  marché  aux  grains,  35. 
grisle,  grille,  270. 
gorgias,  beau,  199. 
guerpir,  déguerpir,  133. 
guerroyable  (guerre),  guerre  «é- 

riaiiBe,  90. 
guete^  alarme,  97. 


habiller,  panser,  raccommoder, 
98. 


GLOSSAIRE. 


483 


hacquebute,  arquebuse,  126. 
halecret,  corselet,  274. 
haridelle,  cavalier,  264. 
harnoys,  armure,  25. 
hoc,  haie,  32S. 
/lutin,  choc,  322. 


intrade,  tjÊ^nu^  244. 

J 

joinct,  en  outre,  9. 

L 


ou,  au,  127. 
oyseux,  oisif,  100. 


paillart,  lâche,  326. 
paour,  peur,  1. 
paravant,  auparavant,  389. 
parfond,  profond,  263. 
parfoumir,  fournir,  49. 
parquoy,  pourquoi.  24. 
partir,  partager,  séparer,  35. 
pas,  joute,  5.  ..  i. 

picquer  un  cheval,  If  faire  sau* 
ter,  caracoler,  22. 


plains,  plaintes,  110. 
lacrymable,   digne  de   larmes,    P^^viner,  pleuvoir,  265. 


367. 

léans,  céans,  31. 
loge,  hutte,  322. 


piteux,  ayant  de  la  pitié,  2. 
poignant,  pointant,  306. 
poindre,  course,  49. 


luyie,  luyùr,  lutte,  lutter,  107.    Pot>ite,  première  attaque,  155. 


luz,  luth,  295 

lyément,  joyeusement,  124. 

lyonicque,  de  lion,  105. 

M 

mais  que,  dès  que,  172. 
mais  que,  pourvu  que,  58. 
maldisant,  médisant,  11. 
malheureté,  désastre,  250. 
maltalent,  colère,  84. 
man^on,  manchette,  66. 
mercyer,  remercier,  21. 
meschanceté,  misère,  250. 
meschief,  malheur,  376. 
meshuy,  aujourd'hui,  124. 
mesmement,  môme,  259. 
mestier,  besoin,  305. 
mettre  sus,  survenir,  380. 

N 

navrer,  tuer,  324. 
nem  plus,  non  plus,  198. 
notice,  connaissance,  300. 
nourriture,  éducation,  66. 
nouvel  (de),  nouvellement,  306. 

0 
oppressé,  écrasé,  8. 


portatif  (évéque),  évoque  in  par- 
tibui,  228. 

porter  (se),  se  comporter,  293. 

prée,  pré,  22. 

privaulté,  honneur,  estime  par- 
ticulière, 261. 

procès,  discussion,  272. 

puissance,  force  militaire,  352. 

Q 

quant  et,  en  même  temps  que, 

avec,  200. 
quant  et  quant,  ensuite,  214. 
quatrin,  menue  monnaie,  293. 
que,  comme,  176. 
quereller,  réclamer,  145. 
qui,  qu'il,  154. 
quilles  (trousser  ses),  se  retirer, 

401. 


R 


rabiller,  rétablir.  102. 

rebatre,  parer,  2o5. 

recharger,  revenir  à  la  charge, 

51. 
recompenser,  dédommager,  95. 
recours,  secouru,  124. 
recoux,  recouvré,  187. 
recru,  fourbu,  94. 


i8i 


GLOSSAIRK. 


recueil,  accueil,  27. 
religion,  couvent,  287. 
rementavoir,  remémorer,  65. 
repérer,  se  retirer,  372. 
resolution,  solution,  52. 
retirer,  conserver,  244. 
révolter  (se),  faire  volte-face,  se 

retourner,  332. 
riote,  querelle,  11  i. 
ronçon,  épieu,  148. 
rooller,  rouler,  318. 
rotte,  déroute,  157. 
rotte,  troupe,  143. 
rouer,  rôder,  288. 


saillie,  saillir,  sortie,  sortir,  4. 

saisir,  posséder.  118. 

saulte'iuisson,  fantassin,  264. 

saulveté,  salut.  201. 

sçavoir  mon,  c  est  à  savoir,  262. 

secrète,  casque  rond,  116. 

secrétain,  sacristain,  31. 

semondre,  engager,  inviter,  25. 

sentir,  entendre,  372. 

seoir,  siéger,  57. 

serréement,  en  ordre  serré,  122. 

se,  ce,  51. 

soris,  souris,  406. 

souldar,  soldat,  50. 

soulde,  solde.  50. 

soulier,  souiller,  102. 


targuète,  petit  bouclier,  256. 

tascher,  viser,  113. 

taudis,  amas,  153. 

tenir  bataille,  être  rangé  en  ba- 
taille, 186. 

tenu,  ayant  de  l'obligation,  333. 

terayeul,  trisaïeul.  4. 

tiensùt  (qu'il),  qu'il  tînt,  306. 

tirer  à  une  part,  aller  d'un  côté, 
207. 

trafique,  affaire,  245. 

travaillé,  malade,  206. 

trépasser,  dépasser,  189. 

triumphamment ,  triomphale  - 
ment,  10. 

troppe,  troupe,  113. 

trousse,  mauvais  tour,  251. 

trousser  son  cas,  préparer  ses 
bagages,  272. 


vaillant  (le),  l'avoir,  la  fortune, 

288. 
valloir,  mériter,  85. 
vêla,  voilà,  17. 
venue,  réception,  199. 
veue,  entrevue,  135. 
veue,  visière  du  casque,  49. 
vois  (je),  je  vais,  401 . 
voulsist  (qu'il),  qu'il  voulùti  12. 


INDEX  ALPHABETIQUE 


A^nadel  (bataille  d'),  142. 

Amay  (ai)baye  d').  Le  cousin 
de  Bayart  y  est  abbé ,  5.  Le 
roi  y  voit  Bayart  à  cheval,  21. 

Aire.  Bayart  y  arrive,  41.  Il  y 
donne  un  tournoi,  46. 

Albret,  Voy.  Avenues. 

Aldano.  Son  duel  avec  Peralte, 
256. 

Alègre  (Yves  d'),  au  siège  de 
Legnano,  204;  à  celui  de 
Montselice,  208  ;  à  la  reprise 
de  Brescia,  277.  Fait  prison- 
nier André  Gritti,  283  ;  combat 
à  Ravenne,  314.  Fait  avancer 
Tartillerie,  318;  et  la  gendar- 
merie, 321.  Est  tué,  327-330. 

Alègre  (à').  Voy.  Milhau. 

Alençon  (Charles  de  Bourbon, 
duc  d'),  surveille  de  Reims 
l'armée  des  impériaux,  392. 

Alençon  (Marguerite  d'Orléans, 
duchesse  d'),  est  marraine  du 
dauphin,  390. 

Alexandrie.  Le  s'  de  Ligny  y 
vient,  82. 

Allemagne.  Ludovic  le  More  s'y 
retire,  61.  Il  en  revient,  71. 

Alpopos  fortifié  par  le  duc  de 
Ferrare,  157. 

Aitamura  (Aliénor  de  Beaux, 


duchesse  d') ,  épouse  le  s'  de 
Ligny.  Sa  mort,  87.  ' 

Altemeze  (Francisque  d'),  est 
témoin  du  combat  entre  Ba- 
yart et  Soto  Mayor,  106. 

Alleman  (Guignes),  s'  d'Uriage, 
donne  un  cneval  à  Tévèque 
de  Grenoble,  9. 

Alleman  (Hélène)^  mère  de  Ba^ 
yart,  sœur  de  Tevôque  de  Gre- 
noble, 4.  Ses  adieux  à  son 
fils,  10. 

Alleman  (Laurent  I),  évèque 
de  Grenoble,  4.  Se  rend  au 
château  de  Bayart,  7.  (]!on- 
seille  d'envoyer  Bayart  au 
duc  de  Savoie,  8.  Lui  fait  ca- 
deau d'un  cheval  et  d'habits,  9. 
Le  conduit  à  la  cour  de  Sa- 
voie où  il  le  donne  au  duc, 
12-15.  Retourne  à  Grenoble, 
15.  Reçoit  Bayart  à  son  re- 
tour d'Italie,  336. 

Alvarade,  tué  à  Ravenne,  330. 

Alviano  (Barthélémy  d'),  gé- 
néral des  Vénitiens,  141; 
est  battu  à  Aj^adel,  142; 
blessé  et  fait  pnsonnier,  143. 
Amène  aux  Français  du  ren- 
fort à  Marignan,  à84. 

Amboise.  Charles  VIII  y  meurt, 
58.  Le  dauphin  François  y  est 
baptisé,  390. 


486 


II^EX  ALPHABÉTIQUE. 


Amboise  (Georges  d*),  cardinal, 
lieutenant-général  en  Mila- 
nais, 86.  Ambassadeur  vers 
l'empereur,  146.  Meurt,  205. 

Amboise,  vov.  Chaumont. 

Anhalt  (Ruaolphe,  prince  d'). 
R^oint  l'armée  française, 
152.  Va  au  siège  de  Pacioue, 
159.   Veut  aller  à  l'assaut, 

185.  Accompagne  les  Fran- 
çais après  le  sie^e  de  Padoue, 

186.  Frète  des  lansquenets  à 
Bayart,  199.  Assiste  au  siège 
de  Legnano,  204. 

Andria.  Bayart  y  fait  une 
course,  91. 

Angleterre  (Marie  d'),  épouse 
Louis  Xn,  368. 

Anjou  (duché  d'),  donné  à  Fré- 
déric, roi  de  mples,  en  com- 
pensation de  son  royaume,  88. 

Anne  de  Bretagne.  Aide  à  bâ- 
tir un  couvent  de  Gordeliers, 
19.  Séjourne  à  Lyon  avec 
Charles  VIII ,  57.  Épouse 
Louis  xn,  59.  Sa  mort,  son 
éloge,  366-367. 

Annona,  mise  à  sac,  61. 

Anton  (Jean  d'),  cité,  80,  104, 
108,  114. 

Aragon  (Pierre  d\  Extinction 
de  sa  famille,  127. 

Arbresle  (l*).  Bayart  y  est  ac- 
compagné par  Bellaore,  43. 

Arces  (Antoine  de  Morard  d'), 
combat  à  Agnadel,  141. 

Argenta,  ville  d'Italie;  son  im- 
portance, 231. 

Ars  (Louis  d').  Lieutenant  du 
8'  de  Ligny,  permet  aux 
jeunes  gens  de  faire  des  tour- 
nois, 45.  En  est  nommé  juge, 
48.  Litercède  pour  les  sujets 
révoltés  du  s'  ae  Ligny,  83, 
84.  Rend  ses  places  au 
royaume  de  Naples  par  ordre 
de  Louis  XII  et  rentre  en 
France,  125,  126.  Loué  du 
roi  d'Espagne,  135.  Assiste 
au  siège  de  Legnano,  204. 
Opine  pour  la  bataille  à  Ra- 
venne,  312.  Poursuit  les  en- 


nemis, 323.  A  Pavie,  334. 

Astesan  (1*),  traversé  par  l'ar- 
mée française,  60. 

Ascanio  (le  cardinal).  Laissé 
dans  Milan  par  son  frère  Lu- 
dovic le  More,  79.  Est  fait 
prisonnier  et  livré  aux  Fran- 
çais, 81. 

Avennes  (Gabriel  d'AJbret,  s' 
d'),  reçoit  le  duc  de  Savoie; 
son  arrivée  à  Lyon,  18. 

Avogaro  (Louis)."  Sa  ouerelle 
avec  Gambara,  269.  II  livre 
Brescia  aux  Vénitiens,  t^. 
A  la  tète  tranchée,  283. 

Aubigny  (Robert  Stuart,  s'  d). 
(lionduit  l'armée  française  en 
Italie,  60.  Est  envoyé  à  la 
conquête  de  Naples,  88-89. 
Est  chassé  de  Naples  par 
Gonsalve  de  C^ordoue,  89. 
Fait  couper  la  tète  à  Augus- 
tin Guerlo,  241.  Gouverneur 
de  Brescia,  336.  Entre  en 
Italie,  372.  Poursuit  Prospero 
Golonna,  375. 

Aydie  (Gallet  d'),  surnommé  le 
capitaine  Odet;  à  Agnadel, 
139  ;  à  Ravenne,  313. 

Azevedo.  Sa  (juerelle  et  son 
duel  avec  Sainte-Croix,  où  il 
est  vainqueur,  252-256. 


B 


Baglione  (Jean-Paul).  Va  au 
secours  de  Brescia,  273.  Met 
le  siège  devant  Valeggio,  273. 
Est  battu  par  les  Français, 
274. 

Baobdil,  voy.  Gblco. 

Bardassan.  (Ilombat  à  Ravenne, 
313;  y  est  tué,  325-330. 

Barletta.  Bayart  y  fait  une 
course,  91. 

Basque  (Pierre  de  Tardes,  dit 
le).  Envoyé  à  la  poursuite  de 
Soto-Mayor,  97.  Le  reprend, 
98.  Combat  au  pont  de  Gari- 
ffliano,  120,  121.  Renverse 
Salvator  de  Borgia  de  son 
cheval,  124. 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 


487 


Bassano.  L'empereur  y  arrive, 
152.  La  garnison  inquiète  le 
camp  de  Temperenr,  171. 
Rendu  à  Bayart,  177. 

Bastida  di  fossa  Geniolo,  atta- 
qué par  le  pape,  231.  Le  gou- 
verneur demande  du  secours, 
232.  Bataille  qui  s'y  livre, 
237.  Déroute  de  l'armée  du 
pape,  238. 

Baulme  (La),  fait  trois  prison- 
niers quoique  ayant  une 
jambe  de  bois,  251. 

Bayart  (château  de).  L'évêque 
ae  Grenoble  y  vient.  7. 

Bayart  (Pierre  Terrait,  s'  de). 
Don  extraction,  3.  Déclare  à 
soa.père  qu'il  veut  suivre  la 
carrière  des  armes,  4.  Ses 
adieux  à  «a  famille,  9.  Est 
conduit  à  la  cour  de  Savoie, 
12.  Est  présenté  au  duc.  14. 
L'accompagne  à  Lyon,  lé.  Se 

g  répare  à  être  pFésenté  à 
iharles  VIU,  21.  Fait  sous 
ses  yeux  l'exercice  du  cheval, 
23.  Entre  à  son  service,  24. 
Se  fait  inscrire  pour  prendre 
part  au  pas  d'armes  au  s'  de 
Vauldray,  26.  Obtient  de 
l'abbé  d'Ainay  les  moyens 
d'y  fig;urer,  27.  Prend  chez  son 
fournisseur  pour  une  grosse 
somme  d'étoffes,  31.  Lutte 
avec  honneur  au  tournoi,  38. 
Va  en  garnison  en  Picardie, 
38.  Ses  adieux  au  roi  et  au 
8'  de  Ligny,  40.  Sa  générosité 
envers  leurs  gens,  son  voyage, 
42.  Arrive  à  Aire,  43.  Donne 
un  tournoi^  45.  Son  combat 
avec  Tàrtann,  48.  Avec  Han- 
notin  de  Sucker,  51.  Distri- 
bue les  prix,  53.  Sa  libéralité 
envers  ses  compagnons,  54. 
Il  se  siffnale  à  Fomoue  et 
reçoit  500  écusdu  roi,  56.  Va 
visiter  la  veuve  du  duc  de 
Savoie,  63.  Retrouve  à  sa 
cour  son  ancienne  amie  la 
dame  de  Frussasco,  64.  Donne 
un  tournoi,  65.  Combat  contre 


le  S'  de  Rovastre,  67.  Fait 
décerner  les  prix  par  la  dame 
de  Frussasco,  68.  Sa  libéra- 
lité, 70.  Retourne  en  Italie, 
72.  Son  expédition  contre  le 
capitaine  Gaeache ,  73.  :  ^II 
entre  à  Milan  avec  les  enne- 
mis et  est  fait  prisonnier,  74. 
Son  entretien  avec  Ludovic 
le  More,  75.  On  lui  rend  la 
liberté,  77.  Il  reçoit  en  cadeau 
du  s'  de  Ligny  l'argenterie 
que  lui  offrent  ses  sujets 
rebelles  et  la  distribue  à  ses 
compagnons,  85.  Ses  adieux 
au  S'  de  Ligny,  88.  Com- 
mande à  Minervino,  91.  Bat 
et  fait  prisonnier  Soto-Mayor, 
92.  Lui  donne  le  château 
pour  prison,  95.  Le  fait  en- 
fermer après  sa  tentative  d'é- 
vasion, 99.  Lui  demande  rai- 
son des  méchants  propos  qu'il 
tenait  sur  lui,  101.  Le  tue  en 
combat  singulier,  104.  Rend 
son  corps  à  ses  compagnons, 
109.  Son  combat  avec  12  com- 
pagnons contre  13  Espagnols, 
111.  S'empare  d'un  trésorier 
espagnol;  ses  démêlés  avec 
Tardieu  pour  le  partage  du 
butin;  sa  cénérosité  envers 
lui  et  ses  soldats,  115.  Défend 
seul  un  pont  contre  200  en- 
nemis, 120.  Est  fait  prison- 
nier, puis  délivré,  122.  Ren- 
tre en  France,  125.  Part  pour 
Gênes,  quoique  malade,  130. 
S'empare  d'un  fort,  132.  Re- 
çoit le  commandement  de 
500  hommes  de  pied.  140. 
S'empare  des  avenues  de  Pa- 
doue,  159.  Dresse  une  em- 
bûche à  Lucio  Malvezza,  165. 
Le  défait,  168.  Dresse  une 
embûche  à  Rinaldo  Conta- 
rini,  171.  Le  déftflt,  174.  Le 
force  à  lui  faire  rendre  le 
château  de  Bassano,  176.  Son 
avis  sur  l'assaut  projeté  de 
Padoue,  182.  Son  humanité 
à  la  Icf^ée  du  siège  de  Pa^ 


488 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 


doue,  186.  Il  tient  garnison  à 
Vérone,  187.  Il  se  retire  avec 
honneur  de  Tembûche  que 
lui  tend  Jean-Paul  Manfroni, 
189.  Défait  une  bande  de 
gens  de  pied,  193.  Déjoue  la 
trahison  d'un  espion,  196. 
Défait  le  capitaine  Manfroni, 
201 .  Fait  pendre  des  pillards, 
207.  Ck)nduit  un  renfort  à  la 
Mirandole,  224.  Tente  sans 
succès  de  s'emparer  du  pape, 
225.  Apprend  le  siège  de  la 
Bastide,  232.  Plan  qu'il  pro- 
pose au  duc  de  Ferrare  pour 
la  secourir,  233.  Succès  de 
•son  exécution,  238.  S'oppose 
à  ce  que  le  duc  fasse  assassi- 
ner le  pape,  245.  Est  fait  lieu- 
tenant du  duc  de  Lorraine, 
249.  Prend  Gradisca  et  Gori- 
zia,  249.  Loué  de  Trivulce 
pour  sa  conduite  à  Bologne, 
251 .  Venge  la  mort  du  s'  de 
Gonti,  258.  Se  fait  dire  la 
bonne  aventure,  261.  De- 
mande à  marcher  le  premier 
à  l'assaut  de  Brescia,  277. 
Est  blessé,  porté  dans  un 
palais  et  soigné,  284.  11  pro- 
tège les  habitants  du  patais, 
285.  Obtient  de  rejoindre 
l'armée,  292.  Reçoit  de  son 
hôtesse  2,500  ducats  et  les 
distribue  à  ses  filles  et  aux 
pauvres,  295.  Ses  adieux, 
296.  U  arrive  à  l'armée  devant 
Ravenne,  298.  Opine  pour  la 
bataille,  302.  Envové  en  es- 
carmouche contre  les  Espa- 
enols^  306.  Secourt  le  baron 
ne  Beam,  309.  Se  promène 
avec  Nemours  avant  la  ba- 
taille. 315.  Ses  pourparlers 
avec  les  Espagnols,  31  o.  Fait 
avancer  l'artulerie,  318,  et 
diviser  la  cavalerie  en  deux 
troupes,  320.  Poursuit  les 
fuyards,  323.  S'empare  des 
enseignes  ennemies,  328.  Est 
blesse  à  Pavie,  335.  Rentré  à 
Grenoble,  y  tomb^  malade. 


336.  Guérit, 338.  Son  aventure 
avec  une  jeune  fille  noble  et 
pauvre  qu  il  dote.  339.  Va  en 
Navarre,  341.  8  empare  par 
ruse  d'une  place  forte,  343. 
Refuse  de  donner  aux  lans- 
quenets double  paie,  346.  Un 
lansijuenet  ivre  veut  le  tuer; 
il  lui  pardonne  et  le  fiait  as- 
seoir a  sa  table,  347.  Donne  i 
dîner  au  duc  de  SufiEblk,  349. 
Engage  le  s' de  Piennes  à  char- 
,  ger  à  Toumehem  le  roi  d'An- 

gleterre  et  ses  troupes,  353. 
'empare  d'une  pièce  d'artil- 
lerie, 354.  A  la  journée  des 
Eperons  arrête  les  ennemis 
au  passage  d'un  pont,  357. 
Fait  prisonnier  un  Anslais, 
puis  se  rend  à  lui,  35S.  Le 
roi  d'Angleterre  le  fait  déli- 
vrer sans  rançon,  361.  Est 
envoyé  en  Piémont,  371. 
Parvient  à  s'emparer  de  Pro&- 
pero  Golonna,  372.  Sa  conver- 
sation avec  lui  après  sa  cap- 
ture, 377.  Charge  les  Suisses 
à  Marignan,  382.  Son  che- 
val s'emporte,  et  il  se  sauve 
à  grand'peine  des  mains  des 
ennemis,  383.  Il  arme  Fran- 
çois I"*  chevalier,  385.  Est 
aésigné  pour  défendre  Mé- 
zières,  393.  Ses  préparatifs, 
394.  Sa  réponse  aux  proposi- 
tions des  ennemis,  396.  Kuse 
qu'il  emploie  pour  brouiller 
les  deux  chefis  des  ennemis, 
398.  Succès  de  sa  ruse,  levée 
du  siège,  401.  Il  est  fait 
chevalier  de  Saint-Michel , 
402.  Va  à  Gènes ,  404.  Est 
envoyé  par  Bonnivet  pour 
garder  Robecco,  406.  Y  tombe 
malade,  407.  'É&i  surpris  par 
les  ennemis,  408.  Bonnivet 
lui  remet  le  commandement 
de  l'armée,  412.  Il  est  blessé 
à  mort,  413.  Ses  derniers 
moments ,  414-420.  Ses  funé- 
railles, 421.  Son  éloge,  423- 
428. 


INDEX  ALPIDIBÉTIQUE. 


489 


Bazillac  (Pierre  de),  blessé  à 
Ravenne,  308. 

Béam  (François  de).  Est  témoin 
du  combat  de  Bayart  contre 
Soto-Mayor,  105.  Va  au  se- 
cours de  l'empereur,  149.  Son 
rôle  dans  un  duel  entre  deux 
Espagnols,  252.  Battu  dans 
une  escarmouche,  306.  Est 
sauvé  par  Bayart,  308. 

Beaucaire,  cité,  108,  114,  411. 

Beaudinar  (François  de  Grussol, 
s'  dé),  au  siège  de  Gènes, 
133. 

Beaumont  (François  de)^  té- 
moin du  duel  de  Sainte - 
Croix,  253. 

Bellabre  (Pierre  de  Pocquières, 
S'  de).  Engage  Bayart  à 
prendre  part  au  tournoi  du 
S'  de  Vauldray,  25  ;  à  deman- 
der de  l'argent  à  l'abbé  d'Ai- 
nay,  27,  28  j  à  se  faire  re- 
mettre des  étoffes  pour  une 
grosse  somme,  30.  Le  mène 
acheter  des  chevaux,  35.  Ar- 
rive à  Aire,  48  ;  combat  contre 
David  de  Fougas,  49;  contre 
Arnauton  de  Pierre-Forade , 
51.  Emporte  le  prix  du  tour- 
noi, 53.  Choisi  pour  témoin 
de  Bayart  dans  son  duel 
contre  Soto-Mayor,  i03. 

Bellay  (Martin  du),  cité  356, 
378,386,397,414,  416,421. 

Bentivoglio  (Jean),  chassé  de 
Bologne  par  iQsJPrançais,  128. 

Bergame,  pris  psr  les  Français, 
145. 

Bersaques  (Philippe  de) ,  à  Ra- 
venne,  308. 

Bessey,  voy.  Dijon. 

Betonte  (mirquis  de),  fait  pri- 
sonnier à  Ravenne,  331. 

Biagrasso.  Lies  Français  y  ont 
leur  camp,  405.  Bayart,  sur- 
pris à  Renecco,  y  ramène  les 
restes  de  sa  troupe,  409. 

Binasco.  Combat  de  Bayart  avec 
la  j|;amison  de  Binasco,  72. 

Bisaigne  (Diego  de),  défie  Ba- 
yart, 111. 


Bisegna,  fief  du  s'  de  Ligny, 
87. 

Blanche  Paléologue,  duchesse 
de  Savoie,  reçoit  la  visite  de 
Bayart,  63.  Sa  joie  de  ce  qu'il 
donne  un  tournoi,  67.  (]!onvie 
les  combattants  à  souper,  68. 

Blois.  Louis  XII  y  tonibe  ma- 
lade, 126.  ^. 

Bologne.  Prise  p&p^  Français 
et  donnée  au  pi^,  128.  Les 
Espagnols  y  mettent  le  siège, 
25/.  Pfemours  le  fait  lever, 
272.  Le  roi  de  France  y  visite 
le  pape,  387. 

Bonnet  (Jacques),  s' de  Mazuel. 
Va  en  Italie  combattre  pour 
l'empereur,  150.  Prend  part  à 
l'expédition  contre  Lucio  Mal- 
vezza,  166;  à  celle  contre  la 
garnison  de  Bassano,  173;  à 
la  reprise  de  Brescia,  277  ;  à  la 
bataille  de  Ravenne,  313.  Y  est 
tué,  325. 

Bonne  val  (Germain  de),  prend 
part  au  tournoi  de  Vauldray, 
37. 

Bonnivet  (Guillaume  Gouffier, 
S'  de).  Commande  Tannée 
française  en  Italie,  405.  En- 
voie Bayart  à  Rebec  en  lui 
promettant  secours,  406.  Se 
querelle  avec  lui.  409.  Il  lui 
cëde  le  commanaem^il)  411. 

Borgia  (Salvator  de),  renversé 
de  son  cheval  par  le  Basque, 
124. 

Bories  (le  chevalier  des),  com- 
bat à  Ravenne^  324. 

Borsa  C!alcagnini,  emprisonné 
à  Ferrare,  241. 

Bourbon  (Anne  de),  dame  de 
Beaujeu,  séjourne  à  Lyon, 

Bourbon  (Charles,  duc  de).  Est 
envoyé  en  Navarre  avec  une 
armée,  341.  Est  fait  conné- 
table de  France,  370.  Est 
averti  à  Briançon  de  la  pré- 
sence de  Prospère  Colonna, 
372.  Conduit  l'avant-garde 
à  la  bataille  de  Marignan, 


490 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 


381.  Charge  les  Suisses,  382. 

Bourbon  (François,  duc  de), 
tué  à  Marignan.  385. 

Bourbon  (Renée  de),  épouse  le 
duc  de  Lorraine^  à7i. 

Bourdillon  (Philibert  de  la 
Platière,  s' de),  prend  part  au 
tournoi  de  Vauldray,  37. 

Bourgeois  (Jean),  persuade  à 
Charles  VIII  de  bâtir  un 
couvent  de  Cordeliers,  19. 

Boutières  (Guigo  Guiffrey,  s' 
de).  Fait  prisonnier  un  en- 
seigne ennemi,  175.  Félicité 
Ear  Bayart,  Propose  le  corn- 
ât i  fon  prisonnier,  177. 

Bouvans  (Jatius  de),  prend  part 
au  tournoi  de  Carignan,  o7. 

Bozzolo  (Frédéric  de  Uonzague. 
s'  de).  Témoin  dans  le  auel 
d'Azevedo,  253.  Prend  part 
à  Tattaque  de  Havenne,  305. 

Brantôme^  cité  110,.  412. 

Brescia.  Pris  par  les  Français, 
145.  Repris  par  les  Vénitiens, 
267.  Repris  par  les  Français, 
279.  Butin  qu'ils  y  font.  284. 

Brezon,  prendpart  à  1  expédition 
contre  Lucio  Malvezza,  166. 

Brindisi,  rendu  au  roi  d'Espa- 
gne par  les  Français,  145. 

Bussy  (Jean  d'Amfioise,  s'  de). 
Va  en  Italie  combattre  pour 
l'empereur,  150.  Est  tué  à 
Mangnan ,  385. 


Cadamosto  (Charles) ,  est  pris 

par  les  Français,  3"/ 7. 
Cambrai.  Ligue  ^ui  s'y  conclut 

contre  les  Vénitiens,  137. 
Camican,  blessé  à  l'assaut  de 

Montselice,  210. 
Canosa  de  Puglia,  fief  du  s^  de 

Lipny,  87. 
Gantiers  (Guion  de).  Est  trompe 

par  un  espion,  214.  Fait  une 

sortie,21 7  .Est battu  et  tué,21 8. 
Caravaf^io,  pris,  144. 
Cardonne  (Jean  Folch  de),  fait 

prisonnier  à  Ravenne,  330. 


Cardonne  (Menaldo  Folch  de), 
tué  à  Ravenne,  330. 

Cardonne  (Raymond  Folch  de). 
Commande  l'armée  espagnole, 
289.  Est  battu  à  Ravenne, 
319.  S'enfuit,  328. 

Carignan,  ville  du  douaire  de 
la  duchesse  Blanche  de  Sa- 
voie. Bayart  y  va,  63.  Tournoi 
qui  s'y  fait,  66. 

Carmagnole.  Séjour  qu'y  fait 
Prospero  Colonna,  374. 

Carpi.  Les  Français  y  campent, 
2o9.  Prédictions  qu'un  astro- 
logue y  fait  à  divers  capitai- 
nes, 2d0. 

C]!astel-Franco.  Les  Français  y 
campent,  152. 

Castel-San-Pieiro  dell'  Emiha. 
L'armée  espagnole  y  campe, 
289. 

Cazache(Jean-Bemardin).  Com- 
mandant à  Binasco.  Va  au- 
devant  des  Français.  Les 
combat,  73.  Obli0e*de  reca- 
ler, rentre  dans  Milan.  Fait 
Bayart  prisonnier,  74.  Le 
mène  à  Ludovic  le  More,  75. 

Cerignole  (bataille  de),  89. 

Chambéry.  Bayart  y  est  con- 
duit, 13. 

Ghampier,  cité  6.  92,  94, 103, 
108,  121,  131,  134,234,235, 
279,  282,  287,  297,  328,  361, 
362,  379,  386,  397,  403,  410, 
414,  420,  421. 

Chantemene  (Marc  de) ,  va  aa 
secours  de  la  Mirandole,  224. 

Charles  I,  duc  de  Savoie.  Sé- 
journe a  Qiambérv,  8.  Reçoit 
nonorabldment  r évèque  "  de 
Grenoble,  13.  Accepte  Bayart 
comme  page,  14.  Va  voir  à 
Lyon  Charles  Vin,  15.  St 
rencontre  avec  lui,  19.  Loi 

S  résente  Bayart,  2^.  Le  loi 
onne.  23.  Ketonme  en  Sa- 
voie, 24. 
Charles  m,  duc  de  Savoie,  rend 
des  honneurs   au   corps  de 
Bayart  421.  . 

Charles  VIII,  roi    de  France. 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 


491 


Séjourne  à  Lyon,  15.  Ses 
vertus,  16.  Envoie  à  la  ren- 
contre du  duc  de  Savoie,  16. 
Fonde  un  couvent  de  Corde- 
liers.  Reçoit  le  duc  de  Savoie, 
19.  Remarque  Bayart,  20. 
L'accepte  du  duc  ae  Savoie 
6t  le  donne  au  s'  de  Li^ny, 

23.  Quitte  Lyon  et  y  revient, 

24.  Approuve  Bayart  de  vou- 
loir prendre  part  au  tournoi 
du  S'  de  Vauldray,  26.  Le 
loue  de  sa  conduite  au  tour- 
noi, 39*.  Reçoit  ses  adieux, 
40.  Entreprend  le  voyage  de 
Naples,  54.  Est  vainqueur  à 
Fornoue,  55.  Séjourne  à 
Lyon.  Va  à  Saint-Denis,  57. 
Projette  une  nouvelle  con- 
quête de  Naples.  Meurt  à 
Amboise.  Son  éloge,  58. 

Charles-Quint.  Projet  de  ma- 
riage entre  lui  et  Renée  de 
France,  370.  Traité  de  ma- 
riage entre  lui  et  Louise  de 
France.  389.  Bst  élu  empe- 
reur. 390. 

Ghatellart  (Jean  de  Lay,  s'  de), 
sa  mort,  139. 

Ghâtillon  (Jacques  de  (Iloligny. 
8'  de).  Prena  part  au  tournoi 
de  Vauldray,  â7.  Est  blessé  à 
Ra venue  et  meurt.  304. 

Ghaumont  (Charles  a  Amboise, 
8'  de).  S'empare  de  Bologne. 
128.  De  Legnano,  204. Défend 
le  Milanais  contre  les  Suisses, 
212.  Sa  mort,  son  éloge, 
257. 

Chiara  d'Adda,  usurpée  par  les 
Vénitiens,  139. 

Chiozza.  La  flotte  vénitienne  y 
passe,  157. 

Chevron,  combat  contre  Mont- 
dragon,  68. 

Ghico  (Baobdil,  dit  le  roi),  roi 
de  Grenade,  127. 

Ghimay  (bâtard  de),  combat 
contre  Tardieu,  50. 

Claude  de  France.  Sa  naissance, 
62.  Épouse  François  I«,  367. 
Accouche  d'un  âls,  389. 


Claude,  chirurgien  du  duc  de 
Nemours,  panse  Bayart,  286. 

Clayette  (Marc  de  Ghantemerle, 
s' de  la).  Va  en  Italie  combat- 
tre pour  l'empereur,  1 50.  Prend 
g  art  à  Tentreprise  contre  Lucio 
[alvezza,  1d5  ;  à  celle  contre 
la  garnison  de  Bassano,  171. 

Clèves  (bâtard  de),  prend  part 
à  la  reprise  de  Brescia,  277. 

Goiffnes  (Pedro  de),  prieur  de 
Messine.  Témoin  dans  le  duel 
de  Sainte-Croix^  253.  Se  rend 
pour  lui,  255.  Tué  à  Raven- 
ne,  330.  * 

Golonna  (Fabricio),  combat  à 
Ravenne,  303,  319. 

Golonna  (Marc- Antoine),  défend 
Ravenne,  302,  305. 

(Ilolonna  (Prospère).  Tient  gar- 
nison au  marquisat  de  Sa- 
luées, 371.  Ses  bravades  à 
propos  de  Bayart,  372.  Son 
séjour  à  Carmagnole,  373. 
S'en  va  à  Villafranca,  374. 
Est  averti  de  rapproche  de 
Bayart  et  envoie  a  la  décou- 
verte, 37S.  Les  Français  en- 
trent dans  Villafranca  en 
même  temps  que  ceux  qu'il 
envoyait  à  la  découverte,  à76. 
Golonna  est  pris,  Villefran- 
che  pillé,  377.  Service  que 
cette  prise  rend  aux  Fran- 
çais, 379. 

(Ilonche  (comte),  fait  prisonnier 
à  Ravenne,  331. 

Goncordia.  Le  pape  y  passe, 
222. 

Constantin  Paléologue ,  lieu- 
tenant de  Tempereur,  155. 
Est  soupçonné  de  trahison, 
163. 

(Ilontarini  (Rinaldo)»  comaian- 
dant  le  châteiiu  de  Bassano, 
171 .  Défait  et  pris  par  Bayart, 
174.  Fait  rendre  Bassano, 
176. 

Conti  (Frédéric  de  Mailly,  baron 
de) .  Va  enitalie  combattre  pour 
Tempereur,  149.  Prend  part  au 
comnat  contre  Manfroni,  200. 


492 


nrOEX  AliPHABÉTIQUB. 


Tué  par  les  Suisses,  258. 

Gordon  (bâtard  de),  singulière 
commission  que  lui  donne 
Bayart,  339. 

Gordoue  (  Gonzales  Ferrande 
de).  Envoyé  par  le  roi 
d'Espagne  a  la  conquête  de 
Naples^  89.  En  chasse  les 
Français,  90.  Un  de  ses  tré- 
soriers est  fait  prisonnier,  115. 

Cessé  (René  de),  s^  de  Brissac, 
prend  part  à  Texpédition 
contre  Lucio  Malyezza,  166. 

Grécy  (bataille  de),  4. 

Grema,  pris,  145. 

Crémone,  pris.  145. 

Crote  ^François  de  Daillon.  s' 
de  la);  combat  à  Agnaael, 
139.  Va  en  Italie  combattre 
pour  l'empereur,  150.  Prend 
part  à  l'expédition  contre  Lu- 
cio Malvezza,  165.  A  celle 
contre  la  garnison  de  Bassano, 
171.  Gouverneur  de  Le^ano, 
205.  Autorise  une  sortie,  216. 
En  est  blâmé,  221  ;  combat  â 
Ravenne,  313,  330. 

Grussol  (Jacques  4e),  opine 
pour  livrer  la  bataille  de  Ka- 
venne,  304,  312. 


D 


David  de  Fouflnis.  Combat  contre 
Bellabre,  49.  Contre  Tardieu, 
52.  Emporte  le  prix  du  toui^ 
noi,  53. 

Diion  (Antoine  de  Bessey,  bailli 
ae),  son  crédit  sur  les  Suisses, 
80. 

Donzellas  (Diego  de  Cordova, 
alcade  de  las),  commande 
pour  le  roi  d'Espagne  en  Na- 
varre, 343. 

Dronero.  Passage  que  prend 
Bayart  pour  aller  en  Piémont, 

Dunois  (François  d'Orléans , 
comte  ae),  cnef  d'une  expé- 
dition en  Roussillon,  125. 
Lieutenant  général  en  Mila- 
nais, 257. 


Duras  (Jean  de  Durfort,  af  de). 
GomlMit  i  Açoadel,  139,  et  i 
Ravenne,  3l3. 


E 


Ecosse  (Jacques  IV,  roi  d'),  taé 
â  la  bataille  de  Flodden,  365. 

Empser  (Jacob).  Veut  aller  à 
l'assaut  de  Padoue,  185.  Com- 
bat à  la  reprise  de  Brescia, 
277.  Rej^it  une  lettre  de  l'em- 
pereur lui  ordonnant  de  quit* 
ter  l'armée  fran^ae,  ^.  Li 
communique  à  Bayart  et  la 
cache  à  ses  compagnons.  300. 
Est  tué  â  Ravenne,  324^30. 

Eperons  (journée  des),  356. 

Espagne  (Ferdinand,  roi  d*). 
Epouse  Germaine  de  Foix, 
120.  Bon  entrevue  avec  Louis 
Xn,  135.  Reçoit  Brindisi  et 
Otrante  des  Français,  145. 
Meurt,  387. 

Espy  (Pkul  de  Beusserade,  ^ 
a').  Nommé  gouverneur  du 
château  de  Milan,  62.  Est 
blessé  à  Ravenne  et  meut, 
304. 

Estançon  (Jean  d'),  combat  i 
Agnadel,  141. 

Estoges  (René  d'Anglare.s'd'), 
prend  part  à  l'attaque  ae  Ri- 
venue,  305. 

Estreille  ( Alonso  de  V) ,  tué  à 
Ravenne,  330. 


Faenza,  remis  au  pape  par  les 
Français,  145. 

Fay  (Antoine,  bâtard  du).  Goi- 
Qon  de  Bayart.  Prend  part 
à  l'expédition  contre  la  gar- 
nison de  Bassano,  173.  A 
celle  contre  Jean-Paul  Man- 
froni,  191,  201  ;  à  la  bataille 
de  la  Bastide,  236  ;  à  ceUe  de 
Ravenne,  307,  326. 

Ferdinand  d'Aragon,  roi  de 
Naples.  Reconquiert  son 
royaume,  58.  II  meart,  87. 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 


493 


Ferdinand,  voy.  Espagne. 

Ferrare.  Occupé  par  les  Fran- 
çais, 222.  Menacé  du  siège 
par  le  pape,  230.  Délivré,  240. 

Ferrare  (Alphonse  I".  duc  de). 
Bat  les  Vénitiens,  157.  Atta- 
qué par  le  P&pOi  secouru  par 
le  roi  de  France,  221.  Ses 
craintes  à  la  nouvelle  du 
siège  de  la  Bastide,  233.  De- 
mande ravis  des  capitaines, 
234.  Ses  préparatifs,  235.  Sa 
victoire ,  239.  Reçoit  du 
pape  des  propositions  pour 
tranir  les  Français,  241.  Les 
repousse,  242.  Veut  faire  tuer 
le  pape  par  son  envoyé,  243, 
245.  Part  qu'il  prend  à  la 
bataille    de  Ravenne,   313. 

Ferrare  (Lucrèce  Borgia.  du- 
chesse de).  Son  accueil  aux 
Français,  son  éloge,  239.  De- 
mande qu*on  sépare  Azevedo 
et  Sainte-Croix,  255. 

Ferrare  (Hippolyte  d'Esté,  car- 
dinal ae).  Amène  un  secours 
à  l'empereur,  154.  Ya  au 
siège  de  Padoue,  158. 

Ferron  (Arnaud),  cité  92,  95, 
100,  103,  108,  lue,  114y.411, 
414,  416. 

Fiesque  (Jean-Louis),  avertit  la 
France  de  la  révolte  de  Grô- 
nes,  130. 

Finale  neir  Emilia.  Les  Fran- 
çais y  campent,  259. 

Flêuranges  (Robert  de  laMarck, 
8'  de),  cité  203, 315. 319,  321. 

Foix  (Germaine  de),  épouse 
Ferdinand  d'Arason,  129. 

Fontrailles  (Michel  d'Astarac, 
S' de).  Est  témoin  du  duel  de 
Bayart  contre  Soto-Mayor, 
105.  Envoyé  au  secours  du 
duc  de  Ferrare,  211.  Combat 
à  la  Bastide,  238.  Avec  Ba- 
yart en  Frioul,  249. 

Forli,  remis  au  pape  par  les 
Français,  145. 

Fornoue  (bataille  de),  55. 

Fort  (Jean).    Ses  conseils  au 

Sape,  230.  Envoyé  au  siège 
e  la  Bastide,  231. 


H. 


Fossa.  Les  Français  y  campent, 
256. 

Fougas,  voy.  David. 

Francisique  de  Sickingen.  At- 
taque Robert  de  la  Marck, 
391.  Envoie  un  héraut  à  Ba- 

rart  Aour  le  sommer  de  rendre 
léziei^s,  395.  Place  ses  bat- 
teries, 397.  Se  croit  trahi  par 
Nassau,  400.  Lève  le  siè^e.401 . 

François  I*.  Est  envoyé,  lors- 
qu'il n'était  que  duc  d'Ajigou- 
lôme,  en  Navarre  avec  une 
armée,  341.  Épouse  Claude 
de  France,  367.  Monte  sur  le 
trône,  370.  Se  décide  à  con- 
quérir le  Milanais,  371.  Passe 
les  monts,  377.  Fait  chevalier 
par  Bayart,  385.  Visite  le 
pape  à  Bologne,  387.  Son 
accueil  à  Bayart.  Il  le  crée 
chevalier,  402. 

François,  dauphin,  sa  naissan- 
ce,*389. 

Francolino.  La  flotte  vénitienne 
y  arrive,  157. 

Frédéric  d'Aragon,  toi  de.Na- 

gles.  Succède  à  Mm  neveu, 
7 .  Est  chassé  de  son  royaume. 
Reçoit  en  compensation  le 
duché  d'Anjou.  Sa  mort,  88, 
127. 

Fribourg  (Philippe  de),  est  tué 
à  Ravenne,  319,  330. 

Frussasco  (le  s'  de).  Juge  du 
tournoi  de  Carignan,  66.  An- 
nonce à  sa  femme  quefiayari 
lui  remet  le  soin  de  distri* 
huer  les  prix,  69. 

Frussasco  (la  dame  de).  Aimée 
de  Bayart,  64.  L'enfinge  à 
donner  un  tournoi,  dd.  Lui 
donne  une  de  ses  manchettes 
conmie  prix  du  tournoi,  66. 
Distribue  les  prix  du  tour- 
noi, 69. 

6 

Galeazzo.  ravagé  par  les  Suis- 
ses, 212. 

Galiot  JJacques  de  Grenouillac 
de).  Prend  nart  au  tournoi  de 
Vauldray,  37, 


i9i 


INDEX  AUm^BÉTTQUS. 


Gambara  (Jean-François).  Par- 
tisan des  Français  dans  Bres- 
cia,  269.  8a  querelle  avec 
Avogaro,  ibid.  Sa  femme  se 
réfugie  aiï  château,  270.  Ses 
biens  sont  pillés,  271. 

Garigliano.  Bataille  et  combat 
livrés  sur"ses  bords,  90,  119. 

Gènes.  Conquis  par  les  Fran- 
çais, 62.  Se  révolte,  129.  Est 
repris  par  les  Français,  132, 
135.  Le  roi  y  envoie  Bayart, 
404. 

Gié  (Pierre  de  Rohan,  s'  de), 
reçoit  le  duc  de  Savoie  à  son 
arrivée  à  Lyon,  18. 

Gioi  (bataille  de),  89. 

Giustiniani  (Demetrio),  a  la  tête 
tranchée,  135. 

Godefroy  (Théodore)^  cité  366. 

Grondelmarre  (Antonio),  ambas- 
sadeur de  Venise  près  de 
Louis  XII,  136. 

Gonza^e  (Boussin  de),  fait  le 
cardinal  Ascanio  prisonnier 
et  le  livre  aux  Français,  81. 

Godefa  (tour  de),  à  Grènes,  135. 

Gorizia,  pris  par  Bayart,  249. 

Gradisca,  pris  par  myart.  249. 

Grammont  (Claude  de).  Donne 
un  cheval  à  Bayart,  190. 
Combat  à  Ravenne,  313.  Y 
est  tué,  325-330. 

Grammont  (Pierre  Barthélémy, 
s'  de),  juge  du  tournoi  ae 
GariAian,  68. 

Graowean  le  Picard.  Prend 
patt  wi  sièffe  de  Padoue , 
160.  Apprend  aux  impériaux 
quel  ennemi  ils  ont  dans  la 
personne  de  Bayart,  397. 

Grenoble.  Séjour  qu'y  fait  Ba- 
yart, 336.  Le  roi  y  passe, 
372.  Le  corps  de  Bayart  y 
est  transporté  et  enseveli, 
421. 

Gritti  (André).  S'empare  de 
Padoue,  146.  Blâme  le  capi- 
taine Manfroni.  194.  Dresse 
des  embûches  a  la  garnison 
de  Legnano,  215.  La  détruit 
en  partie,  218.  Veut  s'empa- 
rer, mais  sans  succès,  de  la 


ville  par  un  stratagème.  219. 
S'empare  de  Brescia,  270.  As- 
siège le  château,  27i.  Attaqué 
dans  Brescia,  battu  et  tait 
prisonnier,  279. 

Gueldres  (Charles  d'E^ont, 
duc  de),  quitte  Tannée  fran- 
çaise, 380. 

Guerlo  (Augustin).  Est  exécuté, 
241.  Envoyé  par  le  pape  à 
Ferrare  pour  brouiller  le  duc 
avec  les  Français,  ibid.  Son 
entrevue  ayec'le  duc  auquel 
il  promet  d'em^isonner  le 
pape,  243.  II  est  renvoyé  à 
Rome.  246. 

Guichardin,  cité  134-143,  411. 

Guiiîrey  (Pierre).  S'aperçoit gne 
Bayart  a  été  fait  prisbnmer, 
123.  Le  déliyre  ayec  ses  corn* 
pagnons,  124. 

Guinegate  (bataille  de),  4. 

Gurk  (Mathieu  Langen,  évéque 
de  ) ,  ambassadeur  près  de 
Louis  XU,  146. 

Guise  (Claude  de  Lorraine,  duc 
de).  Prend  le  commandement 
de  la  comnagoie  du  duc  de 
Gueldres,  381.  Laissé  pour 
mort  à  Marignan,  382. 


Haldes  (Pedro  de),  est  témoin 
du  combat  entre  Bayart  el 
Soto-Mayor,  106. 

Hannotin  de  Sucker.  Combat 
contre  Bayart,  51.  L'avertit 
de  la  perfidie  d'un  espion, 
196.  Prend  part  au  combat 
contre  Manfroni,  199. 

Haubourdin.  Ses  paroles  an 
duc  de  Nemours.  315. 

Henri  VIII,  roi  d'Angleterre. 
Se  prépare  à  descendre  en 
France.  289.  Fait  une  expé- 
dition aans  la  Picardie,  3dl. 
Entre  en  France,  353.  A^ 
rive  à  Thérouenne,  3&4.  Ac- 
cueille Bayart  prisonnier  et 
le  renvoie  sans  rançon,  361. 
Prend  Thérouenne,  362.  Met 
le  siège  devant  Tonmay  et 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 


495 


retourne  en  Angleterre,  363. 

Hérigoie,  commandant  du  châ- 
teau de  Brescia^  268. 

Hérisson  (V) ,  fait  partie  de  la 
garnison  ae  Leffnano,  205. 

Humbercourt  (Adrien  de  Bri- 
meu,  8'  ^.  Est  témoin  du 
combat  de  Bayart  contre 
Soto-Mayor,  105.  Va  au  se- 
cours de  l'empereur,  14ft»  Est 
d'avis  que  les  Français  aiïlent 
à  l'assaut  de  Paaoue.  181, 
Un  astrologue  lui  prédit  son 
sort,  260.  A  Ravenne,  313. 
A  Pavie,  334.  Entre  en  Italie, 
372.  Poursuit  Prospero  Colon- 
na,  376.  Est  tué  à  Marignan, 
385. 


Imola,  remis  au  pape  par  les 

Français,  145. 
Isabelle  la  Catholique.  8a  mort, 

127. 
Isola  délia  Bcala,  théâtre  du 

combat  entre  Bayart  et  Man- 

froni,  195. 


■r- 


Jacomo,  fait  partie  de  la  garni- 
son de  Legnano,  205. 

Jacquin  CSaumont.  8e  dispute 
avec  l'astrologue  Garpi,  oui 
lui  annonce  qu'il  sera  penau, 
262.  Il  veut  fourmr  une 
lance  en  présence  de  Ne- 
mours, la  nuit,  263  ;  il  tombe 
à  l'eau  avec  son  cheval,  265  ; 
est  raillé  par  ses  compa- 
gnons, 266.  Pille  Ravenne  et 
est  pendu,  331. 

Jametz,  est  garanti  d'un  siège 
par  sa  position,  392. 

Jean  IL  roi  de  France ,  perd  la 
bataille  de  Poitiers,  4. 

Jeanne  de  France,  duchesse  de 
Berry,  est  répudiée  par  Louis 
Xn,  59.  Sa  mort.  126. 

Jove  (Paul),  cité  92,  100,  103, 
108,  325,  332,  333,  386,  409. 


Jules  n.  Accueille  les  Français 
revenant  de  Naples,  125.  Re- 
çoit Bologne  des  Français, 
i28.  Fait  révolter  les  Génois, 
130.  Reçoit  Ravenne  etForly 
des  Français,  145.  Attaque  le 
duc  de  Ferrare,  211.  Somme 
la  comtesse  de  la  Mirandole 
de  lui  remettre  cette  ville, 
222.  Y  met  le  sièçe,  224.  Sur 
le  point  d'être  pris  par  Ba- 
yart, 227.  Prend  la  Miran- 
dole ^  229.  Fait  attaquer  la 
Bastide,  231.  Renonce  au 
siège  de  Ferrare,  240.  Veut 
brouiller  les  Français  et  le 
duc  de  Ferrare,  241.  Est 
battu  par  Trivulce,  251 .  Excite 
l'empereur  et  les  Suisses 
contre  la  France,  333. 


Las  (le  s^  de),  commandant  le 
châtelet  de  (rênes,  130. 

Laurencin.  Reçoit  la  virite  de 
Bayart  envoyé  par  l'abbé 
d'Ainay  pour  choisir  des 
étoffes,  30,31. 

Lautrec  (Odet  de  Foix,  s'  de). 
Au  siège  de  Gênes,  133. 
Opine  pour  la  bataille  à  Ra- 
venne^ 303,  311.  Y  est  laissé 
§our  mort,  327.  Porte  aux 
uisses  les  sommes  conve- 
nues; est  sur  le  point  d'être 
fait  prisonnier  par  eux,  381. 

Legnano.  Occupé  par  les  Véni- 
tiens, 187.  Est  assiégé,  203, 
et  prisj  204.  Sa  garnison 
est  déamée  par  trahison, 
213. 

Léon  X.  Voit  François  I«»  à 
Bologne,  387.  Projette  une 
croisade,  389.  Est  parrain  du 
dauphin,  390  (voy.  cardinal 
de  Médicis). 

Lesparre  (André  de  Foix.  s*  de), 
au  siège  de  (xênes,  13^. 

Lezzola,  fortifié  par  le  duc  de 
Ferrare,  157. 

Licite  (marquis  de).  Est  témoin 


496 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 


du  combat  de  Bayart  contre 
Soto-Mayor,  106.  Fait  pri- 
Bonnier  a  Ravenne,  331. 

Ligny  (Louis  de  Luxembourg, 
comte  de).  Conseille  au  duc 
de  Savoie  de  donner  Bayart 
au  roi  de  France,  16,  17. 
Charles  yill  lui  confie  Ba- 
yart, 23:  Il  l'envoie  à  Aire 
en  garnison,  39.  Ses  adieux, 
41.  Accompagne  Charles  Vni 
à  la  conquête  de  Naples,  54. 
Est  envoyé  pour  reconouérir 
le  duché  de  Milan,  7z.  Sa 
•joie  de  revoir  Bayart  délivré, 
78.  Fait  Ludovic  le  More  pri- 
sonnier, 80.  Va  visiter  les 
terres  que  le  roi  lui  avait  don- 
nées en  Milanais  et  dont  les 
habitants  s'étaient  révoltés; 
sa  colère  contre  eux  ;  finit  par 
leur  pardonner.  82-86.  Épouse 
la  princesse  d  Altamura,  87. 
N'est  pas  envoyé  à  la  conauête 
de  Naples.  Ses  derniers aaieux 
à  Bayart,  88. 

Loches.  Ludovic  le  More  y  est 
enfermé.  Il  y  meurt,  80. 

Lombardie,  occupée  par  les 
troupes  françaises,  63. 

Lon^faro.  Les  personnes  réfu- 
giées dans  les  grottes  de  Lon- 
garo  y  sont  enfumées,  207. 
Les  assassins  sont  pendus, 
208.  Un  seul  enfant  échappe 
à  la  mort,  208. 

Longueville  ^uis  d*Orléans, 
duc  de).  Est  envoyé  avec 
une  armée  en  Navarre,  341. 
Est  fait  prisonnier  à  la  Jour- 
née dés  éperons,  356.  Traite 
le  mariage  de  Louis  XII 
et  de  Marie  d'Angleterre, 
368. 

LoTges  (Jacques  de  Montgom- 
méry,  s'  de),  remplace  son 
frère  tué  à  Trevise,  249.  Ac- 
compagne Bayart  a  Rebecco. 
406.  Sauve  les  gens  de  piea 
et  se  retire  a  Biagrasso, 
409. 

Lorraine   (Antoine,    duc   de). 


Reçoit  une  compagnie  d'hom- 
mes d'armes  avec  Bayart  pour 
lieutenant,  249.  il^pouse  Re- 
née de  Bourbon,  371.  Ren- 
contre Bayart  à  Marignan, 
383. 

Louis  XU.  Assiégé  par  Ludo- 
vic Sforce  dans  Novare,  57. 
Monte  sur  le  trône  ;  répudie 
Jeanne  de  France;  épouse 
Anne  de  Bretagne,  59.  Songe 
à  recouvrer  le  Milanais.  Ar- 
rive à  Lyon.  Fait  passer  son 
armée  en  Italie,  60.  Ses.  suc- 
cès, 61 .  Naissance  de  sa  fille 
Claude,  62.  Allège  les  impôts, 
62.  Retourne  en  France,  62. 
Accorde  les  ducs  de  Clèves  et 
de  Juliers,  62.  Envoie  une 
expédition  en  Roussillon^  1 25. 
Sa  maladie  et  sa  guénson, 
126.  Assiège  Gènes,  131.  Son 
entrevue  avec  le  roi  d'Es- 
pagne, 135.  Son  entrée  i 
Rouen.  137.  Sa  joie  de  la 
prise  de  Brescia,  288.  Écrit 
a  Nemours  de  livrer  bataille, 
311.  Épouse  Marie  d'Angle- 
tiorre  et  meurt,  368.  Son 
éloge,  369. 

Louise  de  France.  Traité  de 
mariage  entre  elle  et  Gharles- 
QuinU  389. 

Lude  («facques  de  DaiUon,  s* 
du).  Envoyé  au  secours  du 
duc  de  Ferrare,  211.  Com- 
bat à  la  Bastide,  238.  Com- 
mande dans  Brescia  qui  est 
grise  par  les  Vénitiens,  268. 
e  réfugie  au  château  qui 
est  assiégé,  271.  Demande 
du  secours,  tfrûl. 

Ludovic  le  More.  Assiège  le 
duc  d'Orléans  dans  Novare, 
S7.  Perd  le  duché  de  Milan. 
Fuit  en  Allemagne,  61.  Re- 
vient d'Allemagne.  Reprend 
Milan,  71 .  Demande  à  voir  Ba* 
yart  prisonnier,  74.  Son  en- 
tretien avec  lui,  75.  Lui  rend 
son  cheval ,  ses  armes,  et  la 
liberté,  76.  Se  retire  k  No- 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 


497 


vare,  79.  Est  fait  prisonnier, 
finit  ses  jours  en  France,  80. 

Lune  (la),  trompette.  Porte  le 
défi  de  Bayart  à  Soto-Mayor, 
102.  Rapporte  la  réponse  de 
ce  dernier,  103.  Est  Tinter- 
médiaire  entre  les  deux  ad- 
versaires pour  les  conditions 
du  combat,  104. 

Lupp6  (Jean  de  Gaste,  bâtard 
de),  au  siège  deGônes^  133. 

Lyon.  Charles  Vin  y  séjourne, 
15.  Charles  !•'  de  Savoie  y 
arrive,  16.  Tournoi  qu'y  fait 
Claude  de  Vauldray,  24. 
Charles  Vin  y  va,  57.  Louis 
XII  y  passe,  60.  Ludovic  le 
More  y  est  mené  prisonnier, 
80.  La  paix  y  est  signée  entre 
la  France,  l  JËspagne  et  le  roi 
des  Romains,  89. 

Lys-Saint-Greorges  (le).  Ludovic 
le  More  y  est  prisonnier,  80. 


M 


Magurin  (Geralde),  fait  révolter 
les  Padouans,  147. 

Malespina  (Alberic),  àRavenne, 
314. 

Malherbe  (Jacques  de),  est  pris 
dans  une  sortie  de  la  garni- 
son de  Legnano,  218. 

Malvezs»  (Luccio).  S'empare  de 
Padoue,  146.  Inquiète  le 
camp  de  l'empereur,  165. 
Est  oattu  par  Bayart,  169. 

Manfroni  (Jean-Paul).  Inqiaiète 
Tannée  française,  188.  Tend 
sans  succès  une  embuscade  à 
Bayart,  189,  192.  Envoieiain 
espion  pour  tromper  Bayart, 
qui  reconnaît  le  piège,  195. 
Est  battu  par  Bayart,  199. 
Fait  pendre  Tespion,  203. 

Mantoue  (Jean  de  Gonzague, 
S'  de).  Sa  place  au  siège  de 
Padoue,  158. 

Mantoue  (Sigismond  de  Gon- 
zague, cardinal  de),  amène 
du  secours  àTempereur,  154. 
Va  au  siège  de  Padoue,  158. 


Mantoue  (Charles-François  de 
Gonzague,  marauis  de).  Vain- 
cu à  Fomoue,  o6. 

Marck  (Robert  de  la).  Ses  en- 
fants sont  blessés  à  Novare, 
351.  Il  attaque  l'empereur. 
Ses  villes  sont  prises.  Il  s'en- 
ferme dans  Sedan,  3âl. 

Marignan  (bataille  de),  B81. 

Marillac,  cité  379. 

Martinengo  (Jean-Marie),  mis  à 
mort  pour  trahison,  268. 

Maugiron  (Perrot  de).  Au  siège 
de  Gènes,  132;  à  la  reprise 
de  Brescia,  277  :  à  Ravenne, 
313.  Y  est  tué,  325-330. 

Maulevrier  (Louis  de  Brezé, 
comte  de).  Au  siège  de  Pa- 
doue, 161  ;  à  la  reprise  de 
Brescia,  277.  Opine  pour 
la  bataille  à  Ravenne,  303, 
311. 

Maximilien  I",  empereur.  Re- 
çoit Ludovic  le  More  fugitif, 
61.  Arrive  à  Bassano,  152. 
Son  équipage  de  guerre,  153. 
Complimente  Bayart  sur  la 
défaite  de  Malevezza,  170.  Se 
décide  à  faire  donner  l'assaut 
à  Padoue,  179.  Ses  pourpax^ 
1ers  avec  les  seigneurs  alle- 
mands, 183.  Il  levé  le  siège. 
184.  Demande  secours  au  rot 
de  France  pour  conquérir  le 
Frioul,  248.  Ordonne  aux 
lansquenets  de  quitter  Tannée 
française,  299.  Abandonne 
ralUance  de  Louis  XU,  332. 
Fait  avec  le  roi  d'Angleterre 
une  expédition  en  Picardie , 
351.  Met  le  siège  devant  Thé- 
rouenne,  354.  Accueille  Ba- 
yart prisonnier,  360.  Prend 
Thérouenne,  362.  Met  le 
siège  devant  Toumay  et  re- 
tourne en  Allemagne,  363. 
Envahit  le  duché  de  Aiilan,  et 
en  est  chassé,  388.  Meurt, 
390. 

Médicis  (cardinal  de),  fait  pri- 
sonnier à  Ravenne,  331  ;  est 
délivré,  333  (voy.  Léon  X). 

32 


498 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 


Médicis  (Julien  de).  Sa  mort, 
ses  alliances,  388. 

Médicis  (Laurent  de),  épouse 
Madelaine  de  la  Tour-Bou- 
logne; meurt  ainsi  que  sa 
femme.  Leur  fille  survit, 
390. 

Mercurio  Rona.  Fait  tuer  ses 
prisonniers ,  209.  En  veut  au 
seigneur  du  Ru  et  est  soup- 
çonné de  ravoir  trahi,  25i. 

Meung  (Jean  de),  cité  129, 
367. 

Mézières.  Menacée,  393.  Défen- 
due par  Bayart,  elle  est  déli- 
vrée, 394,  401. 

Mézières  (René  d'Anjou,  s' de), 
donné  en  ota^e  aux  Suisses 
par  la  TrémouiUe,  364. 

Milan  rduché  de).  Droits  des 
rois  de  France  sur  ce  duché, 
60.  Louis  XII  en  fait  la  con- 
quête, 61.  Repris  par  Ludo- 
vic le  More.  7l.  Ludovic  le 
More  Tabanaonne,  79.  Il  re- 
vient aux  Français,  81.  Fran- 
çois I^  en  tente  la  conquête, 
371. 

Milan  (ville  de).  Prise  par  les 
Français,  61 .  Reprise  par  Lu- 
dovic le  More,  71.  Bayart  y 
est  mené  prisonnier,  74.  Aban- 
donnée par  Ludovic  le  More, 
79.  Le  cardinal  Ascanio  en 
sort,  81.  Les  Francs  s'y 
retirent  et  y  sont  assiégés  par 
les  Suisses,  258.  Les  Suisses 
s'y  retirent,  381.  384.  Est 
prise  par  Maximilien  Sforce 
et  reprise  sur  lui,  386. 

Milhau  (Gabriel  d'Alègre,  s' 
de).  Amène  ses  aventuriers  à 
l'empereur,  154.  Prend  Mont- 
selice,  156.  Va  au  siège  de 
Padoue,  160.  Il  reçoit  le  tes- 
tament de  Bayart,  418.  Sa 
douleur  à  la  mort  de  celui-ci, 
419. 

Milieu  (Imbert  de  Vaux,  s' de), 
maitre  d'hôtel  de  Hayart, 
349. 

Minervino-Murge,  fief  du  s'  de 


Ligny,  87.  Commandé   par 

Bayart.  90. 
Miquel,  lieutenant  du  duc  de 

Guise,  391. 
Mirandoie  (la).  Assiégé  par  le 

pape,  222;  pris,  229;  repris 

par  Trivulce,  251. 
Mirandoie  (Luaovic  Pic  de  la), 

tué,  158. 
Mirandoie  (Albert  Pic  de  la), 

reçoit  le  duc  de  Nemours, 

Mokrt  (Sofifrey  Alleman,  s' du). 
A  Agnadel,  139.  Au  siège  de 
Legnano,  204.  Témoin  du 
duel  de  Péralte,  256.  A  la 
reprise  de  Brescia,  276.  A 
Ravenne,  413-314.  Est  tué 
d'un  coup  de  canon,  319- 
330. 

Monart,  guetteur  de  Bayart, 
167. 

Monselice,  pris,  155  ;  repris  par 
les  Vénitiens,  puis  par  les 
Français,  208,  210. 

Montagnana.  Un  espion  de  cette 
ville  trompe  Malnerbe  et  Go- 
yon  de  Gantiers,  214. 

Montcavrel  (Jean  de  Monchv, 
s' de),  combat  à Ravenne, 323. 

Montchenu  (Marin  de).  Va  au 
secours  de  la  Mirandoie,  223. 

Montdragon  (Jaci^ues  de).  Prend 

rau  tournoi  de  Cïarignan, 
Combat  contre  le  s'  de 
Chevron,  68.  Reçoit  le  prix 
du  tournoi,  69. 

Montfaucon  (Gabriel  de),  blessé 
à  l'assaut  ae  Montsehce,  210. 

Montlhéry  (bataille  de),  4. 

Montmor  (Louis  de  Hangest, 
S'  de),  capitule  à  Mouzon, 
393. 

Montmorency  (Anne  de),  con- 
tribue avec  Bayart  à  la  dé- 
fense de  Mézières,  394. 

Montoison  (Philibert  de  Qer- 
mont.  S'  de).  Envoyé  an  se- 
cours du  duc  de  Ferrare,  211. 
Rend  courage  au  duc,  235. 
Sa  mort,  239. 

Montpeusier  (Gilbert  de  Bour- 


INDEX  ALPHABÉTIQUB. 


499 


bon,  duc  de).  Nommé  vice- 
roi  de  Naples.  55.  Meurt  à 
Pouzzoles,  58-86. 

Moretto  (GharliBS  de  Bolar,  8' 
de).  Indique  aux  Français  la 
marche  des  ennemis,  373.  Se 
déguise  pour  savoir  où  est 
Prospère  Golonna,  374. 

Morgjant  (Pierre).  Tente  d'intro- 
duire les  Français  à  Rome, 
331.  Est  pris  par  les  Fran- 
çais, 377. 

Mouy  (Jean  de),  tué  à  Mari- 
gnan,  385. 

Mouzon,  assiégé,  392;  pris, 
393  ;  repris  par  Bayart,  402. 

Mypont.  va  en  Italie  combattre 
pour  Tempereur^  150.  Prend 
part  à  1  expédition  contre 
Lucio  Malvezza,  166. 


N 


Nagera  (  Pierre -Manrique  de 
Lara,  duc  de),  commandant 
pour  le  roi  d'Espagne  en  Na- 
varre, 343. 

Naples  (royaume  de).  Conquis 
par  Charles  Vin,  55  ;  se  ré- 
volte, 58-87.  Louis  Xn  en- 
voie des  troupes  pour  le  con- 
quérir, 88.  Les  Français  le 
reperdent,  89. 

Nassau  (Henri  de).  Epouse  Phi- 
liberte  d'Oranée,  370.  Atta- 
que Robert  delaMarck,  391. 
â'empare  de  Mouzon.  393. 
(Voy.  Francisque  de  Sickin- 
gen.) 

Navarre  (Jean  d'Albret,  roi  de), 
est  envoyé  avec  une  armée 
françsdse  en  Navarre  pour  en 
faire  la  conquête,  342  ;  meurt, 
389. 

Navarre  (Pedro),  commandant 
rinfanterie  espagnole,  290  ;  à 
Ravenne,  320;  est  fait  pri- 
sonnier, 326-330. 

Nemours  (Gaston  de  Foix,  duc 
de).  Arrive  en  Italie,  203. 
Va  voir  la  duchesse  de  Fer- 
rare,  252.  Autorise  un  duel 


entre  deux  Espagnols,  252. 
Refuse  de  séparer  les  com- 
battants. 25d.  Chass»  les 
Suisses  au  duché  de  Milan, 
258.  Rassemble  son  armée  a 
Final,  259.  Passe  par  Carpi, 
ibid.  Un  astrologue  prédit 
sa  victoire  et  sa  mort,  260, 
261.  Va  à  Ferrare,  266. 
Va  au  secours  de  Brescia, 
272.  Bat  Baglione,  273.  Entre 
au  château  de  Brescia,  275. 
Se  décide  à  atta(pier  la  ville, 
276.  Fait  à  Gritti  des  propo- 
sitions qui  sont  repoussees, 
278.  Reprend  la  ville,  279. 
Sa  conduite  après  la  victoire, 
287.  Il  visite  Bayart.  288. 
Conduit  l'armée  à  Bologne, 
289;  à  Ravenne,  299.  Tient 
un  conseil  de  guerre,  301. 
Fait  cesser  l'assaut  de  Ra- 
venne, 308.  Tient  un  conseil 
de  guerre.  311.  Décide  la  ba- 
taille ,  312.  En  règle  l'ordre, 
313.  Signes  qui  annoncent 
sa  mort.  315.  Respects  que 
lui  rendent  les  Espagnols, 
317.  Il  propose  un  combat 
singulier  au  chef  de  l'armée 
ennemie,  317.  Charge  les  en- 
nemis, 320.  Croit  la  bataille 
perdue,  326.  Est  tué  en  pour- 
suivant Finfanterie  des  enne- 
mis, 327.  Son  éloge,  329.  D 
est  enterré  à  Milan,  332. 

Norfolk  (Thomas  Howard,  duc 
de),  bat  le  roi  d'Ecosse  à  la 
journée  de  Flodden^  365. 

Novare.  Le  duc  d'Orléans  y  est 
assiégé,  57.  Ludovic  le  More 
s'y  retire.  79,  et  y  est  fait  pri- 
sonnier, 80. 

Novi  (Paul  de),  élu  doge  à  Gè- 
nes, 130. 

Nqyon  (traité  de)  entre  François 
iV  et  Charies-Quint,  387. 


0 


Orange  (Philiberte  d'),  épouse 
~      '  ■    ■"         ,370. 


Henri  de  Nassau 


500 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 


Orléans.  Louis  XII  y  va,  62. 
Fêtes  ponr  la  naissance  du 
dauphin,  389. 

Orose  (François  d'Urfé,  s'  d*). 
Est  témoin  du  combat  ae 
Bayart  et  Soto-Mavor,  105. 
Est  défié  par  les  Espagnols, 
ili.  Prend  part  au  combat 
de  13  contre  13, 113. 

Orsini  (Robert),  tente  d'intro- 
duire les  Français  à  Rome, 
331. 

Ospitaletto  di  Bondeno.  Le  duc 
ae  Ferrare  y  dresse  un  pont 
de  bateaux,  222. 

Otrante,  rendu  au  roi  d'Espagne 
par  les^rançais,  145. 


Padoue.  pris,  145;  repris  par 
les  Vénitiens,  146.  L'empe- 
reur y  met  le  siège,  155.  Bes 
fortifications,  163rLe  siège  est 
levé,  185. 

Padule  (marquis  de),  capitaine 
espagnol.  124  ;  combat  à  Ra- 
yonne, 217. 

Palisse  (Jacques  de  Ghabannes, 
s'  de  la).  Sa  compagnie  en 
garnison  en  Picardie,  47.  Par- 
rain de  Bayait  dans  son  duel 
contre  Boto-Mayor,  103.  Va 
au  secours  de  l'empereur, 
149.  Sa  querelle  avec  Ck)n8- 
tantin  Paléolo^ey  163.  dlom- 
plimente  Routières,  178.  Est 
averti  par  l'empereur  de  con- 
duire les  Français  à  Fassaut 
de  Padoue,  179.  Ses  pour- 
parlers avec  les  capitaines 
rrançais,  180.  Sa  réponse  à 
l'empereur,  183.  Est  envoyé 
au  secours  de  l'empereur, 
248.  Son  armée  est  aétruite 
par  les  maladies,  250.  Un 
astrologue  lui  prédit  sa  mort, 
260.  Opine  pour  la  bataule  à 
Ravenne,  303,  312.  Est  élu 
chef  de  l'armée  à  la  mort  de 
Nemours,  332.  A  Pavie,  334. 
Est  envoyé  en  Navarre  avec 


une  armée,  342.  Est  fait  pri- 
sonnier à  la  journée  des  épe- 
rons, 356.  Entre  en  Italie, 
372.  Poursuit  Prospero  Co- 
lonna,  375. 

Pandino.  L'armée  française  y 
séjourne,  142. 

Pas  (Pedro  de).  Vaillant  capi- 
taine espagnol,  mioique  petit 
et  contremit,  119.  Engage 
une  escarmouQ^  pNOur  se 
saisir  du  pont  du  Garigliano, 
120.  Sa  conversation  avec 
Bayart,  316  ;  avec  le  duc  de 
Nemours,  317. 

Pavie.  Bataille  qui  s'y  livre 
entre  les  Français  et  les 
Suisses,  334. 

Pavie  (François  Aledosi,  car- 
dinal de),  ministre  du  pape, 
227  ;  tue  par  le  duc  d'Urbin, 
247. 

Pempelune.  Le  si^e  y  est  mis 
par  les  Français ,  342.  Le 
siège  est  levé,*348. 

Pepoli  (Gomelio,  comte),  fait 
prisonnier  à  Ravenne.  331. 

Peralte.  Son  duel  avec  Aldano, 
256. 

Pescaire  (Ferdinand  d'Avalos, 
marquis  de),  fait  prisonnier 
à  Ravenne,  331.  Ses  regrets 
de  la  mort  de  Bavart,  415. 

Peschiera,  pris,  14.  Le  roi  y 
séjourne,  145. 

Peschin  (Louis  de),  gentil- 
homme de  Tempereur,  169. 

Petigliano  (Nicolas  Orsini , 
comte  de).  Commande  la  cava- 
lerie de  Venise.  141.  Battu  i 
Agnadel,  142.  S^échappe,  143. 
Sa  défense  de  Padoue,  163. 

Petigliano  (Ghiapino  Orsini  de), 
est  tué  à  Marignan,  385. 

Philippe  -  le  -  Beau  ,  archiduc 
d'Autriche.  Sa  mort,  127. 

Piennes  (Philijppe  de  Hallwyn, 
S'  de).  Reçoit  le  commande- 
ment de  1  armée  de  Picardie, 
352.  Refuse  de  laisser  char^ 
ger  les  ennemis,  353.  Ses 
préparatifs  pour  secourir  Thé- 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 


501 


rouenne,  355.  Il  est  battu  à 
la  journée  des  Eperons,  356. 

Pierre-Forade  (Amauton  de), 
combat  contre  Bellabre,  51. 

Pierrepont  (Pierre  du  Font, 
dit^.  Lieutenant  de  Bayart, 
140.  Prend  part  au  combat 
contre  Jean-Paul  Manfroni, 
190,  196.  A  la  bataille  de  la 
Bastide,  237.  A  Ravenne, 
307,  309.  A  Pavie,  334.  Aver- 
tit Bayart  qu'un  lansquenet 
veut  le  tuer,  347. 

Pizou  de  Gbenas,  palefrenier. 
Prépare  le  cheval  de  Bayart 
pour  le  présenter  à  Charles 
VlII,  21.  Reçoit  un  cadeau 
de  Bayart,  70. 

Plessis-lez-Tours.  Frédéric,  roi 
de  Naples,  y  meurt,  127. 

Plessis  (Jean  de  la  Barre,  s' du), 
gouverneur  de  Vérone,  256. 

Poitiers  (bataille  de),  4. 

Polesine  (la),  attaquée  par  les 
Vénitiens,  157. 

Policastro  (Frédéric  Garafifa, 
comte  de),  est  pris  par  les 
Français,  377. 

Pontdofmy  (Antoine  de  Créqui, 
s»"  de).  On  lui  confie  la  dé- 
fense de  la  ville  de  Thé- 
rouenne.  352. 

Porte  (Anaré  de  la),  à  Agnadel, 
14i. 

Primauguet  (Hervé  Portzmo- 
cuer,  dit),  amiral,  comman- 
dant la  Cordelière,  attaque  le 
vaisseau  anglais  la  Régente; 
les  deux  navires  brûlent,  350. 

Q 

Querdes  (Philippe  de  Grève- 
cœur,  S'  de).  Sa  compagnie 
est  en  garnison  en  Picardie,  47 . 

Quifiones  (Dieffo  de),  est  témoin 
du  combat  de  Bayart  contre 
Soto-Mayor,  106.  Tué  à  Ra- 
venne, 330. 

R 

Ramassot,  commandant  de  Tin- 


fanterie  italienne,  290.  A 
Ravenne,  319.  S'enfuit,  328. 

Ravenne.  Remis  au  pape  par 
les  Français,  145.  Assièffé 
par  les  Français,  304.  Bataifle 
qui  s'y  livre,  318-329.  Est 
pris  et  pillé,  331 . 

Ravestein  (Philippe  de  Glèves, 
S'  de),  nommé  gouverneur  de 
Gênes,  62. 

Reggio  neir  Emilia,  occupé  par 
les  Français,  229. 

Renée  de  France,  sa  naissance, 
221.  Projet  de  mariage  entre 
elle  et  Cinarles-Quint,  370. 

Revello,  seule  place  qui  reste 
aux  Français  dans  le  marqui- 
sat de  Saïuces,  371. 

Richebourg  (Louis  de).  Un  as- 
trologue lui  prédit  qu'il  sera 
tué  par  la  foudre,  260. 

Richemont  r  Philippe  de),  à 
A^adel,  139. 

Rivail  (Aymar  du),  cité  92, 
119,  125,281,296,  379,386, 
397,  403,  413. 

Rivolta,  mise  à  sac,  142. 

Robecco.  Bonnivet  y  envoie 
Bayart,  406.  Il  y  est  surpris, 
408. 

Rocca  d'Arrezo,  mis  à  sac, 
61. 

Rochefort  (Jean  de),  donné  en 
otage  aux  Suisses  par  la 
Trémouille,  364. 

Rochepot  (René  Pot,  s'  de  la). 
Il  est  tué  en  Roussillon,  125. 

Rockandori   (Ghristophe   de), 

fentilhomme  de  l'empereur, 
84. 
Roddes  (Guy  Pot,  s'  de),  au 

siège  de  Gênes,  132. 
Rome.  Les  Français  y  sont  re- 

ivLS  à  leur  retour  de  Naples, 

125.  ^ 

Roussillon.    Expédition    qu'y 

font  les  Français,  125. 
Roussillon  (Jacques  de  Bourbon, 

comte  de),  à  Agnadel,  139. 
Rovastre,   porte -enseigne  du 

duc  Philibert-le-Beau,  combat 

contre  Bayart,  67. 


î: 


502 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 


Rovere  di  Vélo.  Le  roi  y  enyoie 
à  la  rencontre  de  Tempereur, 
146. 

Ru  (le  8'  du).  Va  rejoindre  les 
Français,  152.  OccupeVérone, 
187.  Fait  prisonnier,  251. 

Rubbiera.  Un  couvent  d'Anto- 
nins  y  est  respecté  par  la 
protection  de  Bayart,  338. 


S 


Sacz  (baron  de),  amène  les 
Suisses  au  duché  de  Milan, 
258. 

Sainte-Croix.  Sa  querelle,  son 
duel  avec  Azevedo,  dans  le- 
quel il  est  battu,  252,  256. 

Saint-Denis.  Charles  VlU  le 
visite,  57.  Louis  XII  y  est 
couronné,  59. 

Saint-Paul.  François^*'  y  passe, 
379. 

Saint-Pol  (François  de  Bour- 
bon, comte  de),  charge  les 
Suisses  à  Marignan,  3o2. 

Saint-Quentin  (le  s'  de) ,  nom- 
mé juge  du  tournoi  de  Ba- 
yart, 48;  prononce  sa  sen- 
tence, 53. 

San-Bonifacio,  occupé  par  les 
Vénitiens,  188  ;  par  la  Palisse, 
250. 

Sancerre  (Ciharles  du  Bueil, 
comte  de),  tué  à  Marignan, 
385. 

Sandricourt  (Louis  de  Hedou- 
ville  de).  Prend  part  au  tour- 
noi de  Vauldray,  37. 

San-Felice  sul  Panaro.  Le  pape 
s'y  établit,  222. 

San-Martino-Buonalbergo ,  oc- 
cupé par  Bayart,  189. 

San-Severino  (&aleas  de),  grand 
écuyer  de  France,  opine  pour 
la  bataille  de  Ravenne,  312. 

San-Severino  (Jules  de),  va  au 
secours  de  Tempereur,  149. 

Savigliano,  rendez -vous  des 
armées  françaises  en  Pié- 
mont, 373. 


Savoie  (duc  de),  voy.  Charles  I 
et  (]iharles  m. 

Savoie  (duchesse  de),  voyez 
Blanche  Paléologue. 

Savone.  Entrevue  qui  y  a  lieu 
entre  LouisXU  et  Ferdinand, 
135. 

Scanderbec.  Capitaine  albanais, 
171.  Est  défait  par  Bayart  et 
fait  prisonnier,  174.  Fait 
rendre  Bassano,  176. 

Schlabersdorf  (Fabien  de),  son 
exploit  à  Ravenne,  325. 

Scotti  (Nicolas  et  François). 
Combattent  à  Ravenne,  314. 

Sedan.  Robert  de  la  Marck  s'y 
enferme,  391. 

Sforce  (Maximilien),  8'emi>arede 
Milan,  386  ;  en  est  chassé,  387. 

Sickinffen,  voy.  Francisque. 

Soto-Mayor  (Alonso  de).  Ren- 
contre Bayart  en  campagne, 
92.  Combat  où  il  est  battu  et 
fait  prisonnier,  93.  Reçoit  le 
château  de  Minervino*  pour 
prison  sur  parole^  95.  Ck)r- 
rompt  un  Albanais  qui  fuit 
avec  lui,  96.  Est  repris  et 
enfermé  dans  une  tour,  98.  Il 
paie  sa  rançon  et  retourne  à 
Andria,  99.  Il  se  plaint  du 
traitement  que  lui  a  fait  su- 
bir Bayart,  100.  Est  sommé 
par  lui  de  rétracter  ses  pa- 
roles, 101.  S'y  refuse,  102. 
Est  appelé  au  combat,  103. 
Annonce  qu'il   combattra  à 

Sied,  104.  n  est  tué,  107. 
on  corps  est  emporté  par 
ses  compagnons.  1()9. 

Stin  (Greorges  de),  lieutenant  de 
Tempereur,  249. 

Stuart,  voy.  Aubigny. 

Suffblk  (Charles  Brandon,  duc 
de),  reçoit  le  commandement 
de  l'armée  anglaise  en  Picar- 
die, 352  ;  épouse  la  yeuve  de 
Louis  Xn,  370. 

Suffblk  (Richard  Poole,  duc  de), 
prend  part  à  Texpédition  de 
Navarre,  346;  demande  à  dî- 
ner à  Bayart,  349. 


INDEX  ALPHABÉTIQUE. 


503 


Talbot   (Georges) ,    commande 

Tarmèé  anglaise  en  Picardie, 
353 

Talmont  (Charles  de  la  Tré- 
mouille,  prince  de),  tué  à 
Marignan,  395. 

Tardes,  voy.  Basque. 

Tardieu  (Jean).  Reçoit  Bayart 
à  son  arrivée  à  Aire,  44. 
L'enffage  à  donner  un  tournoi. 
45.  Combat  contre  le  bâtard 
de  Chimay,  50  ;  contre  David 
de  Fougas,  52.  Concourt  avec 
Bayart  à  la  prise  d'un  tréso- 
rier ennemi,  115.  Réclame 
sa  part  du  butin,  116.  Son 
droit  est  contesté  par  Bayart, 
approuvé  de  ses  chefs,  117. 
Il  reçoit  en  don  de  Bayart  la 
moitié  du  butin.  Il  fait  un 
riche  mariage,  118. 

Tartarin  (Thierry  d'Eurre,  dit), 
combat  contre  Bayart  dans 
un  tournoi,  48. 

Termini  (duc  de),  envoyé  au 
secours  de  l'empereur,  206. 

Théode  ^  Albanais ,  consent  à 
faire  évader  Soto-Mayor,  97  ; 
parvient  à  gagner  Anaria,  98. 

Thérouenne.  Le  siège  y  est 
mis  par  les  Anglais,  352. 
Elle  ne  peut  être  secourue, 
356.  Elle  se  rend,  362. 

Terrail  (Aymon),  père  de  Ba- 
yart. Est  blesse  à  Guinegate, 
4.  Envoie  chercher  Tévêque 
de  Grenoble,  6.  Réunit  ses 
amis  et  leur  demande  conseil 
pour  faire  instruire  son  fils 
au  métier  des  armes,  7.  Ses 
adieux  à  son  fils,  10. 

Terrail  (Georges) ,  irère  aîné  de 
Bayart.  Demande  à  demeu- 
rer dans  la  maison  pater- 
nelle, 4. 

Terrail  (Jacques),  frère  de  Ba- 
yart, choisit  létat  ecclésias- 
tique. Est  envoyé  à  son  oncle 
révoque  de  Grenoble,  5.  De- 
vient évoque  de  Glandèves,  6. 


Terrail  (Philippe),  frère  de  Ba- 
yart, choisit  l'état  ecclésias- 
tique. Est  envoyé  à  son  cou- 
sin l'abbé  d'Amay;  devient 
abbé  de  Josaphat,  5. 

Terrail  (Théodore),  abbé  d'Ai- 
nay.  Reçoit  la  visite  de  Ba- 
yart qui  lui  demande  de  l'ar- 
gent,  27.  Lui  en  accorde,  29. 
iraint  que  Bayart  n'abuse 
de  sa  permission,  32.  Envoie 
son  maître  d'hôtel  pour  s'en 
assurer,  33.  Reconnaît  que 
Bayart  s'est  joué  de  lui,  34. 

Theligny  (François  de^.  Au 
siège  de  Brescia ,  274.  La 
défénse  de  la  ville  de  Thé- 
rouenne lui  est  confiée ,  352. 

Tortona,  se  révolte  contre  les 
Français,  71;  appartient  au 
S'  de  Liçny ,  82  ;  est  menacée 
d'être  mise  à  sac,  82;  obtient 
sa  grâce,  85. 

Traie tto  (duc  de),  fait  prison- 
nier à  Ravenne,  331. 

Treillina,  occupé  par  les  Suis- 
ses, 212. 

Trémouille  (Louis  de  la).  Fait 
le  siège  de  Novare,  79.  En- 
voyé avec  une  armée  en  Ita- 
lie ;  est  battu  par  les  Suisses, 
351  ;  est  assiégé  par  eux  dans 
Dijon,  363.  Fait  avec  eux  un 
traité  aue  le  roi  ne  ratifie 
pas,  364. 

Trente  (Georges  de  Neideck, 
évêque  de) ,  lieutenant  de 
l'empereur  à  Vérone,  151. 

Trevise.  Sa  garnison  inquiète 
le  camp  de  l'empereur,  165. 

Trivulce  (Alexandre),  défend  la 
Mirandole,  222. 

Trivulce  (Françoise),  refuse  de 
livrer  la  Mirandole  au  pape, 
222. 

Trivulce  (Jean-Jacques).  Entre 
en  Italie  avec  1  armée  fran- 
çaise, 60.  Nommé  gouver- 
neur de  Milan,  62.  Est  en- 
voyé pour  reconquérir  Milan, 
72.  Se  renseigne  sur  l'état 
des   forces    de   Ludovic   le 


604 


INDEK  ALPHABÉTIQUE. 


More,  78.  Donne  un  banque 
au  roi  de  France.  Ari 
Tarmée  de  Tempereur,  ïi 
Parrain  de  Renée  de  France, 
221.  Reprend  ia  Mirandole, 
25i .  Bat  l'armée  pontificale, 
ibid.  Loue  Bayard,  ibid.  An- 
nonce à  Nemours  une  des- 
cente de  Suisses,  311,  332. 
Trivulce  (Théode).  Va  au  secours 
de  Tenipereur.  149.  A  Ra- 
vennoi  313. 

U 

Urbin  (François-Marie  de  la 
Rovère,  duc  d*).  Attaque  la 
Mirandole,  223.   S'entremet 

Cour   sa   capitulation,   229. 
ue  le  cardinal  de  Pavie, 
247. 

V 

Valeggio,  assiégé  par  Baglione, 

Yalentine  de  Milan,  apporte 
aux  ducs  d'Orléans  ses  aroits 
sur  le  duché  de  Milan,  60. 

Vallès,  cité  410,  412,  414,  420. 

Vaudemont  (Louis  de  Lor- 
raine, comte  de).  Accom- 
gagne  Bayart  en  Italie,  405. 
a  belle  conduite,  442. 

Vauldray  (Claude  de).  Fait  un 
tournoi  à  Lyon,  24.  Combat 
contre  Bayart,  38. 

Vendenesse  ou  Vandenesse 
(Jean  de  Chabannes,  s'  de)^ 
combat  à  Agnadel,  139;  tue 
à  Biagrasso,  412. 

Venosa,  fief  du  s'  de  Ligny, 
87. 

Vergi  (Guillaume  de) ,  fait  une 
descente  en  Bourgogne,  363. 

Vergne  (Petit  Jean  de  la).  Prend 
part  à  Texpédition  contre  la 
garnison  ae  Bassano,   173. 


Bayart  l'envoie  entrer  par 
une  surprise  dans  une  ville 
de  Navarre  tandis  qu'il  l'at- 
taque de  front,  345. 

Vérone,  prise,  145;  occupée 
par  myart,  187. 

Verpillère  (la).  Le  duc  de  Sa- 
voie y  passe,  16. 

Vertot,  cité  29. 

Vicence ,   pris  ,    145  ;   attaqué 

{)ar  les  Vénitiens;  sauvé  par 
a  Palisse,  151  ;  occupé  par 
les  Français,  186. 

Villafranca-Piemonte.  Colonna 
s'y  arrête,  374.  Combat  qui 
s'y  livre,  376.  Butin  qu'y 
font  les  Français,  377. 

Villafranca  di  Verona.  La  Pa- 
lisse y  campe,  151. 

Villars  (Bernard  de),  déjoue  les 
embûches  d'André  Gntti,2*20. 

Viverols  (Jacques  d'Alègre,  s' 
de)  ;  à  Carpi,  262  ;  est  tué  à 
Ravenne,  327,  330. 

Voghera,  se  révolte  contre  les 
Français,  71  *  est  un  fief  du 
s'  de  Liigny.  82;  est  menacée 
d'être  mise  a  sac,  82;  obtient 
sa  grâce,  85. 

Voltége  (Baptiste),  refuse  de  se 
déclarer  contre  les  Français, 
197. 

Y 

Ymbault  de  Rivoire,   combat 

à  Agnadel,  141. 
YmbercourtjVoy.  Humbercourt 
Ymbert,  dauphin,  cède  le  Dau- 

phiné  à  la  France,  3. 


Zemberc  (Jacob),  capitaine  de 
Suisses;  234,  combat  à  la 
Bastide,  236;  est  repoussé, 
208. 

Zwingli,  cité,  329. 


TABLE 


PA0B8 

Introduction.  j 

Prolo^e  de  l'acteur.  f 

CHAPITRES 

I.  Ciomment  le  seigneur  de  Bayart,  père  du  bon  chevalier 

sans  paour  et  sans  reprouche,  eut  vouloir  de  sçavoir  de 
ses  enfans  de  quel  estât  ilz  vouloient  estrc.  3 

II.  Ck)mment  le  père  du  bon  chevalier  sans  paour  et  sans 

reprouche  envoya  quérir  son  beau-frère  Tévesque  de  Gre- 
noble pour  parler  à  luy,  parce  qu'il  ne  pouvoit  plus  partir 
de  la  maison.  6 

m.  Gomment  Tévesque  de  Grenoble  présenta  son  nepveu  le 
bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche  au  duc 
Charles  de  Savoye,  qui  le  reçut  joyeusement.  12 

rV.  Comment  le  duc  de  Savoye  se  partit  de  Chambéry  pour 
aller  veoir  le  roy  de  France  Charles  huytiesme,  en  sa 
ville  de  Lyon,  et  mena  avec  luy  le  bon  chevalier  sans 
paour  et  sans  reprouche,  lors  son  paige.  15 

V.  Comment  le  duc  de  Savoye  alla  faire  la  révérence  au  roy 

de  France  à  son  logis,  et  du  grant  et  honneste  recueil 
qui  luy  fut  faict.  18 

VI.  Comment  ung  gentilhomme  de  Bourgongne,  nommé 
messire  Claude  de  Vaaldray,  vint  à  Lyon  par  le  vouloir 
du  roy  de  France  faire  faictz  d'armes  tant  à  cheval 
comme  à  pied,  et  pendit  ses  escuz  pour  par  ceulx  qui  y 
toucheroient  estre  par  lui  receuz  au  combat  ;  et  comment 
le  bon  chevalier,  trois  jours  après  qu'il  fut  mis  hors  de 
page,  toucha  à  tous  les  escus.  24 

VU.  Comment  Tabbé  d'Ësnay  bailla  cent  escus  au  bon  che- 
valier pour  avoir  deux  chevaulz,  et  escrivit  unes  lettre  à 
ung  marchant  de  Lyon  pour  luy  délivrer  ce  qui  luy  seroit 
nécessaire.  29 


506  TABLE. 

YlII.  Gomment  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche 
et  son  compaignon  se  montèrent  de  chevaulx  et  gar- 
nirent d'acoustremens;  et  comment  ledit  bon  chevalier 
se  porta  gentement,  selon  sa  puissance,  contre  messire 
Claude  de  Yaudray.  35 

IX.  Ck)mment  le  seigneur  de  Ligny  envoya  le  bon  chevalier 
en  garnison  en  Picardie  où  estoit  sa  compaignie,  et  fut 
logé  en  une  jolye  petite  ville  appelée  Ayre,  et  comment, 
à  son  arrivée,  ses  compaignons  allèrent  au  devant  de 
luy.  39 

X.  Ck)mment  le  bon  chevalier  fist  crier  dedans  Ayre  ung 

tournoy  pour  l'amour  des  dames,  où  il  y  avoit  pour  le 
mieulx  faisant  ung  bracelet  d'or  et  ung  bel  dyament  pour 
donner  à  sa  dame.  46 

XI.  Gomment  le  roy  de  France  Charles  huytiesme  fist  son 
appareil  pour  aller  à  la  conqueste  du  royaulme  de  Naples, 
lequel  il  gaigna  par  sa  prouesse  et  vaillance,  sans  grande 
effusion  de  sang.  55 

XU.  Comment  Loys,  duc  d'Orléans,  vint  à  la  couronne 
comme  le  plus  prochain  hoir  et  fut  appelé  Loys  dou- 
ziesme.  59 

9 

Xin.  Gomment,  après  la  conqueste  de  la  duché  de  Milan,  le 
bon  chevalier  demoura  en  Ytalie,  et  comment  il  dressa 
ung  tournoy  en  la  ville  de  Garignan  en  Pyémont,  dont  il 
emporta  le  pris.  63 

XrV.  Gomment  le  seigneur  Ludovic  Sforce  retourna  d'Al- 
maigne  avecques  bon  nombre  de  lansquenetz,  et  reprint 
la  ville  de  Milan  sur  les  François.  71 

XV.  Gomment  le  seigneur  Ludovic  voulut  veoir  le  bon  che- 
valier sans  paour  et  sans  reprouche,  et  comment,  après 
avoir  devisé  avecques  luy,  le  renvoya,  et  luy  fifit  rendre 
son  cheval  et  ses  armes.  75 

XVI.  Gomment  le  seigneur  Ludovic  se  retira  dedans  Novarre, 
doubtant  que  les  François  entrassent  dedana  Milan  par 

le  chasteau,  et  comment  il  fut  prins.  79 

XVn.  Comment  le  seigneur  de  Ligny  alla  visiter  Vaugayre, 
Tortonne,  et  autres  places  en  la  duché  de  Milan,  que  le 
roy  luy  avoit  données  ;  et  d'ung  gentil  tour  que  fist  le 
bon  chevalier.  82 


TABLE.  507 

XVin.  Cîomment  le  roy  de  France  envoya  grosse  armée  à 
Naples,  où  il  fist  son  lieutenant  général  le  seigneur 
d'Aubigny.  86 

XIX.  Gomment  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  re- 
prouche  sortit  de  sa  garnison  de  Monervyne;  comment 
il  trouva  Ëspaignolz  sur  les  champs,  et  ce  qu'il  en 
advint.  90 

XX.  Gomment  domp  Alonce  de  Boto-Maiore  se  voulut  des- 
rober  par  le  moyen  d'ung  Albanoys  qui  le  garnit  d'ung 
cheval;  mais  il  fut  repris  sur  le  chemin  et  reserré  en 
plus  forte  prison.  % 

XXI.  Gomment  le  seigneur  domp  Alonce  de  Soto-Maiore  se 
plaignit  à  tort  du  traictement  que  luy  avoit  fait  le  bon 
chevalier,  dont  ilz  vindrent  au  combat.  99 

XXn.  Gomment  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  re- 
prouche  combatit  domp  Alonce  de  Soto-Maiore  et  le 
vaincquit.  104 

XXm.  D'ung  combat  qui  fut  au  royaulme  de  Naples  de 
treize  Ëspaignolz  contre  treize  François,  où  le  bon  che- 
valier fist  tant  d'armes  qu'il  emporta  le  pris  sur  tous.        iiO 

XXrV.  Gomment  le  bon  chevalier  print  ung  trésorier  et  son 
homme,  qui  portoient  quinze  mille  ducatz  au  grant  cap- 
pitaine  Gonssalles  Ferrande,  et  ce  qu'il  en  fist.  114 

XXY.  Gomment  le  bon  chevalier  garda  ung  pont  sur  la 
rivière  de  Garillan,  luy  seul,  l'espace  de  demye-heure, 
contre  deux  cens  Ëspaignolz.  119 

XXYI.  De  plusieurs  choses  qui  advindrent  en  deux  années, 
tant  en  France,  Ytalie  que  Ëspaigne.  126 

XXYU.  Gomment  les  Genevoys  se  révoltèrent  et  comment 
le  roy  de  France  passa  les  monts  et  les  remist  à  la  raison.  129 

XXYin.  Gomment  l'empereur  Maximilian  fist  la  guerre  aux 
Yénitiens;  où  le  roy  de  France  envoya  le  seigneur 
Jehan-Jacques  avecques  grosse  puissance  pour  les  secourir.  135 

XXIX.  Gomment  le  roy  de  France  Loys  Xn«  fist  marcher 
son  armée  en  Ytalie  contre  les  Yéniciens,  et  de  la  vic- 
toire qu'il  en  obtint.  138 

XXX.  Gomment  le  roy  de  France  Loys  XII*  gaigna  toutes 

les  villes  et  places  des  Yéniciens  jusques  à  Pesquere.        144 

XXXI.  Gomment  le  roy  de  France  envoya  le  seigneur  de  la 
Palisse  au  secours  de  l'empereur  avecques  cinq  cens 


508  TABLE. 

hommes  d'armes  et  plusieurs  cappitaines,  desquelz  estoit 
le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche.  149 

XXXn.  Gomment  Tempereur  Maximilian  alla  mettre  le 
siège  devant  Padoue,  et  ce  qu'il  advint  durant  icellny.      153 

XXX  ni.  Gomment  l'empereur  Maximilian  planta  son  si^ 
devant  Padoue,  et  des  gaillardes  approuches  faictes  par 
les  gentilzhommes  François,  et  d'une  grande  hardiesse 
que  monstra  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  re- 
prouche. 156 

XXXrV.  De  la  grosse  et  lourde  baterie  qui  fut  devant  Pa- 
doue, et  de  la  grande  berche  qui  y  fut  faicte.  162 

XXXY.  Gomment  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  re- 
prouche, durant  le  siège  de  Padoue,  fist  une  course  avec- 
ques  ses  compaignons,  où  il  acquist  gros  honneur.  165 

XXXYI.  D'une  course  que  fist  le  bon  chevalier  sans  paour 
et  sans  reprouche,  où  il  fut  pris  soixante  Albanoys  et 
trente  arbalestriers.  171 

XXXVn.  Gomment  l'empereur  délibéra  donner  Tassault  à 
Padoue,  et  l'occasion  pourquoy  il  demeura.  .  ^       178 

XXXVni.  Gomment  l'empereur  se  retira  du  camp  de  devant 
Padoue  quant  il  congn^ut  que  ses  Almans  ne  vouloient 
pas  donner  Tassault.     ^  '  184 

XXXIX.  Gomment  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  re- 
prouche, estant  à  Yéronne,  fist  une  course  sur  les  Vénl- 
ciens,  où  il  fut  prins  et  rescoux  deux  fois  en  ung  jour, 
et  quelle  en  fut  la  fin.  187 

XL.  Gomment  le  bon  chevalier  cuyda  estre  trahy  par  un 
espie  qui  avoit  promis  au  cappitaine  Jehan  Paule  Mou- 
fron  le  mettre  entre  ses  mains,  et  ce  qu'il  en  advint.        194 

XLI.  Gomment  ceulx  de  la  garnison  de  Lignago  firent  une 
course  sur  les  Véniciens  par  l'advertissement  de  quel- 
ques espies  qui  les  trahirent,  parquoy  ils  furent  desfaictz.  213 

XLn.  Gomment  le  pape  Julles  vint  en  personne  en  la  duché 
de  Ferrare,  et  comment  il  mist  le  siège  devant  la  Myran- 
dolle.  221 

XTiTTT.  Gomment  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  re- 
prouche cuyda  prendre  le  pape  .entre  Sainct-Félix  et  la 
Myrandolle,  et  à  quoy  il  tint.  225 

XLIY.  Gomment  le  pape  envoya  une  bende  de  sept  à  huyt 
mille  hommes  devant  une  place  du  duc  de  Ferrare,  nom- 


TABLE.  509 

mée  la  Bastide,  et  comment  iiz  fureat  defifaictz  par  Tadvis 
du  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche.  230 

XLV.  De  la  mort  du  seigneur  de  Montoison  et  de  plusieurs 
menées  que  firent  le  pape  Julleset  le  duc  de  Ferrare  l'ung 
contre  Tautre,  où  le  bon  chevalier  se  monstra  vertueux.    239 

XLYI.  De  plusieurs  choses  qui  advindrent  en  Ytalîè  en  deux 
ans.  248 

XLYII.  Gomment  deux  Ëspaignolz  combatirent  à  oultrance 
dans  la  ville  de  Ferrare.  252 

XLVin.  Ciomment  messire  André  Grit,  providadour  de  la 
seigneurie  de  Venise,  par  le  moyen  du  conte  Loys  Advo- 
gadre,  reprint  la  ville  de  Bresse.  267 

XUX.  De  la  grande  diligence  que  fist  le  gentil  duc  de  Ne- 
mours pour  reprendre  Bresse,  et  comment  il  deffist  le . 
cappitaine  général  des  Yéniciens  en  chemin  et  cinq  ou 
six  mille  hommes.  272 

L.  Gomment  le  duc  de  Nemours  reprist  la  ville  de  Bresse  sur 
les  Yéniciens,  où  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans 
reprouche  acquist  grant  honneur,  et  comment  il  fut  blessé 
quasi  à  mort.  276 

LI.  Gomment  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche 
partit  de  Bresse  pour  aller  après  le  duc  de  Nemours  et 
l'armée  du  roy  de  France  ;  de  la  grande  courtoysie  qull 
fist  à  son  hostesse  au  partir,  et  comment  il  arriva  devant 
la  ville  de  Ravenne.  291 

LU.  Gomment  le  siège  fut  mis  par  le  noble  duc  de  Nemours 
devant  Ravenne,  et  comment  plusieurs  assaulx  y  furent 
donnez  le  vendredy  sainct,  où  les  François  furent  re- 
poussez. 299 

LUI.  D'une  merveilleuse  escarmouche  qui  fut  entre  les  Fran- 
çois et  les  Ëspaignolz  le  jour  devant  la  bataille  de  Ra- 
venne, où  le  bon  chevalier  fist  merveilles  d'armes.  307 

LIY.  De  la  cruelle  et  furieuse  bataille  de  Ravenne,  où  les 
Ëspaignolz  et  Neapolitains  furent  desconfitz,  et  de  la 
mort  du  gentil  duc  de  Nemours.  311 

LY.  Des  nobles  hommes  qui  moururent  à  la  cruelle  bataille 
de  Ravenne,  tant  du  costé  des  François  que  des  Ëspai- 
gnolz, et  des  prisonniers.  La  prinse  de  la  ville  de  Ra- 
venne. Gomment  les  François  furent  chassez  deux  moys 


51 0  TABLE. 

après  d'Ytalie,  en  l'an  mil  cinq  cens  et  douze.  De  la 
griefve  maladie  du  bon  chevalier.  D'une  fort  grande 
courtoysie  qu'il  fist.  Du  voyage  qui  fut  fait  au  royaulme 
de  Navarre,  et  de  tout  ce  qui  advint  en  ladicte  année.      329 

LVI.  Ck)mment  le  bon  chevalier  prist  ung  çhasteau  d'assatilt 
ou  royaulme  de  Navarre,  cependant  qii'on  assist  le  siège 
devant  la  ville  de  Pampelune,  où  il  fist  ung  tour  de  sage 
et  appert  chevalier.  342 

LYII.  Gomment  le  roy  Henry  d'Angleterre  descendit  en 
France  et  comment  il  mist  le  siège  devant  Thérouenne. 
D'une  bataille  dicte  la  Journée  des  Espérons,  où  le  bon 
chevalier  fit  merveilles  d'armes  et  gros  services  en  France.  351 

LYIU.  Du  trespas  de  la  magnanyme  et  vertueuse  princesse 
Anne,  royne  de  France  et  duchesse  de  Bretaigne.  Du 
mariage  du  roy  Loys  Xn«  avecques  Marie  d'Angleterre, 
et  de  la  mort  dudit  roy  Loys.  366 

LIX.  Gomment  le  roy  de  France  Françoys ,  premier  de  ce 
nom,  passa  les  montz,  et  comment  il  envoya  devant  le 
bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche,  et  de  la 
prinse  du  seigneur  Prospre  Goulonne  par  sa  subtilité.       370 

LX.  De  la  bataille  que  le  roy  de  France  François,  premier 
de  ce  nom,  eut  contre  les  Suysses  à  la  conqueste  de  sa 
duché  de  Milan,  où  il  demeura  victorieux;  et  comment, 
après  la  bataille  gaignée,  voulut  estre  fait  chevalier  de  la 
main  du  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche.       380 

LXI.  De  plusieurs  incidences  qui  advindrent  en  France,  Yta- 
lie  et  Espaigne,  en  l'espace  de  trois  ou  quatre  ans.  387 

LXn.  Gomment  messire  Robert  de  la  Marche  fist  quelques 
courses  sur  les  pays  de  l'esleu  empereur,  qui  dressa 
grosse  armée,  et  ce  qu'il  en  advint.  391 

LXin.  Gomment  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  re- 
prouche garda  la  ville  de  Maizières  contre  la  puissance 
de  l'empereur,  où  il  acquist  gros  honneur.  394 

LXIY.  Gomment  le  bon  chevalier  sans  paour  et  sans  re- 
prouche, en  une  retraicte  qu'il  fist  en  Ytalie,  fut  tué 
d'ung  coup  d'artillerie.  405 

LXY.  Du  grand  dueil  qui  fut  démené  pour  le  trespas  du  bon 
chevalier  sans  paour  et  sans  reprouche.  414 

LXYI  et  dernier.  Des  vertus  qui  estoient  au  bon  chevalier 
sans  paour  et  sans  reprouche.  423 


APPENDICE. 

N*  I.  Note  Bar  la  f9miUe  de  fiayort.  429 

II.  Ordonnance  du  roi  de  France  relative  à  la  conduite  des 
gens  do  pied  et  promesse  des  capitaines  de  l'observer 
(12  janvier  1508).  430 

m.  Lettre  de  Bayart  relative  à  la  bataille  de  Ravenne  (14 
avril  1512).  432 

IV.  Lettre  de  Laurent  Alleman,  évéqae  de  Grenoble,  à  la 
reine  Anne  de  Bretagne  relative  à  !a  maladie  de  son 
neveu  Bayart  (6  septembre  1513).  435 

V.  Lettre  du  duc  d'Alençon  au  roi  relative  au  siège  de  Mou- 

zon  (31  juillet  1531).  437 

Sommation  de  Frantz  de  Sickingen  au  a'  de  Hont- 

manr,  gouverneur  de  Houzon,  d'avoir  à  lui  rendre  la 

ville  (21  août).  438 

Réponse  négative  du  e'  de  Hontmaur  (21  août).  439 

Lettre  de  l'amiral  de  Cbàtillon  au  roi  sur  la  conduite 

du  B'  de  Montmaur  (3  septembre}.  439 

Lettre  du  duc  d'Alançoo  au  roi  sur  le  même  sujet 

(4  septembre).  440 

VI.  Lettre  du  duc  d'Alençon  au  roi  sur  les  préparatifs  du 
siège  de  Mézières  (4  août).  441 

Lettres  du  s' d'Orval  au  roi  sur  le  même  sujet  (4  et  8 
août).  443 

Lettre  de  Gh&tiUon  au  roi  sur  le  même  sujet  (13  août).  444 

Lettre  de  Bayart  au  roi  par  laquelle  il  accepte  de  dé- 
fendre Mézières  (13  août).  445 

Lettre  de  Ch&tiUon  au  roi  sur  le  siège  de  Mézières 
(I"  septembre).  447 

Lettres  de  Montmorency  et  Bayart  au  roi  sur  le  même 
sujet.  447 

Lettre  de  Robert  de  la  Marck  au  bailli  de  Caen  lui 
donnant  des  nouvelles  du  siège  (20  septembre).  448 

Lettre  du  bâtard  de  Savoie  à  Montmorency  le  compli- 
mentant sur  sa  défense  (26  septembre).  449 

Lettre  de  François  I"  &  Montmorency  et  Bayart  pour 
le  même  objet  (26  septembre).  450 

Lettres  de  Chàlillon  au  roi  lui  annonçant  la  levée  du 
siège  de  Mézières  (26  et  27  septembre).  450 


512 


TABLE. 


Lettre  de  François  I«  annonçant  anz  pariemenU  k 
levée  de  ce  siège  (28  septembre).  451 

Lettre  de  Louise  de  Savoie  à  Robertet  lui  annonçant 
dos  récompenses  pour  Montmorency  et  Bayart  (12  octobre).  453 
VIL  Lettre  de  Bayart  au  roi  relative  à  la  camj^agne  de  Pi- 
cardie (9  novembre  1521).  454 
Vin.  Lettre  do  Bayart  au  roi  lui  annonçant  qu'il  part  pour 
Gôncs,  suivant  ses  ordres  (7  décembre  1521).  455 

Lettre  de  Lautrec  à  Francisque,  comte  de  Pontramoiy, 
demandant  de  lui  envoyer  Bayart  (6  janvier  1522).  457 

Lettres  de  Bayart  au  roi  sur  sa  mission  à  Gènes  (22  et 
31  janvier  1522)!  458 

IX.  Lettres  de  Bayart  à  Montmorency  écrites  de  Grenoble 

(3  et  23  février  1523).  4M 

Lettre  du  même  à  M.  de  Ghastelart  (3  mars).  461 

Lettre  du  même  à  M.  de  Vantolet  (24  août).  4fiS 

X.  Lettre  de  François  I^**  à  Bayart  lui  promettant  de  l'emme- 

ner en  Italie  (10  décembre  1523).  463 

XL  Ijottre  d'Adrien  de  Groy  à  Gharlcs-Qaint  sur  la  mort  de 

Bayart  (5  mai  1524).  463 

XII.  Quittances  de  Bayart  du  12  décembre  1522  et  des  19  juil- 
let, 31  août,  28  octobre,  !•'  novembre  1523.  464 
Xin.  Montre  do  la  compagnie  de  Bayart  (24  octobre  1523).     468 
XIV.  Contrat  do  mariage  de  François  de  Bocsozel  avec  Jeanne 

Terrail,  fille  naturelle  de  Bayart  (24  août  1525).  474 

Glossaire.  481 

Index  alphadétique.  485 


CORRECTIONS. 


Page  6,  à  la  fin  de  la  note  2.  //  n'existe  de  lui  aucun  autogr^he 
authentique.  Il  est  à  remarquer  toutefois  que  le  posU^eriptism 
de  la  lettre  de  Bayart  à  M.  de  Ghastellart  (voy.  p.  461)  est 
d*uuo  autre  main  que  le  corps  de  cet  écrit,  ce  qui  donna  à 
penser  que  ces  quelques  lignes  sont  de  Bayart. 

Page  G2,  note  3.  Jeanne  de  Ligny,  lisez  :  Jeanne  de  Lierre, 

Imprimerie  Gouyernbue,  G.  Daupslit  à  Nogent-le4lotron. 


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